Résumé: "Il releva les yeux sur le paysage au-dehors. Il fronça les sourcils en reconnaissant l'immense carrefour de Shibuya.
— Qu'est-ce qu'on fout là ? On n'aurait pas mieux fait de passer par en bas ?
Kenma souffla.
— Si, mais le pont est fermé et ya des travaux sur la 9, râla Kenma. C'est un bordel ici... Le GPS m'a fait passer par là.
Les travaux devaient être sacrément costaud pour que le GPS trouve plus judicieux de passer par le carrefour le plus blindé de la ville. Tetsurō tourna les yeux vers les écrans géants et les néons, polluant la nuit de lumière. Il fronça les sourcils en constatant que plusieurs des panneaux retransmettaient le journal télévisé. Il se redressa, fronçant les yeux pour réussir à lire ce qui était inscrit sur les bandes défilant en bas de l'écran.
— C'est quoi ce bordel... "
Chapitre 60 : Espoir
En arrivant à Tokyo, Tetsurō n'avait pas ressenti cette chaleur douce et apaisante, celle de retrouver sa maison. Son cœur était froid, pétrifié.
Il était à l'arrière de la voiture, la tête contre la fenêtre, regardant la pluie s'abattre sur les gratte-ciels. L'habitacle était plongé dans le silence. Keiji était assis de l'autre côté de la banquette arrière, il tenait sa main dans la sienne, jointe entre eux deux, comme un nœud serré pour l'empêcher de partir à la dérive.
Il suivait du regard les gouttelettes se formant sur la vitre, puis qui s'enfuyaient à toute vitesse comme une pluie d'étoiles filantes. Ils avaient voulu fuir la pluie, mais elle les avait attendus. C'était la saison des pluies sur la ville, comme en lui.
Qui avait dit cela déjà ?
— Quoi donc ?
Il avait parlé à voix haute sans s'en rendre compte. La voix de Keiji était douce et profonde, roulant sur sa peau comme une caresse.
— "Il pleut sur mon cœur comme il pleut sur la ville" ?
— Verlaine.
Il hocha la tête, les yeux toujours rivés au-dehors.
Son amoureux serra sa main.
— Tout ira bien Tetsurō.
Il savait bien que ce n'était pas la fin du monde, il y avait bien pire. Il versait dans le mélodramatique, il en avait conscience...
Mais la pluie s'abattait tout de même sur son cœur.
Il se redressa, déliant sa main de celle de Keiji. Il le vit l'observer attentivement du coin de l'œil, mais il fit mine de ne rien voir. Il sortit son téléphone et ouvrit sa messagerie.
"Vous êtes toujours sur Tokyo ?"
La réponse mit moins d'une minute à lui parvenir :
"Non, on est rentré hier soir. C'était cool cette semaine ?"
Il sentit le chagrin rouler dans sa gorge.
"Bof. Ça va, ça c'est juste pas vraiment bien finit."
"Comment ça ?"
"Natsu sais pour moi."
Il n'eut pas de réponse pendant plusieurs minutes.
"Sérieux ! Et... comment elle l'a pris ?"
"Pas super bien."
"Oh..."
"J'avais pas de super Suki pour m'aider... J'ai pas vraiment eu le temps de m'expliquer... On n'a pas pu vraiment parler avant que je parte..."
"Ça va lui passer, t'inquiètes."
"J'ai juste peur qu'elle en parle aux parents."
"T'inquiètes, je pense pas qu'elle fasse ça. Je peux lui parler si tu veux ?"
"Si tu peux... Mais je sais pas si ça servira à grand-chose..."
"C'est toujours Natsu tu sais, ça va aller, t'inquiètes, je m'en charge."
"Merci."
"Ça va, c'est pas la fin du monde Tetsu, tu vas survivre."
Il sourit malgré lui. La pluie avait commencé à s'arrêter, il ne pleuvait plus tant que cela sur son cœur.
Il releva les yeux sur le paysage au-dehors. Il fronça les sourcils en reconnaissant l'immense carrefour de Shibuya.
— Qu'est-ce qu'on fout là ? On aurait pas mieux fait de passer par en bas ?
Kenma souffla.
— Si, mais le pont est fermé et ya des travaux sur la 9, râla Kenma. C'est un bordel ici... Le GPS m'a fait passer par là.
Les travaux devaient être sacrément costaud pour que le GPS trouve plus judicieux de passer par le carrefour le plus blindé de la ville. Tetsurō tourna les yeux vers les écrans géants et les néons, polluant la nuit de lumière. Il fronça les sourcils en constatant que plusieurs des panneaux retransmettaient le journal télévisé. Il se redressa, fronçant les yeux pour réussir à lire ce qui était inscrit sur les bandes défilant en bas de l'écran.
" Mise en examen de Soichiro Toribishi : effondrement du géant du pharmaceutique."
— C'est quoi ce bordel...
— De quoi ?
— Regardez les écrans.
Les trois s'exécutèrent.
— What the... C'est quoi ce bordel ?
Kōtarō sortit son téléphone. Après quelques clics, il échappa un hoquet de stupeur.
— Apparemment c'est un scandale qui vient d'éclater... Enquête de Chaotic Justice.
Kuroo sentit son rythme cardiaque s'accélérer.
— Qu'est-ce que ça dit ? demanda Kenma.
— Qu'il y aurait eu du détournement de fonds, et beaucoup de falsification de résultats, avec pas mal de traces de pot de vin à un membre de la PMDA pour faciliter la validation des tests cliniques... Et des traces de paiements astronomiques à des particuliers, apparemment pour couvrir les bavures... c'est très bref, faudrait lire en détails, mais... apparemment ça concernerait une bonne poignée de leur médocs...
— Du genre ?
Kōtarō resta silencieux.
— Kō ?
Ce dernier dut reprendre son souffle avant de répondre :
— Du genre dehydrataze-prolystatine.
Le silence tomba dans l'habitacle.
— Bordel...
Kōtarō s'enfonça dans son siège, commençant à comprendre l'ampleur de l'affaire... Commençant à comprendre que cela aurait pu l'affecter directement...
— Quoi d'autre ?
Il soupira.
— Je... je sais pas, l'enquête de CJ est surement plus complète, mais elle est énorme je... il faudrait lire en détails.
Oups...
Kuroo ne pouvait pas s'empêcher de se sentir un peu victorieux.
Il avait eu raison quelque part. Il avait pris des risques surement démesurés, mais cela avait payé... Peut-être.
— Ok... vous énervez pas.
Kenma releva les yeux pour capter son regard dans le rétroviseur intérieur.
Tetsurō détourna les yeux, triturant nerveusement ses doigts.
— Rien de bien, ça va, mais... Non en vrai c'est surement pas non plus grand-chose...
— Tetsu ?
— Ok, hum... Il se peut que j'aie, enfin peut-être, un tout petit peu... Peut-être que je suis un petit peu impliqué dans... l'enquête... et le fait que ça pète maintenant.
— De quoi ?!
-/-
— Laisse-moi récapituler, tu as donné accès à des documents extrêmement confidentiels à une bande de pirates par pure... vengeance ?
Keiji avait commencé à perdre son calme. Il avait parlé sévèrement. La chose ne l'amusait absolument pas. Kōtarō ne semblait lui non plus pas très amusé d'apprendre ce qu'il avait fait, même s'il l'avait fait pour lui quelque part.
Tetsurō baissa les yeux :
— Je dirais pas que c'est par vengeance...
— Te rends-tu au moins compte de... la portée que cela pourrait avoir ? S'ils venaient à te retrouver... Je... c'est surement passible d'une peine de prisons ce genre de chose ?!
Tetsuro s'efforça ne rien répondre, bien qu'il trouve que cela tenait peut-être de l'hyperbole.
— J'ai conscience... j'avais conscience que ce serait potentiellement dangereux. Je... je le sais... j'en avais conscience en le faisant. Mais je pouvais pas rien faire, je... j'avais pas de preuve, mais je savais que quelque chose clochait et je... ça pouvait pas continuer !
Keiji soupira, exaspéré, et anxieux. Il se tourna vers la fenêtre, tâchant du mieux qu'il put de garder contenance.
— Tetsurō, qu'est-ce qu'il t'as pris ? Si... si c'était pour moi, je t'assure que c'était vraiment pas la peine et je... on sait même pas si c'est ça qui a causé mes problèmes et je... je voulais certainement pas que tu te mettes en danger comme ça !
Kōtarō aussi était en colère. Il était désarmé, sidéré.
— Kōtarō, je voulais pas laisser couler ! Je... je sais pas quoi vous dire, de toute façon c'est fait...
Ce dernier ne sembla pas bien convaincu par sa réponse. Il se laissa tomber dans le canapé, le visage fermé. Tetsurō sentit son cœur se serrer, il eut l'impression qu'il s'était changé en pierre pour tomber misérablement dans sa poitrine, écrasé par la gravité.
Il aurait dû garder le silence... Peut-être qu'ils avaient raison, peut-être qu'il n'aurait pas dû se mêler de cette histoire finalement... Peut-être qu'elle n'aurait pas dû éclater du tout...
Cela était assez difficile comme cela pour Kōtarō... Apprendre une chose pareille alors qu'il essayait lentement de s'en remettre, apprendre qu'il traversait cela à cause de quelque chose qui aurait pu être complètement évité s'il n'avait pas été sous ces suppresseurs, que sa vie avait basculé à cause de quelque chose aussi hors de sa portée.
Il releva les yeux, attrapant cette fois le regard de Kenma.
Alors qu'il avait imaginé que ce serait lui qui serait le plus hors de lui, il n'en était rien. Le blond était resté relativement calme, il n'avait pratiquement rien dit.
Les deux autres finirent par se rendre compte de son manque de réactions. Bientôt tous les regards étaient sur lui.
— Quoi ?
— Tu n'as vraiment rien à dire ?
Il roula des yeux.
— Sérieusement, je pense que vous vous emportez un peu trop.
— Kenma ! Je ne pense pas que nos réactions soient disproportionnées au vu de la situation.
Il souffla.
— Ça va, relax...
— Je n'arrive pas à comprendre comment tu peux rester aussi calme!
— Les gars, on parle de Chaotic Justice, d'un, c'est pas des guignols, de deux, quoique Ji ait fait, c'est pas trois photocopies qui va exciter la justice.
— Comment ça ?
— Désolé Ji, je dis pas que ça a servi à rien. Mais on les appelle pas des "pirates" pour rien.
Aucun d'eux ne sembla suivre.
— Pirates , non ? Ça vous évoque rien ?
Silence.
— Ce sont des hackers, des bien balaises en plus de ça. Déjà ils se font pas tracer si facilement, et je vous confirme que s'ils cherchent à saisir la justice, c'est eux qu'ils vont chercher à dézinguer, pas un informateur random, désolé Ji, qui a fourni deux vieux cahiers. Je ne dis pas que ça n'a pas joué, mais on parle de mois, voir des années, de tracking, de vols d'information personnelle et confidentielle, et de potentiellement d'autres choses bien plus incriminantes. Donc ça va, relax, il va pas se retrouver en prisons, et très peu de chance qu'il se retrouve dans un tribunal tout court, pour cette histoire en tout cas.
Le silence tomba quelques secondes. Finalement Keiji et Kōtarō se remirent à argumenter, outrés de la légèreté de la réponse. Kuroo cessa de les écouter, se concentrant sur Kenma. Il était vraiment bien calme aux vues de la situation... Un peu trop peut-être... Le blond s'aperçut qu'il le regardait et il trouva son regard. Il ne laissa rien transparaitre, mais Tetsurō avait comme l'impression que quelque chose clochait.
C'était peut-être une réflexion de détectives à deux balles, mais il n'avait pas parlé une seul fois des cahiers... Il n'avait pas précisé du tout quel genre de document il avait délivré à Chaotic Justice... Et voilà que Kenma parlait de "deux cahiers ?"... Quelque chose clochait sérieusement. Kenma détourna le regard, semblant toujours autant composé.
Non, il devait se faire des films, il devait simplement avoir dit cela par hasard. Non ?
Keiji et Kōtarō finirent par essouffler tous leurs arguments, acceptant les choses telles quelles, en sachant qu'ils ne pouvaient plus y faire grand-chose à présent, ils lâchèrent donc l'affaire. Kenma avait de toute façon mit court à la discussion en déclarant qu'il avait mieux à faire pour le moment et que si Kuroo finissait en prison, il promettait de venir le voir toutes les semaines avec de quoi faire de la contrebande. L'argument avait tellement désarçonné tout le monde que cela avait définitivement clos la discussion.
En voyant Kenma repartir dans sa chambre, Tetsurō décida de le suivre. Alors qu'il allait ouvrir la porte, il se stoppa, surpris de le voir planté là :
— J'ai jamais parlé de cahier.
Le blond ne réagit pas particulièrement. Mais il sentit le lien entre eux se refermer. Kenma était impénétrable.
Le blond haussa les épaules :
— J'ai juste dit ça au pif.
Kuroo haussa un sourcil.
— Hum hum.
— Hum hum, l'imita le blond en ouvrant la porte.
— Hum hum,
— Hum hum, dit le blond en s'engouffrant derrière la porte, la refermant aussitôt derrière lui.
Tetsurō en était maintenant sur : quelque chose clochait sérieusement.
-/-
Tetsurō pencha la tête sur le côté, il soupira en trouvant Kōtarō, installé contre le mur de la maison, regardant la pluie s'abattre sur la terre du jardin. La nuit était tombée depuis longtemps, l'air avait l'odeur du tonnerre et du petrichor. Il s'avança vers lui, ce dernier ne détacha pas son regard de l'horizon face à lui. Le brun s'installa à ses côtés, et ils regardèrent l'orage en silence.
— Tu le savais ?
La voix de Kōtarō avait émergé du silence de la nuit.
Tetsurō mit quelques secondes à comprendre.
— De quoi ?
Sa question resta sans réponse.
Tetsurō inspira, il voyait bien où il voulait en venir.
— Non... j'avais juste... c'était juste un présentiment.
Kōtarō hocha la tête.
La pluie s'intensifia quelques minutes, avant de se calmer de nouveau.
— Quatre personnes sont décédées à l'issue de la phase clinique. Tous des hommes oméga. Et ils les ont juste... effacé, comme si de rien été, comme s'ils n'avaient jamais été là.
Le brun sentit sa gorge se nouer.
— J'ai pris ce truc pendant six ans... Je... sa voix se perdit dans sa gorge.
Tetsurō laissa sa tête reposer sur l'épaule de son partenaire. Il ne savait pas quoi faire de plus, quoi dire. Y avait-il seulement quelque chose à dire ?
— Je suis tellement en colère et... je sais pas quoi en faire.
Tetsurō prit sa main dans la sienne.
— Tant mieux si... si ça a éclaté. Tant mieux si personne ne se retrouve dans cette situation, ou pire, à cause de ça... Mais je... je me dis que ça aurait pu être évité. C'est injuste.
Il l'entendit renifler.
— C'est juste injuste.
Il hoqueta. Ses larmes se synchronisèrent à la cadence de la pluie.
Tetsurō prit son partenaire dans ses bras.
Il n'y avait rien de plus à dire. C'était injuste. Et il ne pouvait rien y faire, ni maintenant, ni plus tard.
-/-
— Ya encore des travaux sur la route ? Pourquoi tu passes par-là ?
Kenma ne répondit pas.
Le blond l'avait trainé dehors pour aller faire les courses. Alors que l'expédition ne nécessitait pas d'ordinaire de rentrer dans le centre-ville, voilà que Kenma les avait conduits au milieu du trafic tokyoïte pour une raison qui échappait complètement à Tetsurō.
— Kenma ?
— Faut juste qu'on passe quelque part vite fait.
Il n'insista pas plus, se contentant de regarder la route pour comprendre où le blond comptait l'emmener. Kenma finit par se garer dans un garage sous-terrain, sans lui donner plus d'explication, ils se retrouvèrent de nouveau à la surface. Kenma marchait calmement devant lui, semblant savoir par cœur le chemin du mystérieux endroit où ils devaient se rendre. Ils bifurquèrent plusieurs fois dans des rues étroites, Kenma jetant de temps un autres un œil sur les caméras de surveillance autour d'eux.
Ok, cela commençait à être très étrange.
— Kenma sérieux, on va où ? On a du surgelé dans la voiture et tu...
— Ça va, relax, on y est bientôt.
Kuroo se tut, n'insistant pas plus. Ils finirent par retomber sur une artère principale. Tetsurō commençait à reconnaitre où il se trouvait. Son trouble s'intensifia lorsque Kenma s'arrêta devant un endroit qu'il reconnaissait très bien : le Flower Kopi.
— Kenma... on fait quoi là ?
Le blond se contenta de sourire mystérieusement. Avant d'ouvrir la porte menant à l'intérieur du café, il capta son regard :
— Ça reste entre nous, pas un mot aux autres.
Le brun hocha lentement la tête, commençant à sérieusement s'inquiéter. Et cela ne s'arrangea en rien lorsqu'il reconnut Kyoomi Sakusa et Atsumu Miya, assis sous les fleurs de cerisier. Les deux sourirent en les voyant arriver, mais à la plus grande surprise de Tetsurō, les regards ne lui étaient pas adressés à lui, mais bien à Kenma.
Sakusa sourit en les voyant arriver.
Arrêt sur image s'il vous plaît : cet individu était donc physiquement capable d'une telle chose ?!
Tout commençait à partir à volo dans la tête de Testuro.
Kenma souriait aussi. Un sourire étrange, comme lorsqu'un mercenaire retrouve ses frères d'armes. Il s'inclina et salua :
— Teach, Bonnet.
— Ringo, répondit Sakusa en lui offrant un hochement de tête.
Kenma sourit, et tira une chaise avant de s'y installer comme si de rien était. Kuroo resta planté là, debout, le regardant avec des yeux gros comme des soucoupes.
— Ringo ?
— Mon nom de scène.
Kuroo en resta coi.
— Tu ne t'assieds pas ?
Sonné, il obéit sans poser plus de questions. L'attention se tourna de nouveau vers le blond.
— Nous voulions vous remercier pour votre aide, on y serait arrivé au bout d'un moment, mais peut-être pas aussi rapidement, dit Miya.
— C'est adorable de votre part de penser que vous auriez pu passer les sécurités sans mon aide.
Les deux en face sourirent, ravis d'attendre le défi fier dans sa voix.
— Mais pas la peine de me remercier, ce fut un plaisir. Et puis ce n'est pas tous les jours que l'on peut... se retrouver en personne dans ce genre d'affaire.
Kuroo commença à recoller les morceaux.
Il se faisait peut-être des films mais... si on reprenait le tout, tout ce qu'il savait de Chaotic Justice, et de son partenaire...
— Oh bordel... ton nom de scène... -il se tourna d'un coup vers Kenma- c'est... tu... tu es un hacker ?
Kenma lui sourit.
— Tu crois que je me suis retrouvé comment à faire du cryptage de donnée en freelance ? C'est fou ce que les gens peuvent faire quand on leur prouve qu'on peut avoir accès à n'importe quoi facilement. C'est une technique commerciale qui a fait ses preuves.
— Kenma !
— Quoi ?
Il ne sut quoi dire de plus.
— Je... faut m'expliquer ce qu'il se passe.
Kenma souffla. Il jeta un œil aux deux jeunes hommes en face de lui, qui hochèrent la tête, lui donnant le feu vert.
— Je te l'ai déjà dit, le programme de cryptage que j'ai fait, tu vois ?
— Celui qui t'as permis d'acheter la maison, oui je vois... Je pensais pas que c'était grâce à du ransomware !
— Tout de suite les grands mots... Brefs, ils se trouvent que l'un de mes clients est... ou était, Toribishi institut.
Pardon ?
Tetsurō battit des cils, incrédule.
— Cela faisait un moment que j'avais remarqué que quelqu'un essayé de breach le système, je ne m'étais juste pas figuré qui, jusqu'à ce que je trouve...
Sakusa sourit de nouveau, cela commençait à être effrayant.
— Cela faisait un moment qu'on avait réussi à placer quelques téléphones sur écoutes, un peu de social hacking par-ci par-là, on avait juste besoin d'un coup de pouce, confia Miya.
Kenma haussa un sourcil :
— Hum... juste un coup de pouce. J'ai juste... ouvert la porte, rien de plus.
— De quoi ?!
Kenma haussa les épaules.
Tetsurō le regarda, médusé. Il se tourna vers les deux autres et les regarda à leur tour, tout aussi médusé. Il tourna de nouveau son attention vers Kenma :
— Pourquoi ?
La question sembla désarçonner le blond. Il finit par détourner le regard.
— Je sais pas... Peut-être que ce que tu as dit m'a... je sais pas... je voulais pas rester à rien faire non plus... je voulais trouver comment aider à mon échelle aussi. Et puis c'était un kiff.
Tetsurō haussa un sourcil:
— De détruire un géant du pharmaceutique ?
— Pff, oui, mais je parlais plutôt de reprendre de l'activité.
— Ravi de constater que vous n'avez pas perdu la main, commenta Sakusa.
Kenma sourit, un rien malicieusement.
— Et puis tu peux parler, c'est toi qui t'es foutu la tête la première dans ce truc. Moi j'ai pas bougé de chez moi pendant que toi tu dupliquais des pass pour voler des dossiers confidentiels.
Kuroo rougis malgré lui, balaya les alentours des yeux pour vérifier que personne n'avait entendu.
— J'ai même pas pu m'en servir complètement, et puis comment tu sais ça?! Mais... peu importe, de toute façon j'ai pas dû servir à grand-chose au final donc bon !
— Oh non, détrompe-toi, intervint Miya, on n'a pas pu utiliser beaucoup des données des cahiers de Kazuki Kijima, mais on a pu trouver d'ancien code d'accès et tout un tas d'info pour nous faire remonter jusqu'à lui.
— C'est comme cela que l'on a pu avoir accès à tous ses relevés bancaires, ajouta Kenma.
— Et quelques info sur le dossier dont tu nous avais parlé, ça nous a pas mal orientés. On aurait mis un peu plus de temps à le faire sans ça.
Étrangement, Tetsurō était quand même fier de lui.
— C'était un bon travail d'équipe, conclut Miya. Ringo, vous savez comment nous trouver maintenant.
— Moi aussi.
Atsumu lui sourit.
— Nous serions ravis de pouvoir compter de nouveau sur vous à l'avenir.
Kenma n'avait pas quitté son sourire malicieux.
— On verra ça. Bon –il tourna les yeux vers Kuroo- on devrait y aller, les zozos vont finir par se poser des questions.
Sur ceux, ils ne tardèrent pas à saluer les deux pirates du web, et repartirent, comme si de rien n'était. Kuroo ne parla de nouveau que lorsqu'ils se retrouvèrent dans la voiture.
— Ringo, hum ?
Kenma roula des yeux.
— Pas un mot à Keiji et Kōtarō, ça reste entre nous.
— Tu penses pas qu'ils vont s'en rendre compte au bout d'un moment ?
— Nan... même si je pense qu'ils sont pas totalement dupe...
Le silence s'installa dans l'habitacle, frissonnant d'un soupçon d'adrénaline.
— Et sinon, Ringo, Appelpie, c'est quoi ta fixation sur les pommes aux justes ?
Kenma, prit de court, pouffa de rire.
— Sans dec, je t'ai jamais vu en bouffer de ma vie ! Tu sais au moins à quoi ça ressemble ?
— Tu me prends pour qui au juste ?
— Je sais pas, Applepie, je pouvais laisser passer, mais là ça tient de l'obsession.
— J'aime juste ça, je vois pas ton problème ?
— Comment tu peux aimer ça ?! T'en a jamais mangé de ta vie !
— Mais n'importe quoi...
-/-
La chute brutale de Toribishi provoqua un ras de marais qui écrasa tout sur son passage. Le marché était en train de prendre un tournant, les conséquences de cette chute allaient se répercuter sur beaucoup de monde. Même s'ils n'étaient pas le seul sur le marché pour les suppresseurs, ils représentaient tout de même un gros morceau. C'était des milliers de personnes qui se retrouveraient bientôt à court, qui devraient changer leur habitude, peut-être que cela prendrait au final un tournant pour le mieux, mais pour le moment, l'immédiateté de la situation angoissait un bon morceau de la population.
D'autre part, cela avait ranimé les débats de plus belle, mais cette fois ce n'étais pas les voix les plus tranchantes qui se faisait entendre, le vent avait tourné. Le premier tour des élections pour le CFGMAO n'était plus qu'à quelques jours. L'atmosphère partout semblait moite, empreinte d'espoir et de frisson anxieux. C'était le moment où les choses changeraient, ou s'empireraient.
Tetsurō n'avait pas exercé son droit de vote depuis ses dix-huit ans, et à l'époque, la chose lui paraissait lointaine, sans grande importance. Lorsqu'il arriva au bureau de vote avec ses partenaires le jour venue, il avait les mains moites, il avait l'impression que quelque chose d'important était en train de se passer. Lorsqu'ils étaient arrivés, il y avait du monde à l'intérieur, ce qui le rassura. Il s'était renseigné, par le passé, une toute petite minorité de citoyens se soucié réellement de cette élection, peut-être que pour cette fois, les choses avaient changé. Les voix s'étaient fait entendre. Il avait senti l'anxiété s'apaiser, se muer en espoir, lorsque son butin était tombé dans l'urne. Il savait qu'il en était de même pour ses partenaires. Il n'avait plus qu'à attendre.
Le groupe de discussion du CAPE s'était réanimé, les messages fusaient, l'excitation était contagieuse.
Décidément, la vie de Tetsurō avait pris un tournant étrange. Il pensait que la chose la plus statistiquement improbable qui lui soit jamais arrivée soit de se retrouver dans un quad, mais à bien y réfléchir, c'était qu'il se soit retrouvé à s'intéresser à de la politique qui était le plus étrange.
Décidément, on ne peut vraiment rien prévoir dans cet immense foutoir qu'est la vie.
-/-
— Ya déjà du monde tu crois ? demanda Kōtarō lorsqu'ils arrivèrent tous les quatre devant la porte menant au QG du CAPE.
Tetsurō ouvrit la porte, les éclats de voix et les rires leur parvenant immédiatement :
— Je crois bien oui.
À l'occasion des élections, ils avaient décidé de tous se réunir le jour même. Ils descendirent les escaliers, et le brun pouvait sentir l'euphorie monter, pouvant peu à peu discerner distinctement les voix de ses amis. Tout le monde était tellement pris dans l'agitation du moment que personne ne remarqua leur arrivée d'abord. Kuroo dut annoncer leur présence vocalement pour enfin faire tourner quelques têtes dans leur direction.
Il sourit bêtement en reconnaissant Oikawa discutant avec Sugawara. Il était malgré lui tout content de revoir son ami. Il ne savait pas qu'il était déjà rentré, et à ses marques de bronzage, cela ne devait pas faire bien longtemps. Les deux se retournèrent finalement dans leurs directions, s'arrêtant aussitôt de discuter en les voyant. Les deux arrêtèrent tout pour se précipiter dans leur direction. Au moment où ils ouvrirent les bras, Kuroo en fit de même, prêt à recevoir leur affection, certes inattendue, mais totalement bienvenue. Cependant, il fut complètement soufflé lorsqu'ils lui passèrent devant sans même lui adresser un regard, se dirigeant immédiatement vers Kōtarō, qui ouvrit à son tour les bras.
— Ah bah ok, et moi je pus...
Oikawa tourna les yeux vers lui, le détaillant de la tête aux pieds d'un air supérieur.
Croyez-le ou non, mais ce genre de regard lui avait manqué.
— J'osais pas te le dire, mais à l'évidence tu le sais déjà.
Le brun pouffa.
— T'as changé depuis que t'as un bronzage impeccable, tu sais.
— Pff, impeccable ?
Il se détacha de Kōtarō pour se tourner vers lui :
— Rien du tout, regarde ça !
Il releva la manche de son t-shirt, découvrant la peau blanche s'y trouvant.
— C'est un désastre, même pas récupérable ce truc !
Il pouffa de nouveau.
— Tu m'avais même pas dit que t'étais revenu !
— Je suis revenu hier, ça va ! Je n'allais pas rater ça, je m'en serais voulu à mort !
— Hmm, tu restes combien de temps ?
— Jusqu'en août je pense.
— Cool, il sourit béatement, trop content de retrouver son ami.
Après une année à le voir tous les jours de nombreuses heures, il devait admettre que ne plus l'avoir dans le coin quotidiennement lui manquait.
— Bon de coup j'ai pas de câlin moi ?
Il fit mine d'être dégouté.
— Beurk, non !
Kuroo haussa un sourcil.
— Ah Kōtarō il a le droit, mais pas moi ?
— Quand t'auras eu un cancer, tu pourras avoir des câlins, intervint ce dernier.
Sugawara et Oikawa furent complètement pris de cours, ne sachant pas trop comment réagir. Tetsurō quant à lui se contenta de lui jeter un regard blasé.
Cela faisait quelques semaines que Kōtarō utilisait cette excuse à tort et à travers. C'était certainement une manière pour lui de s'approprier, par l'humour noir, ce qui lui était arrivé. La psychologie derrière était surement efficace pour lui. En attendant, ils n'avaient rien pu choisir depuis un moment : que ce soit pour la sélection d'un film, d'une activité ou d'un restaurant, Kōtarō utilisait tout le temps le même argument, et tous lui laissaient passer. À juste titre surement.
Le visage de son partenaire, resté dans une expression faussement sévère, se dérida, un sourire glissant sur ses lèvres. Il éclata de rire, ce qui détendit un peu Sugawara et Oikawa.
— Tu vas pas pouvoir l'utiliser ad vitam aeternam, tu sais.
— Hmm, tant que ça marche, ça me va.
— Kō !
Ils venaient d'être coupé par Yamaguchi qui était en train de foncer dans leur direction à toute vitesse, ouvrant grand les bras. Il lui passa une fois encore sous le nez, se dirigeant immédiatement vers Kōtarō.
— Eh voilà, et moi on s'en fout, j'ai pas le droit à un peu d'affection de la part de mes amis.
— Hmm, non, on t'as pas retiré d'organes, je te touche pas.
Kōtarō éclata de rire.
— Mais pas toi aussi !
Le plus jeune pouffa et finalement se détacha de Kōtarō pour venir à lui.
— De retour pour de bon ?
— Je crois bien oui.
Kuroo sourit :
— Cool.
Ils papotèrent tous les quatre quelques minutes, avant de se disperser de nouveau. Kuroo fit le tour pour pouvoir saluer tout le monde, il n'en avait pas vu certain depuis plusieurs mois, les retrouver tous réunis ici lui réchauffait le cœur. Ses partenaires s'étaient eux aussi éparpillés, Kōtarō était resté avec Yamaguchi et Tsukishima, Kenma avait immédiatement retrouvé Hinata et son partenaire, et Keiji discutait avec Chris, qui était revenue de Kyoto où il était depuis le début de son stage.
Une fois son petit tour terminé, il partit rejoindre de nouveau Sugawara et Oikawa, installés sur les canapés. Ils discutaient du stage d'Oikawa et ils l'inclurent naturellement dans la discussion.
— Et toi ton stage du coup ? finit par lui demander Sugawara.
Il grimaça :
— Pas ouf, je me suis rarement autant fait chier de ma vie.
— De toute façon, t'as plus vraiment de stage, non ? Tu vas faire comment du coup ? Tu crois qu'ils peuvent te laisser en trouver un autre en cours d'année comme ça ?
Il fronça les sourcils :
— Comment ça j'ai plus de stage, je suis juste en vacances comme vous.
Oikawa battit des cils, incrédule :
— Bah Toribishi est en train de couler, c'est pas un peu mort ?
Tetsurō écarquilla les yeux. Bordel, il n'y avait même pas pensé ! Il n'avait en effet plus vraiment de stage, en cours d'année comme ça ! C'était l'échec assuré ! Le pire c'est qu'il avait activement participé à ce scandale, et donc par extension, à son ratage d'année scolaire.
— Merde, j'avais pas réalisé ! Oh... chier, je vais faire quoi ?!
— Je sais pas si ya grand-chose à faire, faudra en parler à la prof, mais...
— Bordel...
Sugawara soupira :
— Ça va être un foutoir ça, ya plus de suppresseurs nulle part, j'ai dû faire cinq pharmacies pour en trouver la dernière fois...
— Vus pourquoi ils sont tombés, c'est surement mieux de trouver une alternative... Mais ça fait chier... T'aurais pas pu nous en piquer sous le manteau toi, t'abuses !
— J'étais dans un vieux sous-sol, je vois pas comment j'aurais fait.
— J'en sais rien ! Un peu d'imagination !
— Chut tout le monde ! les somma Nishinoya.
— Ya les résultats ?!
Tous se levèrent pour aller s'agglutiner autour de Nishinoya, qui serrait son téléphone anxieusement dans les mains.
— On a les scores ?
— C'est bon –il souffla- bordel, 25,3 % pour Hongo Dentou, 23,15 pour Shinpoteki Shakai, on passe au second tour !
Les acclamations de joie s'élevèrent dans la petite salle du CAPE, ricochant contre les murs, réverbérant dans leur corps, faisant monter l'euphorie.
— Avec une participation record depuis les deux dernières décennies !
— J'espère quand même que ce sera plus au second tour...
— Ouais, et Dentou et quand même en tête...
La remarque fit redescendre brutalement tout le monde.
— Non ! C'est déjà ça, on est au second tour, ya encore de l'espoir ! On lâche rien !
Nouvelle acclamation, cette fois empreinte d'une détermination tonitruante et guerrière.
— On y crois ! C'est l'esprit ! Bon, si on sortait fêter ça ? proposa Nishinoya. Les voisins vont nous faire un procès si on reste là.
L'idée fut accueillie unanimement avec enthousiasme.
-/-
— Kanpai !
Les voix firent échos à cet appel, débordantes d'euphorie et d'espoir, se noyant dans la nuit effervescente. Les verres tintèrent, les boissons débordant pour former des gouttelettes réfractant les lumières colorées.
— Ah notre future victoire ! Et à la prochaine abolition de ce putain de TPO !
Tout le monde accueillit cette déclaration avec moult acclamations euphoriques.
L'excitation retomba progressivement, se diluant dans les discussions et dans les flashs des spots. La tension électrique qui régnait partout autour d'eux depuis plusieurs mois avait implosé, ne perdurait plus que le chaleureux d'une victoire qu'ils pensaient enfin atteignable.
Kuroo avait le cœur léger, il passait d'une discussion à l'autre, riait avec ses amis, parlait de plus en plus fort pour couvrir le bruit ambiant. Alors qu'il était en pleine discussion avec Tanaka et Nishinoya, il dut s'excuser et se retirer, sa vessie commençant à le faire se dandinait comme un caneton juvénile. Il avait résisté un moment, voulant continuer sa discussion comme si de rien été, mais la nature l'avait rapidement rattrapé.
Ce fut en revenant des WC, alors qu'il louvoyait à travers la foule agglutinée autour du bar, qu'il reconnut quelques visages familiers. Il leur fit un salut de la main et poussa sur sa voix pour se faire entendre :
— Oh ! Matsukawa, Hanamaki !
Les deux jeunes hommes tournèrent leur attention vers lui, souriant en le reconnaissant.
— Mais qui vois-je ? Ne serait-ce pas notre vampire préféré ?
Kuroo dut se frayer un passage à travers les fêtards pour enfin arriver à leur niveau.
— Qu'est-ce que tu fais là ? T'es tout seul ?
— Non, je suis avec des potes, répondit-il en désignant l'endroit où était agglutiné tout le CAPE.
Matsukawa tendit le coup dans la direction indiquée :
— Ah, vous êtes de groupe de quinze mille qui nous casse les oreilles depuis tout à l'heure.
Il n'y avait pas de réelle malice dans sa voix. Tetsurō pouffa.
— Ouais, désolé pour ça. On est juste content. On est sorti fêter ça un peu.
— Fêter quoi ?
— Le résultats des élections, Shinpoteki deuxième tour.
Il n'eut pas besoin de préciser plus que cela pour que ses deux acolytes comprennent où il voulait en venir.
— Hmm, pareil pour nous au final, dit Hanamaki avant de prendre une gorgée de sa boisson.
— Je pensais pas que t'étais du genre à t'investir autant dans la politique, remarqua Matsukawa.
Tetsurō haussa les épaules :
— Deux de mes partenaires sont des omégas donc bon.
Il avait parlé sans hésiter, se sentant complètement à l'aise en leur présence.
— Hmm, c'est vrai.
— D'ailleurs comment va Bokuto-san ?
Kuroo fut surpris de la question, et de la bienveillance pointant dans la voix d'Hanamaki.
Le brun tourna rapidement les yeux, trouvant finalement son partenaire à travers la foule, riant aux l'éclats, les lumières dansant sur sa peau. Il sourit.
— Ça va mieux maintenant.
— C'est bon de l'entendre.
— Hmm...
La discussion retomba quelques secondes.
— Bon, maintenant qu'on aura plus nos poses clope en catimini, va falloir quand même qu'on trouve à se capter. Sans ma dose du roi des vampires, je vais dépérir ! Mais bon, il est temps d'abandonner le navire là, on peut rien y faire.
Kuroo écarquilla les yeux. Il n'avait pensé qu'à son nombril, mais il était vrai que si Toribishi coulait, c'était des centaines et des centaines d'employés qui se retrouvaient sans emploi du jour au lendemain, et cela incluait évidemment ses deux acolytes.
— Woh, merde j'avais même pas calculé... chier. Vous allez faire quoi ?
— Hmm, ça va, on a trouvé du boulot déjà.
— Sérieux ?
— Ouais, on a un ainé de l'université qui a monté une start up ya un moment, et qui bosse sur le développement de peau artificielle et la conception de prothèse biologique. Son entreprise à bien décollé, du coup il cherchait du monde, c'est bien tombé au final.
— Ouais, j'ai moins l'impression d'avoir vendu mon âme au diable, remarqua Hanamaki, c'est rafraichissant.
— Oh, c'est cool ! Ça tombe super bien.
— Ouais. Et toi du coup ? Content de plus avoir à jouer les archivistes ?
Tetsurō soupira :
— Je m'en réjouirais si cela ne voulait pas dire que j'ai plus de stage en milieu d'année, et que je risque de devoir rattraper mon année à cause de ça...
— Ish, ouais pas dingue en effet.
— Hmm...
L'ambiance retomba franchement.
— Hey, mais attends, si t'es dispo, je pense qu'on peut carrément voir avec notre pote. Il cherche encore du monde, je pense pas qu'il dira non à de la main-d'œuvre gratos.
— Sérieux ?
— Bah ouais, grave... En plus si ça se passe bien, ça peut toujours mener à un poste à plein temps, sait-on.
Kuroo battit des cils, incrédule.
— Sérieusement ? Ce serait parfait ! répondit-il, tentant bien mal de contenir l'excitation dans sa voix.
— Carrément, je t'envoie son contact, et on lui en parlera.
— Vous me sauvez la vie là, vous en avez conscience ?!
— T'emballe pas trop, ça ne tient pas de nous, mais c'est déjà ça j'imagine...
— C'est carrément super ! Merci les gars.
Les deux lui sourirent.
— Pas de soucis.
Hanamaki sourit, prenant une nouvelle gorgée de sa boisson. Il laissa ses yeux voyager à travers la salle. Finalement il se stoppa, ses yeux s'écarquillèrent et il avala de travers.
— Je rêve où c'est Oikawa là-bas ? demanda-t-il en toussotant.
Tetsurō suivit son regard, tombant en effet sur son ami, qui papotait tout en tenant son partenaire par le bras.
— Oh mais oui, il est là, il est revenu du Brésil pour les vacances.
Un sourire carnassier, baigné de malice, se dessina sur les lèvres du jeune homme :
— Oh... je vais tellement aller le faire chier.
Il finit son verre cul sec et reposa le verre sur les bars avant de partir braver la foule, animé par de sombres desseins.
Il ne pensait pas un jour être béni d'une telle vision, mais le rougissement furieux d'Oikawa lorsqu'il aperçut Hanamaki valait certainement tout l'or du monde.
Matsukawa et Tetsurō échangèrent un regard, prit de court, avant d'exploser de rire. Ils bravèrent à leur tour la foule pour rejoindre le CAPE.
-/-
Ils avaient fini par sortir du bar, déambulant maintenant dans les rues tokyoïtes, éparpillés en petit groupe, perdu au milieu des néons et des clameurs de la nuit. Personne ne savait vraiment quelle était leur destination, s'ils marchaient pour rejoindre le métro ou s'ils partaient envahir un nouveau bar. Kuroo était quelque part dans ce long cortège égrainé, discutant avec Oikawa et Sugawara, entretenant une conversation qu'ils pensaient tous hautement intellectuel, mais qui devait réellement n'avoir ni queue ni tête. Ses partenaires étaient tous restés tard, mais ils les avaient plus au moins perdus de vue pour le moment. Ils sentaient néanmoins leur présence latente à travers leur lien.
— Je sais pas si on peut vraiment dire que ce genre de propos est...
Il se tut, secoué complètement en entendant un cri déchirer la nuit. Un appel à l'aide déformé qui le secoua complètement et le fit redescendre instantanément. Sugawara et Oikawa réagirent également immédiatement, alertes.
— C'est la voix d'Hinata, dit Sugawara, inquiet, avant de partir en courant dans la direction du cri.
Oikawa et Kuroo le suivirent en courant.
Sugawara s'arrêta devant une ruelle en marge de l'axe éclairé.
— Hey ! aboya-t-il, le visage dévoré de rage.
En arrivant devant la ruelle, Tetsurō aperçut Hinata, complètement paniqué, essayant de tenir tête à deux gars faisant bien le double de sa taille, et le triple de son poids. Oikawa, en captant la situation, rejoint Sugawara, jouant lui aussi les alphas menaçants.
Tetsurō dessoûla complètement face à la gravité de la situation. Alors qu'il allait les rejoindre, il se stoppa, momentanément paralysé lorsque Sugawara commença à grogner profondément. Le son était tétanisant et profondément menaçant. Mais il fit effet, les deux individus menaçants détournèrent leur attention d'Hinata, tentant de tenir tête au prima. Bientôt ce fut Oikawa qui se mit à grogner. La violence de l'interaction et son primal fit frissonner Tetsurō qui commençait à avoir du mal à respirer.
Sugawara fit le tour, maintenant le contact visuel, venant se placer défensivement devant Hinata. Oikawa vint se placer à ses côtés, les deux formant une barrière de protection. Un dernier râle grave et hostile et les deux agresseurs baissèrent les yeux et s'enfuirent en courant, le bousculant en passant.
Sugawara redescendit immédiatement, et Kuroo retrouva enfin son regard. Le brun en profita pour enfin s'engager dans la ruelle.
— Wouh, échappa l'argenté, plaçant instinctivement son coude devant son visage.
Oikawa en fit plus ou moins de même, Hinata s'écarta également, et Tetsurō put enfin remarquer qu'ils se tenaient devant quelqu'un, allongé au sol, respirant difficilement. Instinctivement, il se rua vers l'individu. Il s'agissait d'un jeune homme, de sensiblement son âge, allongé sur le sol en hyper ventilation, tenant fermement dans ses mains un petit sac en plastique dont le contenue s'était renversé autour.
— Ça va ? Vous m'entendez ? Vous m'entendez ? demanda Tetsurō, la panique commençant à monter.
— C'est un œstrus réactif, dit Oikawa, son t-shirt sur le nez, faut pas le laisser là !
Les trois alphas se tenaient devant lui, gardant l'entrée de la ruelle.
Tetsurō tourna les yeux vers l'individu au sol. Il avait le regard brumeux, l'air fiévreux l'odeur doucereuse et lourde régnait tout autour, ce qui confirmait effectivement les dires de son ami.
— Je... je vais appeler une ambulance, attendez...
Il sortit son téléphone, mais alors qu'il allait composer le numéro, le jeune homme au sol tapa sur son poignet, ce qui lui fit échapper le cellulaire.
— Non ! Non ! Je suis pas … un oméga, je suis pas un oméga.
Il avait parlé d'une voix écorchée, à bout de souffle. Il hyperventilait et était au bord de la crise de panique.
— Ça va aller, tout va bien aller, tenta de le rassurer Tetsurō.
— Je suis pas un oméga... répéta le jeune homme de nouveau.
— Le déni ça va au bout d'un moment !
— Oikawa !
— Quoi ?!
Tetsurō ne renchérit pas, constatant que son ami était tout aussi paniqué que lui.
— Quoi qu'il se passe, vous pouvez pas rester comme ça, il faut que j'appelle une ambulance.
— Non! Non! Non!
Il commençait à perdre conscience, il fallait agir rapidement.
— Ça va ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
Tetsurō tourna immédiatement les yeux vers le bout de la ruelle, constatant la présence de ses partenaires. Ils avaient dû sentir sa panique et venir immédiatement.
— Ya quelqu'un-là qui... on a besoin d'une ambulance, mais il refuse.
Il vit les trois faire un pas en arrière, prit de cours lorsqu'ils s'engagèrent un peu plus dans la ruelle. Keiji instinctivement passa la manche de son gilet sur son nez, restant en retrait. Kenma et Kōtarō se ruèrent vers lui en comprenant plus ou moins la situation.
— What the... Yaku ! s'exclama Kenma en s'approchant.
— Quoi ?! répondit Kōtarō, lui aussi prit de cours.
— C'est Yaku putain !
Kenma tomba à genoux devant le jeune homme, remué de panique et de choc.
— Vous le connaissez ?
— On était au lycéen ensemble... Yaku, tu m'entends ? C'est Kenma , tu m'entends ?
Kōtarō tomba à ses côtés également.
— C'est quoi ce délire... Yaku ?
Le regard du jeune homme trouva le leur, mais il perdait de plus en plus contact avec la réalité.
— Il veut pas que j'appelle l'ambulance ! Il me dit que c'est pas un oméga.
— Bah la dernière fois qu'on l'a vu c'était en effet pas le cas, remarqua Kōtarō.
— Bah de toute évidence il respire pas la santé là maintenant ! On s'en fout, on va pas le laisser comme ça ! s'emporta Tetsurō.
— Non, non ! gémit de nouveau le jeune homme.
Il tenta de se redresser, mais ses bras ne le soutinrent pas bien longtemps. Il retomba sur les Kenma. Ce dernier ajusta sa position, tenant sa tête sur ses genoux pour tenter de l'apaiser.
— Ça va aller, je te promets, ça va aller.
Le jeune homme tenta de répliquer une nouvelle fois, mais il put seulement échapper un filet de voix rocailleux. Il commençait à perdre connaissance.
La situation avait assez duré, Kuroo récupéra son téléphone et sans plus hésité, composa le numéro des urgences.
-/-
Tetsurō baissa les yeux sur son téléphone : 4h28.
Il soupira, épuisé. Le soleil se levait au-dehors, sa lumière orangée commençant à se mêler à celle des néons crus de la salle d'attente de l'hôpital. Il ne s'agissait pas de celui qui avait accueilli Kōtarō quelque temps au paravent, mais tout y était similaire, éveillant des sensations mnésiques qui le retournaient complètement. Ses partenaires étaient à ses côtés, assis en silence, ils manquaient tous de tomber de sommeil.
— J'arrive pas à calculer ce bordel, murmura Kenma.
— Hmm...
Silence.
— Moi je... je m'en suis peut-être pas rendu compte mais... vous vous en doutiez ? Quand on était au lycée ? demanda le blond en se tournant vers Kōtarō et Keiji.
Les deux hochèrent négativement la tête.
— C'est surement... une présentation tardive... je sais pas.
— À 23 piges ?!
— J'en sais rien, j'imagine.
Ils hochèrent vaguement la tête.
— Vous étiez au lycée ensemble du coup ? demanda Tetsurō.
— Hmm... on faisait du volley ensemble...
— Oh... ok...
— Il s'est un peu fait Karma en fin de compte, je l'aimais bien mais il pouvait en dire des horreurs... déclara Kōtarō.
Il était si fatigué que ses clignements d'yeux étaient complètement désynchronisés.
— Kōtarō, gronda Keiji, je ne pense pas que ça soit le moment d'avoir ce genre de propos.
— Quoi ? Je dis juste... il avait un problème avec les omégas, nous ça allait parce qu'on était pote, mais franchement, c'était limite des fois.
— J'avoue... répondit Kenma avant que Keiji n'ait pu réagir de nouveau.
— Je lui aurais jamais souhaitait ça mais...
— Il doit pas aller super bien non plus... J'espère qu'on aura vite des nouvelles.
— Ouais... j'ai un peu envie d'aller pioncer là.
Keiji roula des yeux, déconcerté du manque d'empathie de Kōtarō. Pour sa défense, ces derniers mois avaient eu comme effet de quelque peu le désensibiliser sur certains points, il ne pouvait pas franchement lui en vouloir pour cela.
Kenma releva les yeux, balayant la salle d'attente du regard. Il se stoppa, fronçant les sourcils lorsqu'il tomba sur la silhouette de quelqu'un se tenant en face du comptoir d'accueil.
— Merde, c'est pas Lev là-bas ?
Keiji et Kōtarō relevèrent les yeux d'un même mouvement.
— T'es sur ?
— Je sais pas, t'en connais beaucoup des nippo-russe de deux mètres toi ?
— Non, mais j'imagine que ya pas que lui sur tout le japon, compléta Kōtarō, désabusé.
Le jeune homme en question finit par se tourner dans leur direction, révélant complètement son visage.
— Si c'est lui putain, Lev !
L'interpellé se tourna vers eux, il fit les gros yeux en les reconnaissant.
— J'avais oublié qu'ils sortaient ensemble, dit Kenma assez bas pour qu'ils soient les seuls à l'entendre, on aurait peut-être dû l'appeler...
En deux petites foulées, ledit Lev était déjà arrivé à leur hauteur.
— Kenma, Bokuto , Akaashi –son regard tomba sur Kuroo- euh... toi.
Kuroo fronça les sourcils, désarçonné.
— Qu'est-ce que vous faites là ?
— C'est nous qui l'avons accompagné.
— Oh, vous étiez avec lui ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
— Euh... non, on... on est tombé sur lui par hasard... Désolé, on a pas pensé à t'appeler sur le moment.
— Oh, ça fait rien.
Lev échappa un sourire gêné. Il se frotta l'arrière de la nuque avant de répondre.
— Ça fait deux ans qu'on s'est pas adressé la parole... Il a juste dû oublier de me virer de sa liste de contact d'urgence...
— Oh... je... désolé, je savais pas.
— Ça fait rien.
Personne ne sut vraiment comment revenir de cela.
Lev continua de jeter des coups d'œil en direction de Kuroo à la dérobée, tentant surement de se rappeler de qui il pouvait bien s'agir. Le brun décida de mettre fin à sa souffrance.
— Euh, Kuroo Tetsurō, enchanté, dit-il en le saluant d'un mouvement de tête.
— Notre partenaire, précisa Kenma.
— Oh ! Haiba Lev –il détourna rapidement les yeux- euh c'est bien, vous avez... agrandi votre collection.
Les yeux de Tetsurō manquèrent de s'échapper de leurs orbites, tout comme ceux de leur interlocuteur en réalisant ce qu'il venait de dire.
— Euh, désolé, je voulais pas dire ça.
La situation fut définitivement désamorcée lorsque Kenma explosa de rire.
— Toujours aussi délicat à ce que je vois.
— Désolé...
— Ça va, t'inquiètes...
Le jeune homme hocha vaguement la tête.
— Euh... on sait... vous savez ce qu'il s'est passé du coup ?
Les trois autres se regardèrent, ne sachant pas trop s'ils devaient lui confier ce genre d'information... Surtout s'ils n'avaient plus vraiment de contact... En même temps... Il l'avait trouvé seul en pleine nuit, et son seul contact d'urgence, en tout cas à s'être présenté, était apparemment son ex. Kenma en déduit qu'il ne devait pas avoir grand monde pour l'entourer. Au risque de se mettre son ami de lycée à dos, il décida de lui expliquer :
— Oeutrus réactif, apparemment.
Lev écarquilla les yeux, comprenant rapidement ce que cela signifiait.
— Oh... oh. Ok... je vois.
— Messieurs ?
L'un des médecins venait d'arriver à leur hauteur, les coupant dans les conversations.
— Il va bien ?
Le médecin réajusta ses lunettes avant de répondre :
— Stable. Tout ira bien.
Même s'il avait été plutôt indélicat plus tôt, Kuroo entendit Kōtarō échapper un soupir de soulagement.
— Je suis vraiment navré de vous demander cela mais... la situation est assez particulière. Nous n'avons aucun enregistrement, ce qui nous bloque un peu sur certains points... Nous aurions besoin de quelqu'un de... de son entourage proche pour remplir quelques documents. Rien de bien important pour le moment.
Lev tourna les yeux vers ses amis de lycée, hésitant.
— Euh, je peux voir ce que je peux faire.
— D'accord, suivez-moi.
Le médecin tourna les talons et se dirigea vers l'accueil.
— Lev... On va y aller, dit Kenma avant que ce dernier ne tourne à son tour les talons.
— Oh... ok... merci pour tout.
— Désolé de te laisser comme ça...
— Pas de problèmes, vous avez déjà fait beaucoup.. . Je sais pas non plus trop ce que je fais là... mais je vais voir ce que je peux faire.
— Ok... hum... on repassera... Tiens-nous au courant.
— D'accord...
Il se tourna.
— Oh et...
— Hmm ?
— Pas ouf comme circonstance, mais ça fait plaisir de te revoir.
Le jeune homme face à eux échappa un sourire sincère :
— Pareil.
Et il s'en alla pour de bon.
-/-
Ils auraient pu laisser cette histoire-là, ils ne pouvaient rien faire de plus, et n'avaient franchement plus grand-chose à faire dans cette situation. Malgré tout, Kenma, Kōtarō et Keiji voulaient tout de même s'assurer que leur ami de lycée se remettait correctement, surtout s'il était en situation d'isolement. Tetsurō quant à lui les avait suivis, voulant tout autant s'assurer du bon état de rétablissement du jeune homme.
Ils arrivèrent au comptoir de l'hôpital en fin d'après-midi, 48h après l'admission de leur ami de lycée.
— C'est pour une visite, expliqua Kenma, Yaku Morisuke.
L'infirmière derrière le comptoir soupira, commençant à manchonner brouillement son chewing-gum, pianotant sur son clavier d'ordinateur.
— Il n'est plus ici... Il a été transféré hier matin, répondit-elle d'une voix monocorde.
— Transféré ? Mais où ?
L'infirmière haussa les épaules nonchalamment.
— C'est confidentiel.
— Ouais c'est ça, marmonna Kenma.
— Transféré ? Mais où ? intervint Kōtarō.
— T'as entendu la réponse comme moi, répliqua Kenma, agacé.
— Nous devrions peut-être contacter Haiba, proposa Keiji, il doit être au courant.
— Bonne idée -Kenma sortie son téléphone et composa le numéro- allô, Lev, c'est Kenma.
Le blond passa l'appel en haut-parleur.
— Hey, salut.
— Désolé de te déranger, on est à l'hôpital, ils nous disent que Yaku a été transféré, tu sais où ?
— Oui, oui, c'est moi qui ai demandé le transfert.
Kenma fronça les sourcils :
— Comment ça ?
— Bah ils ont pu faire en sorte qu'il redevienne stable... Ils ont réussi à reset le cycle pour que... que ça se fasse plus en douceur. Il n'est pas malade, enfin je pensais juste pas que le laisser à l'hôpital tout ce temps-là était une bonne idée.
— Je pense pas que c'est une bonne idée de l'avoir lâché dans la nature comme ça directement ? Il a besoin d'être accompagné !
— Non, non, je... il est pas "lâché dans la nature", il est en sécurité, vous en faites pas.
— Comment ça ?
— Hum... c'est un centre d'accueil, enfin...
— Une nurserie ?! Me dis pas que tu l'as envoyé dans une nurserie Lev !
— Non, non pas du tout ! C'est comme un genre de planning familial, ma grande sœur y travaille. Ils sont un peu plus spécialisés dans... ce genre de cas, je me suis juste dit qu'il serait... mieux là-bas. Vous en faites pas, c'est safe, et ils savent ce qu'ils font.
— Oh... ok... C'est où, on peut aller le voir ?
— Euh oui... si vous voulez. Je peux pas y aller... Et euh, ils laissent pas forcément rentrer d'alphas...
Kenma leva les yeux vers Keiji.
— Oh, ok...
Le brun lui fit signe qu'il comprenait et que ce n'était pas un problème.
— Ok euh... on peut y aller ? Tu peux m'envoyer l'adresse ?
— Ouais, ouais, je te l'envoie par message.
— Ok, merci Lev, je... on se tient au courant.
— D'accord... Je t'envoie l'adresse par message, à plus, les gars.
— À plus.
Il raccrocha.
— C'est quoi ce truc ?
— J'en sais rien... autant aller vérifier.
Son téléphone vibra.
— C'est bon j'ai l'adresse -il pianota sur son téléphone- de nom on dirait quand même une nurserie... mais je pense pas que Lev aurait fait ça...
— Il a dit que sa sœur y bossait, ça doit aller non ?
— Hmm... ok, c'est à quelques kilomètres de la maison, c'est pas très long en voiture... Keiji, on peut te déposer et on va faire un tour ?
Le concerné hocha la tête.
— Attends, on va y aller maintenant ? râla Kōtarō.
— Oui, quand même... je veux quand même être sûr que ça va... Si tu veux pas, viens pas, tu restes à la maison.
Kōtarō souffla :
— Non, c'est bon on y va ok.
-/-
Le centre où avait été admis Yaku était en effet assez proche de leur maison. Dix minutes après y être passé pour déposer Keiji, ils arrivèrent enfin à destination. L'endroit était situé dans un bâtiment daté, défraichi, la végétation couvrant une partie de la façade. Malgré la froideur de la bâtisse de l'extérieur, il régnait à l'intérieur une atmosphère bien différente, chaleureuse et sécurisante. On était loin du cadre stérile et austère de l'hôpital. Ils s'avancèrent jusqu'au comptoir à l'entrée. La femme derrière le comptoir, une quadragénaire habillait en chemisier à fleurs, leur souris chaleureusement en les apercevant. Là aussi, on était très loin de la secrétaire de l'hôpital désabusé et indolente, qui les avait reçus plus tôt.
— Bienvenue au centre des cerisiers, que puis-je faire pour vous aider ? Vous aviez rendez-vous ?
— Euh... bonjour... non, pas vraiment. C'est... nous avons un... ami qui a été admis hier, nous voulions juste lui rendre visite. Yaku Morisuke.
La femme derrière le comptoir jeta un regard sur le registre, tournant les pages posément.
— En effet, nous l'avons bien accueilli hier –elle releva le regard- pour les visites cependant, j'ai bien peur...
— Oy! Kozume-san , Bokuto-san !
Ils se tournèrent en direction de la voix qui les avait hélés. Ils découvrirent une jeune femme, aux cheveux blonds et aux yeux bleu céruléen, Tetsurō n'eut pas besoin de plus pour déterminer qu'il devait s'agir de l'ainée Haiba.
— Haiba-san, salua Kenma.
Elle sourit, le visage rayonnant d'une sérénité et d'un chaleureux éblouissant.
— Lev m'a prévenu que vous alliez passer, merci d'être là ! Tori-san, pas de soucis, ils sont prévus, merci beaucoup.
Le regard de la jeune femme tomba sur Kuroo, elle sourit de nouveau.
— Haiba Alisa, enchantée, se présenta-t-elle avant de saluer poliment.
— Kuroo Tetsurō, l'imita. Hum... je suis leur partenaire, je... j'étais là quand c'est arrivé, je voulais juste m'assurer que tout allait bien.
— Oh, pas de problème ! -elle tourna les yeux vers Kōtarō et Kenma- ravi que votre famille se soit agrandie
Voilà qui était un peu plus délicat que "l'agrandissement de collection".
— Et Akaashi-san ?
— Il va bien il... Lev nous as dit que c'était mieux qu'il ne vienne pas.
— Oh oui... Ce n'est pas interdit aux alphas non plus, c'est juste que beaucoup de nos pensionnaires ne réagissent pas... très bien, mais pas de problème si on est au courant. J'ai dit ça à Lev pour qu'il lui laisse un peu d'air aussi.
— Oh, ok, je vois.
La blonde leur sourit :
— Suivez-moi, je vais vous montrer le chemin.
Sur ceux, elle tourna les talons et ils la suivirent.
Ils traversèrent le hall d'entrée. Des posters étaient placardés sur les murs, quelques campagnes, un tableau affichant les activités programmées et les services proposés. En tournant dans un couloir, Tetsurō aperçut deux portes en verre semblant mener vers un jardin extérieur.
— Je savais pas que ce genre d'endroit existait ici, dit Kenma à l'adresse de la jeune femme, détaillant les noms indiqués sur les différentes portent autour.
— On avait peur que ce soit une nurserie, lâcha Kōtarō, sans plus de cérémonie.
Alisa parut épouvantée.
— Non ! On essaye de ne pas emprisonner les gens, et on ne donne pas trop dans la revente d'enfants, pas notre truc.
— C'est... rassurant... dit Kenma.
La jeune femme éclata de rire.
— Vous en faites pas, on a l'habitude... Si ça vous intéresse, je pourrais vous faire faire un tour après.
Ils hochèrent la tête.
— Il va bien ? finit par demander Kenma.
Alisa repris des traits plus sérieux.
— Ça va. Physiquement en tout cas, pas encore de symptômes très importants. Psychologiquement, c'est une autre affaire... Il est... en colère. Nous avons un service d'accompagnement psychologique, mais pour le moment il refuse de parler à qui que ce soit.
— Hmm, je vois.
Ils tournèrent dans un couloir, toutes les portes semblant donner sur de petites chambres. On pouvait apercevoir l'intérieur de certaines dont les portes étaient entrouvertes. Elles étaient meublées comme de petits appartements, et étaient plutôt chaleureuses. On était bien loin du stérile hospitalier.
Alisa s'arrêta devant l'une des portes.
— Il est là, je l'ai déjà prévenue que vous veniez du coup... bon... je vous laisse.
Ils hochèrent la tête, et la jeune femme leur adressa un dernier sourire et repartit.
— Bon bah, allons-y.
Kenma toqua à la porte. Une voix à l'intérieur les invita à rentrer.
Avant que le blond n'abaisse la poignet, Tetsurō intervint :
— Euh... je pense que je vais vous laisser y aller sans moi. Je... il ne me connait pas, j'ai pas envie de le stresser plus.
Les deux autres en furent surpris, mais n'insistèrent pas.
— Ok, on se retrouve après alors.
Tetsurō hocha la tête. Kenma en fit de même, et ouvrit la porte. Kuroo reconnut Yaku, assis sur son petit lit. Il releva les yeux en entendant la porte s'ouvrir.
— Hey, dit Kenma.
Son ami lui fit un vague geste de la main. Tetsurō s'écarta de la porte. Kōtarō et Kenma rentrèrent et refermèrent la porte derrière eux.
Le brun s'adossa au mur, patientant ainsi quelques minutes. Finalement, il décida de partir s'aventurer dans les couloirs, histoire de trouver où s'assoir. Dans l'une des chambres, deux jeunes femmes discutaient gaiment. Il passa devant une grande salle, les murs vitrés laissant voir à l'intérieur une salle de vie donnant sur l'extérieur, quelques enfants jouaient ensemble, riant aux éclats, tandis que les adultes étaient installés à une table, jouant aux cartes, leur voix se mêlant à celles des enfants.
Kuroo sourit pour lui-même. Il y avait de quoi s'assoir à l'intérieur, mais il n'osa pas troubler les résidents, alors il fit demi-tour, retournant vers là où il avait laissé ses partenaires. Ce ne fut qu'alors qu'il constata la présence de deux fauteuils, installé au bout du couloir, sous une fenêtre. Il partit s'y installer, commençant à feuilleter distraitement les brochures posées sur la petite table entre les fauteuils. Il fut cependant interrompu dans sa lecture lorsque l'une des portes s'ouvrit à la volée, ce qui le fit sursauter.
Il s'agissait de Kōtarō. Irrité, il claqua la porte derrière lui. Il capta son regard et s'avança vers lui en tapant des pieds.
— Ça va ? demanda Kuroo.
— Non, vraiment une tête de pioche, ça m'a soulé.
Il souffla et se laissa tomber dans le fauteuil en face de Tetsurō.
— Je veux bien que ce soit... difficile à digérer surtout à cet âge-là, mais bordel, ses réflexions de merde il peut se les carrer où je pense. Pas une once de reconnaissance ou de respect, ça m'a soulé. Je commence à me rappeler pourquoi on avait plus de contact depuis la fin du lycée.
— Tu l'as dit toi-même, c'est pas facile... Les gens ne réagissent pas tout le temps... enfin, faut du temps des fois, essaya de temporiser Tetsurō.
— Non c'est bon, j'ai pas besoin de supporter ça. Il veut pas d'aide, bah qu'il se démerde tout seul.
Tetsurō n'insista pas. Il pouvait comprendre Kōtarō, et ce n'était certainement pas à lui de supporter la misère du monde.
— Bordel... en plus comment il a réussi à se foutre dans cette histoire... Tu fais pas d'œstrus réactif par la seule force de ta pensée, qui sait ce qu'il a foutu pour mettre la main sur des suppresseurs sans ordonnance, faut être à l'ouest, c'est quelle profondeur de dénie ça ?! Et puis c'est quoi le but merde.
— Kō...
— Ça va, j'ai compris c'est juste, ça me soul.
— Je vois ça.
Kōtarō souffla.
Il releva les yeux, l'air toujours en colère. Son visage changea brusquement, ses traits s'apaisant, mués d'une tendresse surprise.
En suivant son regard, Tetsurō aperçut au bout du couloir un papa tenant un nourrisson dans ses bras. Il berçait son tout petit, murmurant du bout des lèvres.
Lorsqu'il tourna de nouveau son attention vers Kōtarō, la détresse muette s'était invitée dans son regard. Le brun sentit son cœur se serrer. Il tendit la main, prenant celle de son amoureux, la serrant fort dans la sienne, laissant une vague de tendresse traverser le lien. Le regard de Kōtarō trouva le sien, et il lui sourit.
— Tu veux qu'on aille faire un tour ?
Il hocha la tête. Et ils se redressèrent. En s'avançant dans le couloir, Tetsurō constata que Kōtarō regardait toujours le papa et son bébé, mais quelque chose avait changé dans son regard. Alors qu'il passait à la hauteur du papa, le regard de Kuroo croisa le sien, et il lui adressa un salut poli, qui lui fut réciproqué. Alors qu'il allait continuer sa route, il s'aperçut que Kōtarō ne le suivait plus. Il était resté planté là, regardant le papa et son bébé.
Le parent finit par s'en apercevoir. D'abord surpris, voire alarmé, il finit par s'apaiser, ne détectant aucune menace dans la présence de Kōtarō. Un sourire tendre s'étira sur les lèvres du papa.
— Bonjour.
Il s'était adressé à Kōtarō d'une voix posée.
— Euh bonjour.
Personne ne bougea.
— Hum, Je suis Keisuke, enchanté.
Keisuke, soutenant la tête de son enfant, changea sa position pour que Kōtarō puisse voir son visage.
— Et voilà Nozomi.
Espoir.
Tetsurō sourit.
Kōtarō s'avança timidement, ses yeux se noyant d'une tendresse émerveillée en apercevant le visage de Nozomi.
— Elle est toute petite !
— Ahah, oui, elle n'a qu'une semaine.
Kōtarō souriait, émerveillé.
— Ah euh, oui, Kōtarō, finit par se présenter ce dernier.
Il lui avait directement donné son prénom, tout comme lui l'avait fait.
Le brun s'approcha à son tour.
— Tetsurō.
Keisuke lui sourit et hocha la tête.
Kuroo avait beaucoup moins d'intérêt pour un bébé de si bas âge, mais la scène était touchante.
Keisuke les regarda tous les deux, et finalement demanda :
— Vous avez des enfants ?
Une ombre sombre passa dans les yeux de Kōtarō, qui détourna le regard.
— Euh non, répondit Tetsurō.
— Je vois, oui, vous êtes encore jeune.
Le silence s'étendit. Kōtarō se frottait nerveusement le bras.
— Hum, c'est votre première ? demanda Tetsurō, espérant que ce soit une question appropriée aux circonstances.
— Oh, non, j'ai un petit garçon aussi, de quatre ans.
En suivant le regard de Keisuke, ils trouvèrent un groupe d'enfants, jouant ensemble dans la salle de jeu installé là.
— C'est Kenta là-bas en salopette jaune.
Au moment où ils tournèrent les yeux en direction de l'enfant, ce dernier se tourna vers eux, faisant de grands gestes dans leur direction. Il sembla se rappeler de quelque chose de primordial. Il prévint ses camarades de jeux et sorties de la salle de jeux, trottinant sur ses petites jambes jusqu'à son papa.
— Papa ! On veut prendre le jeu hélicoptère, c'est trop haut !
— Le jeu hélicoptère ?
Le petit garçon pointa intensément en direction d'une étagère à l'intérieur de la salle de jeu.
— Tu es sûr que tu as le droit de le prendre ?
— Oui, Ali a dit oui, mais c'est trop haut maintenant !
— Oh... d'accord, attends, répondit Keisuke, réajustant Nozomi dans ses bras, tentant de trouver une position lui permettant de libérer un bras.
— Montre-moi ce que tu veux, je vais le récupérer si tu veux, intervint Kōtarō.
L'enfant sembla se rendre tout juste compte de sa présence. Il resta quelques secondes à le regarder, sans rien répondre.
Le téléphone de Tetsurō sonna à ce moment-là : Kenma demandait où ils étaient.
— Tu me montres ? réitéra gentiment son partenaire.
L'enfant hocha vivement la tête.
— Euh oui, c'est là-bas ! déclara-t-il avant de repartir en trottinant.
Alors que Kōtarō allait le suivre, le brun l'interpella :
— Kō, je vais juste voir Kenma, il nous cherche. On revient.
— Oh, ok.
Sur ce, il fit un salut de la tête à Keisuke. Kōtarō entra dans la salle de jeu et il tourna les talons pour partir retrouver le blond.
Il trouva ce dernier, errant dans les couloirs à leur recherche.
— Oh t'es là ! Bordel, mais vous barré pas comme ça ! Il est où Kōtarō ?
— Il a trouvé des enfants avec qui jouer.
Kenma pouffa, mais un sourire s'invita sur ses lèvres.
— Hmm, ok, je vois.
— Ça va ? Il va comment ?
Le blond souffla.
— Il va... comme il peut. On a un peu discuté. Ça faisait un bail qu'on ne s'était pas vu. Pas forcément les meilleures circonstances.
— Kō avait l'air venère quand il est sorti.
— Hum, je comprends.
Ils se remirent en marche, Tetsurō les guidant vers là où il avait laissé Kōtarō.
— Il... c'est pas à lui de supporter ça. Mais je comprends un peu Yaku. Il vient aussi d'une famille de bêta, et il s'est un peu bourré la tête de... disons-le, de vieux préjugés de merde. Aussi... merdique que ce soit, je peux comprendre un peu ce qu'il ressent. Et il est seul, apparemment... je voulais pas le laisser comme ça.
Tetsurō hocha la tête.
Ils arrivèrent enfin devant la salle de jeu. Kenta avait mis la main sur ce fameux hélicoptère, qu'il agitait gaiment, inventant des scénarii avec ses camarades de jeu qui avaient eux aussi toute sorte d'objet volant, ou substitut. Tetsurō n'avait jamais vu de tractopelle volant, mais apparemment dans l'imaginaire d'un enfant de quatre ans, c'était le cas, et c'était formidable quelque part. Kōtarō était assis sur le tapis de jeu, discutant avec Keisuke, qui berçait son bébé dans ses bras.
Le brun tourna les yeux vers Kenma. Il regardait son partenaire, souriant tendrement. Il sentit la chaleur de ce sentiment à travers leur lien. Très vite pourtant, il sentit monter une pointe de culpabilité, et de tristesse profonde et flottante. Il attrapa la main du blond, comprenant ce qu'il ressentait, et la serra dans la sienne.
Kōtarō finit par capter leur présence, il leur sourit et les salua de la main. Kenma lâcha celle de Tetsurō pour lui répondre. Leur partenaire s'excusa auprès de Keisuke, lui offrit un salut de la tête, et sortit les rejoindre. Il avait l'air... apaisé.
— Hey... t'as laissé Yaku ?
— Hmm...
— Désolé de t'avoir laissé en plan comme ça.
— T'inquiètes, c'est rien, je comprends. On y va ?
Kōtarō hocha la tête. Il tourna une nouvelle fois la tête vers Keisuke, et le salua de la main lorsque ce dernier capta son regard.
— Vous parliez de quoi ? demanda distraitement Tetsurō alors qu'il se remettait en marche.
— Oh... pas grand-chose, il me parlait de lui. Il a pas eu une vie facile... Il a accouché ici apparemment, il était seul, mais il est bien entouré ici. Il y a d'autre famille, le personnel est agréable et chaleureux, et... il se sent en sécurité. C'est cool.
— Hmm... Je... savais vraiment pas que y'avait ça ici... j'aurais préféré le savoir plus tôt, je sais pas.
Kōtarō examina le visage de son partenaire attentivement. Il hocha la tête lentement.
Alors qu'ils arrivaient au niveau du hall d'entrée, ils croisèrent de nouveau Alisa.
— Hey, ça va ? Ça s'est bien passé ?
— Ça va... Je pense qu'il est entre de bonnes mains de toute façon.
La jeune femme acquiesça, ne lâchant pas son sourire.
— La proposition du tour des lieux tient toujours ? demanda Kenma.
Kuroo fut surpris de son intervention, lui qui avait proposé de partir un peu plus tôt.
— Oh, oui, pas de soucis. Hum... bah là d'où vous venez vous avez dû déjà voir, c'est plus la partie de vie... On essaye de pas trop avoir un côté hospitalier pour... enfin, c'est un peu plus sympa quand même. On a la salle commune pour les repas et tout, une salle de jeux... Oh ! On a une salle de sport aussi !
— Vous avez des personnes qui restent là à l'année ?
Kenma parlait sérieusement.
— Oh, pas vraiment... Certain séjour son assez long, mais on essaye plus de faire du suivi... On a une assistante sociale qui fait des permanences deux fois par semaine, on pousse vraiment sur une accessibilité à l'autonomie autant que possible.
Ils continuaient de marcher à travers les couloirs.
— Vous faites quoi d'autre ? demanda Kōtarō.
Kuroo avait comme l'impression que la visite tournait à l'inspection.
— Oh euh... on a des permanences psychologiques aussi... le lundi après-midi et le vendredi toutes la journée... Des groupes de paroles... on avait des ateliers aussi, mais on n'a plus vraiment personne pour les continuer maintenant, c'est dommage.
Ils venaient de s'engager dans une nouvelle aile du bâtiment.
— Là on est plus dans la partie médicale... On a deux sages-femmes et une médecin gynécologue aussi qui travaille avec nous. Euh, c'est pas vraiment intéressant en fait, désolé.
Kenma et Kōtarō agitèrent la tête, niant les dires.
Ils venaient d'arriver aux abords de ce qu'il semblait être une salle d'attente. Une jeune femme y était installée, attendant tout en caressant son ventre rond. Un adolescent d'environ 15 ans était installé sur une des chaises, remuant les jambes nerveusement.
Ils retournèrent vers le hall principal. Ils s'arrêtèrent devant une grande baie vitrée, Alisa continuant de parler, animée de passion pour ce qu'elle faisait ici.
Kenma finit par jeter un coup d'œil derrière elle. L'une des portes menait vers l'extérieur, mais elle semblait condamnée. Alisa capta son regard.
— Oh ! On avait une petite cour aussi, mais, elle est pas vraiment utilisable maintenant malheureusement.
Au-dehors, ce qui devait être à l'origine une charmante cour avait sacrément mangé. Elle était pleine de débris, le béton au centre fissuré par endroit, la végétation y était assez dense, et le mur au fond s'était écroulé.
S'apercevant que cela ne montrait pas son établissement sous son meilleur jour, la jeune femme s'empressa de reprendre :
— Oh oui, on a eu des dégâts ya... pratiquement un an maintenant, un arbre derrière est tombé pendant une tempête sur le mur là-bas... Heureusement personne n'était dehors et rien d'autre n'a été détruit... On a eu un petit dégât des eaux, mais rien de grave... C'est dommage, mais bon... On – elle soupira- on essaye de faire de notre mieux pour proposer des services, gratuits et tout, mais... c'est pas toujours facile de joindre les deux bouts... On a essayé de redemander des aides gouvernementales, mais il nous lâche des miettes ! C'est frustrant quand même ! Pff, en plus on manque de personnel, heureusement que les permanences peuvent être maintenues, mais on est complètement sous l'eau au niveau de la structure, on est quatre maintenant, et on se retrouve à tout faire... J'adore ce que je fais, mais c'est... bah on fait tous un peu tout, ça peut être beaucoup des fois... je me plains pas, mais... voilà. En plus on a plus de comptable vraiment, Tori essaye de s'en occuper, mais c'est pas son domaine du tout et... bref, pas vraiment l'occasion de s'occuper de la cour.
Elle sembla s'apercevoir alors de ce qu'elle venait de déballer son sac sans s'en rendre vraiment compte. Elle sembla mortifiée et voulut se rattraper :
— Euh désolé, c'est vraiment pas... désolé j'aurais pas du tout lâché comme ça, je voulais pas vous embêter.
— Euh... si vous avez besoin, je peux aider.
Tous les regards se tournèrent vers Kōtarō, tous surpris de son intervention.
— J'ai fait un peu de compta, et du management... J'ai juste une licence, mais, je sais pas, si vous avez besoin je peux aider.
Alisa cligna des yeux incrédules.
Le blond tourna les yeux vers son partenaire.
— J'ai vraiment rien à faire pour le moment, jusqu'à la fin de l'année universitaire... je sais même pas si j'ai envie de continuer la fac en fait, dit Kōtarō, s'adressant au blond. Enfin, je sais pas, je propose comme ça après.
Alisa en était resté sans voix.
— Euh... vraiment ? Je... je m'occupe pas vraiment des recrutements, c'est plus le domaine de Taro, mais... je sais qu'on cherche depuis un moment et qu'un poste traine depuis des mois... Je, le salaire est modeste, mais... Ce serait vraiment... super. Je veux pas m'avancer après...
— Je peux vous envoyer un cv et en discuter, hum, vous avez une adresse de contact, ou je te passe la mienne ?
— Euh, oui, oui... Je peux te donner les infos et... Mais sûr ? Je l'ai peut-être survendu, mais...
— Je suis sûr, répondit Kōtarō en souriant.
— Oh... ok... je fais ça alors.
— Merci !
Alisa eut du mal à en revenir, elle resta plantée là, battant des cils, ne sachant plus quoi dire.
— Il vous faudrait combien pour réparer ça ? intervint à son tour Kenma, désignant la cour d'un mouvement de tête.
— Oh, euh... je sais pas... c'est de grosses réparations, mais pas de soucis, on se débrouille... et puis on préfère privilégier d'autres aspects, maintenir les services les plus important...
Kenma ne l'écoutait plus. Il avait sorti son chéquier, commençant à remplir sans écouter la jeune femme. Cette dernière s'en aperçut.
— Vraiment, ça va on s'en sort et...
Kenma venait d'arracher le chèque du carnet. Il le tendit à Alisa.
— Ça irait ça ?
La jeune femme écarquilla les yeux, si bien qu'ils manquèrent de tomber de ses orbites.
— Sérieusement ?! J'ai... Non, on peut pas accepter ça, c'est beaucoup trop !
Alors qu'elle allait lui tendre de nouveau, le blond insista d'un geste.
— C'est vraiment trop...
— Prends ça comme une donation anonyme.
— Mais c'est pas anonyme, je sais que c'est toi... Tu... t'es sur ?
Le blond hocha la tête.
Alisa regarda le bout de papier entre ses mains, n'en revenant toujours pas.
— Je...
Elle n'ajouta rien et s'avança vers le blond pour le prendre dans ses bras.
— Merci...
Elle se sépara de Kenma:
— Vous nous sauvez là, pour de vrai.
Elle sourit. Et ils lui répondirent.
Après ça, Kōtarō donna son contact à l'accueil, Tori et Alisa promettant qu'il serait recontacté bientôt, et ils repartirent.
— Bon, bah je crois que j'ai un boulot, enfin, à voir, mais bon...dit Kōtarō, une fois dans la voiture.
Il souriait, profondément ravi, le cœur allègre. Cela faisait un moment que Tetsurō ne l'avait pas vu ainsi, plein d'espoir, tourné vers l'avenir.
Il aurait pu se faire beaucoup plus n'importe où, monter une grande carrière, jouer les businessmans, mais il avait abandonné cette vie-là, et comme ces couleurs lui allait bien.
— C'est cool, lui répondit le bond, sincèrement ravi.
Kōtarō hocha vivement la tête et s'installa de nouveau sur son siège. La voiture redémarra.
Kenma sourit, ses yeux ne se détachant pas de la route. Kuroo continua de le regarder dans le rétroviseur. Il avait l'air perdu dans ses pensées.
— Ça va ?
— Hmm ? Oui ça va.
Kōtarō avait également noté son comportement, il continua de le regarder, tentant de sonder son état. Ils avaient du mal à sonder les sentiments l'habitant, une confusion émue, mais apaisée, comme un brasier qui venait de s'éteindre gentiment.
— Tout à l'heure...
— Mmmh ? Quoi ?
— T'as dit que tu aurais aimé savoir que c'était là avant.
— Oui.
— Pourquoi ?
Kenma inspira.
— Parce que je le pense.
Personne ne répondit, laissant le ronronnement du moteur envahir l'habitacle.
— Je sais pas... je... j'ai jamais aimé ce genre d'endroit, je... je me rappel là où m'emmenait ma mère quand j'étais plus jeune... je détestais cet endroit... déjà mes parents me traitaient comme si j'avais une tare, mais c'était pareil là-bas. Je... je sais qu'on... n'a pas eu la même expérience Kō, je sais pas si tu peux comprendre, mais...
Il reposa son coude sur la fenêtre, laissant sa tête retomber sans sa main, tenant le volant de l'autre. Il n'avait pas détourné une seul fois ses yeux de la route, évitant les regards qu'il sentait posé sur lui.
— C'est comme, je sais pas, comme si j'étais pas... je sais pas, j'avais l'impression d'être, comme ton chat que t'emmène se faire stériliser parce qu'il te casse les pieds à hurler... Comme un clebs qu'on enferme dehors pour pas te réveiller la nuit... Mes parents n'ont pas décidé tout seul d'utiliser des pacificateurs, ils savaient pas ce que c'était.
— Kenma... je, désolé, t'es pas obligé d'en parlé si tu te sens pas...
— Ça va... c'est juste que...
Il eut du mal à reprendre son souffle.
— J'avais honte... et... je... j'essaye de pas... j'en parle pas vraiment parce que, je sais pas, peut être que j'ai toujours honte, mais je voulais pas que tu penses que... je penses pareil de toi.
— Je sais que t'as pas honte de moi Kenma.
Il ne répondit rien.
— Et puis... avec les problèmes que j'ai ça... ça améliore rien. Je sais que... tu me l'as dit plusieurs fois, que je fais pas attention, que je vous mets en danger à cause de ça.
Kōtarō ferma les yeux, respirant profondément, la culpabilité lui nouait la gorge.
— Kenma, je... je te l'ai dit, je le pensais pas, j'étais en colère.
— Je sais que tu étais en colère. Je sais aussi que... je fais pas attention, c'est juste, ça me... je déteste ça, ça me...
Il changea de position, posant de nouveau ses deux mains sur le volant, les serrant fort.
— Je sais pas... je sais que je vais pas en mourir d'aller chez le médecin, que c'est juste un mauvais moment à passer et que... mais quand même, même si je rationalise, même si Megi est pas mal, comparé au reste, n'empêche que je la supporte pas. N'empêche que je supporte pas tout ça, et que si je peux éviter d'y penser, ça me va très bien.
— T'aurais dû nous en parler avant, on aurait trouvé quelqu'un d'autre tu sais...
— Pff, non, je me suis juste dit qu'elle où une autre, ce serait pareil. Et puis c'est la joie pour personne non plus.
Personne ne pouvait dire le contraire en effet.
— Je pensais juste que... que c'était comme ça, et c'est tout. Mais... j'ai pas eu cette impression ici, je... je sais pas.
Il resta silencieux quelques secondes.
— Quand t'es partit, ya un infirmier qui est venu voir Yaku et la façon qu'il avait de lui parler, juste... Et juste... C'est difficile pour lui, parce que ça lui tombe sur la tête comme ça, mais au moins, là-bas, personne le traitera comme s'il avait une tare, comme si être oméga c'était une maladie grave et qu'il faudrait nous fuir comme la peste, on est resté quoi ? Une heure ? Mais je sais que ça sera pas le cas, et ça me rassure pour lui. Et... juste, j'aurais aimé savoir que ce genre d'endroit existait avant, peut-être que ça aurait... je sais pas, amélioré des choses, peut-être.
Sa voix retomba.
— J'ai eu la même impression aussi... je... vois ce que tu veux dire. Je crois que c'est pour ça que j'ai proposé d'aider aussi.
— Hmm...
Personne ne parla, mais quelque chose de doux et d'apaisé traversa leur lien.
— Eh... on est pas obligé de retrouver chez Megi, on peut changer... Je sais qu'on s'était dit que refaire le transfert de dossier et tout c'était soulant, mais c'est vraiment pas le plus important au final... Ça me va franchement aussi.
— Mmm... Ok...
Le silence retomba de nouveau. Le crépuscule avait fondu dans les couleurs de la nuit, les lampadaires commencèrent à s'allumer, les lumières de la ville commençaient à s'éveiller. Kenma alluma les feux de la voiture.
— T'as donné combien du coup ? demanda Tetsurō pour relancer la conversation.
— 8 millions de yen*.
— Quoi ?! s'exclamèrent Kōtarō et Tetsurō en chœur.
— Mais, Kenma ?!
— Quoi ?
— T'es... t'es pas bien ?! Je sais que c'est ton argent, et que c'est pour une bonne cause, mais...
— Mais ?
— Tu te rends compte de ce que ça fait ?!
— Oui.
— Non... je... c'est pas que c'est... mais tes projets ? Les maisons que t'avais visitées et tout ?
Le blond haussa les épaules:
— Vous avez raisons, on a pas besoin d'un manoir, ni de quoique ce soit, et puis, c'est pas si énorme...
— Quand même...
— Je... ça fait plus sens de le donner à quelqu'un qui en a besoin plutôt que de le dépenser dans des choses futiles. Et on a largement de quoi faire, même sans ça.
Personne ne répliqua. Kenma souriait, apaisé.
Ils ne le pensaient pas philanthrope, mais finalement, ces couleurs lui allaient bien aussi.
-Fin du chapitre-
* Environ 50.000 euros.
Hey !
Eh bien voilà, c'était l'antépénultième chapitre du CAPE, plus que 2 avant le final :)
J'espère que ce chapitre vous aura plu !
Prochain chapitre: "Les liens du sang"
"— Bordel mais qu'est-ce que je fous là, marmonna Tetsuro pour lui-même.
La question était légitime : comment s'était-il retrouvé, à moitié endormi sur le pont d'un ferry aux premières heures du jour ?"
See ya!
