Bonjour, bonjour !

DISCLAMER : L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.

Comme promis, le chapitre suivant !

Ce n'est pas la fin de l'épisode. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai dû le diviser en trois parties.

Bonne lecture ! ^^


– Chapitre 25 – « Les démons du Pendjab », Partie 2


– Je vais vous tuer, misérable, menaça Missy en attrapant Ryan par le col de la chemise. Où est-elle ?

– Missy, lâchez-le, tente Graham, la tirant en arrière dans le mais de protéger ses petits-fils par alliance.

– Lâchez-moi, Graham, ordonna la Dame du Temps.

– Elle a disparu d'un coup, alors qu'on courrait dans la forêt, a expliqué Ryan.

– Et vous vous en sortez tous les deux, alors qu'elle disparaît ? rétorqua l'étranger en lançant un regard mauvais aux deux jeunes hommes reprenant une respiration plus calme.

C'était proprement et tout simplement impossible. On ne disparaissait pas comme ça d'un coup. Et encore moins elle. Et en plus, Ryan n'avait pas la chance d'être Yasmin ou Graham et de lui attirer sa sympathie, encore que pour ce qui était de Yaz, tout était relatif. Mais où avait bien pu passer le Docteur ? C'était bien le moment de faire ressurgir une telle angoisse.

– Voilà ! fit Yaz en désignant une tâche au loin, devenant de plus en plus claire pour former l'apparence du Docteur.

– Vite, dans la grange ! leur lancement-t-elle en retour, les bras visiblement chargés d'une technologie extraterrestre volée.

– Quoi ?

– Allez dans la grange, tout de suite ! ordonna-t-elle en se rapprochant.

Missy s'approche à son tour d'elle, forçant les Humains à courir.

– Vous n'allez pas dans le bon sens, Missy, s'agaça la blonde, alors que son amie la rejoignait calmement.

– Qu'est-ce que vous avez encore fait pour disparaître sans laisser de trace ? soupira Missy.

– Dans la grange.

– Je ne suis pas l'un de vos petits toutous à qui vous pouvez donner des ordres.

– Mais c'est dangereux dehors.

– La grange n'est pas plus sécurisée, face à l'ancienne maîtresse du chaos.

Le Docteur se baissa et installa un petit appareil sur le sol, puis utilise son sonique pour faire passer la couleur du bleu au rouge.

– Où est Cardea ?

– Dans la grange avec Umbreen.

– Bien, rejoignez-les.

- Non.

– Vous le faîtes exprès, juste pour m'agacer, c'est ça ? lance la blonde.

– J'ai eu peur que nos joyeux assassins de Tyjare vous pulvériseront sur place, je crois avoir le droit de me montrer agaçante.

– Oh, vous vous inquiétez pour moi, maintenant ? Pourtant, je crois que ça aurait réglé pas mal de vos problèmes si j'y était resté.

– Vous avez une raison. Beaucoup de mes problèmes auraient été résolus ! répliqua la rousse avant de faire demi-tour pour retrouver le chemin de la grange.

Le Docteur ne faisait aucun effort pour l'apaiser…


– Qu'est-ce que vous faîtes avec… interrogea Yaz.

– Chut, interrompit le Docteur – dans un ordre – en installant le même appareil du champ sur un pilier, au sol.

– Vous les réduisez au silence ? Bonne méthode, ironisa Missy. Dommage que ce ne soit pas une technique utilisée par vos incarnations précédentes.

– Chut, répéta la blonde en se pertinente avec impatience.

– Je vous avais dit que je vous tuerai, un jour. Bonne nouvelle ! Ce jour est venu ! fit Missy avec une fausse joie en s'approchant.

La porte de la grange s'ouvre, laissant entrer Hasna, Umbreen et Manish qui empêchèrent de peu une dispute.

– Non, n'entrez pas ! tente vainement le Docteur.

Mais sa douleur à la tête la reprit, signe que les assassins de Tyjare étaient de retour.

– Merveilleux, maugréa Missy en voyant lesdits extraterrestres apparaître devant eux.

– Vous perturbez notre travail, firent-ils.

– Je m'en voudrais jusqu'à la fin de ma vie, leur envoya Missy avec sarcasme.

– Tant mieux, assure le Docteur avec aplomb. Maintenant dites-moi qui vous cherchez.

– Vous pensez vraiment que le coup de : « dévoilez-moi votre plan » va vraiment finir par marcher un jour ? Vous rêvez…

– Éveillée. Oui, je sais, je rêve éveillée. Maintenant, ne cassez pas mes interrogatoires.

– Ça ne vous concerne pas, répondirent les tyjariens. Vous devez partir… ou nous piétinerons vos cadavres.

– Ok, c'est ce qu'on appelle aller droit au but.

- C'est moi ? les interruptions Prem. C'est moi que vous voulez tuer ? Allez-y, mais promettez-moi d'épargner les autres.

Il s'avança, mais fut retenu par sa fiancée.

– Prem, arrête ! Il n'en ai pas question, assure Umbreen.

– Laissez-moi gérer ça, vous deux, ordonna le Docteur. J'ai récupéré quatre de vos transmats dans la forêt, ajoutés à l'intention des Assassins de Tyjare. Et bravo pour cette idée. Forcer les gens à s'éloigner de la frontière. Malin. C'est si intelligent que je vais m'en servir, perso… contre vous. J'vais vous éjecter de cette ferme.

Elle se retourne et donne un coup de sonique vers le transmat qui devient rouge et fait disparaître les deux extraterrestres avant qu'ils ne s'approchent.

– Vous avez tué les démons ? interrogea Prem.

- Non. J'les ai refoulé d'ici, pour l'instant. J'ai créé une barrière de transmat provisoire autour de la ferme. J'espère pouvoir les maintenir en dehors pendant les prochaines heures. Suffisamment pour que vous puissiez vous marier et vous permettre de vous mettre à l'abri.

– Vous plaisantez ? Après ce qui s'est passé ? Je vous rappelle que vous avez fait apparaître des démons, rétorqua Manish.

– Je crois pas que ce soit des démons.

– C'est ce que j'arrête pas de leur dire, se plaignit Missy.

– Moi, je le crois. Manish une raison, persista Hasna.

– Sur un combien de temps ? coupa Umbreen, toujours désireuse de se marier malgré les protestations des deux familles.

– Sur une douzaine d'heures. Dix-huit, grand max. J'en suis pas sûr, en fait, a répondu au Docteur.

– Ce soir, nous allons célébrer nos noces. Nous allons nous marier à l'aube. Et ensuite, si nous devons les combattre, nous les combattrons, assure Umbreen. Allez, venez, ajoutéa-t-elle en entraînant Prem, sa mère et son futur beau-frère vers l'extérieur de la ferme.

– Les rayons transmatiques ne génèrent pas de bouclier, cassa Missy en se tournant vers son amie d'enfance.

– Quoi ? Alors vous avez mentali ? interrogea Ryan, inquiet.

– Non, ça forme une sorte de barrière. En fait, ça retéléportera n'importe qui dans le périmètre pour l'éloigner. Ça a plus ou moins le même effet qu'un bouclier, explique la blonde.

– Sauf que ça marche d'une manière complètement différente, commenta Missy.

– L'important, c'est d'aller à l'essentiel et de ne pas les perdre en explications inutiles.

– Depuis quand ?

– J'essaye de rassurer la grand-mère de Yaz et son futur mari, je vous signale, se défendit Dottie.

– On a toujours pas interféré ? a ajouté Yaz.

– Enfin, ce sont les assassins aliens qui ont tout commencé. On peut pas partir maintenant. S'il arrive un malheur à Umbreen c'est toute votre vie qui serait effacée. Pas de Yaz ! On ne veut pas d'un Univers où il n'y a pas de Yaz ! tente le Docteur.

– Vraiment ? Et pourquoi serait-ce si terrible ? soupira Missy.

– Merci, murmura l'agent de police.

– Ce n'est pas contre vous. Mais de toutes ses compagnies vous êtes celle qui a le moins d'importance pour cet Univers. Certaines étaient vitales et faisaient parties de points fixes.

– Quelle délicatesse, ironisa Graham.

– Il ne s'agit pas de délicatesse, mais de vérité.

Le Docteur sort une petite capsule étrange.

– Bien, je sais pas ce qu'il ya là-dedans, mais… ça pourrait nous en dire plus, annoncer-t-elle. Que personne ne respire trop fort.

Elle pose la petite capsule sur une petite table et s'agenouilla en commençant à déverrouiller le couvercle.

– Vous ouvrez ça maintenant sans savoir ce qu'il contient ? Vous faîtes vraiment n'importe quoi en ce moment ? soupira Missy.

– Je prends note de toutes vos remarques et je les brûle une fois qu'on sera de retour au TARDIS.

– Vraiment ? Moi qui pensais que vous les brûliez maintenant.

Le Docteur acheva d'ouvrir la capsule. Rien ne se passe. Elle utilise son tournevis sonique pour scanner, mais il grilla à nouveau.

- Ouah ! Mon tournevis sonique à sauter.

– Encore…

– Il y a trop de données. C'est jamais arrivé avant.

– Comme c'est étonnant. Depuis votre régénération en femme, je constate qu'il vous arrive plus de choses qui n'étaient jamais arrivées avant, réalise Missy.

– Qu'est-ce que ça sous-entend ?

– Rien, voyons.

– Vous préfériez peut-être être quand j'étais un homme ?

– Non, voyons, j'ai toujours apprécié les jolies courbes féminines et je trouve les femmes plus malines.

– Je vous en prie, ne faîtes pas comme si ma nouvelle incarnation vous plaisez. Ce n'est que remontrance sur remontrance ! s'énerva le Docteur.

– Oui, parce qu'avant, tout allait bien dans le meilleur des mondes, ironisa Missy.

– Je crois qu'on devrait les laisser seules, murmura Ryan en s'approchant de son grand-père et de son amie d'enfance.

Mais ils ne bougèrent pas, les yeux fixés sur les deux extraterrestres. Pourtant, ils auraient aimé bouger et ne pas s'immiscer dans leur vie privée. Mais ils craignaient aussi que dès qu'ils auraient esquissé un mouvement, elles se retournent contre eux et ne les chargent comme des animaux sauvages. La rancœur électrisait l'air autour d'eux.

– Avant, je comprends la haine. Avant je comprends que vous me cachez des choses, mais maintenant, il ne devrait plus y avoir de secrets. Maintenant, on devrait pouvoir mieux communiquer et c'est comme si tout avait empire ! Et c'est censé être de ma faute ? Je fais tout mon possible pour comprendre et essayer de réparer mes erreurs passées, mais je n'ai pas cette impression de votre côté.

Empire ? Missy n'était pas d'accord. Bill était une preuve flagrante que rien n'avait d'empire.

– Peut-être est-ce parce que j'ai déjà fourni beaucoup d'efforts au cours de ma vie ? Chaque effort, réduit à néant.

– Mais enfin… Nous y sommes presque. Cette fois, il n'y a plus que vous pour bloquer la situation. Il n'y a personne d'autre.

– Au début, je pensais que je devais vous cacher toutes ces choses pour vous protéger, puis je me suis dit qu'il était important que vous puissiez comprendre, mais maintenant…

Missy laissa sa voix s'éteint. C'était si difficile. Cela lui semblait bien trop dur pour être exprimé à voix haute. Combien de choses avait-elle cachée à son amie ? La rancœur, la Mort, ses tentatives de rétrouvailles et… Aila. Et si maintenant, le Docteur était au courant de presque tout, il lui manquait toujours une donnée importante. Une donnée qu'elle n'avait jamais voulu partager avec qui que ce soit non plus. Mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas car Aila était une très ancienne douleur qui n'avait jamais pu s'atténuer avec le temps… Parce que plus que tout le reste… Parce que cette fois c'était entièrement sa faute à elle, du moins c'était comme cela qu'elle le voyait maintenant. À l'époque, sur le moment, elle avait eu une opinion radicalement différente.

– Maintenant quoi ? reprend Dottie avec douceur.

– Maintenant que tout est sorti, j'ai l'impression que ça fait encore plus mal. Pourtant, on dit que parler soulage, mais ce n'est pas le cas. Je suis heureux que vous soyez enfin au courant de tout ça, mais je… Je ne supporte pas que vous le sachiez parce que j'aurais dû trouver seule un moyen de m'affranchir de ça sans avoir à vous impliquer dans cette histoire.

La blonde sent ses épaules s'affaisser, son corps se relâcher. Elle s'approche lentement de son amie d'enfance avec une mine contrite. Elle ne voulait pas la laisser dans une telle situation. Et elle ne voulait pas que Missy culpabilise de s'être confiée à elle. Ce n'était pas comme ça que ça devait se passer. C'était à elle de culpabiliser de lui avoir fait subir tout ça. Et d'ailleurs, elle trouvait qu'elle s'en sortait très bien niveau culpabilité. C'était en train de la ronger de l'intérieur. Elle avait essayé de l'ignorer dans un premier temps, trop accaparée par les problèmes de santé de Missy pendant la grossesse, mais maintenant, elle ne fut conservée plus aucun moyen d'y échapper. Et elle ne supportait pas que sa chère amie puisse s'en vouloir de partager ses secrets et ses sentiments.

– Sauf que j'étais déjà impliquée dans toute cette histoire dès son commencement, murmura-t-elle, une fois face à la Dame du Temps aux cheveux roux.

Cette dernière lève les yeux au ciel.

– Mais c'est moi qui ai vécu avec toute ma vie et qui sait comment fonctionner avec.

– Vous pensez vraiment que votre manière de fonctionner est la bonne ? Non, parce qu'entre les tentatives de meurtres sur mes compagnons, les séances de torture sur moi et les tentatives de conquête universelle… C'est pas la méthode la plus saine pour gérer tout ça.

– C'est la seule que je pouvais trouver à l'époque et je pensais que c'était la meilleure chose à faire.

– Vous éloignez de moi ? Me faire du mal ? Comment est-ce que ça pourrait être la meilleure chose à faire ?

– Vous voyez bien que nous n'arrêtons pas de nous disputer depuis que tous ces secrets ont été levés ! protesta vivement l'ancienne maîtresse du chaos.

– Bien sûr qu'on se dispute ! approuve la blonde. C'est normal vu les circonstances. Mais vous trouvez vraiment que l'époque où on s'affrontait au point de faire disparaître des planètes était mieux que celle que nous vivons maintenant ? Aujourd'hui, on est ensemble. Sur communiqué. Sur son différend. Sur élève notre fille. On fait le bien côte à côte. En voyage. Et tout ça ensemble comme on l'avait prévu il ya si longtemps. Mais si on en est là, c'est parce qu'on a réussit à se battre pour ça et qu'on va continuer de se battre pour ça. Je vous l'ai déjà dit. Tout ça vaut la peine de se battre.

– Oh… laissa échapper à Yaz sans le faire exprès.

Elle plaqua une main sur sa bouche, espérant de tout son cœur qu'aucune des deux extraterrestres ne l'avait entendu ou encore qu'elle n'avait pas brisé ce moment précieux dont les deux nouvelles mères avaient tant besoin.

Missy lance un regard en biais envers l'agent de police, mais à la grande surprise de cette dernière, il n'était pas antipathique ou agacé. Étrange, mais pas méchant.

– Missy, tout ça… Si vous voulez vraiment que ça marche, si comme vous me l'avez dit, vous voulez vous tenir à mes côtés jusqu'à la fin, alors nous allons devoir y mettre toutes les deux encore un peu de bonne volonté.

– Je voudrais tant pouvoir effacer les blessures, murmura Missy, la voix tremblante.

– On ne peut pas. On ne pourra jamais. Il y aura toujours des cicatrices. Mais c'est à nous de voir si nous pouvons faire en sorte que tout se passe pour le mieux, maintenant.

Elle glissa ses mains dans celles de son amie d'enfance qui planta son regard clair dans celui chocolat.

– Koschei, veux-tu m'aider à réparer, et ce, peu importe le temps que ça prendra ? reprend le Docteur avec plus de douceur.

– Vous croyez que c'est une demande en mariage extraterrestre ? murmura Graham.

– Je sais que nous ne vous avons fait aucune remarque jusqu'ici, mais nous vous percevrez très bien, leur fit remarquer Missy, les dents serrées.

– Juste pour être sûr… commença Dottie. Ce n'est pas une demande en mariage. Je veux juste savoir si on est prêt à surmonter les obstacles pour redevenir amies, aussi proches qu'avant et… Enfin peut-être pas aussi proches qu'avant… À moins que vous ne le vouliez… Et… je crois que je vais me tai.

– Oui, bonne idée, approuva Missy en lâchant les mains de son amie. De toute façon, je pense que peu importe ce vers quoi nous nous dirigeons… ça ne changera pas grand-chose à nos habitudes.

– Oui, voilà… Donc… ça veut dire que… Vous êtes partante ? demanda la blonde avec anxiété.

– Je n'ai pas passé ces deux cents dernières années à chercher à récupérer mon amie pour rien et encore moins avec Cardea qui vient de faire sa grande apparition. Oh mon Dieu, Cardea, elle doit être réveillée, maintenant, je dois aller la voir.

Missy se détache du Docteur un peu trop brusquement au goût de cette dernière pour se précipiter vers la sortie de la grange.

- Hum ok. Donc il n'y a pas un plus de secrets ? tenta Dottie avant que la rousse n'ait pu ouvrir la porte.

– Si.

– Vous avez encore combien en stock ? s'agaça la blonde.

– Juste un. C'est juste une personne dont nous devons parler. Mais je ne veux pas le faire maintenant et ici. C'est quelque chose de… c'est encore très douloureux, avoua l'ancienne maîtresse du chaos.

– D'accord. Dans ce cas, quand on sera de retour au TARDIS, je veux qu'on en réparle.

– Bien.

Missy hocha la tête avec raideur, un air triste sur le visage. Puis elle passe la porte. Elle était sûre d'entendre Cardea pleurer maintenant. Elle eut juste le temps d'entendre le Docteur demander à ses compagnons de se mettre en quête d'objets – organiques ou non – afin d'analyser le contenu de la capsule sans tournevis sonique.


– J'vous l'avais dit, sourit Yaz.

– Quoi donc ? interrogea le Docteur, plus concentrée sur la structure qu'elle faisait sur les paroles de son amie.

– La communication c'est la clé de tout, sourit Graham.

– Mais je communique, moi. C'est elle qui ne cesse de me cacher des choses, se défendit-elle avec ardeur.

– Si vous le dîtes… maugréa Ryan.

- Pardon ?

– Ce qu'il veut dire c'est que vous essayez de le faire… avec elle, tenta Yaz, un peu gênée.

La Dame du Temps fronça les sourcils sans comprendre. Et la jeune femme brune soupira frustrée. Le Docteur n'était pas quelqu'un qui se livrait facilement. Plus depuis qu'elle leur avait parlé de sa famille disparue. Mais à ce moment-là, elle avait prévu de les laisser sans plus jamais les revoir. Et étrangement, bien que depuis, ils se considèrent tous comme amis, le Docteur se confiait moins. Elles avaient en parlé sur Tsuranga. Mais Yaz sentait qu'elle devrait continuer à pousser le Docteur à parler pour que les choses marchent entre eux.

– Graham, la bave, s'il vous plaît.

L'extraterrestre tend sa main – sans faire cas des tentatives de Yaz – vers l'ancien chauffeur de bus qui lui tendit un petit récipient, l'air dégoûté.


– Votre fille est adorable, sourit Umbreen en regardant le nourrisson calme maintenant qu'elle était dans les bras de sa mère.

– J'espère qu'elle le restera une fois adulte parce que vu son hérédité…

– Où est son père ?

Missy ouvrait la bouche, réalisant qu'elle ne pouvait pas simplement annoncer à cette jeune femme humaine que le père de Cardea était la blonde qui sautait et courait partout depuis leur arrivée.

– Mort électrocuté, répondu-elle simplement se souvenant de la raison pour laquelle le Douzième Docteur avait été forcé de se régénérer.

– Oh… C'est…

– Et vous et Prem ? Voulez-vous des enfants ?

– Oui, j'ai tellement hâte. Nous en avons beaucoup discuté.

– Ce n'est pas un peu tôt ?

– Nous nous connaissons depuis notre enfance et cela fait déjà plusieurs années que nous sommes ensemble. Je pense que nous avons suffisamment attendu.

Missy se mordit la langue. Elle déposa délicatement Cardea dans son landau, sortit une balle aux couleurs de Saturne dont quelques anneaux tournaient autour, tout ça simplement dans le mais d'être mâchouillés par une petite Dame du Temps.

– Vous pensez que c'est la suite logique ? interrogea-t-elle, le regard attendri toujours fixé sur sa fille.

– On était amis pendant toute notre enfance. Et on est amoureux depuis plusieurs années.

Ce schéma lui rappellera immédiatement sa relation avec le Docteur. Pourtant, elles avaient dépassé la relation amoureuse depuis longtemps déjà. En regardant Cardea, elle était pourtant forcée de constater que ce n'était peut-être pas totalement le cas. Il y avait toujours cette ambiguïté, ces gestes, ces baisers échangés, cette attitude. Elle ne pouvait pas se résoudre à la considérer autrement que comme son amie et pourtant, elle était forcée de constater que ces derniers temps, elles n'avaient d'amies que le nom. Comme les nouveaux compagnons du Docteur ne cessaient de le dire, elles ressemblaient plutôt à un couple humain classique. Non, elle ne devait pas penser à ça. C'était tout sauf le moment de songer à leur relation.

– Vous pensez que vous pourrez neutraliser les démons ? interrogea Manish, les bras croisés, au fond de la pièce.

– Ce ne sont pas des démons, coupa froidement Missy, se décidant à regarder le jeune homme qu'elle ne faisait que tolérer.

– Ça, c'est vous qui le dit.

Sur ses mots, Manish sortit de la ferme, laissant seules les deux femmes. Mais Missy n'en avait pas fini avec lui. Il avait décidé de lui rappeler sa présence, alors elle ne le lâcherait pas comme ça. Elle exigea à Umbreen de veiller une dernière fois sur Cardea et sortie à la suite de Manish, constatant que le soleil était en train de se coucher.

– Vous me suivez ? demanda-t-il, agacé.

– Je sais ce que vous avez fait, lui répondit Missy avec aplomb.

S'il pensait pouvoir lui faire peur, il se trompait. Elle n'avait peur que de deux choses : les Daleks et les tambours. Et il n'était lié à aucun de ces deux éléments.

– Ah vraiment ? Et qu'ai-je fait ?

Elle se rapproche de lui, l'air menaçant. Elle le sentit frémir. Son visage était toujours neutre, mais elle voyait danser une lueur de peur dans ses yeux bruns. Elle savoura quelques secondes cette sensation qui lui avait tant manqué.

– Vous avez tué le saint-homme.

– Vous ne pouvez rien prouver.

– Je pari que si je rétrouvais le fusil dont vous êtes servi, je devrais pouvoir prouver votre culpabilité sans trop de problèmes.

– Et en attendant pourquoi pensez-vous que je suis coupable ?

– Parce que je sais comment agis un meurtrier, Manish.

Ce dernier déglutit alors qu'elle n'était plus qu'à quelques centimètres de lui.

– Qu'est-ce que vous voulez ? interrogea-t-il moins sûr de lui.

– Vous l'avez tué parce que pour vous ce mariage était une mésalliance, n'est-ce pas ?

– Personne ne devrait permettre de marier un hindou et une musulmane, cracha-t-il.

– Les humains et leur fanatisme, soupira Missy.

– Qu'est-ce que vous voulez ? répéta-t-il.

– Que vous réfléchissiez à la raison qui vous a poussé à faire ça à quelqu'un que vous appréciez, à faire ça à votre frère, à prendre le parti de ceux qui veulent imposer la frontière. Et que vous réfléchissez à quel point cela pourrait dégénérer.

– Je fais ça, parce que c'est ainsi que ça doit être.

– Au risque de perdre votre frère ?

– Je l'ai déjà perdu s'il persiste avec ce mariage.

Missy voulait répliquer, mais devait se retenir. Une image flasha dans son esprit. L'image du corps de Prem, étendu dans la prairie… et dans son propre sang, se tenant face à lui des cavaliers et Manish. Et elle le sentit. Cette certitude que cela devait arriver, cette certitude qu'elle n'avait pas le droit de changer les choses, de sauver Prem. Sa mort était un point fixe. Elle détestait avoir ce genre de flash d'autant plus lorsque la situation lui rappelait la mort de sa première épouse. Un être arraché si violemment…

– Mademoiselle ? Vous venez ?

La Dame du Temps sursauta. Elle se revientna pour voir le Docteur et ses compagnons sortir de la grange.

– Quoi ? Pourquoi ? dit-elle surprise.

– Pour le mariage demain. Les femmes chez Hasna et les hommes chez Prem, expliqua Yaz.

– Donc on se révoit demain ? fit le Docteur, pensif.

– Pourquoi ? Où comptez-vous aller comme ça ?

Missy croisa les bras sur sa poitrine et haussa un sourcil inquisiteur en réalisant que son amie d'enfance se dirigeait vers le groupe des hommes qui commençait à se former.

– Euh… Doc ? l'appela Graham, mal à l'aise.

Missy attire son premier amour par le bras et lui désigne le groupe de femmes. Parviendrait-elle un jour à s'habituer à sa nouvelle condition ?

– Vous pensez être quoi, au juste ? interrogea Prem avec stupéfaction.

– Ben, ya encore quelques mois, j'étais…

– Je crois que Cardea pleure, l'interrompt la rousse.

– J'entends rien, murmura Dottie avant de se prendre un coup de coude dans les côtes pour la rappeler à l'ordre. Ah oui. Je crois que je l'entends, maintenant, approuva-t-elle en massant ses côtes douloureuses.

Clara avait pour habitude de lui faire la même chose pour l'empêcher de dire des bêtes ou d'insulter les gens, mais la force d'une humaine n'était en rien comparable à celle d'une Dame du Temps, qui plus est. du Maître.

– Nous rentrons, approuva Umbreen.

Cependant, au lieu de se diriger vers la ferme, elle se dirigea vers son futur époux. Il la prend dans ses bras et dépose un doux baiser sur ses lèvres.

Immédiatement, l'image de Prem étendue dans l'herbe refit son apparition dans la tête de Missy. Violemment. Elle ressentait cette mort inévitable, cette future douleur qu'elle connaissait si bien pour l'avoir vécu. Ses mâchoires se crispèrent. Ses yeux fuient la scène. Mais ce ne fut pas suffisant. Son regard se porte sur Manish qui observe son frère et sa fiancée d'un air parfaitement neutre. Elle savait qu'il était responsable de la mort de son frère, même présumée. Et elle était en colère. Elle était en colère parce qu'elle savait ce qui allait se passer et qu'elle n'avait pas le droit d'intervenir. Et pour quoi ? Peut-être pour que Yasmin puisse venir au monde et rencontrer le Docteur ?

De toute façon, ça n'avait aucune importance. La seule chose qui importait était qu'elle se trouvait impuissante face à une telle situation. Elle devait partir, s'en éloigner le plus possible. Elle ne voulait pas rester ici lorsque le moment viendrait. Elle ne voulait pas rester ici et voir Umbreen en larmes, du moins si elle voyait ce qu'il se passait. Mais le Docteur ne voudrait jamais partir avec les Tyjariens présents.

Et que faisaient-ils ici au juste ? Elle avait clairement vu des Humains mettre un terme à la vie de Prem. Et c'était Manish qui avait tué le saint-homme. Tout ceci n'était qu'une affaire humaine. Que faisaient les Assassins de Tyjare, ici ?

« Mademoiselle ? Vous ne semblez pas très bien », remarque le Docteur.

La rousse ne quitte pas Manish des yeux. Elle ne voulait pas regarder son amie. Parce qu'elle ne savait pas si elle devait lui en parler. Elle se souvenait de cet incident sur Mars dont le Docteur lui avait parlé. Son envie d'altérer un point fixe au mépris de toutes les règles. Il avait dépassé les limites. Et vu tout ce qu'elle savait sur la compassion et les espoirs du Docteur, elle ne s'attendait pas à ce qu'elle veuille laisser Prem mourir.

« Mademoiselle ? »

« Je… Rien. Tout Va Bien. »

Elle ne pouvait qu'espérer que le Docteur ne sente pas le point fixe. Un espoir vain car, malgré ses mauvaises capacités psychiques, elle avait un bon sens du temps.

« Et je suis censée vous croire parce que… ? »

« Pourquoi est-ce que je vous mentirai cette fois ? »

« Aucune idée, mais vous le faîte. Je croyais qu'on devait être honnête l'une envers l'autre, » lui rappela la blonde.

L'ancienne maîtresse du chaos soupira, frustrée. Elle ne voulait pas se disputer une nouvelle fois avec le Docteur, ni lui montrer qu'elle n'avait pas confiance en elle, ni même, lui donner une raison de se méfier d'elle.

« D'accord… Vous ne ressentez pas ? »

« Quoi donc ? »

« Le point fixe. »

« Non, je ne sens rien. J'ai l'esprit encore tout retourné avec la présence des Assassins de Tyjare. »

« Et bien, moi, j'ai senti un point fixe. »

« Que va-t-il se passer ? » s'inquiéta Dottie.

Missy lui prend délicatement la main et chassa la présence des Tyjariens dans son esprit. Elle lui transmet ce qu'elle avait vu et ressenti.

Aussitôt, le Docteur lâcha sa main, sous le choc. Prem allait mourir. Pourquoi ne l'avait-elle pas senti ? Pourquoi Missy était-elle la seule ? Que devait-elle faire ? Elle ne pouvait pas le sauver. Les conséquences seraient dramatiques.

« Vous ne comptez pas le sauver ? » s'étonna la rousse.

« Je n'ai pas le choix. »

« Je… Je pensais que vous feriez quelque chose », avoua Missy.

« Je ne peux rien faire. Et vous ne pouvez rien faire non plus. Il va mourir. C'est comme ça que ça marche. »

« Je vous trouve très peu compatissante pour quelqu'un qui se targue d'être du côté des gentils. »

« Que croyez-vous au juste ? Que je ne veux pas le sauver ? Rien ne me rend plus heureusement que de pouvoir sauver tous ceux que je rencontre, de pouvoir les protéger. De pouvoir protéger absolument tout le monde. Mais je n'ai pas le choix. Si je veux sauver le plus grand nombre et faire au mieux, je dois laisser Prem mourir. Je me souviens d'un jour où vous m'avez dit que ma vision du bien était présomptueuse, arrogante et sentimentale parce que je faisais tout mon possible pour arranger les choses sans que qui que ce soit n'ai à en payer le prix. Vous devriez être heureux aujourd'hui. Parce que vous avez une raison. Parfois des gens doivent mourir pour le bien de tous. »

« Je ne pensais pas vous l'entendre dire un jour. »

« Que vous avez retenu raison ? »

« Oui et ça ne me fait pas aussi plaisir que je l'aurais cru. »

« Parce que même si vous avez conscience de faire pour le mieux, vous avez développé votre compassion et votre cerveau émotionnel veut donc le sauver. »

« Mais nous n'en avons pas le droit », songea Missy, soudain plus abattue.

« Non, c'est exact. Et c'est la première leçon du jour. »

« Première ? Et quelle sera la seconde ? »

« Pour l'instant, je n'en ai pas la moindre idée, mais dès que j'aurais trouvé, je vous en ferais part », assure le Docteur en se dirigeant vers la ferme d'un pas étonnement léger pour quelqu'un. qui venait d'apprendre qu'une mort inévitable allait survenir.

« Vous pensez que la conversation est terminée ? »

– On doit rentrer, tout le monde nous attend.

C'est alors que Missy réalisa qu'elles étaient désormais seules à l'extérieur. Les hommes étaient partis chez Prem tandis que Yaz et toute son ascendance étaient de retour à l'intérieur de la ferme. Elle détestait vraiment se retrouver dans ce genre de situation où elle ne parvenait même plus à faire attention à ce qui se passait autour d'elle. Elle détestait lorsqu'elle se coupait tant du monde autour d'elle. C'était comme si elle perdait le contrôle. Et malgré sa rédemption, elle détestait toujours autant perdre le contrôle des choses.

– Je sais, mais il ya autre chose dont je dois vous parler, asura-t-elle.

Étonnée, le Docteur revint sur ses pas. Était-ce maintenant qu'elle comptait lui révéler son dernier secret ?

– Maintenant ?

– Il vaut mieux maintenant, avant qu'il ne soit trop tard. Nous devons avoir toutes les cartes en main pour voir comment agir de la meilleure façon possible.

– On parle de votre secret, là ou de la situation.

– De la situation, voyons. Ce n'est pas le moment pour ce genre de choses si personnelles.

– D'accord, mais je vois pas ce qu'il ya de plus à dire.

– Le saint-homme est mort de manière humaine.

– Comment ça ?

– C'est une mort par balle. Ce n'est pas du tout les Tyjariens qui en sont la cause.

– Mais alors… Que faisaient-ils ? Qui l'a tué ?

– Ce qu'ils ont fait, je n'en sais rien, mais qui l'a tué, ça je le sais, avoua Missy avec difficulté.

– Quoi ?!

Les yeux du Docteur s'écarquillèrent sous la surprise. Quand l'avait-elle apprise ? Pourquoi ne pas lui en avoir parlé plus tôt ? Qui avait bien pu faire cela ? Que faisaient les Tyjariens dans ce cas ? Trop de questions et pas assez de temps pour trouver les réponses.

– Pourquoi vous ne m'avez rien dit ?

– Vous étiez portée disparue, puis les Tyjariens ont débarqué et nous sommes disputées. Est-ce suffisant pour vous ?

– Qui est-ce ?

– Manish.

– Mais… Mais pourquoi ?

– À votre avis ? Une raison stupide, soupira Missy.

– Et c'est vous qui dit ça ? Vous la championne de…

Mais la voix du Docteur s'éteint immédiatement. Champion de la Mort. Elle avait vendu l'âme de son amie à la Mort, la forçant à devenir le Champion. C'était toujours si douloureux. Le temps ne pourrait rien faire pour l'apaiser cette fois-ci. Elle en était sûre. Rien ne pourrait la soulager d'une telle culpabilité, pas même les dires de Missy. Encore moins les dires de Missy qui s'était tue pendant des siècles pour la protéger.

– Il ne voulait pas que son frère et Umbreen puissent se marier, reprit la rousse, soigneusement le regard de son premier amour.

Elle savait à quoi elle pensait. Elle savait ce qu'elle ressentait. Et ce n'était pas le moment.

– La religion… comprit immédiatement le Docteur avec amertume.

Elle n'aimait pas ça. Elle n'aimait pas la religion. Parce qu'elle savait que la foi pouvait devenir fanatisme. Parce qu'elle savait que la foi pouvait être dangereuse non seulement pour les autres, mais aussi pour soi-même. Parce qu'elle savait ce que pouvait faire le fanatisme pour l'avoir du déjà vu. Parce qu'elle se souvenait d'une de ses aventures avec Amy. Celle qui avait été le plus proche de la tuer. Celle pour laquelle, elle avait décidé de la laisser vivre sa vie sans plus jamais intervenir. Peine perdue, soit-dit en passant…

– Nous savons toutes les deux que même les Seigneurs du Temps ont leurs propres croyances, lui rappela Missy en se dirigeant vers la maison.

– Oui, mais à raison car nous savons que ça existe. Ou en tout cas nous avons eu plus de preuve de cette existence que les humains avec leur Dieu unique.

Dottie se mit à marcher à sa suite, se remémorant chaque instant de bêtise humaine dû au fanatisme religieux ou non…

– Je me souviens qu'un jour Amy m'a demandé à quoi croit un Seigneur du Temps, reprit-elle pensive.

– Et vu votre version de l'époque, je suis sûr que vous n'avez pas pu vous empêcher de lui répondre par un sourire mystérieux, supposa la rousse en passant un bras sous celui de son amie.

– Bonne déduction, sourit-elle, étrangement légère ce soir.


– C'est absolument fabuleux, s'extasia le Docteur en regardant les soleils dessinés dans le creux de ses mains. J'ai jamais fait ça quand j'étais un homme.

« Normal, c'est réservé uniquement aux femmes… » se retint de justesse la mère de son enfant.

Elle se contenta de lever plus haut le biberon presque vide de Cardea pour l'aider à finir son repas du soir. Elle nota d'ailleurs de rappeler au Docteur qu'elle lui avait promis de lui raconter l'histoire de Boucle d'or et les trois Zygons.

– Docteur, vous et vos plaisanteries, rattrapa difficilement Yaz.

– Oui réalise, soudain la blonde face aux regards confus des deux femmes autres. Ça, c'est vrai. Moi, j'ai tendance à évoquer la régénération du corps et du genre pour plaisanter. J'suis qu'une comique.

Umbreen laissa échappe à un faible rire. C'était presque comme si elle était convaincue par les propositions de Yaz et du Docteur. Presque selon Missy, car elle était sûre que la jeune femme était bien plus maline que ça. Et que la grand-mère de l'avenir de Yaz devait nécessairement se souvenir de la jeune femme – qui serait trait pour trait à sa petite-fille – aux amis étranges. Cette histoire était une boucle fermée, elle le sentait.

– Umbreen pense que c'est un mauvais travail. Mais si toi aussi tu avais dû préparer un corps ce matin pour ses funérailles, tu ne dessinerais pas bien non plus, expliqua Hasna, piquante.

Dottie chercha immédiatement le regard de son amie d'enfance. Il n'était pas loin. Missy était face à elle, nourrissant leur bébé. Missy la fixait déjà, le regard peiné. Et bien que cette peine lui réchauffe les cœurs d'espoir, elle ne pouvait s'empêcher de culpabiliser face à ce à quoi elle avait confronté Missy.

– Umbreen ? appela Yaz. Euh… Depuis quand connaissez-vous Prem ?

– Depuis notre plus tendre enfance. Sur un ensemble grandiose. Nos deux familles travaillent ces champs ensemble depuis plusieurs générations, lui expliqua celle qui deviendrait sa grand-mère avec un grand sourire.

Qu'avait-il donc bien pu passer par la tête de Manish pour en arriver à de tels extrêmes dans ce cas ?

– J'en reviens pas. Vous vous rendez compte ? On va se marier, se réjouit-elle. J'attendais ce moment depuis tellement longtemps. J'attendais ce moment avec impatience. J'attendais avec impatience son retour du front. J'étais terrifiée à l'idée qu'il ne revienne pas. Mais… Il est là. Je me vois déjà passer toute ma vie avec cet homme. Dans notre foyer.

Missy sentit ses cœurs se serrer violemment. La vie ne se passe jamais de la façon dont on pouvait l'imaginer. Elle-même en avait fait les frais. Et Umbreen en ferait les frais.

– S'ils nous autorisent à rester, lui rappela durement sa mère.

– Ils s'en fichent de ce qui se passe ici, maman, opposa Umbreen. On n'est pas en ville.

« Si seulement… »

– Je suis sortie tout à l'heure. Et j'ai entendu les voix des bandits. Des motos. Des coups de feu.

– Ils sont encore très loin.

– C'est pas trop tard. Je peux encore te trouver un bon musulman.

Umbreen écarquilla les yeux, refusant de croire les paroles de sa mère.

– Non, mais tu rigoles, là, j'espère ? dit-elle.

– L'homme que tu aimes a envoyé le malheur.

– Ce qui arrivera demain ne sera en rien le signe quelconque d'une malédiction. Ce qui arrivera demain sera uniquement dû à la création du Pakistan. Ça n'a aucun lien avec l'union de personnes issues de religions différentes, assure Missy avec duretés.

– Merci, sourit à la future grand-mère de Yaz.

– Vous n'avez même pas de prêtre, opposa Hasna. Ce ne serait pas un mariage respectable !

– J'en ai rien à faire des traditions ! Et j'en ai rien à faire de la respectabilité ! rétorqua Umbreen avec véhémence. Minute. Vous êtes docteur ? Ça, c'est un métier respectable ! Pourriez-vous nous marier ? demanda-t-elle à l'adresse du Docteur qui semblait étrangement attirée par l'idée.

– Ne sois pas ridicule ! la reprise Hasna.

– J'pourrais, oui, approuve Dottie avec décontraction.

– Non, Docteur, tenta Yaz, toujours peu à l'aise avec l'idée que sa grand-mère se soit mariée avec un hindou avant son grand-père.

– Vous avez déjà célébré un mariage, vous ? se moqua Missy en déposant le biberon maintenant complètement fini à terre.

Cardea poussa un petit fils mécontent.

– Oui, je sais, rien ne vaut la méthode naturelle, mais qu'est-ce que tu veux ? Ta mère est si…

– Faîtes attention à ce que vous dîtes, Docteur, sinon il se pourrait que je vous castre lors de votre prochaine régénération, menaça Missy.

– Je le ferais, assure le Docteur. Par contre, j'ai pas célébré un mariage depuis celui d'Einstein. Ses parents s'y opposaient aussi. Mais ce ne sera pas un mariage religieux.

– Si ton père était encore en vie… il en mourrait de honte.

– Le mien aussi, probablement, murmura l'ancienne maîtresse du chaos, chantant à tout ce que son père lui avait enseigné sur les apparences.

Oui, son père à elle aussi en mourrait s'il savait qu'elle était considérée comme une Dame du Temps renégate et criminelle. C'était exactement tout ce qu'il avait toujours craint à cause des tambours dans sa tête et qu'elle tombait lentement dans la folie. Et elle était forcée d'avouer qu'elle s'en sentait un peu coupable. Elle savait qu'entendre son enfant se faire traiter d'abomination par son propre peuple ou bien pire, par les Daleks, aurait été la pire chose de sa vie. Pas alors qu'on lui avait enseigné de faire l'exact opposé, toute sa vie durant.

Elle ressent la vague rassurante de son premier amour l'enveloppe. Elle aimait cette sensation apaisante. Elle pouvait presque tout oublier, presque tout effacer dans ce genre de circonstances.

« Vous savez, j'ai beaucoup déçu mon père moi aussi, dans ma jeunesse, » lui rappela doucement la blonde.

« Je me souviens. Mais vous avez fait des bêtises, des erreurs de jeunesse ou bien vous avez retenu des principes moraux et une idéologie pacifiste. C'était donc pour le mieux. Moi, j'ai trahi beaucoup de principes de ma famille durant mes siècles à perpétrer le chaos. »

« Ne dîtes pas ça. Ce n'est pas réellement de votre faute. »

« Si, tout de même un peu. »

« D'accord, mais entre les tambours et la Mort, vous n'aviez aucune chance de devenir normale. »

« D'accord. Et c'est censé me rassurer dans votre esprit tordu ? »

« Votre père ne peut pas être déçu par vos actes, alors oui ? »

« Et quand vous me dîtes que je peux changer et devenir quelqu'un de bien et que maintenant, vous me sortez que je n'ai aucune chance de devenir normale un jour ? »

« Je crois qu'Umbreen va parler. »

« Vous faîtes la sourde oreille ? De mieux en mieux… »

– On dit qu'un nouvel avenir se présente à nous. À nous de créer nos propres traditions.

– Ça, c'est bien dit, approuve le Docteur à voix haute.

– Je me sens vraiment partagé entre mes valeurs très traditionnelles et votre admirable force de caractère, murmura Missy en prenant Cardea dans ses bras, cette dernière lui aillant clairement signifié que quelque chose la gênait depuis la fin du repas.

– Docteur ! Je croyais qu'on ne devait pas intervenir, lui reprocha Yaz.

– Juste un tout petit peu, sourit la blonde.

– Vous, vous ne pouvez pas intervenir. Vous ne savez pas ce que vous faîtes. Mais nous, nous savons ce que nous faisons, expliqua l'ancienne maîtresse du chaos.

– Vous faîtes jamais de bourde ? Rien qui contrarie jamais la trame du temps ?

– Jamais sans que cela ne soit voulu, assure Missy en fournissant sa fille contre son épaule, tapotant son dos de sa main.

– Donc là, vous voulez interférer pour marier ma grand-mère avec un autre homme que mon grand-père ?

– Votre grand-mère s'est déjà mariée avec cet homme. Sinon elle ne vous aurait jamais donné cette montre qui appartient à Prem. C'est peut-être même la raison pour laquelle, elle vous l'a donné.

– Comment ça ? interrogea Yaz, confondre.

– Pour vous pousser à voyager dans le temps, Yasmine, soupira Missy. Pour que tout cela se passe comme elle s'en souvient.

– Vous voulez dire que ma grand-mère…

– C'est une boucle fermée, approuva Dottie avec un sourire serein.

Le calme revenu après l'échange de murmures des trois jeunes femmes fut brisé par un son guttural et un autre plus dégoûté.

– Maintenant, je me souviens pourquoi nous avions des gouvernantes sur Gallifrey, fit Missy en attrapant une serviette afin d'essuyer les renvois dont sa chère fille venait de lui faire cadeau.

Le Docteur ne met s'empêcher d'éclater de rire face à cette scène.

– La prochaine fois qu'elle aura besoin de faire son pourri, je vous la confierai. On verra si vous apprécierez autant de voir votre beau manteau taché.

Le Docteur cessa immédiatement de rire en songeant qu'elle devait dorénavant enlever son manteau dès qu'elle devrait s'occuper de sa fille. Mais ses inquiétudes furent vite envolées dès lors qu'elle vit Cardea cracher à nouveau sur la chemise de Missy. Et elle repartit dans un fou rire sous le regard meurtrier d'un ancien Maître qui ne voulait que retrouver sa splendeur d'antan.


– Tout le monde dort, annonce Missy en calant Cardea dans un coin de la pièce, suffisamment à l'écart pour les laisser parler tranquillement, mais suffisamment près pour pouvoir la surveiller.

– Je vais aller voir mon expérience. Peut-être qu'elle aura fini son analyse. Vous, reposez-vous, tant que Cardea dort. Elle va probablement se réveiller dans deux heures. J'ai remarqué qu'elle avait ses cycles. Deux heures de sommeil. Pleurs. Nourriture. Pleurs. Et à nouveau deux heures de sommeil.

Le Docteur se leva et épousseta le bas de son manteau gris. Mais elle ne met pas aller bien loin. Missy l'avait déjà rattrapé et s'était mise en travers de la porte.

– Certainement pas, dit-elle autoritaire.

– Quoi ? Vous avez peur de vous ennuyer ?

– Non, j'ai pris l'habitude avec les années passées dans le Coffre.

– J'étais si ennuyeux ?

– Quand vous ne veniez pas me voir, oui.

– Oh, merci, sourit la blonde. Qu'y at-il, alors ?

– Je vous sens inquiète depuis quelques temps. Qu'est-ce qui ne va pas ?

– Vous voulez dire avec la Mort, votre décès, la naissance de Cardea, nos disputes et l'Enfant Intemporel ? Oui, j'ai aucune raison d'être inquiète, soupira le Docteur.

– Alors c'est ça qui vous fait exclure jusqu'à la mort de Prem dans vos pensées ?

– Je n'exclue pas Prem de mes pensées ! se vexa le Dottie.

– Ne me dîtes pas que vous fuyez ça aussi.

– Comment ça, ça aussi ?! s'emporta le Docteur en se pertinent brusquement.

– Chut ! ordonna Missy en l'imitant. Ce que je voulais dire, c'est que vous avez une propension à fuir, ajoutée-t-elle en haussant les épaules, indifférente.

Les cœurs du Docteur s'accélérèrent. Fuir, fuir. Pourquoi Missy ne voulait-elle pas laisser tranquille avec cette histoire ?

– Oh… Vous voulez dire comme maintenant ? lancement-t-elle.

Sur ces mots le Docteur quitta la ferme dans l'intention de retourner dans la grange auprès de ses travaux scientifiques qui ne la trahiraient, eux.

– Docteur ! Je vous interdis !

– Vous n'avez rien à m'interdire !

La blonde claqua la porte, furieuse, entendant néanmoins les pleurs de sa fille emplir l'air.


Alors ? J'espère que ça vous aura plu !

Laissez une review en attendant dimanche prochain ^^