Un mois plus tard. Août 1974.

Il portait deux noms. Un nom de naissance et un nom de cœur. C'était ainsi qu'il avait appréhendé les différents changements du haut de ses quatorze ans. Prewett, son nom de cœur. Malefoy, son nom de naissance. Malheureusement, la naissance et la famille avaient rattrapé le cœur et l'amour.

Et quelle famille!

Arrogante. Intransigeante. Explosive.

La transition d'une famille à l'autre s'était effectuée pendant les vacances scolaires d'été. Par chance. Vacances ô combien tumultueuses! S'était déclarée une guerre sans merci entre Caius Malefoy – son désormais père officiel - et la famille Prewett au grand complet. Et Fabian, lui, subissait tant bien que mal les humeurs changeantes de son paternel. C'était dans cette ambiance pour le moins tendue que – seulement un mois après l'annonce officielle – son père déposait avec violence un exemplaire de la gazette du sorcier devant ses yeux.

- Lis.

Fabian – remarquant le ton hargneux et sans appel – posait alors son regard sur la couverture et recrachait presque aussitôt la totalité de son jus de citrouille par côté. Figurait sur cette dernière, une photo de sa famille entière – tout de même légèrement soupçonnée d'enlèvement d'enfant – qui arborait un air fier et déterminé. Le titre avait été choisi en conséquence «La famille Prewett se bat pour récupérer Fabian».

- Je vais les détruire l'un après l'autre. Cracha Caius avec force.

Fabian n'avait absolument aucune difficulté à le prendre au mot... Il posait un regard prudent sur son père qui s'était mis à faire les cents pas et pesait longuement le pour et le contre, pouvait-il lui faire part de ses réflexions? Allait-il prendre le risque de le mettre davantage en colère?

Il fallait se mettre à sa place: À la suite des révélations, en un mois, Fabian était passé par toutes les étapes du deuil.

Le déni / le choc. Il avait alors erré sans but dans l'immense manoir de famille, sans savoir vraiment qui il était, où il allait, ni ce qu'il faisait, adressant à peine la parole à l'homme qui avait contribué à sa venue au monde. Un vrai fantôme ambulant, dépité et désespéré.

La douleur. Véritable ras de marée qui s'était infiltré dans son nouveau foyer en emportant tout sur son passage. Fabian avait alors inconsciemment cessé de se nourrir, se laver, dormir – toutes ses nuits n'étaient que larmes et tristesse face à l'absence de ceux qu'il avait considéré comme les siens – Cette phase avait été la plus courte étant donné que son désormais père l'avait menacé de le nourrir de force et de l'assommer une bonne fois pour toutes afin qu'il puisse dormir. Cette dernière menace avait bien failli être exécutée lorsque le jeune garçon – très peu habitué à avoir un cadre – avait osé répondre à Caius qu'il n'était QU'UN MALEFOY et que, de ce fait, il ne pouvait absolument pas comprendre ce qu'il traversait…

La colère. ô sacrée étape, ô désarroi total et complet. Tomber dans la colère était quelque chose d'habituel et facile pour Fabian… dans son ancienne famille! Etre en colère, face et contre quelqu'un qui était TOUJOURS en colère était une toute autre paire de manches. Brisé par l'injustice, et ne pouvant s'en prendre qu'à la seule personne qui lui faisait face, il avait alors compris ce que c'était d'être le fils d'un Malefoy. Il pouvait dire, avec une certaine ironie, qu'ils avaient… appris à se connaître de très près. Les hurlements de rage qu'il avait proféré, en le défiant du regard, osant le provoquer, insulter les Malefoy, dire qu'il n'avait rien à voir avec cette famille, rien à faire dans ce –j'ai cité- «manoir pourri et ridicule de sale bourge», rien en commun avec lui qui était complètement «puéril et mauvais», qui se croyait au dessus des autres, qu'il préférait mourir que de grandir à ses côtés… Fabian avait rebondi –dans le vrai sens du terme- contre le mur du salon, plusieurs fois d'affilées.Quelque peu sonné, il s'était rendu compte qu'il avait reçu des sorts, violents et féroces, puis s'était réveillé dans la cave, au froid. La phase de la colère n'avait pas été la plus agréable. Il avait appris à connaître la violence, les ordres, la froideur, l'intransigeance la plus totale. Il avait compris, à ses dépends, que répondre à son nouveau père n'était pas une idée de génie. Il en portait, quelques semaines après, encore les marques. Certaines marques physiques, mais davantage mentales: des cicatrices dans sa tête et son coeur. Il était donc - plus par conscience de ce cadeau précieux qu'est la vie que par réelle abdication - passé à la phase suivante. Plus sournoise et discrète mais pas moins dangereuse.

La compensation / le marchandage. Il ne pouvait pas changer la réalité, et jusqu'alors, il ne parvenait pas non plus à l'accepter. Il n'était pas prêt. Il avait donc inconsciemment pris le rôle de la victime, jouant les malheureux, réalisant bourde sur bourde, dans les repas de famille, dans le manoir, usé de violence contre et sur son cousin Lucius, répondu de façon impolie et insolente durant les repas de famille, insulté son grand père Malefoy et son oncle Abraxas qu'il ne pouvait réellement pas voir en peinture, fait honte, par tous les moyens possibles et imaginables, à son père. C'était une sorte de mantra qu'il avait inconsciemment mis en pratique «Je peux faire des conneries. J'ai le droit. Après l'explosion qui s'est déroulée dans ma vie…». Autant dire que, comme la phase précédente, cela n'avait pas été beau à voir, la violence, sournoise et insidieuse, plus destructrice que n'importe quel bouleversement de vie, s'était à nouveau présentée. Hurlements, étranglement, sortilèges. Non, décidément, les choses se répétaient et ne prenaient pas une tournure agréable. Alors, il avait essayé de se reconstruire, tentant d'avancer avec ce changement de vie, et non plus contre.

La reconstruction. Fabian ne pouvait rien faire contre les décisions de son ancienne famille, encore moins contre son père qui le lui avait maintes fois prouvé. Alors, il s'était calmé, assagi, quelque peu. Selon les moments. Il avait ainsi bénéficié du droit de sortir, de voir ses amis, notamment Sirius –qui était un sang pur-. Ils faisaient des bêtises ensemble, chahutaient, discutaient. Il prenait conscience et connaissance de la situation du jeune Black, qui ressemblait à la sienne. Il essayait de comprendre et d'agir plus intelligemment, même si ce n'était pas toujours simple. Il tentait d'être plus mesuré, parce que, comme lui avait expliqué Sirius, ce n'était pas sa famille qui allait le devenir.Certainement pas son père. Et puis, il s'était amusé à énerver Lucius pendant les vacances, chaque fois qu'ils se croisaient. C'était une nouvelle distraction des plus amusantes! Après tout, quand son pire ennemi devenait soudainement son cousin, que pouvait-il faire d'autre? À part le lui faire payer? C'était plus discret que s'en prendre à son père, plus facile de le provoquer sournoisement, plus simple de recevoir la colère d'un gosse de son âge, que d'un adulte fou furieux. Il en était encore à peu près là, à l'heure actuelle, mais commençait doucement la dernière phase.

L'acceptation. «Il te faut accepter ce qui ne peut être changé», c'étaient les mots qu'avaient prononcé Sirius. Et quels mots! Fabian lui avait aussitôt demandé s'il avait fait des études de psychologie en parallèle, ce à quoi, le jeune Black avait répondu qu'il n'en avait pas besoin, ayant des «cas concrets» à domicile. Il avait ajouté qu'il ne pouvait pas lutter face à ce que la vie mettait sur son chemin, que s'il était né dans cette famille et qu'il y retournait aujourd'hui, c'était sûrement parce qu'il devait cheminer avec elle, et pas contre. Il avait des choses à en apprendre, comme lui. Fabian trouvait difficile d'accepter, mais sentait que son ami avait raison, et de toute façon, la réalité était qu'il n'avait tout simplement pas le choix! Le test de paternité avait parlé en faveur de Caius, et non des Prewett. Ces derniers continuaient de batailler, mais pourtant, la lutte était bel et bien vaine…

Une violente frappe de la main sur la table de chêne le ramena à l'instant présent et Fabian croisa les yeux de son père. Il s'était légèrement éparpillé dans les chemins sinueux de son esprit.

- Tu m'écoutesau moins?

- Tu devrais leur amener le test. Dit simplement Fabian.

Sa phrase avait entraîné un instant de silence, lourd et pesant. Caius fronçait les sourcils, incompréhensif. Fabian se leva de sa chaise et mima un signe d'impuissance. Cela ne servait à rien de faire l'autruche, de lutter, de vouloir au fond de lui que les Prewett gagnent. Il le savait, c'était perdu d'avance. Le test en était la preuve. Et bien au-delà du test - même si cela lui arrachait la langue de l'admettre- le caractère de merde de son père, dont il avait sans aucun doute hérité, prouvait qu'ils se ressemblaient plus que n'importe qui dans ce monde.

- Tu voulais le garder, en preuve. Montre le leur. Et amène-moi avec toi.

Le regard de son père se fit dur, sauvage, et Fabian leva les mains en signe de paix, avant que l'orage ne gronde. Il ne jouait pas contre lui, pas cette fois.

- Je suis le seul qui peut les convaincre d'abandonner. Tu es trop fier et tu refuses, parce que tu ne veux pas que je les revois, mais tu sais que j'ai raison… Et moi, là, maintenant, ça fait un mois et j'en ai assez. Tu comprends? Je veux juste que cette bataille s'arrête, je veux la paix. Je veux avancer.

Son père le fixait avec un air dubitatif. Il devait probablement se demander s'il était retourné dans une de ses phases de crise aigue, et attendait la chute. Mais ce n'était pas le cas. Les Prewett se faisaient du mal inutilement: Fabian ne reviendrait pas. Il fallait se rendre à l'évidence. Quand bien même ils retourneraient le ministère, fabriqueraient des fausses preuves, mettraient à feu et à sang le monde magique, Caius Malefoy savait que Fabian était son fils. Il connaissait la vérité, il l'avait retrouvé, reconnu et rien, plus rien, ne l'empêcherait d'y mettre la main dessus, peu importe ou ils pourraient le cacher. Les Prewett affrontaient une force qui les dépassait tous, une magie bien trop puissante pour qu'elle puisse être dupée: la filiation. Caius l'avait reconnu sans même savoir qui il était, il avait été poussé vers lui, ils avaient été poussés l'un vers l'autre, par delà toutes les précautions, tous les mensonges, toutes les barrières qui avaient été érigées entre eux depuis quatorze ans. Leurs yeux s'étaient croisés, leurs mains s'étaient touchées, et le monde alentour avait semblé s'effondrer, impuissant et futile. Ils s'étaient reconnus sans s'être jamais vus. Ils avaient été le meilleur test, la meilleure preuve. Fabian lui-même n'aurait pas pu lutter contre tant ses ressentis avaient été puissants.

- C'est mignon… tu peux lui faire confiance.

Fabian foudroya l'homme qui venait de les importuner du regard, il croisa les bras sur sa poitrine, désormais tendu et fermé. C'était plus fort que lui, il ne l'aimait pas, il n'y arrivait pas. La tape qu'il reçut derrière la tête le fit se rappeler que l'homme en question lisait dans sa tête comme dans un livre ouvert…

- Et bien plus que ça, tu n'as même pas idée…

- Bon. On y va? Coupa Fabian, en regardant son père.

- Fabian. Sois poli.

Caius Malefoy n'avait jamais besoin d'hausser la voix, elle était à elle seule une menace. Le ton froid qu'il employait, sa prestance, suffisaient à calmer les ardeurs de n'importe qui. Fabian, ayant l'impression de s'écorcher lui-même la langue, fut contraint de saluer son nouveau «parrain». Darell Parsons. Il ne savait toujours pas, au bout d'un mois, ce qui était le pire. Faire partie de la famille Malefoy? Ou avoir été obligé de croiser la route de cet homme? Non, vraiment, il était incapable de se décider. Nouvelle tape derrière la tête. Cela l'insupportait au plus haut point. Lui, qui était le professionnel de la discussion intérieure avec lui-même, qui ne cessait de masquer ses pensées, de débattre incessamment des heures durant, se retrouvait face au meilleur ami de son père, qui avait la capacité de savoir TOUT ce qui se passait sous son crâne. La moindre pensée, qu'elle soit positive ou négative, la moindre «insulte intérieure», qui était une habitude de Fabian, le moindre doute, questionnement. I-N-S-U-P-P-O-R-T-A-B-L-E. Darell esquissa un large sourire dans sa direction, et Fabian retint avec peine une «insulte intérieure» des plus mauvaises…Nouvelle tape derrière la tête. Caius s'éclaircit sévèrement la gorge.

- Ça suffit tous les deux. Donne-moi ton bras, Fabian.

Au moins, même si le moment qu'ils allaient passer chez les Prewett ne serait certainement pas des plus agréables, il évitait pour quelques heures de croiser ce Parsons qui l'agaçait au plus haut point. Le regard bleu océan de Parsons l'incendia justement. Et, avant qu'il ne reçoive probablement une énième tape derrière la tête, ils avaient transplané. Fabian esquissa un léger sourire vainqueur. Puis, devant le cocon qui lui semblait si familier, la charmante petite ruelle éclairée par le soleil couchant, la douce lumière qui filtrait à travers la fenêtre, la réalité sembla le rattraper à grande vitesse et lui donner le tournis. Il allait devoir rentrer et confirmer qu'il ne reviendrait plus jamais dans ce lieu qu'il chérissait tant. Alors que son père le poussait doucement pour avancer, Fabian freina des deux pieds.

- Attends. S'il te plaît…

Il lui fallut quelques secondes pour respirer, secondes durant lesquelles il sentait son père bouillonner silencieusement à ses côtés.

- Tu peux me laisser entrer quelques minutes?

- C'est hors de question. On y va ensemble ou pas du tout. Ce n'est pas ce qui était prévu, Fabian. Siffla Caius.

- Tu ne peux pas juste me laisser dire au revoir à quatorze ans de ma vie sans interférer? Tu imagines ce que c'est, pour moi, de ne plus les voir, de me dire que je ne vais plus jamais entrer dans cette maison qui pourtant a été la mienne? Pour une fois, s'il te plaît, n'agis pas en rapport avec ta haine d'elle, d'eux, mais pour moi. S'il te plaît… Accorde-moi juste ça. C'est la seule chose que je te demande…

Il n'avait pas envie. Oh que non! Il bouillonnait littéralement de l'intérieur, de rage, de haine. Et il ne s'attendait visiblement pas à ce que Fabian ose demander, à ce qu'il ose le mettre devant le fait accompli. Il ne s'y attendait tellement pas qu'il transplana en sens inverse et se mit à le foudroyer du regard et à le pousser violemment. Contre le mur. On y revenait toujours finalement, à ce mur. Contre toute attente, et malgré la surprise que cela entraîna, ce fut Darell qui s'interposa entre eux. Caius le fusilla du regard mais, les mains de Parsons, posées contre sa poitrine, ne bougèrent pas pour autant. Il fixait son père sans la moindre émotion.

- Caius, écoute-moi.

- Tu te ranges de son côté?

- Il n'y a PAS de côté. Il y a uniquement du bons sens et de l'observation. Je te demande de m'écouter. Siffla fermement Darell.

Leurs regards étaient rivés l'un sur l'autre et Fabian se demanda un instant lequel des deux hommes était le plus impressionnant. Bien sûr, avec tout ce qu'il avait vécu en peu de temps, il penchait pour son père, qui était aussi plus grand, plus effrayant physiquement. Pourtant, Parsons n'avait rien à lui envier. Il était certes plus fin, plus svelte, mais son regard était tout aussi pénétrant et profond. Son avantage résidait dans le fait que son don lui permettait de comprendre bien des choses avant les autres. Il savait ce qui se jouait dans chaque cerveau et dans chaque instant de vie. Il savait se montrer aussi ferme et froid que son paternel. Et là, en l'occurrence, Caius - qui n'écoutait jamais personne d'autre que lui - semblait s'être ravisé. Miracle de l'univers…

- Ils ont besoin de l'entendre de sa bouche. Ils doivent l'entendre de sa bouche. Fabian n'est pas stupide. Il ne prendra pas le risque que tu t'en prennes à eux, et il t'en sait capable. Il ne prendra aucun risque. Et certainement pas celui de s'enfuir avec eux, même si, je te l'accorde, ce n'est pas l'envie qui lui manque…

- Je n'ai jamais dis ç…

- Je lis en toi comme dans un livre ouvert, tu te rappelles? Trancha Darell.

Fabian détourna le regard et décida que ce n'était pas le moment de discuter –et ça vaut mieux pour toi que tu ne discutes pas- avait ajouté Darell. Il croisa les bras d'un air fermé et resta, vu que visiblement, c'était sa place, contre le mur du salon. Il patientait, le temps que les deux «adultes» devant lui ne finissent par se mettre d'accord et cessent de réagir comme deux gamins écervelés et insupportables. Ce n'est qu'à la fin de son monologue intérieur qu'il s'aperçut du silence qui régnait. Il leva ses yeux, accrochés au parquet, et vit, le regard impatient de son père qui tendait le bras à son intention et, surtout, le regard noir que lui lançait son désormais parrain. Le «gamins écervelés et insupportables» n'était visiblement pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Il savait qu'il le paierait en temps voulu car, ô joie puissante, Darell Parsons disposait également d'une excellente mémoire. Fabian se contenta de saisir le bras de son père et de se laisser porter. Il n'hésita pas, cette fois. Il fallait que les choses rentrent dans l'ordre. Et, aujourd'hui, dès ce soir, les Prewett devraient définitivement commencer à vivre sans lui. Et inversement. Il fallait clarifier pour avancer.

Il frappa légèrement, s'empressa d'entrer et de refermer la porte derrière lui. Il ne voulait pas laisser à son père le temps de changer d'avis, et l'occasion de le priver de démonstrations d'affection en masse… Ce qui ne tarda pas à arriver, à peine eut-il passé la porte.

- Mon amour! S'exclama Johanna en le serrant avec force.

- Fabi? S'écria Gideon en lui sautant dessus.

- Vous avez dit Fabi? Hurla Anton, en se joignant à eux.

Molly arriva et se faufila entre les trois autres pour se coller tout contre lui, elle s'écarta ensuite et le regarda attentivement. Ce regard, ses jolis yeux bleus, il aurait pu s'en repaître durant des heures. Elle avait le don de tout effacer par sa joie et sa douceur, le don de le regonfler avec une bonne dose d'amour. Nathanaël écarta tout le monde et lui ébouriffa tendrement les cheveux, déposant un léger baiser sur sa joue.

- Fabi chéri, ça va? Demanda t-il avec joie.

Le seul qui resta à distance fut son oncle Jared, très peu enclin aux démonstrations affectives. Il inclina légèrement la tête et lui sourit, cependant, il était loin d'être dupe vis-à-vis de la démarche…

- Ton père ne daigne pas rentrer nous saluer ?

- ...Si… Mais j'ai un sursis… Murmura Fabian, souriant doucement.

- Assieds-toi.

Il tira la chaise juste à côté de la sienne et la tapota légèrement. Fabian en aurait presque oublié qu'on l'attendait à l'extérieur. Jared lui tendit une part du gâteau qu'ils avaient entamé, ce geste le touchait et lui faisait à la fois mal au cœur. Il aurait pu être parmi eux à déguster, à jouer, rire, partager encore un de ces doux moments. Jared le regardait tandis qu'il mangeait tranquillement. Ils avaient tous pris place autour de lui, souriant et simplement heureux de le voir. Il devait et il allait gâcher ça… Contre son gré.

- Raconte-nous, mon cœur, comment tu te sens? Commença Johanna.

- Il n'est pas là pour ça. Et il a certainement peu de temps avant que monsieur le fou furieux ne vienne le chercher par la peau du cou…

Fabian regarda attentivement son oncle, à la fois surpris et admiratif. Comment savait-il ça?

- N'exagère pas, Jaja…

- Ce n'est pas ce qui arriveraitsi tu t'attardais un peu trop ?

Fabian détourna légèrement le regard, et fut surpris lorsque la main de son oncle se posa sur la sienne. Il croisa à nouveau ses yeux et se sentit mieux, soudainement. Comme si, le simple fait que quelqu'un comprenne, agisse de façon normale, ne le traite pas différemment, lui enlevait un grands poids.

- Je veux que ça s'arrête. Cette bataille. Murmura le jeune garçon.

- Tu le veux ou il le veut? Questionna son oncle, judicieusement.

- Je le veux, Jared. Répondit t-il, fermement.

Leurs yeux s'accrochèrent et, simplement, sans insister, son oncle acquiesça doucement. Tous les autres, sans exception, se mirent à protester rageusement, avec véhémence, expliquant qu'il était hors de question qu'ils l'abandonnent. La réaction de Fabian fut de se lever d'un seul bond, les poings serrés.

- Ça suffit! Je vous le demande! Vous ne pouvez même pas faire ça pour moi? Vous vous rendez compte de ce que je vis, actuellement? Parce que vous, vous n'êtes pas à plaindre, hein! Peut-être que vous m'avez perdu, mais c'est suite à une décision de longue date que VOUS, papa et maman, avez prisconsciemment ! Moi, je n'ai RIEN demandé! Rien du tout! Et aujourd'hui, je suis obligé d'être loin de chacun d'entre vous, forcé et contraint de me soumettre à ça! Obligé de faire face, tout seul!

Ses propos entraînèrent un silence, total et complet. Il n'avait pas souhaité mettre tant de rage dans ses propos, pourtant elle était sortie avec facilité, comme souvent. Les larmes avaient pris place dans les yeux de sa mère, elle serrait avec force la main de son père. Gideon le fixait d'un air profondément désolé et il s'approcha, le serrant tendrement contre lui, murmurant «je suis tellement désolé, je voudrais tant pouvoir te protéger de tout ça». Fabian enfouit son visage dans son cou et respira son odeur, il avait besoin de prendre des forces, pour repartir d'un bon pied, pour repartir fier et déterminé.

- Je suis sincèrement désolée, Fabi… Je ne me pardonnerai jamais le fait qu'il t'ait retrouvé, le fait d'avoir agi ainsi, je voulais… te protéger. Expliqua doucement Johanna.

- Je sais. Mais aujourd'hui, si vous voulez me protéger et vous protéger… il faut que ça s'arrête. Et, aussi, il ne faut surtout pas que vous m'approchiez…

Il y eut un lourd silence avant qu'il ne murmure très bas, pile au moment ou la porte d'entrée s'ouvrait… «Du moins en public…» Cette simple phrase, murmurée, déclencha leurs rires à tous. L'instant d'avant, ils étaient pratiquement démunis, mais de voir, à ce semblant de désobéissance, que Fabian ne comptait pas se laisser marcher totalement dessus, ils étaient visiblement rassurés. Pas heureux, mais rassurés. Une main ferme se posa soudain sur son épaule. Ses yeux croisèrent ceux de Jared, ils étaient passés de Fabian à la main qui le tenait violemment, les sourcils froncés. Jared faisait, de façon claire, un très bel effort pour ne pas intervenir. Un effort surhumain. S'il y en avait bien un, dans sa famille, qui ne supportait pas ce genre de démonstration d'emprise, de force, c'était bel et bien lui. Fabian lui adressa un léger clin d'œil afin qu'il s'apaise. Il n'y eut pas un seul mot entre son père et la famille Prewett. Caius s'était contenté de poser, sur la table de la cuisine, la copie du test de paternité et de lancer un regard assassin –qui étouffait à lui seul toute protestation-. Il avait ensuite prit le bras de son fils et transplané de nouveau au manoir Malefoy.

C'était fait. Il avait officiellement coupé les liens avec les Prewett. Malgré l'amour, contre son cœur. À son tour, il se devait de s'éloigner, pour les protéger. Il sentait et savait que son père pouvait devenir dangereux s'ils l'approchaient à nouveau. C'était stupide. Une démonstration parfaite d'arrogance, ce fait de vouloir le séparer des personnes qu'il aimait. C'était «Malefoyen». Simplement. Il n'y avait pas d'explication logique. Il avait bien tenté de négocier au début. Il avait osé aborder la notion de «garde partagée».

Merlin. Que s'était-il imaginé? Un seul regard l'avait dissuadé de poursuivre. Fabian eut toutes les peines du monde à retrouver le sommeil, cette première nuit et les suivantes. Puis, une sorte de routine s'était installée durant ses premières vacances au sein du manoir Malefoy.

Il prenait son petit déjeuner auprès de son père, tôt le matin et passait souvent le reste de sa matinée enfermé dans la grande bibliothèque du premier étage. Il l'adorait, la vénérait. Elle était une forme de nouveau cocon pour lui. Il y avait quatre étagères en bois ancien, chargées de livres plus fascinants les uns que les autres. C'était à en faire pâlir Poudlard, Remus Lupin et Alice Hellington, sa meilleure amie, de jalousie.

À la pause déjeuner, son père rentrait, il faisait toujours un état des lieux de ses occupations et activités, et, les nombreuses lectures de Fabian leur permettaient de communiquer. Puis, il passait souvent ses après-midi au grand air, à profiter du soleil. L'extérieur du manoir était assez vaste pour nourrir les découvertes, la rivière, le petit bois et les divers animaux étaient source d'émerveillement. Mais, parfois, il prenait la route à l'exploration des alentours, partait courir pour se défouler ou marcher pour s'exercer à trouver de nouveaux repères ou de jolis lieux. Il tentait simplement d'apprendre à s'occuper seul, en tant que nouveau fils unique.

Cette nouvelle routine, qui avait durée un mois et demi s'arrêta quinze jours avant son retour à l'école Poudlard.

- Je serais absent pendant quinze jours. Avait annoncé son père.

Fabian avait attendu la chute, n'osant pas questionner ni les raisons de son absence, ni celles de cette soudaine annonce. Était-ce juste pour le prévenir qu'il allait rester seul? Ou bien…

- Tu iras chez Abraxas.

Fabian n'avait pas pu s'en empêcher. Il avait laissé glisser sa tasse entre ses mains qui était partie s'écraser contre le sol. Prenant en compte le regard assassin qui le fixait, il se pencha pour ramasser les morceaux et nettoyer. Caius cogna alors la table violemment, lui ordonna de se rasseoir et se mit à crier le nom de leur elfe de maison. Fabian n'y était pas encore coutumier…

- Tu sais, je peux aussi…

- Il n'y a pas de négociation possible.

- Mais…

Il suffit – encore – d'un regard, un seul pour qu'il comprenne que le «mais» était déjà – et largement – de trop. Fabian était envahi par le désespoir, c'était le mot. Et, visiblement, sa réaction n'était pas celle qui était attendue. Son désormais père le foudroyait toujours du regard.

- Ils sont aussi ta famille.

Cette intervention ne fit qu'accentuer le silence pesant et la détresse du jeune garçon. N'avait-il pas un âge ou il pouvait se garder tout seul, franchement?

- Je le sais. C'est juste que…

- Que?

- On se déteste, Lucius et moi. Ca remonte à trop loin, c'est ancré. Ca ne peut pas fonctionner! On est pire ennemis! PIRE!

Son père, face à lui, donna trois – légers mais fermes- coups de poings contre son front, sans le quitter du regard.

- Et bien je te contredis tout de suite. Tu as plutôt intérêt à ce que cela fonctionne. ET que ton séjour chez mon frère soit parfait et exempt de tout reproche.

C''était sa nouvelle vie: injonctions, menaces à peine déguisées, ordres. Il devait s'adapter, il devait surfer sur la vague, en tentant, tant bien que mal, de ne pas être emporté dans son rouleau. Il devait pourtant se rendre à l'évidence, il était plus souvent noyé par la vague qu'en équilibre sur la planche. Fabian s'était alors contenté de soupirer: il allait faire avec, évidemment, mais il sentait que, malgré toute sa volonté pour s'adapter, il n'était pas fait de la même matière que ses pairs. Oh, bien sûr, la description qu'il avait faite précédemment de la famille MalefoyArrogante – intransigeante – explosive, lui correspondait merveilleusement bien.

Mais, il y avait un mais.

Fabian se retenait, se muselait, il essayait de faire profil bas, il tentait vraiment de faire au mieux du haut de ses quatorze ans. Cela n'empêchait pas qu'il avait grandi et vécu avec des exemples de rébellion aussi concrets que radicaux. Il s'était construit sur le format de la rébellion, il avait appris que personne – vraiment personne – ne pouvait l'empêcher de faire quoi que ce soit s'il en avait envie. Aucun être humain sur terre ne devait le brimer, lui refuser la parole, il avait le champ des possibles devant lui. Il pouvait s'exprimer, négativement comme positivement, son avis était toujours important.

Voilà dans quel environnement s'était construit le jeune Prewett / Malefoy.

Aujourd'hui, il apprenait l'inverse. Dans la famille Malefoy, un enfant n'avait pas son mot à dire et ne pouvait pas vraiment prendre de place. Les adultes de ce type de familles avaient une idée très fermée de la façon dont devait évoluer leur progéniture. Les enfants portaient souvent le poids d'êtres des descendants d'une lignée que les parents jugaient importante, noble. Ils aimaient briller et les enfants devenaient le flambeau qui, surtout, ne devait jamais s'éteindre, devait illuminer par tous les pores devant les autres êtres de noblesse. Tout était prétexte à se mettre en avant : le comportement, l'attitude, la prestance, les résultats scolaires, les aptitudes. Il s'agissait de l'étiquette: toujours respecter le rituel de briller en société, d'être le phare le plus remarqué au milieu de la mer déchaînée.

Fabian, avec le temps, deviendrait effectivement le phare qui se démarquait. Le phare qui possédait tout, en apparence, pour briller.

LE phare, connu et respecté de Caius Malefoy. Le phare que tout le monde aurait voulu s'arracher car rattaché à un être réputé, admiré, adulé. La propriété, la progéniture d'un homme important et influent.

Mais pourtant, un phare dysfonctionnel, clignotant sans cesse à tout va, bourré de faux contacts. Phare construit avec de la récup', récup' de chez la famille Prewett, récup' qui changeait totalement la donne. Le phare allait tenter de s'adapter, et – c'était bien connu - soumis à la pression et à une trop grande intensité, puissance, l'ampoule finirait par sauter, disjoncter.

Et qu'est-ce qu'une ampoule qui disjoncte au fond?

Une métaphore de la bombe qui saute,

De la grenade qu'on dégoupille,

Du volcan qui entre en éruption,

Une explosion qui décime tout sur son passage.