Hi everybody !

J'espère que vous allez toutes bien et que vous profitez de vos vacances !

Aujourd'hui, c'est la fameuse première partie du rendez-vous. Parce qu'il y aura une partie deux, je vous l'annonce d'ores et déjà.

J'ai eu un mal FOU à boucler ce chapitre et comme d'habitude, je me suis quelque peu... étalée... donc, il est encore plus long que d'ordinaire. Cependant, j'ai adoré l'écrire ! Je commence vraiment à me sentir à l'aise avec Haizaki et Kise et leur dynamique !

Sur ce, ENJOY !


Kise ne sortit du restaurant qu'une bonne heure plus tard, repu et la peau du ventre bien tendue, merci Petit Jésus ! Ou plutôt Haizaki, qui avait proposé de… payer pour tout aujourd'hui. Date oblige. Et à bien y réfléchir, c'était déjà le second que Kise accordait au brun. Certes, le premier à la fête foraine lorsqu'ils n'étaient encore que des ados ne comptait pas officiellement. D'ailleurs, le blond s'était bien gardé de le présenter ainsi à l'époque à son compagnon… Enfin, toujours était-il que Kise se demandait bien où Haizaki comptait l'emmener cet après-midi… Le tatoué se montrait toujours tellement insaisissable et imprévisible… Frissonnant d'anticipation, Kise effleura légèrement l'anneau qui pendait à son oreille. Il avait toujours cette manie de tripoter son piercing lorsqu'il se sentait nerveux, un peu à la manière d'une balle anti-stress.

Depuis combien de temps ne s'était-il pas rendu à un rendez-vous galant en bonne et due forme ?

Ça ne se comptait plus en mois, là, mais bel et bien en années !

Il s'agissait d'une des filles de son agence qui l'avait dragué assez ouvertement à son arrivée aux USA, il y a près de quatre ans. Ça l'avait surpris (mais en bien !) et pour cause, les demoiselles n'étaient en général pas aussi… directes au Japon, estimant que c'était aux garçons qu'il revenait de faire le premier pas. Pas étonnant que le taux de natalité se casse la gueule de manière aussi désastreuse dans l'archipel avec ce genre d'idées préconçues et rétrogrades…

Aaaah… pauvre Akashi. Autant vous dire que le chef des Gremlins avait du pain sur la planche !

Quoi, vous n'êtes pas au courant ?

C'est que le rouge s'était mis en tête de jouer les redresseurs de torts et surtout, de kékettes au sein de son pays natal ! Zizis en berne, never fear cause Akashi's here ! Kise ne connaissait pas tous les détails qui entouraient ce mystérieux deal, mais PapaKashi avait décidé de laisser son fils hériter de manière anticipée de la fortune familiale. Apparemment, en échange, Akashi s'était engagé à épouser la fille d'un riche producteur télévisé. Kise ne l'avait jamais rencontrée en personne, ni même vue, mais d'après la plupart des gens, cette jeune femme était réputée pour sa grande beauté, sa bonne éducation et sa discrétion. Pas le genre à faire des vagues, quoi. La petite waifu Japonaise traditionnelle par excellence en somme…

… Mais surtout, tout le contraire d'Akashi.

C'est que le rouge avait (ENCORE) gagné en confiance depuis la fin du lycée. Sans doute l'un des effets secondaires (qui a dit 'indésirable' ?) venant avec le fait d'avoir développé une seconde personnalité propre.

Et voici donc qu'après avoir entamé de brillantes études dans la finance internationale – au départ, dans le but de reprendre les rênes de l'empire paternel – Akashi avait finalement décidé de mettre sa maîtrise des investissements boursiers au service d'une grande cause, beaucoup plus noble selon lui : contribuer à rendre au Japon sa majesté d'antan. Hey, que voulez-vous, on ne le surnommait pas 'l'Empereur' pour rien…

… Oui enfin, sauf qu'en l'occurrence, il était plutôt devenu l'Empereur du Porno

Car en effet, si la finalité du plan d'Akashi restait louable, c'est-à-dire booster la libido de ses compatriotes afin de les inciter à pondre plein de jolis bébés, qui donneraient eux aussi plus tard naissance à d'autres enfants et ainsi de suite disons que la méthode employée se révélait nettement plus… contestable… ? Douteuse ? De mauvais goût ? Insolite ? Casse-gueule ? Les qualificatifs ne manquaient pas face à ce projet d'envergure aussi fou que crucial pour l'avenir du Pays du Soleil Levant !

Sauf qu'en attendant, les aspirations… à caractère inspirant… d'Akashi se trouvaient quelque peu contrariées… Déjà, par Papounet qui ne goûtait que très peu les velléités humanistes de son fils unique et le lui avait donc fait savoir en lui collant dans les pattes une fiancée choisie par ses soins - condition sine qua non pour pouvoir continuer à faire mumuse avec sa money - mais en plus, ne toujours pas avoir épousé sa promise en près de sept ans de relation et donc, ne pas lui avoir mis le moindre polichinelle dans le tiroir quand on a pour ambition de relancer l'un des taux de natalité les plus bas du monde soi-même et bien, ça la fout un peu mal quoi… Non mais quel type d'exemple donnait Akashi ? « Faites ce que je dis, mais surtout pas ce que je fais ! » Les rumeurs sur son impuissance et l'infertilité présumée de sa compagne allaient bon train et il n'y avait pas une semaine sans que l'une ou l'autre des deux hypothèses n'alimente les gros titres de la presse à scandales japonaise. Quand ce n'était pas carrément des ragots sur sa potentielle homosexualité…

Mais heureusement, en tant que millionnaire le plus jeune du Japon, Akashi maîtrisait l'art d'esquiver les balles (réelles ou à blanc) comme personne en interview… Son charisme, sa répartie et son charme naturels faisaient merveille et s'exprimaient pleinement à la télévision. Bien-sûr, le fait que son futur beau-père possède un important groupe de médias n'y était pas pour rien, sans doute… De toute façon, Akashi était rodé à l'exercice et n'accordait d'interviews qu'à ses chaînes… comme par hasard.

Ou pas.

Akashi était le seul qui comprenait l'obsession que Kise pouvait avoir pour son image publique et médiatique, puisqu'il subissait le même genre de pressions au quotidien. Enfin… le blond ne les subissait plus vraiment depuis qu'il avait posé le pied sur le sol américain et était presque redevenu un parfait inconnu ici. Juste un type un peu plus beau que la moyenne, noyé dans la foule de mannequins wannabe… et autres, plus confirmés, peinant à tirer leur épingle du jeu… Et puis de toute manière, la pression qu'il avait connu au Japon était tout de même moindre que celle avec laquelle le chef des Skittles devait composer actuellement…

C'est pourquoi, être vu en compagnie d'Haizaki dans les rues de Los Angeles ne dérangeait pas Kise outre mesure. Au Japon, ils auraient sans doute dû se méfier un tant soit peu des paparazzi… Bon oooook, Haizaki avait violé au moins quatre articles de loi du Code de la Mode en osant porter une chemise aussi affreuse, mais à part cela… ses traits semblaient s'être affinés et son visage légèrement féminisé avec le temps. Pas question de l'admettre, mais Kise trouvait que cela lui conférait un air plus doux, presque comme… apaisé. Sans trop savoir pourquoi, le renard tendit la main et captura délicatement une mèche de cheveux ébène, pendant qu'Haizaki marchait à ses côtés. Le brun s'arrêta net à ce contact, laissant Kise apprécier la douceur de sa chevelure sous ses doigts. On aurait dit un ruban de soie… Haizaki avait les cheveux longs d'un noir profond, brillants et épais typique des asiatiques. Rien à voir avec les siens dont il avait hérité du côté de sa mère et de ses ancêtres européens.

« Tu sais… » Commença Haizaki. « J'avais peur que tu ne me reconnaisses pas sans les nattes… »

« A mon avis, tu voulais dire que je t'ai bien reconnu AVEC, lors de la Winter Cup ! Et du premier coup, en plus ! » Se vanta Kise.

Car passer de cheveux argentés courts et hirsutes à ceux mi-longs tressés façon nattes africaines, constituait un changement nettement plus radical aux yeux de Kise, que de simplement les laisser au naturel, raides et sans coupe particulière. Mais d'ailleurs, quelle était la véritable couleur capillaire d'Haizaki ? Hmm… une question bien intrigante que le blond ne se risquerait pour rien au monde à poser ! Pas que ça l'intéressait vraiment de toute façon… (enfin, s'il se le demandait déjà, c'est que…)

« Ahaha c'est vrai ! Mais il paraît que la plupart des nanas qui subissent une rupture douloureuse ou veulent juste changer de tête passent par la case coiffeur. »

« Et c'est ton cas ? T'as du souvent te faire jeter alors ! » Le provoqua Kise.

« Désolé de te décevoir, mais non. Pour se faire jeter, encore faut-il être en couple, déjà. Or, dans mon cas, ce serait plutôt le contraire : c'est moi qui jette et non l'inverse. »

« Pas de quoi en être fier… De toute façon, ça ne marche pas ce truc de changer de tête… Parce que ton visage reste le même, que tu portes les cheveux jusqu'aux pieds ou que tu n'aies plus un seul poil sur le caillou… »

« T'as raison, mais ça peut quand même faire illusion. Et puis, tant que la personne y croit, c'est ce qui compte. C'est le merveilleux pouvoir de l'auto-persuasion. Parce qu'on n'a pas tous les moyens de se payer une bonne petite chir' et telle la vilaine chenille potelée, se transformer en un beau et rayonnant papillon… »

Haizaki leva les yeux vers le soleil il en profita pour s'allumer une petite clope des familles. Bien entendu, il proposa également le contenu de son paquet à Kise, mais ce dernier refusa gentiment en secouant la tête. Trop de mannequins qu'il avait côtoyés avaient commencé à fumer dans l'espoir de perdre du poids, ce qui était particulièrement con niveau légendes urbaines aussi…

Au même titre que : « Seuls les gays portent des boucles d'oreilles des deux côtés » et « ceux qui arborent un tatouage en forme de ligne autour du bras pratiquent le Fist Fucking » ou encore el famoso « Se faire couper les cheveux permet de changer de tête pour prendre un nouveau départ. »

Pourquoi est-ce que les gens croyaient bon de colporter, mais surtout de croire en de tels mensonges ?

Peut-être que dans le fond, ça les rassurait… de pouvoir rationnaliser ce qu'ils ne comprenaient pas, en rangeant toutes les informations dans des cases dédiées…

Mais au final, c'était peut-être ce qu'Haizaki avait essayé de faire lui aussi, en changeant plusieurs fois de coiffure… sans que cela ne soit lié à une rupture sentimentale. De se rassurer et repartir de zéro en faisant table rase (rasée ?) du passé.

Quoique…

Les pensées du blond vagabondèrent inévitablement vers Nijimura, avant qu'il ne les réfrène presque aussitôt.

« Ça ne te regarde pas Ryota et puis, tu t'en fous des délires capillaires de cet instable dégénéré du bulbe chevelu non ? »

Peut-être pas tant que ça en réalité… Et il n'était pas question que de simple curiosité non plus…

« Par contre… je connais un bon moyen de donner l'impression qu'on a changé ! »

Ah ça… Haizaki devait en connaître un rayon, lorsqu'il s'agissait de faire semblant…

Mais non mauvaises langues ! Je ne parle bien entendu que du Poker allons…

« Ah bon ? Et lequel ? » Se méfia un peu Kise, face à la véhémence de cette affirmation.

« Le relooking vestimentaire ! » Il expira sa nicotine tout en le regardant droit dans les yeux, un sourire énigmatique aux lèvres.

Apparemment, il semblait très fier de sa réponse.

« Hein ? » Répondit un Kise pour le moins circonspect par la teneur de la révélation.

« Ben ouais, ne dit-on pas que… 'La bite ne fait pas le moine', ou un truc du genre ? »

« L'habit, c'est l'habit crétin ! » Le reprit immédiatement Kise, blasé. « Et l'expression correcte c'est : 'L'habit ne fait pas le moine' ! »

« Ah en effet, ça a tout de suite plus de sens comme ça ! J'comprenais pas trop cette histoire de 'bite' et de 'moine' je t'avoue… Quoiqu'il y a une certaine logique dedans quand même… C'est vrai après tout, à quoi ça leur sert d'avoir une queue, s'ils peuvent pas l'utiliser ? »

« Qu'est-ce que tu racontes encore ? »

« Réfléchis ! Les moines ne sont pas censés avoir fait vœu de chasteté ? Alors pourquoi ils ont quand même une queue, puisqu'ils n'ont pas le droit d'en faire usage ? Quel est le but, quel est le concept ? C'est quoi le projet derrière tout ça ? »

Le top model soupira, se pinçant l'arête du nez en maugréant.

« Tu me fatigues Shogo… tu l'sais, ça ? »

Et normalement, ça devrait être l'inverse… Même Kise s'en rendait compte. D'ordinaire, c'était lui qui épuisait ses amis à se comporter comme un Bisounours atteint du syndrome de « l'Attention Whore ».

Il aurait même pu lui expliquer que les moines sont avant tout des êtres vivants appartenant à la race des Hommes et que, par conséquent, leur sexe ne leur sert pas qu'à se reproduire, mais également à uriner. Un besoin physiologique primal, donc, duquel ils ne peuvent se passer. Mais ce serait peine perdue… Pourquoi entretenir un dialogue aussi insipide, ridicule et stupide ?

Il n'y avait vraiment qu'avec Haizaki que Kise abordait de tels sujets de conversations…

« Non mais attends, je vais te montrer de quoi je parle ! Suis-moi, tu vas comprendre, j'ai une super idée ! »

« C'est pas comme si j'avais l'choix de toute façon… » Soupira à nouveau Kise.

Après tout, c'était LUI qui avait instillé cette proposition de date dans la cacahuète qu'Haizaki avait en guise de cerveau. Alors il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même maintenant et en souffrir les conséquences, seul.

Dans le désespoir le plus total.


Kise cligna des yeux devant la grande enseigne à la police d'écriture soignée et classieuse.

Haizaki avait dû se planter quelque part, ce n'était pas possible qu'il l'ait emmené ici sciemment…

La façade de la boutique était extrêmement distinguée également. Pas de couleurs criardes. Rien de tape à l'œil. Du blanc, du noir quelques petites touches dorées. Sobriété et élégance semblaient être les maîtres mots. La vitrine était décorée à l'aide des vêtements de la dernière collection. Et aucun tissu n'affichait un prix à moins de trois chiffres…

Honnêtement, jamais le blond n'aurait imaginé se retrouver à un tel endroit lorsqu'Haizaki lui avait attrapé le poignet, le tirant à travers les rues de Downtown Los Angeles. A vrai dire, il ne savait même pas qu'un tel magasin existait.

Et pourtant, Kise en avait déjà entendu parler, maintes fois, parmi ses collègues mannequins…

Une légende urbaine propre au milieu de la mode.

Sauf que cette fois-ci, l'oasis en plein désert n'avait rien d'un mirage…

Car il existait bel et bien.

Alpha Clothing.

L'un des endroits les plus prisés par le gotha de la Cité des Anges, où seuls une poignée d'élus issus de l'élite pouvaient venir s'habiller. Des vêtements de luxe, de créateur ! Un petit miracle que les plus férus de mode ne rêvaient que de visiter ne serait-ce qu'au moins une fois ! Problème : aucune publicité officielle ne circulait à propos de ce petit bijou.

Seul le bouche-à-oreille avait contribué à sa réputation florissante. Et de même, peu d'amoureux de la sape pouvaient se vanter de connaître son emplacement exact. Mais il ne s'agissait pas de l'unique difficulté, puisque non content d'en savoir l'adresse précise, encore fallait-il posséder le précieux sésame permettant d'un accéder : une carte de membre, encore une fois réservée à la classe la plus aisée et élitiste de la population.

« Oh PUTAIN ! » S'écria soudainement Kise et cet élan de vulgarité ne manqua pas de faire sursauter Haizaki. « C-cette boutique, c'est bien ce que je crois ? Pince-moi, je rêve ! »

« Si tu insistes… » Sourire de la part du brun.

Il se pencha ensuite vers Kise mais au lui de lui pincer le bras ou même les hanches, il posa ses lèvres dans son cou exposé, brièvement, mais suffisamment pour entamer un suçon.

« Hé ! » Protesta Kise, en reculant pour s'arracher à la prise du loup.

Il piqua un léger fard, mais fronça des sourcils comme pour se donner plus de prestance et de poids au cas où le lupin choisirait de repasser à l'attaque. L'afflux de sang, bien que bref et rapide, forma malgré tout une petite tâche rougie dans le creux de sa nuque.

« Ne fais pas ça ! »

« Ne fais pas quoi ? »

« Ça ! Les suçons ! »

« Pourquoi, tu n'aimes pas ça ? »

« Non ! Ça laisse des marques et c'est très mal vu dans une profession où l'on se doit d'être physiquement irréprochable de la tête aux pieds ! Raaah je vais me faire engueuler par les maquilleuses… elles vont encore galérer à cacher ça ! »

« Roooh n'exagère pas, c'est tout léger, ça se voit à peine ! Je suis sûre qu'elles ont plus de mal à planquer des gros cernes d'après cuite ! » (Et oui, le mot « Cerne » est masculin !)

« Mais pourquoi t'as fait ça d'abord !? »

« C'est toi qui l'as d'mandé ! Tu m'as dit d'te pincer, mais t'as omis de préciser comment ! Or, un suçon EST une forme de pincement ! J'y suis pour rien moi, je n'ai fait qu'obéir à ta requête, you only got what you wished for ! La prochaine fois, tu feras attention aux mots que tu utilises. » Fit-il en levant les mains comme pour se dédouaner de son geste précédent.

Tsss… cet imbécile… ce traître… Il ne savait interpréter l'ironie que quand ça l'arrangeait… et la chose que Kise avait redoutée était pourtant en train de se produire : Haizaki ne ressentait plus aucune gêne à prendre ses aises avec lui à présent… Mais c'était en partie de sa faute, pour être honnête… Les loups sont des prédateurs opportunistes. Ils ont tendance à chasser les animaux vieux ou malades, affaiblis. Ceux qu'ils parviennent à piéger en les écartant du groupe…

Exactement comme Kise, qui s'était brouillé avec Aomine, certes pas à cause d'Haizaki à la base, mais le brun en avait tout de même profité pour l'isoler… Et en ayant laissé l'ex-argenté lui faire toutes ces choses intimes précédemment, petit-à-petit, repoussant chaque fois les limites que Kise s'était fixées, le blond avait fait preuve d'un laxisme fatal. Le loup n'était pas rentré d'un seul coup dans la bergerie, oh que non ça aurait été tellement plus facile de le repousser ainsi, il avait d'abord montré patte blanche et s'y était faufilé lentement, insidieusement, un croc après l'autre… Kise n'avait beau le réaliser que maintenant, heureusement pour lui il s'en était tout de même rendu compte à temps pour pouvoir l'arrêter. Car il n'était pas encore trop tard.

Ce loup-là n'était qu'un mouton déguisé et sous sa peau d'agneau se terrait un dangereux prédateur…

Kise ferait mieux de le garder en tête à l'avenir…

'L'habit ne fait pas le moine', hein ? Que les apparences sont parfois trompeuses ! Kise avait presque failli commettre la terrible erreur d'oublier que de terribles dents tranchantes se cachaient sous cet apparence douce et inoffensive.

« Haizaki n'a eu de cesse de se montrer relativement bienveillant à ton égard dernièrement c'est vrai, mais… et si c'était pour mieux t'endormir et venir te dévorer dans ton lit, mon enfant ? » Pensa Kise, sourcils froncés et yeux dorés luisants de méfiance.

La seule solution pour limiter les dégâts, c'était de très vite remettre Haizaki à sa place.

Le loup est plus puissant sur le plan de la force brute, mais hélas pour lui Maître Renard est plus malin que lui. Or, Kise voyait clair dans son jeu. Avoir une bonne main au Poker ne fait pas tout. Quel dommage pour le tatoué, car les cartes dont il disposait actuellement ne suffiraient pas à lui assurer la victoire.

Il aurait dû apprendre à les sortir au bon moment.

Et à faire preuve de subtilité.

Car à trop se précipiter, les chiennes font des chiots morts.

Cependant, bien loin d'être le genre de gars à regretter ses actes – ainsi qu'il l'avait déjà clamé un peu plus tôt dans la journée – Haizaki ne prit pas la mouche. Mais il avait sans nul doute compris le message que Kise cherchait à lui faire passer. Aussi, s'il voulait pouvoir goûter la chair de ce garçon et le soumettre, il allait devoir mettre un peu d'eau dans son vin en faisant usage de davantage de subtilité. Parce que Kise n'était pas dupe. Certes, il était un peu concon et cucul au collège, mais le passage à l'âge adulte l'avait bien endurci et sans doute ruiné pas mal de ses illusions utopistes au sujet de la nature humaine. A moins qu'il n'en ait toujours été conscient en réalité, tapis sous son masque de perfection…

Hmm… Haizaki avait tout intérêt à ne plus sous-estimer son adversaire, un prédateur, lui aussi.

Les renards ont beau être adorables en apparence et ressembler à de grosses peluches toutes duveteuses, ils n'en demeurent pas moins de redoutables chasseurs… Certes, ils s'attaquent peut-être à des proies moins impressionnantes et nobles que les loups, mais leur fourberie naturelle leur permet d'attraper les animaux craintifs et méfiants. Ceux-là même qui parviennent toujours à filer entre les pattes des lupins…

Ce serait bête de foutre en l'air tous les efforts déployés jusqu'ici juste à cause d'un peu trop de précipitation malvenue…

« D'accord, c'est compris. » S'excusa Haizaki. Du moins, partiellement. « … J'éviterai de te laisser des suçons aux endroits VISIBLES à l'avenir. »

« Q-quoi ? » Se tendit immédiatement Kise

Qu'est-ce que c'était supposé vouloir dire ? Que le piercé comptait recommencer !?

Mais il n'avait rien compris en fait, ce gros lourd !

« Rien d'important, viens plutôt par-là. » Il l'attrapa par le cou sans lui laisser le temps de protester et l'attira contre lui, avant de pointer du doigt la vitrine. Kise pouvait sentir ses naseaux piquer désagréablement au contact du parfum musqué qui exhalait d'Haizaki. « T'as pas envie d'entrer ? J'étais pourtant persuadé que ce lieu te plairait… »

A nouveau, Kise fronça des sourcils. Il avait la désagréable impression qu'Haizaki essayait de se jouer de lui et il détestait profondément cela…

« … Mais j'ai dû m'tromper. On peut s'en aller, si tu préfères ! »

« N-non ! » Refusa vivement Kise.

Pas après avoir fait tout ce chemin ! Ce serait tellement dommage de s'arrêter si près du but !

Mais…

« Je veux dire… attends… j'ai bien-sûr très envie de visiter cette boutique de vêtements mais… » Il se mordit la lèvre inférieure en se défaisant de l'étreinte d'Haizaki, nerveux à l'idée de passer à côté de cet endroit mythique ! « … Cette enseigne… on n'y entre pas comme dans un moulin, au contraire, c'est réservé à une certaine catégorie de personnes. Il… Il faut être membre. »

« Oh quoi, c'est tout ? C'est juste ça qui pose problème ? Alors dans ce cas… ça devrait être assez facile à résoudre. »

« C'est très loin de l'être, crois-moi ! Il ne suffit pas juste de pénétrer à l'intérieur et de demander un abonnement ! » Il secoua la tête. « A vrai dire… je ne sais même pas comment on doit s'y prendre pour souscrire… »

Même en étant « personal shoper », obtenir un visa était déjà très compliqué, alors en tant que « simple » client… Kise n'osait imaginer la sinécure que cela devait être…

« Bref, ce que j'essaie de t'expliquer, c'est qu'ils vont nous virer sans sommation dès qu'on aura mis un pied dans l'enceinte du bâtiment. Tu verras, c'est couru d'avance ! Cet endroit, c'est un peu l'équivalent d'une boîte de nuit très select… La plus select du monde, en fait… Même moi, de par mon métier dans la mode et ma notoriété, je n'y ai pourtant pas accès. »

« Récapitulons la situation : si je comprends bien pour s'introduire dans le Paradis de la fripe de luxe, seules deux solutions s'offrent à nous : soit posséder le précieux sésame ou être pote avec le videur ! »

Il ferma les yeux un instant, faisant mine de réfléchir et se gratta le menton.

« Dans ce cas… je crois que j'ai ce qu'il nous faut ! »

Kise haussa un sourcil. Bien-sûr que cette tête de gland avait ce qu'il leur fallait, sinon, quel serait l'intérêt d'être venus jusqu'ici !? Parce qu'Haizaki ne pouvait pas ne pas être au courant que l'accès était réservé, pas vrai… ? Et après s'être laissé appâter jusqu'à un endroit aussi incroyable, Kise ne se voyait pas faire demi-tour et rebrousser chemin, sans avoir au moins vu de quoi il retournait à l'intérieur ! Cependant… le bel Eurasien nourrissait encore quelques doutes quant à la véracité des propos de son compagnon et il espérait donc de tout cœur qu'Haizaki n'allait pas encore lui jouer un de ses sales coups de Poker dont il avait le secret.

Brusquement, Haizaki dégaina une carte noire et dorée.

Mince… Kise était certain de l'avoir déjà vue quelque part, mais où déjà ?

Hmm… pas que ça ait une grande importance de toute façon… Non, ce qui l'intriguait déjà davantage, c'était qu'Haizaki ait connaissance de pareil endroit. Et qu'il y ait accès aussi, bien évidemment mais… Kise ne l'imaginait pourtant pas du genre à fréquenter des boutiques vestimentaires de luxe… C'est que le grand brun avait plutôt l'air de s'habiller dans des friperies du genre « tout à deux dollars » et à porter… et bien, des vêtements déjà portés justement.

Décidément, quelque chose ne collait pas… Mais Kise le suivit tout de même, méfiant.

Au fond de lui, il s'en voulait pour cela… Ne pas parvenir à se détendre au contact d'Haizaki, devoir rester constamment sur le qui-vive alors qu'à contrario, le brun ne ménageait pas ses efforts pour le mettre en confiance. Mais au moins, ce dernier avait fait preuve de franchise envers lui lors de leur bain partagé. Et quelque part, Kise préférait cela à de fausses promesses hypocrites.

Mais est-ce qu'Haizaki lui en voulait toujours ? Apparemment, oui. Pour quelque chose que le blond n'arrivait pas précisément à identifier. Un événement remontant au collège, probablement son éviction de l'équipe titulaire, mais bon sang ! Kise n'était pas l'unique cause ! Ni même la principale ! Il n'avait jamais voulu cela, mais Haizaki séchait trop les entraînements et faisait montre de trop de défiance envers Akashi.

Du temps de Nijimura, il y avait quelqu'un pour le recadrer constamment lorsqu'il s'écartait un peu trop du troupeau, mais lorsqu'Akashi avait pris les rênes de l'équipe A, le rouge avait clairement prouvé qu'il ne possédait ni la patience de leur ancien capitaine, ni même la « sympathie » (avec de gros guillemets, eut égard à la nature véritable de la relation qui avait uni Haizaki et Nijimura…) de ce dernier pour Haizaki. Akashi avait directement vu l'ex-mauvais garçon comme une punaise.

Un insecte rampant nuisible à éliminer par tous les moyens et c'est pourquoi il l'avait écrasé sans remord. Pour lui, c'était bien simple : Haizaki était un problème, le rouage rouillé un peu trop rebelle qui risquait de compromettre toute la belle machinerie bien huilée et chercher à le « réparer » comme Nijimura l'avait fait, aurait sans doute été trop contraignant. Ça, Kise le comprenait et c'était donc à Akashi qu'il devrait en vouloir et non à lui ! Kise n'avait été… qu'un élément… collatéral à son déclin.

Et puis de toute façon, l'ancien délinquant ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même ! C'était de sa faute à lui et à lui seul si Akashi avait décidé de l'exclure ! Il n'avait qu'à être plus discipliné, rentrer dans le moule comme tout le monde au lieu de chercher à le défier continuellement ! Ça n'avait jamais été le grand amour entre ces deux-là et Kise se l'expliquait en pensant naïvement que c'était parce que leurs caractères respectifs s'opposaient beaucoup trop pour qu'une entente – même cordiale – puisse s'établir.

Ahhh… si tu savais mon pauvre renard…

Comme tu es loin de la vérité !

Car entre le Grand Méchant Loup et le Petit Chaperon Rouge, la graine perfide de la Discorde avait pris racine dans leur cœur pour une toute autre raison qu'un simple différend comportemental…

Le Mal était bien plus profond qu'il n'y paraissait de prime abord…

Et leur rivalité se situait à un tout autre niveau…

Mais bien entendu, Kise ignorait ces faits.

Alors il suivit Haizaki, le cœur battant, s'attendant malgré tout à se faire jeter comme des malpropres dès qu'ils auraient franchi le pas de la porte…


Si de l'extérieur, la vitrine paraissait plutôt sobre, on pouvait en dire de même pour l'intérieur.

Un sol en marbre précieux où Kise pouvait admirer son reflet, des couleurs neutres oscillant sur les tons gris, beige, or et noir et des rayonnages parfaitement agencés selon les marques présentées.

Un véritable Paradis de la sape ! Une ode à l'élégance et au bon goût !

Kise parcourait le hall du regard, avec ses yeux d'enfants un matin de Noël.

L'intérieur semblait beaucoup plus spacieux que la devanture ne le laissait présager également.

Et pour être totalement honnête, Kise se sentait impressionné. Seul, tout en sachant qu'il allait se faire lourder par le « videur », il n'aurait jamais osé pénétrer dans ces lieux. Même juste deux minutes. Même juste pour apercevoir ce qu'il manquait. Mais avec Haizaki dernièrement… Kise se sentait pousser des ailes. Oh d'aucuns auraient plutôt argué qu'il se contentait de suivre le mouvement impulsé par le loup… mais ce serait mal connaître l'entêtement dont pouvait faire usage le blond. Et croyez-moi, s'il était arrivé à Kise de céder parfois, c'était uniquement quand et parce qu'il l'avait voulu ! Evoluer dans le milieu du show business et de la poudre aux yeux depuis son adolescence, avait rendu Kise très difficile à manipuler, contrairement à ce que son apparence naïveté surjouée pouvait laisser penser de prime abord.

« Bonjour Messieurs, bienvenus dans notre humble enseigne. Que puis-je faire pour vous ? »

Cette voix un peu doucereuse et enveloppante, indéniablement masculine comme le laissait deviner sa tonalité grave, tira Kise de son observation. L'homme en question les dévisagea comme s'ils s'étaient trompés dans leur itinéraire en bifurquant au mauvais endroit !

Son ton était courtois, mais on sentait une pointe de mépris sous-jacente tout de même… aussi infime et bien dissimulée soit-elle.

Le blond s'attendait donc à ce qu'on leur mette un pied aux fesses pour les dégager de là, bon, tant pis, ça aura été sympa le temps que ça aura duré et puis au moins, il aura vu l'intérieur du magasin mais… que nenni, mes amies, que nenni !

Le gentil vendeur ? Propriétaire ? Ou conseiller vestimentaire ? Tout de noir vêtu aux cheveux grisonnants bien coiffés et affichant fièrement un magnifique bouc poivre et sel, l'homme d'âge mûr s'approcha d'eux et au moment où Kise s'attendait à se faire chasser et à devoir se confondre en excuses pour avoir osé fouler le sol d'un tel paradis hors de portée, Haizaki dégaina la fameuse carte noire. Aussitôt, le type s'arrêta net et il leur adressa son plus beau sourire.

« Oh je vois que vous connaissez déjà la maison ! Mais je vous en prie, ne restez pas parqués dans l'entrée ! Désirez-vous un café peut-être ? Ou une boisson fraîche ? J'ai du thé aussi ! »

Kise écarquilla les yeux. Il ne s'attendait pas à un tel accueil ! Ce gars leur déroulait littéralement le tapis rouge ! Mais quelle était donc cette diablerie !? Haizaki lui avait jeté un sort ou quoi !?

« Ça pourrait être sympa, qu'est-ce que t'en penses Ryota ? Allez, va pour un petit café noir bien serré ! »

« Comme ton petit cul… » S'empêcha d'ajouter verbalement Haizaki.

Et il dut également lutter contre l'envie de l'effleurer…

« Et vous ? » Fit l'homme en se penchant vers lui pour lui décocher son plus beau sourire commercial.

« Heu… un café aussi ce sera bien, merci… »

« Je vous les apporte tout de suite ! »

L'homme s'éloigna donc en sifflotant, visiblement ravi de leur visite.

Kise haussa un sourcil. Ce qui se passait ici était tout sauf naturel… On les traitait comme s'ils étaient des princes Saoudiens, sans aucune raison… Alors ok, peut-être que le gars s'ennuyait tout seul dans cette grande boutique, vu qu'ils étaient les seuls clients présents mais… ça lui semblait peu plausible.

« Viens par-là toi, j'ai deux mots à te dire… »

Il attrapa donc Haizaki par le col de son affreuse chemise ananas pour l'isoler dans un coin du bâtiment. Le modèle avait besoin d'explications.

« Bon, c'est quoi ce délire encore ? »

« Qu'est-ce qu'il y a Ryota, tu veux qu'on fasse un câlin vite fait ici ? »

Cet imbécile se mit à ronronner et à se rapprocher dangereusement de lui. Mais Kise ne se laissa pas détourner de son objectif principal qui consistait à obtenir des réponses. Il s'empressa donc de lui plaquer une main sur le visage pour maintenir une distance de sécurité salvatrice entre eux, afin de se prémunir de toute nouvelle tentative de suçon sauvage !

« Non ! Réponds juste à ma question ! »

« Mais j'en sais rien moi, j'le connais pas ce gars ! C'est la première fois que je le vois, j'te l'jure ! Il essaie sûrement juste d'être gentil pour nous mettre dans de bonnes dispositions et qu'on dépense un max de fric dans son bouiboui ! »

« T'es sûr que tu me dis la vérité ? On pourrait facilement croire que tu es déjà venu ici… »

« Et pourtant, c'est bien le cas. Tu dois me croire, jamais je n'oserai te mentir durant notre date voyons ! » Annonça t-il d'un ton faussement affecté.

Et non sans avoir appuyé plus que de raison sur le mot « DATE », histoire de bien faire ressortir le caractère « amoureux » de ce rendez-vous.

« Mouais… donc, le reste du temps, ça ne te pose pas problème de me raconter des bobards si je comprends bien… »

Kise croisa les bras sur son torse, peu convaincu, mais Haizaki lui dégaina son plus beau regard de louveteau battu.

« Mais non arrête ! T'as très bien compris ce que je voulais dire ! Ecoute, je te jure que je n'avais jamais mis les pieds ici avant aujourd'hui ! Quant à l'attitude du vendeur, je ne me l'explique pas plus que toi… C'est sûrement dans sa nature… ou alors, si ça se trouve, c'est l'un de tes fans et il t'aura reconnu, ce qui explique pourquoi il se montre aussi poli et généreux envers nous ! »

« Hmmm… je n'y crois pas trop, mais c'est une possibilité en effet… »

« Bon bah voilà, affaire classée dans ce cas ! Allez viens, il va se poser des questions s'il nous voit comploter à l'écart, quand il reviendra avec nos cafés ! »

Kise détestait avoir à l'admettre, mais Haizaki avait raison. Leur comportement et leurs messes basses étaient des plus suspects. Ils regagnèrent donc l'accueil et Kise remarqua que le magasin comportait deux étages en réalité. En tout cas, le sol était parfaitement lustré et il régnait une bonne odeur de propre. Le quarantenaire pétillant revint avec leur commande sur un petit plateau et leur proposa même du sucre. Kise déclina gentiment, tandis qu'Haizaki en bourra son café ! Quel intérêt de le prendre bien noir si c'était pour en supprimer toute l'amertume ? Kise soupira.

Ce type… l'épuisait.

Vraiment.

C'était un peu comme si… leurs rôles s'étaient inversés depuis le collège…

Avant, c'était plutôt lui qui avait tendance à taper sur le système du loup.

Mais les gens changent et les caractères évoluent.

Enfin, il paraît…

« Bien ! Et si vous me disiez plutôt ce que vous cherchez ? »

« Ce qu'on cherche ? » Répéta Kise, un peu hébété.

Ah oui, c'est vrai... Ils se trouvaient dans une boutique de haute couture un endroit où, logiquement, on vient pour acheter des vêtements, donc…

« Moi, rien, mais ce gars-là… » Fit Haizaki en tournant le pouce vers Kise. « ... C'est un vrai féru de mode ! Allez-y, essayez de lui poser une colle pour voir ! »

« Hmm… d'accord… En quelle année Jean-Paul Gaultier a-t-il créé et lancé la première jupe pour hommes ? »

Oula question difficile ! Mais ainsi que l'avait clamé Haizaki, Kise était un véritable geek de la mode et il se devait donc de faire honneur à sa réputation.

« En 1985 ! » (Mon année de naissance en plus LOUL, voilà comme ça connaissez mon âge maintenant et en plus, vous avez appris un truc inutile.)

« … Et sa marinière iconique est apparue à partir de quand dans ses défilés ? » Interrogea t-il, pour vérifier si la première réponse n'avait pas été un coup de chance.

« Facile : deux ans plus tôt, en 1983. »

Le type siffla, avant de se mettre à applaudir Kise, un sourire sincère aux lèvres cette fois.

« Wow impressionnant en effet ! Votre petit-ami n'avait pas menti ! »

« C'est pas… mon petit-ami. » Corrigea Kise, mais sans aucune animosité dans la voix.

Bizarre. D'habitude, ça avait tendance à l'énerver davantage quand on sous-entendait que lui et Haizaki pouvaient former un couple. Mais d'un autre côté… deux gars du même âge, tous les deux asiatiques et bien foutus, affichant une certaine proximité physique… pas étonnant que l'on puisse penser cela d'eux. Et ce genre de commentaires risquait de se répéter encore à l'avenir, alors autant s'y accoutumer le plus vite possible.

« Oh je vous prie de bien vouloir m'excuser. En vous voyant ensemble, j'ai cru que… »

« Il n'y a pas de mal. » Le coupa Kise.

Pas la peine de s'éterniser sur le sujet, Haizaki en serait trop content !

« Dites, pendant que vous faites faire le tour de votre boutique à mon 'non petit-ami', ça n'vous dérange pas si j'utilise vos toilettes ? J'ai dû picoler trop de soda au Maji Burger et j'ai l'impression que ma vessie va éclater ! » Se crut obligé de préciser Haizaki. Précision dont on se serait pourtant bien passés…

« Mais pas du tout, je vous en prie ! Elles se trouvent sur votre gauche, sous l'escalier ! »

« Merci mec ! Allez, sois mignon Ryota et suis le Monsieur bien gentiment, d'accord ? J'en ai pas pour longtemps et… oh t'en fais pas pour l'argent. Si tu vois un ou plusieurs trucs qui te plaisent, prends-les sans te poser de question. »

Attends, QUOI !?

On ne parlait pas de fringues d'occasion là, mais de pièces souvent uniques à plusieurs milliers de dollars ! Kise tiqua immédiatement.

« C'est quoi l'arnaque encore ? »

« Quelle arnaque ? Y a pas d'arnaque ! Je te dis juste que le fric n'est pas un problème ! Tu te souviens, il y a quelques jours, quand tu m'as chopé en train de jouer au Poker en ligne ? Et bien disons que… j'ai touché le pactole. »

« A ce point-là ? » Continua de se méfier le renard.

« Mais ouais, puisque j'te l'dis ! Donc, vas-y à fond et t'occupe pas du reste ! C'est moi qui invite aujourd'hui je t'ai dit, c'est bien ça la règle à suivre lors d'un rendez-vous galant, non ? »

« Y a pas d'règle idiot ! Chacun fait comme il veut ! Tu n'as pas à payer pour tout ! »

Raaaah pour être franc, ça l'embêtait de se trouver redevable d'Haizaki.

Et puis, même s'il apercevait déjà de loin quelques pièces intéressantes et bien qu'il y ait peu de chance qu'il revienne ici un jour, Kise avait plutôt une autre idée en tête que de refaire sa garde-robe, qui n'en avait pas tellement besoin, elle…

… Celle d'Haizaki, en revanche…

Il n'y avait RIEN, mais alors RIEN qui allait ! Il ressemblait à Jim Carrey dans Ace Ventura avec ses horribles chemises bariolées bon marché pour touristes fauchés ! Et ce n'était PAS un compliment ! Quel dommage, Haizaki était pourtant des plus… agréables à l'œil… même Kise le reconnaissait. Le blond se fit d'ailleurs la réflexion qu'il ne l'avait jamais vu porter un costume… ça pourrait bien lui aller et mettre sa musculature en valeur.

Mais bon, connaissant Haizaki, il y avait 90 % de chances qu'il n'en possède aucun et 10 % pour que ce soit le cas et qu'il ressemble à ceux de Brad Pitt dans Fight Club. Avec style ringard, couleurs criardes et chemise à motifs douteux, dotée d'un col pelle à tarte ! Brrr… quelle horreur… Kise en frissonna d'effroi rien que d'y penser. Cela dit… il fallait bien reconnaître que Brad Pitt était plutôt beau gosse dans ce film, une fois qu'il tombait son immonde chemise… exactement comme Haizaki quand il faisait du sport torse nu ou encore mieux même, nu tout court…

Sans compter leur petite conversation précédente sur le relooking vestimentaire qui donne l'illusion de changer la personne qui s'y soumet…

C'était décidé !

Kise allait donc s'improviser chantre du bon goût aujourd'hui !

Voici une mission qui devrait facilement être dans ses cordes…

Après tout, il s'agissait de l'argent gagné par Haizaki dont il était question et ça l'ennuyait d'en profiter seul… Par contre, s'il s'en servait dans le but de relooker le brun, la perspective de devoir dépenser beaucoup d'argent devenait tout de suite plus acceptable. Et puis, si Haizaki voulait pouvoir se démarquer et faire bonne impression lors de compétitions de Poker futures, il aurait besoin d'arborer un style vestimentaire à la hauteur pour passer à la télévision/sur Internet ! Ce serait terrible qu'on ne parle que de lui non pas pour son talent, mais uniquement parce qu'il était fringué comme un sac à patates !

En plus… rhabiller complètement Haizaki de la tête aux pieds et à son goût pourrait également être profitable à Kise, finalement… Un peu comme il l'avait déjà fait avec Aomine. Parce que, pour commencer, il n'aurait plus à avoir honte de s'afficher à ses côtés. Et puis, qui sait ? Peut-être qu'un emballage décent rendait le « cadeau » qui se trouvait en dessous encore plus… séduisant… ?

Kise se retroussa donc les manches en conséquence et il glissa au vendeur :

« Ok c'est bon, j'ai une idée très précise de ce que je veux. Montrez-moi ce que vous avez en rayon pour les costumes trois pièces ! Et je ne veux que des vêtements de créateurs Italiens avec une belle qualité de tissu ! »

« Mais avec joie ! C'est pour… ? » Il fait un signe de tête vers l'escalier, sous lequel avait disparu Haizaki.

« Oh que oui ! Il y a urgence et beaucoup de boulot aussi, hélas ! Tout est à reprendre, alors autant commencer dès à présent sans perdre une minute supplémentaire ! Il a déjà suffisamment molesté mes rétines et insulté mon sens de l'esthétique ! »

« Comme je vous comprends ! J'ai vécu exactement la même mésaventure avec mon cher fiancé ! Vous comprenez, j'adooooooore de tout mon cœur Vincenzo, mais il a grandi dans les bas quartiers de Naples et il voue une passion malsaine aux couleurs fluorescentes et aux matières peu nobles qui pullulent sur les étals des marchés ! »

Vincenzo hein ? Tiens donc, encore un Italien… décidément, depuis qu'il habitait en Californie et encore plus depuis qu'Haizaki était revenu dans sa vie, Kise avait l'impression que tout son voisinage était issu de la Camorra ! Et à bien y repenser, ironiquement, tous ces ritals qu'il avait rencontrés ou dont il avait entendu parler, semblaient vouer le même culte aux fringues qui faisaient mauvais genre, un peu comme celles qu'Haizaki portaient au quotidien et qu'on aurait pu croire toutes droit sorties d'un mauvais film de gangsters en vacances sur les plus belles plages de Sardaigne ou de Sicile.

« J'ai longtemps dû batailler avec lui pour le voir porter du haut de gamme ! Et j'imagine que vous pouvez aisément comprendre qu'il était impossible de le présenter officiellement à ma mère dans un tel accoutrement ! Jamais nous n'aurions obtenu son consentement ! »

Le présenter à sa famille hein… ? Est-ce que… Kise aussi serait amené à faire pareil avec Haizaki un jour ? Hmm… et bien, ce n'était pas comme si le brun était un total inconnu pour eux… Ses parents, tout comme ses sœurs, avaient déjà dû l'apercevoir lors des matchs de Teiko. Et puis… Ryoko surtout, devait particulièrement bien se souvenir de lui, puisque…

Le blond ferma les yeux.

Non, il ne voulait pas repenser à cette sordide épreuve…

Pas maintenant.

De toute façon, Haizaki et lui n'étaient pas ensemble ! Nul besoin de se poser la question et d'organiser un dîner avec tous ses proches pour qu'ils le rencontrent ! Kise secoua donc la tête et se concentra plutôt sur ce qu'il voudrait voir le turbulent ex-voyou porter. Depuis tout petit, Kise avait toujours aimé jouer à la poupée et comme il n'avait que deux ans d'écart avec sa grande sœur la plus âgée et que celle-ci était toute aussi férue de mode que lui depuis leur plus jeune âge, ils avaient passé de longues heures à jouer ensemble aux Barbies. Certes, ce n'était pas quelque chose dont l'Eurasien aimait se vanter, ni une activité validée comme figurant parmi les plus viriles, cependant, ce qui lui plaisait le plus dans ce jeu innocent, c'était surtout de pouvoir habiller les poupées mannequins ! De les coiffer et d'assortir soigneusement leurs accessoires pour les rendre encore plus belles.

Et aujourd'hui, l'adulte qu'il était devenu mourrait d'envie de faire la même chose avec Haizaki, projetant sur son compagnon les centres d'intérêt qu'il avait enfant. Or, le brun était un cobaye de choix pour mener cette expérience : il possédait en effet une belle silhouette masculine, mais fine à la fois. Ce serait un véritable plaisir que de le rhabiller de la tête au pied et Kise prenait donc cette mission très au sérieux, même rien que pour le voir quitter ses éternelles chemises hawaïennes vomitives !

On n'y retrouverait même pas une tâche de vomi dessus d'ailleurs, tant ce méfait se confondrait avec les motifs et les couleurs affreuses du tissu…

Alors voyons… quel style pourrait lui aller et mettre en valeur ses traits ?

Kise sélectionna quelques ensembles tout faits, mais également d'autres qu'il dépareilla, suivi et conseillé dans sa lourde tâche par son nouvel ami et heu… c'était quoi son prénom à ce charmant type moustachu au fait… ?

« Donovan. » Annonça t-il dans un sourire, sans que Kise n'ait rien eu à demander. « Mais vous pouvez m'appeler Don ! Quelle noble tâche que celle à laquelle vous vous attelez pour votre ami, cela m'émeut de voir une personne aussi altruiste que vous mettre tant de cœur à l'ouvrage pour le sauver d'un si pitoyable goût vestimentaire ! »

Mais oui, il avait totalement raison ce brave Donovan ! Bien-sûr que Kise était en train d'accomplir une B.A. ! Et il espérait bien qu'Haizaki allait en réaliser l'ampleur et l'en remercier comme il se devait ! Non mais ! Après tout, la Déesse de la Mode incarnée sous les traits de Kise daignait enfin se pencher sur son berceau… enfin, son lit d'adulte, alors Haizaki avait intérêt à se montrer reconnaissant ! C'était la moindre des choses !

Autant dire que Kise prenait son rôle très au sérieux. Remettre Haizaki dans le droit chemin de la Mode n'était pas une mince affaire, mais une corvée dans laquelle il se sentait très impliqué, comme si on l'avait investi d'une mission quasi divine d'intérêt général. Ce bon vieux Donovan servait de portant improvisé, sur lequel Kise jetait et empilait les vêtements qui étaient parvenus à attirer son attention. Et il y avait de quoi être impressionné ! Kise usait de sa magie avec rapidité pour faire son choix, tel un ninja surentraîné !

Ah, si Donovan n'avait pas eu les mains déjà occupées à jouer les cintres de fortune, il en aurait très certainement profité pour chronométrer une telle performance ! Kise faisait merveille avec son œil de lynx et son jugement expert. En un rien de temps, il amassa une quantité importante de vêtements pour qu'Haizaki puisse les essayer. Les étoffes virevoltaient dans les airs en un ballet aussi gracieux que redoutable et lorsqu'enfin, le brun émergea des toilettes, ce dernier sentit son sens de scorpion le titiller ! (Pas celui de l'Araignée, mais le scorpion étant également un arachnide, cela revient au même.) Il essaya en vain se s'enfuir, mais Kise le mulota comme un gros campagnol !

« Oh que nooon, tu n'iras nulle part ! »

« Bordel, lâche-moi ! »

« Je fais ça pour ton bien ! Un jour tu me remercieras, tu verras ! »

Et comme pour couper court à toute nouvelle tentative de fuite potentielle et ultérieure, Donovan enclencha à distance le verrouillage du magasin et aussitôt, des volets roulants en fer clôturèrent toutes les issues.

Haizaki se sentit pris au piège. Ça virait même carrément à la prise d'otage là ! Le gars svelte habillé tout en noir s'approcha de lui et extirpa un mètre de couturier de sa poche pour pouvoir prendre les mesures du brun. Il commença par son tour de torse, puis de taille et enfin, se baissa pour prendre celui de ses hanches.

Mais il restait… une dernière mesure plus délicate à effectuer…

Celle de l'entrejambe…

Ce n'était pas tâche aisée, car Haizaki se débattait, mais Kise le retenait par derrière. Sauf qu'au moment de cette ultime mesure, il cessa de gigoter et lança tout sourire à Donovan, qui brandissait toujours son ruban :

« Hey mec… Je t'arrête tout de suite : il n'y a qu'en prison qu'on mesure de cette façon-là… »

« Tu m'as l'air bien au courant… » Pesta Kise, une pointe de mépris dans la voix.

« Et à ton avis, ça sent le vécu ou pas ? » Le provoqua le loup, reprenant du poil de la bête. « En tout cas mec, je te déconseille de me mesurer ici… sauf si tu tiens à ce que je te refasse la dentition à grand coup de pompe… Or, pour ta bonne information, je chausse du 45. Autant te dire que ça risque de laisser des traces. Qui plus est, ma taille de panard est en relation directe avec celle de ma bite ! »

Encore une précision dont on se serait passée et… wow sacrée menace. Donovan se redressa donc avec toute la dignité qu'il lui restait encore, préférant abdiquer. Mais Kise ne l'entendait pas de cette oreille.

« Ne vous inquiétez pas, quand il commence à parler de son sexe en des termes élogieux et surfaits, c'est signe qu'il bluffe, je le connais ! »

« Premièrement, sache que les qualificatifs que j'emploie pour désigner ma queue ne sont JAMAIS surfaits. Et deuxièmement, si t'as tellement envie que ça de connaître cette dernière mesure, pourquoi tu n'viendrais pas la prendre par toi-même, à la place de ton pote ? Hein, Ry-o-taaaa ? » Le mit au défi Haizaki, un sourire plus carnassier que jamais accroché aux lèvres.

« Ça te ferait beaucoup trop plaisir que je te touche à cet endroit, mais hélas pour toi, je ne tiens pas à me salir les mains ! Et il faudrait au moins de l'acide pour les désinfecter, or je ne tiens pas à devoir porter des gants pour le restant de mes jours comme un lépreux. n_n Désolé Don, mais on devra se passer de celle-ci... »

« Tant pis. Mais dans notre malheur, je pense que les autres mesures devraient amplement nous suffire. » Répondit-il en compilant l'ensemble des données dans un petit appareil électronique portable.

La technologie au service de la mode, c'est beau…

« Et bien et bien et bien… Comme je m'y attendais, les résultats de l'analyse sont tout bonnement exceptionnels ! » S'extasia Don.

« Comment ça ? » S'inquiéta Kise, qui n'avait pas encore relâché Haizaki.

« Figurez-vous que votre ami a des mensurations dignes d'un mannequin de rang international ! Elles affichent des proportions mathématiquement idéales ! Croyez-moi, un tel niveau de perfection est extrêmement rare, même chez ceux dont c'est le métier ! »

« Ah… »

Bon, ça ne l'étonnait qu'à moitié à vrai dire… Kise avait beau ne pas porter l'autre japonais dans son cœur (enfin, par moments…), il n'en demeurait pas moins que physiquement, même lui arrivait à reconnaître qu'Haizaki répondait à bien des standards de beauté. Et qu'il était plus désirable que la majorité des mannequins qu'il côtoyait lors des shootings

« Mais vous n'êtes pas en reste vous non plus ! Dans votre cas, on peut vraiment dire que vous avez un compas à la place des yeux ! » Se réjouit le propriétaire de la boutique. « C'est un talent unique que de pouvoir ainsi déterminer des mesures rien qu'à l'œil nu et avec un tel degré de précision ! »

Cette fois, Kise s'empourpra. Il est vrai qu'il avait toujours eu un bon coup d'œil pour évaluer des mensurations, mais c'était venu avec le temps, à force de bosser dans le milieu de la mode, ni plus ni moins. Ça devait être pareil pour tout le monde, non ? Il ne s'agissait en aucun cas d'un talent inné. Nan, lui, il restait davantage admiratif (pas sûr que ce soit le bon terme, cependant…) d'Aomine et de sa capacité à déterminer le tour de poitrine ET le bonnet exact de n'importe quelle fille, même dissimulée sous plusieurs couches de vêtements informes !

« Je n'ai pas le moindre mérite pourtant… C'est juste que j'ai pas mal eu l'occasion d'observer Haizaki depuis que nous sommes devenus colocataires. Enfin, « observer » est un bien grand mot, ce n'est pas comme si je le faisais de manière consciente ou volontaire hein ! » Rectifia Kise, qui sentait venir la douille. « Disons plutôt qu'il se trouve souvent dans mon champ de vision ces derniers temps, que je le veuille ou non d'ailleurs… Et c'est pour cette raison que déduire sa taille n'a rien eu de sorcier pour moi. D'autant que nous faisons à peu près la même de toute façon, bien que nous soyons taillés assez différemment… »

Dire qu'au collège et même au lycée, ils affichaient un gabarit totalement similaire. Deux copies presque conformes, aussi bien en terme de taille que de poids. De vrais faux jumeaux. Mais avec les années, les corps des deux canidés s'étaient drastiquement démarqués l'un de l'autre, de la même manière que Kagami et Aomine, dont on pouvait facilement constater que l'un était beaucoup plus trapu que l'autre. Mais bon, cela n'avait rien d'étonnant si l'on considérait qu'Haizaki était devenu adepte du développement de la masse musculaire, contrairement au blondin.

« Et par "pas mal eu l'occasion d'observer", Ryota veut bien entendu dire qu'il a passé son temps à me mater sans vergogne, dès qu'il le pouvait… Pas étonnant qu'il connaisse si bien mon corps… »

« … Un seul mot de plus et c'est ta bouche A TOI qui va faire connaissance avec une pointure 45 : la mienne ! » L'interrompit Kise.

Haizaki ricana pour toute réponse, montrant à quel point il se sentait « apeuré » et Kise fronça les sourcils. Ce type n'était pas un loup, mais plutôt un lycaon ! Vous savez, l'espèce de chien Africain qui semble croisé avec une hyène… A se demander pourquoi Haizaki n'en avait pas adopté un plutôt que son adorable tanuki un peu pataud…

« Bon ça suffit, amène-toi ! » Asséna Kise en le chopant par l'oreille pour le traîner jusqu'à la cabine d'essayages.

Une fois arrivés à destination, le blond le planta là en lui collant des vêtements plein les bras.

« Change-toi. Fissa. Et interdiction de te plaindre. Quand tu seras prêt, sors de la cabine pour nous montrer ce que ça donne. Mais pas avant. »

C'est que le renard ne tenait pas à voir la queue du loup ou quelque autre appendice...

« Hmm… Kise-san se montre si autoritaire avec moi tout à coup... et ça m'excite… » Persifla l'incorrigible Japonais aux cheveux mi-longs.

Ca y est.

Kise tremblait de colère, ressentant envie impérieuse de se montrer violent envers Haizaki. Vraiment, il n'y avait qu'avec le brun que le mannequin avait de tels désirs de meurtre sauvage ! Par strangulation, de préférence. Mais à tous les coups, ça l'aurait encore excité davantage ce détraqué, alors mieux valait ne pas s'y risquer ! Kise savait pourtant à quoi s'en tenir. Rien de nouveau à l'Est, pas plus qu'à l'Ouest apparemment… Haizaki avait peut-être changé sur certains aspects, mais sur d'autres, il restait exactement le même gars insupportable qu'au collège et au lycée. Encore plus au lycée, d'ailleurs. Cependant, encore une fois, jamais il n'avait fait peur à Kise de quelque manière que ce soit et le blond s'était toujours montré prêt à riposter lorsque c'était nécessaire. Il était capable de remettre Haizaki à sa place, même physiquement, si besoin.

Comme la fois où il s'était interposé entre lui, Kagami, Himuro et Alex, lors de la Winter Cup. Il n'avait pas hésité à lui balancer un ballon de basket en pleine gueule pour détourner son attention, avec la ferme intention de s'occuper lui-même de son ancien rival. Il n'avait besoin de l'aide de personne lorsqu'il s'agissait de gérer Haizaki. Pourtant, la réputation violente et agressive de l'ex-natté le précédait et selon quelques sources bien informées, il se serait même ENCORE battu quelques jours avant son match contre Kaijo à l'époque. Ca s'était même terminé à coups de barres de fer pour une sombre histoire de fille, apparemment…

Comme d'habitude, quoi.

Dès qu'une jeune femme un peu jolie se trouvait dans les parages, l'instinct de mâle alpha d'Haizaki reprenait le dessus et le loup solitaire se muait alors en loup en rut, prêt à en découdre avec les autres prétendants pour gagner les faveurs de sa femelle. Oui, ça avait toujours été comme ça… Kise se rappelait le nombre de fois où Haizaki avait montré sa trogne toute abimée lors des entraînements, se vantant d'avoir « tabassé » quelques mecs qui avaient eu le malheur de croiser sa route un jour où il était mal luné… Et même si le blond et le reste de l'équipe ne lui prêtaient guère d'attention quand il faisait étalage de ses aventures de pugiliste, Haizaki leur rebattait tout de même les oreilles d'anecdotes plus sanglantes et sordides les unes que les autres… Dans ces cas-là, il n'y avait que Nijimura qui semblait capable de le remettre dans le droit chemin.

Sans doute parce qu'en était champion de karaté, leur ancien capitaine frappait le plus fort.

Mais c'était comme ça, Haizaki ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même s'il ne comprenait que le langage des poings de toute façon… Par conséquent, personne ne le plaignait ni n'avait pitié de lui lorsqu'il se faisait copieusement passer à tabac par un Nijimura excédé par son attitude rebelle.

Cependant… les circonstances s'avéraient quelque peu différentes aujourd'hui… puisque le blond et le brun étaient supposés et bien… être au beau milieu d'un date… Un rendez-vous supposément amoureux, donc… ou galant, du moins… alors Kise avait dans l'espoir qu'Haizaki cesse de le provoquer sans arrêt…

Et comme s'il avait l'incroyable pouvoir de lire dans ses pensées, Haizaki parut se ressaisir, ajoutant d'une voix calme :

« Tu sais… après notre match lors de la Winter Cup, je suis venu t'attendre à la sortie des vestiaires… avec la ferme intention de me venger en défonçant ta jolie petite gueule d'arrogant de mes deux… Parce que non, te péter le pied ne me suffisait pas. Ne me suffisait plus. Il fallait que tu paies davantage. Mais… en chemin, j'ai croisé Daiki et j'ai fait connaissance avec son poing droit. Et il frappe fort l'enfoiré ! D'ailleurs, il ne lui a fallu qu'un seul coup pour me mettre K.O. La honte. » Il secoua la tête. « Je pense qu'il... il devait se douter que je ruminais toujours ma défaite, en attendant le bon moment pour te tomber dessus… alors il est venu m'intercepter avant que ce ne soit moi qui t'intercepte le premier… »

Kise cligna des yeux.

C'était bien la première fois qu'il entendait cette histoire, jamais on ne l'avait mis au courant auparavant !

Alors non seulement Haizaki le détestait au point de vouloir le tabasser à l'époque, mais en plus, Aomine avait été contraint de s'interposer dans le but de le protéger. Pourtant, le basané devait savoir que Kise ne se serait pas laissé faire. Bon ok, il lui aurait sans doute fallu plus d'une seule patate (plutôt un champs tout entier) en pleine tronche pour neutraliser Haizaki, mais Aomine avait conscience que si Kise se laissait aller à la riposte, étant donné que Kaijo se trouvait encore en lice pour la demi-finale, le blond aurait été immédiatement suspendu, peu importe que l'altercation ait eu lieu en dehors du terrain et qu'il ait s'agit de légitime défense. Tandis qu'Aomine, puisqu'il était déjà éliminé de la compétition, ne risquait plus aucune sanction de la part des arbitres.

Le renard frissonna à nouveau en réalisant toutes les conséquences de cette affaire.

« Tu as toujours eu des amis prêts à te défendre bec et ongle… Même Tetsuya t'a encouragé personnellement et en public lors de notre match… Tout le monde était de ton côté… comme d'habitude… Et j'avais pas la moindre chance… »

« Pourquoi est-ce que tu me racontes ça maintenant ? Tu vas avoir le culot de me dire que je n'ai pas mérité ma victoire et que c'était toi la pauvre victime dans toute cette histoire ? Et bientôt, tu vas prétendre qu'on s'est tous ligués contre toi, tant que nous y sommes ? » Répliqua sèchement Kise.

« Non. » Il secoua à nouveau la tête. « J'en ai marre de me chercher des excuses pour justifier mon comportement de connard… là où je veux en venir c'est... t'expliquer ce qui a provoqué mon changement à l'époque. Cet événement. Bien-sûr que… vous m'avez toujours rejeté, mais je n'ai jamais cherché à m'intégrer parmi vous non plus. A cause de mon attitude merdique… toujours à chercher les embrouilles… On n'pouvait pas devenir amis de cette façon-là, c'était juste impossible… Et quand Daiki m'a envoyé son crochet du droit en pleine la tronche, c'est à ce moment que j'ai compris. Enfin, pas sur le coup hein, vu que j'étais inconscient, mais j'veux dire, quand je me suis réveillé là, tout seul, étendu par terre, dans le noir. Sans personne autour de moi. Putain Ryota… J'veux plus… jamais revivre ça. Ce sentiment de vide… ce froid… ces ténèbres partout où je regardais… C'est pour ça que j'ai décidé de changer. De devenir une meilleure personne. Parce que dans le fond… j'ai réalisé que moi aussi, je voulais avoir quelqu'un à mes côtés… Et… j'aimerai vraiment que cette personne, ce soit toi Kitsune… »

Il ouvrit soudainement le rideau de la cabine, laissant un Kise bouche bée, abasourdi par ces révélations inattendues.

« Alors s'il faut que je devienne une autre personne pour te plaire, c'est d'accord, je ferai le nécessaire pour me frayer une toute petite place dans ton cœur, même minuscule. Tu veux que je change de style vestimentaire ? Ok pas de problème, je brûlerai toutes mes fringues pour te faire honneur ! Mais je t'en prie… laisse-moi juste une petite chance de te prouver ce que je vaux lors de ce rendez-vous. Ce date… il est vraiment très important pour moi, c'est ma dernière occasion de te montrer à quel point je suis devenu quelqu'un de bien. Pour toi. Alors je m'en fous, même si tu as fait exprès de choisir des fringues laides qui vont me faire passer pour un clown, je les porterai sans broncher… »

Un clown ?

Ah ben il pouvait parler ce ringard !

C'était plutôt avec ses fringues actuelles qu'il ressemblait à un clown, oui !

Mais… dans le fond, Kise devait s'avouer (un peu) touché par les paroles d'Haizaki. Alors comme ça… le tatoué était sérieux ? Ce n'était pas juste un jeu de séduction (parfois malsain) pour lui ? Le brun semblait vouloir s'engager dans une relation concrète et exclusive cependant… est-ce que Kise était prêt à le faire également, de son côté ? Et surtout, en ressentait-il envie ? Hmm… bien-sûr, Haizaki l'attirait énormément physiquement. Comme un aimant. Ce fait avait déjà été établi par tous ceux qui avaient pu les observer interagir ensemble.

Même Donovan, un parfait inconnu, avait été capable de sentir l'indéniable alchimie entre eux… Ça, même Kise avait fini par le reconnaître lui aussi et l'accepter, mais… Il pensait toujours à Aomine et… raaah… c'était censé être juste un jeu avec Haizaki ! Rien de sérieux ! Or, dans tout jeu qui se respecte, il y a toujours un gagnant ou un perdant… A part que cette fois, le perdant risquait vraiment de se faire briser le cœur ! Et si jusqu'ici, le blond avait eu « la chance » que le brun ne le déteste pas (selon ses propres dires…), il pourrait en être tout autrement si Kise en venait à rejeter sa confession… Et tous les progrès qu'ils avaient fait ensemble ces derniers temps seraient alors anéantis.

Retour à la case départ.

Haizaki, qui s'était ouvert à lui, se refermerait comme une huître ! Merde, Kise ne voulait pas ça non plus… mais de là à… entamer une histoire officielle avec son ancienne Némésis, il y avait un sacré fossé qu'il ne pouvait pas se contenter de franchir à la légère. Toutes sortes d'implications découleraient du nouveau statut de leur relation et Kise ne souhaitait donc pas s'y lancer tête baissée, sans garanties…

Oui, peut-être que s'il lui expliquait de cette façon, en laissant de côté ses sentiments encore bien présents pour Aomine, (pas besoin de les mentionner, Haizaki risquerait de péter une durite…) Shogo serait à même de comprendre son dilemme…

Et pour la première fois, il avait l'impression d'être face au véritable Haizaki.

Haizaki qui se mettait complètement à nu devant lui, au sens propre comme au figuré.

Se mordillant la lèvre, il s'approcha donc de la cabine et il attrapa doucement le tissu du rideau comme pour s'y raccrocher et se donner le courage de répondre :

« J-j'ai besoin de temps, je regrette… Ce n'est pas contre toi mais… j'ai encore des choses à régler avant de pouvoir prendre une décision, d'accord ? Cependant, je te promets d'y réfléchir sérieusement et… merci d'avoir pris la peine de m'expliquer ce que tu ressentais vraiment. » Déglutit difficilement Kise, submergé par l'émotion.

Du temps ?

… Kise voulait du temps ?

Putain, mais du temps, il n'en disposait presque plus !

Dos à la cabine et rideau tiré pour rester caché, Haizaki serra son téléphone portable dans sa main gauche et son visage se crispa d'agacement.

Il avait en effet reçu un message alarmant ce matin.

Un SMS de la part d'un des sous-fifres d'Asami… Parce que ce fils de chien ne daignait s'adresser jamais directement à lui, en personne, afin de ne pas laisser de traces !

Et le temps lui était compté désormais. Or, il ne lui en restait plus beaucoup pour parvenir à ses premiers « résultats ». Résultats impatiemment attendus par Asami, qui n'était pas réputé pour sa patience…

« Merde, il va falloir que je mette les bouchées doubles… Si même mon plus beau discours calibré, récité à la perfection et mon numéro d'amoureux transi n'ont pas suffi à le faire craquer… il ne me reste plus qu'une seule solution pour le faire succomber dans ce cas… » Se rationalisa Haizaki, nerveux.

Sa main tremblait d'un mélange de rage et de peur. Il avait envie de fracasser par terre ce putain de téléphone. Cette chaîne qui le reliait toujours à son ancien « maître », tel un chien fugueur privé de liberté. Il avait l'impression de sentir à nouveau ses doigts sous leurs prothèses…

Ceux que ce connard lui avait pris !

Ouais, il ne devait pas flancher….

Pas cette fois.

Pour se venger à la fois des humiliations infligées par Asami ET par Ryota !

Parce que s'il s'y prenait bien… il pourrait même faire d'une pierre deux coups…


Lorsque le brun pointa le bout de son nez hors de la cabine environ dix minutes plus tard, il s'attendait à se faire bondir dessus comme à la sortie des chiottes un peu plus tôt ! Heureusement, il n'en fut rien. Kise était simplement assis au bout de l'allée, près de Donovan, café à la main. Ce qui faisait d'ailleurs penser à Haizaki qu'il avait oublié de prendre le sien et qu'il devait être froid maintenant…

Tant pis.

Le loup avait d'autres lièvres (chats) à fouetter, elle est marrante cette métaphore animalière d'ailleurs tiens…

Et au passage, il ne serait pas contre fouetter un certain renard… Mais pas sûr que Kise donne dans ce genre de trips… Le blond paraissait un peu trop douillet pour cela.

« Bon, j'suis censé faire quoi maintenant ? Défiler en roulant du cul ? »

« La partie "rouler du cul" est optionnelle fort heureusement, on ne voudrait surtout pas alimenter une nouvelle source de cauchemars potentiels Don-san est moi ! » Le rabroua Kise. « Mais approche-toi au moins, qu'on puisse voir de plus près ce que donnent les vêtements sur toi. »

Ah le sale petit con arrogant…

Comme si Haizaki était incapable de défiler à la manière d'un véritable mannequin professionnel ! Il n'y avait pas que Kise qui pouvait faire le beau et le brun comptait bien lui prouver à quel point il avait tort de sous-estimer son sex appeal. Si Kise en était capable, alors lui aussi ! Après tout, Haizaki possédait des mensurations de rêve, égales à celles d'un top model, c'était même le moustachu qui lui avait dit tout à l'heure ! Alors se pavaner comme tel ne devrait pas s'avérer trop difficile…

Mais Kise était malin.

Il devait penser que le fait qu'une tierce personne se trouve ici, avec eux… non, entre eux même, allait le protéger de ses assauts potentiels. C'est qu'Haizaki n'aurait pas été contre s'adonner à un show privé pour le blond, exactement comme Kise l'avait fait chez Miss Robinson la veille.

Cependant, il se contenta d'avancer normalement vers les deux autres hommes. Kise l'observait d'un air extrêmement concentré, c'était le regard du pro qui parlait.

Hélas, il ne semblait pas satisfait par ce qu'il voyait…

« Non, ça ne va pas... » Trancha t-il dédaigneusement.

« Je suis d'accord. » Le rejoignit Donovan en hochant de la tête. « Il manque quelque chose… »

Quoi, comment ça ? Haizaki avait pourtant enfilé l'un des costumes préparés par Kise pour lui ! Correctement, avec application. De façon adéquate et appropriée. Il n'avait rien oublié, il avait même bien fermé chaque les boutons et vérifié son allure générale dans le miroir avant de sortir !

« C'est… la couleur peut-être ? Ou bien la coupe ? J'ai du mal à savoir, mais il y a définitivement un truc qui cloche. Tourne-toi. » Ordonna Kise, se mettant à l'examiner sous toutes les coutures.

Haizaki s'exécuta, sourcil relevé. Nan mais qu'est-ce qu'il leur prenait à ces deux geeks de la mode ? Il venait pourtant de leur taper son plus beau catwalk et sans trop en faire ! En restant sobre et élégant, à l'image du costume qu'il portait.

Ça en était PRESQUE gênant, même pour lui.

Il avait le sentiment d'être un morceau de jambon exhibé sur son crochet à viande et soumis au regard impitoyable de juges incorruptibles.

« C'est dingue, je ne comprends vraiment pas pourquoi ça rend si mal sur lui ! C'est pourtant la bonne taille ! Comment tu te sens dedans ? » Interrogea Kise, qui venait de le choper par la ceinture pour tirer dessus et vérifier s'il y avait un quelconque flottement disgracieux.

« Heu… bien. J'veux dire ça va, pas trop serré ou quoi… »

Le blond se mordilla à nouveau la lèvre inférieure, contrarié. Haizaki représentait finalement un défi fashion plus complexe à relever qu'il ne l'aurait cru de prime abord ! Avec un tel physique, tout devrait passer crème pourtant ! Et puis, sur le portant, ce costume Armani avait tapé dans l'œil expert de Kise. Alors pour quelle raison, est-ce que ça ne fonctionnait pas ? Kise essaya de fermer la veste, mais le résultat était toujours aussi laid. Il tenta donc de déboutonner un peu la chemise d'Haizaki pour découvrir davantage son torse, mais là encore, même constat.

C'était franchement rageant !

Et frustrant…

« Demandez-lui d'essayer un autre costume peut-être ? Juste pour voir ? » Proposa Donovan, bras croisés sur son torse en signe de scepticisme.

Nan mais il avait rien d'autre à foutre le Zorro là !? (Et c'est drôle parce que « Zorro » veut dire « renard » en espagnol) Haizaki lui jeta un regard mauvais. Que Kise le mate, ok, mais il n'appréciait pas trop qu'un autre mec puisse se rincer l'œil gratuitement sans son accord. Surtout quand l'autre mec en question ne faisait que conforter Kise dans ses insupportables lubies vestimentaires !

« Il a raison mon cœur ! Retourne vite te changer, ça passera sans doute mieux avec le prochain. » L'encouragea Kise, décidément très investi dans son rôle de fashion coach.

Et face au manque d'enthousiasme d'Haizaki, il déposa un baiser au coin de ses lèvres.

Par pur réflexe.

Par « habitude ».

Ou juste pour le convaincre.

Allez savoir… lui-même, ne le savait pas réellement…

Mais cela eut pour effet immédiat de tranquilliser le Grand Méchant Loup, qui regagna sa cabine la queue entre les jambes sans broncher.

« Le costume beige, ce n'était franchement pas ça… j'espère qu'avec le gris, ce passera mieux. Sinon, il restera toujours le bleu roi… »

Le bleu roi serait certainement allé comme un gant à Aomine, alors Kise misait ses derniers jetons dessus. En cassant cette couleur sombre et profonde avec une belle chemise cintrée d'un blanc éclatant, le résultat ne pourrait être que magnifique !

Haizaki revint quelques minutes plus tard, affublé du nouveau costume gris avec chemise noire et mocassins assortis. Mais encore une fois… c'était… terne. Informe sur lui… Alors que les mesures étaient bonnes pourtant. Kise ne comprenait décidément pas où se situait la racine du problème ! Cela dépassait toutes ses connaissances et son bon goût naturel ! Lui, il pouvait mettre n'importe quoi, tout lui allait ! Avant de quitter Tokyo pour L.A., les Miracles avaient d'ailleurs organisé un grand pique-nique au parc Ueno et le Kitsune s'était autorisé la plus casse-gueule des excentricités vestimentaires en s'affichant avec une chemise rose et blanche motif VICHY comme celle de la nappe qu'ils avaient utilisée pour manger !

Et il n'avait reçu que des compliments, tous les regards des passants se retrouvant braqués sur lui, tels autant d'objectifs que lors d'un shooting. Kise adorait plaire et se sentir au centre de l'attention, mais uniquement lorsqu'il l'avait décidé bien entendu. Mieux que personne, il savait jouer de son physique et le mettre en valeur. Alors… pourquoi cela ne fonctionnait pas avec Haizaki ? Kise avait pourtant conseillé à maintes reprises ses différents amis : Momoi en premier lieu, mais aussi Akashi, Kuroko, Aomine et même Midorima ! Et avec succès ! Tous ceux qui passaient entre ses mains talentueuses n'en ressortaient que plus beaux et désirables !

Il secoua vivement la tête et ne laissa même pas à Haizaki le temps de se diriger vers eux, le congédiant à nouveau fissa dans sa cabine pour un ultime tour de piste, qu'il espérait plus probant. Tous ces espoirs reposaient donc sur le fameux costume bleu roi… une couleur magnifique et profonde, qui attire tous les regards !

Il ne pouvait pas s'être trompé dans son choix, cette fois.

Impossible.

Même le premier SDF venu se transformerait en star Hollywoodienne avec une telle étoffe sur le dos… Ce costume avait le pouvoir magique de changer le vilain petit canard en merveilleux cygne en un clin d'oeil. Alors Kise se sentait confiant cette fois.

Ça allait fonctionner.

Ça devait fonctionner… Enfin, logiquement…

Hélas, lorsqu'Haizaki sortit leur montrer le résultat, la mâchoire de Kise menaça de se décrocher. Et pas façon loup de Tex Avery, mais plutôt style « Massacre à la Tronçonneuse » ! Cette fois, n'y tenant plus, Kise alla chercher lui-même son modèle récalcitrant et il le tira par la main jusqu'à Donovan.

« Don-saaaan, je ne sais plus quoi faire, c'est une catastrophe ! »

« Bah quoi ? Keskiya ? » S'étonna Haizaki, décidément largué.

Kise se tourna alors vers lui d'un air totalement désespéré, avant de se cacher le visage derrière les mains. Cet idiot d'Haizaki ne voyait même pas le problème ! Son sens de la mode et du bon goût avait été perverti par des années de couleurs baveuses et délavées, aussi cacophoniques que celles d'un feu d'artifices ! Il n'y avait plus rien à faire pour le sauver, Haizaki se trouvait déjà bien au-delà de toute rédemption…

Ça lui donnait envie de chialer, tiens !

« Je dois avouer que c'est bien la première fois que je vois cela en vingt ans de carrière… » S'admit tout aussi dépassé le nouveau gourou de Kise.

« Mais bordel, est-ce que quelqu'un va enfin m'expliquer ce qui se passe oui ou merde !? » S'impatienta Haizaki, qui commençait à en avoir marre de se faire presque autant reluquer que pendant une fouille policière et de devoir en sus essayer des fringues hideuses et hors de prix pour s'entendre dire que « ça n'allait pas » au final !

« Ce qui se passe… » Articula Kise, entre deux sanglots exagérés. « C'est que des vêtements haute couture de grands créateurs iraient mieux à un CINTRE en plastique qu'à toi ! Quel horrible gâchis ! »

« Quoi, c'est tout ? Et c'est juste pour ça que t'es en train d'me faire un caca nerveux !? » S'indigna à son tour Haizaki.

« 'Juste' pour ça !? J'crois que tu n'réalises pas la gravité de la situation Haizaki ! Je suis en train d'essayer de sauver ton âme, là ! Parce qu'avec un style vestimentaire tel que le tien, c'est l'Enfer direct et sans passer par la case départ qui t'attend ! » Dramatisa encore le blond, sans même oser le regarder en s'adressant à lui.

« Wow carrément, à ce point-là ? »

« Mais OUI, puisque je te le dis! »

« Putain, ça craint… Et qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter ça ? »

« Hmm… peut-être que si son allure générale était davantage adaptée à ces vêtements, on pourrait en tirer quelque chose… Et pour cela, il faudrait d'abord qu'il commence par se couper les cheveux. »

QUOI !?

Alors là, pas question !

Tout, mais pas les cheveux ! Il voulait bien se transformer en pingouin, engoncé dans ces costumes étriqués (enfin « près du corps » comme on dit) pour faire plaisir à Kise, mais PERSONNE ne le forcerait à toucher à ses tifs ! Ils étaient… sa marque de fabrique ! Depuis toujours et plus que nul autre apparat, ils servaient de reflet à son humeur et à sa personnalité ! Et puis merde, c'était foutrement long à faire pousser !

Par chance, Kise allait l'envoyer chier comme il se devait ce man in black ! Parce que Kise adorait ses cheveux, pas vrai… ?

Hein ?

N'est-ce pas ?

« Mais ouiiiii ! Bon sang mais c'est bien-sûr, vous avez raison Don-san ! » Sourit Kise, son regard s'illuminant. « Tout le problème réside dans ses cheveux, comment n'y ai-je pas pensé avant !? Ils sont beaucoup trop longs, c'est ça qui lui donne l'air pas naturel dans ces vêtements ! »

… Visiblement, non.

« Mais bien-sûr, allez-y, coupez-moi donc les cheveux et puis coupez-moi les couilles aussi tant que vous y êtes, pourquoi pas ? » S'écria Haizaki en levant les bras en signe de reddition.

Quelle monumentale erreur : Ne jamais utiliser le second degré avec Kise.

Jamais…

« Oh c'est bon, fais pas ton capricieux ! Ce ne sont que des cheveux, ça repoussera ! »

« Attendez-moi ici, je vais chercher des ciseaux dans la réserve dans ce cas ! »

Ah parce qu'ils étaient donc SERIEUX les deux zozos et en plus, ils comptaient faire ça maintenant, à la sauvage, en plein milieu de la boutique !?

MAIS OSKOURS !

Mais l'intégrité capillaire du piercé était en jeu et il ne comptait pas laisser Kise la bafouer impunément. Ni qui que ce soit d'autre, d'ailleurs… D'accord, il avait une mission d'importance vitale (littéralement) à mener à bien et il s'était donc préparé à quelques sacrifices, comme par exemple devoir coucher avec Kise dans le but d'endormir sa vigilance. Se déguiser en clown aussi, ça pouvait passer… Mais alors s'attaquer à son intégrité capillaire, c'était LA limite à ne pas franchir !

Oui, Haizaki avait un sens des priorités pas du tout foireux.

Mais là n'était pas la question…

Il se glissa donc derrière Kise et se pencha vers son oreille pour lui murmurer en Japonais, sur un ton dangereux :

« Dis à ton ami que s'il ose toucher ne serait-ce qu'à un seul de mes précieux tifs, je lui enfonce un bras dans le gosier et l'autre dans le cul pour qu'ils puissent se rejoindre et jouer de l'accordéon avec son cœur… »

« Ano…. Don-san ? O-on… on va laisser ses cheveux tranquilles finalement hein… » Sourit nerveusement Kise, qui ne tenait pas à assister à un meurtre en direct.

« D'accord, c'est comme vous voulez… » Répondit-il, une pointe de déception facilement décelable dans la voix. « Mais j'ai tout de même une question qui me vient à l'esprit, à la lumière de tout ce qu'il vient de se passer… »

« Heu oui ? »

« Vous semblez vraiment déterminé à changer votre ami, je me trompe ? Il ne vous plaît donc pas tel qu'il est actuellement ? »

Kise cligna des yeux, surpris par cette question toutefois légitime. Lui-même ne l'avait même pas réalisé à vrai dire, mais Donovan avait raison… Indéniablement, il essayait de transformer Haizaki et de le modeler à son goût, afin qu'il remplisse ses propres critères… Peut-être qu'inconsciemment, Kise estimait qu'il serait plus facile d'accepter son attirance pour le brun dans ces conditions.

Mais Haizaki n'était pas Aomine et le ne serait jamais.

Et ce ne fut qu'alors, que le blond réalisa abruptement toute l'étendue de sa maladresse…

Les deux premiers costumes aux couleurs neutres et passe-partout, Kise les avait choisis parce que c'était quelque chose qu'il aurait pu porter lui-même. Ce genre de couleurs lui allaient bien au teint car sa blondeur éclatante en relevait les tons un peu ternes.

Quand au troisième costume… le bleu roi, il était EVIDENT que Kise avait opté pour lui car il lui rappelait Aomine. Le basané aurait été incroyablement beau dedans… en portant une couleur si profonde assortie à celle de ses yeux…

Mais aucun de ces choix ne seyait à Haizaki.

Car Kise avait zappé de choisir spécifiquement en fonction de ce qui pourrait être adapté au turbulent tatoué…

Quelle erreur basique, indigne de lui !

Kise s'en voulait tout à coup. Ça ne lui ressemblait pas d'agir ainsi et puis… qu'est-ce que ça voulait dire, en réalité ? Si encore Haizaki était son petit-ami, cette volonté pourrait paraître (presque) acceptable, mais ce n'était pas le cas ! Ok, alors disons plutôt que… Kise avait agi par pur amour de la mode, n'en pouvant plus de voir le lupin bafouer le code du raffinement ! Mais… quand bien même… cela ne l'autorisation pas à se montrer aussi invasif, surtout sans avoir consulté Haizaki au préalable. Parce que… Kise n'avait pas le droit de décider quelque chose d'aussi personnel de manière aussi unilatérale. Bien-sûr qu'Haizaki s'était soumis au désir de Kise de jouer à la poupée avec lui, dans le but de marquer des points mais… ça ne lui semblait plus aussi juste, ni même justifié à présent…

« Ce n'est pas ça, mais… »

« Alors qu'est-ce que c'est ? » Insista l'homme aux cheveux gris.

« Je crois… que je me suis tout simplement trompé. » Expliqua Kise. « J'avais envie de voir Haizaki sortir de sa zone de confort et j'étais certain que les vêtements que je trouvais beaux lui iraient. Mais je n'avais pas pris en compte un paramètre en les choisissant : c'est que je ne les avais pas sélectionnés pour lui en particulier et que donc, ils n'étaient pas en accord avec son style ou sa personnalité. C'est pour cela qu'aucun ne lui va. Certes, ils sont à la bonne taille, mais ça ne suffit pas, car à aucun moment je n'ai cherché à savoir s'ils seraient à son goût non plus. Un vêtement doit être le reflet de l'âme de celui qui se trouve dedans, sinon, ça ne fonctionne pas. Il ne suffit pas de le porter, encore faut-il SAVOIR le porter ! Et j'ai fait l'erreur de ne pas respecter ces fondamentaux basiques. »

Or, l'âme d'Haizaki était… colorée. Level Carnaval de Rio. Dire que Kise avait sous-estimé ce fait. Non, il l'avait complètement occulté même. Il avait juste cherché à étouffer le caractère du brun sous une couche de vêtements peu adaptés et inadéquats. Mais comme on dit : « Chassez le naturel et il revient en vélo… ou en paquebot… ? » Bref, un truc en « o » dans ce goût-là quoi…

« C'est exactement cela ! Félicitation, vous venez de découvrir les rudiments du métier de conseiller vestimentaire ! Il est en effet essentiel de comprendre ce que cherche le client ! Or, notre profession consiste à aider la personne à se mettre en valeur selon ses propres goûts et non à 'corriger' ses errances stylistiques… Ou si telle est sa demande expresse, il convient alors de lui expliquer avec pédagogie où se situe son erreur. »

« Ouais mais moi, je me trouve très bien comme je suis et j'aime mon style actuel ! Il reflète mon caractère justement, comme l'a dit Ryota tout à l'heure et je ne souhaite pas en changer. Cela dit… ce fiasco ne lui est pas entièrement imputable, j'ai moi aussi commis une erreur : je croyais naïvement qu'en le laissant m'accoutrer comme une poupée Ken fraîchement déballée, ça m'aiderait à marquer des points auprès de lui. Et ça aurait pu continuer comme ça encore longtemps. Mais toucher à mes cheveux… arghhh même pas en rêve ! Je m'étais laissé endormir mais on peut dire que cette menace m'a réveillé ! »

Il se retint quand même d'ajouter qu'on ne pouvait décemment pas tout accepter par amour, heureusement pour Kise…

… Kise dont les joues se mirent à chauffer tout à coup. C'était exactement ce qu'Haizaki lui avait dit un peu plus tôt, lors de sa déclaration enflammée. Alors il était sérieux à ce point ? Pas que Kise doutait fondamentalement de sa parole, mais il l'avait surtout prise pour… des paroles en l'air quoi. Enfin, ce n'était pas totalement de sa faute non plus hein ! Haizaki était le roi de l'exagération aussi !

« Je suis désolé, je n'avais pas le droit de te demander tout ça… Je crois que je ne me rendais pas compte que j'exigeais de toi des choses déplacées. »

Mais dans le fond, les intentions de Kise restaient… plutôt louables, non ?

Il désirait simplement qu'Haizaki devienne une bonne personne, changement que le tatoué avait déjà commencé à opérer sans sa présence, ni son influence d'ailleurs. Le mannequin souhaitait qu'Haizaki ne mente plus et qu'il mette certains de ses travers de côté, pour tendre vers une meilleure version de lui-même.

Juste… ça…

Non…

Là, c'était lui qui se complaisait dans le mensonge le plus éhonté…

Il se fourvoyait.

Parce que… ça n'avait rien à voir avec des fringues.

Tout cela n'était finalement qu'un prétexte. Un prétexte parce qu'il n'assumait pas son attirance envers Haizaki. La reconnaître c'était une chose, mais il ne se sentait pas prêt à l'afficher en public. Il avait l'impression… qu'il tomberait bien bas en se l'autorisant. Parce que lui et Haizaki avaient un sacré passif ensemble et succomber à sa Némésis serait presque un aveu de faiblesse, à ses yeux en tout cas et nonobstant ce qu'en penseraient les autres.

Alors que si Kise parvenait à le changer en une personne complètement différente, la question ne se poserait même plus. Ce ne serait plus Haizaki, mais le fruit du travail de Kise, qui serait parvenu à se forger le petit-ami idéal, ou plutôt l'image qu'il s'en faisait. Pourquoi est-ce qu'Haizaki ne pouvait pas être davantage comme Aomine ? Ce serait tellement plus facile et acceptable ainsi ! Mais à bien y réfléchir… l'attitude lâche d'Aomine l'agaçait et le basané n'était pas exempt de défaut non plus…

« Ecoute Ryota… » Le tira soudainement Haizaki de ses pensées. « Je ne t'en veux pas, ok ? Je comprends ce que tu as essayé de faire et pourquoi aussi. Mais si à la base je t'avais amené dans cette boutique en particulier, c'était uniquement pour toi. Je ne me faisais aucune illusion sur le type de sapes qu'on allait trouver ici, je savais que ce ne serait pas des trucs qui m'iraient. Sauf que toi, bah c'est totalement ton genre ! Donc, s'il te plaît, prends tout ce qui te tapera dans l'œil, j'ai juste envie de te faire plaisir avec l'argent que j'ai gagné au Poker. C'est aussi simple que ça, y a pas de piège ni d'entourloupe. Et si c'est que qui te fait peur, je t'arrête tout de suite : tu ne devras rien. Ce date… c'est un peu ta journée. Je ne compte t'emmener que dans des endroits que tu apprécieras pour te prouver que mes intentions envers toi sont pures et réelles. »

Wow… Alors Haizaki avait tout planifié… Rien n'était dû au hasard et Kise n'avait rien vu venir. C'était dire s'il pensait à mal du brun, malgré ses efforts, toujours prêt à l'accuser de diaboliques machinations…

« Hmm… il est vrai que ce serait dommage que je reparte les mains vides alors que tu t'es donné tant de mal pour me satisfaire et puis, je n'aime pas tellement la perspective d'avoir fait tout ce chemin pour rien non plus. C'est d'accord… je vais prendre quelque chose. Un costume complet, mais seul, ok ? »

« C'est toi qui décides chaton ! » Répondit Haizaki, pas contrariant.

« Mais ne crois pas t'en sortir à si bon compte ! Après, ce sera ton tour ! Puisque c'est ma journée et que tu viens en plus de dire que je décidais, alors on s'occupera de toi ensuite ! On te trouvera bien un magasin de vêtements adapté à tes goûts... » Ouais, ça ne devrait pas être trop difficile à trouver dans les parages, avec tous les touristes en short et goguettes qui fréquentaient les plages de L.A… « Et avant que tu ne protestes, que ce soit clair : tu n'as pas le droit de refuser ! »

« D'accord, d'accord, c'est bien noté chef ! Bon, si je comprends bien le programme : on embarque ce qui te fait plaisir et on se tire ensuite ? »

« Oui ! Ne t'en fais pas, je n'en ai pas pour longtemps, j'ai déjà repéré le costume que je souhaitais acheter. »

« Hmm… à vrai dire… si je puis me permettre, vous n'avez pas besoin de quitter la boutique pour trouver des vêtements qui conviendront à votre ami… » Rougit un peu Donovan, en commençant à se tortiller nerveusement.

« Comment ça ? » S'étonna Kise.

Il n'avait rien vu qui pourrait aller à Haizaki, rien qui n'était en accord avec sa façon de s'habiller et pourtant, il avait minutieusement passé en revue les rayons.

« Suivez-moi. » Sourit le propriétaire de la boutique.

Kise et Haizaki s'exécutèrent, un peu intrigués et Donovan les conduisit vers l'escalier qui se trouvait au fond du bâtiment. Ah mais oui, c'est vrai, ils n'avaient pas vu ce que cachait l'étage !

Et clairement, Kise n'était pas prêt… pour ce qu'il s'apprêtait à découvrir.


Ah oui hmmm… effectivement !

Pas étonnant que cette partie-là de la boutique ne soit pas en libre accès.

Ni qu'elle soit soigneusement dissimulée. (Ou plutôt honteusement planquée !)

Kise fut pris d'un haut le cœur aussitôt qu'il atteignit le premier étage et que son regard se posa sur les pièces de tissu rangées à cet endroit.

Toutes ces couleurs tape à l'œil, ces motifs baveux et improbables ou encore ces coupes de vêtements importables… Il avait l'impression de se retrouver noyé au beau milieu de la malle à foulards de sa grand-mère Suédoise ! Et elle en avait de tous les coloris possibles et de tous les motifs imaginables, osant même marier les fleurs et les rayures sur le MÊME tissu !

Là-haut, c'était un véritable charivari aussi incohérent qu'extravagant !

Oui, il y avait définitivement de quoi s'évanouir ! Kise eut d'ailleurs un moment de faiblesse, à moins qu'il ne s'agisse carrément d'un début d'AVC, à la vue de tout ce… bordel… !? Heureusement, Haizaki qui se trouvait toujours posté derrière lui, le rattrapa de justesse. C'est que le blond avait l'impression de s'être pris un trente-trois tonnes lancé à vive allure en pleine tronche !

Donovan, lui, n'en menait pas plus large…

« Vous savez ahem… je vous ai parlé de mon fiancé un peu plus tôt et bien il se trouve que Vincenzo n'a jamais TOTALEMENT abandonné ses… » VICES VESTIMENTAIRES, stp dis vices ! « … ses velléités en matière de mode ! Et ce que vous voyez entreposé ici, sont soit ses créations, soit des pièces issues de sa sélection personnelle… »

OH MON DIEU.

Mais on nageait en plein film d'horreur là !

Argh ! Même en fermant les yeux, Kise les voyait encore éclater dans sa tête ces couleurs mal assorties et sans sophistication ! Semblant ressentir son profond désarroi, Haizaki lui tapota gentiment dans le dos, avant de se placer devant lui, tel un chevalier servant prêt à se servir de son corps comme d'un bouclier pour protéger sa gente dame.

« Je peux ? »

« Mais oui, faites donc je vous en prie ! »

Haizaki décida d'y aller en premier. Il s'avança vers les rayonnages et commença à les farfouiller avec beaucoup moins de minutie et de patience que Kise.

« J'hallucine… et vous dites que c'est votre mec qui s'est donné la peine de rassembler toute cette impressionnante collec' ? » S'extasia Haizaki. « Ben vous lui passerez mes compliments alors ! Parce que putain, ce type est un génie moderne incompris ! Un Picasso de l'habillement ! »

« … Pas si incompris que ça… » Marmonna Donovan dans son bouc. « … sa propre marque de 'Tropical classy street wear' comme il la définit lui-même, connaît un essor incroyable ces derniers temps… Elle prospère même, et si le succès ne se dément pas, il vendra bientôt plus de vêtements que moi… »

Wow la tristesse quoi…

Kise se sentit immédiatement solidaire de ce pauvre Donovan, qui faisait bien terne tout de noir vêtu au milieu de ce festival de mauvais goût criard !

Ok, il arrivait aussi à Kise se commettre quelques excentricités… D'aucuns auraient plutôt dit « crimes vestimentaires », mais lui préférait se taxer « d'avant-gardiste ». Mais jamais ô grand jamais, il ne se permettait de mélanger des tons opposés sur le spectre coloristique ! Ni plus de deux motifs différents ! Il y avait des règles à suivre, mais ici, le bon sens et le bon goût n'avaient pas visiblement pas leur place ! Et puis bon, lui, il était mannequin, il avait le droit de tout se permettre, les fées de la Mode s'étaient penchées sur son berceau à la naissance, lui conférant un goût irréprochable !

« Par la Sainte marinière de Jean-Paul Gaultier… » Murmura à son tour Kise, main sur la poitrine au cas où son cœur déciderait de lâcher par inadvertance.

C'était un M-A-S-S-A-C-R-E !

Décidément, ce bon vieux Don devait vraiment ADORER son fiancé pour l'autoriser à déformer son magasin de la sorte… Non, le SOUILLER même ! Ça piquait les yeux tant de mauvais goût ! Parce que OUI, il s'agissait bien d'un délit flagrant de mauvais goût et la preuve ultime en était qu'Haizaki APPRECIAIT ce boulot de sagouin ! Ca y est, Kise était sur le point de se mettre à hyper ventiler et par chance, Donovan amena une chaise juste à ce moment-là. Kise s'y écroula donc, abattu.

Vaincu.

Mais sa défaite fut encore plus cuisante, lorsqu'Haizaki OSA DEMANDER S'IL POUVAIT ESSAYER QUELQUES VETEMENTS PRESENTS SUR CE PORTANT DE MALHEUR ! Là, Kise crut qu'il allait carrément tourner de l'œil !

« Mais certainement ! » Approuva Donovan, tout sourire, avenant et mielleux comme à son habitude.

Il venait de flairer le potentiel bon client !

Raaaah le sale traitre ! Remarque, Kise ne pouvait pas lui en vouloir… Il aurait certainement réagi de la même manière, face à la perspective que quelqu'un le DEBARRASSE enfin de ces affreuses et encombrantes guenilles… Surtout quand cette personne était prête à PAYER pour ça, aussi incroyable que cela puisse paraître…

Une chance à ne pas laisser filer.

Il y avait une cabine d'essayage également à l'étage et Haizaki s'y précipita avec quelques vêtements sous le bras.

En sifflotant gaiment.

Kise frissonna à nouveau. Ça allait être un désastre… Bien qu'au début, le Japonais aux yeux de chat eut quelque espoir qu'Haizaki se montre raisonnable. En effet, le tatoué opta majoritairement pour des pantalons à pinces ou carottes aux couleurs neutres, agrémentés de chemise Hawaïennes plus flashy… De l'habituel, donc. Mais la situation se corsa lorsqu'Haizaki ressortit avec un pantalon en cuir sur les reins. (et non le dos) Bon… il tourna sur lui-même pour laisser à Kise toute la latitude nécessaire afin d'admirer son fessier parfaitement mis en valeur et son compagnon devait bien admettre que ce genre de fringues lui allait bien, même si… mal accessoirisé, un pantalon de ce type pouvait rapidement devenir vulgaire.

Et cela ne loupa pas, puisqu'Haizaki le surmonta d'un gros ceinturon à la boucle en forme de tête de mort en… STRASS… Kise s'attendait à ce que le brun lui sorte un truc pareil, puisqu'il avait avoué en porter occasionnellement (et donc en posséder) avant leur petite virée au « Hot Hole ». Et puis… sa chemise était du même acabit : présentant des motifs de crânes entourés d'épines d'une baveuse couleur ROSES fuchsia sur fond bleu marine… Malgré la présence d'un climatiseur, Kise réclama un éventail, parce qu'il manquait d'air subitement !

Car si Haizaki avait commencé de manière soft comme pour mieux tromper son monde, le pire restait encore à venir…

Il ne lui restait plus qu'une seule tenue à essayer, d'après ses dires.

Un costume.

Kise se tendit sur son siège et en agrippa les accoudoirs. Il ressentait le besoin impérieux de se tenir, de se raccrocher à quelque chose de tangible et solide, au vu du raz-de-marée qui s'annonçait.

Un tsunami même, en accord avec leur origine nippone.

Si au départ, le petit défilé du très impliqué mannequin en herbe amusa beaucoup Kise et Donovan, qui l'applaudirent même et rirent de bon cœur à chacun de ses déhanchés, pour ce dernier essayage, le conseiller en habillement préféra s'éclipser. Sans doute avait-il senti venir l'horreur visuelle… Kise hésita quant à lui à sortir ses lunettes de soleil pour se protéger un minimum les rétines. Awi mais ça tombait mal, puisqu'il avait oublié d'embarquer sa paire de Rayban Aviator avant de partir.

Quelle erreur de débutant…

Qui risquait de lui être fatale.

Ohhh comme il avait mal à la tête…

Il demanda donc à Donovan, qui était redescendu, s'il pourrait lui apporter de l'aspirine ensuite. Parce que Kise pouvait sans mal deviner qu'il allait en avoir grand besoin…

Et peut-être d'un verre d'alcool aussi.

Fort, l'alcool de préférence.

« T'es prêt bébé ? » Eut tout de même la présence d'esprit de lui demander Haizaki avant de débouler.

Non mais c'était quoi cette question franchement ? Pouvait-on s'estimer un jour PRÊT à subir la déferlante la débauche qui allait s'abattre ?

« O-oui… » Répliqua timidement Kise, s'enfonçant davantage dans son fauteuil pour se préparer à l'impact. « Tu peux y aller… »

Aussitôt, Kise regretta ses paroles.

Il avait l'impression qu'Haizaki allait tenter un amerrissage d'urgence en pleine tempête tropicale… (rapport aux palmiers et aux ananas dessinés sur ses chemises, tout ça…) Et pas avec un hydravion prévu pour se poser en douceur, malheureusement pour eux…

BRACE YOURSELF RYOTA !

AND PREPARE FOR INCOMING IMPACT !

« Chers passagers, nous vous rappelons que les issues de secours sont situées à l'avant et à l'arrière de la boutique. Vous remerciant d'avoir choisi notre compagnie, nous vous souhaitons un agréable vol en ENFER… » Murmura Kise pour lui-même.

Tiens… est-ce que Donovan avait pensé à souscrire une assurance couvrant la cécité spontanée, au fait ? Parce que ça pourrait s'avérer très utile dans le cas présent… Ou alors peut-être que Kise devrait se mettre à appliquer sans plus attendre cette technique de respiration ninja que sa sœur lui avait appris avant son accouchement… Apparemment, ça aidait à canaliser la douleur… et si c'était efficace en cas d'écartèlement des parties intimes par un nouveau né/bélier médiéval, ça devrait pouvoir fonctionner ici aussi.

Haizaki s'extirpa alors de derrière son rideau et il s'avança vers Kise en faisant le show, comme à son habitude. Et pour être honnête… Kise dût mordre dans la mouche de sa chemise toujours nouée autour de sa taille pour s'empêcher de hurler d'effroi.

Hélas, c'était trop tard, cette image cursed s'était imprimée à tout jamais dans son cerveau et ce, même s'il décidait de détourner le regard maintenant… Bon sang, il avait envie de chialer, mais mieux valait ne pas s'y risquer car Kise était certain que ce serait du sang et non des larmes qui allait couler…

Haizaki.

Vêtu du même pantalon en cuir moulant que précédemment. Moins la ceinture, fort heureusement. Surmonté de bottes de motard lui arrivant aux genoux, à bouts carrés. Oui, carrés ! Mais surtout, il y avait cette veste immonde, d'un mauve presque pastel, en velours et à l'attache croisée. Comme les vieux costumes de gangsters style Al Capone. Ou ceux qu'on portait dans les années quatre-vingt. Manquait plus que les épaulettes façon Madonna, puisque Kise pouvait apercevoir quelques fines rayures blanches verticales sur le tissu de la veste… Heureusement - mais bon, pas que ça suffise à rattraper cet empilement de mauvais goût – Haizaki avait eu la bonne idée de la laisser ouverte. Enfin, « bonne idée », c'était vite dit !

Parce qu'à cause de ça, on ne voyait que sa chemise à la découpe près du corps, très largement ouverte et échancrée sur son torse.

Mais ce n'était pas sa forme qui déplaisait à Kise… Non, ça, ça allait. Ce serait plutôt… son motif léopard et son jaune agressif ! Non mais sérieusement quoi. Du jaune pétard sur du violet. Une veste de costume classe bien que d'un coloris douteux, sur des espèces de cuissardes grossières en cuir. C'était comme si le haut n'allait pas avec le bas. Ou le haut avec le haut et le bas avec le bas. Et inversement. En fait, non, rien n'allait ensemble, carrément.

On aurait dit qu'Haizaki sortait d'un clip de Glam Rock, se la jouant Axl Rose s'il avait fusionné avec un porte-flingue de Chicago à l'époque de la Prohibition… Quoiqu'il y avait un petit côté Joker aussi… Dans tous les cas, le côté clown de cirque était bien présent. Clown de cirque qui se serait paumé dans la jungle. Ou aurait tué la panthère de de la troupe pour s'en servir de tablier. Ne restait qu'à espérer qu'il n'ait pas le slip assorti… Bien que connaissant Haizaki, ce serait sans doute un string

« Alors, qu'est-ce que tu en dis ? »

« C'est heu… hmm… indescriptible. » Parvint à articuler Kise.

Ce qui voulait tout et rien dire à la fois, mais par chance Haizaki le prit comme un compliment et il bomba fièrement le torse en guise de réponse.

« Et ça te plaît ? »

Argh la question piège !

« Il y a… une certain potentiel, je dirai… » Wow Kise s'impressionnait lui-même à faire preuve d'autant de diplomatie ! Comme quoi, la petite leçon de Donovan avait porté ses fruits. « … Et toi, tu aimes ? » Mieux valait lui retourner la question pour faire diversion.

Et puis au moins, Kise restait fidèle à ses principes en ne mentant pas.

« J'adore ! Je trouve que le violet casse bien avec le jaune et marier deux motifs aussi dépareillés que des rayures et du léopard, ça détonne ! »

Ah ça pour « casser », ça cassait, c'était certain… Ça aurait même tendance à casser toute foi en l'humanité qu'il pouvait rester à Kise !

Mais vous voulez connaître le pire dans tour cela ?

Ce n'était même pas la première fois que Kise croisait un gars habillé comme Haizaki…

Dans le quartier chaud de Kabukicho, les types de ce (mauvais) genre pullulaient.

Et ses avant-bras tatoués n'aidant pas, Kise l'assimila une fois de plus à un yakuza dans son cerveau. Il se garda cependant bien de le formuler verbalement, parce qu'il avait encore bien à l'esprit la réaction d'Haizaki quant à une remarque de ce style, quelques jours en arrière…

« Alors hmmm… ça veut dire que tu me trouves beau comme ça ? » Rougit Haizaki.

MERDE MERDE MERDE.

Allez, réponds un truc Kise, viiiiiite avant qu'il ne s'impatiente et découvre le pot-aux-roses !

« Ahahaha… » RIRE NERVEUX. « MAGNIFAIIIIQUE ! » Lança t-il avec des relents de Cristina Cordula dans la voix. « Allez, retourne te changer maintenant ermmm… qu'on puisse te prend ce costume, si c'est celui-là qui te plaît. »

Grand sourire de la part d'Haizaki.

N'empêche, pauvre, pauuuuuuuuuvre Donovan, dire que cette fange vestimentaire était le produit de son amant… et qu'il s'était senti obligé d'y consacrer un coin – non, un étage ENTIER même - de sa boutique pour lui faire plaisir, alors que pour Kise, ce serait plutôt un motif légitime de divorce ! Il secoua la tête et passa une main dans ses cheveux, yeux fermés. Brrrr… même le regard clos, il avait encore des flashs post traumatiques plein la tête… Ah non mais lui, on le forcerait à porter un truc pareil, il en ferait une crise d'urticaire instantanée, à tous les coups !

Mais alors qu'il s'apprêtait à redescendre, Haizaki l'appela. Sa voix provenait d'une des cabines du fond, la plus proche de l'immense miroir dont disposait la mezzanine. Qu'est-ce qu'il voulait encore ce crétinus ? Hmm… il avait peut-être besoin d'aide pour enlever un vêtement, ça n'étonnerait pas Kise à vrai dire… parce que c'était plus courant. Pas que ça lui arrivait à lui personnellement, non, jaaaaamaiiis, mais il se portait souvent volontaire pour aider ses collègues mannequins filles comme garçons, à se sortir d'une fermeture-éclair coincée ou récalcitrante par exemple. On pouvait même dire qu'il avait développé moult techniques dignes d'un ninja pour se défaire des petits tracas vestimentaires quotidiens dus au métier de mannequin et Kise en était extrêmement fier !

Pauvre, pauuuuuuuvre (ou pas…) Kise ! Il aurait pourtant dû voir l'entourloupe venir.

Flairer l'embrouille.

Sentir la douille.

Humer que cela allait partir en couille…

Et fuir avec la trouille… (que des rimes.)

Comme une citrouille ?

Mais au lieu de cela, son trop bon cœur le perdit (et son impatience, également) et il se jeta entre les crocs du loup tel un lapin de trois semaines. Non, deux semaines même, vu son absence totale de prudence et de discernement ! Car aussitôt que Kise eut le malheur de passer près de la cabine, une main ferme l'agrippa de derrière le rideau et le tira à l'intérieur sans sommation.

C'était ce qui s'appelait se faire mettre le grappin dessus, ça !

Surpris, étourdi même par la soudaineté de l'attaque, Kise n'eut pas le loisir de recouvrer ses esprits, car déjà, une paire de lèvres possessives s'écrasa avidement contre les siennes. Wowowowowooohhh mais qu'est-ce qui était en train de se passer là !? Le mannequin écarquilla les yeux, tandis qu'une langue invasive vint jouter avec sa comparse. Grâce à un éclair de lucidité, Kise parvint à repousser son assaillant en posant ses mains sur ses épaules pour l'éloigner de lui.

« Sh-Shogo ! » Ne put-il que lancer essoufflé, comme une supplique, comme un appel à l'aide.

Mais certainement pas comme un appel à la débauche hein !

… Pas vrai ?

Le répit ne fut que de courte durée, parce que la bouche du brun trouva refuge dans son cou, se mettant à embrasser avec insistance le suçon qu'elle avait laissé là avant qu'ils pénètrent dans la boutique.

« Aaaah… Mais qu'est-ce qui te prend tout à coup ? Hmm… » Demanda Kise entre deux gémissements malvenus.

Et le blond gémissait uniquement face à l'incongruité de la situation et absolument pas parce qu'il y prenait plaisir, n'allez surtout pas vous faire des idées mauvaises langues !

« C'est toi qui as dit que tu me trouvais magnifique dans ce costume… faut pas m'balancer ce genre de compliments à la légère, tu l'sais bien… Après, j'ai tendance à avoir les chevilles qui enflent. Et la bite aussi. Alors va falloir en assumer les conséquences maintenant… »

Haizaki profita cependant de son ascendant physique sur sa proie pour la plaquer contre la paroi de la cabine (qui trembla) pendant que lui, se pressait contre le corps de Kise. Le blond se retrouva donc pris en sandwich entre deux choses DURES et… ce fut justement à ce moment-là qu'il vit que…

… Le piercé était aussi nu qu'au jour de sa naissance.

Nu et prêt à l'emploi…

Et non, je vous le jure sur la tête de l'AoKaga, Kise ne l'avait pas remarqué avant !

« J'ai bien senti à la minute même où nous sommes entrés dans cette boutique, que tu ne serais pas contre un petit coup vite fait dans un coin… »

Awi en effet, Haizaki lui avait même dit d'ailleurs.

Mais il faisait fausse route !

… Pas vrai ?

Hein ?

Ah mais mince, dis quelque chose pour ta défense Kise, ne me laisse pas faire tout le taf à ta place !

Résiste !

Prouve que tu existes !

Mais sa prise sur les épaules d'Haizaki se relâchait à peu près aussi vite que sa détermination…

« Tu dis… n'importe… quoi… » Ouais tu parles ! Ça faisait des JOURS qu'ils se chauffaient et pour rester dans le contexte de l'Italie, l'Etna était au bord de l'éruption dans le boxer du blond à cet instant ! « Mais hmm… on ne peut pas faire ça ici… et si Donovan nous entendait… ? » S'inquiéta Kise en haletant.

« Je sais me montrer silencieux quand il le faut, si c'est ce qui te fait peur… »

« Ça tu vois, j'en doute fort te connaissant ! »

« Et puis, je doute surtout d'en être capable moi… » Pensa le top model.

Parce que s'il laissait… ermm… « sortir », tout ce qu'il retenait à l'intérieur depuis des semaines, ça risquait vraiment de ne pas être beau à voir !

« T'en fais pas… je mordrai dans un truc pour m'empêcher de crier si nécessaire. Enfin… si tant est que tu parviennes à me faire crier, bien-sûr. Tu penses pouvoir le faire ? »

Kise détecta du sarcasme dans sa voix. Et il n'était absolument pas voilé. Haizaki le provoquait, le mettant clairement au défi. D'ordinaire, Kise se serait montré raisonnable. Il avait muri depuis sa période scolaire et il savait se contrôle. Mais suite aux événements de ces derniers jours, il avait juste envie de sauter à pieds joints dans le piège tendu. Envie de se laisser aller. Envie d'arrêter de réfléchir et simplement ressentir.

Profiter.

Apprécier.

Savourer.

Mais pour cela, il devait s'assurer que quelques précautions de bases étaient bien respectées.

« A-attends… Faire ça sans protection, c'est contre mes principes... »

« 'Contre tes principes', de la même façon que coucher au premier date ? »

Ce qu'ils étaient sur le point de faire présentement.

Kise fronça des sourcils, à deux doigts de la vexation, mais surtout à deux pas (littéralement) de le laisser en plan dans cette cabine ! Sauf qu'Haizaki reprit la parole sans lui laisser le temps de s'enfuir.

« Je plaisantais, détends-toi… Enfin, te détends pas trop quand même hein… » Fit-il en posant une main sur le piquet de tente qui commençait à s'ériger dans le short de Kise. « Je te rappelle que techniquement, ce n'est pas non plus réellement notre premier rendez-vous. Officiellement, peut-être, mais nous sommes déjà sortis plusieurs fois ensemble. A la fête forraine au collège... Au club il y a quelques soirs... Et puis ne t'inquiète pas, c'est pas vraiment toi qui vas coucher, j'avais plutôt en tête l'inverse. Alors rassure-toi, ton honneur sera sauf. »

Mais qu'est-ce qu'il baragouinait encore cet imbécile ?

Ce n'était pas vraiment Kise qui allait coucher ? Qu'est-ce que c'était censé vouloir dire ?

Le fan de mode se sentait largué, comme d'habitude.

Une chose lui parut limpide cependant, comme Haizaki se détachait de lui pour se retourner et… lui offrir une vue imprenable sur sa chute de reins. Chute de reins qu'il colla sciemment contre le bassin de Kise avant de se baisser, mimant une position des plus explicites qui ne fit qu'aiguiser davantage les sens déjà bien en éveil du blondin. L'exhibitionniste de service se mit ensuite à fouiller dans la poche avant de sa chemise-ananas posé sur le banc destiné à sa changer et il en sortit… non pas un sachet de sauce piquante pour aller avec sa pizza hawaïenne, mais un autre type de sachet que Kise ne reconnaissait que trop bien.

Cette forme carrée et fine.

Ce coloris rose métallisé.

Et ce bruit caractéristique…

Pas de doute, il s'agissait bien d'une capote !

Doute qui ne fut de toute façon plus permis – si tant est qu'il l'eut été – lorsqu'Haizaki esquissa un habile mouvement du poignet pour forcer le sachet à se déplier comme un accordéon… dévoilant une dizaine de ses petits frères qui se suivaient à la chaîne.

L'enfoiré, il avait prévu depuis le départ de ne pas rentrer bredouille… ! (Oui « brocouille » même, comme diraient certains…)

En général, Kise appréciait les amants prévoyants, mais là… il avait la désagréable sensation de s'être laissé manipuler depuis le début… Haizaki tourna alors la tête vers lui sans doute pour le sonder, plantant son regard libidineux dans le sien qui devait l'être tout autant, mais il dut constater que Kise se montrait loin d'être ravi, car il s'empressa de se justifier :

« Ben quoi ? Un bon soldat ne part pas faire la guerre sans prendre quelques munitions avec lui. Ce serait du suicide, car on ne sait jamais sur qui on peut tomber, ni dans quelle situation. »

Ouais bah de toute évidence, Haizaki avait prévu de tomber droit sur sa queue, lui !

Et le cul en avant, par-dessus le marché !

Kise roula des yeux et soupira, avant de se passer une main sur le visage.

Ce gars… le fatiguait.

N'avait-il donc aucune limite ?

Apparemment non, question stupide, puisque le code de déontologie du sexe ne semblait pas s'appliquer à Haizaki ou en tout cas, Haizaki ne s'appliquait pas à le suivre ! Après tout, ce mec était capable de baiser dans une cabine d'essayage pour ainsi dire au nez et à la moustache du proprio des lieux... Propriétaire qui n'allait par ailleurs certainement pas tarder à monter, s'il estimait que ses deux clients mettaient un peu trop de temps à passer en caisse…

Mais au lieu de se mettre en colère, Kise se contenta juste d'accepter la situation.

Il n'avait plus envie de réfléchir.

Pas la force.

Parce que c'était la fête du slip dans son boxer là tout de suite et même s'énerver ne servirait à rien. Du moins, ce n'était pas ce qui allait le soulager. Non, parce qu'en cet instant précis, seule une chose le pouvait. Il se redressa donc, un sourire narquois sur le visage et il décida de jouer le jeu d'Haizaki.

D'entrer DEDANS, dans tous les sens du terme.

« Et on ne sait jamais qui on va devoir tirer, c'est ça ? »

« T'as oublié le mot 'sur', Ryota… »

« C'était pas un oubli. » Corrigea t-il aussitôt.

Son regard de renard s'illumina d'une lueur à la fois dangereuse et taquine.

Après tout, les Gémeaux ne possèdent-ils pas la réputation d'être un peu (beaucoup, même) schizophrènes ? Kise comptait bien prouver qu'il ne s'agissait pas d'une légende urbaine, comme brusquement sa main droite se referma sur le cou d'Haizaki, sans lui laisser le loisir de répondre. Ou plutôt, de lui échapper, à supposer que le tatoué le souhaitait. Au contraire, le mannequin le plaqua avec violence contre la paroi opposée de la cabine, qui trembla sous cet élan de force. Laissant échapper un grognement qu'il tenta d'étouffer afin qu'il ne soit pas trop sonore, le brun vint s'écraser contre la surface dure sans résister et Kise profita du vacillement de son adversaire pour lui arracher sèchement les préservatifs des mains. Préservatifs que par chance Haizaki n'avait pas lâchés malgré cet assaut inattendu…

Dans l'urgence, l'ex de Kaijo déchira l'un des sachets à l'aide de ses dents, chose qu'il ne faut jamais faire les amis, parce que vous risquez également de déchirer par mégarde le précieux petit capuchon que le sachet contient, celui-là même censé vous prémunir contre les vilaines maladies et les bébés ! (Bien que la préoccupation « bébé » était à exclure présentement.) Puis, dans un geste précis et vif, il fit glisser sa fermeture éclair, avant de dérouler la protection sur sa… baïonnette personnelle, puisqu'Haizaki tenait tant à employer des métaphores militaires.

Maintenant qu'il était prêt à pourfendre son ennemi avec sa lame, Kise appuya sur sa nuque pour le forcer à se pencher en avant et Haizaki appuya docilement ses mains sur la paroi, préparant ainsi son corps à mieux recevoir l'estocade ennemie. Mais encore une fois, il ne protesta pas. Après tout, il était celui qui avait initié cette escarmouche, alors pas question de battre en retraite. Pas avant d'avoir eu ce qu'il désirait, ce qu'il était venu chercher qu'il avait provoqué depuis des semaines, en travaillant minutieusement Kise au corps jusqu'à ce qu'il cède. Parfois subtilement, parfois non. Mais au sexe comme à la guerre, toutes les méthodes sont bonnes pour forcer l'adversaire à déposer les armes.

Une fois bien positionné, Kise lui attrapa fermement les hanches pour l'obliger à se rapprocher de lui et ainsi, établir un contact charnel contraint entre eux. Tandis qu'il le tenait à une main, il utilisa l'autre pour… se prendre en main, donc et placer son missile à tête chercheuse contre l'entrée du bunker sombre où se terraient les dernières forces rebelles ennemies, d'après ses informations. Et la première chose qu'il remarqua fut… que la piste était encore fraîche… humide même, comme si elle avait été empruntée encore récemment… Cela l'étonna. Il se serait attendu à devoir creuser et même à entamer quelques travaux d'excavation manuels, pour libérer l'entrée de ce camp.

Mais au lieu de cela, il avait l'impression que c'était le territoire adversaire qui l'invitait à le pénétrer, paraissant carrément l'aspirer en son sein moite et étroit. Enfin, plus si étroit, justement… Disons… beaucoup moins que ce à quoi il saurait été en droit de s'attendre, en tout cas. Cependant, était-il déçu ? Non, pas du tout. Les « largesses » d'Haizaki, non contentes de se limiter à son esprit, semblaient également s'appliquer à son corps. Mais il n'y avait là rien de naturel. Parce qu'une fois de plus, Haizaki l'avait roulé…

Et le gland à présent poisseux de Kise en témoignait. Haizaki avait eu la main lourde, confondant visiblement « lubrification » et « piste de ski ».

« Tu avais tout prévu hein… » Ce n'était pas reproche, simplement une constatation.

« Quand on part en guerre… prévoir une stratégie est essentiel pour qui veut pouvoir survivre… Qu'est-ce que tu crois que j'ai fait pendant que j'étais aux toilettes… ? »

« … Soulagé une envie plus ou moins pressante ? C'est ce que font les gens à cet endroit, en général. »

« Et bien moi, tu vois… Une fois assis sur le trône, je me suis dit… « Shogo, tu as un bon fond, mais personne pour taper dedans, c'est ballot quand même ! » Puis, je me suis rappelé que tu étais là et que la fille de la pharmacie m'avait glissé l'air de rien un petit tube de Vaseline sous forme d'échantillon, au moment où j'ai acheté ces fameuses capotes. Un signe du destin, à n'en pas douter. Et qui suis-je pour m'opposer à mon propre destin ? »

« Par contre, t'opposer à moi tous les jours, ça ne te pose pas le moindre problème éthique… »

« Oui, mais avec toi c'est drôle ! »

« Drôle, tu dis ? Attention à tes paroles… Là, t'es pas franchement en position de… « t'opposer » à moi… »

« Qui a dit que j'en avais envie ? »

« Pas ton cul en tout cas, ça c'est sûr… »

Et en guise de preuve, l'arme de destruction massive de Kise pénétra avec une facilité déconcertante en territoire ennemi, brisant les dernières barrières érigées par la Résistance. Haizaki grogna légèrement, son visage se crispant mais cela contrasta avec la façon dont Kise rentra en lui comme dans du beurre. Et fondu, le beurre. Du genre, oublié sur le rebord de la fenêtre, pendant plusieurs heures, par trente degrés et en plein soleil.

Bon sang, mais qu'est-ce qui était en train de se passer là ?

Kise avait encore du mal à y croire.

Non seulement, cela allait à l'encontre de ses principes (parce que merde quoi, on peut bien attendre UN RENDEZ-VOUS avant de se sauter dessus comme des bêtes en chaleur, sans pour autant ne pas être un coincé du cul. Juste… un peu de romantisme que Diable ! Sans compter qu'il se rattrapait amplement par la suite, en général…) mais en plus, cela signifiait sa défaite… Il avait cédé le premier… Ou bien était-ce Haizaki ? Purée, il n'arrivait plus à suivre ni à tenir des comptes bien organisés… Il se sentait perdu, tandis qu'il se perdait également dans cette accueillante chaleur.

Paumé sur le plan spirituel aussi bien qu'intellectuel…

Ça ne lui ressemblait pas. Lui, qui sous ses airs enjoués et naïfs, avait toujours mené et géré sa carrière d'une main de maître dans un gant de velours.

Mais surprise, Haizaki était plus serré que prévu. Comme quoi, l'extérieur ne concordait pas forcément avec l'intérieur. Décidément, « La bite ne faisait pas le moine », pour paraphraser un célèbre philosophe moderne.

Pfff… quel idiot n'empêche.

Mais un idiot amusant.

Auquel Kise commençait à doucement s'attacher.

Instinctivement, il attrapa Haizaki par les cheveux et l'attira vers lui pour qu'il se redresse. Il aurait été dommage qu'il les coupe finalement, sa tignasse possédait une utilité insoupçonnée durant le sexe. Tournant légèrement la tête vers Kise, Haizaki sursauta légèrement non pas au moment où la verge de son amant s'ancra dans son ventre, mais seulement lorsqu'il sentit lèvres de Kise se poser sur les siennes, pour les unir dans un baiser.

Le piercé aurait plutôt pensé que Kise refuserait tout net de l'embrasser, comme c'était le cas la majorité du temps, à l'occasion de leurs précédentes incartades sexuelles. Cela le surprit donc, mais dans le bon sens du terme car il ne se refusa pas à Kise. Il s'agissait sans doute de la façon que le renard avait de se montrer « gentil » pour l'aider à mieux… avaler la pilule, au sens littéral du terme. Parce que… Kise était un sacré morceau. Bien plus qu'il ne le laissait paraître.

Et pour l'avoir déjà pris en bouche, Haizaki était au courant de ce fait et il se félicita donc mentalement de ne pas s'être trompé de taille de préservatif en allant les acheter. Heureusement, Kise restait immobile pour le moment, le laissant s'habituer, s'ajuster même, à sa circonférence. Le brun l'en remercia en silence. Ça faisait longtemps pour lui dans ce sens-là… Kise l'ignorait, mais peut-être s'en doutait-il ? A moins que l'habitué des podiums ne fasse preuve de la même sollicitude envers tous ses amants, ce qui n'étonnerait qu'à moitié Haizaki à vrai dire. Car si le blond pouvait se montrer égoïste dans bien des domaines, il ne lui paraissait cependant pas être du genre à rechercher uniquement son plaisir dans l'acte, au détriment de son partenaire.

« Je savais bien… que tu allais finir par craquer et me rentrer dedans… » Haleta Haizaki.

« Pas franchement de la manière que j'avais imaginée, mais… c'est sans doute mieux ainsi. » Répondit Kise contre ses lèvres, avant de les relâcher.

Et de le gratifier d'une tape sur les fesses lorsqu'il se décida enfin à bouger.

Ok, il allait falloir se montrer rapide ET efficace. Bon, mais bref.

Ça faisait longtemps mine de rien que Kise ne s'était pas adonné aux joies d'un « quicky » dans un endroit exigu et non loin d'une personne pouvant clairement les entendre. La dernière fois, cela devait remonter à la Fashion Week de Paris il y a six ou sept ans, avec une maquilleuse dans les coulisses. Enfin… plus précisément, derrière le portant à vêtements de la maison Versace. Comme quoi, il n'avait pas attendu de retrouver Haizaki pour faire quelques entorses à ses principes…

L'urgence du moment…

Le côté interdit de la situation qui découlait de la peur de se faire prendre…

Tout cela contribua à alimenter la dose d'adrénaline qui coulait dans ses veines.

Ses vas et viens, ou plutôt, ses coups de butoir, étaient violents, sec et profonds. L'une de ses mains griffa les hanches d'Haizaki, tandis que celles du brun firent de même avec la paroi tremblante de la cabine, dont l'équilibre semblait si précaire qu'elle menaçait de s'écrouler sous le poids des assauts continus du blond. Kise se déchaînait. Mais la frustration dévorait ses entrailles. Il s'était retenu depuis des semaines et maintenant que le moment était venu de tout lâcher, son corps se mouvait de lui-même, obéissant à sa propre volonté.

Dans l'espoir futile de mieux pouvoir contenir l'attaque, Haizaki se cambra, mais en vain. La cabine, ou plutôt la "Boîte de Pandore", renfermait frottements, claquements et respirations saccadées qui s'entremêlaient. Tous les sons d'origine sexuelle y étaient représentés. Quelques gémissements et autres couinements cependant, finirent étouffés puis ravalés afin de rester le plus discret possible. La sensation d'étroitesse procurée par Haizaki était aussi grisante que sa chaleur se montrait enivrante. Kise avait pour ainsi dire l'impression que les entrailles de son amant le suçaient sans vergogne. Mieux qu'une bouche. Enfin, ça dépendait laquelle, disons…

Cela devait faire longtemps que la cabine d'essayage du loup n'avait pas reçu de visite tant elle était exiguë, constata le Kitsune. Heureusement, Kise avait revêtu son plus beau costume anti-pluie, alors il pouvait s'en donner à cœur joie sans craindre de salir les lieux. Plus il y allait fort et plus le blond à la boucle d'oreille avait l'impression que son compagnon se resserrait autour de lui, comme pour le garder à l'intérieur. Haizaki était décidément un hôte très accueillant. Yeux fermés et joues rougies par l'effort, Kise se noyait complètement aller dans cet acte de luxure ultime. Il avait le sentiment d'être un soldat U.S. au moment du Débarquement. Sauf qu'il n'était pas seulement venu offrir la libération à la population, mais également à son oppresseur.

Ohhhh oui… il allait les libérer tous les deux, lui et Haizaki...

Par un bel orgasme salvateur.

Le feu d'artifices final approchait d'ailleurs à grands pas et Kise ne s'y trompait pas en sentant Haizaki se mouvoir davantage pour recevoir et même aller à la rencontre de ses tirs. En véritable sniper, Kise faisait mouche à chaque fois, frappant en plein cœur de sa cible. Il n'y avait plus seulement la cabine qui tremblait, mais son adversaire également. La main d'Haizaki se posa d'ailleurs timidement sur son sexe pour se soulager de concert avec le top model, mais celui-ci s'en aperçut au moment où il rouvrit brièvement les yeux. D'un geste précis, Kise la repoussa pour la remplacer par la sienne et il se mit à pomper sur l'arme d'Haizaki.

Ce serait dommage qu'un si beau canon s'enraille au moment de la haie d'honneur… Haizaki parut d'ailleurs étonné par ce traitement de faveur, car il perdit la cadence des rafales l'espace d'un instant. Rapidement cependant, il se ressaisit et vint mordre en chouinant dans sa main à nouveau libre. Fort. Aussi fort que Kise le baisait, au moins. Il devait tout faire pour taire sa présence et éviter que les autres troupes ennemies qui patrouillaient encore aux alentours ne viennent troubler son duel contre le Marines.

Rejetant la tête en arrière pour mieux réussir à respirer, Kise sentait l'oxygène se raréfier sur le champ de bataille. Mèches blondes collées sur le front par la sueur, il ne faiblissait cependant pas. Haizaki céderait le premier cette fois. Le pauvre. Il faisait presque peine à voir, paraissant si fragile maintenant que les rôles s'étaient inversés. Si… vulnérable. Pourtant, l'autre soldat ne lui épargnait rien. Mais il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, après tout, le dissident était responsable d'avoir provoqué ouvertement l'armée ennemie en sous-estimant sa puissance de feu. Du sang coula du dos de sa main, tant ses crocs s'y enfoncèrent et on aurait dit un loup se rongeant la patte dans l'espoir de s'extirper d'un piège mortel. N'y tenant plus, surtout au moment où Kise fit souplement rouler le Prince Albert sous son pouce en guise d'otage, Haizaki éjecta vivement son drapeau blanc dans la main de son tortionnaire.

Il se rendait, après avoir vidé tout son chargeur.

Alors Kise décida d'en faire autant et il déposa les armes à son tour, réclamant un baiser pour fêter sa victoire. Haizaki le lui accorda bien volontiers et avala ses derniers gémissements d'extase, comme sentence de la Cour Martiale. Le lupin avait un goût de cuivre dans la bouche. Du sang. Mais cela ne fit qu'ajouter à la passion et à la frénésie de Kise, qui se déversa dans son treillis de camouflage. Heureusement qu'il avait pu le mettre avant de pénétrer en territoire ennemi…

Haizaki l'embrassa à s'en tordre le cou, jusqu'à ce qu'il soit assuré que Kise ne disposait plus d'aucune munition puis, il appuya son front moite contre celui du goupil. Ils restèrent ainsi sans bouger, la main en sang d'Haizaki reposant sur la nuque de Kise. Tous deux savouraient encore le contrecoup de leur orgasme. Les deux vaillants troufions qu'ils étaient avaient bien combattu, mais le vainqueur ne s'était pas encore retiré de la zone franche.

« Chaton… » Appela Haizaki d'une voix douce pour chasser le silence, au bout de quelques instants. « Il faut qu'on sorte maintenant, ok ? Sinon, Zorro va finir par débarquer… et pour cela, ce serait bien que tu commences par hmm… sortir de moi, d'accord ? Parce que si on reste collés comme ça… tu vas te remettre à bander. Et je risque de perdre toute volonté de quitter cette satanée cabine, si ça se produit… »

Kise se contenta d'acquiescer docilement et il rangea son flingue déchargé dans son étui, non sans l'avoir décapuchonné d'abord. Sa main était encore mouillée de la jouissance d'Haizaki, mais ce dernier l'en débarrassa en l'essuyant avec un mouchoir. Il se chargea également du paquet en latex contenant les soldats du blond tombés au combat.

« Descends en premier. Je te rejoins après, sinon, ça va paraître suspect. »

Bonne idée. Haizaki semblait avoir l'habitude de gérer ce genre de détails logistiques, décidément.

Kise se rhabilla en lui tournant le dos. Pas qu'il y ait grand-chose à voir mais… c'était par pudeur. Enfin, le peu qu'il lui en restait… Sonné, il ne prononça pas un mot, encore sur son petit nuage, mais le plaisir laissa place au choc au fur et à mesure qu'il en redescendait au sens propre comme une figuré, parce qu'une fois arrivé en bas des escaliers, il réalisa ce qu'il avait fait.

Il avait couché avec Haizaki !

Heu non… il l'avait attrapé comme un animal en rut dans les bois, plus précisément. Il pâlit au moment d'aller chercher le costume qu'il avait repéré pour lui.

« Tout va bien ? » S'inquiéta Donovan devant son air absent.

« Oui… Hmm… Shogo arrive. Il avait… un peu de mal à se décider à vrai dire. »

« Comme je le comprends ! Notre boutique propose tellement de choix ! En tout cas, si vous avez besoin d'ourlets ou de retouches, n'hésitez pas à revenir. Je serai enchanté de m'en occuper gratuitement pour vous ! » Sourit le très commercial homme d'âge mûr.

« Merci beaucoup. »

Kise esquissa un sourire poli et Haizaki arriva à ce moment-là avec les bras chargés de chemises si colorées qu'on les aurait cru sorties d'un tableau de Picasso… Mais bon, ne dit-on pas que dans la nature, le mâle paon se pare de son plus beau plumage pétaradant pour séduire les femelles ? Haizaki en était sûrement l'équivalent urbain… en plus vulgaire.

« Tiens, vous vous êtes blessé à la main ? » Remarqua Donovan, tandis qu'il scannait (les prix n'étaient pas directement indiqués sur les étiquettes ahaha c'est à cela qu'on reconnaît les magasins de luxe !), puis pliait soigneusement les vêtements choisis dans des sacs.

Il se garda cependant de faire tout commentaire sur la nature pourtant évidente de la plaie… Qui comportait des marques de canines et incisives. Et également sur le fait que Kise arborait une belle trace de sang séché dans le cou…

« Hmm ? » Répondit Haizaki, l'air absent. « Ouais, j'ai dû… m'écorcher sur un cintre pendant les essayages… Heureusement que je suis vacciné contre le tétanos ! » Plaisanta t-il sur un ton léger.

Ah ouais, super crédible le coup du cintre ! Kise écarquilla les yeux en apercevant la couleur écarlate dont s'était teinte la main de son colocataire et Haizaki parut le remarquer…

« Va m'attendre dehors, je règle nos achats et j'arrive. »

A ce stade, Kise n'avait plus envie de lutter. Il se contenta donc d'obéir et de taxer une clope à un passant, patientant sagement. Haizaki le rejoignit avant même qu'il n'ait eu le temps de la terminer, Donovan étant sacrément efficace.

« On devrait… s'arrêter dans une pharmacie, si on en trouve une en chemin… » Lança le blond en expirant un nuage de fumée.

« Pourquoi faire ? Il me reste encore plein de capotes ! »

« Je ne parlais pas de ça abruti ! Regarde plutôt dans quel état tu as mis ta main ! » Gronda le fumeur occasionnel avant de se calmer quasi-instantanément. « On… on ferait mieux de la soigner, si on ne veut pas que ça s'infecte… »

Du peu qu'il en avait vu, la plaie lui semblait assez profonde. C'était à se demander comment il avait fait pour ne pas hurler ni sauter de douleur au plafond ! Ce mec était immunisé contre la douleur physique ou quoi !?

« Ohhh voyez-vous ça… Ryota qui s'en fait pour moi et juste après m'avoir sauté, quelle coïncidence ! Sache que ta sollicitude me va droit au cœur ! »

« Tsss… comme si ça avait un rapport avec le fait qu'on ait… » Il préféra ne pas prononcer ce mot. « Enfin bref, pense ce que tu veux, je m'en fous complètement. » Se referma aussitôt l'ex-Miracle.

« Merde, quel caractère ! Mais ne t'inquiète pas. Par chance, le gentil barbu emballe aussi bien les fringues que les mimines meurtries ! » Fit le tatoué en exhibant sa main… fraîchement bandée. « Il gardait une trousse de premiers secours sous son comptoir. »

« Tant mieux pour toi. » Répondit le pro de la mode avec dédain.

Kise ne le regarda même pas lorsqu'il s'adressa à lui, les yeux fixés sur l'horizon.

Merde, Haizaki l'avait vexé apparemment… Parce qu'il avait sous-entendu que Kise ne s'inquiétait pour lui que depuis qu'ils avaient baisé ensemble ? Bah quoi, c'était vrai non ? D'habitude, Kise s'en tamponnait les amygdales avec du chou-fleur de ce qui pouvait bien lui arriver ! Sûr de ses dires, Haizaki se plaça devant lui avant de venir lécher son pouce dans ce geste si caractéristique. Puis, il se servit de sa salive pour frotter la tâche de sang dans le cou de Kise.

« On r'met ça quand, d'ailleurs ? »

« Arrête ça… »

« Mais ça t'a plu autant qu'à moi, non ? » Il se pencha et murmura en anglais dans son oreille : « Kise-san was so hard while he was fucking me like a beast… »

« Putain, mais c'est quoi ton problème !? Je t'ai dit d'arrêter ça à la fin ! »

« Oh ? Et depuis quand je dois faire tout ce que tu m'ordonnes ? »

« Parle moins fort alors… Des gens auraient pu t'entendre ! »

« Et donc ? J'ai failli traumatiser une jeune mère de famille qui passait avec sa poussette ? Bordel, j'y crois pas, t'es devenu aussi puritain que ces connards de ricains depuis qu'tu vis ici Ryota ! »

« Laferme, ça n'a rien n'à voir… » Il soupira et écrasa sa cigarette sous son talon. « Bon, où on va maintenant ? »

« Quoi, tu veux poursuivre notre rendez-vous !? » S'étonna Haizaki.

« Ben ouais. T'as beau être insupportable, je n'ai qu'une seule parole. »

Et Kise ne revenait jamais sur ses promesses. Il tenait toujours ses engagements, une fois pris.

« Ou alors t'es maso. Mais le truc, c'est que… j'avais pas prévu quoi que ce soit au-delà de ce point… Te connaissant, j'étais persuadé que ça nous prendrait toute l'après-midi de faire du shopping… » Avoua Haizaki en se grattant le menton. « Et puis, il faudrait qu'on repasse à l'appart' au moins pour poser nos sacs, je me vois mal nous balader avec… »

« D'accord, faisons ça pour commencer. Comme ça, tu pourras réfléchir en chemin sur l'endroit où tu comptes m'emmener pour la suite ! »

Haizaki hallucinait ou… est-ce que Kise commençait vraiment à se prendre au jeu de ce petit rendez-vous-galant-qui-n'en-était-pas-un ?

« Ouais bah j'ai plutôt intérêt à nous choisir une balade tranquille, parce que j'risque d'avoir du mal à marcher avec tout c'que tu m'as mis espèce de sauvage… »

… Sauf qu'en fait de « balade tranquille », Haizaki opta en réalité pour la visite du « Los Angeles Zoo and Botanical Garden »….


Et voila... environ 24000 mots...

Pour ce qui est des habituelles notes de fin de chapitre :

- J'ai pas mal ri en rédigeant l'arc narratif du conseiller vestimentaire, parce que je streame actuellement le jeu video "Judgment" et il y a une quête annexe qui parle à peu près de la même chose, mais de façon moins approfondie. Sympathique hasard.

- On reverra Donovan, donc j'espère que vous avez bien aimé son personnage.

- Je suis allée au Zoo de Vincennes il y a deux semaines et du coup, ça m'a donné quelques idées pour le prochain chapitre :)

- Ayé, Haizaki et Kise ont donc officiellement fait zizi panpan. Yeay ! ON AVANCE ! CA PROGRESSE !

- J'ai eu la chanson "First Date" de Blink 182 en tête pendant toute l'écriture... (Oui, ça commence à faire vieux.)

J'espère que ce chapitre vous a plu. Comme toujours, les commentaires sont appréciés ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Je vous remercie d'être allés au bout de ce chapitre et à la prochaine pour la suite du DATE !