Lut' la compagnie !

Comment va ?

Bon allez, je ne vous fais pas languir cette fois, on va directement passer aux conséquences de la présence d'Aomine chez les deux canidés !

Oui, je sais et je l'admets, je suis vilaine de vous avoir lâchement... lâchées là-dessus lors du dernier chapitre, mais promis : je me suis rattrapée dans celui d'aujourd'hui ! Du moins, j'ai sincèrement essayé.

Par contre, je décline toute responsabilité quant au prochain cliffhanger...

Enjoy !


Alors, c'était donc vrai…

Ses pires craintes venaient de lui sauter au visage.

Au début, il avait eu du mal à croire où ses recherches l'avaient mené. Mais il n'avait eu d'autre choix que de se rendre à l'évidence en traversant ce quartier central - l'un des plus prisés de la ville - puis en arrivant au pied de l'immense gratte-ciel érigé tel un phallus vaniteux prêt à percer les cieux. Il n'avait même pas encore mis un pied dans l'appartement que déjà, Haizaki semblait le narguer de sa toute-puissance. Relative. Enfin, tout de même… Aomine ne comprenait pas ce qui était en train de se produire. Son GPS devait forcément se tromper… C'était une erreur.

Kise et Haizaki ne pouvaient pas réellement vivre ici.

Comment Kise et ce satané parasite seraient-ils parvenus à s'offrir un tel luxe ? Et fatalement, les interrogations commençaient à asphyxier son cerveau. A chaque nouvelle découverte, à chaque nouvelle seconde qui passait, un nouveau questionnement émergeait. Jusqu'au bout, le basané avait refusé d'y croire. De toutes les cellules de son corps. Mais la peur, l'angoisse, avaient laissé place à l'énervement et à la colère. Il serra le poing en sortant de sa cachette. Kise fut surpris de le voir, mais pas autant que lui avait pu l'être en découvrant le nouveau milieu naturel de son ancien colocataire.

Sauf que Kise n'était pas responsable.

Non, il n'était qu'une victime collatérale et Aomine ne voulait surtout pas diriger son ressentiment vers le blond. Parce qu'il paraissait évident qu'Haizaki l'avait manipulé et trompé. Comment ? Pourquoi ? Aomine ne le savait pas encore, mais une chose était sûre cependant : il ne quitterait pas cet endroit avant de l'avoir découvert.

Pourtant, dès que son regard se posa sur Kise, la panthère noire ne put que remarquer sur le mannequin ne portait pas ses propres vêtements. Comment pouvait-il en être certain ? Et bien, parce que contrairement à ce que les apparences laissaient à penser, Aomine connaissait bien son Kitsune. Et puis, de par son métier, il avait appris à exercer son sens de l'observation et du détail. Or, dans le cas présent, il apparaissait évident que Kise ne portait pas ses propres vêtements. Ce chemise informe d'un rose fuchsia agressif pour les yeux, parsemée de motifs animaliers, (des… flamants roses, sérieusement… !?) ce n'était tout simplement pas Kise.

Parce que l'égérie des podiums aimait les vêtements près du corps, lui. Et les matières nobles, sélectionnées avec soin par les plus grands créateurs. Les « looks » savamment étudiés dans les moindres détails, jusqu'aux accessoires qui les agrémentaient. Aussi minuscules et dispensables soient-ils. Pas les fringues bon marché sorties d'une friperie estampillée « tout à deux dollars » et portées par Monsieur-Tout-le-Monde ou le Club des gangsters à la retraite.

Bon, par contre, Aomine avait malgré tout mis près de dix ans à réaliser que l'Eurasien arborait des sentiments à son encontre… Ou disait-on « à son égard », plutôt… ? Donc sens de l'observation quand même assez douteux et limité au final. Ou simplement sélectif, si on préférait se montrer optimiste.

Kise semblait choqué de le voir ici en tout cas. Mais qui ne le serait pas à sa place ?

Aussitôt qu'il eut croisé le regard affolé du blond, des flashs lui revinrent en tête.

« Aaaah Daikicchi… fais-moi tout oublier, je t'en supplie… Donne-moi du plaisir… Encore plus… Il n'y a qu'avec toi que je me sens bien… et en sécurité… »

Le brun se mordit la lèvre inférieure et les veines de son poing – qu'il n'avait pas desserré et ne comptait pas desserrer avant que celui-ci ne soit dûment venu s'écraser dans la gueule de ce connard d'Haizaki – semblaient sur le point d'éclater tant elles saillaient.

« A-Aomine !? Qu'est-ce que tu fiches ici !? Et comment as-tu fait pour entrer !? »

L'ancien-as des Miracles ne pouvait en effet pas être arrivé jusqu'ici en escaladant la façade de l'immeuble façon Spiderman tant l'immeuble était haut… Mais comment alors !? Il y avait une conciergerie dans le hall d'entrée et chaque visiteur était scrupuleusement contrôlé, Gerald en personne l'avait assuré à Kise le matin même.

« Honnêtement, je dois bien avouer que ça m'a étonné moi aussi. Qu'un tel endroit soit aussi mal gardé… »

« Que veux-tu dire ? » Se méfia immédiatement Kise, sur la défensive.

« Je me demandais justement comment j'allais faire pour pénétrer dans votre appartement, avec cette conciergerie qui me barrait le passage, mais finalement, il a juste suffi que je m'avance vers le type de la réception, pour qu'il me donne accès à votre étage et m'indique où vous habitiez précisément. Dire que je m'étais même préparé à devoir dégainer mon petit numéro d'agent de sécurité et ma carte professionnelle, quelle tristesse, je n'en ai absolument pas eu besoin… Je comptais raconter que je venais vous voir parce que vous m'aviez appelé pour un problème de harcèlement, mais en fait, dès que le gars a constaté que j'étais asiatique moi aussi, tout comme vous, il m'a escorté lui-même jusqu'ici et m'a ouvert sans poser la moindre question. Il a dû penser que j'étais l'un de vos… potes venu vous payer une petite visite. Et à raison d'ailleurs, mais ça reste putain d'inconscient de sa part d'avoir fait preuve d'une telle négligence. Il m'a dit que vous étiez sortis et qu'il ne vous avait pas encore vu rentrer, alors il m'a proposé de lui-même de vous attendre directement chez vous. Ce qui est ballot, parce que j'aurai pu être n'importe qui et n'avoir fait le déplacement que dans le but de vous détrousser. Bref, à ta place, je le signalerai parce que même si j'ai rien contre ce mec et qu'au final il m'a évité bien des contretemps inutiles, son attitude laisse franchement à désirer et relève d'un racisme primaire. Pour lui, il est évident que tous les bridés se ressemblent et il ne sait absolument pas faire la différence entre les chaque ethnie. Si tu veux mon avis, on n'est pas loin de la faute professionnelle… »

« Racisme primaire ? »

Tout de suite les vilains mots qui fâchent !

Ah ça, il reconnaissait bien Aomine et sa manière si particulière de contextualiser les choses. Kise plutôt fait état de « discrimination positive », lui. Surtout vis-à-vis de sa petite discussion de ce matin avec l'employé de la conciergerie. Il avait bien vu que le pauvre homme faisait de son mieux, mais se sentait dépassé.

Et ne voulant pas paraître insultant en ayant réalisé l'avoir été malgré lui, lorsqu'il avait fait étalage de son ignorance raciale, il aurait donc fort logiquement tenté de se rattraper en invitant le loup, enfin, la panthère, à pénétrer dans la… renardière… ? Ou la loupière ? (Pour les curieux, sachez que ça se dit « liteau » voilà et c'est un mot que l'on retrouve d'ailleurs assez souvent dans les mots croisés ) Et oui, on en apprend des trucs avec cette histoire, mine de rien !)

M'enfin bon, cette petite explication était bien mignonne, mais cela n'expliquait toujours pas à Kise comment Aomine s'y était pris pour trouver OU il habitait ! Parce que… le jaune ne l'avait révélé à personne, pas même à Kagami. Ce dernier n'avait donc pas pu le répéter à Aomine. Et puis, de toute façon, Kise faisait confiance au tigre, qui lui avait promis de garder ses secrets. Et jusqu'ici, il avait toujours tenu sa langue en même temps que sa parole d'honneur.

Et comme s'il avait deviné la teneur de la question qui turlupinait silencieusement Kise, le basané sortit de sa poche le téléphone Pikachu de Kise, en guise de réponse et il pianota dessus, avant de tourner l'écran vers le top model.

« Toi aussi, tu as fait preuve de négligence en oubliant ton téléphone chez Kagami la dernière fois. Par mon boulot, je connais ce type, un hacker vraiment doué. Je n'ai eu qu'à lui demander d'installer un mouchard indétectable dessus et il m'a garanti que tu ne te rendrais compte de rien. Faut croire qu'il ne m'avait pas raconté de salades. Grâce à ça, je n'ai eu qu'à géolocaliser ton portable et surprise, me voici ! »

Cette révélation estomaqua littéralement Kise. Choqué, il sentit ses sucs gastriques s'agiter dans son ventre et menacer d'entrer en éruption. Aomine lui donnait envie de gerber… Comment osait-il user de telles méthodes sur lui ?! Se croyait-il donc tout permis à ce point, dès lors que cela concernait son ancien coéquipier ? Et surtout, pourquoi ? Pourquoi avait-il agi ainsi ? Pour quelle raison avait-il prémédité d'en venir à de telles extrémités !? Le blond eut un mouvement de recul.

« Je rêve ou bien... t'es en train de me dire que t-tu… t'es octroyé le droit de m'espionner !? »

Parce qu'en dehors de la passable illégalité du processus, Kise se sentait profondément bafoué dans son intimité et il lui semblait à présent clair qu'Aomine ne reculerait devant rien pour avoir à nouveau la main mise sur sa vie…

« C'est uniquement pour ton bien que j'ai fait ça ! Depuis qu't'es parti du jour au lendemain, sans raison, tu me fuis constamment ! Il s'agit du seul moyen que j'ai trouvé pour garder un œil sur toi et forcer la confrontation ! » Se justifia maladroitement le fauve noir.

« Forcer la confrontation ? »

Oh, bon sang… ce n'était pas qu'avec lui que le brun était venu la forcer en réalité.

Mais avec Haizaki, aussi.

Surtout avec Haizaki, en fait.

Brusquement, le fan de mode venait de comprendre la véritable raison de la présence d'Aomine en ces murs.

Le regard de Kise dévia presque imperceptiblement vers la gauche et il tendit l'oreille l'espace d'un instant. Même en faisant preuve d'une intense concentration, il pouvait à peine percevoir le bruit de l'eau de la douche qui coulait encore, presque à l'autre bout du Penthouse. Ok, la bonne nouvelle, c'était qu'il lui restait encore un peu de temps avant que le loup ne se décide à émerger de la salle de bain.

Avec un peu de chance, Aomine n'avait rien entendu et ne les avait pas vus rentrer ensemble, Kise décida donc de jouer la carte du bluff. Carte qu'il maîtrisait nettement moins bien que son homologue copieur, mais il se devait tout de même de tenter le coup pour éviter cette fameuse « confrontation », justement, qu'Aomine était venu chercher en s'introduisant ici, sans y être invité.

« Ha-Haizaki n'est pas encore rentré ! » Mentit Kise.

Il devait trouver un moyen de se débarrasser d'Aomine au plus vite, avant que la situation ne dégénère méchamment. Encore plus quoi. Car ce n'était pas pour lui que l'ex de Too avait fait le déplacement, malgré ses allégations en ce sens…

« Alors… Puisque c'est lui que tu étais venu voir et non pas moi qui ne suis qu'un prétexte, tu vas devoir repasser. »

« Pour que tu donnes comme consigne de ne plus me laisser pénétrer dans cette résidence ou que tu t'envoles encore ? Naaaan, je vais plutôt l'attendre ici. »

« Je n'crois pas, non… » Asséna Kise, avec tout l'autorité dont il était capable.

Il devait A TOUS PRIX éviter que ces deux-là ne se croisent !

« J'suis pas pressé de toute façon. » Fit Aomine, en s'écroulant dans le sofa en cuir blanc. « Ce fils de chien peut bien rentrer à l'aube si ça lui chante, dans une semaine ou même dans un mois, je patienterai le temps qu'il faudra. »

« Et moi, je t'ai déjà dit que non ! Tu n'peux pas rester ici ! »

« Et pourquoi pas ? »

« Parce que je moi aussi j'habite ici au cas où tu ne l'aurais pas remarqué et je n'ai toujours aucune envie de te voir, ni de te parler ! Et si tu t'entêtes, je vais devoir appeler la sécurité pour qu'on te mette dehors. Alors va t-en tout de suite. Tant que je te le demande encore gentiment... »

Aomine cligna des yeux.

Il n'avait pas l'habitude qu'on s'adresse à lui de la sorte.

Et à plus forte raison lorsqu'il s'agissait de Kise.

Kise qui l'adorait, l'idolâtrait même. Kise qui était fou de lui, il n'y a pas encore si longtemps, se conduisant à la manière d'un Golden Retriever un peu trop collant et affectueux… Comment avait-il pu changer à ce point en si peu de temps ? Aomine ne voyait absolument aucun mal dans ses agissements, ne réalisant même pas qu'il avait dépassé les bornes en choisissant sciemment de faire irruption ici. Alors la réponse à cette question ne pouvait être… qu'Haizaki.

Décidément, encore et toujours lui.

Mais oui, c'était d'une logique imparable !

L'autre brun avait monté Kise contre lui !

Il lui fallait donc trouver une solution pour rester le plus longtemps possible ici sans que Kise ne se décide à l'en déloger par la force, dans l'espoir que le loup regagne enfin sa tanière avant que lui, n'en soit parti.

« D'accord, c'est vrai, je l'admets. J'ai peut-être légèrement dépassé les bornes en m'introduisant ici quasi par effraction. Tu as dû avoir peur en me voyant débarquer de nulle part et j'en suis désolé, ce n'était pas mon intention. J-je voulais simplement m'assurer que tu allais bien ! Kagami... il n'a rien voulu me dire à ton propos… et fatalement, j'étais inquiet ! Tu n'as pas l'droit d'm'en vouloir pour ça, alors même que tu es à la fois l'objet ET le responsable de cette angoisse ! »

Des reproches maintenant… ? Non mais il était sérieux, là !? Putain, décidément, Aomine ne doutait de rien et surtout pas de lui-même ! Alors que c'était LUI qui avait provoqué toute cette situation ! Par son indifférence et son incapacité à se remettre en question ! Et alors ne parlons même pas de ses méthodes hautement intrusives et moralement répréhensibles…

« Dégage Daiki, on ne veut pas de toi ici. Je ne me répèterai pas… » Ordonna Kise d'un ton dangereux et cassant.

Là, ça commençait à sentir le roussi et un changement de stratégie s'imposait donc.

« Ok, ok, pardon ! J't'assure que j'voulais pas en arriver là ! Ecoute, t'sais quoi ? T'as raison, j'vais partir, d'accord ? Mais avant que je n'reprenne la route… tu veux bien m'faire un p'tit café ? J'sors tout juste d'une semaine de shift de nuit et tu sais mieux que personne à quel point ça me crève à chaque fois. J'ai b'soin d'ma dose de caféine, c'est tout ce qu'j'te demande et ensuite, c'est promis, je me barre ! »

L'eau venait d'arrêter de couler dans la salle de bain… Il ne restait donc plus beaucoup de temps, avant qu'Haizaki ne se joigne lui aussi à leur petite sauterie. Juste le temps nécessaire au séchage, quoi. (Heureusement, ce court laps de temps est rallongé lorsqu'on a les cheveux longs !)

Kise plissa les yeux comme pour essayer de détecter l'entourloupe. Parce que clairement, il y en avait une. Mais si un minuscule café de rien tout représentait tout ce qu'il fallait pour envoyer paître Aomine de manière définitive, alors Kise était disposé à le lui accorder. La « dernière boisson » du condamné, en quelque sorte, bien qu'en général on parle plutôt de repas… Soupirant de contrariété, le jeune homme se traîna donc jusqu'à la cuisine pour servir… son indésirable « invité ».

Avec un peu de chance, Aomine aurait fini de l'engloutir à temps pour ne pas avoir à croiser Haizaki… Se raccrochant à ce maigre espoir, Kise n'avait même pas réalisé qu'en accédant à sa modeste requête, il venait de tomber entre les griffes de la panthère… Chacun essayait de tromper son adversaire en gagnant du temps et tous les moyens étaient bons pour atteindre cet objectif. Or, il semblait qu'à ce petit jeu-là, Aomine soit le meilleur, puisqu'en effet…

Here comes a new challenger !

« Hey Ryota, j'ai bien réfléchi pour le dîner de ce soir… Qu'est-ce que tu dirais de manger ma saucisse… ? » Interrogea Haizaki, en tombant la mince serviette qui couvrait sa virilité. Ce qu'il regretta aussitôt en apercevant Aomine. « … OH SHIT… ! » Lâcha t-il finalement, sous le coup de la surprise.

L'agent de sécurité se leva alors de son siège et il se tourna vers le nouvel arrivant, qu'il attaqua d'entrée de jeu :

« … Dommage pour toi, Kise n'aime pas les saucisses cocktail. Il les trouve trop petites et préfère les gros boudins noirs… »

Oh shit, en effet…

Haizaki avait on ne peut mieux résumé la situation !

Même pas dix secondes que les deux opposants se faisaient face sur le ring, que déjà, la bataille de zizis avait commencé !

« Raaaah mais quel abruti, il n'a même pas pris le temps de se sécher convenablement ! » Le fustigea mentalement Kise, qui comptait pourtant sur ce précieux répit pour expédier Aomine ad Kagamès !

Et pour cause, le loup se tenait au beau milieu du salon, solide sur ses appuis comme dirait l'autre, la queue à l'air, dégoulinant encore de flotte sur le carrelage. Et bien loin de se laisser rabrouer docilement par Aomine, Haizaki posa ses mains de chaque côté de ses hanches et il bomba le torse pour se donner l'air encore plus impressionnant, contractant bien les muscles en prime (Il se pouvait qu'il se soit SUBTILEMENT hissé sur la pointe des pieds pour paraître plus grand également…) :

« Oi Ryotaaaa, tu peux m'expliquer ce que fout cet immigré Mexicain chez nous !? »

Sous-entendu : « J'espère que ce n'est pas toi qui l'as laissé entrer ou ça va chier pour ton matricule, espèce de crétin ! »

Faisant craquer ses phalanges, puis son cou, visiblement pas pressé de ramasser sa serviette, Haizaki proposa ensuite fort généreusement :

« J'vais me faire un PLAISIR l'reconduire à la frontière… »

« Mais je t'en prie, essaie donc, enculé. » Sourit Aomine. « J'ai hâte de découvrir combien de temps tu vas réussir à tenir cette fois. Parce que je te rappelle que la dernière fois qu'on a échangé quelques coups toi et moi, tu as rapidement abdiqué. Enfin… quand je dis « quelques coups », c'est un euphémisme, puisqu'un tout petit coup de poing a suffi à te mettre au tapis à l'époque… »

« Sauf que les choses ont bien changé depuis, mon pote. En fait, la vraie question, c'est plutôt… Est-ce que tu te sens capable de frapper plus fort qu'un ours, Daiki ? »

Quoi, un ours ? Drôle d'échelle de comparaison ! Et puis d'abord, comment Haizaki pouvait-il précisement savoir avec quelle force frappait un ou-… oh wait… !

« Si la réponse est non, alors j'espère pour toi que tu sais encaisser. Parce que la contre-attaque va faire mal… Mais comme je me sens d'humeur magnanime ce soir, je te propose de me frapper le premier. Et si je puis me permettre un conseil : ne rate pas ton coup. Mets toute ta patate dedans, parce que si tu ne me fous pas K.O. tout de suite, je peux t'assurer que tu vas le regretter… Il n'y aura pas de second coup de ta part, pas de deuxième chance cette fois. »

En temps normal, Kise aurait probablement été le premier à apprécier que deux aussi beaux spécimens du sexe masculin menacent de se foutre sur la gueule pour lui. Et mettent ces menaces à exécution. Mais ce soir, il ne tenait pas spécialement à se trouver aux premières loges pour assister à un tel pugilat, comme c'était présentement le cas. Parce que la perspective de regarder son ex-crush et le nouveau en train de s'écharper, ne l'enchantait guère !

Or, avant que ça « n'escalate quickly », comme on disait ici aux Amériques, mieux valait que Kise intervienne. Il posa donc la tasse de café encore fumante préparée pour Aomine sur la table basse et il se décida par conséquent à passer à l'action, s'interposant sans hésiter entre les deux ennemis naturels.

Et tant pis s'il se prenait une balle perdue ou un « tir ami »…

« Les garçons, pas besoin d'en venir aux mains, hein… Aomine s'apprêtait partir de toute façon ! » Il se tourna vers le principal concerné pour s'adresser à lui. « Alors vas-y, dépêche-toi d'avaler ton putain de café et sauve-toi ! »

Mais malgré le fait que le blond se soit volontairement planté en travers d'eux, les ardeurs des deux mâles qui se disputaient le titre d'alpha ne se calmèrent pas…

Bien au contraire même, cela eut plutôt pour effet d'augmenter la tension et les enjeux entre eux.

« Un ours, carrément ? Regarde-moi ça Kise… Je parie que tu n'avais jamais entendu un tel vantard auparavant… Oi Haizaki, t'as une bien grande gueule pour un mec avec une aussi p'tite bite. » Se moqua Aomine, plus sûr de lui que jamais.

« Elle est peut-être 'petite' comme tu dis, mais en tout cas, ça n'empêche pas Ryota de rêver de s'asseoir dessus… Il me supplie constamment de la lui mettre… contrairement à la tienne, dont il a été tellement dégoûté qu'il ne veut plus entendre parler… » Le provoqua à son tour Haizaki.

Ouuuuh boy

Haizaki n'aurait JAMAIS dû dire cela… Bon, déjà, parce que ses affirmations étaient en partie fausses, en plus d'être totalement irrespectueuses envers Kise. Pour commencer, le harcèlement sexuel dont il faisait actuellement l'objet de la part du blond ne regardait qu'eux. Et puis, c'était très exagéré, pas vrai… ? Mais surtout, ces graves accusations suffirent à annihiler tout espoir de paix, même temporaire, entre les deux phallocrates.

« Allez, amène-toi Daiki. Qu'on reprenne les choses où on les avait laissées et qu'on puisse enfin en finir toi et moi. »

Sur cette invitation des plus chaleureuses, Haizaki ramassa sa serviette et la noua fermement autour de sa taille à nouveau, avant de se diriger vers la baie vitrée qu'il ouvrit. Bon, au moins, il ne comptait pas se battre comme un chiffonnier avec Aomine dans le superbe salon estampillé art déco de Tatie Vivi. Ça ferait désordre, alors autant l'épargner s'il ne tenait pas à se faire dégager à la grenade de leur confortable nid d'amour, par la grande dame d'âge mûr.

Kise tenta bien de retenir Aomine par le bras, mais en vain, puisque ce dernier se dégagea avec une facilité déconcertante.

« Non ! Arrêtez, vous n'allez quand même pas sérieusement vous battre !? Aomine, ce que tu fais ne sert à rien ! Ce n'est pas comme ça qu-… ! »

« … Appelle les flics Ryota. » Le coupa Haizaki. « Et surtout explique-leur bien que je n'ai pas eu d'autre choix que de tabasser ce dangereux cambrioleur qui était entré par effraction chez nous… Invoque la légitime défense ! »

Et puisqu'interpeler Aomine n'avait pas suffi, Kise tenta cette fois sa chance avec l'autre brun.

« Shogo, stop ! » Essaya encore vainement de le raisonner Kise, tandis qu'Aomine rejoignait son opposant sur la terrasse, au bord de la piscine. « Ignore-le ! Ne rentre pas dans son jeu, je t'en prie ! »

« Ecarte-toi Ryota. Il est grand temps que cet abruti comprenne à quel point j'ai changé et qu'il nous laisse enfin tranquilles pour de bon. »

Gentiment, mais fermement quand même, Haizaki poussa Kise sur le côté, l'éjectant de leur trajectoire et il fit uniquement face à Aomine, qui lui, se trouvait dos à la piscine.

Personne n'écoutait Kise, une fois de plus… Comme si son avis était aussi peu pertinent que totalement dispensable.

« N'oublie pas : tu n'as droit qu'à un seul coup, alors vise bien et fort… » Lui rappela Haizaki, en se tapotant la joue droite du bout de son index, comme pour indiquer sa cible à Aomine.

Ce dernier était justement en train de faire rouler son épaule et son bras pour s'échauffer.

« T'inquiète. Un bon coup, c'est tout ce dont j'ai besoin pour te faire fermer ta grande gueule de voyou à tout jamais. »

De son coté, après avoir rappelé les consignes à son adversaire, Haizaki se mit en position à son tour, écartant légèrement les jambes pour raffermir sa prise sur le sol et ainsi mieux se préparer à recevoir l'impact imminent.

Kise n'en croyait pas ses yeux.

Ils allaient vraiment le faire !

Se mettre sur la tronche, sous ses yeux mais surtout, POUR ses beaux yeux.

Ou plutôt par sa faute !

Non… il paraissait clair à ce stade que Kise n'était qu'un prétexte lamentable afin de régler leurs comptes.

Haizaki avait pas mal pris en muscle depuis le lycée. Il n'avait vraiment plus à rougir face à Aomine. Mais est-ce que cela allait suffire et surtout, changer quelque chose à l'issue de ce match déséquilibré ? Aomine était réputé pour posséder une bonne droite et Haizaki pouvait en attester mieux que personne. Alors avait-il la moindre chance de ne pas se faire étaler en beauté ? Kise ne voulait pas se forcer à regarder cela pour le vérifier, dans tous les cas. Il préféra donc fermer les yeux, puisque ses revendications étaient copieusement ignorées.

Mais tout à coup, une main chaude se posa sur son bras, comme pour le rassurer.

Kise rouvrit les yeux pour regarder à qui elle appartenait.

Haizaki…

« Don't worry babe, he won't hurt me. Fais-moi confiance. »

Main qui dériva sur sa taille, puis sa hanche et le rapprocha de lui.

« J'ai le droit à un petit bisou d'encouragement ? Histoire de bien achever de le faire enrager pour qu'il donne tout ce qu'il a ? » Murmura le loup dans le cou de son renard.

Son cœur se mit à battre la chamade et ses jambes flageolèrent. Cette voix doucereuse et profonde lui faisait toujours des choses…

« Abruti ! » Le repoussa malgré tout Kise, avant de ne plus parvenir à le faire. « En vérité, tu ne vaux pas mieux que lui ! Tous les deux, vous vous fichez bien de ce que je peux vouloir et ressentir ! Personne ne me consulte jamais ! Parce que depuis le départ, vous aviez décidé de vous battre, peu importe la raison ! Je ne suis que la bonne excuse qui vous permet de justifier ce stupide affrontement ! » Répliqua le blond, les yeux humides de rage et de déception. « J'en ai vraiment plus qu'assez de vous deux ! Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre, alors allez-y, battez-vous, puisque vous semblez y tenir à ce point ! Mais je vous préviens : vous ne me forcerez ni à regarder, ni à prendre parti ! » Prévint-il avant de s'éloigner pour rentrer à l'intérieur.

S'ils tenaient tant que ça à se taper dessus et que Kise ne pouvait les en empêcher, soit, mais pas question de rester planté là à compter les points pour autant !

Agent de Sécurité mateur de racaille vs Ex-Zoku vénère : ROUND ONE : FIGHT !

Mais à peine venait-il de leur tourner le dos, qu'il entendit Aomine pousser un cri guttural, puis le bruit sec et caractéristique d'un impact, comme un os qui se brise, rompit le silence de la nuit. A une telle hauteur, on se retrouvait isolé du bruit environnant de la vie qui ne dort jamais. La lumière bleutée aux reflets éthérés qui était projetée par des spots situés au fond de la piscine, conférait à la scène une atmosphère presque flottante, irréelle. Comme s'ils se trouvaient déjà en train de traverser le fleuve Styx…

Kise fit presque aussitôt volte-face, uniquement pour apercevoir Haizaki affalé sur le dos. La force du coup de poing d'Aomine avait été telle, qu'elle l'avait couché sur place. Impossible qu'il se relève après ça, en admettant qu'il ne soit pas déjà inconscient bien entendu… Ah ça… Aomine en avait bien profité pour relâcher en une seule fois l'intégralité sa rage jusqu'alors difficilement contenue. Il avait pris de l'élan et frappé si fort qu'Haizaki en était tombé net à la renverse.

Le basané secoua son poing endolori, qui paraissait salement enflé et cramoisi. Tu m'étonnes, s'il l'avait chargé comme un taureau furieux ! Pour sûr, il n'y était pas allé de main morte, dans tous les sens du terme. Si bien qu'il semblait littéralement avoir dégommé le pauvre Haizaki, bam, façon quille de bowling, en l'envoyant valser sans remord !

Ola le beau one shot punitif qui fait bien mal à la fierté ! FATALITY !

Mais contre toute attente, tandis que Kise allait se précipiter au chevet de l'ex-délinquant, celui-ci rouvrit les yeux brusquement, faisant sursauter son camarade. Enfin SES camarades, même, puisqu'Aomine fut tout aussi surpris. Comment… un coup d'une telle violence ne l'avait-il pas plongé dans les vapes !? C'était tout bonnement impossible ! Et pourtant, Haizaki trouva la force de se remettre sur pied, vacillant un peu certes, mais il parvint tout de même à se redresser tel un vampire sortant de son cercueil au prix de quelques efforts. De là, il se massa le bas du visage d'un air ennuyé.

« Putain… je vois que tu n'as rien perdu de ton célèbre… punch… La vache, je suis sûr que t'es pas passé loin de me démettre la mâchoire ! » Parut le féliciter le fanatique de cuisine Italienne.

Mais ces éloges furent de courte durée. Aomine était visiblement aussi choqué que Kise de l'avoir vu se relever de la sorte. On aurait pu croire qu'ils venaient d'apercevoir un fantôme ! Non mais vraiment, sans exagérer, Aomine aurait pu le tuer ! Kise pouvait entendre très distinctement le craquement sinistre qui avait suivi la commotion !

Pourtant, voici qu'Haizaki était déjà sur pied, beaucoup trop pimpant pour que ce ne soit pas flippant, si ce n'était sa narine gauche qui saignait abondamment.

« Bien, tu as eu ta chance : c'est donc à moi maintenant ! » Déclara t-il en crachant un mollard ensanglanté, suivi d'un reniflement sec.

Un peu comme s'il venait de ravaler son ego… et comptait bien faire de même avec celui d'Aomine.

Sans crier gare, il se précipita poing en avant vers Aomine, qui para aisément le coup avec son avant-bras. Mais bien loin de décourager Haizaki, son sourire narquois s'intensifia même. Il avait deviné qu'Aomine tenterait de se défendre. Encaisser, ce n'était pas son truc. Non, le sac de frappe, c'était plutôt lui. Lui qui était habitué à prendre des coups, plus qu'à en donner. Bizarre… le coup avait été étrangement faible et facile à arrêter. Riant comme un possédé, Haizaki en profita alors pour lui asséner un coup de genou bien placé. Aomine ne réalisa son erreur qu'au moment où il sentit son ventre se tordre de douleur.

Merde ! L'enfoiré ! Ce premier coup de poing n'était en réalité qu'un leurre pour détourner l'attention du métis ! Le loup était un animal sournois. Il savait pertinemment qu'il ne pourrait pas gagner en misant tout sur la force brute, face à une panthère plus agile et puissante que lui. Il devait donc parier sur l'effet de surprise à la place et son coup de genou fut si vif qu'il coupa nette la respiration d'Aomine, le faisant perdre l'équilibre par la même occasion. Basculant en arrière, comme si on venait de lui couper l'herbe sous le pied, Aomine eut le réflexe salvateur de tenter de se raccrocher à ce qu'il pouvait.

Il tendit la main pour se rattraper.

Mauvais timing

Parce que la serviette d'Haizaki était restée au sol, n'ayant pas suivi sa résurrection et par conséquent, les doigts du basané se refermèrent donc sur…

!

… L'attribut viril du lupin, l'entraînant dans sa chute à pic au fond de la piscine, sous le regard ébahi de Kise !

Lui qui avait justement prévu d'aller chercher un seau d'eau ou de glaçons pour calmer leurs hormones belliqueuses…

Aïe… Il en avait mal pour Haizaki rien que d'y penser…

Et pour lui aussi, accessoirement. Entre ça et son nunus en feu, les forces cosmiques de l'Univers semblaient s'être liguées contre l'idée même qu'ils puissent forniquer peinards ce soir ! Mais l'heure n'était pas à l'apitoiement, puisqu'après leur gros plouf, le duo d'antagonistes refaisait déjà surface, chacun à un bout du bassin. Kise fronça des sourcils. Ah cette fois, ils allaient l'entendre, que ça leur plaise ou non ces deux incorrigibles mioches mal torchés ! Parce que s'il ne mettait pas très vite un terme à leur différend, ils allaient très certainement se resauter à la gorge aussitôt hors de l'eau !

Quoi qu'il en soit, toute cette agitation et ce vacarme patenté avaient attiré l'attention de Zébu, qui galopait à présent vers eux pour mieux assister au règlement de comptes entre son maître et le mystérieux squatteur inconnu.

« AAAAAAAAH BORDEL DE MERDE ! T'es témoin Ryota ! Ce connard de jaloux a essayé de m'arracher la biiiiiiiiiiiite ! »

« Ewww Kise, t'as pas une bouteille d'acide qui traîne quelque part ? Faut immédiatement que je me décape la main avec ! »

« Putain, j'l'savais pourtant que j'aurai pas dû épargner ses couilles ! Si seulement j'avais visé un tout petit peu plus bas ! » Regretta instantanément Haizaki, en s'ébrouant à la manière d'un chien sur la pelouse.

« Saloperie… » Toussa Aomine, en crachant ses poumons. « J'ai bu la tasse… j'espère que… vous avez pas baisé dans cette piscine… pitié, je vous en supplie dites-moi que je ne viens pas d'avaler par inadvertance des résidus de têtards d'Haizaki … »

« Grrrrmmpfff… Dire que si tu n'avais pas débarqué à l'improviste ce soir, on aurait sans doute ENFIN eu l'occasion de la baptiser cette satanée piscine ! » Pensa Kise en serrant les dents.

Pas de doute, ils étaient bien maudits…

Haizaki se pencha pour ramasser sa serviette au sol et il la repassa autour de sa taille avec toute la dignité qu'il lui restait, tandis qu'Aomine s'extirpait à son tour du réservoir, avant de venir s'écrouler sur la terrasse en teck.

« C'est bien fait pour vous ! » Les houspilla Kise, sans la moindre compassion. « Si seulement vous m'aviez écouté au lieu de vous écharper inutilement, comme deux vulgaires chats de gouttière ! »

Il soupira d'agacement, malgré tout quelque peu rassuré que la baston se soit enfin terminée sans blessure majeure… mais pour combien de temps ? Avec ces deux imbéciles, la moindre parole de trop pouvait suffire à remettre le feu aux pouTres… (Et on parle bien de celles qu'ils avaient entre les jambes.) Le jaune distribua donc une serviette à Aomine pour qu'il puisse se sécher lui aussi. Heureusement que Kise en gardait toujours un tas à disposition près du bassin.

Aomine, lui, alla s'asseoir sur un bout de pelouse, chacun conservant ses distances et restant sagement dans son coin, histoire de récupérer pour le moment. Il commença à déboutonner sa chemise noire, dévoilant un torse toujours aussi attrayant et il attrapa la serviette que Kise lui lança, façon passe au basket.

Mais en réalité… Kise avait agi par pure politesse. Parce qu'aujourd'hui, il ne se souciait absolument plus d'Aomine et déjà, le manque de proximité avec Haizaki se faisait cruellement sentir. Le brun n'était pourtant qu'à quelques mètres de lui, lui tournant le dos, mais pour Kise, c'était beaucoup trop. Il se déplaça donc jusqu'à son colocataire, les doigts tremblant subrepticement. Il avait eu peur. Il s'était senti impuissant.

Voir Haizaki allongé ainsi sur le dos, laissé pour mort, même l'espace de quelques secondes… Kise en frissonna rien que d'y repenser. Aomine était complètement taré d'avoir frappé aussi fort ! Sentant une présence derrière lui, Haizaki se retourna lentement, méfiant, et quasi aussitôt deux mains fines et douces se posèrent délicatement de chaque côté de son visage. Etonné, le rebelle se laissa pourtant faire, restant parfaitement immobile.

Lui et Kise n'avait pas toujours besoin de se parler pour se comprendre.

Car il existait à présent un lien certes encore ténu entre eux, mais plus solide qu'il n'y paraissait. Kise ressentit un immense soulagement en constatant qu'Haizaki n'était pas blessé en apparence. Enfin, pas gravement, du moins. Quant à Haizaki, lui aussi se sentait soulagé de voir que Kise avait choisi son camp à lui. Pour une fois. Finalement. Leurs lèvres s'effleurèrent tendrement mais Haizaki recula au moment où elles allaient s'unir et il fit signe à Kise de plutôt regarder en direction d'Aomine.

Ce dernier pleurait en effet à chaudes larmes dans son coin, abandonné de tous…

Il avait tout perdu à l'instant même où il avait laissé Kise lui échapper et partir…

Et ce soir, il avait s'agi du rappel de trop.

Finalement, voir où allait la véritable préférence de Kise était encore plus dur à encaisser que les coups de ce serpent d'Haizaki…

« Vingt minutes. »

« Hmm… ? » Sursauta Kise, perdu dans ses pensées et tiraillé par un fort sentiment de pitié en fixant Aomine.

Sentiment apparemment partagé par Haizaki.

« Vingt minutes. Pas une de plus. C'est le temps que je laisse à ce fils de pute pour te dire ce qu'il a à te dire et se tirer ensuite de chez moi, non, de chez nous. Pour toujours. Que je ne revois plus jamais sa face de con, parce que la prochaine fois, je le bute sans sommation, me suis-je bien fait comprendre…? » Lança dangereusement Haizaki, à voix basse.

Et le connaissant, il ne s'agissait sûrement pas de paroles en l'air…

Après tout, l'ex-natté possédait un flingue… et il ne se trouvait sûrement pas là pour la décoration…

Haizaki rompit donc le contact en premier avec Kise et il rentra à l'intérieur pour aller se chercher une clope bien méritée et passer quelques fringues sur son dos par la même occasion. Kise inspira profondément avant de retourner auprès d'Aomine.

« Da-Daikicchi… ? » Souffla t-il d'une voix douce.

Normalement, Kise pouvait se vanter d'être plutôt doué pour consoler autrui. Sa bonne humeur était communicative comme un rayon solaire ! Mais ce soir… et surtout face à Aomine, il ne savait que dire… C'était bien la première fois qu'il se retrouvait à court de mots d'encouragement…

Il posa timidement une main sur l'épaule de la panthère et celle-ci s'en saisit alors, refusant de la lâcher.

« J'ai tout gâché Kise putain… »

« Mais non… Ne dis pas ça… »

« Bon sang, du nerf Ryota ! Ce n'est pas ainsi que tu vas réussir à le convaincre ou à le consoler ! » Se motiva mentalement le renard.

Il s'assit à côté d'Aomine, qui refusait toujours de le regarder, fixant le sol. Ça n'allait vraiment pas fort, en somme… D'ailleurs à bien y repenser, c'était la première fois que Kise voyait son ami pleurer. Ça faisait bizarre… Aomine semblait si fort en toutes circonstances d'habitude, frôlant parfois l'insensibilité caractérisée, voire la constipation sentimentale…

« Je suis sûr que tout va s'arranger ! » Sourit doucement le soleil ambulant.

En effet, l'avantage, quand on a touché le fond, c'est que l'on ne peut que remonter ! Même si Kise se garda bien de formuler cette conviction personnelle, au vu des circonstances. Ça pourrait enfoncer encore davantage Aomine et ce n'était pas le but recherché.

« Tu n'comprends pas… Tout fout l'camp d'puis que t'es parti… »

« Mais non, tu exagères ! Regarde, tu as Kagamicchi maintenant ! Enfin, tu l'avais déjà, mais j'veux dire vous êtes enfin ensemble à présent ! Après toutes ces années, tu te rends compte ? C'est génial ! Ça tient du miracle ! Et ça ne serait sûrement jamais arrivé si j'étais resté dans tes pattes ! »

Oui, voilà, bon plan ça, parler de Kagami ! De quoi détourner l'attention de sa personne !

« Kagami… ? Arrête, c'est le fiasco complet avec lui… » Vociféra Aomine.

Ahahaha… Merde, Aomine en était donc conscient lui aussi, alors ? Kise avait naïvement espéré qu'il ne s'agissait que d'une erreur d'interprétation de la part du tigre…

« Allons, allons ! Ça ne peut pas être SI grave que ça, voyons ! »

Il lui aurait bien collé quelques tapes dans le dos, mais Aomine refusait toujours de lâcher sa main…

« C'est même pire que ça… »

« Pfff… Juste parce que tu n'baises pas ? T'es pas l'seul, j'te signale sale égoïste ! » Avait envie de lui HURLER Kise dans les tympans.

Son regard s'égara vers l'appartement. Où un Haizaki NU et humide l'attendait…

Raaaaah mais POURQUOI !? Aomine avait bien choisi son soir pour débarquer, ça c'est sûr !

Le renard fit la moue en réalisant que ce ne serait pas aujourd'hui non plus qu'il se ferait tirer par le loup…

Mais revenons-en plutôt à notre malheureuse panthère déprimée !

« Pourquoi tu dis ça ? »

Bon, Kise le savait très bien, hein. Mais la bienséance exigeait qu'il pose la question, parce qu'après tout, il n'était pas supposé être au courant.

« On ne… on n'a pas de… relations intimes. Aucune. »

Wow… Cette formulation était surprenamment pudique et respectueuse de sa part, pour un amateur de gros nibards un peu beauf' sur les bords ! Mais du coup, est-ce que cela voudrait dire que cette situation lui pesait également ? Kise aurait plutôt pensé que seul le tigre en souffrait, puisqu'il semblait davantage s'agir d'un choix venant uniquement d'Aomine.

« KWAAAA, KEUUUMEEEENTTT, QU'OUIIIIIIE-JE ? » Surjoua Kise, comme à son habitude lorsqu'il était question de mentir ou de faire semblant d'ignorer un fait. Il ne désirait pas trahir la confiance que Kagami avait placé en lui. « Mais je ne comprends paaaas, vous vous entendez siiiii biiiiiiiien pourtant ! »

Paie ton naturel…

Heureusement, Aomine était aussi paumé en la matière que son partenaire romantique et il ne remarqua donc rien.

« Ouais… Enfin, j'crois… »

« Baaaaah ça vient d'où alors ? » Bon, ça ne plaisait pas vraiment à Kise de devoir en arriver là, mais le temps lui était compté… « Ce serait un truc physiologique ? T-tu n'as pourtant eu aucun mal avec moi ahahaha…. ermmm… »

« Mais c'était pas pareil. Parce qu'avec toi, il n'y avait aucun sentiment, aucune ambiguïté… C'était juste comme ça, une envie physique à assouvir sur le moment. »

Comme un besoin naturel, quoi…

Ah bah d'accord… sympaaaa… Bien que Kise s'en doutait et l'avait compris avec le temps, mais entendre ça il y encore quelques temps et avoué avec un tel dédain, ça l'aurait sûrement dévasté…

Mais bizarrement, aujourd'hui, ça ne lui faisait plus rien…

Sans doute grâce à Haizaki.

Ou alors, il avait eu le temps de se faire à l'idée que pour Aomine, leur petite incartade n'avait jamais été qu'un coup d'un soir, sans importance. Sans aucune signification. Or, en apprenant que la vie sexuelle des deux fauves était aussi plate qu'une fille sans sein à qui on aurait collé des roulettes pour la transformer en skateboard, puis conforté par le fait de voir Aomine débarquer de nulle part ce soir, Kise avait pensé que… peut-être… le bleu était venu pour le reconquérir…

Ou plus exactement, le conquérir tout court. Mais ça ne semblait pas être le cas non plus. Alors pourquoi ? Quelle était la raison profonde de sa présence en ces lieux ? Peut-être… avait-il besoin de parler ? De se décharger de ce qu'il avait sur le cœur ? Mais… il avait Kuroko et Momoi pour cela déjà, non ? Pour quelle raison ne leur en parlait-il pas à eux… ?

Oh mais bien-sûr, c'était évident en fait…

Pour la simple et bonne raison que Momoi était devenue une Himuro à présent et que, mariée au frère de cœur de son petit-ami, elle aurait sans doute pris le parti du tigre esseulé. Tout comme Kuroko, d'ailleurs, à n'en point douter. Le petit fantôme était devenu bien plus proche de sa seconde lumière qu'il ne l'était resté de la première.

Enfin bon, c'était tout de même relativement douloureux à entendre, mais le tact n'avait jamais été le point fort d'Aomine… Mais au regard de la situation, Kise se sentait disposé à le pardonner pour sa trop grande franchise.

« Ah hmm… mais qu'est-ce qui te gêne alors ? Tu ne te sens pas attiré par lui ? Il ne te plaît pas physiquement, c'est ça ? » Tenta Kise.

Bon sang, c'était lui qui se sentait gêné, là… Il se grattouilla la joue, embarrassé. En réalité, il n'avait aucune envie de jouer les conseillers conjugaux et encore moins les sexologues avec son ancien meilleur ami, (… mais qui était donc le nouveau… ?) cependant, c'était le prix à payer pour s'en débarrasser rapidement.

Brusquement, le système d'arrosage automatique se mit en route, menaçant d'éclabousser les deux jeunes hommes et Kise aida Aomine à se relever.

« Viens, on va continuer cette discussion à l'intérieur avant de finir à nouveau trempés ! »

Bon, vous me direz encore pour Aomine, ce ne serait pas trop grave, il venait de piquer une tête dans la piscine de Tatie Vivi après tout, mais Kise ne tenait pas spécialement à tomber malade à quelques jours de son départ pour les îles. Voilà qui serait fâcheux…

Ils s'installèrent donc dans le sofa, enfin, seulement Kise, Aomine avait encore le cul tout mouillé et le blond ne voulut prendre aucun risque de ruiner le cuir. Il l'invita donc à s'asseoir sur un pauvre tabouret lolilol bien fait ! En plus, son café était tout froid maintenant, bien fait ça aussi !

Et tandis qu'ils allaient reprendre leur conversation là où ils l'avaient laissée, Haizaki fit irruption dans le salon. Il s'était rhabillé, ayant passé un pantalon jogging rouge à bandes dorées un peu lâche sur les hanches et un débardeur noir un peu… court qui laissait entrevoir la naissance de son pelvis… Ah bordel, qu'est-ce que Kise aurait aimé pouvoir tirer sur le cordon de son pantalon pour qu'il tombe…

C'était juste foutrement sexy… ce 'V' parfait formé par le corps d'Haizaki… cette peau dénudée si blanche qui ne demandait qu'à rougir, qu'à être embrassée, griffue, mordue… Kise se rongea nerveusement l'ongle du pouce en le voyant débouler dans une tenue si simple et pourtant si évocatrice à la fois. Par réflexe, il ramena même ses genoux contre son torse, comme pour se protéger de cette vision tentatrice.

« Où est-ce que tu vas comme ça ? »

Il était tellement occupé à le MATER sans vergogne qu'il n'avait même pas remarqué le ballon de basket confortablement calé sous le bras du brun.

« Juste faire quelques paniers dans le jardin. »

Ah ouf, il ne comptait donc pas sortir du complexe, cela rassura quelque peu Kise.

« Ok, mais fais attention, ça doit sûrement glisser… l'arrosage automatique vient de se mettre en route… »

« Ouais, ouais… » Lâcha Haizaki en lui faisant un rapide signe de la main avant de sortir.

Sans même lui jeter un regard.

… Etait-il vexé… ?

Son cœur se serra à cette perspective. Mais d'un autre côté… cela voudrait également diiiiiiire qu'Haizaki serait…

JALOUX ?

Jusqu'ici, le voleur de techniques ne s'était jamais montré très possessif envers lui… Alors son comportement actuel étonnait Kise. Non, il se trompait probablement…

Et pourtant…

Il lui semblait bien qu'Haizaki était d'un tempérament possessif… Il n'y avait qu'à voir comment il volait dans les plumes d'Akashi à l'époque, lorsque ce dernier avait le malheur d'un peu trop s'approcher de Nijimura…

Oui, Haizaki se montrait sans nul doute d'une nature prompte à la jalousie.

Juste pas avec lui, c'était tout…

Il se passa une main sur le visage et reporta son attention vers Aomine.

Mais déjà, il ne l'écoutait plus que d'une oreille…

« … Pour vous payer une piaule pareille… ? »

« Hein, pardon ? »

Ah ben non, apparemment, il ne l'écoutait même plus du tout.

Et ils avaient changé de sujet, au passage. Pas sûr que cela arrange Kise au final, même si au moins, il n'aurait plus à entendre Aomine se lamenter sur son manque de libido…

« Je demandais : et toi, comment tu peux te payer une piaule pareille avec Haizaki ? » Fit-il en regardant tout autour de lui.

C'était juste IMMENSE. La vraie vie de château ! Et les prix pratiqués dans la Ville des Anges étaient prohibitifs…

« Vous avez gagné à la loterie ou quoi ? Et puis d'abord, il fait quoi dans la vie Haizaki ? »

Clairement sous-entendu « des arnaques… » Kise fronça des sourcils, n'appréciant guère les insinuations du basané…

« Il vivote de petits boulots et il complète ses revenus avec des tournois de Poker. » Exposa Kise, menton posé dans le creux de la main. « Pourquoi… ? »

Oh, mais il savait très bien où Aomine voulait en venir…

Qu'il OSE seulement le formuler…

Et Kise le lui ferait regretter…

Amèrement.

« Tu sais très bien pour quelle raison je te pose ces questions… » Répondit évasivement Aomine, sans doute pour éviter de jeter de l'huile sur le feu. Ou du Tabasco… (Oui, sa précédente mésaventure allait laisser Kise traumatisé encore pour longtemps !)

« Désolé de te décevoir, mais pas du tout. En même temps, je croyais te connaître jusqu'à il y a encore peu de temps, mais je me suis rendu compte depuis que ce n'était pas du tout le cas, alors comment pourrai-je deviner ce qui te trotte derrière la tête cette fois ? »

« Ou plutôt ce qui se trame dans ton cerveau MALADE… » Avait failli lui balancer Kise.

Mais contrairement à Aomine et fort heureusement pour lui, le blond maîtrisait plutôt bien cet art nommé « diplomatie » ou « langue de bois », pour les moins hypocrites.

« C'est bon, l'prends pas comme ça non plus… » Soupira Aomine, devinant qu'il s'aventurait sur un terrain glissant.

« Et comment dois-je le prendre alors ? » Rétorqua agressivement Kise, avant de se calmer. « Ecoute, je sais très bien que tu n'as jamais aimé Haizaki… Enfin, « jamais », c'est peut-être un terme un peu fort, mais disons que… ça fait déjà un moment que tu ne le portes plus dans ton cœur, en tout cas. Pourtant… tu devrais essayer de revoir ton jugement sur lui… Tout comme je l'ai fait. »

« Et pourquoi donc ferai-je quelque chose d'aussi insensé ? » Ce fut à son tour de froncer des sourcils. « Tu t'es peut-être laissé entourlouper, mais pas moi ! Je vois clair dans son jeu à ce fumier ! Et je peux t'assurer qu'il actuellement en train de se jouer de toi Kise ! »

« … »

Le jaune soupira et il taxa une cigarette du paquet qui traînait sur la table basse devant lui, la faisant nerveusement rouler entre ses doigts fins.

« Tu me prends vraiment pour un idiot à ce point, Aominecchi ? Tu crois vraiment que je laisserai Haizaki me faire encore un sale coup sans réagir ? Que je ne verrai rien venir ? Désolé de te décevoir, mais je ne suis pas aussi naïf que toi… Je ne l'ai jamais été, d'ailleurs… »

« C'est impossible qu'Haizaki puisse me tromper. Parce que le plus manipulateur de nous deux… c'est moi. Et de loin. » Pensa t-il.

« Maintenant, écoute-moi attentivement… Si Haizaki n'avait pas été là, je ne me serai jamais libéré de ton emprise. »

« Emprise », carrément.

Le mot était lâché et fit l'effet d'une bombe. Mais Kise ne laissa pas le temps à Aomine de digérer l'explosion.

« … Entends-moi bien. Je ne te reproche absolument rien, j'en étais le prisonnier volontaire. Mais j'avais investi tellement d'espoir et d'énergie dans cette relation pourtant vouée à l'échec, dans cet amour à sens unique, que je refusais de voir la réalité en face. Que tu ne m'aimais pas et que tu n'en serais jamais capable, malgré tous mes efforts et toute mon affection pour toi. Et puis, Haizaki est entré par hasard dans ma vie. Ou peut-être pas, mais qu'importe… Il m'a forcé à ouvrir les yeux. Et cette attirance que j'avais toujours ressentie pour lui sans vouloir me l'avouer, m'est revenue comme un boomerang en pleine figure. Aujourd'hui, si je suis à nouveau capable de sourire et de rire sans devoir faire semblant, c'est grâce à lui. Et tu aurais tout intérêt à te montrer un peu plus reconnaissant envers lui toi aussi. Car s'il n'avait pas été là, tu serais toujours en train de ramer avec ton tigre… Merde, tu serais même carrément en train d'attaquer la falaise à l'heure qu'il est et ce, depuis belle lurette ! »

Choqué par les paroles du Kitsune, Aomine serra à nouveau le poing. Celui-là même qui avait percuté la jugulaire d'Haizaki un peu plus tôt et qui était encore légèrement douloureux.

« Pourquoi tu prends sa défense à ce point !? Qu'est-ce qu'il a de si extraordinaire pour t'avoir complètement retourné contre moi !? » Cria le brun en se levant. « On dirait qu'il t'a bouffé la cervelle ! »

Mais Kise ne se laissa pas impressionner par les grands airs de son ami. Il osa même soutenir son regard révulsé par la rage… et la jalousie.

« Il en a fait plus en dix jours pour moi, que toi en dix ans Daiki ! C'est ça la vérité que tu voulais entendre !? »

Le blond préféra se calmer. Se laisser emporter serait la pire des issues…

« … Il a besoin de moi. »

« Et moi, tu crois que je n'ai pas besoin de toi peut-être !? » Cria encore Aomine, les yeux à nouveau humides.

« Il est extrêmement seul, Daikicchi… Depuis que je vis avec lui, famille, amis… personne ne l'a jamais appelé. Personne n'est jamais venu le voir. Personne ne prend de ses nouvelles, ni ne se soucie de ses problèmes ou de son avis, de ses envies, de ses aspirations… Lui, il n'a pas la chance d'être entouré comme nous… » Expliqua Kise, main sur la poitrine en signe de sincérité.

Parce que… la solitude d'Haizaki le touchait.

Même si le brun n'en disait rien, Kise pouvait sentir qu'il en souffrait et qu'il voulait changer. Non, il ne faisait pas que vouloir, il essayait même déjà. Et c'était infiniment plus courageux que lui et Aomine qui, par peur de devoir plonger les mains dans la mélasse, refusaient tout bonnement d'agir. De remettre en question. De SE remettre en question.

Mais la vérité, c'est que Kise ne se montrait pas totalement franc non plus. Alors Haizaki pouvait bien le manipuler lui aussi au final, ce serait mérité… Parce qu'il se servait de la propre solitude d'Haizaki pour tromper la sienne. On peut être entouré, mais se sentir seul. Sauf qu'au moins, Kise possédait l'avantage de savoir que quelqu'un serait toujours disposé à l'écouter et à le consoler. Cependant, Haizaki pouvait-il en dire autant ?

Non.

« Et c'est encore lui qui a insisté pour que je te parle comme je le fais en ce moment. Parce que si ça n'avait tenu qu'à moi, je t'aurai mis dehors sans regret au vu du scandale que tu viens de causer… Alors le moins que tu puisses faire… c'est d'au moins faire preuve d'un minimum de respect envers lui. »

« … »

« C'est pourquoi… j'aimerai que tu ailles t'excuser auprès de Shogo, Aomine. Fais-le pour moi, s'il te plaît. S-si… notre amitié compte toujours ou a un tant soit peu compté pour toi un jour… Sois un peu sympa pour une fois avec quelqu'un qui a eu moins de chance que toi dans la vie… »

L'immense as du basket, sa majesté royale Aomine soupira, ennuyé.

« Ok, j'ai compris… Mais… que ce soit clair : c'est seulement pour toi que je le fais. »

?

Jamais, ô grand jamais, Kise ne se serait attendu à ce qu'il accède à sa requête ! Et pourtant, Aomine marcha d'un pas décidé vers la baie vitrée et il alla rejoindre Haizaki dehors. Kise se plaqua à toute vitesse contre la vitre, des étoiles plein les yeux, tel un gosse le matin du Réveillon, pour observer cette réconciliation à laquelle il n'aurait pas cru pouvoir assister de son vivant !

C'était un authentique MIRACLE DE NOWEL !

… En juin. Avec six mois d'avance, quoi. Ou de retard.

« Je ne savais pas qu'il t'arrivait encore de jouer au basket… » L'accosta en douceur Aomine.

Vu leur passif, mieux valait effectivement partir sur un intérêt commun ou une discussion neutre pour établir le contact.

Cette stratégie sembla fonctionner, puisqu'Haizaki lança un regard en coin à son interlocuteur.

Hmm… Peut-être que… Kise avait raison… Peut-être qu'Haizaki avait réellement changé…

Même son apparence était différente.

Beaucoup plus musclé qu'avant, il avait délaissé ses nattes africaines de petite racaille sans envergure et même son visage s'était adouci. Il n'arborait en effet plus cet air cruel et terriblement suffisant. Ou alors… serait-ce l'effet « Kise cool » ? (Non, je n'ai absolument pas honte de ce jeu de mots douteux !) Peut-être qu'à force de vivre avec le blondin, ce dernier avait fini par déteindre et exercer sa bonne influence sur son turbulent colocataire ?

« Comme tu peux l'voir… »

« Moi aussi, j'y joue encore occasionnellement. Nan en fait, on peut même dire que je m'y suis pas mal remis en fait, depuis que je suis en couple avec Taiga… »

« Ecoute mec… » Le coupa sèchement Haizaki. « Si c'est Ryota qui t'envoie pour t'excuser, c'est pas la peine. Tes excuses, j'en veux pas. Je les emmerde, même. Et tu peux te les foutre au cul, connard. »

Awi.

Quand même.

Certains avaient la rancune tenace.

Aomine se racla la gorge.

Cette pourriture ne comptait pas lui faciliter la tâche, en se montrant ouvertement véhément…

Preuve qu'Haizaki n'avait sans doute pas changé tant que ça au final…

« Ermm… non, j'crois que t'as pas très bien compris comment ça allait se passer là… Alors laisse-moi t'expliquer : pour commencer, c'est toi qui vas écouter. J'ai aucune putain d'envie de te présenter mes excuses, parce que j'estime n'avoir rien fait de mal. Ok, ma méthode laissait peut-être à désirer, mais j'te rappelle que vous ne m'avez pas laissé le choix. Et moi, je ne sais pas cacher ma véritable nature… Porter la peau d'un mouton de Panurge pour dissimuler sa véritable apparence, c'est un truc de lâche ça… A ton image. Et tout ce que tu as reçu de ma part jusqu'ici, était amplement mérité. » Sourit Aomine.

« Si tu comptes essayer de récupérer Ryota, laisse-moi te dire que… »

« J'suis pas v'nu ici pour ça, rassure-toi. Mais pour t'évaluer, toi. Et ça, c'est tout de suite nettement moins rassurant pour ton cul… »

« Oh. Alors si sa Seigneurie a daigné nous payer une petite visite, c'était uniquement dans le but de me tester ? Wow… Je ne sais pas si je dois me sentir flatté ou insulté ! »

« T'as peut-être réussi à embobiner Kise avec ton baratin de joueur de Poker professionnel et tes belles promesses de changement que tu n'as aucunement l'intention de tenir, mais pas de bol, parce qu'avec moi, c'est une toute autre rengaine… L'indulgence et le pardon, c'est pas mon truc, tu vois. »

La panthère se posta bien devant le loup pour lui faire face, montant même sur l'estrade en bois afin de se trouver au même niveau que lui. Bras croisés sur son torse comme pour mieux en faire ressortir les muscles et à la fois prouver qu'il ne se laisserait pas avoir, Aomine reprit :

« J'sais pas comment un parasite de la société dans ton genre fait pour mener une telle vie de luxe… Mais… j'suis d'avis que ça n'a rien de très légal… Kise se moque peut-être de la façon dont tu gagnes ta croûte, mais pas moi ! » Haussa t-il le ton pour se conférer plus d'autorité.

Et s'il y avait bien une chose à ne pas faire avec Haizaki, c'était essayer de passer en force… Ça avait tendance à le braquer, mais cela, Aomine l'ignorait. Et quand bien même il aurait été au courant, cet état de fait n'aurait probablement rien changé.

Haizaki répondit par un ricanement mauvais.

« Ce que je fais… ? Mais rien de plus que toi ou Ryota… Il se trouve simplement que mon corps est mon principal outil de travail… au même titre que vous… »

Il se pencha alors soudainement vers l'oreille du bronzé et y murmura, provocateur :

« … Et je sais très comment en user, pour en tirer le meilleur prix… »

Aomine se figea à la fois à cause de cette désagréable proximité, mais également par la faute de ces paroles indignes…

« C'est bien c'est que je pensais… T'es qu'un putain de gigolo en vérité ! Et Kise, il le sait, ça !? »

Haizaki haussa des épaules sans se départir de cet éternel sourire qui le narguait si efficacement.

« Pour ta gouverne, je préfère le terme 'd'homme à tout faire'. Et puis, tu l'as dit toi-même Daiki… Ryota, il s'en moque… » S'éloignant brusquement d'Aomine, il effectua quelques dribbles. « Mais après tout, quoi de plus c'est normal, puisque grâce à moi, il a la belle vie ET le beau rôle ! Or, tu sais comme moi qu'il a des goûts de princesse… Et même si ce n'était pas le cas… Même s'il ne se doutait de rien… Il n'aurait de toute façon pas son mot à dire sur la manière dont je nous assure un tel train de vie… Son implication ne changerait rien et il n'aurait pas d'autre choix que de continuer à fermer les yeux comme il le fait actuellement. »

« T'es vraiment la pire des raclures de fond de chiottes que j'connaisse pour oser tenir un discours pareil sans le moindre remord… »

« Merci du compliment ! » S'enorgueillit le tatoué, avant que son air ne redevienne plus grave. « … Bon… au lieu de déblatérer des louanges aussi surannées que ton après-rasage bon marché, si on se faisait plutôt une partie de basketball, comme au bon vieux temps ? J'crois m'souvenir que tu te vantais d'être sacrément bon à l'époque… Non, non, pas juste 'bon', le meilleur même ! Alors… ça m'donne encore plus envie de botter ton sale cul prétentieux sur ce terrain-là aussi… »

Comment ça, « aussi » ? Parce que cette ordure estimait l'avoir vaincu dans un autre domaine également ? Comme par exemple… auprès de Kise ? Décidément, il prenait un peu trop la confiance au goût d'Aomine…

Mais le bleu n'avait pas encore obtenu toutes les réponses qu'il était venu chercher…

Et il s'agissait de sa priorité du moment. Massacrer le faciès d'Haizaki à mains nues pouvait bien attendre encore un peu… puisque le nouveau colocataire de Kise aurait besoin de sa bouche pour pouvoir parler :

« … Pourquoi avoir mis autant de temps à rentrer ? Où étiez-vous ? Et pour quelle raison Kise a-t-il oublié de prendre son téléphone ? Quoique… sans cela… je ne vous aurai probablement pas retrouvés aussi vite… »

« Disons que… nous avons eu une petite urgence… aux urgences, justement… »

« Quoi !? L'hôpital !? Mais enfin qu'est-ce que c'est que cette histoire !? » Avant de 'comprendre'… « … Bon sang, je te jure que si tu as encore fait du mal à Kise, je vais tellement t'éclater la gueule que même ta mère ne pourra plus te reconnaître… »

« Go on, why don't you try… ? »

Cet abruti.

Ce putain d'abruti.

Il avait l'air malin avec son œil gonflé suite au coup de poing qu'il avait essuyé. Demain, il arborerait sans doute un magnifique cocard violacé. L'imbécile. Il n'avait même pas mis de glace dessus.

Alors pourquoi fallait-il qu'il continue à se la raconter autant ?

Haizaki se prenait pour un dur à cuire juste parce qu'il affichait à présent quelques décalcomanies tribaux sur les bras ? Ses petits gribouillis lui avaient fait pousser une paire de couilles, aussi… ?

Quoiqu'il en soit, une telle attitude dépassait complètement Aomine.

Il avait même encore du sang séché sous le tarin cet empaffé…

Pas étonnant que Nijimura-senpai ait pris un tel pied à le tabasser au collège…

Jamais il ne fermait sa gueule cet oiseau de mauvaise augure. Il ne savait pas comment faire, de toute évidence.

Il se contentait de provoquer et provoquer encore, jusqu'à ce que la personne en face de lui cède à ses plus bas instincts. A la violence. Perde, et se perde en se laissant aller de la sorte. Dans la rage, la colère, la brutalité…

Combien de fois Aomine avait-il vu l'ex-argenté débarquer aux entraînement (en retard), la tronche en biais, à moitié défoncée au point qu'elle ne ressemble plus qu'à une pulpe sanguinolente ? Et malgré cela, malgré le fait qu'il ne se trouve jamais en position de force, il continuait. Encore et toujours. A provoquer ou à répondre aux provocations. Jamais il ne lâchait l'affaire.

Peut-être… qu'au final, il aimait ça ce déchet humain…

Se faire taper, frapper, rosser, tabasser, défigurer, battre, éclater au sol… Regarder les gens sortir de leurs gonds et craquer. Recevoir leurs coups, quand leur simple haine ne suffisait plus. C'était ça, qui le faisait bander ce dégénéré… Dire que ça ne sautait aux yeux d'Aomine que maintenant… Mais l'ancien as ne le laisserait plus avoir ce qu'il désirait.

Et constatant qu'il n'obtenait pas l'explosion de rage tant espérée, Haizaki profita de sa position pour tenter de parvenir à ses fins. En effet, là où il se trouvait, le corps d'Aomine cachait partiellement le sien… Par conséquent, Kise n'apercevrait rien de répréhensible.

Il souleva donc son débardeur et caressa suggestivement son aréole piercée, qui ne tarda pas à se dresser sous la stimulation.

« Hmm… Daikicchi… elle est tellement grosse… Je la sens grandir dans mon ventre… aaah encoooore ! Ne t'arrête paaaas ! »

!

Bon… Apparemment, il n'y avait pas qu'en « copie » que le brun était doué il maîtrisait également l'art de l'imitation à la perfection et celle qu'il venait de faire de Kise était un peu trop fidèle pour ne pas suinter le vécu. Mais Aomine avait beau voir rouge, il savait que s'il s'emportait encore contre Haizaki, Kise allait inévitablement lui en vouloir. Le mannequin se trouvait en effet trop loin pour entendre… mais pas pour le voir, lui et il ne comprendrait pas ce nouvel accès de folie de la part de la panthère…

« Non ? Ça ne te suffit pas ? Dans ce cas… que dis-tu de ceci : 'Ohhh ouiiii Shogo, casse-moi les reins, je veux ne plus pouvoir marcher droit pendant deux semaiiiiiiines !' Alors, laquelle de ces deux versions tu préfères ? »

Haizaki prenait toujours autant de plaisir à titiller le bleu, sauf que cette fois, il avait réussi son coup, puisqu'Aomine vrilla.

Il était à bout.

Attrapant l'oiseau de malheur par le col de son débardeur, il se sentait prêt à lui en coller une bonne. Mais à pile à ce moment-là, Haizaki envoya son ballon par terre. Dans une flaque de boue située sous leurs pieds. Le ballon à présent sale rebondit et Haizaki le rattrapa, avant de l'essuyer sur le torse toujours à demi-découvert d'Aomine.

Ce fut le geste de trop.

Aomine lui arracha le ballon des mains et le lui envoya pleine face, puis il profita de ce qu'Haizaki était en train de tituber, pour le précipiter au sol et l'y clouer sous son poids.

Témoin de la rixe, Kise se leva d'un bond de sa place et il ouvrit à nouveau la porte-fenêtre, se précipitant pour séparer les deux assaillants…

… Assaillants qui étaient actuellement en train de se rouler dans la boue, tels deux porcs excités…

« Assez ! Ça suffit ! » Brailla Kise. « Vous êtes vraiment deux gosses ! »

En vain.

Car il avait beau se trouver tout près d'eux, ces derniers ne parvinrent pas l'entendre, trop occupés qu'ils étaient à se foutre dessus. Et ayant justement pris le dessus sur son adversaire, Aomine vint s'asseoir à califourchon sur l'abdoment d'Haizaki, tenant bien ses deux poignets au-dessus de sa tête tandis qu'avec sa main libre, il vint prélever de la terre boueuse dont il essaya de gaver son impuissante victime. Haizaki se débattait comme un beau démon pour ne pas se laisser fourrer de la gadoue dans la bouche. Quelle ironie quand on savait que c'était lui qui s'était sciemment attiré les foudres du petit-ami de Kagami…

Et Kise voulait encore prendre la défense de ce machin-là… ?

D'un tel salopard masochiste ?

« Hit me some more bro… Give it your all… » Souffla Haizaki tout bas, mais suffisamment haut pour que son adversaire puisse percevoir ses paroles.

Tout à coup, Aomine sentit quelque chose de foncièrement désagréable contre lui et il ne s'agissait pas de Zébu, qui, alerté par les cris de son maître, avait accouru entre temps pour protéger son honneur, en s'en prenant aux fesses de l'agresseur !

« Aaaaaah ! Putain de clébaaaaard ! On devrait le faire piquer comme son maître, il a la rage lui aussi ! »

Mais à peine Aomine eut-il le temps de se redresser pour se débarrasser du chien mordeur, que déjà… c'était Kise qui s'en prenait à lui en retour. Armé d'un tuyau de jardinage, Kise avait en effet décidé de ne pas rester passif cette fois. Il arrosa copieusement d'eau gelée les deux belligérants pour les forcer à prendre leurs distances.

« Bon sang, mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez vous !? Faire la paix, c'était tout ce que je vous demandais ! Mais même quelque chose d'aussi simple, c'est trop difficile pour deux imbéciles de votre espèce… !? »

Cette fois, le renard en avait même les larmes aux yeux.

Pourquoi ces deux-là refusaient-ils de comprendre ?

Ça le dépassait complètement.

Ils devaient aimer lui faire du mal, Kise ne voyait pas d'autre explication plausible.

Mais la technique de Kise porta ses fruits, puisque les deux hommes roulèrent aussitôt sur le côté, s'éloignant l'un de l'autre avant de se redresser pour que Kise cesse de les rincer encore davantage au Karcher. Mais pas question qu'il les laisse rentrer à l'intérieur de la maison dans un tel état de crasse ! Ils avaient tout aussi besoin d'un bon décapage… que de se faire remettre les idées en place !

Cette petite douche improvisée sembla cependant démontrer son efficacité, puisque les deux zigotos se confondirent en excuses :

« K-Kise, ce n'est pas du tout ce que tu crois… c'est cet enfoiré qui… »

« … J'ai pourtant essayé de l'en dissuader Ryota ! » L'interrompit grossièrement Haizaki. « Mais il me déteste tellement qu'il n'a pas pu s'empêcher de sauter une nouvelle fois à la gorge, toutes griffes dehors ! »

« Je ne veux rien savoir ! Quand est-ce que vous allez enfin vous comporter comme des adultes !? Vous me fatiguez ! »

Cette fois, il refusa clairement de trancher. Pour lui, ils étaient tous les deux coupables, peu importe qui avait commencé le premier ! Grelottants sur la pelouse détrempée, les deux garçons criaient pour que leur tortionnaire arrête son jet punitif, mais Kise les aurait probablement noyés avant d'être parvenu à se calmer, horripilé qu'il était par leur comportement puéril !

Heureusement pour eux, l'eau se coupa au bout d'un moment, pour une raison inconnue et la déplaisante douche improvisée cessa sur le champ.

Ce ne fut qu'alors qu'ils purent apercevoir les grosses larmes qui roulaient sur les joues de Kise…

Merde… A croire que tout le monde allait finir par chialer ce soir…

Et comme dans tout bon conte de fées qui se respecte, les larmes si pures de la princesse suffisaient à faire fondre les cœurs même les plus endurcis.

Haizaki et Aomine se regardèrent tels les deux couillons qu'ils étaient à plus d'un titre, avant de s'approcher à la manière d'un seul homme d'un Kise toujours en pleine crise de sanglots. Aïe, aïe, plus aucun doute n'était permis et la sentence s'en trouvait irrévocable… En d'autres termes : ils avaient MECHAMMENT chié dans la colle cette fois…

Gentiment, chacun se postant d'un côté du blond, ils tentèrent de se dédouaner, enfin non justement, plutôt de lui remonter le moral.

« Ooooh le vilain chagrin ! Mais heuuu faut pas l'prendre comme ça, on plaisantait Sunshine… »

« Ben ouais ! C'était pas des vraies patates qu'on se mettait… »

« Et même pas de toutes nos forces, de surcroît ! »

« Et heuu…. C'est pas du vrai sang non plus… ni un véritable œil-au-beurre-noir hein ! » Fit Aomine, en pressant son index contre le pif de l'autre brun.

« … Si, par contre. Ça, oui. » Rectifia Haizaki.

« Mais c'est pas grave ! Moi et Haizaki on s'est toujours salué comme ça, tu le sais pourtant ! »

« Il a raison ! Ce ne serait pas de vraies retrouvailles, si ce connard ne me pétait pas au moins une dent au passage ! » Assura Haizaki, tout en essuyant les dernières larmes de Kise, du bout de ses pouces.

« Exactement ! Allez, rentrons à l'intérieur avant de freeze to death… » Intervint Aomine à son tour. « On s'expliquera calmement ensuite… Entre adultes consentants. »

Et vous savez quoi ?

Kise les crut.

Maintenant que les esprits étaient moins échauffés que la mayonnaise avait eu le temps de retomber, la situation semblait rentrée dans l'ordre.

Enfin… Pour le moment.

C'est qu'on ne pouvait présager de rien avec deux idiots pareils en mal(e) de virilité…

Kise avait trouvé refuge dans le canapé, tête appuyée contre Haizaki et ce dernier avait passé son épaule autour du cou de son ange d'or.

Aomine les observa en silence.

Haizaki… avait immédiatement arrêté ses conneries, à l'instant même où il avait vu pleurer Kise.

Ça ne lui plaisait toujours pas et il n'approuvait pas plus cette relation contre-nature, mais…

Se pourrait-il qu'elle soit sincère ?

Et réciproque ?

Qu'Haizaki soit autant attaché à Kise que l'inverse était vrai ?

Ce serait-il trompé en pensant à tort que le loup profitait du renard ?

Fermant les yeux, il soupira et se leva, prenant lentement la direction de la sortie.

« A-attends Aominecchi ! »

« … »

« On n'avait pas fini de discuter tous les deux il me semble… Tu étais sur le point de m'expliquer ton problème avec Kagamicchi… »

Aomine s'arrêta et cette fois ce fut Haizaki qui se leva.

« C'est bon, si vous avez à parler tous les deux, vous pouvez le faire sans crainte cette fois… J'vais m'coucher comme ça vous pourrez discuter tranquillement de trucs privés… »

« Actually… Je pense que tu devrais rester cette fois… » Nia Aomine.

« ? »

« Ça te concerne aussi après tout, puisque, d'après ce que j'ai cru comprendre, tu as ta part de responsabilité dans cette situation inextricable. Même si ce n'est que de manière très indirecte… »

« Comment ça ? »

« D'après Kise, tu y es pour quelque chose si aujourd'hui je me retrouve enfin en couple avec Taiga. »

« Hey… !? »

Mieux valait se barrer FISSA avant que la situation ne dégénère à nouveau et qu'Haizaki ne se retrouve encore malgré lui impliqué dans les histoires de cul de la panthère !

Malheureusement, Kise ne semblait pas décidé à le laisser s'en tirer à si bon compte.

« Mais ouiii babe, fais pas ton modeste, c'est grâce à toi ! » Sourit Kise, en lui choppant fermement le bras. « Alors reste avec nouuuuuus steuplééé ! »

Et paf ! D'un coup sec, il tira dessus pour le contraindre à retomber dans le sofa, avant de chuchoter au creux de son oreille :

« … Si je suis coincé ici et forcé à tout entendre du manque de vie sexuelle d'Aominecchi, je ne vois pas pourquoi toi, tu y échapperais en revanche… Surtout vu tout le bordel que tu as causé aujourd'hui… »

Ouuuh rancunier, le petit goupilou !

Et de venir frotter avec tendresse son petit museau contre celui de son loupiot, avant de déposer un furtif baiser sur ses lèvres.

Aomine s'éclaircit la gorge pour signaler sa présence et ainsi éviter que ce petit bisou innocent ne dérape.

« Bon alors euuurrrm par où commencer… ? » Marmonna le grand mat de peau en se frottant l'arrière du crâne nerveusement.

« … Il te fait pas bander Tigrou ? »

!

Non mais vraiment Haizaki, faut pas balancer des trucs comme ça si tu tiens à la vie, parce qu'un nouveau coup de poing avait failli partir, par pur automatisme ! Mais comprenant qu'Haizaki ne pensait pas à mal avec sa question, Aomine préféra expirer. Looooonguuuement. Pour empêcher son sang de se mettre à bouillir.

« B-bien-sûr que non, tête de bite ! »

« Bien-sûr que non à quoi ? Au fait qu'il ne te fasse pas bander ? Ou au contraire, qu'il te fait bander justement !? Sois plus précis aussi, putain ! On n'a même pas encore commencé, qu'on ne comprend déjà rien ! » L'engueula Haizaki.

Non mais !

Oh bordel… Aomine se passa une main sur le visage, déjà exaspéré.

Ça allait être loooooooooooooong.

« Shogocchi a raison, tu sais. Il faut que tu nous donnes des détails, de quoi pouvoir travailler, si tu veux qu'on puisse t'aider ! » Le rabroua à son tour Kise.

« Nan mais sérieux Ryotaaaaa, on est vraiment obligés de rester ici à écouter cette purge ? » Se plaignit Haizaki.

« Chut, oui. ^^ Je te rappelle que par ta faute, on n'a pas le choix ! »

Le garçon aux cheveux d'ébène roula des yeux, avant de se reconcentrer sur Aomine.

« Bon vas-y alors, mais dépêche-toi ! »

« Mais j'en sais rien moi ! Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise à la fin !? » Perdit patience le bleu.

« Fais un effort. Par exemple, en commençant par répondre à la question de Shogocchi. »

Ewww… Shogocchi, ça lui filait toujours autant la gerbe d'entendre ce petit surnom d'amoureux transi dans la bouche de Kise…

« Ok, ok… Alors hmm… puisque ma réponse est VRAIMENT nécessaire, dans ce cas, oui… ermmm Taiga me donne la trique. Voilà, vous êtes contents maintenant !? »

« Pas spécialement, non… » Pesta Haizaki, avant de se faire coller une main mannequinesque (nale ?) dans la tronche.

« Mais si, mais si ! Trèèèèèès contents, même ! C'est un bon début, continue ! Et donc ? Comment se fait-il que vous n'ayez pas encore conclu, s'il te fait autant d'effet ? »

« Il a p't'être déjà oublié comment faire… On peut t'montrer de quelle manière ça se passe entre mecs pour te rafraîchir la mémoire moi et Ryota, si tu veux… »

Un rictus moqueur se forma sur le visage d'Haizaki. Encore une provocation gratuite qu'Aomine choisit d'ignorer. Mais uniquement parce qu'il avait vraiment besoin de leur aide, c'était dire à quel point il se trouvait dans la mouise jusqu'au cou…

« Gnaaaaa Aominecchi, ne me dis pas que tu ne sais plus ? Pourtant, c'est encore plus facile avec un autre garçon : il n'y a qu'un seul trou. » Mince, ça sonnait plus vulgaire qu'il ne l'aurait voulu. Il aurait assurément dû utiliser le terme « orifice » à la place. « Du coup, impossible de se tromper ! »

« MAIS SI PUTAIN, JE SAIS TRES BIEN COMMENT ON FAIT LES BEBES ENTRE ZIZIS ! » S'égosilla ledit Aominecchi…

« Ah ben pas étonnant que vous n'arriviez à rien dans ce cas… » Soupira Kise.

« Non mais plus sérieusement, il te rend le kiki toudur et pourtant, tu ne le baises pas ? Il a pas envie de se faire poinçonner, c'est ça ? » Questionna Haizaki avec sa grande CLASSE habituelle.

« Au contraire, il n'arrête pas de le réclamer en ce moment… Ça devient de plus en plus difficile à refuser et à ignorer… »

« Hein ? BAH T'ATTENDS QUOI ALOOOOOORS ?! »

« J-J'Y ARRIVE PAS, VOILAAAA ! »

« ÇA J'AVAIS COMPRIS, MAIS POURQUOI TETE DE NŒUD !? »

« SI SEULEMENT J'LE SAVAIS, TU CROIS VRAIMENT QUE JE SERAI EN TRAIN DE CRIER SUR LES TOITS QUE JE SUIS INCAPABLE DE SAUTER MON PETIT AMI COMME C'EST LE CAS MAINTENANT ?! »

« Du caaaaaaaaalme les garçons, on respire ! C'est bien, c'est bien, on avance petit à petit ! » Se réjouit le sexologue en herbe.

Bizarrement, tout à l'heure, il ne semblait pas aussi enjoué. Mais c'était certainement parce que maintenant Haizaki partageait sa torture…

« Bon mais c'est quoi le problème alors ? Elle ramollit dès que tu essaies de lui mettre !? Prends du Viagra, mec ! »

Rester calme surtout, rester calme... Pour Kagami.

« Raaah mais non ! Puisque j'essaie même pas ! »

Haizaki haussa un sourcil.

Kise fit de même, mais l'opposé.

« Je vous l'avais bien dit… c'est impossible… de trouver la solution… » Déplora Aomine.

« … Et si un autre gars se tapait Tigrou ? Pas nécessairement devant toi, hein, mais… juste pour savoir… Ça t'ferait quoi ? »

« Haizaki ! » Le réprimanda Kise, choqué par sa question.

Pourtant, Aomine répondit avec sincérité et plus étonnant encore : sans s'énerver.

« Parfois… je me dis que ce serait encore la meilleure solution, ouais… »

« Hein !? Mais ça n'va pas !? Comment ça pourrait être mieux, au juste !? »

« Ah ça y est... Je crois que je viens de capter. » Intervint soudainement un Haizaki, triomphant. « C'est bien c'que j'pensais… »

« Tu peux être plus explicite Shogocchi !? » Exigea le renard, largué.

« C'est plutôt très simple, finalement : Dai flippe de prendre la virginité de son tigre adoré. »

WWWHHHHHHHHHHHHHAAAAAAAAAAATTTTT ?

Non mais COMMENT Haizaki en était-il parvenu à cette singulière conclusion !? Par l'opération de quel (mal)sain(t) esprit !?

« Quoiiii ? Mais enfin, ça n'a aucun sens ! »

« Au contraire, ça explique tout. Il a peur de le souiller, il le met sur un tel pédiluve… »

« … On dit 'piédestal'. » Le corrigea Kise, attentif.

« … Ouais, peu importe, t'as compris ce que je voulais dire. Bref. Tout ça pour dire que si un autre type se portait volontaire pour lui passer dessus en premier, alors je crois que Daiki n'aurait dès lors plus aucun problème pour prendre relais ensuite… »

Kise cligna des yeux, plongé dans l'incompréhension la plus totale.

Mais le pire, c'était qu'Aomine ne démentait pas !

« … Et comment tu lui suggères de s'y prendre ? De payer un gigolo !? »

« Pas besoin d'allonger la monnaie. De toute façon, Kagami est du genre méfiant, il refuserait tout net une telle combine. En revanche… si c'était avec quelqu'un qu'il connaît… Il se montrerait certainement plus docile… »

Mais où Haizaki voulait-il en venir à la fin !?

Au moment où Kise le comprit, une goutte de sueur dévala le long de sa tempe.

« Non… t'es pas sérieusement en train d'insinuer ce que je crois quand même !? »

« Tu t'souviens Dai, tout à l'heure, je t'ai dit que j'étais vraiment très doué pour user de mon corps dans le but de parvenir à mes fins… »

Quoi ? Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire ? Les sourcils de Kise se froncèrent.

« Confie-moi cette tâche et tu ne le regretteras pas ! » Termina t-il en dirigeant son pouce vers sa propre personne.

HEIN.

QUE.

COMMENT.

POURQUOI.

QUAND.

Les oreilles de Kise se mirent à siffler désagréablement et son cœur se contracta fort.

Avait-il bien entendu… ?

Haizaki se proposait de… dépuceler Kagami !?

Juste comme ça, au calme ?

Pour rendre service ?

Alors qu'il était aussi mal placé qu'Aomine pour parler… ? Parce que lui, le loup ne le touchait pas ! Mais par contre pour aller fourrer sa queue dans du rouquin, là, il y avait du monde tout à coup !

C'était incroyablement vexant !

Mais de toute façon, Aomine allait refuser…

« … Pourquoi pas… Au moins, je sais où te trouver si jamais tu t'y prends comme un manche avec lui et je pourrai venir te zigouiller directement… »

Bon, d'accord, mais Kagami allait refuser de participer à une telle mascarade, lui au moins !

« Mais reste la question de ton boyfriend… »

Ah, vous voyez ?

Il n'y avait pas moyen que Kagami soit d'accord avec ça !

« T'en fais pas pour ça. On n'aura qu'à le faire picoler un peu, il tient pas l'alcool. Tu feras ta p'tite affaire dans le noir et avant qu'il n'ait eu le temps de dessaouler, tu partiras et je prendrai ta place comme si de rien n'était. »

!

… Ok, là, c'était sûr, Kise nageait en plein délire cauchemardesque.

Décidément, il n'avait pas tort tout à l'heure de penser qu'il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre.

Sauf qu'il ne pensait pas ça irait si loin…

Brusquement, le blond se leva et adressa un sourire forcé à Aomine.

« Tu nous excuses deux minutes, on a des trucs à voir ensemble d'abord ! » Fit Kise en se saisissant de l'oreille d'Haizaki sur laquelle il tira au passage.

« Ow ow oooowww… »

Ça faisait un mal de chien de se faire traîner par le lobe putain ! Une fois postés un peu à l'écart, près de la baie vitrée, Kise donna une gifle à Haizaki.

« T'es pas bien !? T'as pété un câble ou quoi !? Quelle idée de proposer un stratagème pareil ! »

« Hmmpfff… mais non, réfléchis un peu ! C'est l'plan parfait, voyons ! » Affirma Haizaki, en se frottant la joue.

« Je ne trouve pas ça drôle Sho ! Et puis, si tu crois que je vais accepter de te laisser faire… »

« T'auras rien à accepter du tout, puisque toi aussi, tu vas participer ! »

« PARDON !? » Eructa le jaune.

Kise ignorait ce que son presque amant avait en tête, mais il était HORS DE QUESTION qu'il obéisse à ses caprices d'allumé !

« Ecoute-moi, Ryota. Tu vois ce mec, là-bas ? » Il désigna Aomine. « Il est complètement paumé et vulnérable, c'est le moment idéal pour attaquer ! »

« … A… ttaquer… ? » (Kakashi, lul !) Répéta mollement Kise.

« Ben ouais ! Je m'occupe du tigre et toi, pendant ce temps, tu mets le grappin sur Daiki… Cette fois, il ne te résistera pas. C'est l'occasion ou jamais de le récupérer ! »

Le récupérer… ?

Mais enfin…

Haizaki ne pouvait pas y penser sérieusement… ?

Parce que ça voudrait dire que…

Il n'en avait vraiment RIEN à foutre de lui alors ?

De ses (possibles) sentiments ? De son attirance ? De ses désirs ?

Kise ne voulait PAS récupérer Aomine ! En fait, il ne le voulait plus depuis maintenant quelques temps, à vrai dire… et le plan d'Haizaki consistait justement à briser le couple des deux fauves pour que Kise reprenne sa place dans les bras de la panthère… ? Comment pouvait-on être aussi tordu ? Aomine avait raison : Haizaki était une vraie tête à claques et le blond ressentait une irrépressible envie de le frapper à son tour.

Pourtant, il n'en fit rien.

« C'est bien c'que tu souhaites, non… ? Tu l'aimes encore ce connard imbu de lui-même… je peux le sentir… Bien que la raison m'en échappe toujours autant. »

Tout ça, c'était de sa faute. Il était le seul à blâmer pour ce malentendu.

Parce qu'il avait été incapable de se montrer assez clair et affectueux envers Haizaki. En effet, depuis le départ, le Kitsune n'avait eu de cesse de l'envoyer promener dès que l'occasion se présentait. De le repousser. De lui balancer des vacheries au visage. De se montrer distant en clamant valoir mieux que lui… De constamment le rabaisser…

Alors c'était bien fait.

Il ne récoltait que ce qu'il avait semé…

Et il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même pour avoir envoyé autant de signaux contraires à Haizaki…

Alors qu'encore une fois, Haizaki agissait uniquement avec son intérêt à l'esprit. Il souhaitait l'aider à évincer son rival de toujours dans le cœur de la panthère noire.

A moins qu'il ne s'agisse d'une excuse pour l'éjecter… ? Peut-être qu'au final, Haizaki s'était déjà lassé de lui. Ce ne serait pas impossible, la plupart de ses amants le larguaient après avoir goûté à son corps… C'était tout ce qui les intéressait chez lui. Baiser un top model de renommée internationale, représentait un atout des plus vendeurs sur un C.V. Et ça aussi, Kise l'avait bien cherché et mérité. N'était-ce pas lui le premier qui avait envisagé de coucher avec Haizaki, uniquement pour ce dernier le laisse enfin tranquille et passe à une autre proie… ?

Or, aujourd'hui, il regrettait amèrement cette stupide erreur de calcul…

« … D'accord… et comment suggères-tu qu'on procède alors ? »

« On va commencer par les inviter à venir taper un basket demain après-midi avec nous. Il y a un terrain en libre accès à trois rues d'ici et petit à petit, on fera en sorte de les conduire l'air de rien jusqu'à l'appart… Jouer un peu ici aussi… puis les inviter à manger… On forcera alors le tigre à boire comme un trou et si ça ne suffit toujours pas, compte sur moi, j'aurai bien un petit cocktail de mon cru « spécial bite en feu » à lui faire avaler, d'ici là… »

De la drogue maintenant… ? De mieux en mieux…

Mais à ce stade, Kise s'en tamponnait le moule avec une pelle à tarte au citron… et l'orifice rectal contre du plexiglas par la même occasion.

Il n'était plus à ça près.

Peut-être même se laisserait-il lui aussi tenter par le petit mélange de Tonton Zaki lui aussi demain…

Ouais, ça lui avait foutu un sacré coup d'entendre Haizaki organiser leur future partouze en temps réel… Kise n'avait même plus la force de protester, ni d'essayer de raisonner le machiavélique brun.

« Ok et ensuite ? »

« Ensuite ? On commencera à se chauffer et l'alcool aidant… On laissera notre libido suivre son cours… »

Attendez, il rêvait là ou… Haizaki était en train de lui proposer un PLAN A QUATRE ? Décidément, déjà que ce n'était pas passé loin la dernière fois avec Stacy et sa copine… Haizaki souhaitait remettre le couvert !

Mais avec deux de ses amis à lui, cette fois !

Encore pire !

Haizaki était devenu dingue !

Mais surtout, Aomine allait-il vraiment être d'accord avec ça ? Connaissant sa possessivité légendaire, il risquait plutôt se faire plaisir de faire le coup du lapin à Haizaki dès que ce dernier aurait posé l'auriculaire sur son Kagamour…

« J-je n'sais pas si j'en serai capable ! » Préféra avouer Kise.

« Mais si tu verras, chaton… Tu t'en sortiras très bien ! Il suffira de suivre mon plan à la lettre et de te laisser porter par l'humeur du moment ensuite… Tu peux y arriver… C'est pour la bonne cause ! »

Sauf que Kise ne voyait vraiment pas comment briser un couple pourrait être pour la « bonne cause », comme le clamait Haizaki… Mais… cela semblait faire plaisir au brun de croire qu'il faisait plaisir au blond en agissant de la sorte, alors Kise comptait bien lui faire plaisir en retour, en le laissant agir et planifier comme bon lui semblait.

« Et puis, entre nous… » Ajouta Haizaki. « Une fois que je lui serai passé dessus sous ses yeux et qu'il l'aura regardé prendre son pied avec un autre, tu crois vraiment que Dai voudra encore de son précieux Tai… ? Alors, ne rate pas ta chance ! »

Haizaki déposa même un doux baiser sur son front en prime, comme pour achever de le rassurer.

Et de le convaincre.

« C'est d'accord, allons l'annoncer à Aomine alors. Mais… je te conseille d'éviter tout le passage à propos de la fameuse potion magique que tu comptes faire ingurgiter à Kagamicchi, si tu tiens à garder toutes tes dents cette fois… »

« Ouais, t'as raison. C'est le genre de négligence qui pourrait tout faire capoter… Tu vois, je savais que tu serais doué pour ça ! T'as toujours été l'éminence grise de nous deux, t'as ça dans le sang ! »

Wow… quel incroyable compliment… ! Dont Kise ne savait guère que faire et dont il se serait bien passé, par conséquent…

Une fois leur complot fomenté, ils retournèrent donc docilement auprès du félin sombre et lui expliquèrent le plan. Enfin, dans les grandes lignes. La version édulcorée et tout public, quoi.

Convaincre Kagami de venir jouer contre eux ? Ahahaha, trop facile ! « C'est comme si c'était fait ! » Assura Aomine, dans un excès de confiance, sûrement justifié. Après tout, le tigre était un célèbre BASKETOPHILE. Vivant basket, respirant basket, mangeant basket, marchant (dans des) baskets et se branlant basket. Sur du basket.

Mais Kise n'écoutait que d'une oreille distraite les explications sommaires d'Haizaki, qu'il connaissait déjà de toute façon…

Son esprit était accaparé par autre chose.

A commencer par le fait que celui qui partageait actuellement sa vie avait proposé de se prostituer gracieusement, s'étant porté volontaire avec beaucoup trop d'entrain et de conviction. Comme si pour lui, cela ne possédait pas la moindre valeur.

Comme si pour lui…

Il s'agissait de quelque chose de presque… naturel.

Habituel.

Coutumier.

Haizaki… avait-il déjà fait cela avant… ?

Bien entendu, Kise avait cru comprendre que la vie sexuelle de son partenaire était toute aussi instable que son identité capillaire, mais tout de même… Il n'aurait jamais imaginé que c'était à ce point… Non, pas une seule seconde.

Haizaki tenait le discours rodé d'un gigolo expérimenté. Il faisait preuve du même détachement et du même numéro de charme… Kise en avait croisé quelques spécimens dans Kabukicho. Plusieurs fois, on l'avait tanné pour devenir host… D'ailleurs, il avait fréquenté assidument l'un d'eux – Tsukasa de son petit prénom, si tant est que ce ne soit pas juste un pseudo - pendant un temps, avant de partir aux U.S.A. Un sacré beau mec… qui lui avait immédiatement promis monts et merveilles. Non, MONDES et merveilles, même ! Un sacré beau parleur également… Or, Kise était naïf à cette époque, (non, sans rien, il avait vachement progressé depuis !) il avait donc mordu à l'hameçon et dépensé des fortunes pour son bel étalon.

Flambé un pognon indécent en alcool et cadeaux de luxe. (Parce qu'évidemment le gars avait des goûts de ROI.) Et puis un jour, le séducteur volage avait mystérieusement disparu sans plus donner de nouvelles. Au lendemain même de leur rupture. Kise se souvenait avoir été interrogé par la police à son sujet, d'ailleurs… Seule fois de sa vie où il s'était retrouvé au poste et il ne tenait pas tellement à y retourner un jour…

En menant sa petite enquête personnellement, Kise avait appris de la part de certains de ses anciens collègues que son ex-chéri avait vraisemblablement fui des collecteurs de dettes et trouvé refuge en Corée, dans le célèbre quartier de Gangnam à Séoul. D'autres cependant, s'en tenaient à une version largement moins optimiste… affirmant que son cadavre avait été retrouvé criblé de coups de couteau, dans une benne à ordures… On soupçonnait des yakuzas un peu trop nerveux d'être responsables de sa mort.

Ou un amant jaloux… A moins qu'il n'eut s'agit d'un mari cocu ? Dans tous les cas, Kise n'avait jamais su le fin mot de cette histoire sordide… et il ne pouvait s'empêcher de se demander encore à ce jour, si tout cela se serait produit s'il était resté avec ce pauvre gars… S'il aurait connu le même sort funeste… Parce qu'il ne fallait pas se leurrer : c'était bien l'option la plus probable quant à ce qui lui était réellement arrivé.

Et ça lui inspirait le même dégoût…

L'aisance avec laquelle Haizaki s'exprimait sans en faire toute une montagne. En mode normal, comme si de rien n'était et qu'il faisait ça tous les jours en somme !

No big deal !

La porte d'entrée, ou plutôt de sortie, claqua finalement et Kise ne réalisa qu'à cet instant qu'Aomine venait de prendre congé, les laissant seuls dans cet immense appartement vide. Un froid glacial s'empara aussitôt de lui.

Il frissonna.

« Tu as la chair de poule chaton, viens par là… » Susurra Haizaki, séducteur, avant de l'attirer dans ses bras tout d'abord, puis sur ses genoux.

Kise ferma les yeux. Ce qu'il savait faire de mieux, dernièrement.

Oui, ce discours calculé… il l'avait déjà entendu des dizaines et des dizaines de fois…

Pourtant, l'Eurasien n'avait jamais prêté attention au fait que ce soit Haizaki qui l'emploie. Kise s'était juré qu'on ne l'y reprendrait plus et pourtant… Lorsqu'Haizaki fit passer sa chemise au-dessus de sa tête sans prendre la peine de la déboutonner pour le dénuder, Kise ne l'en empêcha pas. Une paire de dents avides attaquèrent son mamelon gauche, le faisant rougir sous leur assaut. Le brun était sûrement déjà en train de s'entraîner pour demain soir… Et Kise se retrouvait à devoir jouer les cobayes de fortune. Mais un cobaye volontaire.

Soudain, le loup inversa leurs positions et ses doigts crochus s'affairèrent sur son short, qu'il baissa facilement.

« J'ai envie de toi Ryota… » Murmura chaudement Haizaki.

De toute façon, il n'y avait vraiment que comme cela qu'ils pouvaient espérer le faire…

Parce que le côté verso de Kise était présentement H.S., tout comme le côté recto d'Haizaki qu'il préférait sans doute réserver pour demain, bien évidemment.

« Lick them real good for Kitty… »

Il présenta donc ses doigts devant la bouche de Kise, mais ce dernier ne l'entendait pas ainsi.

« Non, c'est moi qui vais te préparer. »

Son ton, sans être sec ou autoritaire, faisait montre d'une certaine fermeté.

« Comme tu veux Sunshine… » Ronronna Haizaki, appréciant indéniablement que son renard prenne les choses en main, dans tous les sens du terme…

Obéissant, le loup goba alors deux doigts et s'évertua à les humidifier soigneusement, pendant qu'il frottait son bassin avec insistance contre celui de son homo… logue. Kise profita de ce qu'il soit occupé pour tirer sur la liette de son jogging, libérant une érection déjà conséquente – et sans doute « antérieure » à leurs préliminaires - qu'il s'empressa de prendre dans sa seconde main, en même temps que son propre sexe. Doucement, le renard facétieux les aiguisa l'une contre l'autre, comme s'il cherchait à les mesurer.

Elles étaient… si semblables et pourtant, si différentes. Maintenant que Kise avait le loisir de les observer d'un peu plus près, il s'en rendait compte. Celle d'Haizaki était légèrement plus courte, mais un peu plus large en terme de diamètre. Sa peau était également très blanche, laiteuse comme celle d'une geisha, là où la sienne arborait une teinte plus rosée due à ses origines Européennes.

« You like what you see, Kitsune ? »

« Je crois qu'une certaine partie de mon anatomie répond actuellement à cette question de manière plus qu'équivoque… »

Bon, il n'avait pas vraiment prévu que ça se passerait ainsi, mais ce n'était pas déplaisant finalement. Prendre Haizaki, même s'il aurait préféré être pris, restait une compensation honnête. Le pauvre, n'empêche... Il était encore un peu enflé sous la ceinture. Et pas à cause de l'excitation… Aomine ne l'avait vraiment pas raté. Ni au niveau du visage… D'un seul coup asséné par son gros poing, il était parvenu à toucher nez, œil et même lèvre, puisque celle du bas était fendue.

Kise caressa la blessure encore fraîche du bout du pouce, avant de se pencher pour embrasser le brun et un goût de cuivre confirma qu'il avait eu du sang dans la bouche. Quel con cet Aomine… Alors ce n'était pas une blague, le basané aurait très bien pu lui péter une dent. Et apparemment, d'après les dires d'Haizaki, cela s'était déjà produit par le passé… Pfff… Quel besoin avait-il eu de s'amener et de ruiner ainsi leur soirée ?

Enfin… elle n'était peut-être pas si ruinée que ça, tous comptes faits…

En effet, elle pouvait encore se terminer de manière positive…

Haizaki relâcha les doigts de Kise, après les avoir totalement emmitouflés dans sa propre salive. Kise, de son côté, n'était pas en reste puisqu'il continuait de les masturber frénétiquement ensemble, gémissant dans le creux du cou de son amant. Il allait s'essouffler ou bien jouir à ce rythme, il devait se calmer un peu. Il le savait. Mais il n'y arrivait pas. Haizaki lui avait jeté un sort. Depuis trois jours environ, l'ex-bagarreur occupait toutes ses pensées. Constamment. Pas qu'il les ait quittées une seule fois depuis leurs retrouvailles, mais ce phénomène n'avait fait que s'intensifier en l'espace de quelques jours. Et Kise se connaissait sur le bout des doigts : il avait tendance à tomber amoureux très facilement.

Trop facilement.

… En tout cas, c'était bientôt Haizaki qu'il allait bientôt connaître sur le bout des doigts, à ce rythme...

Littéralement, comme deux phalanges humides s'introduisaient à présent en lui. Haizaki bascula légèrement en arrière pour lui offrir un meilleur accès et il ferma les yeux, savourant cette sensation si particulière qui procède le bouquet final. Pendant qu'il le travaillait en faisant bien attention à ne pas le blesser, le top model dispersait des baisers apaisants le long de sa nuque, avec pour objectif de le détendre. Le brun se mit à se haleter, signe que Kise était sur la bonne voie. En même temps, il n'y en avait qu'une seule. Impossible de se tromper. Ils l'avaient même dit tout à l'heure à Aomine…

Et pourtant…

Pourquoi se sentait-il si fiévreux ce soir ? Il ne s'agissait même pas de leur première fois ensemble… Serait-ce encore l'un des effets pervers du Tabasco qui avait pénétré dans son corps par accident ?

« D-doucement… » Demanda Haizaki.

Sa respiration se fit erratique au moment où Kise trouva sa prostate, la poignardant habilement du bout de ses doigts dardés comme des pointes de lance.

« … Tu es tellement sensible ce soir Shogo… »

« Qu'est-ce qui t'arrive… ? » Avait envie de savoir le blond.

Mais il avait beau se questionner mentalement, il ne trouvait pas la réponse.

Ce qui n'était peut-être pas plus mal, au vu de la potentielle réponse que Kise ne serait sûrement pas en mesure de tolérer.

Et puis, il ne connaissait pas assez bien son amant pour pouvoir se prononcer. Cependant, il était certain d'une chose : Haizaki se comportait de manière anormale ce soir.

Particulière.

Cependant, Kise avait vécu un tel roller coaster ce soir, qu'il ne comptait pas épargner Haizaki… Sur le plan sexuel, du moins. Il avait besoin de relâchement, de CE relâchement. En effet, lorsqu'il avait aperçu Aomine, le blond avait eu l'impression que le sol venait de se dérober sous ses pieds. Que la Terre s'ouvrait en deux pour l'avaler tout cru et l'ensevelir pour l'éternité. C'est comme si… le Jugement dernier se déplaçait jusqu'à lui afin de l'abattre pour son châtiment. Son péché de chair et de luxure. Parce qu'il avait choisi Haizaki. Et qu'il lui avait cédé, là où il aurait plutôt dû retourner auprès d'Aomine, comme l'exigeaient les convenances.

Sa main allait et venait toujours sur lui, sur cette érection beaucoup trop vaillante et affirmée pour être récente, tandis que l'autre allait et venait toujours également, mais en lui cette fois. Le visage d'Haizaki se déformait sous le plaisir intense qu'il ressentait, stimulé qu'il était par toutes les attentions dont l'abreuvait Kise. A tel point qu'il n'allait pas tarder à rendre les armes, déjà, si ces attentions s'éternisaient encore. Il attrapa donc fermement le poignet fin du mannequin pour lui signaler son état et l'obliger à ralentir ses intrusions digitales. Kise comprit le message. Il se décala légèrement et il ôta aussitôt ses doigts. Haizaki se redressa alors et il attrapa la base de la virilité blonde, avant de la presser contre l'entrée de son Paradis personnel. Ou de son Enfer. Kise pencherait d'ailleurs davantage pour la seconde appellation, car dès lors qu'Haizaki s'empala sur lui, l'égérie de la mode sentit une chaleur dévorante l'englober tout entier. Mais il s'agissait davantage d'un âtre agréable que d'un feu de forêt destructeur. Pour autant, une chose était sûre cependant : il ne s'agissait pas d'un feu de paille… Cette soudaine étroitesse l'embrasa à un tel point, que Kise n'avait même pas remarqué que son pyromane d'amour avait déroulé un capuchon ignifuge au bout de sa lance à incendie…

« Aaaah… ton cul est une vraie fournaise Shogocchi… »

Immédiatement, Kise ne put s'empêcher de passer les deux bras autour du dos d'Haizaki pour les rapprocher au maximum. L'étreinte était étouffante et en conséquence, le brun se resserra autour de lui. Mais Kise se sentait d'humeur étrangement câline aussi ce soir… Peut-être parce que l'ex-délinquant s'était bien comporté envers lui dernièrement. Il n'avait d'ailleurs pas eu réellement l'occasion de le remercier, ni de le récompenser pour leur date sans faute de goût.

Haizaki resta cependant plus en retrait. Sans doute… les démonstrations d'affection aussi frontales n'étaient pas son fort. Ou alors était-il trop concentré sur ses mouvements de bassin. Kise s'enfonçait en lui avec aisance, malgré le mur d'entrailles récalcitrantes qui semblait vouloir lui barrer la route, l'accès au cœur des opérations. Cet endroit magique qui allait arracher des cris tant attendus à son partenaire.

Kise adorait les amants qui se montraient particulièrement… vocaux. D'ailleurs, lui ne s'en privait jamais non plus. Même quand parfois cela exigeait qu'il simule et qu'il en fasse des caisses. Mais il avait l'habitude, cela allait de pair avec son métier, justement : devoir se montrer le plus expressif possible, exagérer chaque émotion, réelle ou feinte. Et Haizaki non plus ne manquait pas de donner de la voix ! C'était un aspect de sa personnalité que Kise appréciait énormément. Il sentait le brun extrêmement fébrile ce soir, mais ce dernier se contenait tout de même, Kise pouvait l'affirmer sans mal. Il voyait bien les doigts d'Haizaki se recroqueviller comme des crochets, tremblant de désir….

… Désir de les enfoncer dans la peau tendre de Kise.

Mais comme le jaune l'avait informé de son prochain shooting aux Maldives, pas question de l'abimer…

Ce que ne se priva pourtant pas de faire le principal concerné…

Automatiquement, Haizaki se cambra…

« Gnnh… Ryota… ouais comme ça… Vas-y, fais-moi mal… »

Il ne fallait pas le dire deux fois à Kise !

Ses ongles courts mordirent l'échine d'Haizaki, couvrant la surface de leur nouveau terrain de jeu de zébrures écarlates. La peau d'Haizaki avait tendance à marquer facilement de par sa pâleur. Et ça aussi, ce petit détail apparemment insignifiant, plaisait à Kise. Il n'aurait pas obtenu les mêmes résultats de la part d'Aomine, clairement. (ou sombrement pour le coup !)

Le plaisir marquait le visage de son colocataire autant que les ongles, puis les canines, de Kise marquaient sa chair.

Le blond n'était cependant pas en reste, puisqu'une agréable pression commençait à croître et à monter dans son bas ventre. Il ne lâchait pas Haizaki, ce qui rendait le lap dance du brun compliqué à mener. Il ne pouvait en effet pas se permettre une grande amplitude dans ses mouvements, avec Kise qui le maintenait soudé à lui de la sorte. Mais peu importait si ses gestes étaient désordonnés et frénétiques. Il cherchait avant tout à leur apporter le soulagement, à tous les deux. En même temps, de préférence.

Kise avait l'impression de flotter. De marcher sur un nuage doux et cotonneux, comme l'était l'intérieur d'Haizaki… Si chaud et accueillant… enveloppant, enrobant… réconfortant, addictif…

En un mot : délicieux.

Il ferma les yeux, savourant cette sensation de ne faire qu'un, comme si ce mur de différences qui les séparait au quotidien s'écroulait le temps d'un ballet gracieux entre leurs deux corps, leur permettant enfin de se rapprocher et de se comprendre. De se mélanger.

Le renard, prédateur dans l'âme avant tout, s'autorisa même à croquer un morceau de son loup, enfonçant ses dents dans la peau fine de son cou. Haizaki couina pour toute réponse, mais il ne le repoussa pas, au contraire, il enfonça la tête de Kise dans le creux de sa nuque. La douleur, le pincement, étaient galvanisant. Pour tous les deux. La danse reprit de plus belle, plus folle, plus furieuse, le bassin de Kise cognant rudement celui d'Haizaki pour aller à sa rencontre et réduire l'intervalle où ils se séparaient, car l'ancienne racaille prenait un malin plaisir à se retirer complètement à chaque fois pour rompre tout contact physique.

Haizaki haletait à présent droit dans son oreille et Kise ne pouvait s'empêcher de trouver la situation foutrement sexy, surtout avec un Haizaki aussi soumis et volontaire. Cependant… cette proximité agissait également à la manière d'une loupe grossissante, rendant impossible de cacher certaines choses et… yeux fermés, concentré sur sa propre extase et celle d'Haizaki, Kise fut capable de percevoir quelque chose qu'en temps normal, il aurait sûrement laissé filtrer…

?

La respiration d'Haizaki…

Elle était un peu sifflante, non… ?

En tout cas, il y avait définitivement quelque chose d'anormal à son sujet et Kise était certain de ne pas le rêver. Ni d'être en train d'extrapoler. D'ordinaire, Haizaki ne respirait pas ainsi. Le bruit était léger, mais parfaitement perceptible à une telle distance. Tout à coup, Kise attrapa le visage d'Haizaki entre ses mains et il le força à le regarder.

« Q-quoi ? » S'affola le lupin, entre deux gémissements rauques.

« Y a un truc bizarre… »

« Comment ça… ? »

Etait-ce bien le moment de parler de ça ? Ne pouvaient-ils pas terminer avant ?

Kise sentait qu'Haizaki meurait (ouais « meurait » et non « mourait » :p) d'envie de lui balancer quelque chose dans ce goût-là. Pourtant, il examina ses yeux, en quête d'une réponse, d'une trace quelconque de douleur anormale ou… Kise ne savait pas exactement ce qu'il cherchait à dire vrai, mais il savait en son for intérieur que quelque chose n'allait pas.

« Ta respiration… hmm… »

« Qu-qu'est-ce qu'elle a ma… gnnnh… respiration ? »

Car pas question d'arrêter. De s'arrêter. De LES arrêter, avant d'avoir atteint la ligne d'arrivée orgasmique. Ouais, ça pouvait attendre, Haizaki n'était pas en danger de mort immédiate non plus… Mais honnêtement, l'inquiétude de Kise gagna même les parties basses de son corps et la révolte Sudiste fut matée en moins de deux… Sentant la PERCEE ennemie perdre en incisivité, Haizaki essaya de réalimenter le feu sur le point de mourir, en se démenant comme un beau diable sur les genoux de Kise, mais ce dernier lui saisit les poignets pour le forcer à se arrêter de gesticuler.

« Hey ! » Protesta Haizaki.

« Je te dis qu'il y a quelque chose d'anormal ! Ecoute-moi, bon sang ! »

« Et moi je te dis que tu t'en fais sans doute pour pas grand-chose… Stp… laisse-moi nous faire jouir au moins… » Supplia t-il aussi bien du regard, que de la voix.

Ils y étaient presque, ce serait con de réduire à néant tous ses efforts !

Malheureusement, quand Kise avait une idée dans la tête, il ne l'avait pas dans le cul (contrairement à lui, dans le cas présent…) et le frère de Ryoko se montra donc incorruptible ! Il éjecta Haizaki littéralement, comme si ce dernier était aussi léger qu'une poupée de chiffon et il lui grimpa dessus, inversant les rôles avec une facilité déconcertante. Appuyant son oreille contre la cage thoracique d'Haizaki, il écouta son palpitant avec attention.

« Vas-y respire… »

« Putain mais merde ! Puisque je te dis que ça va ! »

« Plus fort, j'entends rien là. »

Quel entêté, celui-là alors !

« C'que tu peux être chiant quand tu t'y mets… » Déplora Haizaki.

Il roula même des yeux pour marquer son exaspération. Mais rien n'y fit. Bon. Le seul moyen de convaincre Kise qu'il se plantait et de reprendre leur agréable petit corps-à-corps, était d'obtempérer. Ce qu'il se résolu donc à faire. A contre… cœur. Ça restait dans le thème, au moins.

« Hmm… est-ce que tu as mal… ? »

« Non, pas du tout. Enfin si, ça me fait MAL que t'aies trouvé une excuse aussi bidon pour interrompre notre partie de jambes en l'air ! »

Kise pouvait vraiment être gonflant quand il s'y mettait. Et à plus d'un titre ! Haizaki en était d'ailleurs encore tout enflé… mais l'apprenti docteur en herbe n'avait que faire de voir son patient imaginaire plus proche de la crise de priapisme, que de la réelle crise cardiaque…

« Mais siiiiii làààà ! T'entends pas ? Je t'assure que ça siffle ! »

« Siffle ? Comme le sifflet d'un arbitre de basket ou plutôt comme un train de marchandises ? »

Kise lui lança un regard mauvais qui signifiait « QUELLE DIFFERENCE CA FAIT ET COMMENT VEUX-TU QUE JE LE SACHE !? »

Bon bah… ils n'étaient pas plus avancés en somme quoi…

« Je crois qu'on ferait mieux de t'amener à l'hosto… »

« QUOI ? Oh noooooooon, même pas en rêve ! »

« Et pourquoi ça !? »

« Parce que … premièrement, je suis sûr que tu te fais des idées à la con, comme d'habitude ! Et ensuite, parce que je tiens pas à retomber sur le Docteur d'Enfer ! »

« Pfff… t'es vraiment un gamin ! Avoue plutôt qu't'as peur de ce qu'on pourrait découvrir ! Parce qu'il n'y a absolument AUCUNE chance qu'on retombe sur ce gars-là ! »


Intuition proved immediately wrong…

Evidemment.

Sinon, ce ne serait pas drôle…

Car ce cher docteur – enfin « interne » - Rajan avait à présent, son stéthoscope appuyé contre le torse nu d'Haizaki et l'écoutait à présent respirer à son tour.

Apparemment, il n'y avait que lui qui était de garde ET disponible (on se demandait vraiment pourquoi…) dans cet hôpital de malheur ! Bon, la bonne nouvelle étant quand même qu'ils n'avaient pas eu à attendre longtemps avant d'être reçus…

« Allez-y… inspirez… expiiiiiiiirez… »

Haizaki s'exécuta docilement. En apparence. Parce que pendant que le doc était penché sur lui à écouter des trucs et des machins, Haizaki ne se priva pas d'adresser non pas un, mais DEUX doigts d'honneur à Kise, qui était assis face à lui sur une chaise, à attendre le verdict patiemment.

M'enfin, il se moquait bien des griefs d'Haizaki à son égard, parce qu'il était certain de lui sur ce coup-là. Il avait véritablement entendu quelque chose de bizarre, d'inhabituel, se tramant dans les poumons d'Haizaki. Peut-être une pneumonie foudroyante ou un début de bronchite, suite à son plongeon dans la piscine avec Aomine… ? Mieux valait ne pas de montrer négligent avant que cela n'empire potentiellement…

Le médecin se redressa une fois son auscultation terminée.

« Vous avez bien fait de me l'amener. »

« Ah ! Tu vois ! » S'exclama triomphalement Kise, l'index tendu d'un air accusateur vers Haizaki. « Alors, quel est le verdict ? »

« Et bien, difficile de se prononcer sans examen complémentaire, mais… je dirai que votre ami a, à minima, au moins une côte fêlée. »

… PARDON !?

Une côte, voire PLUSIEURS, fêlée(s )… ?!

Mais comment ? Pourquoi ? Où ?

Oh bon sang…

Par la fortune d'Akashi Père… !

Aomine ! Tout ça, c'était de sa faute !

A force de violenter Haizaki, il avait fini par VRAIMENT lui péter quelque chose ! Et pas juste une dent, cette fois !

Oh l'enfoiré, il allait le lui payer ce basané de malheur…

Kise se leva, contri. Oh que oui, il allait débarquer chez lui, peu importe l'heure et lui passer un savon…

MONUMENTAL.

« Vous avez mal quand vous respirez ? »

« Non… à mon avis Doc' et sans vouloir vous vexer, le manque de sommeil commence à vous faire sérieusement yoyoter du ciboulot… Allez viens Ryota, on rentre… »

Il tendit la main pour attraper la manche de son blond, mais ce dernier la repoussa sèchement.

« Non. Tu vas faire tes examens complémentaires d'abord… »

« Hein !? Mais puisque j'te dis qu'c'est inutile ! J'te promets qu'j'ai pas mal du tout ! » Tenta de le raisonner le brun.

« Ne me fais pas chier Haizaki… c'est vraiment pas l'moment, j't'assure… » Répondit Kise sur un ton menaçant.

« Mais chaton… »

« Ta gueule, y a pas d'chaton qui tienne cette fois ! Va faire tes putains de radios et tout de suite ! » Cria si fort Kise, que le docteur Rajan n'eut même pas besoin de comprendre le Japonais pour deviner la teneur du message.

Le chaton venait en effet de se muer en léopard.

Et pas content, pas content du tout même !

Qu'Aomine ait osé lever la main sur Haizaki, en leur propre demeure était une chose, déjà…

Mais qu'en plus, il ait eu l'outrecuidance de le BLESSER sévèrement, ça, Kise ne comptait pas le laisser passer…

Il serra le poing et tourna le dos aux deux hommes.

« Je vais prendre un peu l'air dans le couloir, appelez-moi quand vous aurez le résultat des examens. »

Cette fois, Haizaki n'essaya même pas de le calmer, ni de le raisonner. Ni même le médecin.

La situation était grave… Pourtant, Kise n'avait pas eu l'impression que l'autre brun avait frappé si fort que ça… Alors quoi, Haizaki aurait des carences en calcium qui pourraient expliquer qu'on puisse lui tordre les os comme du carton ?

Non… ça semblait peu plausible. Après tout, d'après ce que Kise avait cru comprendre et voir même, parfois, Haizaki avait pourtant l'habitude d'essuyer des coups. Alors certes, Aomine était connu pour ses coups de sang et la puissance de ses poings, mais qu'était-ce comparé à une mêlée de cinq ou six racailles qui rouaient de coups un Haizaki affalé au sol… ? Et ado, en plus. Donc, encore plus fragile que maintenant, à l'âge adulte.

Décidément, Kise ne comprenait pas… Et puis, à quoi ils lui servaient tous ces beaux muscles tous neufs à part à faire joli dans ce cas !? S'ils n'étaient même pas capables de l'aider à encaisser un peu mieux… ? Après… peut-être que le jeune interne se plantait complètement. Ce n'était pas impossible qu'il se montre alarmiste pour rien. D'où la nécessité d'effectuer des analyses pour s'en assurer. Mais… tout au fond de lui, Kise savait qu'il avait raison. Il l'avait senti, lui aussi. Sans compter qu'ils auraient bien de la chance si les cotes d'Haizaki n'étaient « que » fêlées…

Kise alla donc s'isoler, achetant des clopes au distributeur prévu à cet effet. Le stress, l'énervement… ça lui donnait toujours envie de fumer… Et puis bon, les cigarettes étaient réputées pour faire maigrir de toute façon, alors ça ne pouvait pas lui faire de mal dans le cas présent…

Mais tout de même…

Bordel, comment en étaient-ils arrivés là, en si peu de temps ?

Ils étaient tranquillement en train de copuler sur le canapé en cuir blanc de Tatie Vivi et brusquement, BAM, tout s'écroulait. Une fois de plus. Ça commençait à devenir aussi récurent que lassant, ce genre d'interruptions malvenues ! Ils n'avaient même pas pu finir leur petit coït improvisé…. Quelle tragédie ! Or, demain… un plan à quatre auquel Kise n'avait aucune envie de prendre part, se profilait… Il avait espéré pouvoir relâcher suffisamment de pression ce soir pour ne pas avoir à… enfin pour… être « en forme » demain, (Non, ça n'avait pas le moindre sens comme excuse…) mais même ça, on le lui avait refusé !

Et par « on » il entendait encore une fois… les forces de l'Univers ! Ce serait tellement plus simple si elles étaient personnifiées ! Au moins, il pourrait leur casser la tronche une bonne fois pour toutes et leur signifier verbalement son désaccord ! Mais NON. Au lieu de ça, il était coincé avec sa frustration !

Environ une heure plus tard, ou peut-être deux, Ranjan vint le chercher. Il avait les résultats des examens d'Haizaki en sa possession. Kise n'avait pas vu le temps filer. Peut-être s'était-il endormi, tige au bec, dans les couloirs mal éclairés et aseptisés de la clinique. L'Hindou les avait fait asseoir face à lui, face à son bureau.

« J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer. D'habitude, je laisse le choix à mes patients d'entendre celle qu'ils désirent en premier, mais dans votre cas, cela n'aurait que peu d'intérêt. Alors voilà, la mauvaise nouvelle, c'est que mes craintes se sont révélées exactes. Vous avez bien une cote fêlée. Enfin trois. Enfin, disons qu'elles… l'ont été à un moment et qu'elles se sont mal ressoudées. C'est ça, la mauvaise nouvelle. »

« C-comment ça ? »

Par réflexe, Kise, qui de tout évidence semblait plus inquiet qu'Haizaki quant à sa propre santé, avait posé la question et attrapé la main de son homme en même temps pour le rassurer. Enfin SE rassurer, plus précisément.

« Et bien… c'est sûrement la résultante d'une ancienne blessure qui ne date pas d'hier. Je n'ai pas été capable d'identifier quand c'était arrivé, mais je dirai à vue de nez… que ça a dû arriver il y a deux ou trois ans environ. »

« Alors… ce n'est pas Daikicchi le responsable… ? » S'étonna Kise.

« Dire que je te croyais déjà parti en vendetta contre lui quand t'as quitté le cabinet. Je m'imaginais que t'étais en chemin pour aller le passer à tabac ! » Ricana Haizaki.

« C'est pas drôle ! Je pensais vraiment que c'était lui qui… »

Kise s'en voulut (oh pas trop non plus hein…) d'avoir accusé Aomine aussi rapidement.

« Mais alors dans ce cas, comment est-ce arrivé ? »

« Oh vous savez… on peut se fêler une cote plus facilement qu'on ne le croit ! Par exemple, chez les personnes âgées ou fragile, cela peut se produire lors d'une quinte de toux un peu trop forte !

« A ce point-là ? »

« Oui, oui ! Ce sont des bêtes accidents de la vie, vraiment. Mais… on ne s'en fêle qu'une seule quand c'est comme ça… et ainsi que je vous le disais, cela n'arrive qu'aux petits vieux et à ceux qui ont des fragilités osseuses… pas à des jeunes hommes en pleine force de l'âge. » Regard accusateur envers Haizaki. « … Enfin sauf peut-être ceux qui sont criblés de cicatrices… comme c'est votre cas par ailleurs… Vous avez survécu à une attaque de grizzly n'est-ce pas ? Au vu de la marque, je dirai que c'est arrivé à peu près à la même période que vos multiples fêlures. Peut-être même en est-ce la cause directe. » Devina le perspicace basané.

« Pas un grizzli. Un ours noir. » Se sentit étrangement dans l'obligation de préciser Haizaki. « Au Japon. »

« Hmm… je ne suis pas un expert en animaux, mais il me semble plutôt d'après la taille de la marque laissée par sa patte, que… »

« Un ours noir, j'vous dis. » Répéta avec insistance Haizaki.

Peu convaincu, le docteur décida malgré tout de passer à autre chose. Mieux valait ne pas s'éterniser sur un sujet sensible, même s'il avait l'intime conviction qu'un ours noirs était trop petit pour occasionner une cicatrice de cette dimension, près des côtes.

« Quoiqu'il en soit, en cas de fêlure, il faut surveiller que les organes situés derrière les côtes n'ont pas été touchés, eux. Il s'agit en effet de la fonction première de la cage thoracique : protéger ce qui se trouve derrière. Heureusement, tout semble intact chez vous. Mais comme je vous l'indiquais, vos côtes se sont mal ressoudées, sans doute parce qu'elles ont été mal soignées ou pas soignées à temps du tout. D'où les traces blanches que vous pouvez voir ici et là. » Montra t-il, radiographie à l'appui. »

« Ce sont des fractures ? »

« Juste des fêlures, aucune cassure nette par chance. »

« Purée… c'est quand même impressionnant… » Souffla Kise, bien loin de se trouver réconforté par ces nouvelles. « On les voit vachement bien encore… »

Merde… Haizaki avait dû douiller. Et pas qu'un peu ! Pourtant… à l'entendre, il semblait ne plus se souvenir quand c'était arrivé… Impossible qu'il n'ait rien senti cependant !

« I-il va devoir prendre des médicaments ? Être opéré ? » Paniqua le blondin.

« Non, rien de tout cela rassurez-vous. Etant donné que ses blessures sont anciennes, il peut faire du sport normalement et continuer à pratiquer des activités physiques, mais il devra juste faire attention à ce que sa respiration n'empire pas, puisque c'est une des séquelles qu'il a conservé. Si c'était le cas, ce serait le signe que ses côtes se sont à nouveau abîmées. Mais il n'y a pas de raison, puisque dans son cas, c'était fort probablement la résultante d'un choc important et non de carences, même s'il est certain qu'elles ont été fragilisées. »

Kise soupira de soulagement. Dire qu'il était à deux doigts de payer une petite visite nocturne (ou matinale) à Aomine pour l'étrangler…

« Merci Docteur… »

« Mais par simple curiosité, comment vous êtes-vous rendu compte que quelque chose n'allait pas ? »

« Je l'ai compris… à sa respiration, justement. »

« Oh vous deviez être sacrément proches ou alors vous possédez une sacrément bonne ouïe, parce qu'à moins d'avoir l'oreille collée sur lui, c'est très difficile à détecter et… »

« On était en train de baiser. » Lâcha Haizaki avec toute l'élégance qui le caractérisait. « Donc, ouais, forcément, on était 'proches', comme vous dites ! »

Oh putain, le con. Kise se sentit rougir jusqu'aux oreilles. Les mauvais souvenirs d'il y a encore quelques heures en arrière ressurgirent et son séant se mit à picoter désagréablement.

Surtout lorsque le brun eut la bonne idée d'ajouter :

« D'ailleurs, on a une partouze de prévue pour demain, ça ira du coup donc ? On n'sera pas obligés de l'annuler et de la reporter ? »

Le bordel.

Kise lui colla une tarte derrière la tête, bien fait !

Non mais ce malotru ne comptait quand même pas déballer leur vie sexuelle OKLM devant ce respectable, mais impressionnable jeune interne !? Enfin, pas qu'il y ait grand-chose à en dire pour le moment. Mais trop tard, car le mal était déjà fait comme ce dernier éclata de rire…

« Ahahah ! Déjà tout à l'heure, vous étiez venus me voir pour un coït qui avait mal tourné et vous me dites que c'est encore le cas cette fois ? Décidément, messieurs, vous êtes parfaitement impropres à tout acte de procréation, laissez-moi vous le dire ! »

« Ouais enfin, on s'en fout, c'est pas dans cette optique qu'on fornique de toute façon… On sait déjà que tout ce qui pourra sortir de nos deux corps ne se mettra jamais à faire du quatre pattes… »

Encore une fois… amis de la subtilité et du bon goût, bonjouuuur ou plutôt bonsoiiiiiiiir…

« Ecoutez, s'il est vrai que vos côtes se sont effectivement ressoudées, quoique de manière un peu anarchique, et qu'elles ne vous empêchent donc théoriquement pas de vous accoupler… » Terme choisi sciemment ou faute d'un anglais suffisamment correct… ? « … je ne saurai que trop vous recommander vous en abstenir pendant un moment. N'oubliez pas que vous avez reçu plusieurs points de sutures encore frais, i peine quelques heures et je pensais d'ailleurs que c'était la raison de votre visite nocturne… Ce serait dommage de les faire sauter par mégarde. » Il se tourna vers Kise. « Quant à vous… Bon, je ne devrai même pas vous expliquer pour quelle raison c'est une mauvaise idée. Enfin, je suppose que cela dépend de quelle extrémité vous comptez faire usage et de votre résistance à la douleur… »

… Qui, chez Kise, avoisinait le zéro absolu. C'est-à-dire moins deux cent cinquante cinq unités.

« T'as entendu ce qu'il a dit ? Bon bah tant pis… Daiki devra se contenter d'une pipe de ta part alors, dommage pour lui… »

« Laferme… tout ça, c'est de ta faute je le rappelle ! Et puis toi aussi, tu as pris cher à l'une de tes extrémités, j'te signale ! »

« Si tu parles de ce que tu faisais subir à mon cul avant qu'on ne s'interrompe pour venir ici, en effet, j'ai pris plus que cher même… » Assura rêveusement l'Okami.

« Raaah mais non imbécile ! Je parlais du moment où Daikicchi s'est rattrapé à ta queue quand il est tombé dans la piscine ! » Hurla à moitié Kise, plus aussi à cheval sur la bienséance et la pudeur, tout à coup…

Grand sourire narquois de la part du tigre du Bengale. Ce que ne remarquèrent pas les deux naïfs agneaux, bien entendu…

« Ohhhhh mais ça m'a tout l'air d'être une histoire tout à fait PASSIONNANTE ça encore… »

« Ma bite va très bien ! Elle était même prête à t'éternuer dessus tout à l'heure. De joie. »

« Ah ouais ? Et ben moi je dis qu'on devrait demander au Docteur Ranjan de l'examiner elle aussi. Juste pour en être bien sûrs ! » Renchérit Kise.

Et l'Hindou de dégainer discrètement sa loupe dans la foulée…


Après l'examen urologique minutieux (et un peu plus d'argent à se mettre dans la poche…) d'un Haizaki plus que réticent, le verdict tomba.

Implacable.

D'après l'Indien, il n'était pas passé loin de la FRACTURE pénienne.

Alors, ne demandez surtout pas à Haizaki de vous expliquer comment un organe invertébré peut se fracturer, il n'en avait toujours aucune fichtre idée, mais une chose était certaine : le toubib les avait farouchement mis en garde quant aux risques encourus.

Tous les deux.

Pas de kékette durant une semaine.

Soit pas avant le retour des Maldives de Kise, à supposer qu'il y aille.

D'une, parce que le troutrou du blond était toujours aussi corrosif qu'une pizza XXL peppéronis/piments rouges et aussi sensible qu'un intolérant au gluten à qui on aurait demandé de l'ingérer.

Défense donc d'y plonger quoi que ce soit, durant ce temps nécessaire de convalescence.

Et deux, parce qu'Haizaki de son côté, avait frôlé le pire et ne se trouvait pas à l'abri d'un bête claquage vu que son cher muscle adoré avait gravement morflé. Il fallait dire qu'Aomine avait autant tiré dessus que s'il s'agissait de la trompe de Babar l'Eléphant. Sauf que non. Et l'extensibilité du corps caverneux était moindre qu'elle n'y paraissait.

Mais heureusement pour eux, (et pour son porte-monnaie…) sans doute apitoyé par leur sort, le Docteur Rangan leur avait griffonné de sa plus belle et lisible écriture une ordonnance pour les aider à se remettre plus vite. Le délai de précaution de deux semaines descendit donc de moitié, à sept jours comme par miracle, mais encore fallait-il que les deux agités du bulbe et de la zigounette daignent suivre à la lettre ses recommandations pour accélérer la guérison…

Et puisque Kise s'attendait à une crème cicatrisante ENCORE PLUS EFFICACE (du genre à vous colmater la profonde fosse des Mariannes comme de la rustine !) à appliquer religieusement sur son petit nunus et Haizaki à des vitamines ou à du collagen pour se donner vigueur et élasticité, (ou du Viagra…) ils ne prirent même pas la peine de consulter leur ordonnance, au moment de passer à la pharmacie pour récupérer leurs prescriptions.

Pas question pour eux en effet (enfin, surtout pour Haizaki en fait…) d'annuler ou de reporter leur petite sauterie de demain, mais disons simplement qu'il leur faudrait faire quelques menues concessions et autres ajustements, afin de mener à bien cette mission de la plus haute importance.

Si bien qu'Haizaki en profita pour fureter dans les rayons, pendant que Kise faisait la queue, embarquant quelques capotes extra lubrifiées pour lui et goût cerise pour son partenaire. Quel homme attentionné et attentif aux désirs d'autrui, vraiment…

Sauf qu'au moment de passer en caisse pour payer leurs victuailles, Kise présenta son ordonnance et après l'avoir parcourue du regard, l'employée de la pharmacie ne manqua pas de leur exploser de rire à la face.

C'était sans doute ce qui s'appelait « perdre la face » justement et la dame ne se priva pas d'arracher des mains d'Haizaki ses précieuses minutions pour les lui confisquer, avant de tourner l'ordonnance vers nos deux zozos, hagards, en guise d'explication.

Or dessus, on pouvait lire en tout et pour tout comme seule prescription médicale de la part de ce cherrrr (et facétieux) Docteur Ranjan :

« NO SEX ALLOWED DURING ONE WEEK. »


Ouhhh la vilaine !

23000 mots et des bananes cette fois.

Pas mon record, mais beaucoup de dialogues dans ce chapitre, je n'ai plus l'habitude (l'ai-je jamais eue un jour d'ailleurs...?) d'en écrire autant !

- Pas grand chose à dire sur ce chapitre, si ce n'est que le titre est une référence à l'un des musiques de Xenoblade Chronicles 1. M'étant lancée dans le troisième opus la semaine dernière, j'ai pensé que ce serai sympa d'y faire allusion.

- Bon, je suis un peu emmerdée, je vous l'avoue... parce qu'en réalité, je n'avais pas prévu que Kise serait déjà aussi attaché à Haizaki à ce stade de l'histoire... Ce qui m'oblige à dévier quelque peu de ma trajectoire initialement programmée...

- Je me suis fait piquer à la hanche par une bestiole non identifiée, bordel, ce n'est pourtant plus la saison ! Et ça gratte. Beaucoup.

- Le petit pugilat dans la boue entre Zaki et Eromine est un léger clin d'oeil à "Sex and the City", quand Big et Aidan se sautent à la gorge, lors du week-end dans les Hamptons. Big se fait même mordre le cucul par Pete, le chien d'Aidan, tout comme Aho par Zébu, sous le regard dépassé et blasé de Carrie. Carrie qui est blonde (et écervelée...?) comme Kise :)

- Kise et Zaki vont-ils respecter la prescription du docteur Ranjan ?

- Kagami conserva t-il sa virginité ?

- Aura t-on droit au plan à quatre le plus sexy ever...? Et le couple félin survivra t-il à cela ?

- Kise partira t-il aux Maldives ?

- QUE DE QUESTIONS.

- Ouais, je pense que vous commencez à vous en rendre compte, mais Haizaki a un rapport biaisé à la douleur... pour plusieurs raisons... que je ne vous spoile pas. Mais toujours est-il que monsieur semble particulièrement... masochiste. En vérité, je me faisais la réflexion dernièrement. Des sadiques, on nous en balance en veux-tu en voilà dans les romans pour ménagères de plus de cinquante ans en mal de zizou, mais jamais des maso ! Ca manque ! Pourquoi sont-ils à ce point sous représentés ? C'EST QUOI CETTE DISCRIMINATION ? Dans tous les cas, je me suis dit que cela irait bien à Haizaki, d'un côté, cela vaut mieux pour lui, parce que vu ce qu'il se prend dans la tronche constamment et même au sein du manga officiel... J'espère pour lui qu'il aime un tant soit peu se faire gentiment rouster...

Bisous merci de m'avoir lue et à bientôt :) ! A vos théories !