Hello girls !

Presque pas en retard sur ce chapitre, dites donc... et on en est à un peu plus de 33000 mots pour celui-ci... fffiou nouveau record, je crois !

J'espère que vous vous portez bien et que certaines d'entre vous ont pu profiter du pont de l'Ascension !

Bon, il me semble que je l'avais déjà dit mais... avec ses 23 chapitres et 530000 mots environ, "No More Mister Nice Guy" est ma fanfiction la plus longue jamais écrite à ce jour yeaaaah ! FIERTE ! J'ai encore plein de trucs à raconter, on va à peine terminer le premier véritable arc scénaristique, d'ici deux ou trois chapitres, celui de Miss Robison ! Pas mal d'inspiration pour des passages assez expérimentaux aussi, mais je n'en dis pas plus ! (On basculera certainement de la "Rom com" au bon gros SHONEN qui tâche à un moment d'ailleurs, soyez prévenues...)

En tout cas et contre toute attente, sachez que je prends vraiment beaucoup de plaisir à écrire avec Kise ! C'est un personnage beaucoup plus complexe qu'il ne le laisse paraître, tout en dualité et en paradoxes, qui oblige à se creuser le ciboulot. Haizaki aussi est plaisant à "jouer" avec son caractère ambivalent et décomplexé. Encore une fois, c'est très différent du sempiternel AoKaga auquel je suis davantage habituée, mais c'est sympa aussi de sortir de sa zone de confort, même si le "succès" n'est pas forcément au rendez-vous :)

J'espère néanmoins être à la hauteur du challenge...

Au programme du chapitre d'aujourd'hui : l'audience au tribunal et la fin du flashback, avec retour dans le présent. (ENFIN !)

ENJOY !


Deux semaines plus tard, jour de l'audience...

Le tribunal du troisième district de Tokyo était vraiment impressionnant. Une grande bâtisse, froide et impersonnelle, qui en imposait aussi bien de par sa façade externe toute en pierre de taille, que par son intérieur régi par le marbre. Le tout d'une blancheur chirurgicale et stérile...

Kise ne se sentait pas vraiment inquiet pour lui-même, ça, non, ça n'avait pas changé d'un iota. Il ne comprenait pas non plus pourquoi sa mère avait insisté pour qu'il porte un costume... Apparemment, cela faisait plus « respectueux » et surtout, « respectable ». Hmm... lui, il avait juste l'impression de se travestir ou de se déguiser, sans aller jusque là. De tromper la juge en jouant avec son image. Et cette fichue cravate le serrait tellement... telle la corde passée autour de son cou, destinée à le pendre à la fin de l'audience.

Pour l'occasion, toute la petite famille avait fait le déplacement, ses sœurs y compris.

Il était important, d'après son père, d'afficher qu'ils constituaient une fratrie unie et exemplaire, aussi avaient-elles également passé des vêtements distingués qui suintaient sérieux et austérité.

Mais pour être franc, Kise en avait déjà marre de toute cette mascarade, alors que le procès n'avait même pas encore commencé.

Ces dix derniers jours avaient été... compliqués pour lui. Chaotiques. Oh, pas parce qu'il aurait soudainement réalisé l'ampleur de ses méfaits passés et qu'une vague de culpabilité se serait abattue sur lui... Non, ça ne restait que quelques « gentillets » vols à l'étalage sans gravité après tout, pas de quoi en faire toute une montagne, d'autant qu'il avait restitué la majorité de ses larcins et qu'en plus, lui, n'avait commis aucune violence.

Malheureusement, on ne pouvait pas en dire autant d'Haizaki, qui avait décidément la main plus que leste.

Apparemment, le jeune employé qui les avait repérés avait tout de même écopé de cinq jours d'interruption totale de travail. On pouvait donc en conclure Haizaki ne l'avait pas raté, selon toute vraisemblance. Or, même si son patron l'ait convaincu de ne pas porter plainte pour coups et blessures, il était juste impossible que ce sujet ne soit pas abordé aujourd'hui. Après tout, c'était du pain béni pour Maeda qui avait insisté pour assister à l'audience dans cette optique, justement. Qui savait quel genre de tours pendables l'officier cachait encore dans sa besace ? Car à ce stade, un élément semblait particulièrement clair : cet homme aussi dangereux qu'imprévisible se montrerait prêt à tout pour faire condamner Haizaki...

Il allait falloir se méfier de lui comme de la peste...

D'ailleurs, ce sale rat était déjà présent, attendant son heure, adossé à l'entrée du bâtiment et il adressa même un signe de tête à Kise de loin, tout sourire.

Hypocrite, le sourire, bien évidemment.

Pas de doute, il affichait une confiance à toute épreuve, signe qu'il avait bel et bien préparé quelque chose...

Ce qui ne laissait rien présager de bon...

Kise avait cru l'espace d'un instant aussi fugace que futile, que l'agent ne se présenterait pas au tribunal aujourd'hui. Mais cet espoir s'était avéré bien naïf... Evidemment qu'il n'aurait raté pareille occasion pour rien au monde !

Le molosse voulait trop la peau du loup pour renoncer à sa traque.

Alors dans de telles circonstances, bien-sûr qu'il allait venir, ça semblait pourtant d'une logique imparable.

Presque acquis, même. (On ne pouvait pas en dire autant d'Haizaki, par contre...)

Et Cerise de Groupama sur le magot, il était carrément en avance.

L'enfoiré...

Ne parlons même pas du ton exagérément mielleux sur lequel il les salua tous, lorsque la petite délégation familiale passa devant lui...

Tsss... D'ici la fin de l'audience, le mannequin en herbe se jura intérieurement de lui faire ravaler son fichu sourire.

D'après le regard agressif que lui jeta également son père, le blond comprit que ce dernier pensait la même chose que lui.

En fait, ce fut toute la famille qui lui adressa ce même regard méprisant, chacun des membres la composant semblant sur la même longueur d'onde.

Et pour cause : les renards n'apprécient guère davantage les chiens de garde corrompus par l'Homme, que leurs homologues lupins.

Cela faisait du bien de se sentir ainsi soutenu...

Mais...

En revanche, toujours pas l'ombre d'un Haizaki sauvage à l'horizon, ce qui se révélait déjà nettement plus inquiétant...

Kise consulta sa montre par pur réflexe. Merde, son camarade allait être en retard... Mauvais point pour lui... Les juges aiment la ponctualité, c'est bien connu. Pas sûr qu'une telle attitude joue en sa faveur, d'autant que niveau je-m'en-foutisme, ça se posait là... Pas franchement de quoi partir avec un a priori des plus positifs, donc...

Et puis, allait-il venir accompagné de sa mère et de son petit frère, pour le soutenir dans cette épreuve ou se présenterait-il seul ?

Hmm... Mais à bien y réfléchir, comptait-il daigner se pointer tout court, d'ailleurs ?

Rien n'était moins sûr le connaissant.

Au moment de pénétrer dans le bâtiment, Kise s'arrêta net sur le seuil.

Une soudaine angoisse venait-elle de le rattraper ?

Pas du tout.

Il ne voulait juste pas que la première personne qu'Haizaki verrait soit ce connard de Maeda... ça risquait de le foutre en l'air. Non, il fallait que ce soit un visage amical, plutôt. De préférence le sien. D'autant que ça faisait presque deux semaines qu'ils ne s'étaient pas adressés la parole et à peine vus, tout juste croisés dans les couloirs ou entraperçus le temps d'un entraînement. Enfin, les rares fois où Haizaki avait accepté de ramener sa fraise bien entendu. Le blondinet espérait donc tout naturellement pouvoir échanger quelques mots avec son coéquipier avant l'audience. Histoire de pouvoir l'assurer de son indéfectible appui, même en période de crise.

Surtout en période de crise, en fait.

On a toujours besoin d'un ami, d'une épaule solide sur laquelle s'épancher et à plus forte raison dans pareille situation.

Même son père parut le comprendre ou tout du moins le deviner, puisqu'il prit immédiatement son parti.

« Allez nous attendre à l'intérieur, on vous rejoint dans un instant Ryota et moi. » Fit Ryoma.

Le blondin releva la tête vers son père et lui adressa un sourire timide, mais sincère.

Oui, pas de doute, ça faisait un bien fou de se savoir soutenu de Haizaki aussi allait en avoir besoin !

Les femmes de la famille Kise acquiescèrent docilement, comprenant que le fils prodige souhaitait attendre son ami.

Les deux hommes se plantèrent donc non loin de Maeda, histoire de pouvoir le garder à l'œil. Enfin... « plantèrent », c'était un bien grand mot... vu que Kise ne tenait pas vraiment en place, faisant nerveusement les cent pas sur le parvis du tribunal. D'un côté, il était pressé à l'idée de (re)voir Haizaki, mais de l'autre... il ressentait comme un étrange malaise. Un malaise profond. Car en effet, nul ne savait comment le gris allait réagir en le voyant. Etait-il impatient lui aussi, que toute cette affaire sordide soit derrière eux pour pouvoir enfin recommencer à se fréquenter normalement ?

Gnaaaaaa Shogo lui manquait décidément trop !

Avec lui, on ne s'ennuyait jamais ! Même quand il était juste question d'improviser quelque chose d'aussi trivial qu'une partie de foot de rue, en shootant dans des canettes de soda vides ! Ou bien encore lorsqu'Haizaki avait le malheur de s'assoupir à l'ombre d'un arbre, la tête posée sur ses genoux et que Kise en profitait pour lui faire des tresses et lui glisser d'adorables barrettes piquées à ses sœurs ou autres pâquerettes dans les cheveux... Parce que... quoiqu'ils fassent ensemble, baaaah ils étaient ensemble tout simplement et ça suffisait à rendre le goupil heureux !

L'officier de police s'alluma une clope et il en proposa une au père de Kise.

Il ne comptait donc pas débarrasser le plancher ce sale cabot... guettant impatiemment l'entrée en scène du Grand Méchant Loup lui aussi.

Ryoma refusa poliment la tige de nicotine tendue vers lui comme une invitation.

Le pater familias avait arrêté de fumer il y a biiiiiiiiiien longtemps, après avoir été incité à commencer, bah comme son fiston, tiens, par le bad boy local. Mais au lycée, lui, pas au collège. Un lycée pour garçons, sorte de pensionnat haut de gamme fréquenté par les futures élites de la nation. A cette époque-là, grâce à une bourse d'études, Ryoma y suivait un cursus artistique généraliste, ne sachant pas vraiment à quelle branche il se destinait dans le futur. Peinture ? Sculpture ? Ou encore photographie ? Mais sa rencontre avec cet autre jeune homme de son âge, avait constitué un tournant décisif pour la suite de sa carrière aujourd'hui florissante...

... de sculpteur à la renommée internationale.

Mais ceci est une autre histoire que je vous conterai peut-être un jour prochain ! (Ben quoi, il faut savoir ménager ses effets... Si je vous déballe tout maintenant, vous n'aurez plus envie de lire !)

En attendant, Ryoma sortit de la poche frontale de sa veste un paquet de chewing gums et il se mit à en mâcher un en guise de réponse. Il savait que ça allait bien se passer pour son héritier, aucune raison d'être nerveux à son sujet. Ryota était entouré par une famille aimante et présente pour lui. Bien entouré en cela, même. Choyé. Adoré. Surprotégé. Il avait plein d'amis au collège, faisant partie du club très fermé dit des « gosses populaires », tout le monde l'appréciait et le trouvait charmant, même ceux qui le rencontraient pour la toute première fois sans le connaître.

Rien d'étonnant avec un si joli minois. Il y avait chez lui quelque chose de réellement attirant, de solaire. Et bien que son niveau scolaire soit tout juste moyen, il compensait ce déficit intellectuel par son implacable talent sportif. En effet, Ryota avait la chance d'être doué en tout, pour peu qu'il s'agisse d'un domaine physique, ce qui était particulièrement valorisé à Teiko et lui valait donc l'admiration sans faille de ses pairs.

Haizaki-kun par contre...

C'était une autre paire de manches.

Tout l'inverse.

L'opposé de son fils.

Un jeune homme instable qui repoussait les autres à cause de son attitude prédatrice et peu sociable. De par l'extrême violence aussi bien physique que verbale, dont il pouvait faire usage avec une facilité déconcertante. Une bête sauvage, imprévisible et carnivore (cannibale, même, si les circonstances de sa survie l'exigeaient...), qui rôdait en marge des oies blanches et autres moutons de panurge, à la recherche de la prochaine proie dans laquelle planter ses crocs.

Ryoma ne l'avait vu qu'une seule fois, mais ça lui avait suffi pour cerner l'adolescent rebelle.

Un rebelle sans cause, justement.

Qui en veut à la Terre entière.

Et à lui-même en premier...

Pourtant, le paternel ne sentait pas son fils chéri véritablement menacé par la présence de ce loup solitaire au sein de son entourage direct. Il était à peu près certain qu'Haizaki ne voyait pas Ryota comme une proie potentielle. Mais plutôt comme son égal. Il l'avait traité ainsi jusqu'ici, après tout, semblant même l'avoir pris sous son aile à plusieurs reprises. Aile pas toujours des plus avisées et recommandables, certes. Ben tiens, ce qui allait se dérouler aujourd'hui, n'en était-ce pas justement encore la conséquence directe ? Haizaki s'était fourré dans un beau guêpier en essayant d'en tirer Kise, même s'il refusait fermement de le reconnaître. Ce serait un aveu de faiblesse pour lui, que d'admettre qu'il s'était attaché au renardeau.

Et quand on parle du loup, on en aperçoit justement la tignasse argentée.

Haizaki arrivait enfin sur le parvis du tribunal, avec un peu de retard, certes, mais il était bel et bien là.

Le spectacle allait pouvoir commencer.

Jusqu'à la dernière minute, les deux hommes de la famille Kise avaient craint qu'il ne se présente pas, mais il venait de leur donner tort. Fendant la foule sur son skatebord. Jean loose troué et délavé, snickers usées qui avaient connu de meilleurs jours aux pieds, pas de cravate, son seul effort vestimentaire résidait dans une chemise d'un blanc éclatant et parfaitement repassée qu'il avait daigné enfiler. A vue d'œil, elle semblait toute neuve, contrastant avec le style habituel plutôt « urbain » du gris et on pouvait sans peine en déduire qu'elle avait été achetée tout spécialement pour l'occasion.

Hmm... ça risquait pourtant de ne pas suffire...

Surtout lorsque...

« Hé toi ! »

Haizaki sauta aisément par-dessus les marches avec son skate, puis il descendit de sa planche avec nonchalance en passant devant eux, lorsque Maeda le harangua. Dire que Kise était à deux doigts de prendre la parole pour l'accueillir, mais il venait purement et simplement de se faire griller la priorité.

« Tu veux une petite clope ? A ta place, j'accepterai, étant donné que ça risque fort d'être la dernière que tu pourras fumer avant d'aller croupir en maison de redressement. Parce que t'fais pas d'illusion : c'est la seule issue possible à ta comparution d'aujourd'hui... »

« ... »

Haizaki lui adressa une œillade mauvaise, mais il sembla néanmoins considérer sa proposition.

Sérieusement.

Kise se tendit instantanément.

Ce qui, une fois de plus, n'échappa pas à son papa-poule qui se fit un plaisir de voler au secours de son rejeton.

« Bonjour Shogo-kun, tu ne voudrais pas plutôt un chewing gum ? Je dois bien posséder tous les parfums que compte cette Terre ! Tu en trouveras bien un qui te convienne ahaha ! » Essaya t-il de le tenter pour lui éviter de commettre cette bourde facile.

En vain.

« Et goût nicotine, vous avez ? » Demanda le gris, sans interrompre son combat de regard avec Maeda.

« Heu non... ? » Fit-il en haussant un sourcil circonspect face à cette demande insolite. « Et je ne suis pas certain qu'un tel parfum existe à ce jour. »

« Alors ça n'm'intéresse pas. » Il sourit et préféra aussitôt reporter son attention sur le policier en civil. « Allez, file. »

« Je savais que tu ferais le bon choix gamin ! » L'encouragea un Maeda triomphant.

Haizaki avait mordu à l'hameçon comme un bleu, sans se méfier. Mais il fallait le comprendre aussi : sous ses grands airs de caïd qui maîtrisait parfaitement la situation, se cachait en réalité un petit garçon apeuré. Il avait besoin de se détendre afin de pouvoir pénétrer dans la fosse aux lions, l'esprit léger.

« Shogocchi... » Murmura Kise, la tête basse, déçu par son manque de volonté et de prudence.

Le regarder s'auto-détruire ainsi, juste sous ses yeux impuissants, était un véritable crève-cœur...

Ses doigts se crispèrent sur le tissu de son pantalon.

Il avait besoin de lui parler, seul à seul avant l'audience...

De vider son sac... ce qui lui pesait sur l'âme...

Encore une fois, le père sembla comprendre la détresse du fils, puisqu'il se décida à franchir le seuil du tribunal.

« Ryota, tu as cinq minutes, pas une de plus. » Lança t-il en vérifiant sur la montre couleur or attachée à son poignet. « Ne sois pas en retard. »

Maeda, quant à lui, était déjà rentré. Juste après avoir distribué son cadeau empoisonné. La pomme de la vilaine sorcière dans « Blanche Neige ». C'est qu'il tenait à se trouver aux premières loges, à la meilleure place, pour ne pas perdre une miette de la mise à mort d'Haizaki Shogo. Mise à mort, que dis-je, lynchage même !

Aucun doute n'était permis : il comptait bien se régaler face à ce spectacle grandiose dont il fut lui-même l'instigateur ! Enfin... l'instigateur conjoint. Rendons à César ce qui lui appartient et en l'occurrence, à Cléopâtre aussi. L'idée derrière ce plan macabre revenait principalement à Akane Haizaki, la propre mère du jeune délinquant.

A bien y réfléchir, un tel plan tenait presque du machiavélisme...

Rares étaient les parents qui avaient le courage de se retourner contre leurs enfants.

Surtout avec une telle véhémence...

D'ailleurs, cette brave femme n'avait visiblement pas daigné accompagner son aîné.

Il se retrouvait donc seul contre tous, à leur merci totale.

Livré à lui-même.

A la plus grande satisfaction de la flicaille.

« Shogocchi ? » Miaula à nouveau Kise pour signaler sa présence à son ex-complice.

Véritable starlette dans l'âme, Kise avait toujours autant de mal à concevoir que l'on puisse l'ignorer. Qu'il puisse ne pas être le centre de l'attention. Seulement voilà : Haizaki ne voulait pas lui parler. Et puis d'abord... pour se dire quoi ? S'excuser ? Se souhaiter bonne chance ? S'engueuler, peut-être ? Ou alors se faire une déclaration d'amour enflammée ?

Hmm... cette dernière proposition plairait sûrement beaucoup à Kise...

Sauf que non, Haizaki savait pertinemment que rien de constructif ne parviendrait à franchir la barrière de ses lèvres.

Alors à quoi bon gaspiller sa précieuse salive ? Autant l'économiser, non ? Il risquait d'en avoir besoin pour se défendre face à la juge...

Haizaki se contenta donc de tendre sa cigarette à moitié fumée déjà vers Kise. Ce dernier secoua vivement la tête en signe de refus.

« Tant pis pour toi, tu n'sais pas c'que tu perds... »

« C-c'est pas ça que j'te demandais... ! »

« Ah non ? Et c'était quoi alors ? »

« Est-ce qu'on peut discuter un instant toi et moi ? Seul à seul, rien qu'une toute petite minute... »

Sauf que lui, n'en avait aucune envie.

De discuter.

Quelle perte de temps.

Au contraire, il voulait juste savourer en paix la dernière clope du (futur) condamné.

Et en silence, de préférence.

Mais avec cet imbécile à la voix désagréablement nasillarde, prêt à se mettre à chouiner au moindre mot ou regard de travers juste à côté de lui, cela semblait tout bonnement impossible.

Teinté d'utopie.

« ... T'es stressé ? » Répondit du tac-o-tac l'argenté, comme pour mieux changer de sujet ou plutôt, scrupuleusement éviter celui qui fâchait.

En plus de tout bavardage inutile.

« Hein... ? » S'étonna Kise.

Une telle question, d'emblée, l'avait purement et simplement désarçonné. Ce qui était l'effet voulu.

« Ryota, on n'est pas supposés se parler, tu l'sais aussi bien qu'moi. A cause de l'ordonnance restrictive et tout ça. »

Sauf que cette fois, étonnamment, le blond ne se laissa pas faire, n'hésitant d'ailleurs pas à sortir les crocs pour défendre son point de vue.

« L'ordonnance n'avait cours que jusqu'au jour du procès, Shogo-kun. Nous avons donc parfaitement le droit de communiquer à présent. »

Tiens, ce n'était plus « Shogocchi » tout à coup... ?

En réponse, le loup ricana froidement.

« Le droit, oui. L'envie par contre... pas sûr du tout. Tu comptes faire quoi contre ça ? »

Haizaki savait que Kise ne pourrait pas le contraindre à entamer une discussion avec lui. Déjà, parce qu'il n'en avait pas la force, ni même les arguments nécessaires, mais surtout parce que l'heure tournait et que le temps jouait contre eux.

« ... »

« Ecoute, toi, t'as pas à t'en faire. On t'la déjà répété et assuré mille fois : il ne t'arrivera rien, alors respire parce que sinon, tu vas finir avec des rides prématurées ! »

« Mais t'as rien compris en fait ! C'est pour TOI que je m'inquiète, idiot ! » Cria soudainement Kise, poings serrés de rage. « Est-ce si difficile que cela à concevoir ? »

« Moi ? Tsss... Rappelle-moi en quoi c'est ton problème d'abord ? De toute façon, j'aurai que c'que j'mérite, t'as bien entendu Maeda et ma mère, t'étais là pourtant ! Tout l'monde n'attend que ça, que le juge rende son verdict joué d'avance à la con ! Regarde, j'en veux pour preuve que même ma daronne ne s'est pas donnée la peine de venir, simplement parce qu'elle était déjà persuadée du résultat ! »

« Dans ce cas, dis ce qu'il faut que je fasse ! Je suis prêt à raconter tout ce que tu voudras, précisément pour empêcher cela ! Par exemple, si j'expliquais à la juge que les torts sont équitablement partagés, je suis sûr qu-... ! »

« Non ! » L'interrompit sèchement Haizaki, main sur le torse et sourire cruel aux lèvres. « J'veux rien v'nant d'toi et surtout pas ton aide ! J'crois qu'tu réalises pas que des gens se sont déplacés exprès pour assister à un spectacle mémorable, alors j'compte bien leur en mettre plein la vue ! Histoire qu'ils en aient pour leur argent et que mon ultime tour de piste reste dans les annales ! »

« C'est surtout autre chose qui risque de rester dans les « annales » si tu vas en prison, crétin ! »

Plus précisément dans les « anales » avec un seul « N » et sans « haine »... Surtout sous les douches communes... Tout le monde connaissait la célèbre (oupa) légende urbaine de la savonnette qui glisse malencontreusement et du pauvre (oupa) prisonnier qui se baisse pour la ramasser au milieu de ses codétenus en mal de sexe...

« Mais nan idiot, j'irai pas en taule. J'risque rien : après tout, j'suis encore mineur, j'te rappelle. »

« Et alors ? Juste parce que tu évites la case prison, tu t'crois hors d'atteinte pour autant ? Invulnérable ou carrément invincible, peut-être même ? C'est pas pour autant que tu ne risques rien, non, le risque zéro n'existe pas ! Pffff... tu sais pourtant très bien ce qu'a dit Maeda... ! La maison de redressement... le pensionnat... d'après lui, tout ça c'est pire encore que le bagne... Et t'fais aucune illusion : c'est bien ça qui t'attend, parce qu'j'peux t'assurer qu'il fera tout ce qui est en son pouvoir pour t'envoyer là-bas à l'issue du procès. Il n'hésitera pas une seule seconde et ne te fera aucun cadeau. Dès l'instant où tu auras franchi le portail de cette institution, ils essaieront de te reformater en mode lavage de cerveau... Qui sait les horreurs qui s'y trament en toute discrétion, bien à l'abri derrière quatre murs bétonnés, sous prétexte de remettre des adolescents à la dérive, privés de tous repères, dans le droit chemin... ? Les éducateurs... ou plutôt... les matons... vont s'en donner à cœur joie avec toi et ce, en toute impunité Shogo... ! T'as conscience de c'que ça signifie au moins !? »

Mais cette tirade enflammée resta sans effet sur le loup. Haizaki se contenta d'hausser les épaules à nouveau, comme si aucun des mots de Kise n'était parvenu à toucher leur cible. Comme si chacun d'eux avait glissé sur lui, telle une pluie d'été sur les tuiles penchées d'un toit.

Comme si son propre sort, ne l'intéressait pas.

« Relaaaaax Ryota, tu n'vois pas qu'tu fais l'jeu d'Maeda là, à t'biler comme ça pour rien. »

« Pour rien !? Pour... rien !? » Répéta t-il, incrédule, choqué mais surtout révolté face à une telle indifférence. « Mais bon sang, Shogo ! C'est toi qui ne réalises pas ce qui va t'arriver ! Toi qui es dans le déni le plus total ! Alors n'inverse pas les rôles ! » S'exclama passionnément Kise, avant de se reprendre aussi sec. « P-pourquoi tu n'te sens pas un peu plus concerné par ce qui risque de t'arriver ? C'est pourtant ton avenir qui est en jeu... et toi, tu t'en fiches éperdument, malgré les mises en garde... Je n'te comprends pas... Il y a des gens qui se font vraiment un sang d'encre pour toi... mais non, toi tu t'en fous et tu t'obstines à jouer les têtes brûlées ! »

Comment Haizaki pouvait-il rester aussi calme dans un moment aussi désespéré, malgré l'épée de Damoclès qui lui pesait au-dessus de ta tête ?

Lui, Nijimura et même certains membres de la GoM avaient bien essayé de lui ouvrir les yeux plusieurs fois, au cours des deux dernières semaines. Sur la gravité de la situation et ce qui lui pendait dangereusement au nez. Et entre autres, sur le fait qu'il ne fallait surtout pas prendre ce jugement à la légère et qu'au contraire, il convenait de s'y présenter avec autant de munitions, de cordes à son arc, que possible. Dire que Kise - qui risquait des clopinettes, comparé au gris – avait pris la peine de préparer sa défense. Bien qu'il ait décidé au final de ne pas avoir recours à un avocat pour « si peu » (n'estimant finalement pas en avoir besoin.), l'Eurasien avait tout de même pris la peine de demander quelques lettres de recommandation, notamment de la part de son agence de mannequins ou rédigées par des voisins proches, afin d'attester qu'il était un bon petit !

Mais Haizaki, lui... il débarquait les mains (vides) dans les poches (toutes aussi vides)...

Cela en disait long sur... et bien... l'intensité avec laquelle il prenait toute cette histoire par-dessus la jambe.

Kise se sentait indigné par une telle attitude, qu'il ne parvenait ni à comprendre, ni à cautionner. Maudit Haizaki... Que cherchait-il exactement à accomplir ainsi ?

Car s'il s'évertuait à garder le silence ou même à feindre que tout allait bien, jamais personne ne pourrait le soutenir efficacement... Cependant, au fond de lui, Haizaki se sentait terrorisé. Rejeté. Il ne le montrait juste pas, c'est tout. Peut-être par honte. Peut-être par orgueil. Parce qu'il n'existe aucun sentiment plus puissant que celui d'être détesté par sa propre mère, celle qui vous a donné la vie. Il avait bien compris, à la naissance de Matt, qu'elle n'avait plus de temps pour lui... mais peu à peu cette indifférence s'était muée en honte. Oui, elle avait honte de lui. Son fils ne lui apportait qu'ennuis et déshonneur, là où en comparaison, Kise faisait la fierté de ses parents.

C'était un peu bateau comme raison à invoquer, mais... Haizaki ne se sentait pas aimé, pas valorisé. Et comment le pourrait-il, violent comme il l'était ? Empli de haine et de colère. Il s'agissait d'un cercle vicieux. Car plus sa mère l'ignorait et perdait foi en lui et plus il commettait des délits pour attirer son attention, redoublant d'inventivité et de gravité. Or, plus il s'enfonçait dans la délinquance et plus sa mère se détournait de lui.

C'était sans issue.

Il ne voyait même plus les rares bouées de sauvetage lancées dans sa direction par quelques camarades compatissants.

Ou plutôt, si. Il réalisait parfaitement que Kise voulait lui porter secours et assistance, sauf que...

Si Haizaki se décidait à monter à bord du canot de survie, ce serait le naufrage assuré. Pour tous les deux. La fragile embarcation allait chavirer à coup sûr et Haizaki, en bon capitaine, souhaiterait rester jusqu'au bout et couler avec le navire. Après tout, c'était lui qui avait incité Kise à passer du côté obscur. Normal donc, qu'il assume cette erreur seul et jusqu'au bout.

Oui, cette décision de tout porter sur ses épaules paraissait sans doute disproportionnée.

Overly dramatic...

Mais son sens du sacrifice, c'était tout ce qu'il lui restait.

Alors autant en faire (bon) usage.

Pour un dernier feu d'artifices dont tous les témoins allaient se souvenir pendant longtemps...


Comme convenu avec son père, Kise se rendit dans la salle d'audience à la fin du temps imparti. Pas question de mettre sa famille dans l'embarras en tirant un peu trop sur la corde... De toute façon, essayer de discuter avec Haizaki s'avérait stérile. Il n'y avait vraisemblablement rien à en tirer de plus, quand il se murait ainsi dans un tel manque de coopération et des convictions éculées...

Kise détestait abandonner, mais cela ne voulait en aucun cas dire qu'il l'avait fait.

Mais ce n'était juste pas la bonne méthode.

La meilleure façon de l'aider – avec ou contre son gré – serait plutôt d'intervenir en sa faveur lors du procès, directement auprès de la juge.

La juge Tachibana était une grande femme mince à l'air sévère au premier abord avec ses grosses montures carrées qui lui mangeaient la moitié du visage. Leur couleur noire l'assombrissait, le rendant blafard en comparaison, mais ces lunettes avaient au moins le mérite de cacher ses cernes très creusées et marquées. Pourtant, dès que Kise se posta derrière la barre des accusés, elle posa sur lui un regard très doux, presque maternel. Comme si on sentait qu'elle souhaitait faire tout ce qui était à sa portée pour rendre un verdict juste et surtout, non coupable.

Immédiatement rassuré, alors même qu'il passait le premier, Kise leva la main droite et jura de dire toute la vérité, rien que la vérité, comme dans n'importe quel véritable procès, réel ou fictif, tout droit sorti d'une série américaine.

Or, c'était bien ce dont il était question aujourd'hui : un procès ordinaire et Kise était un accusé comme les autres, malgré son jeune âge.

Il avait d'ailleurs été décidé qu'il serait jugé avant Haizaki, parce qu'il y avait nettement moins à dire sur son cas et que cela prendrait donc moins de temps. Et puis, autant être fixé rapidement sur son sort et en finir au plus vite.

« Kise Ryota, c'est bien cela ? »

« O-ou, votre Honneur... » Répondit poliment Kise, un peu intimidé malgré tout.

« Hmmm... Je vois que tu es venu accompagné. » Le tutoya t-elle immédiatement mais seulement dans un premier temps, pour le mettre plus à l'aise, sans doute.

« Oui, de mes parents et de mes sœurs... »

« Et bien, heureusement qu'il ne s'agit pas d'un procès public... » Soupira la quinquagénaire, en relisant attentivement le dossier du blond. « Parce que sinon, il y a fort à parier que le tribunal se serait retrouvé assailli par tout votre fanclub, jeune homme... »

« Ahaha... » Rit nerveusement Kise. Il devait essayer de se détendre et puis, c'était sans doute ce qu'avait tenté de faire la juge en lui lançant cette petite boutade bon enfant... Ouais, elle avait l'air de son côté et il ne s'agissait en aucun cas d'une tentative visant à le mettre en difficulté. « Ça aurait en effet été plus que probable... »

« Bien, je suis rassurée de savoir que nous n'aurons donc pas à faire évacuer la salle pour cause d'hystérie ambiante. Aussi, allons droit au but : je suppose que vous savez pour quelle raison pour vous vous tenez devant moi aujourd'hui, n'est-ce pas ? »

Apparemment, lui faire formuler lui-même son délit faisait partie du processus d'aveu...

Et ici, pas la peine de tergiverser et de tourner autour du pot pour le laisser mijoter cruellement. Non, vraiment, cette juge semblait vouloir elle aussi en terminer au plus vite pour que le blond puisse retourner à sa vie normale. Enfin, si tant était que son quotidien le soit réellement, normal, mais Kise apprécia néanmoins le geste et l'intention. Surtout parce que cela signifiait qu'elle ne comptait pas le retenir à cette barre plus que nécessaire.

Ouf !

Elle avait même débuté cet « entretien » par une petite blague, histoire de gagner sa confiance.

Alors autant lui renvoyer l'ascenseur en se montrant aussi coopératif et bien disposé que possible.

Or, c'était un talent dans lequel Kise excellait. Celui de se montrer avenant, même dans l'adversité.

Dissimuler ses craintes et son ressentiment derrière un sourire calculé.

Factice.

Si apprêté.

« Heu oui... votre Honneur... J'ai volé... »

Ouais bon hein.

Pas qu'il soit particulièrement fier de ses actes, mais mieux valait rester évasif pour éviter de commettre une bourde irréparable. Genre en lâchant par inadvertance « J'ai commis DES vols ». Au pluriel. Sous-entendu « plusieurs ». Parce que voilà quoi, ça, elle n'avait pas besoin de le savoir qu'il n'en était pas à son coup d'essai. Mieux valait qu'elle continue à penser l'inverse, dans l'intérêt du jaune.

« Et tu t'es lâchement enfui pendant que ton complice, enfin, camarade... » Se corrigea t-elle intentionnellement. Après tout, il ne s'agissait que de deux jeunes adolescents probablement terrorisés, pas de malfrats abonnés au grand banditisme ! « ... restait en arrière pour te couvrir. »

« Nan c'est faux M'dame, j'ai pas du tout agi de la sorte pour l'protéger, qu'ce soit bien clair ! Et vous vous fourrez complètement l'doigt dans l'œil jusqu'au moignon, si vous estimez que c'est l'cas ! » S'empressa de nier Haizaki, sans qu'on ne le lui ait rien demandé.

Kise sentit son cœur se fissurer sous ces paroles.

Pourquoi l'argenté continuait-il à nier farouchement la raison de son intervention ?

Est-ce que le but était de faire mal, de blesser Kise ?

Mais ils étaient amis pourtant, non ? Ça n'avait donc pas le moindre sens !

« Silence ! Ce n'est pas à vous que je m'adressais jeune homme, alors si vous voulez prendre la parole, il faudra attendre votre tour ou que je vous autorise à donner votre avis. » Rappela la juge, passablement agacée, de sa voix puissante et grave.

Elle tapa autoritairement avec son maillet en bois sur son pupitre et Haizaki se tut immédiatement. Bon au moins, elle n'avait aucun mal à se faire respecter, même si le loup mécontent de s'être fait rabrouer comme un malpropre, persiffla dans sa barbe...

Elle en imposait cette bonne femme et n'était donc pas à sous-estimer... On sentait qu'elle l'avait l'habitude de se confronter à de véritables malfrats...

Après avoir asséné son ordre, Tachibana-san redirigea à nouveau son attention sur Kise.

« Alors ? Qu'avez-vous à dire concernant ce fait ? »

Le blond se tendit sur place. Le regard de la juge était perçant, transperçant même. Et c'était sacrément déconcertant ! Kise avait l'impression qu'avec elle, il ne servait à rien de jouer un rôle. Pour parler de manière imagée, il semblait au blond qu'elle voyait aussi clair en lui qu'un proctologue pourvu d'une lampe frontale...

Ou pour verser dans une métaphore moins douteuse : qu'elle lisait en lui comme dans un livre ouvert.

Alors autant jouer la carte de la sincérité, tant qu'à faire.

« Oui, c'est vrai, j'ai agi avec lâcheté... Mais je ne suis pas du genre à abandonner mes amis ! Jamais il n'en a été question, ce n'était qu'une solution temporaire, improvisée en urgence sur le moment. Ma priorité restait de trouver l'aide, conscient que je ne pourrai rien faire seul, pour ensuite mieux revenir le sortir de ce mauvais pas ! »

« Et ainsi risquer d'impliquer une tierce personne innocente, je vois. »

« Tsss... c'est bien c'que j'me suis tué à essayer d'lui dire... » Marmonna Haizaki tout bas. « Qu'il ne fallait surtout pas mêler quelqu'un d'autre à nos affaires... Que ça n'ferait qu'attirer des ennuis à une personne supplémentaire... »

Arf merde, elle était coriace la dame de loi ! Kise n'avait pas du tout envisagé une tel angle d'attaque...

« E-et ben heu... » Balbutia le renard, qui avait décidément perdu toute sa belle assurance.

Comment justifier ce comportement égoïste... ? Qu'ajouter pour sa défense à présent ?

« Ce que moi je vois au regard des événements, c'est que vous êtes une personne qui semble grandement se reposer sur les autres. Or, ce type de comportement entraîne inévitablement son lot de conséquences. Par votre faute, certains de vos camarades se sont retrouvés en garde à vue, bien qu'aucune charge n'ait heureusement été retenue contre eux. »

Ah non hein !

Kise n'était en rien responsable de leur mésaventure ! Bon ok, sauf concernant Nijimura, là, il voulait en bien endosser la culpabilité ! En revanche pour les autres, cela avait été purement fortuit et ne pouvait en aucun cas lui être imputé...

Mais Kise n'osa pas formuler cette dernière observation à voix haute. Il s'agissait de ne pas aggraver son cas... et peut-être que s'il encaissait sans broncher, en faisant profil bas, le savon passerait plus facilement...

Il ne pouvait que l'espérer, en tout cas...

Cela vaudrait mieux pour lui.

« Les circonstances actuelles tendent malheureusement à me conforer dans ma première impression, celle que vous êtes le genre d'individu à toujours se cacher derrière les autres et à compter sur eux pour résoudre les problèmes qui VOUS concernent vous et vous seul, problèmes que VOUS avez d'ailleurs causés et ce, à votre place. Il suffit de vous regarder pour le comprendre et s'en persuader : bien coiffé, bien habillé, avec des vêtements propres et sans un pli, sans doute achetés tout spécialement pour l'occasion, vous conférant une allure de petit garçon modèle et entouré par tous les membres qui composent votre foyer, pour comprendre que vous êtes extrêmement couvé et préservé. Un véritable privilégié de par son statut de cadet et seul garçon d'une famille unie et respectable, ayant la chance de compter deux parents actifs aussi bien professionnellement, que dans l'éducation de leur progéniture. N'ai-je pas raison ? »

...

Ahem... non mais c'était son procès là ou quoi !? (... Heu oui Kise, c'est même un tout petit peu le but et tout le concept du truc hein...)

Kise pesta intérieurement, n'appréciant guère la direction qu'elle était en train de prendre avec son petit discours fallacieux (mais difficile à nier...) et clairement orienté, qui le faisait passer pour un boulet surprotégé ! N'était-elle pas plutôt censée faire preuve d'indulgence et surtout, de neutralité ? Là, c'était plutôt comme si la juge ne se donnait même pas la peine de dissimuler ses conclusions aussi hâtives que prématurées (et fausses) ! Comme si, justement, son jugement était déjà tout fait ! Et altéré par des considérations morales et biaisées !

Pour le moins dubitatif face à cette attaque frontale à peine voilée, il chercha du regard un soutien quelconque auprès de sa famille.

... Mais ce fut autre chose que ses yeux accrochèrent, là, assis sur l'autre banc situé à côté de celui où se trouvaient justement ses parents et ses sœurs... En effet, près d'Haizaki, se tenait à présent le fidèle (Rantanplan ?) Nijimura.

L'audience n'était pourtant pas publique, ainsi que précisé par la juge auparavant, alors quand et comment diantre était-il entré ?

Hmm... sûrement pendant que la juge interrogeait le top model, ce qui expliquait pourquoi Kise ne l'avait pas remarqué jusqu'ici. Et bizarrement, aussitôt, son esprit se déconnecta, ne parvenant plus à se concentrer sur autre chose que la présence de l'adolescent. Une présence dont il aurait dû se réjouir, puisqu'elle visait à apporter un soutien amical au louveteau. Mais pas forcément désintéressé. Et même si à l'époque Kise n'avait rien su, ni même réellement « vu » de la véritable relation unissant ses deux coéquipiers, malgré des signes aussi évidents que la cape d'un rouge criard agitée par le Matador sous le nez d'un taureau. Et pour rester dans la tauromachie métaphorique, une pointe de jalousie lui piqua le cœur telle une banderille en cet instant. Sans qu'il ne parvienne à se l'expliquer de manière rationnelle. Le reste de l'audition défila à une vitesse folle et Kise se contenta le plus souvent d'acquiescer, n'écoutant que vaguement les questions de la juge et y répondant de manière encore plus vague. (Si, si, c'était possible !) Car s'il était bien physiquement présent à la barre, son esprit, lui, se trouvait ailleurs.

Et plus précisément, à côté d'Haizaki et de Nijimura.

Entre eux même.

Histoire de biiiiien les séparer !

Soudain, il se rappela du speech, que diiiis-je, du SCANDALE même, tapé par Nijimura, il y avait à peine un mois de cela, lors de leur camp d'entraînement dans les forêts montagneuses. Quand le brun avait surpris un Kise nu (comme un ver) et endormi (pas comme un ver) dans le sac de couchage d'Haizaki. Mais il n'y pouvait rien ! A l'époque, le blond ne parvenait pas à trouver les bras de Morphée s'il avait le moindre morceau de tissu sur le dos !

Heureusement, ce handicap – car oui, cette particularité pouvait réellement être présentée ainsi - avait fini par s'estomper avec le temps, puis par disparaître complètement grâce à sa carrière de mannequin menée tambour battant. Quel rapport, me demanderez-vous ? Et bien, il fallait admettre que ce genre de petite manie aurait clairement pu le desservir, lui qui s'assoupissait souvent dans des endroits inconnus et se devait également de profiter de chaque minute disponible de sommeil, quels que soient l'heure et le lieu. Soit potentiellement, en public.

Et puis de toute façon, cette nuit-là, Haizaki dégageait chaleur corporelle si étouffante – ça n'avait pas changé, ça, d'ailleurs aux dernières nouvelles... – qu'elle rendait impossible le port de vêtement à son contact, sous peine de se changer en torse humaine, combustion spontanée staïleuh ! (Aaaah Kise, toujours un tel parangon de sobriété ! Jamais dans l'exagération !)

Or, si tu as été attentive jusqu'ici chère lectrice et que tu possèdes une bonne mémoire, tu te rappelleras que j'avais déjà évoqué ce fameux incident dans l'un des premiers chapitres de cette fanfiction... Il ne s'agit d'ailleurs pas d'un événement isolé, mais nous aurons sûrement l'occasion d'en reparler ultérieurement, alors revenons plutôt à nos moutons roses avec des ailes pailletées dans l'immédiat !

D'un côté, Kise était heureux de constater que quelqu'un (sous-entendu : autre que lui) soit venu témoigner son soutien à Haizaki, mais de l'autre... La jalousie incontrôlable commençait déjà à le ronger. Si bien qu'il ne se défendait à présent que très mollement face aux reproches de plus en plus incisifs de la part du juge...

Mais par chance (pour lui) Kise n'était que l'entrée précédant le plat de résistance, le vrai. Aussi Tachibana-san devait-elle en garder un peu sous le pied pour s'occuper du cas d'Haizaki tout à l'heure. C'était sans doute avec cette idée bien ancrée dans son esprit et se heurtant de surcroît au manque de combattivité du goupil, qu'elle décida de rendre son verdict.

Oui, déjà.

Mais il ne servait visiblement à rien de poursuivre dans cette voie.

Kise avait donné tout ce qu'il pouvait et de toute évidence, elle n'en tirerait rien de plus à ce stade.

Mieux valait mettre un terme à cet interrogatoire infructueux, qui ne suscitait que peu de réactions ou de réponses de la part du jaune. On ne pouvait même plus parler « d'échange » à ce stade, tant la conversation, si on pouvait encore utiliser ce terme, semblait à sens unique.

Ça restait bien maigre côté éléments à se mettre sous la dent, mais elle devrait néanmoins faire avec cette modeste récolte d'informations. De toute façon, le jeune basketteur en herbe venait de se fermer comme une huître, Tachibana-san n'avait donc plus tellement le choix... Mais cela ne l'empêchait pas de se demander ce qui avait bien pu causer ce soudain changement d'humeur.

Car ce gamin avait l'air bavard, pourtant ! Elle en aurait mis sa main à couper qu'il l'était en temps normal, même !

Mais là... c'était le blackout total ! Impossible d'en tirer quoi que ce soit de probant. Le procès avait pourtant débuté sous des auspices prometteurs, mais au cours de celui-ci, peut-être en réalisant ce à quoi il s'exposait réellement ou victime d'un stress jusqu'ici réprimé avec succès, le pauvre gosse avait soudainement été incapable d'aligner plus de deux phrases complètes ! Et encore, « sujet, verbe, complément », les phrases, hein ! Plutôt basique côté structure et informations véhiculées... Pas grand-chose avec quoi composer, en somme...

Mieux valait donc abréger les souffrances de Kise le plus succinctement possible.

« Il suffit, j'en ai assez entendu, tu peux donc regagner le banc des témoins. » Lui indiqua t-elle gentiment. « Je vais procéder au verdict te concernant. »

La juge avait eu la sollicitude de penser que, peut-être, cela rassurerait l'adolescent de retourner auprès de ses parents et de ses sœurs pour entendre son compte-rendu. Kise s'inclina donc respectueusement en guise de remerciement et il regagna la place qui lui était assignée.

Un soupir franchit les lèvres teintées d'un rouge froid de la juge.

« Etant donné que le propriétaire et son employé n'ont pas porté plainte et dans la mesure où les objets dérobés ont bien été restitués dans leur intégralité et en parfait état le jour-même du larcin, le Parquet a décidé de faire preuve de clémence envers Kise Ryota, puisqu'il s'agissait de son premier délit. »

Du moins, c'était ce qu'il était parvenu à lui faire croire, ouf !

« Néanmoins et afin que cet écart de conduite reste un cas isolé, je souhaite qu'un tel comportement ne demeure pas impuni. C'est pourquoi, je préconise la visite du Centre de détention de Tokyo, qui est un établissement pénitentiaire situé dans l'arrondissement de Katsushika. Se retrouver au contact de prisonniers vous fera sans doute ouvrir les yeux sur la triste réalité qui vous attend si d'aventure vous vous sentiez à nouveau tenté de flirter avec l'illégalité. »

A première vue, on aurait pu se dire que la juge avait opté pour une punition bien peu sévère, mais en vérité, il n'en était rien. Kise était plus sensible et impressionnable qu'il n'y paraissait, aussi, cette visite le traumatisa t-elle... légèrement. Et pour cause : déjà qu'un pénitencier n'était pas forcément l'endroit le plus accueillant et chaleureux du monde et biiiiiiiien par contre... on ne pouvait hélas pas en dire autant de certains de ses... résidents. Le charmant blond, alors jeune collégien, l'avait appris à ses dépens, puisqu'on lui avait permis d'échanger avec quelques détenus – ou plutôt l'inverse - et que l'un d'eux s'était montré particulièrement assidu et insistant dans sa parade nuptiale... Au point de se porter volontaire pour lui faire visiter les douches EN PRIVE et d'aller jusqu'à le saluer par la fenêtre barrée de sa cellule, au moment du départ...

« J'attendrai que tu viennes me rejoindre ici dans quelques années, ma future petite femme ! » Avait lancé l'homme balafré depuis sa cage (pas dorée) et ses paroles (menaces ?) avaient résonné dans toute la cour extérieure !

Limite, le gars (incroyablement repoussant physiquement, partiellement édenté et couvert de mutilations improbables façon créature de Frankenstein...) lui avait déjà réservé une place EXPRES dans son propre lit... Et puis ewww... « petite femme »... ? Brrr... ça en disait long sur le rôle que ce malabar comptait lui faire endosser... Beurk, rien que d'y repenser suffisait encore à provoquer un profond dégoût chez le blond, même encore aujourd'hui, à l'âge adulte... Ah ça, on pouvait dire que cette simple visite l'avait marqué au fer rouge et amplement rempli son office, le terrorisant et le dissuadant A VIE de sombrer dans la délinquance.

Enfin... si tant était qu'il ait un jour besoin d'un tel repoussoir... Force était cependant de constater que la juge n'y allait pas avec le dos de la cuillère et que même la plus basique des sanctions infligées, suffisait à produire les effets escomptés en semant l'effroi. Ce choix s'était avéré particulièrement adapté à Kise de par sa simplicité, mais surtout dans son efficacité. Bon, alors le temps et le recul (qui a dit « et la maturité ?), le renard en était venu à se demander si ce type n'était pas en réalité un comédien spécialement maquillé pour l'occasion, dans le but de lui faire peur, tant tout cela semblait GROS.

Mais la leçon avait été apprise et retenue, or c'était bien le principal, non ?

En tout cas, c'était ce que préférait croire Kise, prenant toute cette expérience avec une certaine philosophie.

Quant à Haizaki... son sort fut nettement moins enviable que ce léger rappel à l'ordre...

La juge l'appela et il se présenta à la barre non sans sa nonchalance habituelle. C'était presque... comme si rien ne l'atteignait... comme si rien ne POUVAIT l'atteindre, même... D'instinct, Kise se mordit la lèvre inférieure. Il ne le sentait pas... Son inquiétude pour le gris se fit donc grandissante. Connaissant Haizaki, il fallait légitimement s'attendre ou du moins se préparer, au pire scénario possible. L'argenté était en effet réputé pour sa défiance, mais surtout, pour son imprévisibilité totale.

Or, comme lui et le doré n'avaient pas pu se concerter avant, Kise ignorait tout de la stratégie pour laquelle Haizaki avait opté. Mais vraiment, leur embryon de discussion avant de pénétrer dans le tribunal, ne lui disait rien de bon à ce sujet. Le loup avait traîné sa carcasse jusqu'ici pour livrer son dernier combat, mais il ne paraissait plus avoir la volonté de de se défendre.

Ça allait être un massacre.

Un inévitable massacre.

Haizaki allait se saborder, s'auto-saboter.

Dès que le loup se présenta à la barre et jura de dire la vérité, Maeda le molosse se mit à jubiler. C'était tout juste s'il n'allait pas sortir un seau de pop-corn pour mieux profiter du spectacle. Kise serra les dents... Ce sale flic corrompu... ! Un jour, il paierait pour son comportement abject...

D'autant qu'immédiatement, la juge ouvrit le feu, lançant les hostilités. Elle parcourut la salle du regard, à la recherche de quelque chose de bien précis...

« Vous empestez le tabac froid jeune homme ! » Asséna t-elle en faisant mine de s'éventer.

Ah ben tiens.

Ça commençait bien...

Et ce n'était pas comme siiiii Kise et son papa avaient essayé de le mettre en garde précédemment, en plus !

Graaah stupide Haizaki !

« Vos parents ne vous ont-ils jamais appris que fumer est extrêmement nocif à votre âge ? »

Techniquement, il n'en avait pas le droit non plus, en tant que mineur...

« Mes 'parents' ? Désolé d'vous décevoir, mais je n'ai rien de tel, M'dame. » Il secoua la tête avant de se mettre à la fixer droit dans les yeux. « Mon 'géniteur' s'est barré à ma naissance, j'l'ai jamais connu, quant à ma dar... erm... ma 'génitrice'... » Se reprit-il directement, le mot « daronne » étant encore trop proche du terme « mère » à son goût. « Elle n'a pas jugé utile de s'pointer. »

Malgré ce manque flagrant de soutien maternel, il était là, livré à lui-même... mais pas sûr que cela suffise à attendrir la juge pour autant...

« Vous avez vraiment dû la pousser à bout pour qu'elle refuse d'assister à cette audience. »

Il haussa des épaules pour toute réponse, toujours ancré dans son attitude de défiance.

« J'dis pas qu'c'est pas mérité, hein. Et pour preuve : je ne lui en veux même pas. »

Mouais... bullshit... ça, Kise avait du mal à y croire. Il commençait à connaître assez Haizaki pour savoir que le voleur de techniques (et pas que...) avait tendance à dissimuler ses blessures d'ego derrière un masque de provocations.

Et d'ajouter :

« C'est à moi et à moi seul de répondre de mes actes. »

« Un bien joli discours, étonnamment mature. Voyons s'il se maintiendra dans le temps... »

Il était d'ailleurs temps de le vérifier. Pour ce faire, elle déposa le dossier du gris sur son pupitre. Enfin... « déposer »... disons qu'elle le lâcha. Et que le tas de papier fit un gros « BOUM » en heurtant la surface en bois vernis, donnant une bonne indication sur son poids. Et sa densité. De quoi assommer un éléphant, au bas mot.

C'était clairement ce qu'on pouvait appeler... un « dossier à charge ».

Au sens propre, comme au figuré.

L'assistance sursauta suite au bruit sourd engendré par le dossier et il sembla même à Kise que le sol trembla sous son poids.

« En premier lieu, je tiens à remercier l'agent Junichi Maeda d'avoir réuni autant d'éléments en un temps record. »

Le chien de chasse afficha un sourire carnassier, visiblement fier de son travail de fin limier. Car, comme tout bon clébard à la solde de la Société, il aimait qu'on le flatte dans le sens du poil.

« Il y a uniquement là trois années d'archives. C'est... pour le moins impressionnant. Je rencontre des adolescents problématiques qui se trouvent à l'aube de leur majorité tous les jours, dont certains ont commencé leurs méfaits bien avant vous, même. Et pourtant, malgré leur « avance » sur vous, ils ne parviennent pas à avoir des dossiers aussi fournis que le vôtre. » Expliqua t-elle, le visage à moitié caché derrière la PILE immense.

Aïe...

Autant le dire tout de suite : ça débutait FRANCHEMENT très mal, donc.

« Je n'ose imaginer ce que cela pourrait donner lorsque vous atteindrez leur âge, si vous vous obstinez dans cette voie. »

Foutu Maeda ! Il était allé déterrer tout ce qu'il avait pu trouver, en prenant bien soin de retourner la terre également, histoire de ne louper aucun élément qui aurait pu venir alimenter et donc alourdir le casier d'Haizaki. Qui sait s'il n'avait même pas versé quelques pots de vin ou menacé certaines personnes, pour les obliger à consigner leurs témoignages par écrit... Oui, c'était là toute l'étendue de la haine qu'il vouait au collégien. Une haine irascible, disproportionnée et pleine d'acharnement. Celle d'un adulte responsable, agent de la paix, face à un enfant. Ils ne se trouvaient pas au même niveau. Dès lors se posait donc la réelle question de savoir ce qu'avait bien pu faire Haizaki pour ainsi s'attirer les foudres du policier.

Si encore il avait été question de deux adultes, de deux égaux, de telles velléités de vengeance, même aveugle, auraient pu s'entendre. Mais là... il devait clairement manquer une case à Maeda pour avoir recours à de telles extrémités ! Voulait-il à ce point gâcher la vie d'Haizaki, en le privant de tout avenir viable ? Assurément, mais... encore une fois se posait la question de la justification d'un tel manque de retenue, pas très respectable de la part d'un adulte supposément mature... et censé représenter le bras armé de la Loi de tout un pays. Quelle genre d'image dysfonctionnelle cela donnait-il du système judiciaire Japonais... ?

Non... ce n'était que l'arbre qui cachait la forêt... La petite guéguerre des deux ennemis naturels, du flic ripoux contre la racaille. Il y avait définitivement quelque chose de plus profond entre ces deux-là. Un mystérieux passif, vraisemblablement un événement grave.

« Tous les témoignages rassemblés dans ce dossier concordent pour dresser le portrait d'un adolescent immature, sauvage, agressif et dangereux pour la société, n'hésitant jamais à recourir à l'ultra violence. Qu'avez-vous à dire pour votre défense, quant à ces accusations ? »

« Rien, M'dame la Juge. Tout ça, c'est la stricte vérité. »

Putain, il n'essayait même pas ! Que c'était frustrant de le voir baisser les bras d'entrée de jeu ! Même Nijimura s'écrasa une main sur la figure, consterné. Et que dire de la Juge Tachibana qui étrécit les yeux face au manque de coopération et/ou (au choix) de combattivité d'Haizaki... Elle non plus ne devait pas s'attendre à un spectacle aussi pathétique... Seul Maeda avait l'air de trouver cette issue satisfaisante.

« Cependant... ce ne sont pas les faits qui nous intéressent aujourd'hui... »

La grande dame vêtue de noir poussa soudainement la montagne de paperasse, la reléguant à un coin de son pupitre comme pour l'éloigner le plus possible d'elle.

« Quoi !? »

Haizaki se tendit, perdant aussitôt son air provocateur. Apparemment, il ne s'attendait pas à un tel revirement de situation. Mais la Juge se fit une joie de lui expliquer :

« Vous ne pouvez être jugé que pour un seul méfait à la fois, c'est la règle. De plus, tous ces témoignages n'ont qu'une valeur consultative : étant donné qu'ils ne sont pas en lien direct avec l'affaire qui nous concerne aujourd'hui, ils ne peuvent être considérés comme des pièces à conviction à proprement parler. »

Mais ce n'était pas du tout prévu ça !

Maeda essaya de se lever pour protester et ainsi empêcher son travail d'investigation d'être réduit à néant. Mais instantanément, Ryoma lui attrapa le poignet avec fermeté, lui jetant par la même occasion un regard aussi méprisant que mauvais. Peut-être que ce flic délinquant faisait la loi dans son petit commissariat de quartier, mais pas ici. Aussi, ferait-il mieux de ne pas contrarier le père de Ryota, car celui-ci pouvait avoir le bras long en cas de besoin.

« Dans la mesure où aucune plainte n'a été déposée à votre encontre, mais qu'il y a tout de même eu des jours d'interruption totale de travail pour l'employé que vous avez agressé physiquement et verbalement, je souhaiterai obtenir votre version des faits avant de pouvoir me prononcer. Et j'insiste sur la vôtre, celle qui sortira de votre bouche, pas celle rapportée par des tierces personnes. J'en profite d'ailleurs pour vous rappeler qu'il serait dans votre intérêt de vous montrer plus loquace que votre complice, étant donné que vous êtes à la fois l'auteur des coups et blessures, mais également l'incitateur des larcins. »

Haizaki soupira, n'aimant pas du tout la tournure prise par ce procès.

SON procès.

Il pensait pourtant que c'était clair, que ça se lisait sur son visage : il n'avait aucune envie de parler.

Parce qu'il n'y a rien de pire en ce monde que de se raccrocher à un mince espoir et de consacrer toute son énergie à tenter de se sortir d'une situation inextricable. Fatale. Alors qu'on sait pertinemment qu'il est de toute façon impossible de renverser la vapeur. Il était déjà bien trop tard pour une quelconque salvation, Haizaki se sentait condamné depuis le jour de sa naissance.

A cause de circonstances extérieures sur lesquelles il n'avait aucun contrôle. Pas le bon pays. Pas la bonne ville. Pas le bon quartier. Pas la bonne famille... Tout cela, il n'avait pas pu en décider et aujourd'hui, il s'agissait d'autant de données factuelles qui constituaient un handicap de départ dans la vie. Un handicap latent, dont jamais il ne pourrait se dépêtrer et encore moins se défaire.

Alors il se braqua, adoptant une posture renfrognée.

Après tout, il était venu ici tout spécialement dans l'optique d'en finir, pas vrai ?

« A part que j'ai rien à dire pour ma défense, M'dame. Je suis coupable de A à Z. »

« Ça, c'est à moi et moi seule d'en décider mon enfant. » Le rappela t-elle à l'ordre.

« Et bien, sans vouloir remettre en cause votre capacité de jugement... je viens déjà d'admettre ma culpabilité, alors je ne sais pas si ça sert à grand-chose de continuer... D'autant que je n'suis pas du genre à me chercher des excuses... »

Hahaha ! Qu'allait-elle bien pouvoir répliquer à ça ? Haizaki croisa les bras sur son torse, visiblement satisfait de sa réponse qui coupait court à toute forme de discussion. Il venait de niquer le game un peu là, non ?

Cette fois, Nijimura serra les dents, tandis que Kise se cachait carrément le visage derrière les DEUX mains, atterré...

« Je vais le buter à la fin du procès s'il continue comme ça... enfin, si tant est j'arrive à me retenir jusque-là... » Pesta le karatéka à voix basse.

Malgré un manque de coopération certain de la part d'Haizaki, Tachibana-san poursuivit néanmoins son interrogatoire avec plus ou moins de patience, mais elle se heurta sans cesse à la même déférence du côté du prévenu, qui, définitivement, ne souhaitait pas jouer le jeu. Bien au contraire, c'était même plutôt comme s'il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour se voir envoyé en maison de redressement. Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui pouvait bien motiver un comportement aussi extrême et surtout, une solution qui l'était tout autant ?

Le désespoir, tout simplement...

Même Haizaki avait perdu tout espoir de s'en sortir...

Il estimait sans doute ne pas le mériter.

Tout le monde l'avait abandonné.

Tout d'abord, son propre père... Juste le temps de planter sa (mauvaise) graine et il s'était barré comme un... voleur (On pouvait légitimement en conclure que c'était de famille, donc...) ! Jamais il n'avait cherché à faire sa connaissance, ni même plus simplement, à le rencontrer. Pas une seule fois. Pour lui, Haizaki n'existait pas. D'ailleurs, le gris ne portait même pas son nom de famille, malgré la tradition patriarcale fortement ancrée au Japon, et ignorait tout de lui, à part que ce mystérieux donneur de gamète avait un jour foulé le sol de cette planète, sinon, Haizaki ne serait pas venu au monde, dans cet univers pourri jusqu'à la moelle. Puis, ça avait été au tour de son beau-père. Celui qui l'avait d'abord élevé durant quelques années. Ses plus belles années, rien que ça. Celles de l'innocence. En ce temps-là tout était si facile et même si cela pouvait sembler impossible à croire, Haizaki se comportait en enfant modèle.

Sage comme une image.

Très attaché à sa mère, gai, gentil. Fusionnel, même. Un gosse facile à vivre, qui ne se plaignait jamais. Mais... rapidement, Yamato était arrivé et il avait fallu partager l'attention de ses parents avec lui. Haizaki ne l'avait pas digéré. Il voulait s'accaparer autrui. Petit à petit, il avait sombré dans des bêtises de plus en plus clinquantes et graves. Et petit à petit, sa propre mère s'était détournée de lui, jusqu'à ce qu'il la perde définitivement.

Alors ce qui arrivait aujourd'hui, n'était que la conséquence de ses frasques passées.

Or, il était grand temps de passer à la caisse, avant que la situation ne devienne irrémédiable. Car l'argenté n'était plus qu'à un panier de basket de basculer dans la délinquance pure et dure.

La vraie.

Celle qui peut vous coûter la vie d'un moment à l'autre.

Ou un membre, voire même un organe, dans le meilleur des cas...

Celle qui ne plaisante pas et ne fait aucun cadeau.

Déjà et ce, malgré son âge, des mecs, de jeunes adultes de sa cité avaient tenté de l'approcher pour le recruter dans leurs rangs. Haizaki ne tapait pas très fort, certes, mais il n'avait pas son pareil pour encaisser. Une compétence très recherchée par ces rabatteurs, qui n'hésitaient pas à envoyer leurs sous-fifres au casse-pipe à leur place. Haizaki était peut-être encore un peu minot pour commencer à collecter des dettes, mais il pouvait d'ores et déjà faire le guetteur lors des trafics de drogue ou mieux encore, s'occuper de faire le passeur entre dealers et clients. Les flics ont tendance à moins contrôler les ados et les enfants. Mais honnêtement, qui irait les soupçonner ? C'est du pain béni pour les revendeurs, puisque même si ces gamins se font choper, les policiers sont obligés de les relâcher sans poursuites et en plus à cet âge-là, ils ne sont vraiment pas gourmands en termes de paiement. Des sucreries, un ou deux billets et quelques fringues de marque font l'affaire... Pas de quoi se ruiner, en somme.

Alors finalement... le pensionnat, c'était un peu sa seule échappatoire.

Sa dernière chance.

A moins que...

« A vous entendre, vous seriez le pire citoyen que compte noble archipel ! Comment pouvez-vous avoir si peu foi en vous-même, à un si jeune âge ? C'est comme si tout espoir de rédemption vous avait quitté... Du moins, c'est clairement ce que vous essayez de nous faire croire en orientant vos réponses, en ce sens uniquement. »

Elle ferma les yeux, pensive un instant.

Nijimura crevait d'envie d'intervenir, mais il risquait de se faire renvoyer dans les cordes avant même d'avoir pu prononcer le moindre mot...

Le moment n'était pas encore venu...

« Votre foyer vit dans la précarité et pourtant, vous n'avez dérobé aucune denrée de première nécessité. J'aurai pu faire preuve de clémence, si cela avait été le cas. »

Mais c'était justement ce que voulait éviter Haizaki.

« Nan M'dame, voler pour se nourrir, c'est la pire des hontes. Jamais j'ferai ça. J'me manque pas encore assez de respect au point de passer pour un crève la dalle hein... »

Et une provocation supplémentaire, une !

« Cependant... » Fit-elle mine de ne pas relever. « ... pour en revenir à vos précédentes déclarations, vous avez peut-être commencé par fuir pour sauver votre peau et vous avez sans doute hésité, mais au final vous êtes tout de même revenu sur vos pas pour porter secours à votre ami. »

Ah ce n'était plus « complice », ni même « camarade », mais carrément AMI cette fois !

Haizaki fronça des sourcils, n'appréciant guère que ce sujet soit remis sur la table.

Elle cherchait la petite bête, titillant, le poussant à réagir, bien entendu, il s'agissait de son métier après tout. Mais ça avait le don de le contrarier plus que de raison, qu'on puisse sérieusement sous-entendre ou ne serait-ce qu'oser envisager qu'il éprouve potentiellement une quelconque forme de sympathie, non, d'attachement même, envers ce sale blondinet geignard et privilégié !

« Sauf que... j'l'ai pas fait pour la raison qu'vous croyez, sans vouloir vous offenser M'dame... »

« Ce qui signifie ? »

Elle se redressa pour mieux le toiser. Apparemment, sa patience avait des limites et elle venait de les atteindre. A présent, elle exigeait des réponses claires et précises.

« Pour commencer, j'ai eu pitié de lui, ouais, ça c'est vrai je l'reconnais. Mais vous auriez dû l'voir aussi ! Brayant et pataugeant dans sa propre morve, complètement terrorisé, j'avais jamais assisté à un spectacle aussi pathétique ! C'était pitoyable... dans le sens premier du terme. »

BAM !

Prends-toi ça Kise... !

« Il me suppliait du regard... et de sa voix nasillarde tellement désagréable et stridente, la goutte au nez et les yeux larmoyants... Comment aurais-je pu l'ignorer ? Même si j'avais voulu faire autrement, c'était juste impossible. »

Honteux qu'on parle de lui en des termes si peu flatteurs, le blond s'enfonça sur son siège, voûtant les épaules et déglutissant avec peine...

Ah ça, il ne faisait pas le fier... Il se rappelait encore douloureusement de cet instant fatidique... Lui, contrairement à Haizaki, n'était pas coutumier de ce genre de courses poursuites musclées. On ne pouvait donc pas lui reprocher d'avoir cédé à la panique...

Et comme si cela ne suffisait pas, Haizaki se mit à ricaner dédaigneusement, tandis qu'il en rajoutait une couche. (superflue, à ce stade.)

« Ça, ça a été mon premier réflexe. Et puis après, j'me suis dit... 'Vas-y Shogo, sauve-lui le cul, comme ça, il te sera redevable ! Il aura une dette envers toi et tu trouveras bien un truc marrant ou humiliant à lui faire faire en guise de dédommagement...' »

Mais contrairement aux apparences, le coup de grâce n'avait pas encore été asséné.

Haizaki se tourna alors vers Kise pour planter son regard dans le sien, cruel et sans concession.

Il était temps de l'achever.

« Car ne vous méprenez pas : on n'a jamais été 'amis' lui et moi. A la base, si j'ai commencé à lui parler et à le fréquenter, c'était uniquement parce que je m'ennuyais à mourir et que j'avais rien d'mieux à faire, de toute façon. Et puis, c'était sans compter que la perspective de pervertir et de détourner du droit chemin un garçon de bonne famille comme lui, avait quelque chose d'excitant. D'inédit. Ça me sortait un peu de ma zone de confort et de ma morne routine habituelle, quoi. Je me demandais jusqu'où j'arriverai à le faire aller. Jusqu'à quel point il pourrait me faire aveuglément confiance et me suivre. Pour mieux ensuite pouvoir lui coller un poignard dans l'dos, quand j'me serai lassé d'lui... Ce qui est arrivé assez rapidement, je dois dire. Au départ, ouais, ça m'amusait de le faire tourner en bourrique et de le regarder ramper à mes pieds. C'était même assez flatteur, mais après, j'en ai vite eu marre de l'écouter geindre et de le voir constamment me fixer avec des yeux de cocker ! Il y avait comme une forme... d'admiration... Non, d'adoration même, dans son regard, M'dame la Juge, j'vous jure, c'était méga flippant ! Aucune des meufs que j'ai levées ne m'avait jamais bouffé du regard comme lui le faisait ! »

Il secoua la tête et haussa à nouveau des épaules.

« En vrai, il me soulait grave et j'arrivais pas à trouver un moyen d'm'en débarrasser, tellement il était collant ! Pire qu'une chiasse de clébard logé sous une semelle ! Mais d'un autre côté... j'voulais pas non plus lâcher l'affaire avec lui avant de lui avoir trouvé une véritable utilité ! Il fallait que ça se finisse en apothéose, sur un dernier coup d'éclat, une connerie ultime et grandiose ! Sinon, ça voudrait dire que j'aurai fait tous ces efforts pour rien et ça, il n'en était pas question. J'avais trop investi dans cette petite duperie. Mais il faut croire que j'ai également trop tiré sur la corde et qu'elle a fini par me claquer entre les doigts... »

Kise se sentait à présent estomaqué par ces révélations, sous le choc. Son cœur (brisé, cela allait sans dire...) menaçait de remonter dans sa gorge. Une envie fulgurante de vomir lui secouait les tripes. Mais ce n'était rien face à la douleur qui le rongeait. Une douleur sourde, aigüe, si intense et soudaine qu'elle l'empêchait de pleurer.

...

Non... il ne pouvait pas le croire...

Cela faisait sûrement partie de la stratégie d'Haizaki...

Oui, il s'agissait de la seule explication plausible.

Et même si sur le coup, le jaune ne comprenait rien, il restait intimement persuadé que son crush ne pensait aucun des mots blessants qu'il venait de lui cracher à la face, sans vergogne.

Haizaki essayait sans doute toujours de faire croire à la Juge qu'il n'avait pas de cœur, pour éviter de s'attirer une quelconque compassion. De toute évidence, sa punition – pour des raisons qui le regardaient lui et lui seul – il la voulait. Et il faisait donc tout pour l'obtenir ! Quitte à mentir et à inventer des horreurs au sujet de sa relation avec Kise.

Le blondin en était convaincu et personne, pas même Haizaki lui-même, ne pourrait le faire changer d'avis.

Après tout, on parlait ici du gars qui lui avait payé sa première bière, fait fumer sa première clope, gagné une peluche renard exprès pour lui à la fête foraine, percé son oreille et regardé des tutos sur Internet tout spécialement pour exécuter correctement ce geste, l'avait invité au bowling avec lui, puis dragué des filles en sa compagnie, ainsi que dormi sur ses genoux comme un ange...

Et bien plus encore...

...

Oui, le Haizaki qu'il connaissait n'avait rien à voir avec le portrait qui en était actuellement dressé avec soin : celui d'un connard incapable d'empathie.

Kise avait donc fait son choix en connaissance de cause.

Celui de s'enfoncer dans le déni.

Tout ça, ça ne pouvait pas être du fake.

Non, impossible.

Il l'aurait vu, sinon.

Même Haizaki ne pouvait pas être aussi bon affabulateur ou comédien !

Et une fois cet horrible procès passé, tout redeviendrait comme avant entre eux, Kise s'en fit la promesse ! Il sauterait dans les bras d'Haizaki à la fin de l'audience pour un énooooooorme câlin de réconciliation dégoulinant de bons sentiments et il lui pardonnerait toutes ses vilaines fausses paroles par la même occasion !

Oh comme il avait hâte !

Mais pour cela, encore fallait-il que l'argenté réchappe à sa condamnation...

Ce qui semblait fortement compromis, en l'état...

Et le loup en était le premier responsable...

« Alors vous voyez M'dame, malgré la perche que vous pensiez m'avoir tendue pour que je m'y raccroche, il n'y a déjà plus rien à sauver en réalité. Votre générosité s'est retournée contre vous. J'suis pourri de l'intérieur, il est trop tard pour moi. Même ma mère le pense. Elle savait comment toute cette mascarade allait se terminer, c'est pour ça qu'elle n'a même pas daigné venir. Pourquoi se déplacer à partir du moment où on n'y croit plus ? Elle savait mieux que personne quelle serait l'issue de ce simulacre de procès. La plus satisfaisante pour elle, on ne va pas s'le cacher. Car il n'existe depuis longtemps plus aucun espoir me concernant, c'est pourquoi elle préfère se consacrer à celui qui a encore une chance de s'en sortir, mon demi-frère, le fils prodige qu'elle n'a jamais eu. J'suis pas débile, ni même aveugle, j'le vois bien hein et j'lui en veux même pas de miser sur le meilleur cheval, tandis qu'elle se contente juste d'envoyer celui qui boîte à l'abattoir. Après tout, faudrait pas qu'il tourne mal comme moi, alors la meilleure solution reste de m'éloigner d'eux et de rompre tout contact pour éviter que je ne le corrompe à son tour. »

Les mots sciemment choisis par Haizaki étaient très... durs. Crus. Sans concession. Surtout pour un si jeune adolescent. Presque encore un enfant...

Malheureusement, l'absence calculée de sa mère semblait lui donner raison...

« Donc allez-y M'dame le Juge, rendez-le votre putain de verdict maintenant que j'ai fini de lever vos derniers doutes ! On sait tous ce qu'il va être, c'était couru d'avance et j'ai plus rien à ajouter, de toute façon. Tout le monde n'attend plus que ça et vous voyez bien qu'il ne sert plus à rien de continuer... Prenez juste votre décision en votre âme et conscience, mais n'oubliez pas tout le mal que cet enculé de service s'est donné pour réunir des preuves contre moi, même si au final elles n'ont servi à rien parce qu'il n'y en avait pas besoin. Enfin, soyez sympa, faites-lui quand même que croire que si, ça a eu un impact ! » Lança t-il en fixant Maeda avec un mépris prononcé.

Aussitôt l'assemblée commença à s'agiter.

Encore une fois, ce procès qui semblait plutôt simple en apparence, venait de prendre une tournure inattendue. Il était en effet rare que les prévenus cherchent aussi assidument, non, réclament même, une sentence ! Et la plus sévère possible, qui plus est ! Dépassée, la Juge Tachibana s'empressa de rétablir l'ordre en frappant sur son pupitre avec son maillet.

« Silence ! » Elle se tourna ensuite vers Haizaki. « J'espère que vous êtes fier de votre petit discours et de ses conséquences ? Sachez que je ne tolère ni les grossièretés, ni l'indiscipline et encore moins que l'on me donne des ordres dans ma salle d'audience, mon garçon ! C'est moi et moi seule qui déciderai quand rendre mon verdict et quelle en sera la nature. »

« Naturellement. » Fit mine d'approuver Haizaki. « C'est vous la juge, M'dame. »

« Bien, ravie de constater que nous sommes sur la même longueur d'ondes dans ce cas. Cela étant... Je suis convaincue qu'il est néanmoins temps de rendre mon verdict, en effet. J'en ai assez entendu à votre sujet et il semblerait que je me sois lourdement trompée sur vos motivations. Au départ, je pensais que vous agissiez de la sorte pour protéger votre... camarade... Pour détourner mon attention de ses méfaits et faire croire que vous étiez le seul responsable, celui qui l'avait poussé au délit. Cependant, si l'on considère le fait qu'il a déjà été jugé de manière plutôt clémente et ce, bien avant vous, la réalité devient toute autre. Cette explication ne tient plus et vous n'aviez dès lors nulle raison de mentir. »

Ok, ça sentait clairement le sapin, là.

Et pas celui en mousse qu'on accroche au rétro intérieur de sa bagnole pour que ça fleure bon...

Non, la FORÊT entière de sapins carrément.

Et en train de cramer, la forêt !

Merde, ça n'pouvait pas s'finir comme ça !

Nijimura consulta nerveusement l'horloge sur son téléphone portable.

'Il' devrait déjà être là... Mais vu l'heure, 'il' s'était sûrement retrouvé coincé dans la circulation... Impossible qu'il ait oublié, il avait promis de venir !

Or, Nijimura comptait sur cette intervention providentielle, il avait même tout préparé en conséquence... La suite de son plan en dépendait, reposant entièrement dessus !

Sauf que le mystérieux sauveur – sa carte maîtresse – avait du retard et que la juge semblait prête à rendre son verdict d'une minute à l'autre... Purée, si seulement le vaillant capitaine de Teiko pouvait gagner un peu de temps... le temps que le miracle tant attendu se produise !

Mais comment faire ?

Comme établi précédemment, elle risquait de ne pas l'écouter cette maudite bonne femme !

Haizaki avait bien essayé d'intervenir pendant qu'elle interrogeait Kise et elle l'avait rembarré direct, ne lui laissant pas la moindre chance de s'exprimer en dehors de son temps de parole. Et puis, qu'est-ce qu'un mineur sans pouvoir comme lui pourrait bien changer à ce stade ? A tous les coups, elle ne l'écouterait pas, comme tous les autres adultes d'ailleurs... Après tout, ils étaient connus pour se foutre éperdument de la parole des ados. Rien de nouveau sous le soleil : ça durait depuis la nuit des temps. Ce n'était donc pas comme si intervention allait pouvoir changer quoi que ce soit, à part lui attirer de potentielles emmerdes dont il avait juré à son père qu'il se passerait, en échange d'avoir la permission d'assister au procès de ses deux kohais. C'était la condition sine qua non, même.

Alors Nijimura ne pouvait pas trahir la promesse faite à son paternel. Sans compter que ça risquait même involontairement d'enfoncer davantage Haizaki. Or, il n'avait absolument pas besoin de cela en ce moment... il se débrouillait déjà très bien tout seul pour se couler ! De toute façon, que pourrait bien dire son senpai en sa faveur ? Que oui, c'est vrai, Haizaki se révélait être un gamin perturbé, avec une propension plus marquée que la moyenne (on pouvait même parler de prédispositions dans son cas...) pour la violence et un peu instable sur les bords, mais que dans le fond, il restait plus cool qu'il n'y paraissait ? Pfff... non mais QUI allait avaler ça, surtout après le discours dénigrant que l'argenté avait tenu sur Kise ? Certainement pas la juge, en tout cas... Malgré tout, Nijimura restait persuadé de la réelle bonté d'âme de son cadet et même s'il n'en comprenait pas tous les tenants et les aboutissants, il savait qu'Haizaki avait forcé le trait dans les propos qu'il avait employés.

A contre cœur.

Peut-être grâce à sa pratique des arts martiaux à haut niveau, mais Nijimura était parvenu à détecter une perturbation dans la façon dont Haizaki respirait pendant qu'il parlait à ce moment-là. Sa gorge s'était serrée, se contractant presque imperceptiblement pour un œil non entraîné, preuve que les mots avaient du mal à sortir, ce qui leur conférait cette prononciation caractéristique quasi-chevrotante... Même son filet de voix était mal assuré, tout tendu qu'il se tenait, derrière son pupitre, serrant la rampe de bois, comme pour éviter de flancher.

Pour se donner la force...

La force d'aller jusqu'au bout.

De faire ce qui devait être fait.

Oui, Haizaki avait fait montre de courage en défendant non pas sa pomme, mais plutôt ses convictions et son ami. Car Nijimura n'était pas dupe. Il voyait bien à travers son attitude de pseudo « bad boy ». Lui, connaissait le véritable Haizaki Shogo. Ce sale gosse un peu ingrat en manque d'affection, mais pas méchant pour un son dans le fond. Et justement, pour une fois que quelqu'un lui en témoignait, de l'affection, qui soit sincère et marquée, il ne savait pas comment réagir.

Rien d'étonnant.

Tout ça, ça le faisait flipper. Lui, Kise... que des gens puissent s'intéresser à Haizaki sans demander de contrepartie, juste parce qu'ils aimaient passer du temps à ses côtés, c'était tout bonnement inconcevable pour le petit délinquant. Celui qui avait passé sa vie à décevoir autrui ou plutôt, à se faire décevoir et à être abandonné. Mais il s'agissait d'adultes ! Haizaki devrait savoir mieux que personne qu'on ne peut pas leur faire confiance ! Ils ne font que mentir, déformer, puis arranger la vérité à leur sauce pour continuer à avoir le dessus. A la manière de Maeda. Dissimulant leurs véritables desseins derrière un masque en société, pour ne pas qu'on perce à jour leur vraie nature.

Laide et égoïste.

Or, en l'espèce, Haizaki se conduisait exactement comme eux.

Il les imitait, les copiait à la perfection, usant des mêmes armes qu'eux, contre eux.

Que voulez-vous, il était doué pour ça, notre loup.

« Au regard des éléments qui m'ont été présentés, il ne sert de toute évidence à rien de faire durer ce calvaire face à tant d'insolence et de malhonnêteté. Vous avez creusé votre propre tombe mon garçon par votre désinvolture et votre refus de coopérer. Ainsi donc, Haizaki Shogo, je vous condamne à... »

N'y tenant plus, Nijimura se leva d'un seul coup, droit comme un « i ».

Droit comme la Justice...

« Objection votre Honneur ! Vous allez commettre une terrible erreur si vous rendez votre verdict maintenant ! » Hurla t-il d'une voix claire, comme dans cette série de jeux vidéo sur les déboires d'un avocat qui porte le même nom qu'un célèbre oiseau de feu réputé renaître de ses cendres.

Interrompant aussitôt la juge, prise au dépourvu, l'espace de quelques précieuses secondes.

Il ne savait pas encore ce qu'il allait dire précisément, mais il risquait de s'en mordre les doigts s'il restait passif plus longtemps ! Il devait au moins essayer, sinon, il s'en voudrait pour toujours de n'avoir rien fait dans le but de secourir son ami ! Peut-être qu'on ne l'écouterait pas, mais il y subsistait tout de même une minuscule chance pour qu'on le fasse ! En conséquence de quoi, il se devait de la saisir !

Haizaki lui jeta un regard interloqué, choqué presque même, les yeux ronds comme des paniers de basket.

Qu'est-ce qu'il lui prenait à ce connard de senpai de se mettre à beugler comme ça dans un tribunal !? Sa voix forte résonna et toute l'assemblée se mit à le fixer d'un seul tenant, pendue, non suspendue même à ses lèvres. Que comptait-il dire ? En quoi allait consister son intervention de dernière minute, in extrémis ? Serait-ce suffisamment pour faire à nouveau basculer l'issue du procès ? Le jeune homme avait plutôt intérêt à se montrer convainquant. Pour lui-même, tout d'abord, mais surtout pour son coéquipier.

D'autant qu'il avait s'agi d'un pur réflexe.

Qui vient des tripes et ne peut être réprimé.

Dicté par le refus d'abandonner.

On avait toujours enseigné à Nijimura à se battre jusqu'au bout, jusqu'à la dernière seconde, jusqu'au coup de sifflet final et c'était depuis une constante, non, une valeur vitale qu'il s'évertuait à inculquer à ses jeunes et si impressionnables kohais. Normal donc, qu'il montre l'exemple en ce sens à présent !

Ce fut alors que les deux grandes portes de la salle d'audience s'ouvrirent tout à coup, telles les battants d'un saloon pour laisser entrer le shérif. Nijimura n'eut pas le temps de prononcer le moindre son, que déjà, la cavalerie venait de faire son entrée ! Celle qui Nijimura n'avait jamais cessé d'attendre et d'espérer.

La tension se trouvait soudain à son comble, le temps semblait même avoir interrompu son vol dans cette salle hors des lois de la Physique.

Enfin.

Le Sauveur était là. Vêtu d'un impeccable costume gris anthracite réhaussé par une cravate couleur bordeaux, dont se dégageait une certaine prestance. La force tranquille.

Peut-être que... finalement, on pouvait encore faire confiance à certains adultes. Tous n'étaient pas des Maeda en puissance corrompus et certains valaient encore la peine d'être crus. Nijimura soupira de soulagement et instantanément, la pression retomba de ses frêles épaules d'adolescent. Un sourire sincère prit place sur son visage apaisé. Le vieil homme aux cheveux blancs se posta devant la juge, dans l'allée principale séparant les deux assemblées, comme pour faire barrage entre elle et ses élèves.

Il était essoufflé, signe qu'il avait couru pour arriver à temps.

« Bonjour Madame la Juge, je vous prie de bien vouloir excuser mon retard, ainsi que mon irruption soudaine dans votre tribunal. Cependant, il me semble essentiel d'apporter ma pierre à l'édifice, pour que vous soyez en mesure de déterminer avec exactitude qui est réellement Haizaki Shogo. Je me présente : Kozo Shirogane, je suis le coach de l'équipe de basket du collège de Teiko, que fréquentent Haizaki-kun, Kise-kun et Nijimura-kun ici présent également. » Indiqua t-il, main posée sur l'épaule de son estimé capitaine. « De votre haute bienveillance, je sollicite donc votre écoute, dans l'espoir que vous rendiez un verdict juste. Si vous me le permettez, j'aimerai donc témoigne, en ma qualité d'enseignant qui fréquente pour ainsi dire quotidiennement toutes ces jeunes personnes. »

Encore une fois, c'était comme au basket ou au karaté : rien n'était jamais perdu avant l'ultime coup de sifflet de l'arbitre !

Shirogane ôta son chapeau tel le gentleman qu'il était résolument et il s'inclina pour présenter ses hommages à la juge. Geste respectueux qui ne manqua pas de jouer en sa faveur, si bien que Tachibana-san accepta sa requête sans sourciller.

« Allez-y Shirogane-san, dites-moi ce que vous estimez essentiel, mais de grâce, faites vite, car l'heure tourne et elle joue contre vous. Je vous octroie cinq minutes de parole. »

Elle enclencha même un chronomètre pour mesurer ce temps d'expression.

Alors Shirogane ne tergiversa pas. Il se dirigea à la barre avec assurance, intervertissant sa place avec Haizaki. Ses traits faciaux creusés par le temps avaient quelque chose de doux et d'avenant. Son élève regagna le banc en silence, s'installant près de Nijimura. Il glissa ensuite à son senpai, sur un ton passablement agacé :

« J'parie qu'c'est ton œuvre, cette apparition surprise ! »

« Yup. L'idée me revient, en effet. Pile poil dans les temps d'ailleurs, un peu plus et les carottes étaient cuites pour toi Haizaki, si je puis me permettre. Mais tu m'remercieras plus tard pour ça... »

« Que dalle, ouais ! Si tu crois que j'vais me montrer reconnaissant, tu t'fourres le doigt dans l'œil jusqu'à l'anus crétin de senpai ! Enfin... En admettant que ton joker fonctionne, bien entendu... même si c'était bien joué, je dois l'admettre. Un joli coup pour lequel tu as dû te donner du mal... Espérons pour toi maintenant qu'il ne s'agira pas un coup d'épée dans l'eau... »

« T'en fais pas pour ça, tout est calculé. Et puis, j't'avais bien dit que je n'te laisserai pas dans la merde... »

« Hmpff... Ouais bah, t'emballe pas. Aucune certitude que ça suffise. Faut dire que j'me suis surpassé cette fois avec mon petit numéro du caïd sans remord. Il va falloir cravacher pour renverser la vapeur, je le crains. »

Ce rabat-joie d'Haizaki pouvait bien au final raconter ce qu'il voulait, ça ne le ferait pas se départir de son sourire. Coach Shirogane était là à présent et tout se passerait bien. Personne ne pourrait le convaincre du contraire !

L'homme entama alors un discours à la gloire d'Haizaki, disons les choses comme elles étaient. On flirtait avec le dithyrambique. Difficile de trouver des qualités à cette graine de malfrat et pourtant... Ce vieux grigou un peu sénile y parvint. Facilement, en plus. Après tout, il commençait à bien connaître le turbulent cendré et ce fut la raison pour laquelle il ne tarit pas d'éloges concernant son esprit sportif, axant volontairement son discours sur ce point en particulier. De plus, à l'époque, Haizaki savait jouer en équipe quand les circonstances stratégiques s'y avéraient propices. Il ne cherchait pas à se mettre en avant, ne faisant preuve d'aucun égoïsme et se montrant capable de coopérer avec les autres Miracles sans heurt.

Ok, il n'était certes pas le plus ponctuel ni le plus assidu aux entraînements, ce que ne manqua d'ailleurs pas de préciser Shirogane dans le but de se montrer parfaitement transparent et donc lucide, mais... depuis que Nijimura avait été nommé à la tête de la fine équipe, cette mauvaise habitude avait tendance à s'amenuiser. Ce que Nijimura confirma tout naturellement, jurant même haut et fort de continuer à servir de guide pour Haizaki sur le chemin de la discipline ! Il se proposa également en tant qu'instructeur de karaté pour son cadet, pour poursuivre sur cette voie.

Ce à quoi Haizaki répliqua que lui inculquer un sport de combat achèverait définitivement de le transformer en arme de guerre. Pas franchement le choix le plus indiqué, enfin, sur le papier quoi... Sauf si Nijimura tenait à en faire une machine à distribuer des claques ! Mais Haizaki avait surtout la fâcheuse manie de faire l'amalgame entre les mots « affrontement » et « baston ». Le karaté possédait effectivement des règles très strictes visant à éviter ce genre de débordements, la première étant de ne jamais faire usage de ses techniques en dehors du tatami.

La juge, quant à elle, écouta attentivement et prit même des notes, exigeant parfois des précisions et posant également des questions plus poussées, lorsque les éclaircissements de Shirogane ne suffisaient pas. En tout cas, elle effectuait consciencieusement son travail, on ne pouvait guère lui enlever cela, semblant réellement passionnée par son métier et une envie de bien le faire. On sentait surtout qu'elle souhaitait offrir une dernière chance à Haizaki, ne demandant pas mieux que changer d'avis si cela était encore possible. Kise, de son côté, croisait les doigts et priait silencieusement pour que Tachibana-san revoit son jugement en se montrant aussi indulgente et bien disposée qu'avec Kise. Bien-sûr, son attitude précédente était compréhensible étant donné à quel point Haizaki avait cherché la merde pour parler crument. Mais son comportement illogique cachait quelque chose de plus subtil, il en était convaincu. Et à ce stade, Kise n'en avait mais alors rien à foutre que la mère de l'autre collégien puisse se montrer déçue du verdict final ! Tant que ça pouvait épargner au gris la maison de redressement...

« Je vous remercie Shirogane-san. » Trancha la juge après que le vieillard eut conclu son exposé détaillé. « Grâce à votre intervention, j'y vois plus clair à présent et je vais donc pouvoir rendre un jugement équitable de manière sereine. Haizaki-kun ? »

« Ouais ? Heu j'veux dire... Oui, Madame la Juge ? » Se reprit-il, en se mettant debout pour lui faire face.

« J'ignore si tu le mérites réellement et ce n'est pas à moi qu'il appartient de le déterminer une fois n'est pas coutume, mais tu peux t'estimer heureux d'avoir de tels amis ! J'espère que tu réalises la chance que tu possèdes. Il y a vraiment des gens en ce monde qui tiennent à toi et croient en ta capacité à changer. Face à une telle détermination et des arguments aussi judicieux, je ne peux que m'incliner. C'est pourquoi, j'ai finalement décidé de revoir mon jugement initial et de suspendre ton assignation à un centre de rééducation pour la jeunesse. Malgré ton discours déraisonnable, j'ai opté pour te donner une dernière chance, alors assure-toi de bien la saisir, car ce sera la seule. Il n'y en aura pas d'autre. Néanmoins... pour faire en sorte de te convaincre que je ne plaisante pas et te donner un avant-goût de ce qui t'attend si jamais tu refuses d'empoigner la main secourable qui t'est présentée, je te condamne solennellement à effectuer vingt heures de travaux d'intérêt général, exécutables à compter de lundi prochain. Je te transmettrai à la fin de l'audience ton lieu d'affectation, ainsi que les tâches dont tu auras la charge. J'espère donc que tu sauras faire honneur à tes amis en revoyant ton attitude nocive et que tu ne les décevras pas, car ils se sont portés garants pour toi. Nijimura-kun ? »

« O-oui, votre Honneur, c'est moi. » S'étonna le brun d'être ainsi interpelé.

Il se leva poliment et timidement aussi de sa banquette, pour faire face à l'impressionnante juge.

« J'ai cru comprendre que vous étiez celui qui avait planifié le témoignage de Shirogane-san ? »

Shirogane qui les rejoignait justement, lui et Haizaki.

Ahahaha oui, en effet, oups ! Allait-elle lui passer un savon pour cela ? Il n'avait fait qu'agir comme bon lui semblait, enfin, façon de parler. A ce moment-là, il n'avait que l'intérêt d'Haizaki en ligne de mire... Peu importait le comment, seul le résultat comptait quand Nijimura avait dû improviser cet ultime recours, cette solution de fortune, en espérant qu'elle fonctionne et parvienne à porter ses fruits.

Ce qui fut bel et bien le cas, heureusement.

« C'est exact, même si le mot « planifier » est un peu fort... Je ne suis quand même allé jusqu'à rédiger son discours, il ne faut pas exagérer non plus... J'ignorai ce qu'il allait choisir de raconter, bien que je pouvais facilement m'en douter. Presque le deviner, pour ainsi dire... Parce que je lui faisais totalement confiance. »

Pourquoi mentir ? La juge Tachibana n'était pas dupe, après tout. Il s'agissait d'une femme intelligente, alors autant jouer la carte de l'honnêteté avec elle. Ça leur ferait gagner du temps à tous.

« Cela prouve simplement que vous êtes sur la même longueur d'ondes que votre coach. On dit que la pomme ne tombe jamais très loin de son arbre : pouvez-vous donc me confirmer tout ce qu'il vient d'affirmer au sujet d'Haizaki-kun ? »

Le regard tendre de Nijimura se posa sur son kohai. A lui seul, il se révélait davantage parlant que mille mots.

« En effet, c'est la vérité vraie. Je confirme chacune de des paroles qui ont été prononcées et je les réaffirme même. »

De toute façon, même s'il avait dit à ce stade que tout était faux, Tachibana venait de rendre son jugement et elle ne pouvait donc plus revenir dessus. Haizaki ne risquait plus rien, mais Shirogane n'avait fait que dire ce qu'il pensait réellement, alors la question ne se posait même pas.

« Dans ce cas, je vous invite à veiller de très près sur vos deux kohais. Vous semblez être un garçon très mature pour votre âge. Haizaki-kun en particulier, vous doit une fière de chandelle, car c'est votre idée qui a permis de renverser le cours de ce procès. J'espère pour vous et pour lui qu'il saura s'en souvenir le moment venu. »

Oh ça, pas de doute... Si elle savait à quel point, peu chère !

« Vous en faites pas votre Honneur ! J'ferai en sorte qu'il ne l'oublie pas ! » Sourit Nijimura, en ébouriffant fraternellement la chevelure couleur cendre de son camarade. « Quitte à lui coller quelques baffes de temps en temps ! En toute amitié et dans son intérêt, hein, évidemment ! »

Sur ces bons mots, se clôtura finalement ce fichu procès riche en rebondissements et incertain jusqu'au bout !

Une fois dehors, Maeda, qui n'était clairement pas le bienvenu et se devait également de digérer sa défaite se pressa de regagner... son poulailler, la queue entre les jambes et la crête en berne. Kise n'avait quant à lui qu'une seule idée en tête : aller se prendre au cou d'Haizaki ! Mais son senpai fut, une fois de plus, davantage réactif. Il attrapa donc Haizaki par les tifs et s'isola avec lui un peu plus loin, à l'abri des oreilles indiscrètes, tandis que Shirogane discutait avec les parents du blond.

« Aïe putaiiiiiin ! Mais merde Shitymura, t'es pas obligé d'm'arracher les cheveux ! »

« C'est autre chose que j'me ferai un plaisir de t'arracher, si seulement ça pouvait t'empêcher d'recommencer tes frasques à deux balles, oui ! Nan mais tu réalises au moins, qu'à cause de tes conneries, t'as failli foutre toute ta vie en l'air !? »

« Et alors, c'est quoi ton problème ? Ça n'te concerne en aucune façon ! A moins que... Ne m'dis pas qu't'es comme Ryota et qu'toi aussi t'attends des courbettes en guise de remerciements ? Ohhh mon héros ! Tu n'veux pas une petite pipe de gratitude !? »

« Bien-sûr que non imbécile, j'ai pas fait ça pour des raisons aussi abjectes ! J'essaie juste de te faire prendre conscience que t'as eu sacrément chaud eu cul cette fois et qu'au prochain coup, tu n'auras sûrement pas cette chance. Tu l'as échappé belle cette fois, mais à cause de tes propos, tous les juges pour mineurs de la préfecture vont t'avoir dans l'collimateur maintenant, espèce de gros malin ! J'espère que t'es fier de toi ! Non mais c'était quoi ce discours à la con que tu nous as pondu !? Tu cherchais à t'suicider ou bien ? Y a des moyens plus directs et plus rapide pour ça, tu sais ! »

« ... »

Il détourna le regard.

Nijimura ne comprendrait pas...

Non, personne ne le pouvait...

« Tu essayais de donner raison à cette enflure de Maeda, en te jetant comme tu l'as fait dans ses filets !? Droit dans la gueule du loup ! Bordel, Shogo ! Sérieux, ça t'arrive de réfléchir, parfois !? »

Le gris ne trouvait rien à répondre. A quoi bon de toute façon ?

« Tous les samedi matins où on n'aura pas cours ni entraînement, tu viendras avec moi faire du karaté ! Je vais te reprendre en main, tu vas voir ! Et non je ne te donne pas le choix ! Que ce soit bien clair : aucun retard, ni aucune excuse ne sera toléré ! »

« ... Pourquoi tu te donnes tant de mal pour sauver quelqu'un comme moi, senpai ? Je ne comprends pas, j'en vaux pas la peine pourtant, tu pers ton temps... »

Oui, l'incompréhension était mutuelle. Dans les deux sens...

Qu'avait Nijimura à gagner dans tout ce bazar ? Haizaki ne pouvait rien lui offrir, rien de bon, en tout cas...

« Parce que tes grands airs de petite frappe menaçante arrivent peut-être à berner les autres, mais pas moi. Moi je sais qui tu es vraiment, à l'intérieur. Quelle est ta véritable valeur et ça m'soule que tu te dévalorises comme tu l'fais constamment ! Toujours à chercher les emmerdes pour tromper ton ennui, tu crois que j'suis complètement con ? J'vois clair dans ton jeu pourtant... Alors, tu peux bien être désagréable tout c'que tu veux, mais j'te lâcherai pas. Je ne t'abandonnerai pas, moi. Jamais. »

« ... Fais pas d'promesse que tu n'pourras pas t'nir, t'as toujours pas compris que j'ai horreur de ça, putain !? » Reprit-il sur un ton dangereux. « Tu dis p't'être ça maintenant, mais dans l'fond, t'es comme tous les autres, t'as rien d'différent. Toi aussi un jour, tu te lasseras de moi dès que t'auras obtenu c'que tu voulais ! A chaque fois, c'est la même merde et je commence à en avoir mal des paroles en l'air et des trahisons ! » Cracha le lupin.

Et ce que leur réservait le futur ne lui donnerait pas forcément tort sur ce point, hélas...

« C'est faux ! (Copyright Redfield, oui, ceci est une private joke uniquement intelligible par l'autrice et alors, y a quoi ? Vous voulez vous battre ? ) Ne comprends-tu pas que je suis loin d'être le seul qui se préoccupe de ton sort, bougre d'andouille... ?! Regarde autour de toi, ouvre les yeux et tu vois-le par toi-même. »

Nijimura lui attrapa alors le visage, posant une main de chaque côté des joues d'Haizaki et il le dirigea vers la silhouette familière qui s'était approchée d'eux, mais avait néanmoins choisi de conserver distance respectable le temps qu'ils puissent terminer leur échange.

Kise...

Lui aussi avait beaucoup à dire au loup.

Chacun son tour. Nijimura comprit qu'il était temps pour lui de céder sa place. Il s'éloigna donc pour les laisser discuter tranquillement.

« Shogocchiiiii ! » S'exclama le goupil pleurnichard.

Kise portait décidément bien mal son nom, à moins que « Ryota » ne veuille dire « Saule » en Japonais... Pleureur le saule évidemment, hein...

...

Et putain, encore !? Jamais il ne s'arrêtait donc de chialer celui-là !? La première usine de production d'eau salée du pays ! Sauf que le titulaire de Teiko n'eut pas le temps de s'écarter, que déjà, le remplaçant lui avait bondi dans les bras, l'entourant avec les siens... Et il serrait FORT le bâtard ! Sans doute de peur qu'Haizaki ne lui file encore entre les doigts et n'en profite pour s'enfuir...

Bon sang, l'étouffante possessivité de Kise lui rappelait ce meme Internet emblématique des années 2010... La tristement célèbre Overly attached girlfriend ! Mais en version scandinave... et masculine. Quoique côté virilité, on avait déjà vu mieux...

« Ah mais putain de bordel de merde ! T'es pire que d'la glue en fait ! » Se plaignit Haizaki, qui cherchait désespérément à se détacher de l'emprise (de catch...) du blondinet.

« Shogocchiiiiii snif... ! »

« Oui, tu l'as déjà dit, ça... Tu pourrais peut-être essayer d'ajouter quelques mots derrière mon prénom pour voir... ? »

« C'est AFFREUX ! »

« ... Certes. Je n'te l'fais pas dire... Même la mort serait un sort plus enviable, comparé à ma situation actuelle... »

« Parle pas de trucs aussi graaaaaaves gnaaa ! Tu vas t'porter la poisse ! »

« Mais nan y a rien à craindre... Le chat noir, c'est plutôt Daiki. Littéralement. Et parfois Shintaro aussi, mais au figuré, lui. Pas moi. »

Quoiqu'il allait commencer à le croire avec Kise qui le collait systématiquement, telle une moule soudée à son rocher... C'était comme si le jaune possédait un radar incorporé qui empêchait Haizaki de le semer ou de s'en débarrasser plus de quelques minutes !

« ... Bon, tu voulais quoi sinon... ? »

« Rien de spécial, juste m'assurer que tu allais bien ! »

« Bah maintenant qu'c'est fait, tu peux dégager alors... ? »

« Noooooon ! »

« ... »

« ... Comment ça s'fait qu'tu ne proposes pas de pipounette à moi aussi HIHI ? » Rougit Kise en se dandinant comme une pucelle lors de son premier gang bang. « Après tout, je l'ai bien méritée moi aussi et j'aurai sans doute dit oui en plus, contrairement à Senpai ! »

NAN MAIS D'OU CA SORTAIT CAAAA ENCORE !?

Fuck, il avait vraiment une bonne ouïe, ce foutu copy cat !

« Et puis quoi encore ? Faudrait savoir : y a pas dix secondes tu chialais toutes les larmes de ton corps de fragile et maintenant, te voilà en train de taper ta meilleure barre de rire comme un possédé... ? Tu sais qu't'es carrément flippant comme mec quand tu t'y mets... ? »

Et pour cause, Kise n'avait pas son pareil pour passer d'un sentiment à l'autre en une fraction de seconde, même sur le spectre opposé et donc, contradictoire. Le champion du monde du grand écart émotionnel, en gros.

Paie ta cohérence !

« Tu es méchant de dire cela Zakicchi ! »

« Quoi, tu ne l'avais pas encore compris... ? Malgré ce que j'ai pu balancer sur le profond dégoût que tu m'inspirais au procès ? »

« Mais je savais que c'était faux... Tout ça, tu le pensais pas réellement, c'était juste pour jouer un rôle... »

« Tu crois ? C'est que j'ai pas dû être assez clair dans c'cas... »

« Arrête, ça n'prend pas sur moi... »

Pourtant, la voix criarde de Kise baissa d'un ton et il se mit même à reculer craintivement. Un frisson le parcourut.

Le gris se mit alors à ricaner et il sortit une cigarette à moitié écrasée de la poche de son jean... Comme quoi, il en avait bien sur lui. Sans se presser, il l'alluma et la glissa entre ses lèvres souriantes.

« Ecoute... » Commença t-il, tandis qu'il expulsait un nuage de nicotine vers Kise. « J'étais on ne peut plus sérieux tout à l'heure. C'est vrai, au début, tu m'amusais. Et puis, comme t'es un vrai aimant à nanas, c'était que du bonus pour moi de te fréquenter. Mais avec le temps... ça m'a rapidement gavé de devoir faire semblant d'être ton pote. D'autant que j'en tirai pas tellement de bénéfice, en fin de compte. Moins que je ne l'aurai cru... »

« Qu'est-ce que tu racontes... ? » Balbutia Kise, visiblement blessé.

On ne peut pas changer sa véritable nature.

Que l'on soit un renard qui veut se faire passer pour un loup.

Ou un loup a envie d'essayer de devenir un mouton...

Dans tous les cas, on en ressort perdant.

On se fait du mal, mais on en fait également à autrui, dans le processus.

« A vrai dire, j'ai jamais vraiment eu besoin de toi pour serrer... j'y arrivais déjà très bien avant que tu n'arrives et sans ton concours... Disons juste que ta présence facilitait légèrement la chose et me donnait accès à davantage de choix... »

Le mieux restait encore de se montrer honnête.

Ça risquait de ne pas marcher, non, ça avait même toutes les chances d'échouer. Haizaki ne voulait juste pas donner de faux espoirs à Kise. Il parviendrait peut-être à se travestir pendant un temps. Mais il ne souhaitait pas que le mannequin prometteur se trouve à ses côtés lorsque les coutures boursouflées de son masque lâcheraient. Alors... autant le faire souffrir maintenant, une bonne fois pour toutes, pour l'éloigner de lui. Oui, c'était le meilleur moyen de le protéger. Tant pis si après cela Kise se mettait à le haïr.

Tant mieux, même.

Pourriture un jour, pourriture toujours.

Concernant Nijimura, son cas était quelque peu différent par contre.

Le brun se révélait plus solide et mature. Il pourrait donc mieux encaisser la déception.

La trahison qui viendrait inévitablement à un moment ou à un autre, inutile de se leurrer.

Car si Haizaki demeurait plus ou moins partant, plus ou moins contre son gré, pour tenter la grande aventure de la métamorphose rédemptrice, il doutait foutrement d'y arriver au final. Dans les contes de fées, notamment dans « Le Loup et les Sept Chevreaux », le vilain carnivore savait user d'artifices afin de se faire passer pour une chèvre et ainsi pouvoir s'introduire dans leur foyer. Avec pour desseins de les dévorer. Alors oui, faire semblant, Haizaki en était capable. Il maîtrisait carrément même.

Mais ça ne dure jamais qu'un temps et le pot aux roses finit toujours pas être découvert.

« En bref, j'en ai ma claque de voir ta gueule, qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu le comprennes ? Que je t'en mette une pour que ce soit plus parlant ? »

Il fit craquer ses phalanges, d'abord menaçant et semblant prêt à en découdre, avant de se mettre à arborer un air carnassier.

Il avait une meilleure idée finalement... La violence psychologique est la plus destructrice de toutes...

« D'ailleurs, ta grande sœur Ryoko, c'est bien ça... ? Ben j'lui mettrai bien un p'tit coup... Et je n'parle pas d'un coup d'poing contrairement à toi, si tu vois c'que j'veux dire... A moins que tu n'te portes volontaire pour la remplacer ? Avec une perruque longue j'suis sûr que ça pourrait faire illusion... Tu serais très mignon, qu'en dis-tu ? »

Haizaki fondit sur sa proie cette fois, ne lui laissant aucune chance de s'échapper et il alla jusqu'à l'enlacer par la taille pour s'en assurer. Kise se tendit subrepticement, signe qu'il prenait très au sérieux les paroles (menaces ?) de son... ex-ami. Mais la goutte d'eau qui acheva de faire déborder la piscine olympique, fut lorsqu'Haizaki osa glisser ses doigts dans les mèches dorées, comme pour vérifier sa théorie... S'imaginait-il réellement Kise affublé d'une perruque sordide et acceptant de prendre la place de sa grande sœur, tout sourire ?

Comment pouvait-il sérieusement envisager que le Kitsune dispose d'aussi peu d'amour propre... ?

Brusquement, au moment où son rustre bourreau s'y attendait le moins, le FRAGILE et FAIBLE garçon à la BLONDEUR ANGELIQUE lui envoya un habile coup de genou... dans les glaouis. Impact dans 5... 4... 3... 2... 1... BRACE YOURSELF ! Haizaki s'écroula au sol sous la force du choc en se tenant la partie (génitale) touchée, pris par surprise.

C'est qu'il ne s'attendait pas à une réaction aussi rapide et viscérale de la part de Kise ! Comme quoi, même les renardeaux savent montrer les crocs si nécessaire... On en oublie parfois que sous leurs airs adorables de peluches toutes rousses et touffues, se cachent de féroces prédateurs également...

Oh putain...

Le sale petit con...

Ça, on pouvait dire qu'il ne l'avait pas raté, déjouant même tous les pronostics !

Pas qu'il ait beaucoup hésité non plus, d'ailleurs...

Mais quelque part, Haizaki l'avait bien cherché. Et même mérité. « A méthode douteuse, issue douloureuse ! » (Tiens, elle est pas mal cette citation improvisée, je vais la garder dans un coin de ma tête je pense...) Bon sang, pourquoi avait-il fallu que ce soit un jour « avec » !? Ça faisait un mal de chiiiiien, bordel de sa mère l'unijambiste !

Sauf qu'encore une fois, le loup n'avait eu que ce qui lui pendait au nez et depuis un moment déjà. Un juste retour des choses, en somme.

Parce que, comme à la fin d'absolument tous les contes (remaniés), le Grand Méchant Loup venait de payer pour ses atrocités...


Ce soir-là, Kise ne dîna même pas.

Cet épuisant procès l'avait vidé, épuisé. Physiquement et mentalement. Alors côté appétit... il se sentait plus proche d'un Kuroko que d'un Murasakibara.

Non seulement à un moment donné, il avait eu chaud aux fesses - il fallait bien le reconnaître - mais surtout, le blond avait passé l'immense majorité de l'audience à se ronger les sangs pour Haizaki.

Et pour quoi au final ?

Pour se faire envoyer sur les roses comme le dernier des mal torchés par l'ingrat loup en personne !

A la fois, il se sentait horriblement en colère contre Shogo, mais c'était plutôt sa tristesse qui l'emportait, là. Son cœur était brisé ! B-R-I-S-E, vous dis-je ! Jamais il n'allait s'en remettre...

...

... Avant au moins... ouuuulaaaa fiiiiouu une bonne semaine !

Au bas mot !

Il s'agissait de l'un de ces rares cas dans lesquels la puérilité de Kise s'avérait utile, car elle l'aidait à s'en remettre plus vite. Ajoutez à cela une bonne dose d'égoïsme et dans quelques jours, il n'en paraîtrait plus rien. Mais en attendant, c'étaient les grandes eaux dans la chambre du goupilou ! Ouvrez les valves et n'oubliez pas de fermer les écoutilles !

...

Non, cette fois, c'était différent.

Des déceptions et même des chagrins d'amour, il en avait connu... ohhh ça, oui, plein, même, durant sa jeune existence ! Mais en général, ils passaient en... quelques heures... ? Kise était ainsi. Un papillon de lumière (souuuuuuuuus les projecteuuuuuurs ! Naaan, laferme Cindy Sanders !), qui aimait batifoler de pistil en pistil et ermmm... non, cette métaphore n'a rien de sexuel, je vous assure ! Pas chez un ado de treize ans en tout cas ! Enfin, vous voyez le topo quoi... Kise n'était pas forcément réputé pour sa grande fidélité, ni même pour sa régularité. Disons qu'il se montrait... un peu volage. Oh, gentiment volage hein, attention ! Mais volage quand même, constamment à la recherche d'excitation, de nouveauté et... d'attention, justement. Il avait du mal à se fixer sur une seule personne, tel un petit électron libre et enjoué qui passait de groupe en groupe...

Sauf qu'avec Haizaki, pour la première fois, Kise avait éprouvé l'envie véritable et sincère de s'établir un peu plus longtemps que d'habitude. Il se sentait bien avec le loup. Il n'avait pas peur de lui, malgré les mises en garde répétées d'Akashi ou d'Aomine. En fait, c'était presque comme si Haizaki était l'unique être humaine capable de voir à travers le masque. De deviner le potentiel de Kise, tout ce qu'il cherchait à cacher et à enfouir sous ses airs de garçon sage et sans histoire. Car pour la première fois, le renard désirait se chercher, devenir lui-même.

Pas se contenter de copier paresseusement ses sœurs ou juste de se conformer à ce que l'on attendait de lui. Bien-sûr, nier que le côté légèrement... dangereux et atypique, sortant des sentiers balisés, d'Haizaki ne lui plaisait pas... reviendrait à mentir de manière éhontée. Cependant, il n'y avait pas que cela. Non, Kise se sentait franchement attaché à son compagnon. Même constamment et chaleureusement entouré, il arrivait au jaune de se sentir seul, alors il n'osait imaginer ce qu'il en était pour l'argenté, malgré ses réfutations.

Hélas...

Kise ne réalisait pas à quel point ils faisaient ressortir le pire l'un de l'autre...

Il ne le voyait pas, sans doute par manque de maturité...

Etre compris par autrui, c'était bien. Mais pas de se faire encourager, pousser sur le chemin de l'immoralité...

Et certainement pas d'y marcher ensemble... main dans la main.

Brusquement on frappa à la porte de sa chambre et le blond sursauta. D'un revers de la main, il tenta d'effacer les stigmates de ses larmes fraîchement versées.

« Entrez... »

Il renifla, ravalant ses dernières pleures.

« Ryo-chan, lillebror ! »

C'était Ryoko. Immédiatement, elle se précipita vers lui et le gratifia d'un énooooooooorme câlinou tout doux, comme seules les grandes sœurs savent en faire.

« Ssshhh... Ça va aller... » Promit-elle en lui caressant affectueusement le dos.

« Mais ça fait si mal... »

« Je sais... je sais... Mais je te jure que ça va passer avec le temps... »

« J'en doute... j'ai l'impression qu'on m'a arraché le cœur... »

« Fais confiance à ta grande sœur ! J'ai de l'expérience à revendre en matière de rupture douloureuse, crois-moi ! »

Pas sûr qu'il faille s'en vanter mais bon, il s'agissait de sa manière à elle d'essayer de lui remonter le moral. Et Kise savait apprécier le geste.

« Dis... il te reste des clopes... ? » Demanda t-elle sans transition.

« Hu ? Oh heu... peut-être, regarde sous mon lit... »

« Gnaaa tu devrais mieux les planquer que ça ! Si maman les avait trouvées en faisant le ménage, j'te raconte pas le ennuis que tu aurais eu ! C'est un miracle d'ailleurs qu'elle n'ait rien vu... j'espère pour toi que tu caches mieux tes magazines pornos, mon cochon... ! »

« Pouah ! Mais pour qui tu me prends nee-san !? Je ne lis pas ce genre de... aaaaah beurk ! » Fit-il, dégoûté.

« Non mais je te rassure tout de suite Ryo-chan : personne ne les lit, hein. En tout cas le peu de texte qui accompagne les photos, quoi. Il ne me semble même pas que ce soit le but recherché, d'ailleurs. Se palucher dessus, par contre, ça oui... »

Wow...

Elle avait l'air bien au courant pour une innocente jeune fille... Ce qui pouvait se révéler légèrement effrayant.

Mais Kise n'était pas dupe : Ryoko avait en effet eu masse de petits-amis, sans aller jusqu'à dire qu'elle les collectionnait... Normal, donc, qu'elle soit au courant de ce genre de pratiques typiquement masculines. Enfin, en quelque sorte. Totalement formée du haut de ses presque quinze ans – et généreusement formée par-dessus le marché, merci les origines Européennes... – Ryoko avait surtout déjà reçu moult propositions de shooting... dénudés, pour ne pas dire complètement nus... Notamment de la part des fameux magazines en question. Et de quelques pervers croisés dans la rue, se prétendant tous éminents photographes de génie à la renommée internationale pour mieux piéger leurs proies, évidemment.

« Oui bah même regarder ! Ça ne m'intéresse pas ! Je préfère largement toucher, moi ! »

« Oooooh réponse parfaitement inattendue, mais néanmoins totalement recevable ! Je valide ! Hihihi coquin, va ! »

Trêve de bavardages, la blonde se pencha alors et elle fouilla sous le lit de son frérot, en sortant effectivement... un paquet de cigarettes à moitié vide. Enfin, au trois quart. Le dernier de la fournée, apparemment.

« Pouaaah à la menthe !? Sérieusement, Ryota !? Je sais que tu es triste, mais tu te rends compte de ce que tu infliges à tes papilles gustatives là !? »

« Il disait la même chose que toi... » Marmonna le coupable. « Moi, j'vois pas l'problème. Je les aime bien... ça adoucit le goût. »

Pour toute réponse, Ryoko haussa des épaules et elle s'allongea à côté de son frère, lui glissant une tige de nicotine entre les lèvres et faisant de même pour elle. Elle les alluma ensuite et fit tournoyer le briquet dans sa main habilement.

« Hey ! J'ai une super idée ! » Heu... attendons plutôt de voir pour en juger, sans vouloir te vexer Ryoko ! « Et si je t'apprenais à décapsuler une bouteille de bière avec un briquet ? »

...

Bon, à part qu'elle n'avait aucune bouteille sous la main mais ce n'était qu'un détail, ça ! Une insignifiante remise à plus tard ! Kise tourna la tête vers elle et la fixa d'un air morne. Il voyait bien qu'elle essayait de l'aider à sa manière et il lui en était reconnaissant pour ça, cependant...

« Pas la peine, Haizaki m'a déjà montré comment faire. »

« Ah. Evidemment... »

« Il a même ajouté que ça plaisait beaucoup aux filles... c'est vrai... ? »

« Plaire, peut-être pas, le mot est un peu fort de café mais... ça les impressionne, en général oui ! Les nanas adoooorent les mecs plein d'assurance et doués de leurs mains ! »

« Oh... »

« Et qu'est-ce qu'il t'a appris d'autre... ? »

« Hmm... laisse-moi réfléchir... ah oui, je sais : à crocheter des serrures avec une épingle à cheveux ! »

« Naaaan ? J'croyais que c'était un truc inventé par les films d'espionnage qui ne marchait pas dans la vraie vie ! Ah ben je comprends mieux maintenant pourquoi toutes mes barrettes disparaissaient dernièrement ! »

« Désolé nee-san... mais la fin justifie les moyens comme on dit. Oh et il devait aussi me montrer comment écrire mon prénom en pissant dans la neige cet hiver mais... je suppose que c'est un peu mort pour ça maintenant. Dommage, j'étais tellement impatient d'apprendre ce tour-là ! »

« Ah ouais, du vrai 'male bonding' quoi ! Eh baaah il se foutait pas de ta tronche en tout cas ! Hmm... Tu sais c'que j'en pense, moi ? Que pour avoir partagé autant de précieuses connaissances avec toi, c'est qu'il devait vraiment tenir à votre amitié, à sa façon... »

Ouais enfin... « Précieuses », c'était vite dit ! Ce n'était pas non plus comme si Haizaki lui enseignait comment devenir un prix Goncourt non plus... Mais peut-être que Ryoko avait raison dans le fond. Il avait partagé le peu qu'il savait avec le renard, dans l'espoir d'en faire un loup plus vrai que nature. Haizaki avait vraiment joué le jeu pour se rapprocher de Kise. Pourquoi Haizaki se serait-il embêté à ce point et donné tant de mal, s'il se moquait du blond depuis le début ? D'après l'argenté, tout ça, ce n'était qu'une manière comme une autre de tuer le temps. Ça ne voulait strictement rien dire. Ça n'avait même aucune valeur à ses yeux. Sauf que Ryoko semblait persuadée de l'inverse, elle.

Qui croire dès lors ?

(N'empêche, petit aparté : je serai toi Ryota, je crois que je prendrai avec des pincettes tout ce que peut te conseiller Ryoko. D'accord, elle est gentille et elle ne veut que ton bonheur, mais je nourris tout de même quelques sérieux doutes sur sa capacité à... BIEN choisir ses petits-copains...)

Pour le moment, c'était le flou total dans son esprit...

Et en parlant d'esprit... nan, je n'arrive pas à trouver de transition avec ça haha dommage, mais bref...

...

Ah si tiens, l'esprit le plus BRILLANT de la famille fit également son entrée dans la chambrette à la gloire de son baby-brother, trouvant donc l'intégralité de sa fratrie en train de deviser (sans elle) sur l'amour, en clopant comme des tubards...

Irumi se joignit donc à eux, grimpant dans l'immense lit de Ryota, tellement grand d'ailleurs, qu'il prenait une bonne partie de l'espace dans sa chambre. Bah c'est que du haut de ses treize ans, il était déjà immense le petit dernier de la famille, le bébé, le... fœtus... ? Non, peut-être pas quand même...

Bon, elle n'alla pas jusqu'à fumer elle aussi, fallait quand même voir à pas déconner non plus, mais le cœur y était et la brunette se contenta donc de s'adonner au tabagisme passif, par pure solidarité fraternelle.

Avec une sœur de chaque côté, allongées contre lui, Ryota se sentait vraiment materné. Soutenu. Nul doute que ces deux présences féminines rassurantes et réconfortantes l'aideraient à aller de l'avant. Haizaki n'avait pas cette chance, lui. L'après risquait donc de faire très mal... et même si Kise lui en voulait (un peu, mais pas trop...) actuellement, il espérait que le loup parviendrait à se réconcilier avec sa mère et que toute cette affaire l'aiderait à mettre un peu d'eau dans son saké.

D'ailleurs, dès le lendemain à l'école, Kise tenta bien de renouer le dialogue avec son ex heeuuu... « ex » tout court dirons-nous, afin d'éviter de se prendre la tête en tentant de définir la nature réelle de leur relation. Mais sans succès. Haizaki l'esquiva toute la journée, quand il ne l'envoya pas carrément bouler sans diplomatie. Le renard essaya bien de s'accrocher en faisant comme si de rien n'était, cependant la HAINE et le MEPRIS qu'affichait le loup à son égard eurent rapidement raison de lui.

S'il insistait, il risquait fort de déclencher une vague de violence disproportionnée sans précédent... et même si Kise ne comprenait pas la raison qui faisait agir Haizaki ainsi, il se résigna rapidement. Ses sœurs avaient dû se tromper. Haizaki était juste bon comédien, voilà tout... Jamais il ne l'avait apprécié dans le fond, ne serait-ce même qu'un tout petit peu...

Nijimura, lui, en revanche, se montra bien plus tenace.

Quoi de plus normal ? Leur capitaine – contrairement à Kise – pouvait rivaliser le plan physique avec Haizaki, n'hésitant pas à le traîner par le colbac dans toute la cour de récréation ou à travers les couloirs du collège, que ce soit pour le rapatrier aux entraînements de basket, à ceux de... karaté, et oui, il avait tenu promesse à ce sujet... ou encore aux séances de tutorat de mathématiques. Un véritable jeu du chat et de la souris s'instaura entre eux, s'intensifiant encore au regard des derniers événements. Nijimura agissait presque comme une mère, non, un PERE de substitution pour Haizaki, malgré leur un an d'écart seulement. Ah ça, leur senpai ne s'en laissait pas conter !

Combien de fois leurs altercations avaient viré à la course poursuite que ce soit à l'intérieur ou même à l'extérieur de Teiko ? Mais à la fin, le chien de berger gagnait toujours face au loup. Plus rapide, plus fort, plus malin, plus déterminé. Tant et si bien que l'influence de Nijimura finit par porter ses fruits. Des fruits timides certes, mais dès lors qu'Haizaki réalisa que jamais il ne pourrait gagner face à l'ex-zoku, il fit preuve de davantage de docilité. Une docilité toute relative, bien entendu, mais docilité quand même. Il sembla à Kise qu'Haizaki se montrait moins agressif envers lui également...

Enfin, ceci est une autre histoire que j'aurai l'occasion, je l'espère, d'aborder dans un prochain chapitre entièrement consacré à la houleuse relation entre Nijimura et Haizaki...

Alors attendez-vous à quelques surprises et autres révélations...

Mais revenons-en plutôt à nos « moutons ». « M » comme « Miracles » !

« Suivez-moi, j'ai quelque chose à vous montrer. » Lança soudain la voix posée d'Akashi.

Kise releva la tête de son casier. Il ne restait plus que lui, Kuroko et Midorima dans les vestiaires du gymnase. Les habituels « try hard », dont le renard ne faisait pas partie en général, mais exceptionnellement, il avait profité de la présence d'Aomine, – qui s'occupait personnellement de la partie « extra » des entraînements du fantôme, dans l'espoir de l'aider à passer de l'équipe numéro 3 à la numéro 1, celle des titulaires – pour le regarder dribbler et s'exercer à reproduire ses gestes. Sans grande réussite pour le moment, il fallait bien l'admettre.

Aomine possédait en effet un don INNE pour le basketball, ce qui rendait ses mouvements difficiles à décrypter et à imiter, tant ils semblaient découler naturellement pour lui, mais pas pour les autres corps humains ahem... Aomine qui venait tout juste de partir donc, accompagné de Momoi : normal, ils étaient voisins. Dommage, apparemment, ils allaient rater quelque chose qui valait le coup d'œil, à en croire leur vice-capitaine.

Ce dernier les guida (enfin lui et Midorima, car peu de chance qu'il ait remarqué Kuroko...) donc jusqu'à l'insolite objet de son attention et... Kise fut surpris que l'événement spectaculaire en question se situe... en dehors du collège. Mais non loin de là, pourtant. C'est qu'à quelques enjambées de Teiko se situait une école primaire du même nom, bien que les deux établissements soient séparés et bien distincts. Kise, Kuroko et Midorima suivirent donc Akashi sans piper mot. Que souhait-il donc leur montrer si ardemment ?

Et rien, rien de tout ce que Kise pouvait s'imaginer n'aurait pu le préparer à ce qu'il allait voir...

Haizaki (qui avait eu la permission de quitter l'entraînement plus tôt, comme tous les soirs...), gilet jaune FLUO sur les épaules et chapeau ridicule en forme de CÔNE de signalisation vissé sur la tête et bien... faisait la circulation, avec un petit panneau « STOP » rouge dans la main.

Devant l'école primaire, donc.

Aidant les enfants à traverser.

C'était donc ça les mystérieux travaux d'intérêt général dont avait écopé Haizaki...

Croyant au départ à une hallucination c-o-l-l-e-c-t-iiii-v-e, Kise cligna des yeux.

Puis se les frotta.

Puis demanda à ce qu'on le pince.

... Ce que fit bien volontiers Kuroko, dont il avait déjà oublié la présence, ne manquant pas de provoquer un sursaut de surprise chez lui.

Midorima proposa également de lui coller une bonne gifle bien cinglante. En tout amitié, bien-sûr.

Proposition que déclina aussitôt Kise. En toute inimitié, bien-sûr.

Akashi se tenait de l'autre côté du trottoir où se trouvaient parqués les moutards et bras croisés, il alpagua Haizaki devant tout le monde :

« Il est étrange de constater que les hautes instances de la nation ont choisi de confier la sécurité d'aussi jeunes enfants à un méprisable délinquant, qui n'est sûrement pas capable différencier sa gauche de sa droite... »

Hé ho ! Attention à c'que tu dis, sale nabot rouge ! C'est un handicap très sérieux que tu abordes avec autant de dédain ! L'autrice de ce brûlot en est d'ailleurs elle-même atteinte ! Même que le terme scientifique c'est « la latéralité hétérogène » et près d'un adulte sur trois serait concerné ! Pas l'idéal d'ailleurs quand l'adulte en question est chirurgien et qu'il procède à l'ablation du mauvais rein... Si, si, ça arrive vraiment ! Ne riez pas, c'est un sujet extrêmement GRAVE et trop souvent passé sous silence par coquetterie !

Quoiqu'il en soit, si Aomine s'était trouvé là avec eux, nul doute qu'il aurait allègrement explosé de rire.

La situation était quand même drôlement cocasse, il faudrait être aveugle pour ne pas le constater...

Car l'image de « dangereux délinquant » si soigneusement entretenue par Haizaki depuis quelques années, en prenait un sacré coup...

C'est qu'il n'en menait pas large, là, notre cruel loup, débordé par une armée de marmots dont il n'aurait dû faire qu'une bouchée dans tout bon conte de fée se respectant...

Mais il prit cependant la peine d'adresser une réponse immédiate, bien caché derrière son panneau rouge et blanc, à son cher détracteur : un magnifique doigt d'honneur que les enfants ne purent fort heureusement pas voir. Ni entrevoir. Ni même apercevoir. Ouf ! La bonne morale était donc saine et sauve !

Hmm... Il apparaissait clair comme de l'eau de roche que ces deux-là ne s'appréciaient guère. Ça sautait aux yeux même, à présent. Dire qu'au départ, Kise avait pensé qu'il s'agissait « seulement » d'indifférence. Mais de toute évidence, il y avait une forme de haine entre eux. Une détestation plus profonde qu'elle ne le laissait supposer de prime abord et surtout, partagée.

« Et ta mère, elle confond sa gauche et sa droite, aussi ? Ah mais c'est vrai, tu n'risques pas d'pouvoir lui demander, puisqu'elle est MORTE ! » Balança Haizaki sans la moindre considération, ni sensibilité à l'égard de son vice capitaine.

A ces mots, les autres témoins ouvrirent des yeux ronds comme des billes, choqués.

Non mais la violence ! Les trois garçons n'en revenaient pas.

Nul doute qu'Akashi ne laisserait pas passer un tel affront. Après tout, son honneur et son autorité en dépendaient et circonstance aggravante : il y avait des témoins. Kise craignait donc légitimement le pire... Akashi se montrait en effet très différent dès qu'il était question d'Haizaki. Presque comme s'il possédait... une seconde facette, moins noble, que seul l'argenté parvenait à réveiller. Une animosité mutuelle régnait entre eux, et pour cause : ils se disputaient (inconsciemment ou non...) l'affection du même senpai... La riposte allait forcément faire mal...

« Au moins, la mienne n'a pas choisi de m'abandonner de son plein gré. Et j'ai toujours mon père. Comment se porte le tien, d'ailleurs ? Toujours porté disparu ou présumément en cavale... ? »

Cette fois, la coupe était pleine. Par sa répartie, Akashi venait vraisemblablement de signer son arrêt de mort. Pour preuve le regard du prédateur s'injecta de sang. Sa main - celle qui ne tenait pas son panneau - se referma en forme de poing. Poing qu'il n'aurait pas beaucoup hésité à envoyer valser dans la tronche d'Akashi en temps normal, si seulement une voiture ne s'était pas mise à klaxonner pile à ce moment-là...

Sauvé par le « gong », enfin, plus ou moins... ne chipotons pas sur la source du bruit...

Cela n'empêcha pas Haizaki de voir rouge... (comme Akashi et son panneau, encore une fois, décidément, tout est lié...) De constater de ses propres yeux que toute cette petite délégation s'était déplacée exprès pour assister à son humiliation. Pour se moquer, ouvertement. Lui, la petite racaille sans envergure, salement puni de la façon la plus risible qui soit. Maté par la société. Condamné à faire traverser des marmots de l'âge de son frère, comme pour remuer le couteau dans la plaie... A croire que cette ribambelle de mioches stupides ne pouvait pas le faire seuls ! Ça n'avait pourtant rien de difficile... Regarder à gauche, puis à droite, puis encore un coup à gauche et traverser quand le petit bonhomme de l'autre côté du trottoir était VERT.

Mais face à lui, point de moquerie étrangement : les trois autres protagonistes de cette sinistre farce se cantonnaient au rôle de spectateurs passifs. Et pas des plus expressifs... Qu'attendaient-ils pour se mettre à rire de lui à gorge déployée ? N'étaient-ils donc pas venus spécialement pour se payer sa tête ?

Au final, seul Akashi (comme c'est surprenant...) semblait trouver cette représentation réjouissante...

Ah l'enfoiré, il kiffait sa race...

Osant même pousser la provocation jusqu'à immortaliser l'instant, en le prenant au photo.

Voilà qui plairait beaucoup aux absents, surtout à Nijimura. Voir son petit protégé transformé ainsi en bête de foire... Haizaki avait bien entendu essayé de dissimuler sa petite activité, mais dans la mesure où celle-ci s'exerçait juste à côté de leur collège... elle s'était rapidement ébruitée... Ou l'avait été... Mais par qui ? Hmm... pas forcément par Akashi en personne, mais toujours était-il que cette nouvelle était hélas parvenue jusqu'à ses oreilles...

« Hey Riri, Fifi et Loulou, qu'est-ce que vous attendez pour vous marrer comme des baleines, vous aussi ? Allez-y, c'est vot' tour et j'sais qu'vous en crevez d'envie ! Ce serait quand même triste que vous vous soyez pointés pour rien, j'peux même taper la pose si vous voulez prendre une petite photo souvenir ! » Les titilla Haizaki, en haussant le ton pour les faire réagir.

Et en parlant de pose, il avait une idée bien précise en tête... lui en train de fracasser son panneau sur la tête carmin du chef des Gremlins... Cela ferait sans doute un cliché mémorable !

C'est que les trois camarades d'Akashi n'avaient pas bougé d'un iota : toujours plantés là, incrédules. Enfin, difficile à dire pour Kuroko : il se montrait aussi inexpressif qu'à l'accoutumée. Mais il n'en pensait probablement pas moins. Midorima, quant à lui, ne fit pas le moindre commentaire. Il se contenta simplement de remonter ses lunettes sur son nez. Toujours aussi compliqué de savoir ce qu'il pensait celui-là, mais pour d'autres raisons que Kuroko. Disons que le vert avait tendance à... beaucoup intérioriser et à ne prendre la parole que quand les circonstances l'exigeaient expressément. Les seuls mots qu'il s'autorisa furent d'ailleurs lorsqu'il se pencha vers Kise pour lui glisser discrètement à l'oreille :

« Tu crois qu'Haizaki sera autorisé à garder son chapeau à la fin ? J'aimerai bien pouvoir le récupérer pour compléter ma collection d'objets porte-bonheur. »

Oui, c'était bel et bien tout ce qui intéressait Midorima en cet instant... Du Midorima tout craché, en fait... Et si Murasakibara s'était trouvé en leur compagnie également, il y avait fort à parier qu'il aurait posé une question sur le menu de la cantine de demain. La bande des Skittles était si prévisible... Et la grande gigue couleur chlorophylle n'y faisait pas exception.

Midorima avait certes quelques défauts, mais on ne pouvait lui reprocher d'être garçon à juger autrui. Il serait bien mal placé pour cela, de toute manière, accumulant les casseroles autant que les objets fétiches... Cependant, le shooter attitré de l'équipe principale se révélait surtout être une personne foncièrement bienveillante, quand on se donnait la peine d'apprendre à le connaître.

Kise de son côté, préféra prohiber tout contact visuel avec Haizaki...

La plaie était encore trop fraîche... trop douloureuse. Or, la cicatrisation ne faisait que commencer et nul doute qu'elle prendrait un peu de temps. Honnêtement, un tel retour de bâton aurait dû le réjouir. Ou à minima constituer un lot de consolation certain. Ce n'était pourtant pas le cas. Il n'en retirait aucune satisfaction. C'était triste à pleurer, franchement... Le mannequin préféra s'éloigner sans un mot. Et en son for intérieur, Haizaki commençait déjà à se mordre les doigts de ses choix au tribunal. Ça faisait mal, mais c'était mieux ainsi. Kise n'avait pas besoin de lui, ni de sa mauvaise influence. Haizaki serait un frein pour le jaune. Une aiguille glissée dans sa chaussette, l'empêchant de marcher droit.

Et puis, par-dessus tout, pas question d'avouer que cette foutue blondasse pleurnicheuse lui manquait (un peu) ! Les journées sans Kise étaient... baaaah elles étaient quoi... Moroses. Mornes. Comme un ciel nuageux dépourvu du moindre rayon de soleil. Oui, voilà, un amas de nuages gris et noirs à travers lequel rien ne filtrait, aucune lumière, aucune douceur. Aucun espoir. C'est qu'il avait presque pris goût au fait d'avoir Kise constamment dans les pattes, avec le temps ! A composer avec et bruyant comme le top model l'était... son absence, son silence, faisaient un grand vide. Le genre de néant qui vous aspire tout au fond... et vous retient prisonnier de ses limbes sombres.

Haizaki préféra donc se concentrer à nouveau sur ce pour quoi on le pay... heuuu on l'absolvait... (?)

Aka(shi lol) les nabots... !

Putain... dire qu'il devait être là à pas d'heure, matin, midi ET soir, pour les protéger des dangers de la route ! Nan mais franchement, est-ce qu'il avait une gueule à pouvoir VEILLER sur qui que ce soit ? Déjà qu'il n'était pas foutu de le faire pour lui-même... Heureusement que l'école primaire ne se situait qu'à quelques encablures de son collège, sinon, il ne serait jamais sur place dans les temps...

Et aujourd'hui, comme les jours précédents, ne faisait pas exception : il y avait constamment cette même petite gamine en particulier, haute comme trois ballons de basket empilés les uns sur les autres, bah tiens, elle dépassait à peine Tetsuya (HAAAAN !), qui avait du mal à se bouger quand le feu passait au vert. Pour les piétons, le feu hein, pas pour les voitures... Non mais à croire qu'elle cherchait à prendre racines, ce qui allait être compliqué (mais pas impossible...), avouons-le, dans du béton...

Une fois le gros du troupeau de bétail acheminé en sécurité de l'autre côté de la rive... heu de la chaussée, le berger improvisé s'approcha de l'adorable génisse brune à couettes restée bloquée du côté opposé.

Il s'accroupit face à elle, pour se mettre à son niveau. Il paraît que c'était une technique couramment utilisée pour communiquer avec les gosses... Comment il savait ça... ? Baaaah t'occupe, cher lecteur ! Disons juste qu'il avait vaguement vu ça dans un documentaire sur le dressage canin et qu'il s'était persuadé selon sa logique toute personnelle, que si une telle méthode fonctionnait sur des clébards, alors il devait en être de même avec les moufflets ! Ben quoi ? Les deux ne sont pas si différents ! Ça court et ça chie partout pareil !

« Dis donc toi... la gosse là... t'es daltonienne ou quoi ? »

« Non M'sieur, c'est où la Daltonie ? Je suis Japonaise, moi. » S'empressa t-elle de démentir en se dandinant timidement.

Ah... ben merde alors... une petite futée, donc ! C'était bien sa veine ça encore, tiens...

« Bon... si tu l'es pas... explique-moi plutôt comment ça s'fait qu'tu traverses pas quand le p'tit bonhomme, il est vert dans ce cas ? Et je parle bien de celui-ci hein, pas de l'autre, là-bas... » Précisa t-il en pointant... ce bon vieux Midorima qui se trouvait toujours dans les parages.

C'est que sa présence pouvait facilement prêter à confusion...

« Et bah d'abord, ma maman, elle dit que c'est pas bien de montrer du doigt ! »

« Elle a bien raison ta daro-... heu ta mère... d'ailleurs, elle est où ? »

« Elle sera là dans cinq minutes, en attendant, elle m'a demandé de rester sagement devant l'école, le temps qu'elle rentre de son travail. »

« Pfff ouais, c'est ça bien-sûr... cinq minutes, toujours cinq minutes, elles disent toutes ça ! »

... Allait-il sérieusement se lancer dans un débat sur la PARENTALITE avec une enfant de six ans !?

« Non, mais la mienne c'est vrai ! » Bouda légèrement la fillette, avant de changer soudainement de sujet. « ... Comment tu t'appelles ? »

C'est ce qui signifiait passer du coq (au dos d'âne, pour rester dans le thème de la prévention routière...) à l'âne, Mesdames et Messieurs !

Bon en tout cas, si Akashi ne s'était pas déjà tiré, il aurait sûrement été RAVI de constater qu'Haizaki s'était trouvé une petite camarade possédant le même âge mental que lui...

RASSURANT !

... Mouais... cela dit, même comme ça, pas sûr que l'argenté parvienne à avoir le dernier mot face à cette tenace demoiselle...

« ... Zaki'... » Marmonna le basketteur.

Parce que « Haizaki », ça risquait d'être un peu difficile pour elle à retenir...Ben quoi, il y avait TROIS syllabes quand même ! Oui, il lui prêtait l'intellect d'un cocker sans la connaître, tout à fait, et alors... ?

« M'sieur Zak ! » Sourit-elle, toute fière, dévoilant un sourire... partiellement édenté.

Waaah la Petite Souris avait dû perdre v'la le paquet de tune avec cette morpionne...

« Et toi, c'est quoi ton p'tit nom ? T'as une bonne tronche à t'appeler Emily ou un truc du genre ! »

« Non, mais presssssssque, t'es pas très loin, M'sieur Zak ! Moi, c'est Emi ! Enchantée ! »

Elle lui tendit la main, pas farouche la petiote, pour qu'il la serre. Mais bon, dans la mesure où ils s'étaient présentés au préalable, ils n'étaient plus vraiment des inconnus maintenant.

« Ah ! Tu vois, j'en étais sûr ! Enfin bref... Explique-moi pourquoi t'as pas traversé la rue en même temps que tous les p'tits mongo-... ! » Se coupa t-il de justesse. « ... heu tes autres petits potes là ? T'es bigleuse peut-être ? »

« Non ! C'est même pas vrai ! J'ai dix sur dix à chaque œil, j'te ferai dire M'sieur Zak ! C'est l'infirmière scolaire qui l'a dit la semaine dernière, même ! » Nia la naine, avant de se calmer et de fixer ses pieds, penaude. « ... Mais j'ai peur... »

Oh ! Il était donc là le fâcheux nœud du problème !

« Peur ? » Répéta t-il, un peu suspicieux. « De quoi t'as peur, Emi Magique ? »

Magique ? Tiens, ça lui donnait une idée...

« Des voitures... Elles vont trop vite et puis imagine si elles m'écrabouillent... »

« Mais non, ça n'arrivera pas allons... Tu vois ce... machin... ? » Fit-il en désignant son panneau. « Et ben... figure-toi que je suis un magicien de la route, oui, voilà, c'est ça, le grand mage de la circulation ! »

« N'importe quoi ! Je te crois même pas d'abord ! »

« Ah bon ? Et ça, qu'est-ce que c'est alors ? » Il montra son... chapeau...

Bon d'accord, il était quand même bien loin de ressembler à Gandalf avec ce truc sur la tête, mais de loin justement, ça pouvait faire illusion.

Emi plissa les yeux, semblant l'étudier méticuleusement. Puis, peser le pour et le contre, suspicieuse. Avant de se mettre à son tour à pointer de l'index le fameux panneau évoqué un peu plus tôt par Haizaki. Montrer du doigt, c'est mal, mais bon, là ça allait puisqu'il ne s'agissait pas d'une personne. Maman ne la disputerait donc pas !

« Et donc, ça sert à quoi ce bidule là si t'es un magicien ? »

« Ben ça ne s'voit pas ? C'est mon sceptre, mon bâton quoi ! Pour lancer des sortilèges ! »

« Naaan... tu mens là, c'est impossib' d'abord ! »

Que voilà une petite demoiselle bien sceptique pour un si jeune âge ! Mais Haizaki n'allait tout de même pas s'abaisser à débattre avec une gamine de la moitié de son âge justement, si... ?

« Attends-moi ici, je vais te le prouver tout de suite, alors ne bouge pas de ton trottoir et observe bien. »

Décidemment, le gris prenait son rôle de sorcier nouvellement promu très à cœur ! Quitte à impressionner la galerie (même lorsque celle-ci ne comptait qu'une unique spectatrice, autant sortir le grand jeu et se donner à fond ! Elle en voulait du tour de magie ? Il allait lui en mettre plein les yeux de sorte qu'elle ne soit pas près de l'oublier ! Spectacle son et lumière aux premières loges ! Apparemment, il était très doué pour se mettre en scène, dernièrement... Retroussant ses manches, il fit tournoyer son panneau, telle une majorette à la parade. Ou dans le cas présent, plutôt à la manière d'une magical girl pour rester encore une fois dans le thème. Il avait ça dans le sang après tout, attirer l'attention.

Se lançant dans une imitation improbable de Gandalf le Gris, (avec qui il partageait la même couleur de tignasse...) il frappa le goudron de la route avec son panneau, dégainant ensuite son plus beau et autoritaire :

« VOUS NE PASSEREZ PAS ! »

Bah quoi ? C'était un peu LA séquence culte du premier film « Le Seigneur des Anneaux » ! Et accessoirement, la seule dont l'adolescent se souvenait avec clarté... Bon pas sûr que la bout'chou ait la référence, elle... Mais ne dit-on pas que c'est l'intention qui compte ? En tout cas, son planté de bâton que n'aurait pas renié un moniteur de ski alpin, fut suffisamment dissuasif pour que la voiture qui se dirigeait vers eux se stoppe net.

En tout cas, la gamine parut plutôt impressionnée, car elle se mit à sautiller sur place en lâchant un « oh » d'émerveillement aussi rond que sa bouche.

Ouais, ça faisait le même effet à ses petites copines en général, la première fois qu'il leur montrait sa bi... cyclette !

« Alors, tu vois que j'te racontais pas d'salade, petite ! Tu me crois maintenant ? »

« Oui, M'sieur Zak... tu sais, mon grand-frère, il fait rien qu'à dire que les menteurs c'est des gros caca boudins ! »

« Et il a bien raison ton grand-frère, c'est très vilain de mentir ! Mais je ne suis pas un menteur, moi, je viens de te le prouver là, non ? » AHEM... ! Drôle d'affirmation de la part de quelqu'un qui ment habituellement comme il respire... M'enfin, cette fois, c'était pour la bonne cause, alors une certaine tolérance était de mise. « Donc, tu peux me faire confiance, si je te dis de traverser, c'est que tu peux. Et si jamais il y a une voiture, je l'arrêterai, exactement comme je viens de le faire avec celle-ci, d'accord ? »

Emi se mit à le regarder avec des étoiles plein les yeux, visiblement rassurée par son discours calibré. Ses petites amies le fixaient comme cela aussi quand... erm... non, quand rien en fait... Puisque la seule personne à lui avoir jamais jeté de telles œillades enamourées se nommait Kise Ryota... et n'était ni sa petite-amie, ni une fille. Quoiqu'il possédait un côté féminin fort assumé. Chassant l'image de la charmante tête de linotte blonde de son esprit, il se dit que finalement, ce n'était peut-être pas si mal comme boulot ! Haizaki avait même l'impression de se voir investi d'une mission divine et des super pouvoirs héroïques qui allaient naturellement de paire avec le costume.

« Oh regarde M'sieur Zak, c'est ma maman là-bas ! »

Elle se retint de justesse de la pointer du doigt, ce qui aurait été hautement malpoli après avoir fait la morale à Haizaki un peu plus tôt à ce propos, ahaha pitchounette.

« Va vite la rejoindre alors. »

« J-je peux traverser ? »

« Que dit le petit bonhomme ? »

« Il est rouge, donc non... » Bouda t-elle.

« Je suis certain qu'on peut arranger ça, attends... »

Haizaki fit mine de lancer un nouveau sort, mais la couleur ne changea pas pour autant. Emi lui tira sur le bas du gilet fluo pour attirer son attention :

« C'est paske t'as pas dit 'Abracadra'. Réessaye, ça va marcher cette fois ! »

« Ouais, t'as raison, c'est forcément pour ça. »

Il s'exécuta une seconde fois, petite danse et Sésame à l'appui et tadaaaam !

La lumière fut.

« Et maintenant, chère assistante ? »

« Hmm... c'est vert ! »

« Alors c'est le bon moment, oui. Vite, dépêche-toi avant que ça ne repasse au rouge. »

Emi hocha de la tête et elle se mit à courir, son cartable trois fois trop grand pour elle, attaché au dos.

Une fois arrivée de l'autre côté de la rue, elle rejoignit sa maman et fit un signe de la main à Haizaki.

« Aurevoir, à demain M'sieur Zak ! Demain, c'est mon grand-frère qui viendra me chercher ! » Sourit-elle fièrement.

« Tu vois, tu as réussi toute seule, t'es une championne j'en était sûr ! A demain Emi magique ! Rentre bien ! »

Finalement, ce n'était pas si terrible que ça de veiller sur tout un cheptel de bambins... La plupart étaient même aussi mignons que cette jolie petite Emi. En tout cas, très obéissants et polis, n'hésitant jamais à le saluer et à le remercier. Au début, ça lui avait fait bizarre, d'ailleurs... Pas la moindre méfiance de leur part, sans doute parce qu'il était encore un gosse lui aussi en quelque sorte et que donc, ces derniers le considéraient comme leur semblable... Mais toujours était-il que ces gamins lui avaient fait immédiatement confiance. Ah les enfants sont formidables !

...

... Etait-il pareil, à leur âge ?

Respirait-il l'innocence et la gentillesse ?

Pour être honnête, cette question s'avérait purement rhétorique.

Il connaissait la réponse, il se souvenait de cette époque encore pas si lointaine.

Mais Shogo préférait faire la source oreille, jouer les ignorants.

C'était plus facile à digérer pour lui...

Son changement radical de personnalité...

Parce qu'en ce temps-là... il avait encore son beau-père qui s'occupait de lui. Sa mère n'avait pas accouché de Matt et il n'avait aucun autre enfant avec qui la partager. Pas de concurrence déloyale et accaparante, donc.

Hmm... Emi... elle avait dit avoir un grand-frère. Suffisamment grand pour qu'il vienne la chercher seul en tout cas, en lieu et place de sa maman. Quel âge avait-il et est-ce que la fillette avait des frères et sœurs plus jeunes également ? D'autres frères et sœurs tout court, d'ailleurs ? Selon toutes probabilités, il étudiait ou bossait dans le coin... Lui, n'aurait pas le temps d'aller récupérer Matt à la sortie de l'école primaire, puisqu'elle ne se trouvait pas le quartier. Mouef, de toute façon, ce n'était pas comme si leur mère allait subitement lui confier cette tâche... Baaah il en saurait sûrement davantage demain ! Mais Haizaki devait avouer qu'il se sentait... intrigué. Un peu. Yamato était-il aussi chou que tous les autres moutards qu'il escortait quotidiennement depuis une semaine, maintenant ?

Peut-être, le voleur de techniques n'y avait jamais prêté attention, en tout cas. Ça ne l'intéressait pas vraiment, en même temps... Matt était son petit frère, il le voyait tous les jours après tout, même lorsqu'il n'en avait pas envie alors...il n'y faisait plus réellement gaffe quoi. Je veux dire, à supposer qu'une envie soudaine le prenne de s'intéresser ENFIN à son cadet, (mais il faudrait qu'il s'ennuie ENORMEMENT pour cela...) Haizaki l'avait sous la main à tout instant, donc ce n'était pas pareil... Il avait bien le temps de le découvrir, s'il le souhaitait. Et sinon, quel genre d'enfant était Matt ? Ok, là, comme ça, il n'en avait aucune foutue idée et cette interrogation ne lui avait jamais non plus traversé l'esprit mais... bon, Shogo pourrait bien obtenir une réponse quand il l'aurait décidé. S'il le décidait. Toujours la même chose, en somme... Vouloir ou pouvoir, to be or not teubé, telles étaient les questions...

Mais pour l'heure, ayant terminé sa (double) journée de dur labeur, il décida de rentrer lui aussi.

Le lendemain, Haizaki s'apprêtait à quitter l'entraînement de basket plus tôt, comme il en avait pris l'habitude depuis que ses travaux d'intérêt général avaient débuté. Ben quoi ? Il fallait bien que ses services rendus à la société aient quelques avantages ! Dont cette dispense. Quoi que ce terme était peut-être un peu, très légèrement, exagéré...

Cependant, cette fois, quelqu'un le devança...

L'un de ceux qui partait pourtant presque toujours en dernier. Durant le dernier round de tirs, l'un des gars de l'équipe B alla quérir... Nijimura, son téléphone portable à la main. A l'air paniqué de son coéquipier, celui-ci s'interrompit immédiatement et Haizaki releva la tête pour regarder de quoi il retournait exactement, alors qu'il se trouvait concentré jusqu'ici bien gentiment sur son laçage de chaussures... Du banc localisé en bordure du terrain où il se trouvait assis, le délinquant n'entendait rien de la conversation, même pas d'éventuelles bribes et pourtant, immédiatement, il comprit. Il comprit que quelque chose de grave venait de se produire, car le beau visage d'ordinaire sérieux et déterminé de Shuzo se décomposa brusquement.

Pâle comme un linge, il se précipita vers leur coach et demanda à pouvoir quitter le gymnase sur le champ.

Wow... ça avait l'air sacrément important...

Haizaki le regarda filer, regagnant les vestiaires pour récupérer ses affaires. Le gris avait dans l'idée d'essayer de capter l'attention de Nijimura pour en savoir un peu plus, mais il ne le recroisa même pas au final. Légèrement inquiet – mais pas trop non plus, hein ! – Haizaki se résolut à prendre congé à son tour et bien qu'il n'en montra rien, cet événement mystérieux le tracassa plus que de raison... Il avait en effet toujours perçu Nijimura comme un in(é)branlable roc. Et aujourd'hui, voilà que le Capitaine Courage avait montré ses premières failles... Qu'est-ce qui avait bien pu se passer pour le mettre dans un état pareil ?

Haizaki fit traverser en masse la grande majorité des indécrottables galopins, prenant bien soin de les séparer par petits groupes plus faciles à gérer. Ce qu'il y avait de cool avec des mômes aussi petits, c'est qu'ils étaient vachement disciplinés, face à une figure d'autorité, du moins. A croire que le mot « non » ne faisait pas partie de leur vocabulaire, mais comme cela n'allait certainement pas tarder à venir, autant en profiter.

Parfaitement alignés en rangs d'oignons, ils ressemblaient à autant de braves soldats miniatures suivant ses ordres avec assiduité. Wow... un tel pouvoir aurait tôt fait de lui monter à la tête ! Non mais imaginez tout ce qu'Haizaki pourrait faire avec une telle armada de... de... d'écoliers primaire... ? Ah ouais... ça faisait rêver, pas de doute... A part leur demander d'ériger une statue de pâte à sel (grandeur nature) à sa gloire... il n'y avait pas grand-chose à en tirer et ses hypothétiques plans de conquête du monde s'en trouvèrent par conséquent fortement compromis...

Et une fois l'intégralité des suppôts de Satan en culottes courtes récupérés par leurs parents et/ou montés dans le bus de ramassage scolaire, surpriiiiiiiiise, qui était la dernière, encore une fois, éternelle retardataire à attendre... ?

Bingo !

La princesse Emi !

Elle tremblait comme une feuille, toujours perchée sur son bout de trottoir et tirait nerveusement sur sa jupe d'écolière. Haizaki leva les yeux au ciel, semblant solliciter si ce n'était une réponse, au moins la force divine de se diriger vers la petite fille sans s'énerver. Allons bon, qu'est-ce qu'elle avait encore ? Ses règles ? Nan, trop jeune pour ça heureusement... Un peu de travers, alors ? Probablement, comme tous les moutards de cet âge.

« Bah alors ? Je croyais que t'avais plus peur depuis hier Emi Magique ! »

« C'est pas ça... » Nia t-elle en secouant énergiquement sa mignonne tête à couettes.

« Hmm... tu sais que ce ne sont que les gros bébés cadum qui ont peur, pas vrai... ? »

Ça marchait toujours, ça. Rien de pire pour vexer un gosse que de le comparer à un gosse encore plus petit et incapable que lui.

« Han ! » Rougit-elle, visiblement piquée au vif. « Mais j'ai plus peur, c'est vrai ! »

« Dans ce cas, tu fais la course avec moi ? Le dernier arrivé au trottoir d'en face est... » Moment d'hésitation, puis improvisation : « ... un sale caca ! Qui pue sévère, en plus ! »

Ça aussi, de mémoire de vénérable grand-frère, ça marchait d'enfer côté provoc'. Enfin, sur les petits garçons, en tout cas. Mais sur les filles... ? Bah... il n'avait jamais eu ni petite sœur, ni cousine sur qui vérifier cette théorie, ce n'était quand même pas de sa faute ! Emi allait donc lui servir de cobaye sur ce coup...

« C'est trop pas juste... je... j'ai un caillou dans ma chaussure ! M-mais je veux pas être un caca boudin ! »

Ah bah tiens. EL FAMOSO « caillou dans la chaussure » maintenant ! Ça faisait bien longtemps qu'Haizaki n'avait plus entendu cette excuse minable. Mais bon, à quoi d'autre pouvait-il bien s'attendre de la part d'une fillette de seulement six ans... ? Cédant, il soupira et alla la rejoindre.

« C'est laquelle de chaussure ? Gauche ou droite ? »

« Celle-lààà ! » Montra t-elle.

Haizaki s'agenouilla et enleva le petit mocassin vernis avec... la délicatesse d'un bulldozer. Si bien qu'Emi manqua de se casser la binette au sol, mais par chance, elle parvint à ne pas perdre l'équilibre en se rattrapant à son... heu... sauveur... (?) mimine posée sur son épaule pendant qu'il examinait méticuleusement l'intérieur de la chaussure incriminée.

« J'vois rien... »

« Retourne-la et secoue pour voir... ? »

Et aussitôt, paf ! Non, pas « Paf le chien », ni même « Paf les deux protagonistes » hein... Mais « Paf la grosse caillasse », plutôt ! Preuve qu'Emi ne mentait pas (encore) comme une arracheuse de dents, elle... ! (Et se faire arracher les dents, j'ai assez donné dernièrement donc je sais de quoi je parle...) Quoiqu'un peu surpris, Haizaki se redressa, la minuscule chaussure toujours serrée dans sa grande paluche.

...

Non mais elle avait dû le faire exprès en vrai, ce n'était pas possible qu'elle se soit trimballée avec un bout de parpaing pareil dans la chaussure toute la journée...

« A plus le vilain caillou, l'est parti ! Bon allez, j'te remets ta chaussure et let's gooo après ! »

« Nooooon j'ai mal au pied maintenant ! »

Ah ben oui évidemment... Logique.

« Désolé meuf... » Meuf LOL ! Non mais comment il parlait à une respectable écolière, lui... « J'ai pas d'joli pansement, ni d'quoi t'faire un bandage sur moi... Va falloir serrer les dents et traverser avec moi pour aller attendre ton grand-frère de l'autre côté du trottoir. Au fait, t'aurais pas pu avoir une grande sœur, plutôt !? »

« Ben j'en ai une aussi, gros bêta ! »

« Ah !? Là, tu m'intéresses ! Elle a quel âge ? »

Sourire séducteur à l'appui. Pas la peine de demander si elle avait déjà un copain, ce n'était qu'un détail, ça et puis, c'était même encore mieux si tel s'avérait être le cas !

« Heuuu... Comme ça ! » Montra t-elle à l'aide de ses doigts.

Des deux mains.

Ça commençait bien !

... Plus un doigt.

Ah ouais... Onze ans, donc finalement. Pas terrible... Sauf s'il tenait VRAIMENT à aller en correctionnelle... ! Mais même Haizaki Shogo le dalleux de service avait ses limites et l'âge en faisait partie...

« Mouais. Et ton frère, il est mignon ? Il a quel âge ? »

Tant qu'à faire, s'il pouvait retirer un rendez-vous galant de toute cette satanée mésaventure... A ce stade, Haizaki n'était plus vraiment regardant sur le sexe de son futur date...

« Voui, il est super trop bô ! Et il est au heu... au collège ! » Expliqua Emi après avoir vaguement réfléchi. « Je sais plus dans quelle classe par contre... »

« Ça m'plait déjà mieux, ça ! Allez viens. »

Il lui prit la main et la tira alors derrière lui, d'un pas décidé. La pauvrette fut obligée de suivre à cloche-pied car toujours partiellement déchaussée, mais cela l'amusa beaucoup, comme elle s'essaya à sauter de marque en marque au passage piéton. Haizaki la souleva facilement à bout de bras et elle se balança tel un petit singe acrobate... Bref, on s'éclate comme on peut et chaque âge a ses petits plaisirs distincts !

Une fois de l'autre côté, il la fit asseoir dans l'herbe et lui remit sa chaussure. Miskin, elle avait même un peu de sang séché sur le côté de sa chaussette blanche...

Et puis tout à coup, comme ça, sans prévenir, l'averse, que dis-je, la trombe de flotte glacée !

EL DELUGIO ! (Je ne suis pas certaine que cela se dise ainsi, aussi, je tiens à présenter mes plus plates excuses à tous mes amis hispaniques...)

Oh le bordel ! A quel moment le ciel s'était-il couvert ? Haizaki pesta un torrent d'insultes (et que la DECENCE m'interdit de relater ici-bas...) qui fit beaucoup rire la gamine et il se précipita avec elle sous l'abribus désert. A croire qu'ils s'apprêtaient à se lancer dans un mauvais remake de « Mon Voisin Totoro » avec toute cette eau...

Emi se bouina instinctivement contre Haizaki, à la recherche de chaleur corporelle.

Pas farouche, la gamine.

Ils avaient évité la douche, n'empêche.

Une fois assis, le temps passa, passa et passa encore...

Au bout de ce qui lui sembla être un loooooong (oui, avec autant de « o »...) moment, il consulta l'heure sur son téléphone et woooh putain, déjà SI tard !? Attends, ça faisait déjà une bonne heure qu'ils poireautaient, avec une la pluie qui n'en finissait plus de tomber. Et toujours aucune trace du soit disant big bro providentiel... Hmm hmm... Bien que ça le faisait chier, Haizaki ne pouvait quand même pas abandonner la petite à son sort, comme ça. D'autant qu'elle somnolait à moitié comme une bienheureuse près de lui. Hélas, le garçon n'avait d'autre choix que de casser un peu l'ambiance pour les ramener à une réalité nettement plus immédiate...

« Et sinon Emi, t'habites loin ? Je pourrai peut-être te raccompagner... Dès qu'il aura arrêté de flotter comme vache qui pisse, bien entendu... »

Il n'aurait sûrement pas fait cela pour tout le monde, attention ! Mais il y avait un grand-frère ultra BG à la clé ! Même si Haizaki nierait tout intérêt – bien que limité - pour la gent masculine, dans l'hypothèse où on le solliciterait sur ses préférences sexuelles... Et il aimait bien Emi aussi. M'enfin, pas à des fins potentiellement romantiques ou physiques, elle, voyons !

« Je sais pas c'est par où... ! » Se mit soudainement à pleurnicher la petiote. « Et puis ma maman, elle m'a dit bien attendre Shu ni-san et de ne surtout pas bouger jusqu'à ce qu'il arrive ! »

Ouaiiiiiiis alors en faiiiiit les gosses TROP obéissants, c'était pas si cool que ça, tout bien réfléchi !

« Ok ben j'vais... continuer à attendre avec toi dans ce cas... Ton bro ne devrait plus tarder... je crois. Enfin j'espère... »

Pas question de la laisser seule et de l'abandonner à son sort. Elle semblait convaincue que son grand frère n'allait pas tarder à arriver. Car oui, apparemment, ça existait encore les big bros responsables, contrairement à lui. Haizaki devait avouer qu'une part de lui était curieuse de voir cela. Et puis, au pire, si jamais le héros du jour ne daignait pas braver la tempête jusqu'à eux, cela prouverait qu'il avait raison, ce qui n'était pas si mal en soi. Il n'aurait alors plus qu'à déposer la fillette au commissariat le plus proche pour que la gentille flicaille raccompagne la demoiselle chez elle.

Bah quoi ? Il fallait bien qu'ils servent à quelque chose ces maudits poulets... en plus, cela tombait bien, puisque c'était leur boulot ! Ce pour quoi les honnêtes citoyens payaient tant d'impôts. Alors... Haizaki attendit. Emi pleurait à chaudes larmes maintenant. Il avait envie de la consoler d'un côté, mais de l'autre... cela ne faisait que renforcer ses convictions personnelles. Lui, était un grand-frère absolument merdique. Pour quelle raison en serait-il autrement concernant Emi ? Pourquoi aurait-elle droit à un grand-frère exemplaire, elle, et pas Matt ?

Dix minutes supplémentaires passèrent mais cette fois... le miracle tant attendu eut lieu.

Une silhouette émergea, semblant littéralement sortir de la chaussée en béton détrempé.

Et comme un heureux événement n'arrive jamais seul, il s'arrêta de pleuvoir PILE au moment où la mystérieuse personne atteignit le petit abri en courant. Trempée jusqu'aux os elle aussi. Sa chemise bleu clair d'uniforme scolaire collée à son corps comme une seconde peau et légèrement transparente, laissant apprécier un torse finement bâti par le sport intensif. Haizaki aurait certainement laissé son regard s'attarder un peu plus sur ce corps tout à fait à son goût, si seulement le corps en question n'avait pas appartenu à...

... Nijimura Shuzo, son ennemi jurééééé ! * Insérez une musique dramatique. *

Enfin... il ne fallait quand même pas exagérer, mais leurs relations restaient encore houleuses, loin d'être au beau fixe.

L'argenté eut un hoquet de surprise, doublé d'un mouvement de recul.

Mais les connexions se firent dans son cerveau pourtant pas des plus étanches...

Alors c'était donc lui le grand-frère génialissime d'Emi ? Baaah il aurait dû s'en douter ! Ce gars-là était la PERFECTION incarnée ! Un modèle de vertu, de discipline, de force, d'intelligence et de courage ? En bref, Nijimura avait tout pour lui. Il était même étonnant qu'il soit en retard d'ailleurs... Mais hmm... à bien y réfléchir, il avait été contraint de partir plus tôt tout à l'heure déjà, non ? Cela avait certainement un rapport et Haizaki décida soudain qu'il avait envie d'en savoir davantage...

« Et bah, c'est pas trop tôt... ! » Manqua de s'impatienter la tête d'argent.

Nijimura se tenait penché en avant, mains appuyées à plat sur ses genoux pour mieux reprendre son souffle. Qu'est-ce qui avait causé une telle précipitation au point de ne prendre aucun parapluie, malgré la pluie battante ?

« Haizaki !? Mais qu'est-ce que tu fabriques ici ? »

« De toute évidence, je m'acquitte de ma dette à la société. » Fit-il en ôtant aussitôt son chapeau ridicule.

Pas question de se taper la honte devant Nijimura...

« Grand-frèèèère ! » Triompha Emi, en se jetant dans ses bras.

« Attention ma puce ! Tu vas finir trempée toi aussi... »

Mais la gamine n'en avait que faire et honnêtement, Haizaki pouvait la comprendre : il aurait adoré se trouver à sa place, blotti contre le corps ferme de Nijim... heuu non rien !

« Tu connais M'sieur Zak toi aussi alors ? » S'intéressa la petite fouineuse brune.

Effectivement, à bien y regarder, il y avait un air de famille impossible à louper entre les deux, maintenant qu'ils se trouvaient côte à côte...

« Oui, il joue dans le même club de basket que moi. »

« Ohhh la chance ! »

Pas sûr qu'on puisse parler de « chance », enfin, tout était question de point de vue... Ah les enfants sont si naïfs ! Tout est toujours si simple avec eux.

Nijimura caressa tendrement les cheveux de sa sœurette et il fixa Haizaki :

« M-merci d'être resté avec elle et de m'avoir attendu. »

« Pas d'quoi. Au fait, qu'est-ce qui s'est passé pour que tu sois à la bourre comme ça ? Ça n'te r'ssemble pas... »

Ne voulant pas inquiéter Emi outre mesure, Nijimura dégaina son téléphone et une conversation par SMS débuta entre lui et Haizaki :

« Mon père a fait un malaise... il est à l'hôpital actuellement, c'est pour cette que j'ai dû faire un détour et que j'ai mis autant de temps à arriver... »

« A l'hosto ? Merde... c'est grave ? »

« Apparemment, ce serait dû à un surmenage intense. On n'en sait pas plus pour l'instant, les médecins veulent le garder une ou deux nuits en observation pour lui faire passer des examens complémentaires. Ça lui permettra de se reposer un peu également, il en a bien besoin... C'est vrai qu'il n'arrête pas en ce moment... »

« Je vois. Putain j'espère que ça ira, tiens-moi au courant... »

« Compte sur moi. Ma mère est restée là-bas et mes autres frères et sœurs sont seuls à la maison, je dois donc me dépêcher de rentrer pour les surveiller, maintenant que j'ai récupéré Emi. Par chance, j'habite pas très loin d'ici. »

« Ok, j'comprends. Heureusement qu'il ne pleut plus également. »

Les deux garçons rangèrent leurs portables une fois cette brève conversation terminée, décidant de repasser à l'oral.

« Bon, on va y aller, profitons que la pluie se soit arrêtée pour rentrer. Dis au revoir à 'M'sieur Zak', Emi ! » Sourit tendrement Nijimura. Non sans une pointe d'ironie, tout de même...

C'était plutôt mignon comme surnom... mais pour sa propre intégrité physique, le brun savait qu'il ferait bien d'éviter de l'utiliser en public...

« Bye bye M'sieur Zak ! A demain ! »

« Ouais, à plus dans l'bus Emi ! »

« Et à plus tard dans l'square ! » Rit-elle, fière de sa rime.

« Merci encore de lui avoir tenu compagnie en mon absence et d'avoir veillé sur elle... »

« N'en fais pas toute une histoire non plus, hein... Je n'ai fait que mon devoir et puis, je suis un grand-frère moi aussi, dans le fond... et il m'arrive de m'en rappeler par moments. » Avant d'ajouter, taquin : « Qui plus est, Emi-chan est bien plus mignonne que toi, t'es sûr que vous êtes bien de la même famille ? »

Mais loin de prendre la mouche, le capitaine de Teiko se pencha vers son kohai rebelle et il lui murmura au creux de l'oreille, d'une voix chaude :

« On verra samedi au ciné qui est le plus mignon de la famille... Tu risques d'être surpris. Je t'enverrai les coordonnées de là où bosse mon oncle, alors ne sois pas en retard si tu ne veux pas que je vienne de te chercher par la peau du cul, même si j'ignore où tu crèches. »

Cette fois, Haizaki ne protesta même pas quant à ce rencard légèrement... forcé, disons.

« Tu veux dire être autant à la bourre que toi aujourd'hui, c'est ça ? » Mouais Niji avait quand même des circonstances foutrement atténuantes, lui... « Nan t'inquiète, j'serai à l'heure. Par contre, que ce soit clair : JE choisis le film. »

« Ça m'va. On s'capte d'main à l'entraînement de toute façon. Ciao, rentre bien ! »

Après ces dernières salutations, la fratrie Nijimura s'éloigna et Haizaki eut la surprise le lendemain matin de recevoir un MAGNIIIIIIIFIIIIIIIIQUE (oui, avec autant de « i »...) dessin de la part de la petite Emi, le représentant vêtu de tout son attirail de mage de la sécurité routière... Avec un arc en ciel et un grand soleil au-dessus de la tête, svp ! Dessus, il donnait la main à une fillette souriante vraiment pas difficile à identifier, l'aidant à traverser la route tel un chevalier servant du bitume.

Ahhh les gosses !

Toujours obligés d'en faire des caisses... Enfin bon, ça venait du cœur...

Et ça réchauffait même un peu le sien...

Mais chut, nul besoin que la rumeur se répande qu'il disposait bien d'un palpitant fonctionnel...


« T'as vu ça ? Il y a un grande fête Mexicaine ce soir ! Avec orchestre traditionnel et tout, ça ne te dirait pas d'aller danser un peu ? »

Depuis que Kise avait participé à l'itération Japonaise de la célèbre émission « Danse avec les Stars » en atteignant la finale, il s'était découvert une véritable passion pour la danse. Enfin... pour être tout à fait exact, le renard avait toujours aimé la danse car comme pour toute activité physique, il possédait un don inné pour reproduire et assimiler les mouvements, même les plus complexes. Couplé à ses années de ballet classique et à sa souplesse, il avait enchanté le public Japonais des semaines durant et des soupçons de triche avaient même pesé sur sa défaite inattendue, tant il faisait figure de favori.

« Ah mais tu ne connais peut-être pas les danses latines... »

Haizaki secoua la tête.

« C'est pas ça l'souci. Mais on a déjà un truc de prévu ce soir, j'te rappelle : le gala de charité du Country Club. »

Kise fronça des sourcils. Non, il n'avait pas oublié, justement. Mais il espérait qu'Haizaki, si. Et qu'il pourrait donc le corrompre pour aller danser à cette fête Mexicaine à la place !

« Hmpff... Sauf que moi, je n'me suis engagé à rien hein... C'est toi seul qui as pris la liberté de dire oui à Miss Robinson et en mon nom également, sans même prendre la peine de me consulter au préalable ! »

« Tu n'vas pas r'commencer... On s'empiffrer de haute gastronomie à l'œil, te plains pas ! Et il y a même un bal prévu à la fin du dîner, alors tu pourras danser jusqu'à épuisement ! »

« ... »

Un « bal » putain... Plus guindé, tu meurs...

Le blond soupira.

Adieu festival coloré et bonjour mémés décolorées !

Apercevant enfin leur cinéma, (Par chance, King Kong y était bien à l'affiche, merci Internet de ne pas t'être trompé...) Kise s'y dirigea et se mit à faire la queue. Il remarqua vite cependant que son compagnon forcé avait l'air ailleurs, lui.

« Qu'est-ce que tu regardes avec une telle insistance ? » Demanda t-il, curieux. C'est qu'il était rare qu'Haizaki reste aussi silencieux...

A vrai dire, le goupil avait un peu peur de tourner la tête pour découvrir ce qui accaparait le lupin. Le connaissant, il s'agissait certainement de filles courtement vêtues... Voire pas vêtues tout court... Ah ça ! Haizaki devait se sentir au Paradis ici : tout le monde vivait à moitié à poil tout au long de l'année, contrairement à Tokyo... Los Angeles, capitale du cinéma Américain et du culte du corps. Sauf que le blond avait été mauvaise langue. En effet, son compatriote n'était point en train de mater de la gourgandine refaite à grands coups de bistouri, mais une affiche de film.

« The Killing Death 8 ? »

Kise plissa les yeux. Ouais, ça lui parlait vaguement ce titre... C'était pas le nanard avec ce blond peroxydé bronzé et bodybuildé à outrance, qui enchaînait les productions cinématographiques miteuses ? Un genre de « Sharknado » version zombies, cherchant à surfer sur la vague des anciens « Evil Dead », laissée vacante par la référence du genre. Du gore et du fun décomplexés. La rumeur disait que l'acteur principal était un ancien acteur porno d'ailleurs ! Il avait commencé très jeune à jouer dans la franchise, ayant une dizaine d'années de plus que Kise et Haizaki.

Mais l'âge et surtout, la chirurgie (in)esthétique – ben tiens, on y revient... – avaient fini par abimer son physique de jeune premier. Dommage, parce qu'il était plutôt mignon avant... Ryoko avait pas mal de poster de lui à l'époque dans sa chambre. C'était quoi son nom déjà ? Ah oui ! « Stahl King » et non pas « stalking », même si c'était sûrement fait exprès. Stahl « The Stallion » King. Tout un programme rien qu'avec son pseudo...

« Tain, dire que j'étais allé voir le premier au cinéma avec Nijimura au collège... Son oncle avait des places gratuites à nous filer j'avais choisi ce navet... Ça remonte... j'avais dû à moitié voir le trois aussi avec ma copine du moment au lycée... Plus précisément, c'était la copine d'un de mes coéquipiers, mais bon, tu connais mes convictions à ce sujet : c'est toujours meilleur quand ça appartient aux autres ! »

Nijimura... encore... tsss... pourquoi ça n'étonnait pas du tout Kise ? Le blond ne fit même pas attention à la seconde partie de sa pathétique tirade, restant bloqué sur leur ancien capitaine.

« Je ne savais pas qu'il y en avait autant dans la série... Huit, déjà ? Ça fait beaucoup pour une simple mauvaise blague entre potes qui n'était pas censée durer à la base... » Soupira Kise, essayant de taire sa jalousie.

« Je crois que même eux n'avaient pas prévu ça. Totalement dépassés et prisonniers de leur propre succès. »

« Tu penses sincèrement que des gens continuent à aller voir ces nullités... ? »

« Bah quoi ? C'est marrant pour se vider l'esprit. Du gore bien jouissif et sans prise de tête. Sans compter que l'acteur principal est plutôt mignon ! Enfin... « était », du moins... Il me faisait même un peu penser à toi à l'époque... »

« Erk, sérieux !? Tu n'as vraiment aucun goût mon pauvre Shogo, ça se confirme... »

A croire que l'ex-natté avait reçu une attaque du Chevalier d'Or de la Vierge...

Parce que JAMAIS Stahl King et Kise ne s'étaient ressemblés, même de loin, dans le noir et de dos !

Tout ça parce qu'ils arboraient la même tignasse blonde et les mêmes yeux de chat couleur noisette !

« Arrête, il était vachement bien quand il était jeune... J'suis sûr que même toi t'as dû te taper une ou deux queues sur lui ! »

« Argh non ! Mais j'en déduis donc que toi oui par contre... brrr... rien que d'y penser ça me dégoûte... »

« Quoi, t'es jaloux parce que je me touchais pas sur toi au collège ? T'inquiète pas bébé, ton tour est venu par la suite, mais un peu plus tard... » Murmura sensuellement Haizaki.

« J'avais pas b'soin d'savoir ça ! » S'énerva t-il.

« C'est juste qu'à l'époque, je crushais grave sur les mecs plus âgés, plus mûrs... » Tenta de se justifier le brun. « Je me disais, tant qu'à me faire tamponner l'abribus, autant que ce soit par un gars expérimenté et baraqué, bien viril... Et joue pas les saintes nitouche, j'sais qu't'étais pareil toi aussi... rien qu'avec ton Ryan à Okinawa, là... »

« Oui, à la différence que moi, je n'en suis pas particulièrement fier ! Alors si on pouvait éviter de ré-aborder ce douloureux sujet... »

« Ok, c'est toi qui vois. De quoi tu veux qu'on parle dans ce cas ? Ah je sais tiens, continuons sur notre lancée ! Le cinéma ! »

« Bonne idée, même si je ne suis pas un très grand cinéphile, je dois bien le reconnaître... »

« ... Tu t'es déjà fait sucer dans un cinoche... ? »

...

Le jaune toussa. Ou plutôt, manqua de s'étouffer...

NON MAIS C'ETAIT QUOI ENCORE CETTE QUESTION TOUTE MOISIE !? Et puis d'abord, en quoi ça concernait Haizaki ? Et quel rapport avec le cinéma... ? Enfin, la cinéphilie !?

Or, si Kise déviait la conversation en évitant de répondre à la question, Haizaki allait certainement le harceler jusqu'à obtenir une réponse. Le loup n'est en effet pas carnivore à lâcher le morceau...

SAUF QUE.

Si Kise répondait que NON = Haizaki allait se foutre de lui en le traitant de coincé du zboub. Ou ne pas le croire.

Si Kise répondait que OUI = Haizaki allait vouloir des détails. (Quand ? Par qui ? C'était comment ?)

Donc, le copieur se retrouvait acculé, quelle que soit l'option choisie...

Néanmoins, Haizaki le devança quelque peu, presque comme s'il avait deviné son dilemme intérieur.

« Moi ouais ! » Annonça t-il un peu trop fièrement, tel un coq en pâte. Jamais il ne ratait une occasion de se faire mousser quand il était question de sexe, celui-là ! A croire qu'il avait déjà tout fait, tout goûté, tout essayé en la matière... « Bah par la nana en question au lycée justement. Ça m'est arrivé qu'une seule fois, mais en même temps j'suis plus r'tourné au cinoche depuis et avant, j'étais trop jeune pour penser à ce genre de gâteries. »

Et bien voici encore une information dont Kise se serait bien passé, mais bon, tant que ce n'était pas Nijimura qui...

...

Erf, encooooore... ! Stop la fixette !

« Ravi pour toi... T'es décidément toujours aussi loquace concernant tes supposées prouesses sexuelles... »

Pour son plus grand malheur, hélas...

« Ravi de quoi ? Tu n'sais même pas comment ça s'est passé ! Si ça se trouve, c'était à chier et d'ailleurs, ça l'était, mais c'était le but recherché, si j'puis dire... Oh et puis merde, j'vois pas pourquoi je devrais avoir honte de ma vie sexuelle – qui n'a rien de « supposée » soit dit en passant – à plus forte raison quand dans le cas présent, c'était justement à cause de toi , si tu veux tout savoir ! »

A cause de lui... ? Mais à cause de lui que QUOI !?

Kise s'apprêtait à répliquer de manière cinglante que, décidément, à écouter Haizaki, sa VIE entière tournait autour de Kise, tel un satellite, non, une planète même, gravitant autour de son étoile ! (Oui, Kise est décidément toujours aussi modeste de se comparer au grand et tout puissant SOLEIL, rien de moins...) Comme si le blond avait la capacité de déterminer et d'influencer selon son bon vouloir et à distance le destin de l'autre jeune homme, sans en avoir conscience. Parfois même sans en avoir la volonté, pour être tout à fait honnête...

Qu'était Haizaki exactement pour lui ?

Actuellement et à l'époque aussi, je veux dire... Si on faisait la moyenne de ses sentiments à l'égard du brun, le résultat n'était pas des plus flatteurs...

A part être un caillou tenace glissé dans sa chaussure, qui lui donnait bien du fil à retordre pour marcher droit, pas grand-chose... Quoi, comment ça Kise était en train de se voiler la face en s'accrochant à de telles allégations ? Oui bon, d'accord... Hier, il avait pété une LEGERE durite et leur plan à quatre avait viré au fiasco total. Oui, il s'était senti jaloux. Possessif, plus précisément. Mais qu'y pouvait-il s'il détestait qu'on touche à ses AFFAIRES. Oui, Haizaki n'était que cela pour lui : sa propriété.

Un vulgaire objet dont Kise pouvait se servir et se débarrasser à l'envi. Les sentiments et l'humanité de l'ex-délinquant comptaient peu pour lui. Après tout, c'était Haizaki qui avait décidé de renouer avec lui et Kise l'avait laissé faire, par dépit. Faute de mieux, au départ. Puis, cette solution temporaire s'était inutilement complexifiée parce qu'elle avait trop duré dans le temps. Tout se mélangeait.

Et Haizaki avait tenté de lui coller un ultimatum hier. Chose que Kise détestait par-dessus tout. IL décidait. IL menait et Haizaki n'avait pas son mot à dire. Peu importe qu'il finisse blessé dans l'histoire, si le loup n'était pas content, il n'avait qu'à le laisser tranquille ! Certes, il y avait bien cette satanée attirance physique, mais Kise la mettait sur le compte de sa frustration sexuelle galopante. D'ici quelques jours lui et Haizaki seraient totalement guéris, de là, Haizaki lui mettrait ENFIN une cartouche et on n'en parlerait plus !

Sujet clos ! Kise pourrait dès lors tourner la page et même jeter, puis brûler le livre qui allait avec ensuite !

A trop promettre l'extase et à se tourner autour comme des chiens en rut, ils ne faisaient qu'empirer une situation déjà peu reluisante. Haizaki avait raison finalement quand il avait dit à Kise en boîte de nuit qu'il avait besoin de tirer un bon coup et que tous ses ennuis seraient résolus. Cela tenait effectivement à un concept aussi simple, mais baiser avec n'importe qui ne serait hélas pas suffisant. Ça ne l'avait déjà pas été avec Stacy... et à peine davantage quand Haizaki lui avait sauté sur le bout de la queue dans cette cabine d'essayage exigüe. Kise avait besoin de plus. Que le loup termine ce qu'il avait « occasionné » à Okinawa et qui semblait depuis, avoir détraqué toute la vie sexuelle du renard !

Ouep, rien que ça, excusez du peu, niveau modestie Kise devait bien posséder le second plus gros melon des Miracles derrière Akashi... Et ça voulait dire beaucoup, parmi une telle bande d'égocentriques notoires ! Chacun de ses illustres membres avait tellement la grosse tête, que si on leur faisait inhaler un peu de gaz, ils avaient plus de chance de s'envoler façon montgolfière que de faire une intoxication respiratoire.

Alors oui, il devenait purement indéniable que Kise avait envie, non, besoin même, de se faire FOUDROYER par le Grand Méchant Loup incessamment sous peu. Et pour être franc, le blond priait déjà intérieurement pour que ce soit NUL A CHIER. MAUVAIS. ZERO SUR VINGT. Non, zéro sur cent tiens, encore mieux ! Histoire qu'il n'ait surtout pas la terrible idée de recommencer...

...

Sauf que Kise ne réalisait pas à quel point il s'enfonçait dans le déni justement. En essayant de faire croire que cela ne comptait pas pour lui. Que c'était uniquement à but récréatif et sexuel.

Qu'il n'y avait rien d'autre entre eux, surtout de son côté.

Et qu'un peu de cul résoudrait comme par miracle son dilemme intérieur.

« Pour la énième fois : tes histoires de fesses ne m'intéressent pas Haizaki... Et arrête de me rendre responsable de tous tes malheurs, bon sang, pour l'amour de Dieu, ça commence à devenir ridicule ! La dernière fois, tu as dit que toi et moi nous étions faits du même bois, mais c'est faux... un renard ne sera jamais un loup... »

« ... Quoi ? » Haizaki cligna des yeux, légèrement hébété.

« C'est une chose que j'ai appris il y a très longtemps, au collège et... je pensais l'avoir oubliée comme la majeure partie des souvenirs qui te sont liés, mais... Toi tu vis dans le passé et moi le passé, j'ai préféré arrêter de m'en rappeler... Et je te conseille d'en faire autant, sinon, tu n'avanceras jamais... »

Wow... c'était l'hôpital qui se foutait du cimetière de la bonne vieille Charité là... Kise était en effet extrêmement mal placé pour parler à ce sujet, lui, qui ne parvenait pas à ouvrir son cœur à Haizaki justement à cause de leur passif...

« Oh... une leçon de morale de la part du grand Kise Ryota ! Je suis flatté, mon âme sera peut-être sauvée des Enfers, si je t'écoute... ? Ah mais merde, c'est vrai, j'oubliais : j'en ai aucune envie. Dommage ! A moins que tu n'arrives à m'expliquer pour quelle raison je devrai écouter les conseils d'un mec qui n'en a rien à foutre de moi en réalité... ? »

Erf bonne question... Kise ne l'écoutait jamais, lui. Or, l'écoute c'est supposé être un truc mutuel ou quelque chose comme ça, non... ?

...

Pour quelle raison fallait-il toujours qu'ils en viennent à se bouffer le nez... ? Même sur des sujets ou à partir de conversations en apparence anodine... ?

Mais tout à coup deux voix résonnèrent derrière eux dans la file d'attente.

Deux gars de leur âge à peu près, mal rasés, mal fringués. Encore plus qu'Haizaki, c'était dire ! Chemises à carreaux oversize informes, bières à la main et casquettes étouffant leurs cheveux gras.

Le bon cliché de l'Américain moyen, quoi.

« Hey les pédales ! » Les harangua le plus grand. Qui restait tout de même microscopique comparé aux deux ex-basketteurs. « Allez résoudre vos querelles d'amoureux ailleurs que devant nous, putain ! »

« Ouais ! » Le soutint son pote, le plus bronzé des deux gaillards. « Vous nous gâchez la vue, ça file la gerbe les femmelettes comme vous ! »

A ces mots crus, Haizaki vit rouge et il serra le poing, prêt à leur coller en pleine face. Kise posa sa main sur la sienne et secoua la tête. Causer un scandale n'était pas la bonne solution... Haizaki et lui était bien plus grands et costauds que ces mecs, mais se laisser aller à la violence suintait la facilité et surtout les ennuis...

Kise n'avait pas envie de jongler avec cela... Il avait déjà bien assez en tête ces derniers temps pour ne pas en rajouter, merci bien.

« Ne fais pas ça Shogo, je t'en conjure... ou tu vas l'regretter. »

« Si tu étais mon petit-ami, mon plan fion, ou ne serait-ce même que mon pote, je t'écouterai bien gentiment mais là, tu n'as aucune autorité légitime sur moi. Comme tu aimes si bien à me le rappeler constamment, on n'est rien l'un pour l'autre. Aucun statut clairement défini par manque de courage et par pur égoïsme de ta part. » Il dévoila ses crocs et murmura d'un ton carnassier. « Alors au final, ce que je décide de faire devrait t'être égal, non ? Ça ne te regarde pas et tu n'as pas ton mot à dire dessus ! »

...

Coup critique !

Aïe, ça faisait mal...

C'était la façon qu'avait Haizaki de lui reprocher de refuser de choisir, privilégiant le statut quo.

Mais le garçon belliqueux faisait fausse route...

Ils étaient... bien quelque chose, non ? D'ex-amants, d'ex-coéquipiers, d'anciens rivaux... Mouais... Pas très probant niveau affectif et puis, toutes ces définitions appartenaient à un passé plus ou moins proche et erroné, bien loin de déterminer ce qu'ils incarnaient l'un pour l'autre actuellement.

Or, c'était justement ce qui constituait le nœud du problème présentement.

« Si, ça me regarde à partir du moment où c'est moi qui vais devoir te sortir de taule ! » Se défendit le véhément top model. « Même si j'ai aucune foutue envie de me retrouver mêlé à tes élans de virilité mal placée, tare à cause de laquelle je serai obligé de payer une caution pour ton cul, tout ça parce que tu n'auras pas su te tenir ! »

Non seulement il parlait d'un point de vue moral et personnel, mais également parce qu'ils ne pouvaient pas se le permettre, vu l'état famélique de leurs finances actuelles... Les soins à l'hôpital dispensés par le Docteur Ranjan avaient coûté une blinde, d'autant qu'Haizaki n'était – surprise, comme c'est biiiizarre – pas assuré. Pour ne rien arranger, le système de santé aux U.S.A. représentait une vraie RUINE !

Et puis, avec la chance que le jaune se tapait dernièrement et connaissant un peu l'animal près de lui, il y avait fort à parier qu'Haizaki se trouvait en situation irrégulière sur le territoire Américain. Bonjour le préjugé certes, mais ce serait vraiment le pompon sur la Garonne qu'il se retrouve expulsé à cause d'une petite rixe, sur fond d'homophobie ordinaire ! Kise ne le voulait pas... mais impossible de le dire à voix haute devant l'ancien joueur de Fukuda... Il en serait trop content et sauterait immédiatement sur certaines conclusions (erronées, évidemment)... dont Kise n'avait pas la force de débattre.

« Ah d'accord. On en revient toujours à toi, en fait... Donc si je comprends bien, moi j'ai juste à fermer ma gueule et à me laisser tranquillement insulter pour me plier aux exigences de son altesse Ryota ! »

Le blond soupira. La situation semblait lui échapper et ses dernières paroles, maladroites, avaient jeté de l'huile sur le feu. N'empêche... Haizaki était vraiment impossible quand il s'y mettait. Un vrai gamin. Il réagissait au quart de tour à la moindre provocation, pire qu'Aomine ce qui n'était déjà pas rien...

« Mais non, tu n'y es pas du tout... Je voulais dire pense au diner de charité de Miss Robinson, crétin... On ne pourra pas s'y rendre si tu te retrouves derrière les barreaux et je doute qu'elle aussi ait envie de payer ta caution... »

Ouais voilà, bonne idée ça d'invoquer cette bonne vieille Tatie Vivi dans l'équation ! Il fallait bien qu'elle serve à quelque chose cette vieille rombière. (T'es décidément adorable avec celle qui t'héberge à titre gracieux dans son château céleste, Kise...)

Mais pas sûr que cela suffise, alors mieux valait changer de tactique et se la jouer « renard », car il n'obtiendrait rien d'Haizaki en attaquant frontalement le loup sur le terrain de celui qui aurait la plus grande gueule...

La ruse et la manipulation, ça par contre, c'était dans ses cordes.

Il posa donc une main apaisante sur le torse d'Haizaki, le caressant doucement sans oser le fixer droit dans les yeux.

« S'il te plaît... laisse-moi m'en charger, d'accord ? On va faire ça à ma manière. Tu dis avoir changé, alors prouve-le moi en ne retombant pas dans la violence physique. Parce que... c-c'est pas comme ça que tu marqueras des points avec moi... »

Kise venait d'abattre son ultime carte.

Son joker.

Prendre Haizaki par les sentiments.

Lui faire miroiter une issue possiblement favorable à leur relation.

Heureusement, cette fois, les arguments de Kise firent mouche. Haizaki se tut sur le champ, avant de lui faire un geste révérencieux avec la main, l'air de dire « A toi l'honneur dans ce cas, tu as le champ libre. »

Le mannequin prit une profonde inspiration, avant de se retourner avec détermination vers leurs agresseurs, qu'il surplombait de deux bonnes têtes.

Il était en effet grand temps pour lui de prouver au loup que les renards aussi sont d'excellents prédateurs, même si leurs méthodes de chasse diffèrent largement.


Voici venu le temps des (rires et des chants... ?) notes de fin de chapitre :

- Je dois l'idée générale de la séquence du tribunal + l'origine des travaux forcés d'Haizaki à "Hartley Coeurs à Vif" une fois de plus ! ("Breakheart High", pous nos amis anglophones) Mais pour ma défense, je tiens à dire que je n'y peux rien si Haizaki et Kise me font penser au mythique couple Drazic et Anita ! Le bad boy brun piercé et la blonde ingénue et solaire. Un classique !

- Tiens, tiens, c'est de famille apparemment d'être attiré par les "bad boys" locaux... n'est-ce pas, Papa!Kise ?

- Zelda Tears of the Kingdom étant sorti... je risque de me faire plus rare niveau updates... Ce jeu ASPIRE littéralement la vie ! Tu clignes des yeux et pof ! Cinq heures de jeu sont déjà passées ! (et personne ne te les rendra...)

- Akashi et Haizaki ne peuvent décidément pas s'encadrer... Même en photo. Normal je suppose, quand on a des vues sur le même mec.

- "The Killing Death"... Puréééée, dire que j'ai galéré à trouver un nom bien NANARD et tout ça pour quoi...? Pour que ce titre existe déjà ! ARGH ! Je vous mets ici (en anglais par contre, faut pas déconner pas que ça à faire que de traduire ahaha...) le synopsis du film. Attention, ça vend du rêve :

Chicago Phil travels through his past relations butchering them in horrific ways. Frank, a veteran cop leads Jimmy through his first case trying to piece together the seemingly unrelated crimes. The two paths converge in hilarious fashion through inept bungling on both sides. Aka : two police officers who are tracking a killer in their area end up making the ultimate pizza instead with body parts.

Avouez que ça donne grave envie, non ? Encore une fois, vous commencez à me connaître, vous vous doutez donc bien que je n'ai pas balancé ce nom là, sans avoir de motif ultérieur... Affaire à suivre, donc !

- Kise, Kise, Kise... A un moment donné, il va falloir trancher : soit Haizaki t'intéresse vraiment et tu ASSUMES, soit c'est non, mais dans ce cas, ne lui donne pas de faux espoirs de la sorte ! (et ne lui tape pas des crises de jalousie COSMIQUES également, pliz.)

- Dans le prochain chapitre techniquement, aura lieu le fameux dîner de charité. Que va t-il s'y passer ? Les paris sont ouverts !

Sur ce, passez un bon week end et à la prochaine, courant juin sans doute... (si Zelda ne m'a pas momifiée sur ma chaise de gaming d'ici là !)