Hi girlz !
J'espère que celles qui sont en vacances en profitent bien, malgré le temps pourri qui règne en France. (Mais bon, normal pour un mois d'août ici...)
Puréeeeee il m'a donné du fil à retordre ce chapitre sur sa fin... et donc... la fin est un peu "rushée" mais j'avais besoin d'une justification. L'issue sera dévoilée en début de chapitre prochain. Chapitre charnière ici, donc, où il se passe pas mal de choses et où on apprend quelques infos importantes pour la suite.
Bonne lecture et enjoy, je ne vois spoile pas davantage !
« Quelque chose ne va pas Ryota-san ? Vous avez à peine touché au contenu de votre assiette... » Lui fit gentiment remarquer Miss Sters d'une voix maternelle.
...
« A peine touché » ?
Un doux euphémisme...
Il n'avait rien pu avaler du tout, oui !
Pas la moindre petite bouchée, aussi minuscule et insignifiante soit-elle... Pas une miette. Car dans son état actuel, même un grain de riz lui resterait en travers de la gorge, c'était dire l'ampleur du choc qu'il avait ressenti...
Mais pas étonnant le spectacle qui s'était déroulé et se déroulait sûrement encore juste sous les yeux... Partiellement caché sous la nappe, certes et heureusement, mais à quoi bon au final ? Le mal était déjà fait... Il en avait trop vu, vu ve qui ne devait pas l'être, même si cela n'avait duré qu'une fraction de secondes. (Pas plus, par chance, il n'aurait de toute façon pas pu le supporter !) Pourtant, le traumatisme – bien réel - qui en avait découlé s'était ancré de manière durable dans son cerveau.
Miss Robinson – leur bienfaitrice – et Haizaki...
... En train de se tripoter sous la table, à l'abri des regards indiscrets, dans l'allégresse et en toute quiétude.
Enfin non, pas tout à fait, puisque le brun assumait pour une fois un rôle entièrement passif.
Il SE laissait faire, parfaitement immobile et d'une docilité à toute épreuve. Il laissait la vieille peau lui malaxer grassement les bourses, comme s'il s'agissait de balles anti-stress qu'on fait rouler sous sa main pour se détendre avant un rendez-vous ou un examen décisif...
Ouais, sacrée image... avec laquelle je vous laisse sans remord, ni regret ! Faites-en ce que vous voulez et ne me remerciez surtout pas ahaha, c'est cadeau !
Dire que cet immonde couple de cancrelats osait faire ça pour ainsi dire devant lui, juste sous son nez, à seulement quelques centimètres de distance et en toute impunité ! Comme si de rien n'était et sans doute y étaient-ils encore affairés à cet instant, puisque l'une des mains de l'élégante matrone n'avait toujours pas refait surface. La faute à une viande tendre déjà prédécoupée avant même d'être servie et ne nécessitant donc aucunement l'usage des deux mains, ni du moindre couteau pour la désosser...
...
Un nouveau frisson de dégoût secoua la pauvre carcasse fraîchement meurtrie du renard.
Tu m'étonnes que ça lui avait complètement coupé l'appétit !
En tout cas, il fallait reconnaître qu'Haizaki cachait extrêmement bien son jeu. Tel le joueur de Poker professionnel qu'il revendiquait être, son visage restait... neutre, indéchiffrable, totalement naturel. Comme si Miss R. n'était absolument pas en train de faire courir ses doigts sur son sexe sûrement gorgé de sang en cet instant, au nez et à leur barbe à tous, entourés de convives et autres serveurs...
Non, carrément encerclés même.
Offerts en pâture à leurs regards curieux et indiscrets.
Au voyeurisme pur et simple.
« Oh ce n'est rien... je n'ai juste pas tellement faim... » Répondit simplement Kise avec politesse, tout en s'efforçant de sourire. Il se voulait rassurant malgré l'horreur de la situation à laquelle il tâchait de faire face sans éveiller d'éventuels soupçons.
Habituellement et dans un contexte normal, ce serait le moment qu'Haizaki aurait choisi pour essayer de piquer dans son plat. Oui, pendant que sa proie mangeait, où se trouvait l'intérêt sinon ? Apparemment, cela n'en rendait les aliments que plus savoureux. Le brun se comportait toujours ainsi pour tout et en toute occasion. Il adorait dérober des choses, peu importe quoi et peu importe à qui, c'était juste plus fort que lui. Mais cette fois, il dérogea à ce trouble obsessionnel quasi compulsif, car ses larcins n'avaient d'intérêt que si l'autre défendait son steak, littéralement ici d'ailleurs. Or, Kise semblait dépourvu de la moindre volonté de lutter ou même, plus simplement, de l'envoyer balader.
Quelque chose n'allait définitivement pas...
Alors le loup opta pour un changement de stratégie, consistant à taquiner son comparse afin de forcer la riposte. Autant venir la chercher directement, au lieu de juste le provoquer et l'induire, histoire de le sortir de son anormale (et inquiétante) torpeur. Car d'ordinaire, les dîners mondains, c'était son truc à Kise ! Ou à tout le moins, c'était qu'Haizaki croyait et il se le représentait ainsi : le blond solaire riant aux éclats, centre de l'attention, narrant des anecdotes croustillantes à propos de son travail passionnant et ses rencontres enrichissantes, aux quatre coins du monde, dans des décors de cartes postales.
Oui... C'était comme cela qu'Haizaki désirait son Ryota et pas autrement...
Il revint donc à la charge, sous la table cette fois, revenant se frotter sensuellement à son mollet. Comme un clébard, diraient les mauvaises langues... Une chance cependant qu'ils aient opté pour ce placement, en ayant choisi de s'asseoir l'un en face de l'autre. Et puis, Kise ne s'était pas privé pour d'en faire autant chez Mario lors de leur rendez-vous galant...
Hmm... avec un peu de réussite et d'application aussi, peut-être Haizaki parviendrait-il même à reproduire fidèlement l'exaction de Kise ce soir-là. C'est-à-dire parvenir à faire glisser la fermeture éclair de son pantalon, en l'agrippant méticuleusement entre ses doigts de pied pour la forcer à descendre. Ben ouais, on est voleur de techniques ou on ne l'est pas ma bonne dame !
Ouais, ça, ça n'allait pas manquer de le faire réagir, Haizaki en mettrait sa main (celle qui avait encore tous ses doigts...) à couper !
Et puis au pire, quoi ? Qu'est-ce qui allait se passer ? Que risquait-il concrètement ? Un coup de pied qui fuse pour essayer de le repousser ? Se faire renvoyer dans les cordes ? Une petite castration expresse, peut-être ? Baaah... aucune chance, la main de Viviane ferait office de bouclier protecteur dans un tel cas extrême ahaha ! Alors bon, il ne craignait pas grand-chose en vrai...
Mais à bien y réfléchir ça aussi, c'était plus fort que lui.
Ce besoin constant d'agacer Kise. De le titiller. De se chicaner avec lui.
Car pour Haizaki, il n'y avait rien de pire sur cette Terre – ouais, rien que ça ! – que d'essuyer l'indifférence de son renard favori.
Cependant, dès qu'il le sentit essayer d'entrer en contact avec une partie de son corps - et cela aurait très bien pu être n'importe laquelle - les sourcils de Kise se froncèrent adorablement en cette expression si caractéristique de dépit. Ou pas. Question de point de vue. Haizaki trouvait cela adorable lui, en tout cas. Il sembla même au tatoué que le blond tentait de lui échapper sous la table, se contorsionnant sur sa chaise et se recroquevillant pour éviter tout contact venant de ce panard intrusif. Une chasse, une course poursuite, s'engagea alors entre eux pour le plus grand bonheur du prédateur argenté.
« ... Je me demande à quelle distance je serai capable de te planter ma fourchette entre les deux yeux, si je la lançais... » Murmura dangereusement Kise, apparemment déjà gavé par le petit manège de son voisin de tablée.
...
Tiens, tiens, tiens... Ça sonnait à s'y méprendre comme une mise en garde ça, ou Haizaki ne s'y connaissait pas... !
Mais c'était bien ce qu'il lui avait semblé et il venait donc d'en avoir la confirmation.
En fait, Kise ne se retrouvait pas mystérieusement en proie à une crise d'anorexie inopinée.
Non, il lui en voulait clairement pour quelque chose, ce qui n'était pas du tout pareil !
Restait à déterminer pour quoi... Ben ouais, pour quelle raison, d'ailleurs ? Putain de bonne question ! Parce qu'il ne semblait pas à Haizaki avoir fait quoi que ce soit de mal dernièrement, ni commis la moindre faute... Bon, ok, il avait interrompu une prometteuse séance de d'équitation à cru sur mâle entier probablement mémorable. Mais merde aussi, Kise devrait plutôt le remercier pour son choix !
Après tout, Haizaki avait fait preuve d'une abnégation insoupçonnée et insoupçonnable, en faisant preuve d'un tel sens du sacrifice ! Car grâce à lui, le propre pote du blondin avait pu tirer son coup ! Alors certes, au détriment du leur, mais quand même ! Pas de quoi se mettre dans des états pareils, ce n'était que partie (de jambes en l'air) remise !
« Hmm... Je dirai que ça dépend. » Rétorqua donc Haizaki, décidant d'entrer dans son jeu. Il se gratta pensivement le menton, faisant mine de réfléchir. « D'après moi, si tu décides de copier Midorima lors de ton lancer de fourchette, alors je suis à peu près certain que tu devrais pouvoir m'atteindre sans problème, quel endroit d'où tu te situes et sans forcer. »
Le tout, ponctué d'un grand sourire sarcastique.
Comme une mise au défi.
Mais malheureusement, (ou heureusement plutôt hein Zaki, je sais que tu es MASO, enfin on parle quand même d'un geste potentiellement mortel pour toi là...) Miss Robinson interrompit leur future petite expérimentation/compétition malsaine, en prenant la parole avant qu'ils n'aient pu mettre à exécution leurs hostilités.
« Il y a un problème ? » Demanda t-elle, sirupeuse, en se penchant biiiiiiiien vers Haizaki.
Une chance qu'elle ne bite rien à leur langage de sauvages (on dit plutôt « exotique », je crois quand on ne veut vexer personne...), la mégère ! Et une chance également qu'ils choisissent de toujours s'adresser l'un à l'autre en Japonais pour ne pas éveiller certains soupçons et ainsi pouvoir communiquer à l'abri des oreilles indiscrètes...
... Sans réaliser que justement, c'était ce qui les rendait encore plus SOUPCONNEUX ! (Dédicace à Hooper le gros ours et à son let's play légendaire de « Hitman ».) Comme s'ils avaient précisément des choses à cacher.
« Naaan, rien de grave t'inquiète ! Ryota me signalait juste qu'il avait a bad case of diarrhea. »
OUAIS, CETTE PARTIE DE LA PHRASE JE LA LAISSE EN ANGLAIS DANS LE TEXTE EXPRES, TELLE QU'ELLE A ETE DITE PAR HAIZAKI !
En hommage à cette vidéo ubuesque (trouvable sur les Internets) d'apprentissage de la langue de Shakespeare, par des Japonais justement tiens.
Et hop comme ça, la boucle est bouclée.
« D'où son drastique manque d'appétit. »
NON MAIS L'ENFOIROS !
Comment osait-il balancer un truc DELOYAL comme ça !? Et devant tout le monde en plus !? Adieu image glamour durement forgée et entretenue... (heu... du calme, c'est un mensonge Kise, t'enflamme pas non plus, pourquoi est-ce que ça t'affecte autant, si c'est faux ?)
« Oh, je vois ce que c'est dans ce cas. Hélas, je ne le comprends même que trop bien ! » S'attendrit immédiatement la compagne de tablée de Kise. « A mon âge, on a la flore intestinale fragile et elle se dérègle facilement. C'est pourquoi j'ai heureusement toujours de quoi la soulager dans mon sac. Est-ce que tu souffres de ballonnements aussi mon poussin ? » Acheva Joan, déjà en train de fouiller à l'intérieur de sa pochette pour en sortir une boîte de comprimés.
« ... Tu sais quoi ? Je crois que je vais plutôt me lever et venir te poignarder directement la trachée avec, au lieu de perdre mon temps à essaye d'la lancer cette satanée fourchette aux dents aussi pointues que les tiennes ! Au moins là, je serai certain de te toucher et d'atteindre ma cible ! » Maugréa Kise, avant de se tourner vers Joan et de lui servir son plus beau sourire empreint de (fausse) douceur. En switchant en anglais, bien évidemment pour se faire comprendre. « Ça ira. Merci beaucoup Miss Sters, mais je me sens déjà mieux. Je crois que c'est d'être assis en face de Shogo, j'oublie à chaque fois que ça a tendance à me donner la nausée de le regarder trop longtemps... »
Et tout ce qu'aurait mérité ledit Shogo en cet instant, c'était que Kise lui ENFONCE bel et bien sa fourchette... mais dans l'entrejambe et formule ensuite confusément des excuses surannées du type « Oups ! Quelle maladresse, j'ai cru que c'était une SAUCISSE ! »
... Saucisse dont le tatoué ne pourrait dès lors plus jamais se servir avec Miss Robinson. Ni avec qui que ce soit d'autre, au passage...
Baaaah tant pis ! Déso, pas déso !
Cela semblait être un bien piètre sacrifice à consentir pour Kise !
Après tout, on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs. Lesdits œufs allant par paire chez Haizaki...
Mouais... il s'agissait typiquement du genre de solution que seul quelqu'un de très direct comme Kagamicchi n'hésiterait pas à employer. Mais... pas lui. Pas encore. Car pour le moment, il n'en avait pas la force, se sentant avant tout blessé. Trompé. Trahi. Et oui, c'était totalement stupide. Ridicule. Risible. En grande partie parce que les deux canidés ne s'étaient jamais rien promis et surtout pas jurés amour et fidélité éternels !
Alors pourquoi...
Pourquoi est-ce que ça faisait aussi MAL ?
Et bien tout simplement parce que Kise avait commis une erreur.
Une erreur qu'il refusait de reconnaître...
Celle de s'attacher.
Car il s'avérait finalement qu'Haizaki n'était pas aussi insupportable, ni même détestable ou impossible à vivre que ne l'aurait cru le Kitsune.
Chaque jour passé en sa compagnie ressemblait à une aventure, une aventure différente à chaque fois. La plupart du temps, le brun se montrait même gentil envers lui. Sympathique. Capable de faire preuve de générosité, de tendresse, de sollicitude et plus étonnant encore, de compassion. Alors oui, c'est vrai, parfois, il lui tapait passablement sur les nerfs aussi. Mais au même titre qu'Aomine du temps de leur colocation.
Quelques menus accrochages semblaient inévitables quand on pratique le vivre ensemble. Et pour être tout à fait franc... Kise était persuadé qu'Haizaki aurait à redire sur sa personne également si on prenait la peine de l'interroger sur la question... ça allait dans les deux sens... Pourtant, les uniques reproches que lui avait adressés l'ex-racaille, concernait son manque de laisser-aller. Son incapacité à lâcher prise pour s'autoriser à être véritablement lui-même. Pour son bien, donc.
Dès lors, pas étonnant que Kise ait cherché à enfouir au plus profond de sa mémoire les souvenirs liés à l'ancien as de Fukuda. A les y enterrer, même, comme autant de cadavres, autant de squelettes qu'il ne voulait surtout pas/plus voir, dans le placard de ses pensées. A cause de son attirance sous-jacente pour Haizaki, qui agissait à la manière d'une bombe à retardement imprévisible dont on savait qu'elle allait exploser à un moment ou à un autre, mais lequel... ?
Et rien, absolument rien, ne pouvait aider Kise à s'y préparer.
Parfois encore, il arrivait au mannequin de s'en vouloir à lui-même.
Quand il sentait son cœur faiblir, s'affaiblir, en même temps que ses résolutions au contact de sa redoutable Némésis.
Il... il ne devrait pourtant pas se laisser atteindre ainsi. Normalement, un tel affront devrait glisser sur lui et Kise devait donc logiquement se montrer en capacité d'en faire abstraction. Ça ne devrait même pas pouvoir le toucher... ou l'atteindre...
L'affecter.
Après tout, Haizaki faisait bien ce qu'il voulait de son corps et donc, par extension, de sa queue.
C'était ça, la stricte et unique vérité, aussi crue et triste puisse t-elle être.
Ils n'avaient en effet signé aucun contrat d'exclusivité ensemble.
Hmm... mais peut-être que le problème ne se situait même pas là, en fait.
Bien-sûr, Kise avait déjà éprouvé de la jalousie auparavant, mais ce n'était pas le cas ici. Pas réellement. Enfin... presque pas. Non, c'était définitivement autre chose qui le gênait. Il ressentait davantage du dégoût. Un sentiment, une pensée parasite que d'imaginer la vieille rombière poser ses sales pattes avides et fripées sur son coloc'. Et ça n'avait quasiment rien à voir avec une quelconque question d'âge. Mais plutôt... avec ce que leur écart d'âge sous-entendait implicitement. La nuance était ici importante, bien que ténue.
Ouais, voilà, ce qui dérangeait Kise, ce n'était pas tant de se représenter deux corps qui s'emboîtent - dont un tout flétri - (... enfin, ça le dérange quand même un peu, visuellement parlant ! Pas ce qu'il y avait de plus ragoûtant à ses yeux, soyons honnêtes !) mais plutôt que l'une des deux personnes concernées puisse utiliser son GRAND (prends ça dans ton dentier, Vivi !) âge comme moyen de coercition.
Je m'explique :
De par son GRAND âge donc, (oui, toujours écrit en majuscules pour insister sur ce point essentiel.) la maîtresse-femme possédait un certain POUVOIR, un certain ASCENDANT, donc, sur les plus jeunes. Sans pour autant dire qu'Haizaki se montrait particulièrement sujet à cette influence, son poulain ressentait bel et bien l'autorité naturelle qu'elle exerçait sur lui. L'un des privilèges de l'âge, donc. Être plus expérimenté et en profiter pour faire valoir plus facilement ses désirs et ainsi les faire rejaillir sur de jeunes âmes nettement plus impressionnables et malléables.
Malgré ses airs de ne pas y toucher, Kise, loin d'être dupe, sentait bien que leur charmante hébergeuse était du genre à manipuler autrui pour parvenir à ses fins. Shogo ne devait donc pas faire exception et ce, quelle que soit leur « monnaie d'échange ». En effet, le loup se vantait constamment et à qui mieux mieux de ne jamais rien faire qui ne lui soit pas d'un quelconque intérêt. Restait donc à savoir ce qu'il retirait de sa relation avec cette femme qui avait presque le triple de son âge...
De LEUR âge.
Hmm... quoiqu'en vérité, ce n'était pas bien difficile à deviner. Et il ne s'agissait même pas de sexe facile, car ça, il pouvait en avoir ailleurs, plus qualitatif à n'en point douter et sans la moindre difficulté à déplorer dans son obtention... Cependant... même si d'un côté savoir que Miss Robinson avait « acheté » les attentions de Shogo pouvait paraître rassurant de prime abord, de l'autre... cela signifiait surtout qu'Haizaki s'avérait corruptible. Et certainement aisé à corrompre, pour ne rien arranger...
Non, parce que Kise refusait tout bonnement de concevoir que son ancien coéquipier puisse la sauter de gaieté de cœur et par pure bonté d'esprit, sans rien en retirer. Mais même si c'était bel et bien le cas, cela ne constituait pas une excuse pour autant. Une explication recevable, peut-être, mais une excuse, ça non. Jamais. Rien ne pourrait justifier qu'il trempe son... dans... ewww...
Bon ! Kise ferait sans doute mieux d'arrêter d'y penser, parce que là... cerné de toutes parts par cette abondante nourriture, aux fumets aussi divers qu'entêtants... il recommençait à avoir des hauts le cœur et à se sentir nauséeux... Mauvaise idée, donc, que de continuer à s'imaginer les pires déviances et autres positions sexuelles issues du Kamasutra exécutées par Haizaki et Vivi.
Haizaki s'apprêtait à ajouter quelque chose, mais par chance il fut coupé dans son élan (ouf !) comme un genre de Monsieur Loyal au costume blanc et à la moustache impeccables venait de monter sur l'estrade et s'était emparé du micro. D'une voix claire et haut perchée, il s'adressa à l'assemblée, devenant ainsi le centre de l'attention de tous les convives présents.
« Bonsoir chers amis ! J'espère que vous passez un agréable moment et que la nourriture est à votre goût ! Pour la dix-septième année consécutive, j'ai l'honneur et le plaisir d'animer notre soirée et de vous accueillir en ces lieux, pour notre traditionnel diner de charité ! »
Kise soupira, craignant déjà à un discours aussi pompeux qu'interminable. D'un air morne, il scanna la grande salle de réception, passant en revue tous les invités... Que des vieux, hormis les serveurs... Lui et Haizaki faisaient office de bébés en couches-culottes comparés à tous ces vénérables aînés... qui devaient eux aussi en grande majorité porter des couches spéciales fuites urinaires, vu la moyenne d'âge de la pièce... A croire que certains avaient eu la permission de minuit de la part de leur maison de retraite pour personnes grabataires...
Non parce que la plupart des invités n'avait vraiment pas fière allure. Du tout. C'était à se demander comment ils pouvaient encore profiter des services SPORTIFS proposés par le country club... Oh bien-sûr, Kise n'avait rien contre les aînés. Il lui arrivait même d'apprécier leur compagnie, comme celle de Joan ou encore de sa grand-mère Suédoise. Mais sporadiquement. Car là, être entouré par toute cette déliquescente décrépitude, le mettait extrêmement mal à l'aise. Il y avait des têtes blanches à perte de vue, un océan sans fin de rides et désespoir.
Des regards éteints. Délavés, par le deuil et les médicaments. Des costumes d'un autre âge, défraîchis. Et une tenace arrière-odeur de naphtaline. Certains semblaient incapables de tenir debout sans la moindre assistance. D'autres encore, paraissaient se demander ce qu'ils faisaient là... Canne et fauteuils roulants étaient autant d'accessoires « fashion » avec lesquels chaque propriétaire se pavanait fièrement.
...
Quelle tristesse.
Cet endroit manquait... de vie, tout simplement. Chacun de ses occupants semblait en sursis... et un frisson d'effroi parcourut la colonne vertébrale du blond. Être témoin de cette dégénérescence physique et mentale lui serrait le cœur. De loin, il pouvait observer un petit monsieur tout rabougri confondre une serveuse avec son arrière-petite-fille... tandis qu'une vieille dame élégante se lamentait auprès d'un autre serveur de la perte de son mari... en lui montrant des photos émiettées si anciennes qu'elles avaient été prises en noir et blanc... Non, décidément, il ne se sentait pas à sa place ici... quelque chose clochait vraiment.
Réellement. Et Kise n'agissait pas en mauvaise langue, pourtant ! Pourquoi n'y avait-il pas plus de « jeunes ici » ? Hmm... il en avait croisés quelques-uns cet après-midi. Des quarantenaires et leurs familles. Des enfants, mêmes. Cependant, ils semblaient s'être volatilisés dans la soirée. Les déambulateurs avaient remplacé les poussettes, comme pour ne pas assister à la réunion annuelle du club des VAMPIRES. Heu non... celui des MOMIES plutôt. A ne pas confondre avec « mommies », comme celle qui jouait au Bingo avec les boules d'Haizaki sous la table.
Ah ça, elle avait tiré le bon numéro avec lui, pas de doute ! Le gros lot, même ! Un affectueux corniaud très obéissant et fidèle à sa maîtresse, sagement assis à ses côtés sans oser en défier l'autorité... Ne manquait plus que la laisse pour parfaire ce tableau idyllique, tiens. Etonnant qu'elle n'ait pas pensé à lui faire enfiler une cravate pour faire office de, d'ailleurs... Le chien, assurément meilleur ami de l'Homme et Haizaki, meilleur ami de la Femme ! Sauf qu'au lieu d'être rémunéré en os à moelle, ce molosse-là se faisait sûrement croquer le sien...
Brrr...
« ... Je déclare donc le moment que vous attendez toutes et tous impatiemment, le clou de notre soirée, celui de la vente de charité, ouvert ! »
...
ATTENDS, HEIIIIIIN ?
C'était quoi encore ce délire ? Quelle vente de charité ? Kise ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes. Qu'est-ce qui allait bien pouvoir être mis en vente ici ? Et pourquoi Haizaki ne l'avait-il pas prévenu ? C'était pas prévu au programme, ça ! Qu'est-ce que ça voulait dire ? Et surtout, qu'est-ce qu'il foutait dans cette galère, déjà !?
Ohhh bon sang... Le présentateur montra le premier « don », la première « offrande »... une vieille machine à lavée hors d'âge, comme son possesseur sans doute.
...
Ok, la soirée promettait d'être LONGUE !
Kise ne savait pas s'il pourrait supporter un tel défilé de VIEILLERIES – et que ce soit clair, là, il ne parlait même pas des vieilleries HUMAINES présentes dans la salle – alors, dans le doute, il décida de se donner un petit coup de pouce, sous la forme d'un remontant. Lorsque Mike le frôla durant son service, Kise rafla TOUTES les coupes disposées sur son plateau. Champagne, vin, whisky, peu importe, tous les spiritueux à sa portée y passèrent sans distinction !
Il lui fallait au moindre ça pour tenir ! Et si d'aventure cela pouvait en prime effacer de son cerveau l'image sordide qui s'y était imprimée un peu plus tôt, il ne crachait pas dessus... Enfin dedans... A part qu'en constatant son petit manège, l'un des sourcils d'Haizaki se releva en forme de crochet sur son front. Apparemment (non, tu crois... ? On n'en est plus vraiment au simple stade des apparences, là !) Kise avait décidé de se souler...
... SANS LUI !?
AH MAIS NON !
SUREMENT PAS, HORS DE QUESTION !
« Ryota, qu'est-ce que tu fous putain !? » S'indigna Haizaki pour la forme et uniquement parce qu'il venait de constater que Kise avait littéralement VIDE le plateau, embarquant tout de qui se trouvait dessus !
SANS LUI EN LAISSER, LE CHIIIIIIIIEN !
« Je fais comme tout le monde : je bois pour oublier ! »
Alors comme ça, Môssieur n'avait pas faim, mais SOIF finalement !? Il semblait même au bord de la déshydratation là !
« Oublier ? Mais oublier quoi, bordel de merde !? » Ce qu'ils s'apprêtaient à VIVRE ? L'horreur, l'ennui, la monotonie, potentiellement mortels ? Oui, sans doute. « Ryotaaa, t'abuses ! Je t'ai pas am'né ici pour qu'tu joues les soulaaards ! » S'égosilla t-il.
Une manière comme une autre de s'écrier : « HEEEY POURQUOI BIDULE IL A EU A BOIRE ET PAS MOIIII ? », tel un enfant de six ans extrêmement mature.
Ah Jalousie, quand tu nous tiens... et ta petite sœur Injustice aussi.
Heureusement sa voix fut couverte par le micro.
Mais le fait qu'il se mette à gigoter de colère (pour avoir été privé de boisson...) sur sa chaise ne passa pas inaperçu, hélas. Miss Robinson – qui avait entre-temps délogé sa main de la tanière du Grand Méchant Loup – planta fort sympathiquement sa manucure aiguisée dans la cuisse d'Haizaki pour lui intimer de se calmer. Tout de suite. Le réprimandant comme un gamin qui tape un caprice au rayon « jouets » d'un supermarché. Chose qu'elle ne saurait, bien-sûr, tolérer.
« Tu n'es pas un loup... Et tu ne le seras jamais. Toi, tu n'es qu'un chien... un pathétique clébard rampant. Un sac à puces galleux dont personne ne veut. Ta seule place est dans la rue. »
Les dures paroles d'Asami résonnèrent à nouveau dans sa tête. Amèrement. Ah s'il l'avait vu en cet instant... se tranquilliser sur sa chaise avec la docilité d'un agneau, l'homme en noir aurait jubilé... Quelle chance Kise avait d'échapper à tout cela, grâce à l'alcool ! Or, lui n'avait même pas le droit de prétendre à l'ivresse... Quelle connerie monumentale... !
Kise, de son côté, vida pour ainsi dire une flûte de champagne cul sec. Mauvaise idée. Les gaz, surtout ingérés aussi rapidement, ça donne mal au ventre. Bonjour les crampes d'estomac ! Hmm... il allait peut-être avoir besoin du médicament magique de Miss Sters tout compte fait... Mais une question le tarauda néanmoins... Car si Haizaki ne l'avait pas amené ici, je cite « pour jouer les soulards », (ce qui allait tout de même un peu de soi, admettons-le...) alors pour quelle autre raison ? Pour qu'il lui tienne compagnie ? Soit son pote de galère ? Ah ben super, merci pour le cadeau...
Se retrouver à souffrir non pas tout seul comme un grand garçon, mais ensemble, fantastique ! Deux clampins pour le prix d'un, quelle idée de génie ! Impossible de nier cependant que de tels agissements ressemblaient bien à Haizaki... Toujours à faire passer son propre intérêt avant celui d'autrui et même celui du plus grand nombre... Or, Kise allait vite le lui faire regretter.
Il se moquait bien de se mettre une belle grosse race en sa présence, là, juste sous ses yeux impuissants, ou encore de lui faire honte. Tant mieux même, si ça se produisait. Après tout, ce ne serait que justice. Entièrement mérité. De A à Z, en passant par B, D, S, M. Et oui, dans le cas où vous vous poseriez la question : ce choix de lettres ne doit rien au hasard !
Assez rapidement et comme il fallait s'y attendre, d'autant que c'était UN PEU BEAUCOUP le but recherché, l'alcool monta à la tête de Kise, lui qui ne tenait pas plus que quatre bières en temps normal... Et je ne parle même pas de pintes là, non juste du format canette 33 cl... Par chance, (pour Haizaki, en tout cas...) la copieuse ingestion de... « pousse au crime » (oui, c'est l'un des synonymes du mot « alcool », pour éviter de se répéter ! Charmant, merci Google !) faisait plutôt l'effet d'un redoutable « pousse au dodo » sur Kise... Et puis, pour être honnête on était plus proche du « tord-boyaux » là, au vu de la réaction conjointe de son estomac et son foie, face aux différentes mixtures qu'il s'était généreusement inoculé. De son plein gré et en toute connaissance de cause.
Ce fut donc grâce à la technique avancée dire de la « somnolence » que Kise parvint à surmonter la difficile (et loooooongue surtout... !) épreuve de la vente de charité, défilé de vieilleries telles qu'on aurait cru assister à un indigne vide-grenier au rabais... Quelle honte... Tous ces sales riches imbus d'eux-mêmes semblaient s'être rués sur cette occasion idéale de désencombrer leurs manoirs et autres villas de vacances aux allures de châteaux... pour y faire de la place à moindre frais, tout en ayant le sentiment mensonger et hypocrite d'avoir accompli une bonne action.
Sans surprise aucune, rien de véritablement précieux ne fut donc offert en donation. Ce genre d'enchères fonctionnait uniquement au copinage et constituait un moyen de développer ou d'afficher l'étendue de son carnet d'adresses... Un bien drôle de petit monde que celui-ci... Monde dont l'étroitesse respirait la poussière et le Ripolin, monde auquel Kise se sentait présentement ravi de ne surtout PAS appartenir...
Mais tandis qu'il était tranquillement en train de cuver comme un bienheureux sur son petit coin (rond, à son image également...) de table, un mince sourire apaisé aux lèvres, quelque chose le tira des bras de Morphée, son nouveau petit-ami préféré... Il s'agissait d'un simple fait, sorte de détail inopportun. D'une information dont il se serait bien passé, en somme.
« C'est au tour de notre plus généreuse donatrice historique à présent de nous faire l'honneur d'un nouveau bien et c'est une première, puisqu'il s'agit cette fois d'une offrande pour le moins... insolite et originale ! Il n'est en effet pas question d'un objet, mais bel et bien d'un être humain ! »
... PARDON !?
A quel moment avait-on basculé dans un sordide MARCHE AUX ESCLAVES du seizième siècle, en plein cœur de la Louisiane colonialiste !? Comme si elle n'avait rien d'autre à refourguer la radine de service ! Instinctivement, la tête de Kise émergea de ses bras croisés et se redressa pour comprendre, horrifié en réalisant de QUOI, mais surtout de QUI il était question. Ce fut comme une intuition... car d'après vous, lequel des humains présents ce soir aurait le privilège ultime d'être l'heureux élu, je vous le donne en mille ? De toute évidence, son cerveau embué aux relents alcoolisés ne venait pas d'être soudainement victime d'une hallucination. Non, ce n'était pas une invention de son esprit, mais bel et bien la véridique vérité vraie véritable...
Car en effet en guise de confirmation, Miss Robinson et plus important encore, Haizaki, se levèrent de leurs sièges. Premier réflexe de Kise : laisser son regard fureter sur la braguette de son coloc' pour s'assurer qu'elle était bien fermée CETTE FOIS.
Hmm... Check... Il avait au moins eu la décence de remonter sa fermeture éclair. OUF, le petit oiseau ne risquait pas de s'envoler de sa cage... bien que, le connaissant, Haizaki aurait sans doute préféré qu'on utilise plutôt le qualificatif « fauve » à son encontre.
Enfin, à son bénéfice.
Quoiqu'il en soit, le fait qu'il ne s'agisse pas d'un mauvais cauchemar aviné se confirma hélas. Car bien souvent, la réalité dépasse la fiction...
Et ouiiii, aussi incongru que cela puisse paraître, Miss Robinson comptait TOTALEMENT et avec tout ke sérieux qui la caractérisait, mettre Haizaki aux enchères ! Malgré un taux d'alcoolémie à faire sauter un alcootest, Kise avait donc parfaitement compris de quoi il retournait ! C'était même à se demander lequel ou plus précisément LESQUELS d'entre eux étaient vraiment saouls... Ok, Kise comprenait la blague dans le fond... Bien entendu, il n'était pas réellement question de VENDRE un être humain, mais plus... de partager un moment à deux... en agréable compagnie de son... achat... ?
Et surtout, donner le change. Sous la forme d'un banal dîner ensemble quoi. Avoir l'illusion d'un sentiment de possession... De posséder le temps passé à ses côtés. Puis, décider de comment en user. A un détail près : Haizaki était véritablement la propriété de la siiiiiiiiiii charmante (et pas du tout autoritaire...) Viviane. Ce qui par contre, n'avait rien d'illusoire ou de temporaire car à la fin de la durée impartie à la location, elle le récupérerait.
...
Alors c'était donc CA la raison de leur présence à ce simulacre de gala soit disant en faveur des pauvres !?
Peut-être même Viviane comptait-elle ACHETER elle-même Haizaki. En personne. Une fois de plus. Pour marquer à quel point il lui appartenait corps et âme et montrer ainsi qu'elle en disposait intégralement selon son bon ou son même son mauvais vouloir.
...
Et peut-être que lui aussi se trouvait involontairement concerné, victime collatérale des errances lupines... Hmm... Car tout à coup, Kise se demanda si Joan aussi, projetait d'en faire autant à son sujet... Mouais mieux valait ne pas y penser et plutôt... mobiliser toutes ses cellules grises encore fonctionnelles pour sortir Haizaki de là...
... Mais en quel honneur, au fait !? Qu'il se démerde ! Il s'était foutu dans de beaux draps tout seul, le jour où il avait choisi de se glisser dans ceux de Miss Robinson, justement ! Et peu importe qu'ils aient pu être en satin ou en soie de Chine ! Rien ne le justifiait, non, riiiiiiiiien de riiiiiiien je ne regrette riiiiiien !
...
Ahem...
Ou quelque chose du genre quoi...
Et quand bien même Haizaki se trouvait être le seul responsable de son peu enviable sort – parce que soyons franc, qui a envie de SUBIR un dîner organisé par sa Mère Maquerelle, enfin un SECOND dîner en plus de celui horrible qu'ils étaient actuellement en train de se farder, bien entendu – Kise eut comme un réflexe.
Un réflexe... malheureux.
Car au lieu de le laisser assumer seul ses (monumentales) erreurs... Kise prit l'incompréhensible décision de... les porter à sa place. Un irrépressible réflexe, vous dis-je ! Absolument pas révélateur pour un sou des véritables sentiments du blond... Il devait agir maintenant. Faire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard. Alors... d'un coup d'un seul, tel le diablotin enfin libéré qui jaillit de sa boîte, Kise bondit de sa chaise en position debout.
Aaaaaaïe meeeerrrrdeeee le goupil s'était relevé un peu trop viiiite là quand même... ça tournaiiiit wooow, depuis quand la pièce s'était-elle transformée en carrousel ou en simulateur de vol pour la NASA ? Owww saloperie d'hypertension orthostatique ! (Cherchez sur Doctissimo ce que c'est si vous ne savez pas hihi !) Heu non... saleté d'ivresse, plutôt. C'était elle la cause de son manque d'équilibre soudain. Heureusement, Kise eut la présence d'esprit de se rattraper à l'épaule d'Haizaki. Il se pinça ensuite l'arête du nez, tandis que le brun se tournait vers lui, surpris.
« Ryota ? »
« Allezzzz reste à ta place petit roquet et laisse faire le boss ! » Lança t-il en lui tapotant sur l'épaule. Non sans une certaine arrogance. Quoiqu'on était plus proche de la condescendance, là...
HEUUUU DE QUOI ?
Pardon ? Plaît-il ? Kézako ?
Haizaki cligna des yeux. Comment ça « petit » et « roquet » ? Dans la même phrase !? Mais c'était surtout le « petit » qui ne passait pas... Parce qu'il n'avait rien de petit, NULLE PART, à aucun endroit de son corps ! ... Ouais bon, d'accord, il possédait un touuuuuuut petit centimètre d'écart avec Kise. En hauteur et merci bien, cela le vexait bien assez comme cela ! Pourtant, ils avaient encore gratté quelques centimètres en taille depuis le lycée, mais même ainsi, le brun était resté à la traîner par rapport à son plus grand rival.
Comme si... quoi qu'il fasse, les forces de l'Univers tout puissant se faisaient un plaisir de lui rappeler que jamais il ne le rattraperait. Jamais il ne ferait jeu égal avec lui. Et alors le surpasser, n'en parlons même pas ! Mission impossible ! Quel que soit le domaine, d'ailleurs... Kise venait même de le comparer à un chien. Lui aussi... De manière volontaire ? Hmm... cela n'avait guère d'importance. Tsss... satanée ironie dont il semblait ardu de se défaire...
Et apparemment, ce soir ne faisait pas exception...
Car ils s'apprêtaient tous à assister à un nouvel épisode à la gloire du grand Kise Ryota !
« Assis, j'ai dit ! » Sa langue claqua contre son palais, marquant son amusement plus que son autorité.
Il affichait un tel sourire que cela vexa encore davantage Haizaki.
« Et pourquoi pas couché, tant qu't'y es hmm ? »
« Naaan, ça se sera pour plus taaaard hihihi ! » Gloussa t-il comme une pintade, fier de sa blague.
« Heu... j'crois que c'est plutôt toi qui ferais mieux d'aller t'coucher là, Ryota... retourne cuver bien gentiment et fais pas chier... T'as aucune idée de ce qui est en train d'se passer ici. De c'qui va s'passer... »
Le ton siffla comme une menace. Mais Kise était trop bourré pour y faire attention. D'un geste assuré il poussa Haizaki et... la force que possédait cet imbécile à l'allure d'ange ne cesserait jamais d'étonner Haizaki, qui se laissa surprendre, une fois de plus. D'autant que cette poigne semblait décuplée par l'alcool... Ainsi repoussé le brun retomba comme une feuille morte sur sa chaise et malgré les protestations de Miss Robinson, ce fut bel et bien Kise qui grimpa sur l'estrade.
Le bois sec des lattes craqua sous ses talons. Sous son poids. Le poids de sa renommée. Mais c'était pourtant là que se trouvait sa place, pas de doute à avoir : sur le devant de la scène, sous le feu des projecteurs ! Son visage accrochait bien plus la lumière que celui de Shogo de toute façon, non mais pour qui se prenait ce type à penser qu'il pourrait lui voler la vedette, même le temps d'une soirée ? Non, sa place à lui, était dans l'ombre. Dans SON ombre.
D'un geste assuré mais avec un léger vacillement qui n'échappa pas à l'œil observateur et affuté d'Haizaki, Kise arracha littéralement le micro des mains du présentateur pour se l'accaparer. Ah ça... Kise avait toujours adoré se donner en spectacle, pas de doute et de son côté, Viviane abandonna toutes velléités à l'encontre du jeune homme. Car elle ne souhaitait pas faire de scandale pouvant attirer l'attention sur elle. Le problème, c'est qu'Haizaki ignorait ce qu'avait prévu Kise.
Peut-être lui-même l'ignorait-il. Avait-il réellement compris de quoi il retournait ici, avant de se lancer à l'assaut de la scène ? Probablement pas. Pourquoi l'avait-il fait alors ? Hmm... ce ne serait tout de même pas... pour voler à son secours ? Ahahaha ! Ridicule ! Parce que si c'était le cas, Haizaki n'avait pas besoin de lui. Non, absolument pas. Il pouvait se sauver tout seul. Quand et comme il le désirait. Rien ne le retenait.
Tsss... Il s'agissait donc forcément d'un énième stratagème de Kise pour se mettre en avant ! Il ne pouvait pas s'en empêcher, cette fichue blondasse ! Dès que quelqu'un d'autre menaçait de lui voler sa lumière... son public... Kise réagissait. Pas étonnant qu'il se soit réveillé d'un coup, il avait dû sentir que pour une fois, il ne serait pas l'attraction principale...
« Bonsoiiiiiiiir Pariiiiis ! » Non, il ne s'agit pas d'une mauvaise imitation de Bilal Hassani, je vous rassure tout de suite.
Haizaki s'écrasa une main sur le visage. Ok, il avait carrément honte là. Kise était tellement rond qu'il ne savait même plus où il se trouvait de toute évidence...
« Comment ça va biiiiiien les JEUNES ? Bien ou biiiien ? »
Olala... Dieu que c'était embarrassant mais intervenir à ce stade le serait encore bien plus...
« Allo alloooooo est-ce que vous m'entendez ? » Le blond tapota comme un beau diable sur le micro, qui sembla décéder sur le coup en émettant un son parfaitement strident et tout aussi parfaitement nocif pour les tympans, provoquant une vague de plaintes dans le public.
« Ah oups ! Pardonnez-moi, c'était juste pour vous aider à régler vos sonotones haha ! »
Oh putain de pire en pire...
« Achevez-moi... » Pensa Haizaki si fort qu'il se mit à souffler par les narines avec la grâce d'un taureau contrarié.
« Alors doooooonc, je me présente, moi c'est Kise Ryota ! Je serai l'offrande de Miss Robinson ce soir ! Salut Viviiiii, je serai à la hauteur t'inqu-... heu vous inquiétez pas ! » Il lui adressa un petit coucou de la main, avant de reprendre : « J'ignore ce que je suis supposé faire par contre... est-ce qu'il faut que je lance dans de l'impro ? Ah oui, je pourrai commencer par vous parler un peu de moi ! Il paraît que c'est ce que je fais de mieux et pour cause hihi : parler de moi est mon sujet PREFERE et ça tombe bien, parce que j'me connais par cœur en plus ! »
Oh le bordel.
Oh le boxon.
Oh le dawa.
...
Déjà qu'Haizaki n'en menait pas large, mais alors que dire de Miss Robinson ? Elle avait sûrement envie de disparaître sous la table. Et pas pour faire des gâteries à son +1 cette fois...
« Bon que vous dire à mon sujet ? Parce que le but, si j'ai bien compris, c'est un peu de me vendre, n'est-ce pas ? De vous donner envie de m'acheter ! Pour un dîner en ma compagnie, c'est bien cela ? Bande de veinards, je surveille ma ligne alors je ne vous coûterai pas bien cher en nourriture ahaha ! Je ne suis pas difficile, mais j'aime les mets de qualité. La gastronomie française, surtout ! Raaah zut... en fait, si, je réalise qu'un repas en ma compagnie risque de vous dépouiller... mais bon ! C'est l'jeu et il me revient donc la responsabilité de faire en sorte que le jeu justement, en vaille la mortadelle... heu chandelle, la chandelle ! Ou dit-on plutôt chandelier... ? Bref, peu importe ! »
Au secours... le niveau de malaisance...
Oui, parce qu'on venait officiellement de dépasser le simple stade du malaise là...
« Sachez que je sais très bien faire la chandelle d'ailleurs ! Je suis très souple et sportif ! J'ai pratiqué le basketball à haut niveau lors de ma scolarité ! J'étais le meilleur, on m'appelait le SERIAL COPIEUR ! C'est comme un serial killer, mais sans les meurtres sanglants... »
Ok, il avait définitivement sorti les rames en cet instant.
Mais étrangement, ça avait un petit côté... amusant à regarder. Le voir ainsi se débattre avec lui-même pour susciter l'intérêt d'un public plus mort que vivant. Car un mort-vivant est un oxymore et un occis mort est un pléonasme. Enfin, là n'est pas le sujet mais vous venez d'apprendre deux nouvelles figures de styles au passage, bravo !
« Est-ce que ça veut dire que... que vous êtes un imitateur, jeune homme ? » S'intéressa une mignonne mamie aux cheveux VIOLETS (enfin sa perruque...) située au premier rang, avec un caniche de la même couleur sur les genoux.
« Oui, en quelque sorte ! »
« Est-ce que vous pouvez imiter la voix de Jerry Lewis alors ? »
« Qui ça...? La souris qui se fait poursuivre par Tom le chat... ? »
Eclat de rire général dans la salle. Kise rougit de sa propre ignorance. Mais il ne se laissa pas désarçonner pour autant.
« Enfin... je veux dire... bien-sûr que je sais qui est Parker Lewis, évidemment haha ! Je plaisantais ! Cependant, je suis au regret de vous annoncer que ma capacité ne me permet pas encore d'imiter les voix ! Mais j'y travaille, hein ! Peut-être dans quelques années, qui sait ? »
Et ça, Haizaki serait curieux d'y assister. Pour pouvoir le copier à son tour.
Car là où Kise était plutôt dans le « copier-coller », lui se retrouvait davantage partisan du « COUPER-coller »...
« J'espère que vous serez encore là pour le voir... et quand je dis « là »... je veux évidemment dire... »
NON, NE LE DIS PAS MALHEUREUX !
PITIE !
« ... encore de ce monde, quoi ! »
Oh merde... Bon, il n'avait pas commis d'irréparable affront en disant « vivante », heureusement ! Le pire semblait donc avoir été esquivatané de justesse... Mais au rythme effréné où allaient les choses... Viviane claqua des doigts pour héler un serveur. Le dénommé Mike. Elle allait avoir besoin de quelque chose de PUISSANT dans les minutes qui allaient suivre et Haizaki aussi, alors il en profita pour rafler une coupe sur le plateau à demi vide. Peu importe ce qu'elle contenait, car le flacon ne compte pas, tant qu'on a l'ivresse !
Et pour ivre, ça, Kise était complètement torché !
Finalement, c'était amusant à regarder quand on prenait un peu de recul.
Enfin, presque...
Car le beau parleur et amuseur troupier (son insu) donc, se révélait un chouia trop populaire auprès de son public, semblant en avoir gagné les faveurs haut la main. Mouais... en même temps, rien de réellement surprenant avec son si joli minois de boy scout. Ça plaisait toujours aux ancêtres, ça. Contrairement à l'image d'Épinal du bad boy, qui connaissant un plus grand succès auprès des jeunes filles mineures et influençables, en guise d'encanaillement... La quête du grand frisson... non, très peu pour les vieux, ils avaient largement dépassé la date de péremption...
Et là où Haizaki aurait été prêt à parier que le blond ferait un FOUR, il n'en fut donc rien et il remporta tous les suffrages, malgré sa maladresse. La magie opéra, car tel était le pouvoir de séduction de Kise, impérieux, irrésistible, captivant. Nul ne pouvait y échapper, ni même en réchapper. Universel, touchant et parlant à tous les âges, y compris les plus vénérables et ceux à trois chiffres... Le petit-fils rêvé pour toutes ces mamies gâteaux depuis trop longtemps en mal de gamins à gâter justement.
Il y avait vraiment de quoi être jaloux de son succès écrasant, car Haizaki n'avait ménagé ni son temps, ni ses efforts, pour se faire accepter de cette communauté aussi pétée de fric et que de Botox. Alors oui, c'était un peu frustrant de voir que Kise parvenait à se les mettre dans la poche en une seule soirée. Mais en même temps, il était tellement charmant...
Et charmeur...
Si bien qu'Haizaki en vint même à regretter de ne pas s'être laissé faire sa fête dans les chiottes quand il en avait eu l'occasion, un peu plus tôt...
Parce qu'il n'y avait bien que Kise pour ne pas sombrer dans le ridicule, malgré un GROS coup dans le nez et oui, même son éternel rival était forcé de le reconnaître. Ou plutôt... si : il se noyait effectivement dans le ridicule à pieds joints, mais ça ne semblait avoir aucune prise sur lui. Kise ne coulait pas, Kise ne ramait pas. Kise se contentait juste de faire la planche et ça suffisait à le maintenir à flot, à la surface !
Le brun avait estimé à tort qu'une honte sans précédent s'abattrait sur Kise et qu'il aurait donc été obligé d'intervenir en le délogeant de la scène avant que la situation ne dégénère, pour s'éviter l'humiliation, mais non, même pas besoin ! Kise s'en sortait haut la main, avec les honneurs et mention « très bien ». Or, ce qui aurait été gênant ou même embarrassant de la part de n'importe qui d'autre que lui, passait crème avec Kise. Et le tour, sans avoir à montrer son cul, ni à tomber la chemise ! Un vrai tour de force qui attirait le respect. A ce stade, son public semblait tellement acquis à sa cause, que le garçon aux yeux de chat aurait pu s'uriner ET se vomir dessus en même temps devant tout cette belle brochette d'aristocrates, que ça n'aurait pas suffi à entacher sa côte de popularité ! Ni ne serait-ce qu'à l'entamer.
Et cela constituait donc un problème... Un problème que, pour être parfaitement honnête, Haizaki n'avait pas vu venir, dans la mesure où à la fin de ce petit discours, de cette petite tirade intelligemment calibrée pour voler le cœur de l'intégralité des personnes présentes dans cette salle surpeuplée, le loup ne sut rapidement plus où donner de la tête face aux offres d'achat qui fusaient de toutes parts !
Rapidement, le flux des propositions s'emballa, incontrôlable.
Quelle injustice...
Même beurré comme les épinards d'une cantine scolaire, Kise avait fait carton plein auprès du Club du troisième âge et celui du quatrième aussi, ne soyons pas discriminants !
STRIKE !
Plus une quille ne se tenait debout, bah, à l'image des vieux qui se battaient à présent comme des chiffonniers pour passer du temps avec le magnifique blond... Car ce n'est pas tous les jours qu'on a la chance ou l'opportunité de grailler avec un mannequin INTERNATIONAL, trèèèèès important « l'international », d'ailleurs ! C'était ce qui faisait toute la rareté, la crédibilité ! Le SEL ! Un peu comme le « Arabe », quand on parle d'un pur-sang !
Et ce qui devait arriver, arriva.
Au départ amusé, Haizaki sentit bien vite la panique le gagner. Pas la jalousie, non... Mais la peur. Une peur primitive, indomptable. Un tel engouement le dépassait totalement et ne serait pas sans conséquence pour lui ou plus précisément, sa mission...
Celle qu'il espérait toujours et DEVAIT coûte que coûte, mener à son échéance pour Asami...
L'échec ne serait pas toléré.
Il ne voyait plus qu'une seule solution : à lui de retourner cette situation à son avantage. Il devait faire en sorte de l'exploiter. Mais comment... ? Hmm... il n'avait pas anticipé que Kise n'allait pas se vautrer lamentablement, donc à lui de réparer ce manque de méfiance. Et justement, profitant de sa capacité à réfléchir vite quand il s'agissait de protéger sa propre vie, le jeune homme aux cheveux longs venait d'avoir une idée...
Non, pas n'importe laquelle THE idée ! Celle qui allait non seulement les sauver les miches, mais également lui permettre de marquer quelques points auprès de son « employeur »... et Dieu sait qu'il en avait cruellement besoin ! Peut-être que suite au coup de Poker qu'il s'apprêtait à faire, Asami consentirait à lui lâcher un peu de lest...
Il avait bien le droit de rêver, non ?
Mais en attendant, il devait aider celui d'Asami à se concrétiser !
Et tout bien réfléchi... l'occasion était vraiment trop belle pour la laisser passer. Certes, il ne l'avait pas vue venir, mais maintenant qu'elle s'était présentée d'elle-même et pour ainsi dire jetée dans ses bras dans l'attente d'être cueillie, Haizaki comptait bien en tirer profit pour ses petites affaires perso...
Discrètement, il parvint à se soustraire à la surveillance d'une Viviane bien trop submergée par la soudaine popularité rencontrée par son « don » pour remarquer son absence momentanée et il alla se mettre à l'écart. Hors de portée d'oreille. Avec aisance, il pianota sur son téléphona et appela donc... le principal intéressé. Parce que olaaa oui, ce qui était en train de se produire de manière totalement inopinée certes, n'allait certainement pas manquer de l'intéresser son très cher interlocuteur... Car indéniablement, il était d'une importance CAPITALE qu'Haizaki l'en informe sur le champ. Peu importe l'heure qu'il pouvait bien être au Japon actuellement. (Il y a seize heure de décalage horaire entre Tokyo et Los Angeles, si vous voulez tout savoir...)
« ... J'espère pour toi que tu m'appelles pour m'annoncer une bonne nouvelle, parce que si tu viens de me faire rater la conclusion d'un deal avec le Kencho-Gumi pour rien, je prends le prochain avion et je te bute moi-même de mes propres mains. »
« Ah tiens donc, ce numéro est bel et bien attribué finalement ? Pour une fois qu'il ne sonne pas en dérangement... » Il soupira et décida d'aller droit au but tout de suite, car énerver davantage Asami – dont le temps était PRECIEUX – n'était jamais une bonne idée. « Enfin rassure-toi... je n't'appelle pas pour le plaisir d'entendre ta si belle et douce voix. Et comme je ne tiens pas à abuser de ta bienveillante présence, je ferai vite et je serai bref : à combien tu estimerais le coût d'un dîner avec Kise Ryota ? Mais attention ! Je parle d'un dîner aux chandelles, en tête-à-tête et tout l'tralala... »
« ... Qu'est-ce que c'est que cette question stupide ? »
« Contente-toi d'y répondre avant de dire qu'elle est stupide ! »
« Elle l'est totalement, pourtant. Tu sais très bien que pour moi, une telle bénédiction n'a pas de prix. »
« J'me doutais qu'tu répondrais ça... »
« Alors pourquoi me l'avoir demandé, dans ce cas ? Tu tiens donc vraiment à mourir ? »
« Le deal avec le Kencho-Gumi, c'était quoi ? Vente d'armes ? Drogues ? Putes ? » Fit mine de s'intéresser Haizaki pour tenter de « désamorcer » l'atmosphère tendue.
Et avec ça, il venait de citer le tiercé gagnant du crime organisé !
« Pacte de non-agression. »
... Plantage total donc, il n'aurait pas pu tomber plus à côté de la plaque...
« Ah ouais pas mal, en effet ! » Siffla t-il, admiratif. « Et il apparaît donc... que je viens de te le faire louper, tu dis ? Hmm... et bah heureusement pour moi, et pour toi aussi accessoirement, que j'ai mieux à t'proposer alors... sinon, j'imagine que tu aurais été très, très en colère... »
« Et comment peux-tu être aussi sûr de toi ? Je vois difficilement ce qui pourrait être plus intéressant pour moi qu'un traité de paix avec notre pire clan ennemi... »
« Si ça peut t'mettre la puce à l'oreille, tu viens pourtant tout juste de l'avouer toi-même... Car selon tes propres dires, ce que j'ai à mettre sur la table actuellement n'a pas de prix... et je ne fais que te paraphraser, là encore... »
Silence.
Il entendit cependant clairement Asami déglutir et même changer son smartphone dernier cri de main.
« ... Est-ce bien ce que je crois ? »
« A moins que tu n'aies déjà la mémoire qui flanche à ton jeune âge, alors ouais, y a des chances. »
« ... Que ma mémoire flanche ? Autant que celle de ta mère, tu veux dire ? »
Sous la pique, la main du voleur se crispa sur son téléphone portable. Mais il devait néanmoins conserver son calme coûte que coûte. Le résultat de la transaction en dépendait et il s'agissait de sa priorité actuelle. Quant à Asami, il serait bien temps de lui faire ravaler ses sarcasmes plus tard...
« Laisse ma daronne où elle est et ouvre grand tes écoutilles plutôt : un dîner avec Kise, c'est possible et je pourrai pour ainsi dire te le servir sur un plateau d'argent... moyennant une modique somme d'argent, justement... Là, maintenant, tout de suite. T'as du bol, parce qu'il y a actuellement une occasion en or à saisir, le genre qui ne se représentera certainement pas dans cette vie, ni dans la suivante. Pas d'entourloupe, mais le truc, c'est qu'il s'agit d'une offre à durée limitée. T'inquiète tout est légal mon pote, j'suis absolument pas en train d'te mettre un plan, mais pour que ça se réalise, la contrepartie c'est qu'il faut vite te décider et allonger le bif'... Alors maintenant dis-moi précisément, t'es prêt à débourser combien au juste pour me permettre d'accomplir ce petit miracle en ton nom ? »
Wow, c'est qu'il était presque aussi beau parleur que Kise, mais dans un tout autre style...
Bordel... il était vraiment à vomir. Haizaki se dégoûterait presque lui-même d'être aussi bon négociateur dans d'autres circonstances. Si sa propre vie n'était pas menacée... Mais là, il n'avait ni le choix, ni le temps de s'attendrir du futur sort de Kise. De toute façon, Asami ne lui ferait pas de mal, il le lui avait promis. Plusieurs fois, même. Pas que sa parole vaille tripette mais... c'était la seule garantie qu'avait Shogo. Et puis, quel intérêt pourrait bien avoir le yakuza à le blesser de toute façon ? Kise était sa MUSE (pas le groupe de rock hein...), son sauveur ! Bien-sûr qu'Asami ne prendrait pas le risque de lui abimer la moindre mèche de cheveu.
Contrairement à lui... Ouais, c'était le SCALP qui attendait Haizaki, s'il revenait les mains vides ! Heureusement ce ne serait pas le cas cette fois, même s'il ignorait toujours quelle mouche avait bien pu piquer Kise, pour l'inciter à prendre sa place ce soir aux enchères. Mais ça ne le regardait pas après tout et Haizaki doutait même que ça le concerne que ce soit directement ou indirectement d'ailleurs... Kise avait sans doute agit ainsi pour se mettre en lumière, encore une fois... Il n'en loupait pas une, cet égoïste !
Et pourtant...
Ah si tu savais jusqu'où Kise, ta Némésis, est prêt à aller pour toi... tu en serais le premier surpris et pour le coup, on peut assurément affirmer qu'il t'a sauvé la mise.
Et les miches.
Mais peu importait les raisons de son rival puisqu'au final, la petite lubie de Kise arrangeait bien ses affaires et c'était tout ce qui comptait !
« Trois millions huit cent mille yens. » Asséna l'homme en noir.
... Soit la bagatelle de trente-sept mille dollars, environ.
Tout de même.
Haizaki grimaça. Il se foutait de sa gueule son interlocuteur là, non ?
« Avoue qu'tu viens d'me balancer au hasard le premier chiffre pharaonique qui te passait par la tête ! »
« Absolument pas. C'est une somme tout à fait réfléchie, figure-toi. »
« Ah ouais et d'après qui steuplé ? »
« Mon banquier personnel. A qui je pris la liberté d'envoyer un SMS pendant que nous étions occupés à bavasser pour savoir, d'après lui, au-delà de quelle somme plus personne ne serait disposé à renchérir. Le but étant de laisser les autres acquéreurs potentiels sur le carreau en les assommant à grands renforts de nombres exorbitants, mais pas démesurés afin de rester crédible. »
Ben voyons ! C'est vrai qu'un type prêt à débourser en un tournemain le montant d'une caisse de luxe pour s'offrir un dîner avec un autre gars, pépouze, c'était VACHEMENT crédible, en effet !
« ... Et ton banquier, perso en plus, te répond vraiment aussi vite un dimanche après-midi... ? Nan, te répond tout court même !? T'as autant d'fric que ça sur ton Livret A !? »
En vérité, Haizaki connaissait déjà la réponse... Sans même parler du fait qu'Asami devait posséder plusieurs comptes, tous remplis bien fournis... Mais il doutait que l'autre brun ait osé raconter dans les détails à quel usage était destiné ce futur gros chèque...
« Disons que j'ai le bras extrêmement long et que la banque concernée m'appartient, alors s'il ne tient pas à perdre son boulot minable, il sait qu'il a tout intérêt à répondre dans la seconde qui suit, quel que soit l'objet de ma requête... Mais cela n'a aucun rapport, car même sans un tel moyen de pression, j'aurai été tout aussi enclin à dépenser encore davantage pour m'offrir Kise Ryota. Même pour une seule minute passée en sa compagnie. A supposer que cela ne m'aurait pas immédiatement rendu suspect, bien entendu... Parce que comme je te l'ai déjà dit précédemment, lorsqu'il s'agit de lui, je ne me fixe aucune limite... »
Ah ouais donc heureusement que ce banquier en col blanc l'avait fait pour lui, quoi... Sinon, nul doute qu'Asami aurait gaspillé le PIB du Kazakhstan pour Kise ! Non, même pas en fait ! Juste pour un petit dîner de rien du tout et pour lequel il aurait été obligé de régler l'addition à la fin, en plus !
« J'vois ça. Et ça fait grave flipper, au passage... » Mais quelque chose, un détail, le turlupinait encore. « A c'propos... comment t'as su que je te proposais cette affaire dans le cadre d'une vente aux enchères ? »
Son sang se glaça en s'entendant prononcer la dernière phrase. L'ultime question qui n'en était plus une, parce qu'il comprit. Du moins, le voleur de techniques crut comprendre qu'Asami avait installé un mouchard sur son téléphone... ce qui n'aurait rien d'étonnant vu le pouvoir du type. Et puis aussi... ce serait l'explication la plus logique... Mais depuis quand ? Comment ? Merde, ne surtout pas céder à la panique, ni à la paranoïa. Cependant, Asami qui semblait décidément toujours disposer d'une longueur d'avance, parut deviner avec une facilité déconcertante ce qui tracassait tant son homme de main :
« Du calme, je ne t'espionne pas via ton téléphone. Ni via nul autre moyen, d'ailleurs. J'estime ne pas en avoir besoin mais... devrai-je me raviser sur la question, à ton avis ? Disons que jusqu'ici, je préférai te croire assez intelligent pour ne rien tenter de louche sans que je n'ai à te surveiller pour cela, aurai-je eu tort... ? Ah mais ne te méprends pas : il ne s'agit pas d'une marque de confiance de ma part, simplement d'un peu de bon sens. Je sais que tu feras toujours passer ta sécurité et ton petit confort avant toute autre chose. Or, je compte bien continuer à tirer parti de ta lâcheté. »
« Ma sécurité ? Mon petit confort ? » Il ricana, amer. Mais il ne nia pas pour le mot 'lâcheté'... « T'en as d'bonnes, toi ! J'ai plus rien d'tout ça, tu l'sais très bien, parce que le seul truc qu'il me reste encore éventuellement à perdre, c'est ma vie... ! A moins que ce ne soit ta façon à toi de la définir... Ksss... Confort... sécurité... des choses tellement basiques pourtant... Mais pour moi, elles sont devenues un luxe, le reflet de ce que je ne peux plus guère m'octroyer aujourd'hui... » Déplora Haizaki en entortillant une mèche de ses cheveux ébènes autour de son index.
« Si tu tiens tant que ça à les récupérer, commence par gagner ce dîner avec Kise pour moi et si je suis dans un bon jour, alors je t'en rendrai peut-être une partie... Mais quoi que tu fasses, je te conseille de ne pas me décevoir pas Haizaki... La vie est une chose qui peut être très fragile et comme c'est la dernière qu'il te reste... tu ferais mieux d'en prendre soin. »
Sans lui laisser l'opportunité de répliquer face à cette menace à peine voilée, Asami raccrocha, montrant ainsi une fois de plus que c'était lui qui décidait de tout, y compris du temps imparti à leurs « entrevues ».
Fuck !
Merde, qu'il aille au Diable ce con ! Ah ben non, pas possible puisque c'était LUI le Diable ! En personne, son incarnation sur Terre ! Putain, Haizaki détestait qu'on lui rappelle où était sa place, c'est-à-dire plus bas que celle d'un ver de vase aux dernières nouvelles... Il suffisait d'un mot de la part d'Asami et il se transformait en carpette. Enfin, tant que ce n'était pas une carpette criblée de BALLES, il pouvait sans doute s'estimer heureux. Mouais c'était justement ce qui le révoltait : ce sentiment d'impuissance. Qu'on l'avait dépouillé de sa propre vie. Parce que ne vous y méprenez pas : il ne vivait plus, il survivait... Ou parvenait avec plus ou moins de réussite à vivoter, selon les périodes. Dans le meilleur des cas...
Mais avec une bonne dose de chance, bientôt, très bientôt, la roue allait tourner et il pourrait à nouveau savourer ce qui lui aurait été restitué. Plus besoin de fuir, de se cacher ou de s'écraser... Car Asami avait le pouvoir de lui redonner ce qu'il lui avait pris.
Grâce à Kise...
Kise était la clé, sa porte de sortie !
SA LUMIERE ! Différente d'un Aomine ou d'un Kagami aux yeux de Kuroko, certes...
Ahhhh Kise... !
L'instrument de sa perte à l'époque, celui par qui tout avait commencé. La cause de son malheur. Mais qui aurait pu croire que presque quinze ans plus tard, ce serait la même personne qui signerait son retour en force ? Quelle ironie ! Seul Kise avait en effet la capacité de lui ramener ce qu'il avait perdu. Egaré. Haizaki s'était égaré. Ecarté du droit chemin. Mais ce ne serait que justice... Après tout, Kise avait sa part de responsabilité dans les ennuis du brun. Il était donc grand temps qu'il passe à la caisse pour payer son arriéré.
Et avec les intérêts...
Ce qui faisait penser au décoloré qu'il acceptait également les paiements en nature, donc si Kise préférait user de son corps pour payer sa dette, aucun problème !
Oh et puis merde, quoi ! En un sens, Haizaki lui rendait aussi service à ce maudit blondin tout compte fait ! Et pour cause, ce n'était pas dans la gueule du loup qu'il le poussait, ne vous y méprenez pas, mais dans les bras du prince charmant ! Asami se révélait au moins aussi égocentrique que Kise, ils allaient très bien s'entendre et former un couple du tonnerre ensemble ! C'était écrit que ça se passerait ainsi entre eux et Haizaki n'avait rien à voir là-dedans. Leur destin ou une connerie du genre. Bon sang, il n'avait même déjà rien à voir avec leur rencontre à la base, alors...
Tout cela avait eu lieu sans son concours, le tatoué n'était donc logiquement pas à blâmer pour ce qui allait suivre tout aussi logiquement. Lui, n'était que la victime dans cette histoire pleine de bassesse(s). C'est vrai quoi, à la base, le japonais n'avait rien demandé ! Tout ce qu'il souhaitait lui, c'était pouvoir disposer et jouir librement de sa vie, comme il l'entendait ! Soit loin d'Asami et de toute sa clique de gangsters violents ! (Comme s'il était possible de dissocier les deux... le jour où les criminels seront des pacifistes militants, les poules auront des glands ! Heu gants ! D-dents !)
Bon ! Sa petite négo avec Asami (il refusait d'appeler cela discussion, compte tenu de sa... teneur.) étant terminée, il ferait mieux de retourner auprès de Kise. D'autant que Viviane risquait de s'impatienter suite à sa soudaine disparition... Enfin, si elle avait eu le temps de s'en rendre compte. Et cela tombait bien, parce que pour faire grimper les enchères (et les enjeux...) Kise avait justement entrepris de pousser la chansonnette. Et quand on savait que le blond chantait plus faux qu'une casserole cabossée, il y avait de quoi faire dans son froc... Alors ok, la majorité des convives portaient sûrement une couche, mais ce n'était hélas pas le cas d'Haizaki crénom de nom !
Le garçon aux cheveux noir de jais se précipita donc à sa table, regagnant sa place auprès de sa maîtresse. (Dans tous les sens du terme ici...) Ça allait on n'avait pas encore dépassé les sommes à trois chiffres, bien que de l'avis d'Haizaki, c'était déjà trop. Kise ne valait pas ça. Nul à chier comme il l'était au pieux, quelle mauvaise affaire à ce prix ! Enfin... ce serait oublier un peu vite qu'il n'était point question de coucherie(s) ici, mais d'un simple dîner. Mais même pour son art de la conversation complètement claqué au sous-sol, Kise ne méritait pas qu'un débourse le moindre centime de dollar ou de n'importe quelle autre monnaie pour ses beaux yeux...
Et le petit jeu avait déjà trop duré.
Kise avait eu son moment de gloire, ayé. Finito.
Haizaki décida que cela suffisait.
Aussi, claqua t-il des doigts, FORT. Avant de siffler encore plus FORT pour attirer l'attention du commissaire-priseur désigné pour la soirée. Et de tous les acheteurs compulsifs aussi, tant qu'à faire. Normalement, il y avait un système de cartons qu'on lève au moment d'enchérir, mais il s'en tamponnait royalement le coquillard ! Viviane se tourna vers lui, interloquée. Joan aussi. Un peu tout le monde, en fait. Surtout lorsqu'il annonça la couleur. Le prix qu'il consentait à mettre sur la table pour Kise.
Un joli et honorable pactole, même pour des gens aussi aisés qu'eux ! L'effet escompté se produisit et les ardeurs des nombreux « prétendants » de Kise furent aussitôt douchées.
Rincées.
Refroidies.
En vrai, Haizaki ne se serait jamais attendu à un tel succès. Je sais que l'ai déjà dit, mais... lui, il pensait naïvement que seuls deux ou trois nigauds allaient proposer un modeste bifton et encore, par pure politesse. Histoire de ne pas vexer la donatrice... Mais non, au lieu de cette issue pourtant crédible, le moment des enchères avait viré au quasi pugilat ! Haizaki jurerait même avoir vu quelques coups de canne être échangés au moment de regagner son siège ! Ah ces sales vieillards libidineux qui pensaient à tort (ou à raison...) que leur tout aussi sale pognon pouvait tout acheter et semblaient avoir tous décrété en même temps que Kise était le dernier objet tendance à la mode qu'il serait de bon goût de suspendre au-dessus de sa cheminée, en guise de déco !
Alors ouais, sur le coup, Haizaki s'était peut-être laissé prendre au dépourvu. Mais le retour de bâton fit très mal. Parce qu'aucune personne saine d'esprit et même à supposer qu'elle soit riche comme Crésus, ne pouvait décemment souhaiter investir les économies de toute une vie dans un seul et unique tout petit dîner avec Kise. Peu importe ô combien le mannequin (international...) était connu ou reconnu. Et charmant. Et ouais, prenez ça dans vos dentiers les rageux !
GAME OVER !
Haizaki venait de les sécher sur place.
Bien-sûr, il aurait pu faire semblant de jouer avec eux avant en annonçant des sommes proches des leurs et en surenchérissant à chaque fois légèrement davantage. Mais nan, il n'avait pas l'temps lui, comparé à eux justement qui préféraient utiliser le peu de temps qu'il leur restait avant d'aller bouffer les pissenlits par la racine, à faire semblant claquer leur tune pour des futilités, afin de tromper leur ennui et d'essayer par tous les moyens de se sentir vivants à nouveau.
Aaah le grand frisson de débourser une somme que la morale réprouve pour acquérir quelque chose de parfaitement inutile et donc trivial ! Jamais Haizaki ne les comprendrait ces gens-là... et jamais il ne les respecterait non plus. S'ils avaient tant de flouz que ça... autant aller le filer directement à des clochards dans la rue, de la main à la main, au lieu de se donner l'illusion d'accomplir une bonne action... sans savoir où allaient véritablement, ni à quoi étaient utilisés leurs dons... Quelle putain de connerie... mascarade stupide et grotesque qui ne trompait vraiment qu'eux.
« Trente-sept mille dollars pour le jeune homme de la table huit, une fois. Trente-sept mille dollars deux fois, qui dit mieux... ? Personne ? Et bien trois fois alors, adjugé vendu ! »
Putain... aucun de ces vieux séniles n'avait encore assez perdu la boule pour surenchérir une dernière fois.
Tant mieux.
La proposition d'Haizaki avait fait office de coup de marteau et les autres participants assistèrent, sonnés, à sa victoire accablante. Personne ne pipa mot lorsque Kise retourna à sa place. Or, comme le don de Miss Robinson avait été présenté en qualité de clou de la soirée, on pouvait donc fort logiquement en déduire que les enchères venaient de se clôturer sur ce coup de maître. Un très joli coup de filet, à dire vrai, donc Haizaki n'était pas peu fier. Il avait fait d'une pierre deux coups pour rester dans le thème, en récupérant Kise et en s'assurant ainsi que personne ne serait tenté de le bafouer lors d'un futur dîner, ce qui aurait assurément valu à l'ex-racaille quelques remontrances de la part de son patron... et encore, je reste volontairement floue et polie sur le sort peu enviable qu'Asami lui aurait sans doute fait subir, en guise de punition pour son inaction.
Et puis d'un autre côté, ça allait grandement faciliter la suite du plan. Cette pseudo vente de charité constituait l'occasion parfaite pour que Kise et Asami se revoient officiellement sans que cela ne vienne alimenter les soupçons du top model. Restait juste à espérer qu'Asami ne vende pas la mèche et sache donner le change en faisant mine de le rencontrer pour la toute première fois... En tout cas, Kise semblait avoir décuvé un peu. Il tanguait moins que tout à l'heure, lorsqu'il était monté sur l'estrade. Voilà qui était rassurant, au moins.
Ce qui l'était nettement moins en revanche, fut le regard noir qu'il lança à Haizaki. Quoi, il allait lui en vouloir d'être intervenu en sa faveur maintenant ? Kise tenait-il donc tant que cela à aller dîner en compagnie de Papy Viagra ou de Mémé « Il-ne-faut-surtout-pas-que-j'oublie-d'enlever-mon-dentier-avant-de-me-mettre-à-te-grignoter-le-manche » ? Pas un merci en tout cas, ni quoi, ni merde ! Connard d'ingrat !
« Heureusement qu'le ridicule ne tue pas ! Quel besoin tu avais d'aller t'donner en spectacle à tous ces riches de mes deux !? La prochaine fois, jette-toi en pâture à des requins directement, ça t'fera moins mal à l'ego et surtout, ça ira plus vite ! Et puis ça tombe bien, on en trouve par paquets de douze tout le long des côtes, c'est pas c'qui manque ! » L'accueillit sympathiquement Haizaki.
Mais Kise ne s'en laissa pas conter et la tentative de diversion par la provocation ne fonctionna pas sur lui. Car autre chose l'intéressait bien davantage... Une information cruciale... manquante.
« D'où tu l'sors ce fric ? » L'ignora donc l'ancien as de Kaijo. « T'as été obligé d'casser ta tirelire ou quoi ? »
Ça, ou alors il venait de braquer une l'héritière de Picsou, discrétos !
« Nan, moi j'ai rien cassé du tout. T'sais très bien qu'j'ai pas un rond... et certainement pas pour toi. J'ai juste sollicité la bonne personne. Et ouais, moi aussi j'connais des gens. Haut placés. Et par conséquent, tu m'es donc maintenant redevable... »
« Pas envers toi directement mais plutôt ton généreux donateur, si je comprends bien... » Corrigea le Miracle.
Kise lança alors une œillade interrogatrice en direction de Vivounette, œillade qu'Haizaki s'empressa de réfuter dans la foulée en secouant la tête.
« Bien tenté, mais t'y es pas du tout. Il s'agit de quelqu'un d'autre. Quelqu'un qu'tu n'connais pas, alors t'fatigue pas à essayer d'trouver qui c'est Ryota... »
Une façon comme une autre de dire en substance : « Si tu crois pouvoir jouer au plus malin avec moi, tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'au trou de balle ! » Quoique connaissant Kise, ça lui plairait peut-être une telle pratique ! Mais contre toute attente, l'Eurasien n'insista pas. Sans doute avait-il compris que cela ne servait à rien, restant tributaire du bon vouloir d'Haizaki...
Ça, ou bien alors...
« C'est marrant... parce que j'étais sur le point de faire la même chose, tu sais... Je n'aurai pas hésité moi non plus si tu t'étais retrouvé à ma place... »
« Ah ouais ? » La réponse du Kitsune intrigua Haizaki, qui croisa les bras sur son torse, en signe d'amusement. « Et à qui t'aurais emprunté tout cet argent, j'peux savoir ? »
« T'as pas b'soin d'moi pour l'deviner... Réfléchis, c'est facile... » Sourit Kise. « Même pour quelqu'un qui possède l'intellect d'un babouin tel que toi... »
Il se pencha même vers lui avec un air de défi.
« Akashi. » Comprit Haizaki quasi instantanément.
A cette réponse, Kise recula dans son fauteuil pour s'y enfoncer de nouveau.
« Bien vu. Tu vois quand tu veux, t'es pas plus con qu'un autre... »
« Merde alors, dire que le babouin... pardon, moi en l'occurrence, a loupé ça par ta faute... J'aurai adoré savoir que le Pigmé schizo avait été obligé de mettre la main au portefeuille, en déboursant l'argent de Père pour me sauver le cul ! Peut-être même aurait-il été obligé de faire un crédit pour ça, tiens ! Encore mieux, même ! »
Kise préféra ne pas relever. Il goûtait toujours aussi peu le fait qu'Haizaki puisse se montrer aussi ouvertement méprisant auprès d'un de leurs anciens coéquipiers. N'importe lequel, sans distinction.
« Et c'est qui le type avec lequel t'as décidé d'me rencarder au final ? »
Parce que Kise s'avérait peut-être encore légèèèèèèèrement aviné, mais pas stupide pour autant. Il se doutait bien que ce ne serait pas Haizaki qui lui ferait l'honneur d'être son cavalier au dîner qu'il avait pourtant remporté aux enchères.
« J'te l'ai déjà dit : tu l'connais pas. A quoi ça sert que j'te réponde maint'nant ? Mais t'en fais pas Sunshine, tu l'sauras le moment v'nu... Et puis, on aura l'occasion d'en reparler en temps voulu. »
Ah ouais. Plus énigmatique, tu meuuuuurs ! Ça avait le don de grave inspirer la confiance tout ça, dis donc...
« Quel terme bidon pour m'inciter à patienter tu vas encore bien pouvoir m'sortir, je me demande ? Hmm... c'est que tu les as presque déjà tous faits là et... ah oui, je sais ! Que 'tout vient à point à qui sait attendre', c'est ça ? Alors, j'ai bon ? » Il marqua une légère pause, se mordillant furtivement l'ongle du pouce. Nerveux... ? « En tout cas, j'espère pour toi qu'c'est pas un tordu... »
« Sinon quoi ? Qu'est-ce que tu vas faire, chaton ? Bordel, réfléchis un peu : pour oser allonger presque quatre millions de yens à l'aveuglette, juste dans le but de te regarder t'empiffrer et t'écouter mastiquer, c'est qu'ç'en est forcément un quelque part... Mais chacun ses kinks, j'respecte ! » Ajouta t-il en levant les haut mains pour signifier qu'il ne mangeait pas de ce pain-là, lui.
Touché !
Kise comprit qu'il ne parviendrait à soutirer aucune information de plus à son compagnon, alors pas la peine d'insister. Grmbl... ce qu'Haizaki pouvait être buté lorsqu'il s'y mettait ! Et qu'est-ce que ça pouvait être rageant ! Remarque, lui n'était pas mieux dans son genre... Il y aurait clairement eu autant à (re)dire à son sujet et il est vrai que sur ce point, ils se ressemblaient bien tous les deux ! Ah ça... Ils faisaient la paire même, aussi têtus et manipulateurs l'un que l'autre, difficile (pour ne pas dire carrément impossible...) dès lors de les départager ! La preuve : ils étaient même allés jusqu'à avoir la même idée, excusez du peu... D'où l'importance d'avoir toujours un copain au(x) compte(s) bancaire(s) bien garni(s) parmi ses contacts, ça peut parfois servir, même dans les cas les plus improbables... Non, surtout dans ceux-là, en fait...
« Bien sinon, de te laisser traiter comme une marchandise par ta patronne au fait... ? » Le relança Kise. « T'as plutôt l'air de kiffer... »
Hin hin... mauvaise idée... le terrain s'avérait glissant... et pentu.
Mais c'était plus fort que lui, Kise ne pouvait pas le laisser s'en tirer à si bon compte quand bien même Haizaki venait de dégainer son mystérieux Joker pour lui sauver la mise...
« C'était juste un petit passe-temps innocent. » ... Laisse-moi deviner Zaki : à peu près aussi innocent que de se faire malaxer les bourses sous la table par le Shérif de Nottingham et non par Robin des Bois ? « Un pied de nez, si tu préfères. En tout cas, rien d'aussi méchant que tu n'essaies de le faire paraître... »
« Mais ça ne t'a pourtant pas empêché de tomber dans le panneau, Ryota... » Pensèrent de concert les deux canidés. Ben oui, il arrivait à Kise de parler de lui à la troisième personne, tout à fait ! Une petite lubie qu'il avait apprise d'Akashi, comme c'est étonnant ! La crise de bipolarité en moins, cela dit...
« Drôle de jeu, dont j'ai décidément bien du mal à comprendre les règles... Ils s'ennuient donc tant que ça, les privilégiés ? Elle n'a pas mieux à faire que dilapider la fortune de son mari... ? Et tu remarqueras que j'ai sciemment évité d'ajouter 'DEFUNT'... »
« Ah ! » Jubila Haizaki, dont le regard s'illumina. « Alors comme ça, t'as fini par apprendre qu'elle n'était pas veuve ? »
« C'est pas comme si quelqu'un avait tout mis en œuvre pour me le faire croire... » Marmonna Kise entre ses dents.
« Nan nan nan mon p'tit coco, le seul responsable de ta propre connerie, c'est toi. Alors assume de t'être monté un film tout seul ! Moi, j'ai jamais rien dit, ni même insinué en ce sens... »
« Ben voyons. Puisque tu as la mémoire qui flanche, je te rappelle que tu n'as pas nié non plus quand tu m'as entendu le dire devant toi ! La qualifier de veuve ! J'en conclus donc que tu m'as volontairement induit en erreur ! » Protesta énergiquement le jaune.
Mais restait à savoir pourquoi... Dans quel intérêt le lancer sur une fausse piste ?
« J'y peux rien moi, si t'as sauté sur des conclusions idiotes, tout seul, comme un grand... »
Ça lui ressemblait bien ça, de rejeter la faute sur Kise... Ah décidément, il n'en loupait pas une. Pas une occasion de se faire haïr... mais Kise ne devait sous aucun prétexte lui faire le PLAISIR de rentrer dans son jeu malsain...
Plus facile à dire qu'à faire, cependant.
Largement plus...
« Espèce de... »
Le plus beau des Miracles s'apprêtait probablement à compléter son début de phrase par une quelconque remarque cinglante voire même insultante, mais il fut interrompu par Viviane qui fit le choix de s'éclaircir la voix juste à ce moment-là. Sans doute pour subtilement les rappeler à l'ordre lui et Haizaki et leur intimer de cesser immédiatement leur querelle digne du jardin d'enfants. C'est qu'elle avait une image, un statut à maintenir la matrone ! Ici, c'était son fief, elle y régnait sans partage et ne pouvait donc se permettre que ses deux turbulents accompagnateurs en mâl(e ) de virilité ne foutent le zbeul en sa présence.
Elle avait l'impression de voir deux chiens sauvages se disputer le même os à ronger.
« Le bal de clôture va bientôt débuter. Shuzo, tu te souviens qu'il était convenu que tu m'accordes la danse d'ouverture, n'est-ce pas ? Et ton ami aussi. C'était l'unique raison de sa présence en ces lieux d'ailleurs... » Déclara t-elle en insistant sur un mot en particulier. Mais lequellllllll donc, je vous le demande biiiiiiien... ?
En tout cas, force était de constater que le sale cabot se rasséréna instantanément. L'effet fut immédiat. Quelle poigne alors cette chère Vivi ! Ah ça, on pouvait dire sans se tromper qu'elle l'avait bien dressé l'ex-bastonneur des rues ! Il connaissait sa place...
« Est-ce que tu sais faire le beau quand on te file un su-sucre ? » Se moqua Kise, bras croisés à présent pour souligner son air hautain.
« Ouais et je sais vachement bien remuer d'la queue aussi, tu veux que j'te montre ? » Rebondit Haizaki, provocateur.
« Non merci, sans façon. Je vais être obligé de me remettre à picoler pour oublier cette horreur sinon... et je ne tiens pas à causer une nouvelle pénurie d'alcool digne de l'époque de la Prohibition... »
« Dommage... Parce que j'me s'rai fait un DEVOIR de satisfaire ta curiosité... ou n'importe quoi d'autre venant de toi, d'ailleurs... »
« Mais je n'en doute pas. Un tel esprit d'abnégation, c'est admirable... Enfin, ça le serait sûrement en temps normal, à supposer que j'en ai quelque chose à foutre... Sauf que je viens tout juste de me rappeler que ce n'était absolument pas l'cas. »
Nouveau ricanement de la part d'Haizaki, qui ne sembla pas prendre l'attaque – clairement frontale - si mal que ça.
« Et ben, une chose est sûre en tout cas : t'as l'alcool mauvais mon gars... Tu devrais tirer un coup, t'empestes la frustration là et ça commence à s'sentir... »
Et sur ces bonnes paroles pleines de sagesse, Haizaki entreprit de se lever. Effectivement, le devant de la salle venait d'être aménagé en piste de danse. Mais franchement, lequel des deux canidés avait envie de danser après ça ? Hélas, il fallait bien le faire, ils n'avaient pas le choix. Et plus vite ils auraient accordé une petite valse à leurs cavalières, plus vite ils pourraient se tirer d'ici. Kise soupira. Il savait pourtant qu'il s'était montré trop dur envers Haizaki, mais... il lui en voulait toujours et il n'arrivait pas à faire autrement pour le moment, à faire abstraction... Notez tout de même que cela ne l'avait pas empêché de lui porter assistance précédemment. Sauf que le regarder lécher les bottes de Miss Robinson emmerdait toujours autant le mannequin, pour parler crument.
Quel sortilège cette saleté de bonne femme avait-elle bien pu lui jeter pour en faire sa chose à ce point, celui de non-retour ? Ça ne pouvait pas JUSTE être qu'une question d'argent, si ? Et si, dans le fond... Haizaki aimait vraiment cela aussi ? Après tout, ce serait raccord avec son masochisme prépondérant... De se laisser dicter ainsi sa loi par une maîtresse-femme... Le blond ferma les yeux l'espace d'un instant pour se donner du courage, mais surtout pour rassembler ses pensées. Hmm... dans des souvenirs aussi flous que lointains... il ne se rappelait avoir vu la mère d'Haizaki qu'une seule fois et c'était quand... oui, c'est bien cela, au moment où elle était venue récupérer son intenable rejeton au commissariat avec cet enfoiré de Maeda...
Kise se remémora une femme un peu frêle, à la silhouette malingre. Brune, fine, la peau si pâle qu'elle semblait transparente par endroits, exposant des veines bleutées. Elle avait l'air gentille... Douce, sans doute aimante. Mais dépassée. Surmenée. D'ailleurs, Kise avait entendu dire que peu de temps avant le départ de Nijimura, elle aurait été victime d'un malaise qui l'avait conduite à l'hôpital. Des bruits de couloirs, certes, mais révélateurs d'une santé fragile. C'est que la pauvre femme élevait seule ses deux fils et avait du mal à joindre les deux bouts. Sans compter ses origines Aïnous qui ne l'aidait sans doute pas à s'intégrer à la société... Pour elle, c'était la double peine : célibataire avec des enfants à charge et issue d'une minorité ethnique.
Soit l'équivalent du gros lot au Japon... Le pire qui pouvait arriver, ou pas loin.
Haizaki avait clairement manqué de repères dans sa jeunesse, ce n'était plus un fait à prouver.
Alors peut-être... que ce qu'il cherchait finalement auprès de Miss Robinson, c'était une figure maternelle, une mère de... substitution ?
Argh non, mais quelle horreur ! QUI peut s'adonner aux joies du sexe avec sa propre génitrice, à moins de s'appeler Œdipe ? Mais... il y avait probablement un peu de cela tout de même... Minus la part d'inceste, évidemment ! Si Haizaki aimait tant se soumettre à cette femme de poigne et sans rechigner, c'était justement parce que sa mère n'en avait pas su lui serrer la vis. Trop laxiste, démissionnaire. Vivant dans une misère financière telle, qu'elle avait involontairement poussé son fils au vol. Même si Haizaki ne manquerait pas de prétendre le contraire par fierté, bien entendu...
Nom d'une pipe, même cette manie crado (... non mais avait-il seulement idée du nombre de microbes et autres germes qu'il mettait dans sa bouche en faisant ça... ? Beuuaaah !) que possédait Haizaki de constamment se lécher le pouce pour signaler qu'il était sur un mauvais coup, semblait tout droit héritée des carences affectives de son enfance et parfaitement illustrer ses difficiles rapports maternels par la même occasion... ! Mais ouiiii Eureka, d'après Kise-Freud, tout s'expliquait !
Ce furent donc le chien-loup et sa maîtresse qui ouvrirent le bal, ainsi qu'il en avait été convenu et on pouvait voir à quel point Viviane prenait plaisir à exhiber son acquisition, ce si beau jeune homme providentiellement ramassé sur un trottoir. Si obéissant, si bien apprêté, pomponné, comme sortant de chez le toiletteur. Il passerait presque pour un chien de race et non le corniaud qu'il était ! C'est sûr que le costard allait bien à l'ex-délinquant.
Il faudrait être aveugle pour prétendre le contraire et d'ailleurs, si les yeux de Kise avaient pu se mettre bander, croyez-moi sur parole, ils l'auraient fait à ce moment précis pour marquer leur juste appréciation. Par contre, ce qui avait déjà nettement plus de chances d'arriver, c'est qu'à force de le déshabiller du regard comme Kise le faisait avec l'insistance qui était la sienne à l'heure actuelle, Haizaki allait finir par se choper une bonne pneumonie...
Les premières notes de musique du célèbre « Por una cabeza » - que Kise reconnut immédiatement -s'enclenchèrent tandis qu'Haizaki et Vivi avaient pris leurs quartiers au centre de la scène. Hmm. Ce serait un tango, donc. Bon choix. Danse de salon par excellence, mais que personnellement Kise en fin connaisseur trouvait un tantinet froide, lui préférant largement l'énergie de la salsa ou la sensualité d'un paso doble.
Et aussi... il y avait quelque chose de triste, de presque lancinant dans cette mélodie en particulier...
Emotion que sut très bien retranscrire Haizaki de par son expressivité naturelle. Et on ne pouvait nier que l'instable capillaire dansait merveilleusement bien, pour ne rien gâcher. Kise eut donc le plaisir de découvrir qu'il n'y avait pas qu'à DDR que son rival assurait grave, mais pour toutes les danses en général. Enfin venant de lui, il fallait s'y attendre... Copier, imiter, c'était réellement son truc et il était tout aussi talentueux pour cela que Kise. Voire peut-être même davantage, car il avait aussi cette façon de S'APPROPRIER les techniques apprises, de les transformer pour les adapter à sa propre méthode. Comme un pouvoir supplémentaire, plus développé que le sien. Kise observa ce ballet des corps de son œil critique et alerte. Enfin, pour être franc, il aurait été incapable de détacher son regard du couple de danseurs, quand bien même il l'aurait voulu... Foutu cache-œil au passage, vivement qu'il puisse le virer pour de bon... Quoique... son port l'arrangeait en cet instant, puisque son angle mort dissimulait Miss Robinson, ne laissant qu'Haizaki dans son champ de vision.
Merde...
Qu'est-ce que le brun était beau...
Kise se mordit la lèvre inférieure, rêveur.
Tout en souplesse et en sensualité...
Il se dégageait de lui quelque chose de très viril, contrastant avec des traits étonnamment fins et presque doux... quand Haizaki le voulait.
Quoi, Kise l'avait déjà dit/pensé... ?
Bah re-merde alors !
Nul doute que s'il l'avait eu lui en tant que partenaire dans « Danse avec les Stars », le jaune aurait gagné la finale... Pas que le danseur professionnel avait lequel il avait été couplé ne savait pas se trémousser, c'était son métier après tout mais... Ensemble, ils manquaient cruellement d'alchimie et à titre plus personnel, son ancien partenaire ne possédait pas non plus ce petit supplément d'âme si caractéristique qui faisait tout le charme et même le charisme d'Haizaki. Ce côté masculin... puissant, assuré, un peu arrogant même... et disons-le tout net : dominateur. Sur la piste, du moins. L'expression « mener la danse » n'avait jamais semblé aussi appropriée...
... Dominance qui avait d'ailleurs semblé se heurter à Miss Robinson en début de danse, pour finalement venir la surpasser, la dépasser, l'ensevelir complètement sous sa présence écrasante. Haizaki était le meneur le temps d'une danse, il le savait et comptait donc bien en profiter. Car le loup ne dominait peut-être pas sous les draps, mais sur scène c'était lui qui guidait, lui qui imposait son rythme et Miss Robinson n'avait d'autre choix que de calquer ses pas sur les siens et le suivre sans broncher, parce que sur la piste c'était lui qui dictait la loi, totalitaire et sans concession.
Raaaah merde, foutu Haizakiiiiiii !
Kise ne pouvait s'empêcher de battre en rythme la mesure en tapotant sur sa joue.
Cette crétine de racaille lui avait donné une furieuse envie de danser maintenant ! Bravo, c'était malin !
Ça le démangeait de grimper sur scène et d'éjecter Miss Roro pour un tête-à-tête sexy frotti-frotta avec Haizaki. Même si, au passage, Kise n'aurait pas non plus été contre une petite danse à l'horizontal avec son rival... mais... il serait toujours temps de voir plus tard pour ça. Car en attendant, Kise gigotait d'impatience sur son séant. Heureusement pour lui, la danse d'ouverture prit fin assez rapidement, signe qu'il allait ENFIN pouvoir aller se dégourdir et se la donner graaaave (avec quelques grammes d'alcool dans le sang, ça promettait...) sur la piste dans quelques secondes et... tiens, qu'est-ce c'était que cette main osseuse qu'il sentait pressée sur sa cuisse tout à coup... ?
Joan ?
Kise lui jeta un regard interloqué, quittant de l'œil le couple de danseurs.
Quoi, elle voulait danser elle aussi ? Bien possible. Ah mais oui... ça lui revenait à présent... Miss Robinson avait mentionné de manière extrêmement diligente que c'était là l'unique raison de la présence de Kise... Tenir compagnie et donc, emmener un peu valser Miss Sters. Mais en attendant, sa mimine... elle l'avait posé un peu haut là, non ? Hahaha elle ne voulait quand même pas s'adonner à un examen testiculaire comme sa bonne copine Miss Robinson... ?
Pfff... bien-sûr que non ! Impensable, pas une femme aussi... vieille ! (Heu on dit « d'un âge respectable » Kise, c'est plus correct !) C'est que... d'habitude, lorsqu'on a atteint un âge canonique aussi avancé, on ne ressent plus le moindre désir pour personne et encore moins l'envie de se faire casser la mouillasse en huit, allons bon ! Pour Kise cela semblait en tout cas aussi inconcevable qu'irréaliste.
Mais disons que... durant le dîner, contrairement à la fin de l'après-midi, lui et Joan n'avaient pratiquement pas échangé, une fois installés à table. Il fallait dire que la barrière de la langue s'était rapidement faite sentir, enfin, surtout celle de leurs intérêts communs, plus que limités soyons honnêtes... Et puis, Kise était tellement focalisé sur Haizaki et Miss Robinson que non seulement ça lui avait coupé l'appétit, mais également toute envie potentielle de bavarder et surtout la capacité à tenir/alimenter à peu près correctement une conversation...
Mais bon... s'il pouvait au moins se rattraper un peu auprès de sa cavalière de l'avoir ignorée pendant le repas, en l'accompagnant danser le temps d'une chanson, Kise consentait à faire usage de la plus élémentaire des politesses... Il était temps de remplir son rôle de chevalier galant. Car après tout, la pauvre, elle n'avait rien demandé, elle. Ni rien fait de mal. (Avant de se mettre à lui tripoter l'entrejambe hein...) Sans compter qu'elle devait se faire chier comme un rat mort, plantée sur sa chaise et à attendre que (jeunesse) ça se passe...
Parce que Jojo la Frite, contrairement à sa bestie, n'avait aucun bellâtre à exhiber à la vue de tout ce beau monde, la crème de la crème. Enfin, elle l'avait lui évidemment, mais elle ne semblait pas venue pour cela. Non, ça avait l'air d'être une petite mamie tranquille et bien sous tous rapports, qu'on sortait occasionnellement de son bocal de Formol une à deux fois par an, lors de galas de ce type par exemple. Histoire de montrer aux yeux du monde qu'elle était toujours en vie. (Mon Dieu, mais tu es HORRIBLE et limite irrespectueux de penser des trucs pareils avec un tel naturel Kise XD !)
Enfin bref, choisissant volontairement de ne pas se formaliser du léger écart de conduite de la dame, il tendit gentiment la main en direction de Joannie la Terreur des sofas et il l'aida à se remettre sur pied.
LET'S DANCE !
Que le spectacle commence !
Z'est partiiiiiiiiiiii !
Et si, porté par le démon de la danse, il venait ACCIDENTELLEMENT se frotter à Haizaki, ce serait juste... et bien... un regrettable... accident... heu... a-accidentel, oui, voilà, exactement ! Aucunement prémédité ! Et ça ne prouverait rien du tout quant à une hypothétique attirance physique, bien entendu. La piste fut bientôt prise d'assaut par différents couples qui se mouvaient comme ils le pouvaient encore... A côté d'eux, lui et Haizaki faisaient figures de piles électriques montées sur ressors... Ah, c'est moche de vieillir... Mais bon, toute cette populace avait dû bien grassement profiter des plaisirs de la vie avant que les choses ne se gâtent, du moins, Kise l'espérait sincèrement pour eux. Alors juste une petite danse, juste un petit tour de piste et puis s'en va... Qu'est-ce que ça représentait à l'échelle d'une vie ? Tournicoti, tournicotons, Messieurs Dames !
Il se fraya sans attendre un passage vers le centre de la piste, jusqu'à se retrouver dos à dos avec Haizaki... Evidemment, par pur... hasard encore une fois ! Qu'allez-vous chercher, bande de langues de vipères !? Et encore une fois, ce ne fut que par la force des choses, que le doré se retrouva également à lui servir son MEILLEUR déhanché ! Alalala... qu'est-ce qu'il ratait n'empêche, cet idiot de dégénéré du bulbe ! Car en effet, il avait beau clamer à qui voulait l'entendre que Kise était une mauvaise affaire au lit (ce qui était totalement FAUX, aucune personne dansant aussi bien que lui et de surcroît, capable de se mouvoir avec une grâce telle que la sienne, ne pouvait décemment être une quille niveau sexe ! Des études très sérieuses sur le sujet le prouvaient ! Enfin, sans doute...), le principal accusé sentait bien qu'Haizaki ne serait pas contre lui mettre un petit coup, quand même... Il n'y avait qu'à voir comment son bassin suivait lascivement les mouvements du sien, ne se contentant pas juste de les copier, mais semblant vouloir les épouser, se fondre en eux...
En lui.
... Kise la Girouette, ACTE 2 !
Mais à sa décharge, Haizaki constituait un si magnifique morceau... ! Un morceau de choix, la meilleure partie et une tentation de tous les instants. Malgré la colère (légitime). Malgré l'agacement. Malgré le ressentiment, même. Rien n'y faisait. En dépit de tous ces freins, Kise avait autant envie de lui mettre une main au cul que dans la gueule, sans parvenir à se décider pour l'un ou l'autre de ces gestes antagonistes. Avouez qu'un tel positionnement n'était pas banal... arriver à éprouver deux sentiments totalement opposés, en même temps et sans que cela ne constitue une gêne ou un obstacle, il fallait le faire !
Décidément, quelle authentique contradiction ambulante que ce vil blondin ! Oui, parce que Kise l'était bel et bien, VIL ! Machiavélique même, au besoin ! Ne reculant devant rien (ni personne) pour obtenir ce qu'il désirait. Et ce que souhaitait ardemment le renard en cet instant était de s'éclipser avec Haizaki à cette fameuse fête latino que le brun avait commis l'erreur de lui promettre en guise de récompense ! Autant dire qu'il avait tout intérêt à tenir sa parole le loupiot, sinon GROS PROBLEMES à l'horizon(tal) !
Mais une mésaventure plus urgente requit son attention, car brusquement, Kise eut la désagréable sensation de sentir quelque chose... type énorme mygale... se promener sur son royal séant... Il tourna doucement la tête (espérant que cela passe inaperçu) pour voir ce qui se tramait dans son dos et au niveau ses précieuses fesses, surtout.
Hahaha...
...
On dirait bien que la main de Joan avait encore dévié ACCIDENTELLEMENT de sa trajectoire, ayant profité de ce que Kise se décolle quelques instants d'Haizaki, pour venir se glisser entre eux. Et se loger, là, sur son vénérable fessier aussi musclé que rebondi. Totalement par inadvertance, Kise en était convaincu et voulant octroyer le bénéfice du doute à sa cavalière, il lui laissa le temps de réaliser son erreur et de se ressaisir.
Sauf que cela n'arriva pas...
Le membre incriminé reposa là.
Comme si c'était sa place toute désignée.
Ah mais... la vilaine paluche ne resta pas passive, puisque bientôt, elle se mit à palper généreusement les muscles du blond, tel le pizzaiolo qui pétrit sa pâte !
Hahaha... Zut, ça, Kise ne l'avait pas vu venir... et ça ne l'amusait pas du tout...
Plus aucun doute n'était permis : il ne s'agissait donc pas d'un geste malencontreux, mais réellement d'une intrusion calculée.
Son sang se glaça, tandis que gêne et de dégoût s'emparèrent de lui, le figeant sur place.
Cette gentille grand-mère à l'apparence inoffensive cachait en réalité le Grand Méchant Loup... et elle le prenait de toute évidence pour un chevreau sans défense, dont elle ferait bien son quatre heure...
« Oh non, c'est pas vrai... manquait plus qu'ça... » Maugréa Kise en Japonais.
Tout juste trouva t-il le courage et la détermination de repousser cette vilaine patte... au prix de devoir se faire violence. Gentiment, mais fermement. Il hallucinait. Oui, ça devait être ça... l'alcool... le faisait délirer. Cette vieille dame ne pouvait pas SERIEUSEMENT être en train de lui faire des avances... ? Mais son regard libidineux disait toute autre chose...
Hélas, ce répit fut de courte durée, puisqu'elle recommença aussitôt son méfait, se moquant bien de l'autorisation de son prince blond.
Kise roula des yeux.
Putain... il le savait ! Il le savait pourtant que cette soirée allait tourner au vinaigre ! Au plus profond de lui, il le sentait. Depuis le début ! Bon sang, le mannequin aurait dû laisser Haizaki se débrouiller tout seul et tout bonnement refuser de l'accompagner ! De toute façon, à ce stade, plus rien ne le surprenait, car tout ce qu'entreprenait le loup semblait inlassablement condamné à virer au cauchemar. Ça se passait « presque » trop bien jusqu'ici, ça aurait dû mettre la puce à l'oreille de Kise ! Et quand je dis « puce », je veux dire CAFARD, ouais voilà, un insecte encore plus gros et plus dégueulasse, histoire de bien le dissuader !
Brrr... pourtant au départ, il avait souhaité croire à un malentendu, mais avec Haizaki, rien n'est jamais aussi simple et au final, il s'avérait que Jo la Terreur était comme sa bonne copine Vivi : une immonde RADASSE abjecte, avide de chair fraîche ! Qui sait, peut-être même ces deux vieilles branches appartenaient-elles à une rarissime race de ghouls, dont les femelles sont obligées de se nourrir des fluides corporels de jeunes hommes afin de retrouver leur beauté d'antan... Et bien entendu, quand je parle de « fluides corporels », je veux dire celui qui commence par S... Et non il ne s'agit pas de « sang », ça c'est pour les vampires ! Il s'agit de l'autre qui partage la même première lettre et qui possède une texture laiteuse ahem...
...
Ben quoi ? Elle était tout à fait plausible cette théorie improvisée sur le pouce ! Après tout, Vivi présentait encore très bien pour son âge ! (Extrêmement difficile à estimer, par ailleurs...) Nul doute qu'elle ne se faisait pas TIRER que par un bistouri... Pas avec ce dont Kise avait été le témoin malchanceux, sous la nappe... Mais voici que déjà une seconde main indiscrète se posait à côté de l'autre, interrompant son enquête surnaturelle mentale.
Ah oui, donc...
DEFINITIVEMENT PAS une erreur. Les deux mains ne pouvaient pas avoir juste glissé par inadvertance. Impossible. Nope, aucune chance.
Alors que, passés le choc et la surprise, Kise s'apprêtait à repousser à nouveau le duo d'intruses, une main nettement plus autoritaire et ne lui appartenant pas se saisit du poignet gauche de Jojo la Malice. Beaucoup plus sévèrement que lui ne l'aurait fait s'il s'en était chargé...
Haizaki...
Kise releva la tête vers lui, terrifié.
Joan ne faisait guère plus la maline...
Car l'Alpha de la meute venait de lui tomber dessus, impitoyable.
Cette biche-là, celle-là même que convoitait la vieille louve, était la sienne. Cela faisait longtemps qu'il la poursuivait de ses ardeurs assidues. Kise était donc SA chasse gardée et pas question de laisser la première ancienne venue marcher sur ses plates-bandes sans rien dire.
Alors il serra, suffisamment fort pour laisser une trace.
« Lâ-lâchez-moi, vous me faites mal ! »
« Bah aloooooors Mamie-Tromblon, elle s'est déjà fait tromblonner ? » Sourit Haizaki, carnassier, en raffermissant sa prise. « Ou elle nous fait un p'tit malaise ? »
Une lueur mauvaise et inquiétante brillait au fond de ses pupilles prédatoriales. Il prenait son pied à user ainsi de la force sur une pauvre femme sans défense. Homme ou femme d'ailleurs, ça n'avait plus la moindre importance dès lors que le loup décidait de sortir du bois... Brusquement, il lui tordit le poignet. Pas assez fort pour le casser mais... suffisamment pour que ça fasse mal... Le craquement sinistre des os fragiles sonna comme une mise en garde. Mais c'était déjà trop tard, Joan était allée trop loin.
« De quel droit tu oses toucher à MON Ryota avec tes sales pattes toutes ridées ? »
Olala... La douiiiiille... Ennuis en vue, la situation était en train de dégénérer... Haizaki n'avait rien d'un tendre, ça, ce n'était pas un scoop... et quand il se sentait énervé comme c'était le cas actuellement, il n'hésitait pas à s'en prendre à des femmes également... (la pauvre Alex confirmera...)
« Vi... Viviane ! » Appela Joan à l'aide.
Il ne fallut pas le demander deux fois. Instantanément, l'infortunée (mais fortunée quand même niveau pognon...) maîtresse tira sur la laisse de son molosse agressif pour le rappeler à l'ordre.
« Shuzo ! Que signifie cet inacceptable comportement !? »
Mais c'était peine perdue. Celui-là était enragé...
En totale roue libre.
Et la lueur dangereuse continuait à danser froidement au fond de ses prunelles.
D'un sourire carnassier, il découvrit ses crocs.
« Demande à ta pote... C'est elle qui a commencé à empiéter sur mon territoire... »
« Shuzo, il suffit ! Je ne tolérerai ni esclandre, ni écart de conduite ! » Haussa t-elle le ton. « J'estimais pourtant avoir été claire ! »
Malheureusement pour cette chère Viv', il s'avérait déjà trop tard pour sa seconde requête... Comme des regards interloqués avaient déjà commencé à se tourner vers eux, attirés tels des vautours par le marasme de leur querelle.
« Et moi aussi, j'pensais m'être montré parfaitement clair quand je t'ai dit que Ryota ne mangeait pas de ce pain-là ! Alors sois gentille et ferme-la Viv', avant que je ne décide de me fâcher pour de bon... » Vociféra le redoutable lupin.
Kise, quant à lui, bloqua.
Mangeait pas de ce pain-là...
Ce pain-là... ?
...
Oh par Saint Thierry Mugler !
TOUT FAISAIT SENS A PRESENT ! (... Heu... je croyais que tu avais déjà compris depuis longtemps Kise...)
Enfin, disons plutôt que c'était le dernier clou qui fermait le cercueil des preuves... (Ah ! Merci, je préfère ça !)
HAIZAKI ETAIT EN REALITE UN GIGOLO !(Wow... quel esprit de déduction performant ! Ce n'était pas comme si Aomine t'avait déjà mis en garde en ce sens il y a plusieurs chapitres de cela... ni comme si tu avais déjà eu tes propres doutes, avant même ça...)
Pour vieilles friquées ! (Oui... ça aussi on le savait déjà, mais merci de le repréciser au cas où...)
Kise n'eut rien eu le temps de dire que soudain, Haizaki l'empoigna par la main (plus doucement que Joan, par chance !) et les éloigna de la piste.
« Allez viens Ryota, on s'casse. On a déjà plus que rempli notre part du marché du toi et moi et puis, on est attendus ailleurs de toute façon. »
Leur part du marché ? Quelle part du marché !? Kise ne se souvenait pas d'avoir signé pour quoi que ce soit... Pour autant... le blond n'essaya même pas de freiner le loup. Au lieu de cela, il le suivit bien docilement. De toute façon, ça l'arrangeait. Il n'avait pas du tout envie de rester ici... et Kise ne l'avait jamais voulu à bien y réfléchir. Le loup avait atteint les limites de sa domestication, il fallait s'y attendre avec lui, ce moment devait bien finir par arriver un jour...
Ou une nuit, comme ici, en l'occurrence. Mais une fois de plus, Kise avait constitué le déclencheur de sa rage surdimensionnée. Le point de rupture. Aux yeux d'Haizaki, s'en prendre à lui était ok, mais pas à Kise. Pauvres Vivi et Joanie, elles ne devaient pas s'attendre à ce qui venait de leur tomber sur le coin de la tronche sans prévenir, mais elles venaient de faire les frais de la férocité du loup. Joan était d'ailleurs toujours occupée à se masser le poignet lorsqu'elle disparut de leur champ de vision, suite à leur soudain départ...
Tout avait été si rapide, bien que prévisible finalement... Ce n'était que le résultat logique de tensions qui croissaient de manière exponentielle depuis un bout de temps déjà. Même si Kise devait humblement reconnaître n'avoir pas tout compris... C'était allé beaucoup trop vite pour lui. Mais ça n'avait déjà plus d'importance... ou bien si... ?
Suite à leur départ précipité qui ressemblait davantage à une tentative de fuite, lui et Haizaki n'échangèrent aucun mot. Pourtant, l'atmosphère était loin d'être pesante entre eux. Le brun traversa la rue sans lâcher son comparse. La Hayabusa enfin en vue, Kise enfourcha le bolide d'Haizaki, se cramponnant au motard, et ensuite...
Il ne se souvenait pas vraiment.
Rien d'étonnant, il avait énormément bu, après tout. Mais comme à chaque fois qu'il conduisait, Haizaki se montrait raisonnable côté alcool, lui. Alors Kise compensait, sans doute inconsciemment, s'assurant de prendre une cuite pour deux. Sauf qu'aujourd'hui, il avait principalement picolé pour oublier. Se mettre la tête à l'envers, se murger... effacer de sa mémoire ce qu'il avait vu malgré lui... et entendu également...
Après la tempête...
Et bien...
Ils avaient dansé, beaucoup dansé même, comme promis.
La fête latine battait son plein lorsqu'ils arrivèrent sur les coups de vingt-deux heures. Il s'agissait d'une fiesta populaire, installée en plein air au sein d'un joli parc arboré. On sentait que la piste en terre battue avait été aménagée à la va vite faute de mieux et chaque pas de danse soulevait des nuages de poussière orangée. Dans les arbres, pour renforcer l'ambiance festive mais aussi intimiste – car après tout, la majorité des danseurs étaient composés de couples réels ou en devenir, à la ville – des lampions colorés avaient été accrochés aux branches touffues. Il faisait bon. L'air de la nuit d'été était chaud, mais pas étouffant.
Il flottait également une odeur de nourriture épicée qui éveillait les sens. Le groupe, composé d'artistes moustachus en costumes traditionnels, jouait des airs joyeux et entraînants. Parfois, une bande de gamins se courant après traversait la piste en riant, slalomant entre les partenaires. Rien à voir avec le gala de charité guindé, ici, c'était le peuple qui dictait sa loi, imposant un environnement décontracté ou chacun passait un bon moment, sans pression, quelle que soit son origine ou son histoire.
Kise avait dansé, dansé, dansé...
Pour se vider la tête. Parce qu'il adorait ça.
Jusqu'au bout de la nuit, jusqu'à ce que ses pieds lui fassent mal et ressemblent à deux hématomes géants. En tout cas, force était de constater qu'il n'avait rien perdu de son talent ! Lui et Haizaki enflammèrent la piste. Piste que le blondin ne quitta que le temps d'aller faire une pause technique aux toilettes, d'ailleurs, tant il avait le démon de la danse cheville au corps ! Air hautain, clope au bec, veste tombée avec chemise débraillée, déboutonnée et sortie de son pantalon, le brun le fit tourner et tourner, encore et encore, tournoyer, virevolter avec la légèreté et la grâce d'une plume portée par le vent estival. Lui et Haizaki se la lâchèrent complètement, particulièrement sur une reprise très connue de « Conga » de la queen Gloria Estefan. Mais beaucoup d'artistes latinos moins renommés furent également à l'honneur. Des airs populaires emplissaient le parc Californien, des chansons d'amour qui réchauffent le cœur et le corps, facilitent les rapprochements physiques... caliente et puis...
Des orangers... les arbres auxquels pendaient les lianes lumineuses... c'étaient des orangers... Kise le vit en levant la tête. Sa tête qui tournait autant que le reste de son corps et pas seulement à cause de l'alcool. Il passait une excellente soirée dans les bras d'Haizaki. Les chansons comportaient souvent des solos, imposant aux danseurs de se séparer et de se mouvoir côte à côte. Bien évidemment, là encore, lui et Haizaki firent sensation, parfaitement synchrones. C'était presque comme s'ils constituaient les deux extensions de la même personne, chacun calquant à la perfection ses gestes sur son jumeau. Pas étonnant qu'ils n'aient pas joué dans la même équipe de basket au lycée : ils auraient été INVINCIBLES sinon et le Destin, prenant pitié des autres joueurs, en avait donc décidé autrement.
Honnêtement... cela faisait bien longtemps, trop longtemps, que Kise ne s'était pas autant amusé. Danser lui redonnait toujours sa joie de vivre. La danse des rues, la danse du peuple, celle qui vient de l'âme, le prenait aux tripes. Ils eurent même droit à une version latine de « Shape of you » d'Ed Sheeran et Kise réalisa que son cœur ne battait que pour Haizaki, depuis longtemps déjà, depuis le collège... Comment avait-il pu l'oublier... ?
C'était trop tard, le renard aurait beau se débattre, le loup l'avait attrapé entre ses crocs et il ne le lâcherait plus. Son corps répondait. Frissonnait. Se relâchait. Se tendait. Contre celui de son double, lui obéissant au doigt et à l'œil. Peut-être à cause de l'ambiance romantique et joviale qui régnait, allez savoir... Peut-être à cause de l'alcool qui courait dans ses veines... Kise ne voyait plus qu'Haizaki. Même au beau milieu de la foule des danseurs, il n'avait d'yeux que pour lui, comme tout à l'heure, lors du gala.
Hélas...
Ils n'étaient pas seuls.
S'il n'existait qu'eux deux, tout irait bien. Pas de honte. Pas de douleur. Pas de déception.
Mais il y avait Miss Robinson et ses machinations. Aomine et les autres membres de la Génération des Miracles qui ne comprendraient jamais son choix... Que Kise puisse avoir envie d'être Haizaki, de son plein gré et l'aime d'une affection sincère, malgré les tromperies, malgré les passifs... Simplement cette envie profonde, ce besoin d'être ensemble peu importe l'adversité. Tout se passait si bien, dans l'harmonie la plus totale, tant qu'aucune personne extérieure n'interférait au sein de leur relation...
Et qu'ils évitaient de se parler, aussi !
...
Non...
Kise ne trompait personne en affirmant cela. Pas même lui n'arrivait à y croire et ce, malgré toute sa mauvaise foi et le concours des substances du bonheur ingérées en quantités industrielles...
Après avoir dansé jusqu'au bout de nuit avec Haizaki, ou presque, vint le moment tant redouté. Il était en effet temps de rentrer.
Chez Vivi. Enfin, chez son fils, mais ça revenait au même, ce n'était qu'un détail. Or, avec ce que Kise avait découvert ou plutôt, ce dont il avait eu la confirmation ce soir, il ne serait pas étonné qu'il s'agisse d'un mensonge... Il y avait effectivement toutes les chances pour que ce soit disant fils prodigue n'ait jamais existé et ne soit qu'une excuse pour justifier... l'usage de cette garçonnière. Qui sait (hormis Miss Robinson) combien de jeunes hommes s'étaient en réalité succédés au sein du Penthouse ? Des âmes égarées, sans le sou, dont Viviane faisait ses amants en leur offrant le gîte et le couvert. Un toit au-dessus de la tête et de l'argent de poche en échange de la satisfaction de tous ses désirs charnels.
Un bien maigre prix à payer pour certains, sans doute... Cela restait mieux que dormir dehors, le ventre vide... Mais pas pour Kise, car le blond possédait l'intime conviction que l'on pouvait très bien subvenir à ses propres besoins sans être obligé de se fourvoyer et encore moins d'accepter l'inacceptable. Sinon, à quoi bon continuer à avancer si l'on a constamment besoin d'une canne ? A vivre, si on ne peut plus se regarder dans un miroir ? Kise restait persuadé qu'il restait d'autres moyens et il en voulait limite davantage aux « victimes » consenties de ce genre d'accords, à ceux qui se complaisait dans de tels marchés, car c'était à cause de leur acceptation que des prédateurs comme Viviane avaient pignon sur rue. Car s'il n'y avait plus de demande, il n'y aurait plus d'offre. Et vice-versa, puisqu'il s'agissait d'un système qui s'auto-alimentait entièrement. CQFD.
Et Haizaki avait pertinemment choisi de céder à la facilité. Ah ça... c'est certain que joindre l'utile à l'agréable, distribuer quelques coups de reins, restait plus aisé que d'aller charbonner à l'usine ! Oui, il avait effectué son choix en toute connaissance de cause.
Sûrement...
Haizaki laissait en effet rarement les choses au hasard... Epuisé et à bout de souffle, Kise quitta donc la piste, préférant s'isoler à l'ombre d'un oranger. Ahhh qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour un petit jus d'orange tout juste pressé ! Mais il se contenta volontiers du verre d'eau bien fraîche, qu'on lui tendit dans un modeste gobelet en plastique... Hmm... c'était nettement moins chic qu'au Country Club ici... Indéniablement.
Mais authentique.
Dès qu'il l'eut quitté, Haizaki se lança à sa (pour)suite, malgré de nombreuses invitations à danser de la part de jeunes filles à peine sorties de l'adolescence. Mais au lieu d'avaler le contenu de son récipient, lui, il se le balança directement à la figure. Et les glaçons avec. Glaçons qui finirent naturellement leur course entre les pectoraux volumineux du brun... Les chanceux...
Mais pour éviter de trop laisser traîner son regard sur le fruit défendu, Kise prit la parole :
« J'en peux plus... » Confessa t-il, à bout de souffle et en nage. « J'ai les pieds en feu ! »
« Moi aussi... Mais ça en valait le coup, nan ? On a bien fait de s'éclipser pour venir ici ! » Approuva Haizaki en se versant un nouveau verre d'eau sur la tête cette fois, s'ébrouant ensuite comme un chien pour se sécher les tifs.
« Grâce à qui ? Si j'avais pas vu ce prospectus et insisté pour qu'on s'y rende, on serait encore coincés entre les Tatas Flingueuses ! »
« C'est vrai, je te l'accorde. C'était ton idée et j'aurai jamais pensé que pouvoir danser ainsi puisse être aussi... défoulant ! »
Presque... cathartique, même ! Enfin, c'était probablement le mot qu'aurait utilisé Haizaki s'il en avait connu l'existence ET la signification...
« Mais ça, c'est uniquement parce que tu te trouvais en bonne compagnie... » Sourit Kise, en se passant une main dans les cheveux.
Il était couvert de sueur et quelques mèches dorées collaient à son front mais... ça valait le coup. Danser comme un beau diable lui avait fait un bien fou à lui aussi... Sans compter qu'au-delà de la bonne fatigue physique, cela l'avait également aidé à réfléchir et à y voit plus clair.
« J'admets également là aussi qu'avoir un partenaire qui ne te marche pas sans arrêt sur les pieds, est bien plus agréable que je ne l'aurai cru. »
« Arrête, comme si Miss Robinson écrasait tes pauvres petits petons sensibles pendant que vous dansiez ensemble... »
« Par contre, écraser tes couilles qu'elle tient au creux de sa paume, ça... c'est un autre débat. » Pensa t-il.
« ... Et tant qu'on est dans les aveux, puisque tu sembles prompt à en faire ce soir... » Reprit le renard, sans réussir à le regarder droit dans les yeux néanmoins.
« Ouais ? » Interrogea Haizaki, intrigué.
Il se tourna même vers lui pour mieux l'entendre. Et l'écouter.
Non...
Les mots ne voulaient pas sortir, impossible. La question qui lui brûlait les lèvres depuis si longtemps... refusait de se formuler à voix haute. Merde... sûrement encore un sale coup de la part de l'alcool... Que c'était traitre... (Mais oui Kise, c'est ça, cache ton manque de courage derrière cette belle excuse ! D'autant que l'alcool est plus connu pour délier les langues que le contraire...) Mais la vérité, c'est qu'il ne désirait pas se disputer avec Haizaki. Pas maintenant. Il n'en avait pas la force. La soirée avait mal débuté, certes, cependant, la situation avait changé à présent.
En bien et il ne voulait pas prendre le risque de tout gâcher.
Pourtant... Kise savait au fond de lui qu'ils allaient devoir aborder le sujet... s'expliquer... tôt ou tard... Et puisqu'il partait après-demain aux Maldives pour quelques jours... Hmm... peut-être que... oui... Dans ces circonstances, il vaudrait mieux partir l'esprit tranquille...
« Allô ? La Terre appelle Ryota ! Reviens de la galaxie des limbes imbibées ! « Limbes imbibées » ? Wow, ça sonne bien ! Très poétique... » Se félicita Haizaki. « Mais bref, tu voulais me demander quelque chose quoi ? »
« J'ai oublié... »
« Oh. Bah dans c'cas, c'est qu'c'était pas important ! Allez, c'est l'heure de rentrer t'façon... Un bon gros dodo te remettra les idées bien en place, pas d'inquiétude ! »
Et sur ces bonnes paroles, le brun se précipita sur lui, façon joueur de rugby pour le renverser sur son épaule avec la grâce d'un sac à patates brinquebalant !
« Gnaaaa repose-moi imbéciiiiiiile ! J'ai l'mal de merrrrr ! »
« Impossible, t'es pas dans un bateau... »
« Mais ça tangue tout pareil... Urghhh mal de l'air alors... ? Raaaah ! Je veux sentir le sol sous mes piiiiiiieds ! Sinon, je te vomis sur le dos et ce s'ra pas beau à voiiiiiir ! Ni à sentir ! »
« Ok, ok, c'est bon... J'voudrai pas saloper les fringues hors de prix prêtées par Viv'... Elle nous f'rait la peau à tous les deux si ça avait le malheur d'arriver... »
Et autant vous dire qu'il n'y tenait pas... En revanche, ce à quoi il tenait, c'était à la vie et Viviane pouvait se montrer au moins aussi effrayante qu'Asami lorsqu'elle s'y mettait... A croire que dans une vie antérieure, elle avait appartenu à un syndicat du crime elle aussi... Haizaki s'exécuta donc et reposa son précieux paquet par terre. Kise tenait à peine sur ses jambes, il avait juste voulu l'aider à avancer plus vite, lui...
« Bon voilà, tes deux pieds touchent à nouveau le sol, t'es content maintenant ? Mais dépêche-toi, on a encore du ch'min avant d'arriver au Penthouse ! »
Aussitôt, Kise se figea dans le dos de la racaille.
C'en était trop...
La goutte de vase qui faisait déborder l'eau... Ou l'inverse. Le vase qui fit déborder la goutte... ?
« ... Non... »
« Comment ça, « non » ? Est-ce que t'as la moindre idée d'où on se trouve actuellement ? »
« Désolé mais... je ne rentre pas avec toi... » Murmura t-il, voix et tête basses. « C'est ce que je voulais dire... »
« Quoi ? Mais... pourquoi ? Tu vas où ? »
Il était sonné, Kise pouvait le voir dans ses yeux. Mais au moins, il prenait ses allégations au sérieux, malgré l'ivresse supposée du blond.
« J'en sais rien encore... J'ai pas décidé... »
Haizaki eut un mouvement de recul avant de plisser des yeux. Ça avait l'air... sérieux. Il n'était cependant pas certain de comprendre ce soudain changement d'attitude, ni même de l'apprécier...
« Qu'est-ce que ça signifie ? »
« T'as très bien compris, je crois... »
La voix de Kise faiblit encore davantage, semblant sur le point de s'éteindre. Aurait-il le courage d'aller jusqu'au bout ? De camper fermement sur ses positions ?
« Tu n'veux pas rentrer avec moi, chez nous ? Pourquoi d'un seul coup, pourquoi maintenant ? J'étais pourtant persuadé qu'on avait passé une super soirée tous les deux. Bon, d'accord, peut-être pas au départ, mais on s'est bien rattrapés depuis, non ? »
Il s'approcha cette fois, d'un pas conquérant et il tendit la main vers Kise.
« Non ! » S'écria Kise, un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu sous le coup du stress, si fort en fait que des passants les fixèrent, pensant sans doute à une agression.
Le blond déglutit et secoua la tête. Sa bouche était sèche et il sentait ses résolutions s'amenuiser. Si jamais Haizaki parvenait à le toucher, ce serait foutu... Il ne devait donc pas laisser le loup se faufiler dans la bergerie. Sous aucun prétexte.
« Non... reste où tu es s'il te plaît... On peut... on peut se parler d'ici... »
« Ok... Alors parle-moi Ryota. Qu'est-ce qui te prend tout à coup ? Il faut que je comprenne... Parce que là, j'suis largué... »
« Et bien... Je n'ai pas envie de rentrer au Penthouse avec toi, parce que... pour commencer, ce n'est pas chez nous Shogo. Tu le sais aussi bien que moi. Chez « nous », enfin, ce qui s'en rapprochait le plus... c'était à Compton. »
« Quoi, c'est que ça qui te perturbe ? T'aimes pas le Penthouse ? Et je peux savoir ce qui ne te plaît pas au juste dans cet immense endroit lumineux, à la pointe de la modernité et du luxe ? La déco ? Ok, elle est quelque peu impersonnelle, je te l'accorde mais... Je pensais pourtant qu'il s'agissait d'un palace à ta hauteur... Enfin... si tu tiens tant que ça à ce qu'on retourne se peler le jong dans un trou à rats... ça peut s'arranger, moi j'dis pas non s'il n'y a qu'ça pour t'faire plaisir ! »
Le brun haussa des épaules et il réenfila sa belle veste cintrée comme pour se donner plus de prestance et ainsi rendre son discours plus incisif.
« On déménage dès demain même, si tu veux ! »
« Ça ne suffira pas... et ça aussi, tu le sais très bien... Parce que... ce n'est pas qu'une question de lieu... »
« Ah ça y est, je vois ce que c'est... Pourquoi tu ne le dis pas tout haut au lieu de tourner autour du pot et de continuer à m'faire perdre mon temps, en plus du tien ? »
Kise fronça des sourcils, se renfrognant et cette fois, ce fut lui qui recula. Hélas, la patience d'Haizaki montra presque instantanément ses limites, car la réponse qu'il attendait plus pour la forme qu'autre chose, tardait à venir.
« Bon et bien puisque tu as décidé de jouer les têtes de bourrique ce soir, je vais le dire haut et fort, moi, ce mot ou plutôt ce nom que tu refuses de prononcer. Ton problème, il s'appelle 'Viviane Robinson'. »
Ce n'était même pas une question.
Décidément, pour Haizaki, Kise était aussi transparent qu'une verrière... Quelque part, il était assez frustrant de voir que le type en face était capable de lire aussi facilement en vous.
« Ah cette chère Vivi, ça faisait longtemps ! » Ricana Kise, reprenant du poil de la bête. Celle-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom ayant finalement été évoquée et, cerise sur le gâteau, pas par lui le premier, notre blond se sentait plus léger tout à coup. Comme si une épine de cactus venait de lui être retirée du pied. « Je dois dire que ça commençait à me manquer qu'on ne s'embrouille pas une nouvelle fois, ENCORE, à cause d'elle ! »
« ... Bordel, mais qu'est-ce qu'elle t'a fait à la fin cette pauvre femme ? Et puis, c'est quoi cette fixette que tu fais sur elle ? J'vais finir par croire que Viv' a buté ton poisson rouge en le noyant quand tu étais petit ! » S'agaça Haizaki.
Enfin.
Le moment tant attendu par Kise était enfin arrivé. Celui de régler ses comptes. Et c'était Haizaki qui avait lancé les hostilités, par-dessus le marché... (ce qui arrangeait Kise au final, soyons honnêtes...) Haizaki avait inintentionnellement mis les pieds dans le plat, inintentionnellement dans le sens où il ne se doutait probablement de la tornade destructrice qu'il venait de réveiller...
« Disons que... la prochaine fois que l'envie lui prend de jouer aux boules, tu pourras lui indiquer que le Country Club dispose de pas moins de trois terrains de pétanque. Je le sais, je les ai personnellement comptés en passant devant tout à l'heure. Ça lui évitera peut-être de s'amuser avec les tiennes sous la table, comme ça... »
Oh.
Paniiiiiiier !
Un magnifique trois points net et précis !
Dans les dernières secondes du dernier quart temps.
Impossible de venir au score après un tel coup de massue !
Jet, set et presque match ! (Non, ça c'est du tennis Kise et vous vous êtes faits plier toi et Zaki à ce niveau-là dans le chapitre précédent.)
Pris la main dans le slip, encore pire que si ça avait été dans le sac !
Mais restait à savoir maintenant comment Haizaki comptait réagir... Allait-il chercher à nier ? « Sa main a glissé ! » A mentir ? « Elle cherchait ses clés d'bagnole ! » Ou alors assumer ? « Ouais, et alors ? » Et enfin, allait-il hurler ou plutôt faire profil bas ?
« Merde... t'étais pas supposé voir ça... »
Ca, Kise voulait bien le croire ! Pourtant, on sentait clairement des regrets exprimés dans la voix du tatoué... et ça en revanche, Kise ne s'y attendait pas, il n'avait même pas du tout envisagé cette hypothèse.
« Ah non ? Et qu'est-ce que j'étais censé voir, alors !? » S'impatienta un peu le colocataire bafoué, attaquant le premier.
« Pas ça en tout cas... j'suis désolé... »
Kise secoua la tête à la négative. Quel invétéré menteur, malgré les promesses... Mais chassez le naturel et il revient en jet privé !
« Non, tu ne l'es pas. Si vraiment c'était le cas, tu n'aurais jamais laissé une telle horreur se produire ! Alors arrête ton cinéma, ça n'prend plus avec moi... »
« Mais j'avais pas l'choix ! » Essaya de se défendre Haizaki. « Faut bien que quelqu'un l'assure ton train de vie de princesse... »
AHHH PARCE QUE CA ALLAIT ETRE DE SA FAUTE, MAINTENANT !?
Cette fois, Kise vit rouge. Et il était à deux touuuuuut petits doigts de lui balancer un plateau de tapas bien garni en pleine face !
« J'me souviens pas t'avoir d'mandé quoi qu'ce soit... Et ne va pas m'faire croire que tu n'fricotais pas avec elle déjà AVANT qu'on ne se recroise ! Alors ton excuse de mes deux, elle ne tient pas et j'en ai ma claque que tu continues à me prendre pour le dernier des cons comme tu l'fais actuellement et depuis beaucoup trop longtemps à mon goût ! »
« Pour un con, non. Pour un débile, ça, par contre c'est une autre paire de manches... » Sourit Haizaki, provocateur.
Ah il ne pouvait décidément pas s'empêcher de le titiller, même lorsqu'il se trouvait clairement en position de faiblesse... et accessoirement, en tort... Mais le loup avait choisi le mauvais prédateur à qui chercher des crosses ce soir... ça amusait peut-être la racaille de le foutre en rogne sur le moment, mais Kise était bien décidé à lui en faire passer l'envie... Haizaki sembla d'ailleurs le comprendre lorsque leurs regards se croisèrent, puisqu'il se radoucit immédiatement dans son attitude, cherchant plutôt le consensus, tant qu'il en était encore temps.
« Mais ce point de crispation mis à part, je ne t'ai raconté que la stricte vérité ! Ecoute Ryota... je n'compte pas prétendre qu'j'ai initié cette relation pour toi à la base, puisqu'en effet tu n'étais même pas encore revenu dans ma vie quand tout a commencé. Cependant... Tu es bel et bien la raison principale pour laquelle mon « accord » avec Viviane a perduré et tant pis si ça n'te plaît pas ! »
« Sauf que j'en ai rien à foutre de tes raisons, quelles qu'elles soient ! Tu estimes sans doute m'offrir la belle vie, te sacrifier pour moi, mais ce n'est qu'un prétexte pour justifier toute cette mascarade sordide... Encore une fois, je te le répète : je n'ai pas envie, ni même besoin de cela ! Alors ne fais pas de moi ton excuse dans l'accomplissement de tes exactions sexuelles ! Assume ! »
Ok le mot « exaction » sonnait un peu fort de chocolat... (genre noir 95 %) Comme s'il s'agissait d'un crime punissable, mais le but n'était-il pas de pousser Haizaki dans ses retranchements pour le forcer à se dévoiler... ?
« Assume !? Mais assumer quoi, au juste ? De baiser des vieilles parce que j'ai aucune envie de crever la gueule ouverte dans l'caniveau !? C'est ça, « assumer » pour toi !? » Gueula le loup cette fois.
Ouch... apparemment, Kise venait d'appuyer sur une plaie encore sensible et sans le savoir, de mettre doigt en plein dedans même...
« Ah parce qu'en plus, il y en a plusieurs !? Mais de mieux en mieux ! » Ricana Kise cette fois, bras croisés sur son torse pour se donner plus de carrure.
« Et alors qu'est-ce que ça peut bien t'faire qu'il n'y en ait eu qu'une seule, des dizaines ou même des centaines !? Qu'est-ce que ça change ? J'ai pas d'comptes à t'rendre de toute façon ! »
Mouais, si c'était réellement le cas, le brun ne perdrait pas un temps fou et beaucoup de salive à essayer de se justifier depuis déjà cinq bonnes minutes...
« Ça peut m'faire que ça aggrave drastiquement ton cas ! Et en effet, tu n'aurais pas eu de compte à me rendre, si seulement tu n'avais pas commencé par faire de moi ton alibi en essayant de t'octroyer le beau rôle, celui du sauveur providentiel ! T'es tellement fêlé que j'suis sûr que t'as fini par y croire, en plus, à tes pitoyables mensonges ! Qu'tu en étais réduit à marchander ta queue pour moi, dans mon intérêt et pour mon bien ! »
Balancer ce qu'il avait sur le cœur et à voix haute faisait mal... Très mal... Au moins autant au blond, qu'à l'ex-argenté... Mais au moins, c'était la seule consolation dont disposait Kise. Constater qu'il blessait Haizaki en osant enfin vider son sac. Et puis qui sait, peut-être Kise finirait-il par se sentir bien, soulagé, une fois qu'il aurait tout dit ?
« Je t'l'ai dit Ryota ! J'ai pas eu l'choix à la base ! C'était ça ou je crevais la dalle dans la rue ! Sur le moment, je l'admets, j'ai cédé à la solution de facilité et ensuite... » J'y ai pris goût... ? « ... j'ai continué pour toi... pour nous assurer un train de vie décent ! Qu'est-ce qu'il y a de mal à ça ? Tu vas vraiment oser m'le r'procher !? »
« Et moi je croyais t'avoir déjà dit, il me semble, d'arrêter d'essayer de m'impliquer dans tes décisions immorales et autres mauvais choix de vie... Ce que tu fais avec ces femmes... ça me dégoûte... et rien, vraiment rien de tout ce que tu pourras dire ou imaginer ne suffira à le justifier... » Il frissonna et détourna le regard, souriant amèrement. « ... Rien que de t'imaginer faisant l'amour à toutes ces... » Vieilles peaux... « ... femmes d'âge TRES mûr et de ton plein gré, en plus... Non, je regrette, mais je n'arriverai jamais à le supporter... Encore, si tu avais eu un flingue sur la tempe... j'aurai peut-être pu comprendre et encore, je n'en suis vraiment pas sûr... Mais il existait d'autres solutions pour t'en sortir... et toi, tu es allé directement à la facilité, comme toujours... Tu l'as toi-même reconnu, d'ailleurs et sans te soucier du reste... de ce que moi ou les autres nous pourrions en penser si cela venait à s'ébruiter... Non, tu as préféré y laisser ton honneur... ou du moins, le peu qu'il te restait... »
« Mon honneur !? Quel honneur !? Ne m'parle pas de c'qu'tu n'connais pas Ryota ! » Persifla Haizaki, dont le visage se crispait de plus en plus au fil de leur confrontation idéologique. La tactique des remords et de la compassion démontrait donc déjà ses limites... « C'est pas l'honneur qui nourrit les gens ! Quand on veut s'en sortir, ça passe souvent par des concessions et il faut accepter de se salir les mains ! J'avais pas l'choix ! » Ah bon ? N'était-ce pas Haizaki qui avait certifié le contraire pourtant il y a tout juste quelques chapitres que cela ? Qu'on avait TOUJOURS le choix dans la vie ? Il sembla d'ailleurs réaliser sa bourde, puisqu'il effectua un virage à cent quatre-vingt degrés dans la foulée. « Oh et puis, tu sais quoi ? J'ai pas honte de c'que j'ai dû faire pour survivre, putain ! J'vois pas pourquoi j'devrai d'ailleurs ! Juste parce que tu l'as décidé ? Juste parce que Monsieur le Mannequin gâté par la vie et la nature qui n'a jamais connu la faim et le froid, s'attribue le droit me faire une leçon de morale !? Bouhh c'est pas bien Shogo, tu as été un vilain garçon ! Comment as-tu osé donner un peu de plaisir à des vieilles dames esseulées, abandonnées par maris et enfants ? Leur faire croire à nouveau qu'elles pouvaient être belles et désirables ? Tu n'as vraiment pas de cœur, monstre ! »
Oh bon sang...
...
Alors c'était CA la ligne de défense qu'Haizaki avait choisie ? Vraiment ? Réellement ? Sincèrement... ? De toutes celles pour lesquelles il aurait pu opter, il avait pioché celle du Bon Samaritain gérontophile !? Kise n'en croyait pas ses oreilles ! Haizaki était donc en train d'affirmer FIEREMENT qu'il avait couché avec ces femmes par pure bonté d'âme !? Exit obligation de pourvoir à ses besoins vitaux et bonjour miséricorde sexuelle !?
Il comptait endosser le rôle de Cosette dans « Les Misérables », avec Vivi dans celui de la femme Thénardier ou quoi ?
« En fait... » Poursuivit le brun dans le but d'achever sa proie. « ... Avoue-le, c'qui t'gêne tant, c'est qu'il soit question de femmes d'un certain âge... Tu t'crois tellement supérieur en réalité, avec ta jeunesse et ton joli minois... Toi, tu peux te taper qui tu veux, après tout... Elles, par contre... Elles n'attirent plus personne, hélas... Mais moi, je parviens encore à leur apporter un peu de bonheur! Je fais au moins semblant de m'intéresser à elles, de leur conférer de l'importance, même si c'est juste le temps d'une nuit ! Elles se sentent bien en ma compagnie, dans mes bras, je les traite comme des êtres humains dignes d'être aimés, je les considère et je les regarde sans détourner les yeux et ce, malgré les ravages du temps ! »
Mais de pire en pire... Haizaki voulait faire pleurer dans les chaumières avec son petit discours, de toute évidence !
Et bientôt, il allait se mettre à réclamer une médaille pour ses bonnes actions ! Et comme toujours, le jeune homme ne savait pas quand s'arrêter, se sentant obligé de faire du zèle en rajoutant :
« Un jour, toi aussi tu seras vieux et fripé et quand ça arrivera, tu s'ras bien content que quelqu'un te trouve encore assez séduisant pour daigner te sauter ! »
Haizaki Shogo et sa mauvaise foi légendaire, Mesdemoiselles et Mesdames... dans toute sa splendeur ! Toujours à nager en eaux troubles, à contrecourant, en espérant parvenir à se donner le beau rôle ! Prêt à recourir aux arguments les plus douteux pour se maintenir à flot envers et contre tou(s)t et à les clamer avec un aplomb frisant le déni, au point de s'auto-convaincre de leur bienfondé ! Non parce qu'ici, on avait allègrement dépassé le simple stade des arguments claqués au sol ! Ils étaient carrément claqués au sous-sol ceux-là, Haizaki s'était surpassé ! Au trente-sixième sous-sol, même, tant ils étaient ABYSSAUX ! Pfff... Comme si avec ça, Kise allait tomber dans le panneau et se mettre à éprouver de la pitié envers ces veuves éplorées, ces harpies aux griffes longues avides de chair fraîche...
Parce qu'une fois encore, l'âge et le manque d'attrait physique ne justifiait pas tout... et lui, à leur âge, il accepterait dignement de ne plus être en capacité de tirer son coup ! D'autant que ces charmantes petites mamies à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession avaient dû bien en profiter dans leur jeunesse ! De vraies cochonnes, à n'en point douter ! Du moins, Kise l'espérait sincèrement pour elles et sans méchanceté aucune !
« C'est ça, ouais... T'as tellement « envie de les sauter » toi, je cite, que tu carbures au Viagra... et ne m'dis pas l'contraire, j'en ai trouvé des cargaisons entières dans ta salle de bain à Compton ! Comme quoi, même ta belle abnégation a ses limites Monsieur le Saint de pacotille ! Ta prospère petite entreprise de charité a bien du plomb dans l'aile on dirait... mais... de toute façon, tu perds ton temps si tu penses que ton admirable discours sur la condition féminine passée cinquante ans parviendra à m'émouvoir... Parce qu'après tout, tu l'as admis toi-même : tu ne donnes pas de ta personne gratuitement, n'est-ce pas ? Alors maintenant, j'aimerai savoir la vérité... Pourquoi des femmes plus âgées ? J'sais très bien qu't'es pas gérontophile dans l'fond, pas qu'il y ait quoi que ce soit de mal avec ça d'ailleurs, mais... pour quelle raison ne pas avoir choisi des femmes plus jeunes, dans la mesure où ce sont elles qui te plaisent davantage ? Quoi, c'est parce qu'elles paient moins bien ? Ou tout simplement parce qu'elles sont moins naïves, moins isolées, et donc de facto, moins manipulables ? Ah c'est sûr que ça doit tout de suite être moins intéressant et productif pour toi avec des nanas averties... Ce serait plutôt le plumeur qui risquerait de se faire plumer même... »
Cette fois, Haizaki serra le poing en même temps que les dents. Le renard était le plus malin et dépouillé de sa force brute, le loup ne valait plus que des clopinettes... Mais évidemment, Haizaki ne pouvait se permettre de laisser parler la violence physique avec Kise... ce serait se griller définitivement et irrémédiablement...
Il devait donc faire en sorte de réprimer ses accès d'agressivité, en changeant ENCORE une fois de tactique et trouver un angle d'attaque moins risqué. La faute à Kise qui démontait une à une ses maladroites prises de position, avec une facilité déconcertante.
« Ok, admettons que je ne le fasse pas par plaisir, bien qu'il est flatteur d'être adoré et choyé par des femmes, quel que soit leur âge et encore plus par celles qui ont la maturité d'avoir un instinct maternel... Admettons que je n'agisse que pour le fric, tel le monstre sans cœur que je suis à tes yeux et qu'effectivement, j'ai fait de ces pauvres mamies sans défense mes proies privilégiées par pure paresse et praticité... En quoi ce que je fais pour gagner ma vie diffère de toi ? Toi aussi tu vends ton corps, non ? Tu en as même fait ton outil de travail, exactement comme moi ! »
Et voilàààà c'était repartiiiiiii !
Ça faisait longtemps tiens, qu'il n'avait pas entendu cette rengaine et Haizaki n'avait pas fait l'amalgame ou plutôt invoqué le raccourci mannequinat = prostitution.
Ils avaient déjà eu cette discussion et Kise roula des yeux, gavé.
« Heu t'es gentil, mais ma profession ne consiste pas à coucher avec qui que ce soit ! »
« Et alors !? Tu poses à poil ça t'arrive bien, pas vrai ? Bah c'est pareil ! »
« Je regrette mais NON, ça n'a rien à voir ! Et je n'ai jamais fait que du nu artistique en plus ! Jamais de frontal et jamais rien de grossier ou de vulgaire, tu sais très bien que c'est ma hantise ! »
C'est qu'il avait une éthique ET plus important encore à ses yeux, une carrière, une image à préserver... Celle du gendre idéal... Etiquette parfois réductrice et difficile à porter certes, mais qui constituait présentement son fonds de commerce, sa niche... celle qui le démarquait des autres mannequins. Et la concurrence était trop rude pour qu'il ose s'éloigner de ses verts pâturages... Pas qu'il en ait envie de toute façon, ça lui allait très bien de faire fantasmer les gamines et les mères de famille, qu'y avait-il de honteux à cela ? Son attitude restait irréprochable et il préférait véhiculer des valeurs positives de travail et de générosité, plutôt que de mener une vie décousue et nocives pour lui, comme pour son public !
« T'as raison, c'est encore pire ce que tu fais toi ! Tu allumes, mais sans passer à l'acte ! T'as même pas la DIGNITE d'aller jusqu'au bout ! »
PARDON !?
« ... C'est vraiment toi qui es en train d'me parler d'dignité Shogo-kun ? T'es sûûûûr d'vouloir t'aventurer sur ce terrain-là ? Non mais l'AUDACE, j'le crois pas... ! »
En tout cas, cela en disait long sur ce qu'Haizaki pensait réellement de lui et de son métier... Limite, Kise s'attendait à ce que l'autre lui sorte d'ici quelques instants qu'il nourrissait plus de respect pour les putes ! Parce qu'elles au moins, tu comprends, elles se saignent pour leurs clients ! C'est pas du chiqué, elles sont réellement obligées d'écarter les cuisses et d'aller jusqu'au bout ! Non mais sincèrement, Kise le sentait gros comme une maison que c'était le prochain argument derrière lequel son rival allait se retrancher !
...
Décidément...
Kise en avait déjà conscience au fond de lui, mais il avait refusé et refusait toujours voir la vérité en face... cependant, le renard ne pouvait continuer à nier qu'ils étaient trop différents l'un de l'autre... Trop différents, selon toutes probabilités, pour que ça marche...
Haizaki ne semblait pas capable de réaliser que le problème résidait dans le simple fait qu'il soit un gigolo, peu importe que ce soit auprès d'hommes ou de femmes, âgés ou jeunes... Il pourrait même se farcir un alien en provenance directe d'Alpha du Centaure, si ça le chantait, que ça ne changerait rien à l'affaire ! Enfin non, ce ne serait PRESQUE PAS un problème en fait - chacun faisant ce qu'il veut et peut surtout de sa vie – si seulement il ne se cherchait pas des excuses constamment, ce qui avait le don d'exaspérer prodigieusement Kise. Aie au moins le courage de tes opinions, mec ! Mais ce qui insupportait au plus haut point le Kitsune résidait ailleurs en réalité. Majoritairement dans le fait que l'Okami s'imagine avec une naïveté confondante arriver le séduire en faisant preuve d'une lâcheté sans nom et pour ne rien arranger... en (dé)couchant à droite et à gauche...
Pour autant...
De son côté, les sentiments étaient déjà présents et bien présents, même...
Ancrés.
Son cœur saignait et son cerveau l'insultait copieusement pour avoir eu la bêtise de baisser sa garde.
Haizaki de son côté, n'en menait guère plus large... Il se sentait acculé, en vérité. Raison pour laquelle il avait retourné sa veste plus vite qu'un chippendale au chômage... Il marchait sur des œufs. Si Kise décidait de prendre la tangente pour de bon, il était fait comme un rat ! Non, même un rat aurait plus de chance d'échapper aux griffes d'Asami et de sa meute que lui. Mais au fond de lui... devoir s'écraser le révoltait. Bien-sûr que le décoloré n'avait pas honte de ce qu'il avait fait et il croyait sincèrement à ses paroles lorsqu'il affirmait avoir fait le bonheur de ces femmes délaissées.
Seulement... Kise refusait d'y voir du... positif... ? Erf non, tout ce qu'il savait faire ce sale fennec, c'était se montrer JALOUX, comme une femme trompée ! Sauf qu'encore une fois, ILS N'ETAIENT PAS ENSEMBLE ! Et la faute à qui ? Toujours le même ! Toujours prompt à le juger, toujours prompt à le condamner et à le rabaisser, en lui servant des leçons de morale éculées ! Graaaaah ! C'était à s'en arracher les tifs ! Kise se permettait de se croire supérieur parce qu'il n'avait jamais connu la misère, lui ! Que ce genre d'attitude hautaine et condescendante était facile dans ce contexte ! Le loup n'avait fait que rendre service et ses généreuses donatrices le rémunéraient en conséquence !
Ce n'était rien de plus qu'une transaction normale, voire banale, comme quand Kise posait pour des photos. Et bien quoi ? Il obtenait bien rétribution pour son travail lui aussi, non ? Ça revenait donc au même ! Ces dames appréciaient le service et elles sortaient donc les billets pour le remercier ! Grâce à leur participation, cela lui permettait de rester au chaud et de pouvoir se sustenter. Quant à la sienne, elle faisait des heureuses, alors où était le problème ? Tout le monde était content dans le meilleur des mondes, justement !
Ah ça, Kise préférerait sans doute qu'Haizaki lui dise qu'il n'était pas FIER de ce qu'il avait fait... et vienne réclamer son pardon en rampant... Sauf qu'une fois de plus, Haizaki ne voyait pas ce qu'il avait fait de mal et déjouait donc tous ses espoirs... Non, Kise ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même si la situation actuelle ne lui convenait pas ! Il n'avait qu'à se montrer davantage honnête !
... Ce à quoi le renard aurait HURLE s'il avait entendu ces pensées battant tellement le record mondial dans la catégorie mauvaise foi, qu'il aurait pu porter plainte pour violences conjugales ! Se montrer honnête, se montrer à nu devant le brun, il l'avait déjà fait et à plusieurs reprises... mais Haizaki voulait le pousser à sortir complètement du bois pour mieux asseoir son ascendant sur lui... C'était sans fin, ça ne suffisait jamais, constamment à tourner autour du pot, un pas en avant et deux en arrière...
Or, Kise commençait à haïr Haizaki pour ce qu'il lui faisait ressentir et pour ce qu'il attendait de sa part. Toujours plus. Le beurre (Kise), l'argent du beurre (Asami) et le cul de la crémière (Vivi) ! Or, il fallait que l'ancien délinquant choisisse. Une bonne fois pour toutes. Cette fois, Kise ne cèderait pas. Il avait déjà fait plusieurs pas en direction du loup et si ce dernier attendait qu'il se jette tout cru dans sa gueule et bien, il aurait mieux fait de s'attaquer au Petit Chaperon Rouge dans ce cas et non pas à Maître Renard sur son arbre perché... (non, ça c'est Maître Corbeau, tu confonds Kisecchi !)
« ...Mais juste comme ça pour vérifier... (ton degré de mauvaise foi :p) tu t'en rends bien compte quand même que la comparaison entre nous deux... 'gagne-pain'... » Avec de GROS guillemets et ça lui coûtait vraiment d'utiliser ce terme... « ... est totalement fallacieuse et hors sujet, rassure-moi ? Parce que ça n'a mais alors totalement rien à voir ! Ça ne pourrait pas être plus éloigné, même. Moi, je fais usage de mon corps pour mettre en valeur une marque, un produit ! Toi, en revanche, qu'est-ce que tu mets en valeur, tu peux m'le dire ? »
Mais pourquoi, POURQUOI continuait-il à essayer de communiquer avec lui ? A essayer de poursuivre une conversation NORMALE ? C'était peine perdue et il le savait pourtant ! Cependant, dans le fond, Kise voulait lui tendre une perche, une dernière branche à laquelle se rattraper, en priant secrètement pour le brun sache la saisir en plein vol...
« On fait exactement la même chose toi et moi et ouais, j'ai le cran de le réaffirmer... » Ou plutôt le culot erm... « Sauf qu'on que ce qu'on met en valeur est différent, c'est tout. Toi, tu mets quelque chose en valeur... tandis que moi, c'est quelqu'un... Elle est là la nuance. Parce que c'est bien de cela dont il est question : quoi que tu en dises, je mets bel et bien en valeur ces femmes, quand elles sont pendues à mon bras, elles deviennent instantanément plus belles, plus rayonnantes, on les remarque enfin et tous les regards se portent sur elles ! »
Oh bon sang... Kise allait VRAIMENT finir par le lui balancer, ce maudit plateau de tapas ! Non mais vraiment, il faisait de son mieux pour offrir une nouvelle chance à Haizaki, mais au final, cela se retournait encore contre lui...
« Mais n'importe quoi ! Ce n'est pas du tout pareil ! » Vite, un nouvel exemple plus parlant le rabrouer et définitivement lui faire comprendre qu'il faisait fausse route : « Dans le cadre de mon métier, moi je dois enfiler des vêtements, du tissu, des accessoires ! Et toi hein, tu peux me dire ce que tu enfi-... ! »
Il s'interrompit DE JUSTESSE, piquant un fard en réalisant sa bourde.
Oh oh... Trop tard, car Haizaki avait déjà compris et un rictus sarcastique se dessina sur son visage. L'occasion était trop belle et il bondit dessus immédiatement, en bon prédateur :
« Haha très juste ! Moi aussi j'enfile des-... »
« Interdiction de terminer ta phrase, espèce de crado ! » Le coupa Kise.
« Raaah mais tout ça, c'est des conneries Ryota ! » Se ravisa aussitôt le coupable, désireux d'en finir. « Des détails, ça n'compte pas ! Tu n'vois pas l'essentiel ? C'est qu'on pourrait enfin être ensemble et que... »
« Arrière, pas un pas de plus ! » L'interrompit à nouveau le blond, prêt à faire un signe de croix pour éloigner ce démon. « Non, on ne va pas être ensemble toi et moi. Et non, on ne le peut pas non plus... On ne l'pourra jamais Shogo. Pas tant que tu continueras à te défiler... »
« A m'défiler ? Moi ? C'est la meilleure ! Alors que c'est TOI qui n'assumes pas c'que tu r'sens ! Enfin, pour l'amour de Dieu Ryota ! »
Cette fois, l'ex-gris décréta qu'ils avaient assez joué comme ça et il combla l'espace entre eux. Brusquement, mais avec une délicatesse paradoxale, il l'attrapa par les épaules, le forçant à lui faire face. Leurs regards se croisèrent et le temps se figea comme à chaque fois que cela arrivait.
Kise pouvait presque sentir la carapace autour de son cœur se fendiller en temps réel. A moins qu'il ne s'agisse de son cœur, directement.
« Rentrons Ryota... je veux juste... rentrer avec toi. Peu importe l'endroit... juste toi et moi, c'est tout ce qui compte. Dès demain... demain matin à la première heure, j'dirai à Viv' que tout est terminé. Que notre accord ne tient plus. Et heu... je trouverai bien un truc... un moyen... un moyen honnête de gagner du fric, je te le promets... »
« Tu dis ça tout le temps... mais... c'est encore l'un de tes mensonges, je le sais... C'est pourquoi je regrette Shogo, mais ça ne va pas être possible... »
« Qu'est-ce que tu dis ? »
Retour à la case départ, la boucle infernale dont il était impossible de se libérer...
A moins de la briser un bon coup, une bonne fois pour toutes.
« C'est fini. Je vais passer la nuit ailleurs ce soir et demain... et... essayer de réfléchir en gardant la tête froide... pendant que je serai aux Maldives, loin de toi... A mon retour, on pourra avoir une conversation sérieuse sur la suite à donner à notre relation. Il le faudra impérativement même. »
De toute façon, ce n'était pas supposé durer, s'inscrire dans le temps... A la base, il ne s'agissait que d'un malentendu fortuit, un arrangement temporaire mais... leur petite impro avait montré ses limites ce soir.
Sentant pour la première fois qu'il était REELLEMENT en train de perdre Kise aka sa porte de sortie, on pouvait clairement lire la panique dans les pupilles d'Haizaki. Jusqu'ici, ce n'était qu'un jeu, plus ou moins sérieux entre eux. Les crises, les confrontations, il commençait à en avoir l'habitude. A y être immunisé. Mais cette fois... cette fois... c'était plus que ça. Pas juste une légère anicroche. Le blond ne jouait pas la comédie, il était vraiment prêt à se détourner de lui. Pour de bon.
Et ça... ça il ne pouvait pas le permettre !
Pour rien au monde !
Asami allait le buter ! Le faire pendre haut et court ! Lâcher sa meute de chiens affamés sur lui et il allait devenir un fugitif, un loup blessé en cavale. Non ! Terminé ! Hors de question ! Le trottoir à nouveau... à moins que cette fois, avant de le tailler en pièces, le généreux Wakagashira ne décide de lui réserver le même sort qu'à ses filles, celles qui osaient se rebeller... Ouais, Asami serait tout à fait disposé à l'envoyer pourrir dans un bordel à l'autre bout du monde. Du style, à se servir de lui comme d'une monnaie d'échange pour forger une alliance avec un cartel Mexicain. Et ces types-là... ils pouvaient être sacrément vénères... du genre à vous graver à l'arme blanche sur tout le corps et à même la peau, des mots d'amour en lettres de sang du type « chiottes humaines » ou « cuve à foutre ».
Ne tolérant aucune insubordination, Asami l'avait déjà fait auparavant et il n'hésiterait certainement pas à recommencer. En fait, il n'attendait même certainement que cela... qu'Haizaki se prenne les pieds dans le tapis pour se débarrasser de lui. En plus... et pour ne rien arranger, le malchanceux brun ne baragouinait pas un mot d'espingouin ! Ah si, il savait demander « donde esta la biblioteca », sauf que manque de bol, il se souvint qu'il n'aimait pas les livres. (... sérieux, un mec veut ta peau et c'est VRAIMENT ta seule préoccupation, Haizaki !? Drôle de sens des priorités...)
Pero habia un grande problema...
Car s'il s'énervait et faisait les gros yeux en montrant les canines, Kise allait flipper sa race. (... Tu le connais bien mal si tu penses ça ahaha !) Et/ou se braquer. Mais dans les deux cas, cela réduirait drastiquement ses chances de voir un jour le copy cat faire du tape-cul sur sa queue et plus important, sur celle d'Asami. Or, l'autre brun allait exiger réparation et demander les propres fesses d'Haizaki en compensation pour celles perdues... Donc, l'un dans l'autre, il se retrouvait pris à la gorge, encore une fois obligé de remettre sa vie et son destin entre les mains de cet abruti de blondasse à la con...
De cette girouette instable et indécise, incapable de décider justement. Incapable de le choisir, lui... Alors il sembla se radoucir l'espace d'un instant. L'heure n'était pas à l'engueulade. L'heure n'était pas à la violence physique non plus, même s'il MOURRAIT d'envie de passer ses mains autour de cette jolie petite nuque offerte qu'il serait si facile de faire craquer, bon peut-être pas pour la briser quand même, mais au moins pour y sentir son pouls s'affoler.
Ainsi, Haizaki était contraint d'abdiquer pour aujourd'hui.
De battre en retraite.
Montrer patte blanche.
Après tout, le loup des contes de fées ne passe jamais à l'attaque sans un plan parfaitement rôdé.
Du moins, cela aurait dû se passer ainsi. Mais... c'était plus fort que lui ! Qu'est-ce qui lui garantissait que Kise tiendrait parole et reviendrait après son shooting ? Peut-être l'ancien Miracle allait-il surtout en profiter pour prendre la poudre d'escampette une fois qu'il aurait réalisé qu'il était mieux sans lui ! D'aucuns auraient dit que c'était le risque à prendre.
Pas lui.
Il aurait dû se raviser.
Mais il ne pouvait se résoudre à voir la clé de sa liberté prendre... la clé des champs.
Et si Kise ne revenait pas ? Et si Kise était en train d'essayer de l'amadouer pour mieux le tromper ? Lui planter un couteau dans le dos ?
Non... il ne pouvait pas le laisser partir, juste sous prétexte que Monsieur avait besoin d'air, d'espace ou de je ne sais quoi pour réfléchir à tête reposée, car ce serait le risque de ne plus jamais le revoir.
Un nouveau shot d'adrénaline et de terreur le piqua, injectant ses yeux de sang :
« C'est mort Ryota, tu n'iras nulle part. Je ne te laisserai pas m'échapper ! »
Il raffermit sa prise et le blond se tendit entre ses bras.
Le mot de trop avait été prononcé et aucun retour en arrière n'était possible. On peut toujours faire ravaler ses paroles à quelqu'un mais... ravaler les siennes pour les empêcher de sortir ? Hmm... Déjà plus compliqué. Les mots sont comme un sabre : une fois qu'il a été tiré de son fourreau, on ne peut plus le rengainer.
« T'échapper ? Je ne suis pas un animal Shogo ! Ni ton prisonnier, ni ta proie, que ce soit clair ! » Protesta Kise sans attendre et sur un ton ferme.
Le brun ne lui faisait pas peur. Il avait faire la grosse voix et serrer les poings, depuis toujours, Kise se sentait disposé à lui tenir tête. Pas question de se laisser dominer et écraser. Le blond tenait à sa liberté plus que tout, or Haizaki avait peut-être accepté de vivre dans une cage dorée et grand bien lui en fasse, mais il n'était pas né celui qui l'enchaînerait, lui !
Plutôt mourir !
« Laisse-moi passer Shogo. Les gens commencent à nous regarder et je ne suis pas sûr que tu aies envie de causer un scandale en public et que la police s'en mêle, n'est-ce pas ? Alors... écarte-toi s'il te plaît... ne me force pas à rester contre mon gré... je t'en prie... ça ne ferait qu'empirer la situation entre nous. Et puis... mon taxi ne va pas tarder à arriver de toute façon... »
« Ton taxi ? » Répéta t-il, étonnant, mais sans pour autant desserrer ses doigts, qui s'enfonçaient dans les épaules de Kise. « Quel taxi, bordel !? »
« Celui que j'ai appelé lorsque je me suis éclipsé aux toilettes après la cinquième danse... »
Quoi ? C'était donc ça qu'il était allé y faire... ? Dans son dos, en plus ! A moins qu'il ne s'agisse encore un coup de bluff de la part de l'Eurasien ? Quel dommage qu'il ne joue pas au Poker, vraiment... Il serait imbattable. Aucun moyen de savoir s'il disait la vérité ou non... mais si tel était bel et bien le cas, alors cela signifiait que Kise prévoyait de lui fausser compagnie depuis un bon moment déjà ! Qu'il n'avait pas attendu leur petite confrontation pour prendre sa décision. Alors, c'était réellement aussi sérieux que ça ? Au point qu'il ne puisse même pas passer une seule nuit de plus en sa compagnie ? Il ne le supportait plus, l'exécrait tant que cela ? Si c'était vrai... dans ce cas, rien ne servait de le retenir contre son gré. Au contraire, ce serait même contreproductif et le meilleur moyen de se le mettre à dos de manière irréversible...
Merde, que devait-il faire ? Laisser exploser sa rage sur le point de déborder, ou se montrer plus conciliant au risque de se faire rouler... ? Haizaki ne parvenait pas choisir. Heureusement pour lui, ce choix fut effectué à sa place, par une puissance supérieure... Car il sentit brusquement son smartphone vibrer dans sa poche de pantalon. Comment avait-il fait pour ne pas se fracasser par terre pendant qu'ils dansaient ? Mystère... Mais en tout cas, le message qu'il venait de recevoir ne pouvait provenir que d'Asami... Car à part Kise et Viviane, le PDG était le seul à connaître son numéro et vu l'heure, ça ne pouvait pas être sa « patronne », qui, de toute façon, préférait l'appeler directement plutôt que de passer par des textos...
Un frisson lui glaça les veines.
Asami...
Tout était de sa faute...
Et ce message, dont il ne connaissait pas encore le contenu, sonna pourtant comme un rappel à l'ordre. Comme si l'autre brun l'avait senti sur le point de vibrer, à l'autre bout du monde... Epuisé mentalement, Haizaki ferma les yeux, quelques secondes. Il n'avait toujours pas lâché Kise. Il devait se ressaisir, faire le point rapidement...
Quelle était sa meilleure option ?
Asami...
Bordel...
Il aurait mieux fait de se péter une guibole le jour où il avait croisé la route du chef yakuza... Car sans son concours, Haizaki ne serait pas là aujourd'hui et jamais il n'aurait été contraint de renouer avec cet imbécile de Kise Ryota...
Des bribes de souvenir l'assaillirent soudain, le déconnectant de la réalité, de l'instant présent.
Il lui fallait revenir aux sources.
De la manière dont son périple Américain avait commencé...
Asami avait appuyé l'arrière de sa tête contre le mur du couloir.
Paupières closes, il savourait la gâterie dont le gratifiait l'autre homme, une main perdue dans ses cheveux ébènes, qu'il agrippait férocement.
« Bon sang... t'es vraiment doué pour ça... bien plus que les filles qui bossent pour moi et dont c'est censé être le métier... tu ne voudrais pas leur donner des cours... ? On dirait que tu es né pour sucer des queues... »
Sacré compliment...
Qu'Haizaki n'eut pas le temps d'apprécier, puisque déjà, en un seul coup de reins sec, Asami s'enfonça dans sa gorge comme dans du beurre. Le brun essaya de relaxer sa mâchoire et d'encaisser sans tousser. Mais le yakuza remplissait sa bouche... son goût était puissant et il ferma les yeux, massant la base du sceptre pour s'habituer à sa taille.
Contre tout attente cependant, Asami le stoppa net dans son entreprise, tirant un peu plus fort sur sa tignasse mi-longue rassemblée en une queue de cheval basse. Merde... Haizaki avait-il commis une erreur ? Une indélicatesse ? Il était pourtant certain d'avoir rentré les dents...
Hmm... Non, à la réflexion, c'était impossible. Asami le lui aurait fait savoir s'il avait fait quelque chose de déplaisant. Et certainement pas de manière plaisante, non plus.
« Poursuivons dans un endroit plus confortable. » Décréta Asami en lui faisant la tête
Oh.
Ouais...
C'est vrai qu'ils se trouvaient encore au beau milieu de l'entrée, juste au niveau de la porte... Ils n'avaient même pas attendu d'avoir enlevé leurs chaussures ou leurs manteaux/vestes pour se sauter dessus comme deux bêtes assoiffées de sexe...
Haizaki se redressa, essuyant à la hâte la salive abondante qui avait coulé sur son menton.
D'instinct il se dirigea vers la chambre du maître, mais celui-ci l'interpela :
« Non, dans le salon. J'ai envie d'un bon Brandy pendant que tu me suceras. »
Le salon ? Hmm... d'ordinaire, jamais ils ne s'y rendaient, allant directement conclure leurs « affaires » au lit. Quand ils arrivaient à se traîner jusqu'à lui, bien entendu... Rares étaient les fois où ils y parvenaient, le lieu privilégié de leurs ébats se révélant souvent être... les murs du couloir menant à la chambre... Ah ça, ils les avaient tous testé, pas de doute ! Et plusieurs fois même, histoire de bien être sûrs duquel était le plus accueillant.
Il s'agissait donc de la première fois qu'Haizaki avait l'HONNEUR d'être convié dans le salon d'Asami, pour autant, il ne fut même pas surpris d'y trouver un immense canapé en cuir d'une taille prohibitive qui correspondait bien au bonhomme. Oh et une cheminée d'époque aussi, qui apportait un côté cosy et chaleureux à la pièce. Ça devait être nickel en hiver... ne manquait plus que la peau de bête au sol pour bais-... se faire des câlins dessus et erm... toute en pierres de taille en plus, la cheminée...
Il siffla, impressionné.
Avant de bloquer d'un seul coup.
Nan... pas possible...
Il se frotta les yeux par réflexe, comme pour s'assurer qu'il n'hallucinait pas.
Mais non !
L'image ne disparaissait pas, semblant même le fixer en retour. Avec mépris. Le regarder de haut, plus précisément...
Car au-dessus de l'imposant foyer se trouvait accroché...
Une peinture.
Un portrait
Mais... pas de n'importe qui.
Honnêtement, il ne savait qu'en penser et encore moins comment réagir...
« Hahaha ! » Un éclat de rire nerveux mais moqueur, brisa sa voix. « Putain, j'le crois pas ! Mais qu'est-ce que tu fous avec un tableau de Ryota au beau milieu de ton salon !? »
Naïvement, pour Haizaki, ce genre de « spot » était plutôt réservé à la traditionnelle photo de famille avec ses gosses !
Et puis attention hein, là, ce n'était pas le tout petit machin ridicule qui fait tâche dans la pièce ! Il s'agissait d'un majestueux portrait mis en valeur par un cadre gravé de dorures, trônant dans la salle façon grand seigneur ou châtelain imposant ! Le truc bien mégalo et démesuré, qui attire immédiatement l'attention ! Impossible à louper, du genre tank dans un couloir façon Resident Evil 6 ! Criard et cringe à souhait, tout dédié à la gloire de Kise Ryota ! Et à y regarder de plus près, ça ressemblait très fortement à un genre d'autel RELIGIEUX, avec des bougies de part et d'autre du portrait également...
Brrr...
...
Non mais très sérieusement hein : qu'est-ce qu'une œuvre d'aussi mauvais goût foutait accrochée ici !?
D'autant que Kise était enveloppé d'une aura dorée, quasi divine dessus... comme... un ange... !?
Bwahahaha ! Meilleure BLAGUE ever ! Car le blond en possédait peut-être vaguement l'apparence, mais il n'avait véritablement RIEN d'angélique en réalité... C'était comme si... la vision de l'artiste était totalement biaisée dans sa représentation. Parce que... pour l'avoir côtoyé de près (pour ainsi dire) pendant plusieurs années, Haizaki était bien placé pour affirmer que cette image fantasmée (et donc fantaisiste !) et idyllique ne correspondait nullement à la réalité ! Kise était une peste, une vraie petite salope... rie. Sous ses airs de prince charmant se tapissait un cruel enchanteur, un vil tentateur, qui séduisait ses victimes à la manière d'un incube pour mieux les dépouiller de leur énergie vitale en les pompant jusqu'à la moelle !
Or, cet aspect beaucoup moins reluisant de sa personnalité, ne ressortait pas du tout ici !
Cependant, ne goûtant de toute évidence pas les moqueries d'Haizaki – même au simple stade de la pensée – Asami fronça des sourcils et répéta sans comprendre :
« Ryo... ta ? »
L'un de ses sourcils se relâcha et partit même en accent circonflexe sur son front en signe d'incompréhension. Que racontait encore cet imbécile de subordonné ?
« Kise ! Kise Ryota ! » Précisa le brun.
Peut-être qu'avec le nom de famille ce serait plus parlant ?
Ah...
Apparemment pas. Et ça, Haizaki ne s'y attendait nullement... Ce fut donc à son tour d'hausser un sourcil interrogateur.
« ... Attends... ne m'dis pas qu't'as accroché l'portrait d'un mec que tu n'connais même pas au beau milieu de ton salon !? »
Indubitablement original, quoiqu'un peu débile aussi...
« Si, je le connais. » Nia Asami. « Mais j'ignorai son identité jusqu'ici. »
« Hein ? »
Comment était-ce matériellement possible... ? Prétendre « connaître » quelqu'un sans savoir de qui il s'agit ?! Haizaki se sentait largué, surtout en considérant l'existence de logiciels de reconnaissance faciale... et la célébrité de Kise... Asami vivait dans une grotte au fin fond du Mont Fuji durant les cinq dernières années pour ignorer l'identité du blond ou quoi !? Parce que là, franchement, c'était la seule explication ! Je veux dire... Kise était littéralement PARTOUT ces derniers temps, impossible de lui échapper ! Depuis sa participation à « Danse avec les Stars » et même avant d'ailleurs, le mannequin avait vu sa notoriété exploser ! Il était souvent invité en plateaux télé, à des émissions de radio, interviewé dans des journaux nationaux... en bref : sa petite tête de linotte dorée faisait partie du paysage Japonais, semblant littéralement incrustée dans le décor.
Enfin... du moins... avant qu'il ne s'expatrie aux Etats-Unis... où sa carrière était loin de connaître le même essor. Cependant, il revenait régulièrement sur ses terres natales et ici, sa popularité ne se démentait pas.
« Comment es-tu certain qu'il s'agit bien de cette personne ? Je ne te fais aucune confiance, tu le sais. Si ça se trouve, tu m'as juste balancé un nom au hasard... »
Haizaki roula des yeux et soupira. Mouais bon, c'est vrai il aurait puuuuuu faire ça mais...
Flemme.
Et puis, dans quel intérêt surtout ?
« Tu m'prends pour un abruti ou quoi ? » Heuuu mauvaise question, tu tends le bâton pour te faire battre là, Shogo... « ... Je sais reconnaître un visage et j'ai même une excellente mémoire pour ça, je suis très physionomiste. En plus, dans ce cas précis, il se trouve que je n'ai aucun mérite, puisque je suis allé au collège avec lui... On jouait dans la même équipe que basket. »
Asami se servit un verre de Brandy, sans vraiment l'écouter. Vexé, Haizaki comprit qu'il devait dégainer les preuves... Alors il fouilla sur son téléphone et montra au PDG une vieille photo de l'époque de Teiko. Et en effet, lui et Kise figuraient bien dessus... C'était à la suite de la Winter Cup qu'ils avaient gagnée. Mais comme Asami faisait toujours les gros yeux, signe qu'il n'était pas convaincu, Haizaki soupira à nouveau avant de pianoter sur son téléphone. C'est fou c'que la confiance régnait... Mais cette fois, il avait une évidence irréfutable à lui soumettre : le compte Instagram du blond. Auquel il était FORTUITEMENT abonné... (... et avait liké tout aussi fortuitement l'ENSEMBLE de ses posts... Son doigt avait certainement glissé... plusieurs milliers de fois, allez savoir...)
Et en effet...
L'autre brun en resta bouche bée cette fois, tandis que des photos de Kise en tenues légères et maillots de bains défilaient sous ses yeux de merlan frit.
« Et donc... tu prétends le connaître personnellement ? » S'intéressa tout à coup Asami.
Revirement de situation.
« Bah ouais, pourquoi ? »
« Nonobstant le fait que cela m'étonne fortement, si ce que tu dis est vrai, cette information est d'une importance capitale. Contacte-le pour moi et arrange-nous un rendez-vous en tête-à-tête. »
« Wowowoh... du calme, mec ! J'ai dit que j'le connaiSSAIS en effet... mais je parlais au passé ! Ca fait presque dix ans que je ne l'ai pas vu et encore, même là, on n'a jamais été très potes lui et moi ! J'ai pas ses coordonnées, j'sais pas comment l'joindre et quand bien même ce serait l'cas, j'doute franchement qu'il me réponde ! »
« Et pourquoi cela ? »
« Parce que, comme je te l'ai dit, on n'était loin d'être amis lui et moi. Et encore, c'est un euphémisme, on n'pouvait carrément pas s'blairer aux dernières nouvelles... Et puis... sérieux, c'est quoi cette demande ? J'veux dire... j'sais pas dans quelles circonstances t'as été amené à le rencontrer si tel est l'cas, ni pourquoi tu fais une fixette sur lui... enfin, ouais, clairement, il est sacrément bonne j'vais pas l'nier mais... C'est surtout la reine des catins ! M'est d'avis qu'sa carrière n'a pas décollé d'un seul coup que grâce à son talent, si tu vois c'que j'veux dire... A moins qu'on ne parle de son talent à pomper le gland des bonnes personnes... ? »
... Heu, comme ce que tu t'apprêtais justement à faire avec Asami, tu veux dire Zaki... ?
Mais à ces mots malheureux autant que maladroits...
Le maître des lieux sembla se téléporter à ses côtés, le chargeant avec une vitesse quasi surnaturelle et brusquement, brutalement, il le cloua au mur, une main plaquée sur sa bouche. Haizaki fut comme projeté, puissamment propulsé contre la surface dure contre laquelle il s'écrasa douloureusement à la manière d'une mouche abattue en plein vol. Le regard affolé comme celui d'une biche aux abois, il ne comprit pas ce qui venait de se passer. Asami le maintenait à une seule main, serrant sa mâchoire. Son regard, sombre, correspondait à celui d'un fou...
« Qu'est-ce que tu viens de dire... ? A ta place, je ferai attention à ce que ma langue ne fourche pas en ma présence, quand tu parles de Kise Ryota... Car c'est uniquement à cet héroïque jeune homme que je dois mon salut. Il m'a sauvé la vie il y a environ cinq ans. Je me suis fait poignarder par un inconnu dans une ruelle, alors que je sortais d'un de mes clubs de Roppongi. »
Quoi... ? Qu'est-ce que... ? Jamais Haizaki n'avait entendu parler de cet événement auparavant... Ses yeux s'écarquillèrent de surprise. Alors comme ça... Asami avait fait redessiner entièrement de mémoire le portrait fidèle d'un type qu'il n'avait aperçu qu'une seule fois dans sa vie, de nuit et au seuil de la mort... ? Wow. Ce serait foutrement romantique, si les circonstances n'étaient pas aussi glauques... limite, obsessionnelles... Enfin... ce genre d'événement marque au fer rouge, c'est certain...
« Sans doute l'émissaire d'un clan ennemi... On n'a jamais retrouvé sa trace... Mais quoiqu'il en soit, si par miracle Kise Ryota ne s'était pas trouvé dans les parages ce soir-là, cette tentative d'assassinat aurait très certainement abouti. »
Il se déshabilla légèrement pour montrer la cicatrice qu'il en avait conservé sur le corps.
« Alors, je ne tolèrerai pas qu'un moins que rien tel que toi, un sale bâtard des rues et de mauvaise vie, se permette le moindre écart de langage, ni le moindre commentaire désobligeant à propos de mon ange gardien. Mon merveilleux ange de miséricorde ! »
Heu... à supposer que Kise soit bel et bien un ange, alors ce serait plutôt celui de la MORT hein... Haizaki avait bien du mal à croire qu'un être aussi EGOISTE que son ancien rival ait pu sauver une vie. Et celle d'un féroce yakuza, par-dessus le marché... Qu'est-ce qu'il avait fait pour cela ? Le jaune lui avait montré des photos de lui, en nu frontal, dans l'espoir de le ressusciter ? Remarque... ça avait pu fonctionner sur une certaine partie de son anatomie...
Et Haizaki était bien placé pour le savoir puisque... il en avait déjà fait les frais. Ou le bénéfice, selon le point de vue. Mais du coup... l'OBSESSION d'Asami pour Kise s'expliquait à présent... Même si... la situation était extrêmement ironique... compte tenu du fait que... Le top model et le chef de gang avaient déjà dû se croiser sans le savoir dans le passé...
... Puisque c'était la chaîne de télévision appartenant au groupe d'Asami qui avait produit et diffusé « Danse avec les Stars »...
CHAPTER END !
Oui, sur une sorte de cliffhanger et oui, presque 30000 mots ahem... Mais je ne me voyais pas couper avant ou plus tard... ce serait devenu trop indigeste sinon.
Concernant les notes de fin de chapitre :
- Mamie Tromblon = référence au film "C'est arrivé près de chez vous", sorte de "mockumentaire" fake filmé en noir et blanc qui a fait connaître Benoit Poelvoorde. Bon... confession time : je dois avoué ne pas avoir compris le succès de ce truc quand je l'ai vu il y a un ou deux ans... Oui, l'ami Benoit joue très bien... et oui, le format est original. De même que la proposition : suivre un serial killer dans ses "oeuvres". Ce qui donne lieu à quelques scènes bien senties et insolites, mais dont malheureusement je n'ai retenu que deux-trois répliques... En fait, je crois que je suis restée imperméable à la proposition. Ca ne m'a pas parlé. J'ai pas trouvé ça ni "amusant", ni particulièrement "choquant"... bref, ça m'est un peu passé au-dessus quoi... Ce film est pourtant considéré comme culte pour l'aspect à la fois irrévérencieux et romantique de son personnage principal, mais... Bof quoi. Ca aurait pu largement être mieux fait à mon sens, si le but était de rendre le meurtrier aussi détestable qu'attachant.
- La fameuse vente de charité où l'un des personnages se propose généreusement... alala, un CLASSIQUE de tout bon soap qui se respecte...
- Le flashback d'Haizaki renvoie au début du chapitre 15 : le contenu du "rêve" de Kise. Vous ne l'aviez pas vu venir, avouez...? Et oui, la voici pourtant la véritable natutre du lien entre Kise et Asami... Dire que sans le savoir, le blond a "accepté" un dîner avec lui ahem... à suivre dans un prochain chapitre ;)
- Haizaki a pensé à un événément lors de son flashback qui sera abordé plus tard également... avez-vous décelé lequel ?
- Comme je le disais, j'ai vraiment eu toutes les peines du monde à BOUCLER ce chapitre. Haizaki m'a complètement échappé sur la fin ! Il voulait vraiment puncher Kise... je ne savais plus quoi faire pour le remettre sur les rails et puis, j'ai pensé : "quelle serait la seule chose susceptible de l'arrêter ?" Et immédiatement Asami s'est imposé à moi.
- Dans le prochain chapitre, nous aurons la veille du départ pour le shooting aux Maldives et peut-être même un peu du séjour...
Merci pour vos lectures et vos encouragements. J'espère que le chapitre suivant me posera moins de difficultés... D'autant que je prévois l'apparition surprise de deux personnages du "canon" lors du voyage aux Maldives :) ! (mais je ne spoile pas lesquels, débrouillez-vous avec vos spéculations !)
