- Mais nous… nous devons parler.
Parler.
Parler.
Parler.
Parler.
- C'est important.
Important.
Important.
Important.
Important.
- Il… il le faut.
Il le fallait.
Il le fallait.
Il le fallait.
Il le fallait.
Surprise par la fébrilité de son hésitation, la profondeur de ses mots et la chaleur de son ton, c'est la tête lourde et le cœur battant qu'Hermione se sentit brusquement prise de frissons. Des frissons qu'elle n'avait pas senti la parcourir depuis longtemps ; des frissons qui ne tardèrent pas échauffer ses joues des légers picotements… des frissons qui alors même qu'elle sentait la chaleur de Connor engourdir délicatement ses sens, la ramenèrent soudainement au véritable sens de cet instant.
Et Seigneur… quel instant.
Celui que tous deux attendaient depuis l'effusion de sang.
Celui que tous attendaient depuis la fin des carnages sans nom.
Celui que tous deux attendaient depuis l'aube de leurs derniers instants.
Celui que tous deux attendaient depuis la lueur de leur ultime soleil levant…
Oui… cet instant était tout ce qu'elle avait attendu dans la pénombre ; tout ce qui avait habité ses songes, tout ce qui avait animé sa conscience, tout ce qui lui avait donné la force d'endurer milles souffrances ! L'instant où tous deux pourraient enfin se retrouver… se réjouir… s'enlacer… se sourire… s'embrasser… rire… et s'aimer avec la certitude que plus rien ne pourrait jamais plus les séparer. Pourtant et bien qu'elle sente son cœur sur le point d'exploser, son corps sur le point de flancher et son esprit sur le point de divaguer, c'est plongée dans un profond silence qu'Hermione se trouva incapable de parler. Peinant à articuler ses pensées, à régir ou de ne serait-ce qu'à acquiescer, elle se surpris à mettre pas moins de plusieurs secondes à comprendre ce qu'il avait déclaré… à rassembler ses mots sans en oublier… et à leur donner un sens en dépit de ses acouphènes répétés. Un procédé étonnement long, douloureux et quelque peu troublé, qui alors même que sa magie affluait et son aura rayonnait, ne réussit qu'à l'épuiser dans l'écho d'un soupir défait…
- Hermione ?
Parler. Parler. Parler. Parler… Oui. Oui, il fallait parler. Parler de tout ce qui s'était passé, parler de ce qui l'avait tué, parlé de ce qu'il l'avait sauvegardé, parler de ce qu'elle avait enduré, parlé de ce qui l'avait éveillé, parler de ce qu'elle avait fait, parler de tout ce qui adviendrait… Mais bien que cette conversation soit une nécessité, qu'elle désire lui partager ses pensées et que plus rien ne semble capable de l'en empêcher, Hermione ne put le nier : cette idée la terrifiait. Et pour cause ! Elle ne savait pas par quoi commencer… comment procéder, s'expliquer, se lancer ! Car il disait vrai...
Malgré son réveil, tout lui paraissait confus.
Malgré son retour, tout lui paraissait nouveau.
Malgré sa présence, tout lui paraissait distordu…
Allant de son ouïe à son touché, de sa vue à son odorat, de son esprit à sa perception, de son écoute à sa compréhension, de sa lucidité à ses raisonnements… tout lui semblait différent. Tout lui semblait plus lent. Tout lui semblait plus violent. Tout lui semblait plus éreintant ! A tel point qu'il ne fallut pas longtemps avant qu'elle ne mure véritablement dans un profond silence… qu'elle ne se perdre entre mille et une question… et ne laisse son regard se perdre au-devant. Seigneur, comment lutter ? Comment se ressaisir ? Comment se réveiller ?! Elle ne savait pas… à vrai dire, elle ne savait plus rien ! Pour preuve, elle ne savait plus depuis combien de temps elle était sortie de son maudit coma ! Elle ne savait plus depuis combien de temps elle était assise là, devant ce feu de bois ! Pire encore, elle ne savait même plus depuis quand elle berçait Connor et chantonnait tout bas ! A moins que ses sens ne la trompent plus encore et qu'elle vienne à peine de le prendre dans ses bras ? Etait-ce seulement possible que quelques minutes se soient écoulées depuis son altercation avec le médicomage ?! Non… non, elle n'y croyait pas. Et quand bien même elle aurait des doutes, elle pouvait sentir le sang séché du vieille homme sur son visage ! Cela ne pouvait donc pas dater de moins d'une heure ! A moins… à moins qu'elle ne s'égare encore ? Combien de temps fallait-il pour que le sang sèche ? Une demi-heure ? Trois quart d'heure ?
- Her… Hermione ?
Non, ce genre de mesure n'était pas assez précises ; il lui fallait quelque chose de plus tangibles, de plus concret, de plus facile ! Quelque chose qui puisse lui donner un véritable indice, tel que… le feu de cheminée. A son arrivée, il n'était pas encore allumé ; or et si elle partait du principes que deux bonnes buches y avaient brulé avant de ne se changer en braises, cela signifiait qu'elle était là depuis… depuis… deux heures ? Enfin, tout dépendait de l'essence de leurs bois bien sûr ; et de leurs tailles, de la vitesse de combustion, des dimensions de l'antre, de la présence de braises déjà existantes… et tout cela, en espérant que le bois n'ait pas pris feu sous l'impulsion d'un sortilège quelconque – chose qui bien entendu, rendrait caduque la moindre de ses suppositions ! A moins que… que…
- Tu… tu m'entends ?
Bon sang… pourquoi se posait-elle cette question déjà ?
- Hermione ?!
Il était question de notion du temps, de sang, de feu de cheminée, de… Sentant ses pensées s'arrêter brusquement sous ces dernières suppositions, Hermione grimaça violemment sous la vive douleur de ses tempes. Prises de migraines, elle put presque les entendre vrombir entre deux acouphènes, mélange de friture de ligne et d'échos délétères ; un bref instant pendant lequel elle sentit un frisson ramper le long de ses vertèbres et agiter sa prothèse… et qui ne réussit qu'à aggraver sa confusion, fatigue et impatience de son Maître.
- Hermione !
Sursautant plus encore à son haussement de ton, la jeune femme déglutit dans un balbutiement. Par Merlin… l'appelait-il depuis longtemps ?
- Désolée… souffla-t-elle subitement.
- Qu'y a-t-il ?
- Je… enfin, je…
Ce qu'il y avait ? Seigneur… elle ne savait pas. D'ailleurs, comment aurait-elle pu savoir ? Le monde ne lui semblait plus qu'être échos brouillons et images blafardes…
- Rien, je… enfin c'est… c'est juste que… enfin, que…
Bon sang Hermione… une phrase ! Ce n'était pas compliqué une phrase ! Un sujet, un verbe, un complément, un regard… ce n'était rien d'insurmontable ! Et pourtant, c'est à la sueur de mille efforts qu'elle ne réussit qu'à bafouiller d'un air hagard.
- J'ai juste… enfin, j'ai juste du mal à… à ordonner mes… mes pensées.
S'il lui en restait… mais même cela, elle ne pouvait en être persuadée.
- Je vois. Souffla le mage après un court instant.
Mal à l'aise, Voldemort murmura ces derniers mots d'un ton branlant, le cœur serré à mesure que son corps se raidissait de nouveaux frissons. Et pour cause… il connaissait ce genre de symptômes. La confusion, le désordre, les divagations, la discorde, les fabulations… tout cela n'avait en soit rien de très surprenant. Au contraire même, c'était à peu de chose près, la seule conséquence logique de ce fiasco sans nom ! Malheureusement pour elle – et il le savait mieux que quiconque en ce monde… – ces quelques prémices n'étaient que la partie émergée d'un iceberg bien plus grand.
Un iceberg abandonné par la vie, les Dieux et les océans.
Un iceberg d'éternels cris, perdu au seuil d'un insondable néant.
Un iceberg de profonde agonie, voguant entre milles lamentations...
Ainsi et bien malgré lui, il connaissait la prochaine étape de son inévitable décadence ; une étape que lui-même avait enduré pendant plus quinze ans et dont le seul effleurement, le seul début et le seul commencement, signerait alors le point de départ d'une vie d'indescriptibles souffrances… une vie à jamais guidée par le manque.
Oui… le manque.
Un manque insatiable.
Un manque inaliénable.
Un manque intarissable.
Un manque indéfinissable.
Un manque incommensurable !
Un manque habitant l'essence même de son âme.
Car là était le piège de toute immortalité profane ; de tout Horcrucx ou nouvel ancrage ! Aussi et compte tenu des circonstances de son coma, de la mutation de son Plan Astral et des interférences de son énergie vitale, Voldemort ne se leurrait pas : son manque serait insupportable.
Infernal.
Intolérable.
Irrévocable.
Inextricable.
Insurmontable.
Infranchissable.
Insurpassable !
Pourquoi ? Oh, il n'y avait là aucun mystère ! Son propre Horcrucx vivait en elle… un morceau d'âme immortelle, baignée de Magie Noire et de Ténèbres, qui s'était douloureusement accrochée à la sienne dans le seul et unique but d'aliéner, de révoquer et de transcender l'essence même de sa nature humaine. Or et se faisant, son Horcrucx était devenu malgré elle, une composante maîtresse de son être...
Une composante essentielle.
Une composante existentielle.
Une composante intemporelle…
Une composante qui bien qu'elle soit désormais à part entière, unique et irrévocablement sienne, ne cesserait jamais… jamais… jamais de se languir de son unicité première ; et donc, de chercher à ne faire à nouveau qu'un avec l'âme de son Maître. Un détail bien moins romantique qu'il ne semblait l'être et qui dans sa vésanie délétère, ne parviendrait qu'à plonger Hermione dans un agonie mortifère… un tourment éternel… et un état de manque que rien au monde ne pourrait jamais apaiser, combler ou satisfaire ! Et le pire était que là encore, il ne s'agissait que du premier versant immergé de ce maudit iceberg... Un versant à l'étau bien assez injuste, lancinant et cruel, qui n'avait cependant comme égal que l'hérésie du deuxième ; soit celui-là même qui s'était laissé bercer par la douceur de ses bras maternels…
Oui… Connor.
Innocemment blotti contre son Initiée, il était évident que le petit garçon ignorait tout des conséquences que son acte impliquerait. Non pas que ce dernier ait été prémédité ! Mais il n'en restait pas moins d'une profonde gravité ; en particulier maintenant que l'ancrage qu'il avait amorcé était officiellement… irrévocablement… et intemporellement scellé. Ainsi et au milieu de cet enchevêtrement de morceaux d'âmes rapiécés, de transmutations astrales désordonnées et d'ancrage forcé, un nouveau fardeau ne tarderait pas à émerger : le même que son Horcrucx avait engendré… mais cette fois-ci, envers l'individu même qui l'avait ancré.
Connor.
Et oui… une fois encore, l'Univers les assaillait de son ironie ; de ses corruptions, vices, flagellations et infâme machiavélisme. Et tout ça pourquoi ? Leur donner une leçon ? Les faire grandir ? Non… mais pour les laisser entre les griffes de sa divine merci ; pour leur prouver qu'ils n'étaient rien de plus qu'un ensemble de pions aux destins futiles, de sots aux espoirs utopiques et de fous aux aspirations inutiles ! Oui… qu'une simple bande de marionnettes dont il tirait égoïstement les fils. A croire qu'il s'agissait là du véritable fléau de leurs vies ? Affronter sans cesse les forces de la nature, des Dieux et des cataclysmes… pour n'être au final récompensé que d'un bref éclat de rire, d'un léger sourire et d'une copieuse hypocrisie. Seigneur, cela avait de quoi rendre fou quiconque souhaitant accomplir quelque chose de sa vie ! Mais c'est ainsi… et malgré lui, Hermione en était la prochaine victime. Une pensée qui, à la lueur de sa future agonie, ne parvînt qu'à lui donner envie de vomir.
Par Morgane…
Un double lien.
Un double manque.
Une double tourment.
Une double souffrance !
Cela semblait impossible. IMPOSSIBLE ! Mais son âme était déjà marquée du sceau de cette infâmie… ainsi et malgré la profonde hérésie de cet indescriptible cirque, il n'existait qu'une seule manière de résumer la torture qu'Hermione ne tarderait pas à subir : un manque insubmersible envers lui-même, Voldemort le Maître-Amant devenu fragment existentiel de son âme… renforcé, allié et galvanisé par un manque irrépressible envers Connor, le Capitaine-Enfant devenu à son tour ancre providentielle de son Plan Astral. Soit une double dépendance psychique, physique, cosmique et magique, qui non contente d'être une première dans l'Histoire de la Magie Noire, serait décuplée par l'étrange attachement qui les unissaient tous les trois depuis déjà plusieurs mois.
Un combo comme il n'en existait pas de plus dangereux et instable.
Un combo comme on ne pouvait en imaginer de plus désastreux et néfaste.
Un combo dont la seule pensée lui donna envie de fracasser les restes de sa fenêtre contre son crâne…
Doux Jésus… et dire qu'il était responsable de tout cela. Qu'il était l'instigateur de cette mascarade ! Le metteur en scène de cette débâcle ! Et l'auteur de cette odieuse farce ! A croire qu'il ne cesserait jamais de bafouer la mémoire de Salazar… et bien malgré lui, de repousser les limites de l'indécence et de l'infâme. Aussi et après une introspection aussi brève que brutale, c'est profondément troublé que le Mage s'avançât d'un pas mal assuré vers la jeune femme. Le visage pâle, le souffle court et l'œil bas, il la rejoint dans un silence macabre, les éclats de verres brisés crissant douloureusement sous son passage. Pourtant et bien qu'il cherche désespérément les mots capables d'apaiser son mal, de la rassurer ou ne serait-ce que de briser la glace, c'est dans le désarroi le plus total que Voldemort se trouva incapable d'affronter son regard… Conscient qu'il y verrait toute la détresse de son âme, il réussit à peine à lui faire face, ses boucles indisciplinées s'érigeant alors en un obscur rideau devant son visage ; un rideau qu'Hermione ne put s'empêcher de détailler dans une soudaine angoisse.
- Ne t'en fais pas. Dit-il soudainement d'une voix grave. Ce… ce n'est pas très grave.
- Qu… quoi ?
- Ta difficulté à ordonner tes pensées. Ce n'est pas grave… à vrai dire, c'était même à prévoir. Continua-t-il.
A prévoir ? Oui… sûrement.
- Ce n'est pas immuable. Ça… ça passera.
Ça passera ? Oui… probablement.
- Il te faut juste beaucoup de repos et… et de temps.
De temps ? Oui… assurément. Mais bien qu'elle soit d'accord avec lui, ne puisse lutter contre l'évidence et sente son corps faiblir à chaque instant, c'est la rage au sang qu'Hermione grimaça dans l'amertume de sa propre frustration. Et pour cause… il était son Maître. Son Roi. Son Seigneur. Son amant. L'homme de son cœur et de sa raison ! Et se faisant, aucune circonstance n'excusait la désinvolture de son comportement ; aucune faiblesse n'excusait l'impolitesse de son silence… et aucun épuisement ne légitimait la rudesse de sa distance. Non pas seulement à cause des convenances, du protocole ou de son rang ! Mais parce que son propre cœur se languissait désespérément de la chaleur de sa présence… aussi et bien que ce simple effort lui donne l'impression de perdre un nouveau membre, c'est le souffle court et la sueur aux tempes que la jeune femme replia fébrilement ses jambes. Grimaçant à l'étirement de sa prothèse, de ses muscles et douloureuses vertèbres, elle se redressa dans un frisson, un Connor toujours profondément endormi appuyé contre sa hanche : une hanche néanmoins bien plus faible qu'auparavant… et qui alors même qu'elle s'apprêtait à le déposer sur le divan, flancha subitement sous le poids du petit garçon.
- Et merd…
Haletant soudainement sous la violence d'une nouvelle crampe, Hermione s'entendit jurer entre ses dents. Incapable d'ignorer, de surpasser ou encore de lutter contre son déséquilibre et insupportables tremblements, elle sentit son corps se raidir en un instant, son dos s'enfoncer dans le moelleux du divan et ses jambes perdre appuie à mesure que son bassin s'électrisait de milles picotements… Réduite à l'immobilité la plus frappante, elle eut à peine la force de soutenir Connor et son poids pourtant inexistant, ne laissant alors que sa nuque se contorsionner par-delà son amas de boucles blondes. Une difficulté que Voldemort perçut intensément et qui le fit se précipiter sur l'enfant…
- Attend… laisse-moi t'aider.
- Non, je… je peux…
Mais avant qu'elle n'ait le temps de le réaliser, de retorquer ou de le voir arriver, le Mage avait déjà saisi Connor sans la moindre difficulté. Le soulevant contre lui comme s'il n'eut été qu'un nouveau-né, qu'un poids plume ou qu'un petit animal blessé, elle le vit l'enlacer avec une effroyable légèreté… le porter jusqu'à un fauteuil près de la cheminée… l'y déposer sans jamais sourciller… et le border tendrement d'une couverture dans laquelle il s'empressa de l'enrouler. Un bref enchaînement de gestes étonnement simples et mesurés, face auquel Hermione ne put cependant s'empêcher de rester profondément stupéfiée. Et pour cause ! Il avait été d'une telle rapidité… d'une telle précision et efficacité ! Pourtant il ne s'était pas pressé, précipité ou simplement dépêché de la délester ! Non, il… il avait pris le temps de le regarder, de le saisir délicatement, de veiller à ne pas le réveiller, de dégager une mèche collée à son menton, de l'installer près de la cheminée, de le border soigneusement, de s'assurer qu'il ne soit pas troublé, de lui déposer un baiser sur le front… et tout ça en quoi ? Cinquante secondes ? Une minute ?! Elle n'aurait su dire… mais quel que soit le temps qu'il ait mis, elle en revanche, eut besoin de plus du double pour simplement parvenir à respirer sans gémir.
- Je… je suis désolée, je…
- Ce n'est rien. Dit-il sans gravité. Tu as eu une dure journée et puis… tu dois t'économiser.
S'économiser.
Se préserver.
Se délasser.
Se reposer.
Se choyer.
S'apaiser…
Des mots qui se voulaient bienveillants et sensés… logiques et bien pensés… normaux et adaptés ; mais des mots qui ne réussirent qu'à assoir sa propre vulnérabilité. Grand dieu, quelle honte ; quelle honte de se voir si lente. Si affaiblie. Si dépendante. Si démunie. Si souffrante. Si amoindrie. Si défaillante ! Mais elle ne pouvait nier l'évidence… la fatigue avait engourdi ses membres, l'adrénaline avait quitté son sang et les migraines martelaient ses tempes. Un état de faiblesse aussi visible qu'incontestablement évident, qui ne tarda pas à rosir ses joues de honte.
- Je… je suis désolée. Souffla-t-elle alors en apnée.
- Ne le sois pas.
- Mais il est… il est si…
- Petit ? Sourit-il. Détrompe toi…
Surprise par l'étrange sincérité de son sourire, c'est l'œil curieux qu'Hermione le vit jeter un regard attendri sur le petit. Habité d'un sommeil paisible, Connor n'avait pas bougé d'un cil, ses petits poings alors fermement repliés contre lui. Indifférent à la différence de textile, de chaleur ou de bruit, il ne laissait échapper de sa poitrine qu'un souffle inaudible… qu'un léger balbutiement de cils… qu'un infime frémissement de sourcils… mais jamais plus que ce que Morphée ne le laissait saisir. Ainsi et sous leur yeux ébahis, ne restait de leur petite terreur des mers que repos, quiétude et silence endormit ; que légèreté, douceur et joues rebondies… que calme, bonheur et rêves assoupis. Une image qu'aucun des deux sorciers n'avaient eu l'occasion de contempler depuis leur départ de l'île, mais dont la beauté, la puissance et la simplicité sublime, ne réussirent qu'à gonfler leurs cœurs de souvenirs…
Et Seigneur… tant de souvenirs.
Des souvenirs de joie, d'amour et de vie.
Des souvenirs de baignages, de soleil et de rires.
Des souvenirs d'histoires, de rêves et de sourires.
Des souvenirs de balades, de mers et de regards complices.
Des souvenirs de partage, de découvertes et d'aventures héroïques.
Des souvenirs qui resteraient à jamais le plus beaux de toutes leurs vies…
Aussi, il ne fallut pas longtemps après ce silence meurtrie pour qu'ils ne restent en suspens que quelques regards furtifs, sourires tristes et des soupirs indécis… soit les premiers d'une longue série.
- Il se porte bien ; du moins, je… je crois. Déclara alors le Mage d'un air grave. Je me suis assuré qu'il soit suivi par les meilleurs médicomages.
- C'est… c'est une bonne chose.
- Oui. Et il y a mieux encore… Sourit-il.
- Mieux ?!
Etonnée, Hermione vit le Mage s'avancer d'un air étrangement enjoué, son regard s'animant brusquement en dépit de ses joues creusées.
- Il commence à prendre du poids.
- Du… du poids ?! Répéta-t-elle ahurit.
- Hum hum !
- Mais… mais comment ?! S'exclama-t-elle. Je croyais que son métabolisme était… était…
- Figé ? Je le croyais aussi ! Et pourtant… ce petit garnement a pris pas moins d'une demie livre.
Une demie livre.
Une demie livre.
Une demie livre.
Une demie…
Seigneur, cela semblait infime… et pourtant, jamais nouvelle ne lui arracha plus beau sourire.
- C'est… c'est merveilleux ! S'exclama-t-elle la larme aux cils.
- Je suis d'accord ! Mais il n'y a pas de hasard… Narcissa le nourrit beaucoup trop, Luna ne cesse de lui faire des gâteaux et j'ai même cru comprendre qu'il extorquait des friandises à Drago ! Tout ça en plus du rhum qu'il mendie aux Elfes de Maisons, des sardines qu'il fait sécher dans sa chambre et de son étrange fascination pour la confiture à l'orange…
Abasourdi par ce nouveaux flots d'informations, Hermione se senti prise d'autant de joie que de frissons. Et pour cause ; elle avait l'impression qu'un siècle s'était écoulée depuis la dernière fois qu'elle avait entendu ce noms… Narcissa, Luna, Drago… Seigneur, où étaient-ils ? Que leur était-il arrivé ? Comment se portaient-ils ? Avaient-ils été blessés ?!
- Hermione ?
Et Lucius ?! S'était-il remis ? Etait-il toujours alité ? Avait-il repris ses fonctions de Ministre de la magie ? Ou restait-il en retrait ?
- Hermione ?! Commença-t-il à s'inquiéter.
Et les autres ?! Leurs soldats ? Mangemorts ? Fidèles ? Et sujets ? Avaient-ils été tués ? Sauvés ? Libérés ? Ou exterminés ?! Elle commença à se le demander ; à sentir ses pensées se brouiller, ses questions affluer, sa migraine s'intensifier, une nausée la gagner et ses craintes s'aggraver… à tel point qu'elle ne se rendit même pas compte que son Maître l'appelait.
- Hermione !
- Ou… oui ? Sursauta-t-elle.
- Tu vas bien ? Demanda-t-il.
Bien.
Bien.
Bien.
Bien.
Bi…
- Oh, heu… oui, je… je vais bien. Bégaya-t-elle.
- Tu es sûr ?
- Je…
- Tu fixais le vide.
Le vide.
Le vide.
Le vide.
Le vide.
Le… le vide ?
- Oh, je… je réfléchissais juste à… à…
Oh non… oh non, non, non ! De quoi parlaient-ils déjà ?!
- A…
Il était question de… de… de poids ! De poids, de sardines et de… de marmelade ! Ou était-ce de la confiture ? Elle ne savait plus ; mais quand bien même, pourquoi diable se seraient-ils mis à parler de confiture ?!
- Pardonne-moi. Souffla-t-elle mortifiée. Je… je ne…
Incapable de finir sa phrase sans étouffer, de persister sans haleter ou de regarder son Maître sans vouloir immédiatement se cacher, Hermione ferma les yeux dans un pincements de lèvres gêné. Honteuse, blessée et atterrée par sa propre incapacité à s'exprimer, elle tenta d'y remédier ; de se concentrer, d'y voir plus clair et de se raisonner ! Mais plus elle tentait d'y réfléchir, de répondre à son Mage et de rassembler les brides de son esprit, plus elle sentait irrémédiablement vide.
Oui… vide.
Piégée dans l'étau de sa propre vulnérabilité, l'intégralité même de sa conscience lui semblait sur le point de lui échapper, de s'émietter et de l'abandonner... Acculée entre ses douleurs et discours avortés, ses émotions se confondaient, ses certitudes s'étiolaient, ses idées se délitaient et ses souvenirs se floutaient, prêt à ne laisser d'elle qu'un regard vide de toute lucidité ! Prêt à ne laisser d'elle qu'un crâne vide de tout utilité ! Prête à ne laisser d'elle que les vestiges de ce qu'elle avait été… Certes, elle savait qu'une telle chose arriverait ; que son réveil l'avait malmené, qu'elle devait se ménager et rester lucide quant à ce qu'elle avait enduré ! Mais grand Dieu, qu'il était difficile de se sentir diminuer ; de s'entendre bafouiller, de se voir en difficulté et de savoir son âme à nouveau ancrée… et pourtant encore si loin de la réalité.
- Je… Souffla-t-elle désorientée.
Seigneur… c'était insensé.
- Je ne… je…
Insensé ! Insensé ! Insensé ! Mais tellement plus puissant que les maigres tentatives de son corps épuisé…
- J'essaie de me concentrer, mais je… je ne… n'y arrive pas. Avoua-t-elle sans voix.
Non… elle n'y arrivait pas. Mais pourquoi ?! Pourquoi n'y parvenait-elle pas ? Pourquoi cela faisait-il si mal ? Pourquoi ne réussissait-elle pas à former la moindre phrase ?! Après tout, il était là ! Face à elle ! Prêt à l'entendre ! Mais quand bien même elle pouvait sentir la chaleur de son regard, rien ne parvenait à apaiser la douleur de ses entrailles… le désespoir de son âme… et le feu de son poitrail… Un détail qui ne manqua pas de teinter son infini bonheur d'un profond désarroi, et qui alors même qu'elle brûlait d'impatience de retrouver enfin son Mage, ne réussit qu'à noyer ses joues de nouvelles larmes.
- Je suis désolée, je… je…
Elle ne comprenait pas.
- Je… je le veux.
Elle n'y arrivait pas.
- Je… j'essaie… Haleta-t-elle en nage.
Elle ne se raisonnait pas.
- Mais je… je… je…
Elle ne se contrôlait pas !
- Par Morgane… ragea-t-elle tout bas.
Doux Jésus… Quelle infamie. Quelle honte ! Quelle hérésie ! Quelle humiliation ! Être coincée dans son propre corps, prisonnière de sa faiblesse, privée de la moindre force et condamnée à ignorer l'homme qu'elle aimait… à croire qu'un coma n'était pas assez et que les Dieux avaient décidé de la priver de ses dernières capacités ! Et tout ça pourquoi ? Pour ne laisser d'elle qu'un corps chétif au regard figé ; qu'une Initiée inutile aux pensées éludées… qu'une femme tremblante aux phrases inachevées, dont les larmes incessantes s'étaient mises à laver le sang dont ses joues étaient nappées…
- C'est comme si je… je n'arrivais pas à me recentrer… Dit-elle entre deux hoquets. Mes pensées sont… sont confuses et… et brouillonnes et…
Désordonnées.
Insensées.
Mal tournée.
Infondées.
- Et mes yeux sont… sont lourds et… et chauds…
Pesants.
Tremblants.
Larmoyants.
Fuyants.
- Pourtant, je… je le veux mais… mais… je… je me sens…
Chutait.
Agoniser.
Etouffer.
Ensuquer.
- Mais c'est… comme si je… je…
Devenais folle.
Perdais l'esprit.
Ne voyais qu'un monde difforme.
Sombrais dans une nouvelle vésanie.
- C'est… c'est comme…
- Comme si quelque chose t'entraînait malgré toi vers le vide. Souffla-t-il.
Le vide.
- Comme si on t'arrachait le cœur à même la poitrine.
Le cœur.
- Que ton corps n'avait plus le moindre équilibre.
L'équilibre.
- Que tes pensées n'était plus qu'un amas de bruit.
Le bruit.
- Et que le monde entier te semblait… inaccessible.
Inaccessible.
Abasourdie, sonnée et livide devant lui, Hermione regarda son maître sans rien dire, un nouvelle étau de feu incendiant sa poitrine. Oui, c'était cela...
Cette impression de sombrer dans un inextricable vide.
Cette impression de gésir sans vie, sans cœur, âme, esprit ou équilibre…
Cette impression de se perdre dans un amas de pensées bruyantes et impies…
Cette impression de contempler un monde qui lui serait désormais à jamais inaccessible…
Tel était ce qu'elle vivait ; tel était ce qu'elle ressentait, subissait, endurait… et le pire était que jamais ça ne s'arrêtait. Non… ça continuait, ça perdurait, ça empirait ; et chaque fois qu'elle se risquait à croire que cet Enfer cessait, ça recommençait… encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore, jusqu'à ce qu'il ne reste d'elle qu'un esprit vide sans la moindre emprise sur son corps ! Jusqu'à ce qu'il ne reste d'elle qu'un cœur battant sous le joug de la Mort ! Jusqu'à ce qu'il ne reste d'elle qu'une essence dénuée de substance, d'éclat et de force… Pourtant, et l'ironie n'en était que plus troublante, elle n'était pas réveillée depuis très longtemps. Mais il n'était là question d'aucune véritable mesures de temps ; de minutes, d'heures, de jours, d'années ou même de secondes ! Mais de cette agonie dans laquelle s'étiolait les restes de sa conscience… de la tourmente dans laquelle se délitait le contours de ses sens… et du spectre de mille souffrances dans lequel se perdait son nouveau mirage d'existence.
- Seigneur… je dois te paraître pitoyable. Dit-elle alors, les yeux emplis de larmes.
- Ne dis pas ça.
- Mais c'est le cas.
- Non ! Tonna-t-il d'une voix plus ferme.
Détournant presque immédiatement le regard, Hermione déglutit douloureusement entre ses larmes ; des larmes silencieuses, inaudibles et presque invisible sur ses joues trop pâles… qui lui semblèrent pourtant couler directement depuis son âme.
- Je déteste ça. Avoua à demie voix.
- Hermione…
- Je déteste ne pas me sentir pleinement… là.
Pleinement là…
- Je déteste sentir mes pensées s'échapper comme si… comme si elles n'existaient même pas ! Siffla-t-elle en rage.
N'existaient pas…
- De me sentir aussi faible, incapable et… et inapte.
Faible, incapable, inapte…
- Hermione, s'il te plaît… tu te fais du mal.
- Mais c'est la vérité ! Hoqueta-t-elle.
Non… non, il ne voulait pas l'entendre dire ça. Il ne voulait pas la voir perdre espoir. Il ne voulait pas la voir s'accabler à tout va ! Encore moins à l'heure où elle n'était qu'aux prémices de son futur cauchemar…
- Non… insista-t-il. C'est faux.
- Mais je…
- Tu es épuisée ! Riposta-t-il. Tu as juste besoin de repos et tu le sais !
Epuisée ? Oui, elle l'était. Et pourtant, elle enrageait. Elle fulminait. Elle s'exécrait. Elle s'insupportait. Elle s'horrifiait. Elle se maudissait. Elle se détestait ! Et plus encore devant l'homme qu'elle aimait…
- Je déteste que tu me voies comme ça. Souffla-t-elle alors le regard bas.
- Her…
- Mais plus que tout autre chose, je… je déteste te faire subir ça.
Ebranlé par la douleur de sa sincérité, Voldemort blêmit en entendant sa voix se briser, son cœur se fracturant violemment devant son regard mordoré ; un regard embué par une douleur que nul n'aurait pu imaginer, et dont la seule vision suffit à le pétrifier. Seigneur… il savait quel tourment l'assaillait. Il savait quelle horreur la possédait. Il savait quel doute l'assiégeait. Il savait quelle peur la torturait ! Mais savoir qu'elle en culpabilisait ; qu'elle en éprouvait de la honte, de la crainte et de la gêne… pour lui, qui plus est ?! Non. Non, il ne pouvait le supporter. Il ne pouvait l'accepter. Il ne pouvait le tolérer ! En particulier quand il était seul responsable de ce qu'elle endurait…
- Tu ne diras peut-être plus ça quand… quand tu sauras.
Désarmée, Hermione frémit en le voyant se détourner, les épaules basses et les lèvres pincées à mesure que son regard se perdait vers la cheminée ; tout comme elle ne sut que dire réagir quand elle vit une soudaine peur à l'habiter…
- Quand… quand je saurais quoi ? Balbutia-t-elle.
Un silence.
Un deuxième.
Et Voldemort baissa la tête.
- La vérité.
Un silence.
Un deuxième.
Et Hermione devînt blême.
- Quelle… quelle vérité ?
Un silence.
Un deuxième.
Et Voldemort se mordit la lèvre.
- La vérité sur… sur…
Seigneur… il ne voulait pas le dire. Il ne voulait pas le dire ! Mais il n'était pas question de lui.
- La vérité sur ce que je t'ai fait…
Hello tout le monde !
Voici le nouveau chapitre et avec lui, beaucoup de choses !
Comme vous le voyez, Hermione doit faire face à de nouveaux défis et le pire reste à venir... mais même si je sais que les "grandes explications" se font attendre (ne vous en faîte pas, elles arrivent bientôt !), les infos de ce chapitres sont particulièrement importantes ! De même que de petits indices semé tout au long du chapitre, qui seront essentiels pour la suite... d'ailleurs, n'hésitez pas à me dire si vous les avez repéré ;)
En tout cas, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! Soyez attentifs, celui de la semaine prochaine risque d'être fort en révélations ;)
A très vite !
