Hello again !

Bon, bah vu la façon dont ce chapitre se termine, il va y en avoir trois :D

Note importante : Chez moi le site fonctionne extrêmement mal depuis plusieurs semaines. Vous pouvez retrouver cette fic sur AO3, où j'ai le même pseudo, et où je vais progressivement uploader toutes mes fics, achevées comme en cours. Je continuerai à poster ici au cas où les problèmes finiraient par être réglés, mais il est possible que je ne puisse pas répondre à vos reviews.

Enjoy !


Le lendemain, ce fut avec une certaine appréhension mêlée d'impatience que Cloud se rendit à la Gainsborough Inc. Autant il était habitué à la première émotion, autant la deuxième – et d'autant plus associée au travail – avait une saveur exotique, comme une épice inconnue qui vient souligner un bon plat. Son pas était un peu plus léger, ses sens plus affûtés, et une détermination oubliée pointait timidement le bout de son nez tandis qu'il posait les yeux sur l'imposant bâtiment de verre et d'acier. Aujourd'hui, il lui semblait receler des mystères qu'il ne tenait qu'à lui de dévoiler. Il monta quatre à quatre les marches du parvis arrogant et franchit les portes tournantes.

Dès qu'il fut à l'intérieur, son regard se mit à scanner son environnement comme s'il se trouvait dans un niveau vidéoludique truffé de secrets à découvrir. Il remarqua ainsi des petits détails auxquels il n'avait jamais prêté attention, comme cette grosse plante verte aux feuilles épaisses plantées à côté du bureau d'accueil, ou cette porte au fond du hall qui avait l'air vaguement menaçante et dont il ignorait où elle menait. Mais rien de tout cela ne l'intéressait vraiment. Il s'attendait à tout moment à tomber sur son manager et était incapable d'anticiper la réaction qu'il aurait après cette étrange entrevue la veille.

Cependant, le chemin jusqu'à sa place dans l'open space ne fut semé d'aucune embuche. Après avoir encore méticuleusement examiné son environnement, il consentit à s'asseoir et à relâcher un tant soit peu la tension qui lui raidissait les épaules. Il se mit au travail, profitant que la journée soit particulièrement calme puisque Barret, qui travaillait à temps partiel pour s'occuper de sa fille, n'était pas là aujourd'hui.

Ce qui l'alerta ne fut pas un son, car son manager se déplaçait silencieusement comme un félin, mais une délicate fragrance de cèdre. Il n'osa pas tourner la tête avant que Tseng n'ait dit un mot, pourtant il était évident qu'il l'avait entendu, si son manager en jugeait par ses mains figées au-dessus de son clavier et son dos tendu comme celui d'un enfant surpris en train de faire une bêtise.

« Bonjour, Cloud. »

L'interpellé se tourna lentement, d'une manière plus similaire à celle d'un personnage de film d'horreur conscient que la mort est juste derrière lui que celle d'un héros de romance retrouvant sa bien-aimée. Il leva les yeux avec la même lenteur exagérée, découvrant d'abord le pantalon impeccablement repassé, puis la veste élégante, et enfin le visage impénétrable de son manager. Il était exactement semblable à la veille, comme s'il n'avait pas dormi, ni même quitté l'entreprise. Ce qui semblait d'ailleurs corroborer l'hypothèse de Cloud selon laquelle Tseng n'était qu'un rêve auquel il avait donné forme et texture à force de s'ennuyer à mourir entre ces murs.

« Bonjour », répliqua-t-il finalement d'une voix plus assourdie qu'il ne l'aurait voulu.

« Tenez, dit Tseng en lui tendant un dossier. C'est votre nouveau projet. Il présente quelques difficultés, mais je suis certain que vous saurez les surmonter. Qui plus est, je veux voir de quoi vous êtes capable. »

Son regard jusqu'à présent neutre s'embrasa d'une lueur étrange, suggérant une facette cachée, plus passionnée, chez cet homme si étrangement serein et poli. Cloud prit le dossier d'une main méfiante, se demandant si on lui tendait un piège, ou bien si son manager voulait réellement lui donner une chance de briller.

Il parcourut le dossier rapidement, conscient du regard de Tseng pesant sur lui. Et il décida que quelles que puissent être les motivations de son manager, il comptait bien relever ce défi, ne serait-ce que par fierté personnelle. Même s'il songeait à quitter la Gainsborough Inc., il voulait le faire la tête haute.

« Très bien, lâcha-t-il les dents serrées. Je m'en occupe. Merci. »

Tseng acquiesça avec l'un de ces mystérieux sourires dont il avait le secret, puis il fit mine de partir avant de se figer au beau milieu de son geste. Il pencha la tête de côté en regardant Cloud, et lança du même ton serein qu'il employait toujours :

« Je vous invite à dîner ce soir. »

Cloud cligna des yeux, les mots se répétant en échos toujours plus déformés dans son esprit, jusqu'à perdre tout leur sens. Si tant est qu'ils en aient eu pour commencer.

« J'attends votre réponse d'ici 18h », l'informa poliment Tseng avant de tourner les talons.

Cloud resta bêtement assis à moitié tourné vers lui, le dossier à la main, désemparé comme un chaton sous la pluie. Heureusement que Barret n'était pas là aujourd'hui, sinon il en aurait entendu parler pendant des mois. Il sortit finalement de sa transe pour commencer à se plonger sérieusement dans son nouveau dossier, remettant à plus tard – avant dix-huit heures, bien noté, merci – la décision de répondre favorablement ou non à cette invitation inattendue.

Mais alors qu'il avait la tête dans des chiffres et des données diverses et variées, à l'arrière de son esprit, le débat faisait rage. Ce dîner serait hors du cadre du travail, mais est-ce que cela comptait vraiment ? Ça ne signifiait pas qu'il n'y aurait pas de conséquences pour leurs relations professionnelles. Qui étaient d'ailleurs déjà assez bizarres en l'état. D'un autre côté, c'était étrangement tentant d'accepter. Il avait l'impression, un peu comme quand il était arrivé devant l'immeuble de Gainsborough Inc. plus tôt dans la journée, de se retrouver au seuil d'un territoire auréolé de mystère qui réveillait son instinct d'explorateur et son attrait pour l'inattendu. Ce qui, compte tenu du caractère désolé, voire lugubre de sa vie actuelle, semblait a priori une bonne chose. Qu'avait-il réellement à perdre, après tout ? Et non, définitivement, en dépit de ses réticences, il était tenté. Qu'est-ce qui n'était pas tentant chez Tseng, d'ailleurs ?

À 17h12, il frappait à la porte de son manager. Quand sa voix douce lui répondit d'entrer, il le fit, se planta raide comme un piquet devant le bureau et déclara comme un soldat au rapport :

« J'accepte votre invitation.

— Très bien, approuva son manager avec une ombre de sourire. Rendez-vous au Septième ciel. »

D'abord, Cloud crut à une proposition indécente, tant l'idée que Tseng puisse connaître le bar de sa meilleure amie – qui servait quelques plats le soir – lui paraissait incongrue.

« À 20h », précisa son manager.

Cloud resta indécis, dans le brouillard, cherchant à décrypter le regard de Tseng, et finalement balbutia :

« Merci. Je connais l'endroit. »

Il examina la réaction de son vis à vis, mais celui-ci ne parut pas le moins surpris de l'apprendre. Et soudain Cloud se demanda qu'est-ce que Tifa, qui lui avait dit de se méfier, allait bien pouvoir penser d'un tel dîner, et il se mit à rougir.

« Autre chose ? » demanda aimablement Tseng face à son silence figé.

Cloud s'empressa de secouer la tête et déguerpit sans demander son reste.


Rendez-vous au Septième Ciel…

Les mots chargés de double sens ne cessèrent de résonner dans l'esprit de Cloud, qui finit par tourner à la paranoïa. En effet, Tseng venait de lui confier un dossier difficile sur la base duquel il comptait apparemment l'évaluer, mais d'un autre côté, il semblait faire de son mieux pour le perturber avec ses propositions peut-être indécentes. C'était rageant de ne même pas réussir à déterminer ce dernier point. Aussi, même si Cloud redoutait la réaction de Tifa, il se dit que ce n'était peut-être pas une mauvaise chose qu'elle soit témoin du rendez-vous de ce soir. Étant extérieure et a priori pas fascinée par Tseng, peut-être verrait-elle quelque chose qui lui échappait. En tout cas, une partie de Cloud ne pouvait pas s'empêcher de considérer que Tseng était en fait un agent de la diabolique Aerith, envoyé dans le but de prouver qu'il ne valait pas la promotion qu'il avait réclamée, et peut-être même sa place à la Gainsborough Inc. Ce genre de méthode tordue et indirecte, ça ressemblerait bien à cette manipulatrice.

Mais non, il ne voulait pas que son aversion pour sa patronne lui gâche ce sentiment d'aventure rafraîchissant qui s'était rappelé à lui ce matin. Il voulait en profiter. Vivre, un peu.

Quand il quitta son poste ce soir-là, il laissa tomber le métro et courut plus ou moins tout au long du trajet jusqu'à chez lui. Il se laissait porter par cet enthousiasme légèrement enivrant comme un parfum, se fichant des regards intrigués qu'il récoltait en chemin, alors qu'il courait à la façon d'un écolier à qui la sonnerie de fin de journée donne enfin le droit de retrouver sa véritable nature d'enfant. Finalement, les adultes ne fonctionnaient-ils pas un peu comme ça aussi, et à plus forte raison quand ils travaillaient dans des environnements guindés et truffés de règles, protocoles, et autres normes ?

Alors que l'heure du rendez-vous approchait, une multitude de questions se mirent à fuser dans son esprit. Devait-il s'habiller avec classe, ou plutôt casual ? Tseng allait-il enlever ses gants pour manger ? Était-ce une réunion de travail, un dîner romantique, ou des préliminaires ? Aerith était-elle derrière tout ça ?

Il n'avait aucune réponse, bien entendu, et pourtant il devait tout de même faire des choix. Il opta pour un jean bleu délavé et une chemise blanche. Il ne chercha pas à tenter l'impossible avec ses cheveux. Il décida que quelles que soient les intentions de Tseng, elles deviendraient plus claires, et que s'il faiblissait à cause du charme de son manager, Tifa serait là. Il avait accepté le défi professionnel de Tseng : quel que soit le celui qu'il lui proposait maintenant, il le relevait aussi.

Alors qu'il se dirigeait d'un pas déterminé vers le bar de sa meilleure amie, Cloud réalisa soudain qu'il avait oublié de la prévenir de ses plans pour ce soir… Il réfléchit : après tout, ce n'était peut-être pas plus mal. Il devait avouer qu'il craignait un peu sa réaction, car accepter ce dîner n'était peut-être pas la meilleure idée du monde.

Il jeta un coup d'œil nerveux à son portable : il était en avance. Il préférait ça que de tomber sur Tseng directement. Le Septième ciel, c'était son QG, il n'avait pas de raison d'y être mal à l'aise et voulait s'y installer confortablement comme tous les soirs avant d'affronter la suite. Quand il entra, Tifa lui lança un regard surpris : en effet, à part quand il rentrait du boulot, il ne venait jamais en chemise. Il préférait les t-shirts sans manches. Il vit son regard pétiller et devina qu'elle avait saisi ses intentions pour ce soir, même si c'était clairement un fait exceptionnel, voire extraordinaire. D'habitude, il ne parlait à personne ici à part Tifa, et parfois à Barrett quand il venait squatter avec Marlène. Son collègue aussi appréciait ce bar, et sa fille semblait l'aimer encore plus, et ne paraissait jamais s'ennuyer dans cet endroit rempli d'adultes où tout attirait son attention et semblait source de joie.

Comme d'habitude, Cloud prit sa place au comptoir, et Tifa lui servit sa bière sans rien dire, mais il sentait bien son regard plein de questions. Finalement, elle posa les mains sur ses hanches et approuva :

« Pas mal, la chemise. »

Il grommela, mécontent sans trop savoir pourquoi. Une onde froide de nervosité se propagea dans ses entrailles tandis qu'il jetait un coup d'œil par réflexe à l'entrée du bar. Puis, assuré qu'il avait encore un peu de temps, il s'empressa de boire sa bière.

« Je sais pas trop ce qui se passe », avoua-t-il à Tifa, en lui racontant ensuite que Tseng lui avait donné rendez-vous ici.

« De plus en plus étrange… commenta sa meilleure amie. Mais je vais pouvoir observer !

— C'est ce que je me suis dit aussi… » marmonna Cloud qui était bien obligé d'admettre que la présence de Tifa le faisait se sentir un peu plus confiant.

« Et puis, je suis vraiment curieuse de voir à quoi il ressemble », continua sa meilleure amie. Elle s'apprêtait à ajouter autre chose quand elle se figea, son torchon à la main, le regard tourné vers la porte. « Oh », fit-elle simplement, et Cloud se demanda ce que ça pouvait bien signifier.

Devinant que son « rendez-vous » était arrivé, il finit sa bière, inspira un grand coup, redressa le menton, et se leva pour faire face à cet homme dont il ne savait pas encore s'il était un allié, un ennemi, un potentiel amant, ou un genre de mélange des trois.

Tseng portait encore l'un de ses costumes noirs, et Cloud eut la vision d'un dressing de psychopathe entièrement rempli de costumes noirs identiques soigneusement alignés. Il nota aussi que l'homme avait l'air quelque peu déplacé dans ce bar où personne n'était classieux et où on dînait plutôt entre copains que dans une optique romantique. Il se demanda ce que Tseng en pensait, mais comme toujours, il ne sut pas interpréter son expression. Il sourit cependant en le voyant, et Cloud lui indiqua une table tandis qu'une Tifa ricanante se dirigeait vers la cuisine pour passer commande pour deux plats du soir. Ils s'installèrent en silence, l'un embarrassé, l'autre serein.

Heureusement, Tifa ne tarda pas à revenir avec une bière pour Cloud, puis s'adressa aimablement à Tseng :

« Qu'est-ce que vous prendrez ?

— Un whisky sec. Votre meilleur. »

Évidemment, se dit Cloud. Après tout, le type avait une dégaine de riche mafieux, il le voyait mal boire une bière américaine. Quand il reçut sa commande – Cloud espéra qu'il n'allait pas grimacer, car le meilleur whisky de Tifa n'avait certainement remporté aucune médaille – Tseng examina Cloud et avoua avec une sincérité apparente qui le désarma :

« Je suis content que vous ayez accepté mon invitation. »

Cloud ne sut pas trop quoi répondre à ça, et puis, il y avait trop de choses qui le perturbaient, et il décida d'entrer dans le vif du sujet.

« J'ai l'impression que vous n'avez pas choisi cet endroit au hasard…

— Vraiment ? fit Tseng en haussant un sourcil intéressé.

— Vous saviez que je le fréquentais, pas vrai ? En fait, vous semblez en savoir beaucoup à mon sujet, et l'inverse n'est pas vrai. Ça me donne l'impression que vous avez des motifs cachés. »

Tseng le contempla avec une lueur de surprise dans ses yeux bruns rougeoyants, puis avec un sourire amusé. Finalement, il affecta un soupir et écarta les mains.

« Très bien, j'avoue tout. Je vous ai stalké sur LinkedIn. »

Cloud en resta ébahi, sa pinte suspendue entre la table et ses lèvres. Bon sang, il savait bien qu'il aurait dû mieux regarder ces fichues options de confidentialité ! Il s'apprêta à répliquer que ça n'expliquait pas tout, et sa connaissance du Septième ciel, mais il se rappela que Tifa était elle aussi sur LinkedIn, et que c'était l'une de ses rares relations sur le site. Il fit défiler sa page de profil dans sa tête, se rassura en se disant qu'il ne devait rien y avoir de compromettant puisque c'était un site professionnel, mais tout de même, ça l'ennuyait, et ça ne faisait qu'accentuer cette impression de déséquilibre. Mais c'était normal pour un manager de se renseigner sur son équipe, non ? Pourtant, Tseng avait dit « stalker ». Et pas : « j'ai jeté un œil à votre profil LinkedIn ».

« Et… Pourquoi ? » demanda-t-il donc d'un air méfiant.

Tseng haussa légèrement les épaules.

« Après notre première rencontre, j'étais intrigué. »

Première rencontre… Laquelle ? Quand leurs regards s'étaient croisés et qu'il lui avait souri, ou le lendemain quand il était venu se présenter ?

« Toujours est-il cet endroit charmant m'a paru approprié », reprit Tseng avec innocence, mais sous laquelle Cloud crut percevoir tout un océan caché de luxure. Ou bien est-ce que c'était un vœu pieux ?

« Pourquoi 'approprié' ? voulut-il savoir, fixant intensément son manager.

— Vous connaissez bien l'endroit, j'ai pensé que ce serait mieux. Je sais que comme cela doit vous paraître étrange, voir dérangeant, de sortir avec votre manager. J'aurais pu choisir un terrain neutre, mais un terrain familier pour vous m'a paru une meilleure option. »

Ou alors ça fait partie de ta stratégie diabolique ! fulmina Cloud intérieurement, à deux doigts de lui demander s'il était un sous-fifre d'Aerith envoyé pour le tourmenter.

« Je comprends votre méfiance », continua Tseng en trempant finalement les lèvres dans son verre de whisky. Cloud eut la surprise de voir son visage s'éclairer subtilement, comme s'il se rappelait un bon souvenir. « Mais croyez-moi, mon seul objectif est de passer une bonne soirée. »

Cloud n'arrivait pas à savoir s'il devait effectivement le croire. Mais après tout, que risquait-il ? C'était juste un dîner. Il hocha la tête d'un geste raide, sirotant sa bière pour se donner contenance.

Tseng se mit alors en devoir d'égayer la conversation, avec un tact et un naturel déconcertant. Les échanges verbaux n'étaient clairement pas le fort de Cloud, mais son manager lui facilitait la tâche avec des questions précises et des relances régulières, sans jamais lui mettre la pression pour autant. Cloud était surpris par tant de délicatesse, mais là encore, il pouvait s'agir de pure manipulation. Il regrettait d'avoir ces pensées paranoïaques, mais il était bien placé pour savoir que tout le monde n'était pas bien intentionné. Et même quand elles l'étaient, certaines personnes se montraient incapables de faire preuve de véritable empathie, trop autocentrée ou négligentes, ou bien n'accordaient aucune réelle importance aux autres en dehors de ce qu'ils pouvaient leur apporter.

Leurs plats ne tardèrent pas à arriver, et Tifa ne laissa pas sa curiosité prendre le dessus : elle s'éclipsa rapidement, le gratifiant juste d'un petit clin d'œil pétillant. Alors qu'il reportait son attention sur son manager, Cloud réalisa que le moment était venu de répondre à l'une de ses questions : Tseng allait-il retirer ses gants pour manger ? Ce fut avec une satisfaction un peu perverse qu'il constata que non. Son manager regarda son plat avec une lueur d'envie aussi charmante que sexy, et après lui avoir poliment souhaité bon appétit, il entama son repas. Cloud fit de même, toujours sur la réserve, mais il devait bien avouer que Tseng marquait des points. S'il lui avait semblé déplacé à son arrivé au Septième ciel, il se comportait comme s'il connaissait les lieux depuis toujours et rien n'indiquait qu'un menu unique et populaire dérogeait à ses habitudes. Alors que Cloud était à peu près certain que sa paie devait valoir le double de la sienne.

En tout cas, malgré sa nervosité, Cloud aussi fit honneur à son repas. Il aimait la cuisine simple, réconfortante et qui tenait au corps de l'établissement. Et plus le dîner avançait, plus il se réchauffait au contact de Tseng. La bière et le charme de son interlocuteur aidant, il pensait de moins en moins aux tenants et aboutissants de toute cette histoire, et il chercha à en savoir davantage sur Tseng. Il évita tout ce qui avait rapport au travail, et posa des questions sur ses goûts culinaires et musicaux, sur ses hobbies. Rien de trop personnel, mais rien de trop superficiel non plus. Exactement comme à un premier rendez-vous amoureux. Tseng répondit de bonne grâce à ses questions. Il aimait particulièrement la cuisine thaïe, la musique classique (ce qui fit sourciller Cloud, qui trouvait que c'était une musique de psychopathe, rejoignant l'image dérangeante du dressing plein de costumes identiques). Dans son temps libre, il se détendait en nageant (ce qui provoqua des images d'une toute autre nature dans l'esprit de Cloud). Quand ce fut le tour du blond de répondre à l'interrogatoire, une part de son malaise revint, mais il tâcha de ne pas se montrer totalement grossier face à la délicatesse, la politesse et même la gentillesse de Tseng. Tout en restant un peu sur la réserve, il finit par oublier en partie que c'était toujours son manager, ou en tout cas, qu'il le redeviendrait le lendemain.

Et Cloud n'avait pas envie de voir ce moment arriver. Il se sentait bien. Il avait presque oublié cette sensation de tranquillité mêlée d'excitation, celle qu'on éprouve lorsqu'on se consacre à une activité qu'on aime vraiment. Les sens aux aguets, l'esprit clair. Vivant. L'idée de rentrer chez lui dans son appartement trop familier, dans le silence de la nuit, aller au lit sans autre perspective que d'attendre demain où la même vie ennuyante recommencerait… Non. Il ne voulait pas ça. Ce fut probablement pour cela, lorsque Tseng lui proposa de poursuivre la soirée ailleurs, qu'il accepta sans même savoir où son manager comptait l'emmener.

Tseng tint à payer, l'embarrassant beaucoup devant sa meilleure amie, mais une fois de plus il eut le bon goût de ne rien laisser paraître. Cloud osa à peine regarder Tifa avant de sortir du bar en compagnie de son manager. Il fut soulagé de retrouver l'air frais du dehors, où filtrait une légère bruine qui dansait sous les lampadaires et brouillait les contours obscurcis de la ville. Tseng dégaina un parapluie – Cloud aurait bien été incapable de savoir où il l'avait caché – et le leva aimablement de manière à les couvrir tous les deux. Cloud songea à protester qu'il ne craignait pas la pluie, mais il n'en avait pas vraiment envie. Il était sous le charme de la soirée – ou plutôt de Tseng – alors même si ça l'obligeait à marcher presque collé à lui, ça lui allait.

Ils parlèrent peu au cours de cette promenade sous la pluie. Le léger clapotis sur la toile avait quelque chose d'hypnotique, si bien qu'il faisait à peine attention aux voitures plus bruyantes qui traversaient la chaussée, leurs phares perçant la nuit pluvieuse. Il avait l'impression de marcher sur des nuages. Peut-être qu'il était légèrement ivre, mais son état ne tenait pas tant à la bière qu'au charisme magnétique de l'homme qui l'accompagnait. D'autant que de si près, il sentait à nouveau son parfum excitant de bois exotique, mêlé d'une autre note plus suave qui semblait provenir de sa chevelure – pas le moins troublée par l'humidité ambiante et toujours aussi impeccablement lisse. Il se demanda s'ils se rendaient dans un autre bar, et espéra que non. Tout de même, il eut du mal à y croire lorsqu'ils se retrouvèrent au pied d'un gratte-ciel plutôt chic. Il lança un regard interrogateur à Tseng, qui lui sourit.

« Je me suis dit qu'un peu de calme et d'intimité serait agréable, expliqua-t-il.

— C'est… euh… chez vous ?

— C'est exact. »

Tseng pencha la tête de côté comme dans l'attente de son approbation. Cloud devait refuser. « Calme et intimité », pas besoin d'être un génie pour deviner ce que ça signifiait. Et ce soir, il était seulement censé observer, pas signer pour une partie de jambes en l'air. Et pourtant, il s'entendit dire « D'accord », comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

Tseng replia son parapluie et entra à l'aide d'une clé magnétique. Ils pénétrèrent dans un hall spacieux tapissé de moquette, se dirigeant tout droit vers l'ascenseur. Tseng appuya sur le numéro 32. De là-haut, on devait avoir une vue imprenable, songea Cloud en entrant dans la cage d'ascenseur, elle aussi tapissée de moquette rouge sous une lumière tamisée – ce qui était étrangement sensuel pour un ascenseur, se dit-il tandis que celui-ci démarrait dans un sursaut à peine perceptible. Cloud s'imagina s'élevant au-dessus du sol, laissant tous ses soucis à la porte d'entrée. Certainement, aucun problème ne pouvait vous suivre dans un endroit si confortable… Pourtant, une légère sensation de malaise vint le troubler, et il s'aperçut que Tseng le regardait, ou plutôt, le fixait, avec une intensité inhabituelle si bien qu'elle était d'autant plus frappante. Et quelque chose d'autre frappa Cloud : son manager était définitivement d'une beauté envoûtante. Son regard dériva sur ses lèvres qui lui parurent soudain irrésistibles, et avant qu'il ne s'en rende compte, il avait fait un pas en avant, et venait goûter l'objet de sa tentation. Tseng répondit à son baiser avec délicatesse, et une certaine retenue que Cloud trouva d'autant plus excitante. L'ascenseur s'arrêta discrètement, et les portes s'ouvrirent presque sans un bruit. Cloud suivit Tseng jusqu'à chez lui.

C'était aussi grand et luxueux qu'il l'avait imaginé, mais Tseng avait choisi une décoration sobre, zen. Tout étincelait de propreté, et quelques plantes donnaient de la chaleur à l'atmosphère qui se déclinait dans les tons rouges, noirs et blancs. Au fond, une grande baie vitrée lui dévoilait la vue qu'il s'était imaginé, un océan de lumières scintillantes où les buildings se dressaient comme des coraux de verre. Muet, Cloud contempla son environnement, un peu plus impressionné qu'il n'aurait bien voulu l'admettre. Tseng se dirigea tranquillement vers un bar, en sortit une bouteille whisky et deux verres, puis lui désigna le canapé de sa main gantée.

« Asseyez-vous, je vous en prie. »

À ce stade, Cloud lui aurait bien dit de le tutoyer, mais il trouvait cette politesse un peu surannée délicieusement charmante. Il prit le verre de whisky qu'il lui tendait sans le quitter des yeux, le baiser échangé dans l'ascenseur encore imprimé sur ses lèvres. Tseng prit place à ses côtés, sirotant son verre d'un air pensif qui dénotait avec le regard de braise qu'il avait posé sur lui dans l'ascenseur. Cependant, il n'était pas dans le caractère de Cloud de poser des questions et il laissa le silence s'installer, sans qu'il le trouve inconfortable. Au bout de quelques minutes, Tseng releva la tête et se pencha vers lui. Il ne fit rien pour l'arrêter, acceptant ce second baiser plus que de bonne grâce. La tête lui tourna un peu tandis que l'échange se faisait plus appuyé, un peu plus pressant. Il n'avait plus la moindre résolution en lui. Si Tseng était un agent d'Aerith, alors tant pis. Au moins, avant que la démone ne mette il ne savait quel plan à exécution, il aurait droit à sa nuit torride. Ils rompirent le baiser et Tseng se leva, lui tendant la main. Cloud la prit sans hésitation et se laissa guider au fond d'un long couloir.

La chambre était plongée dans l'obscurité, et Cloud devina les contours d'une armoire, d'un bureau, un fauteuil et une table basse, puis son regard fut attiré par un lit king size qui trônait dans l'obscurité, tout vêtu de noir comme son propriétaire. Son cœur s'accéléra, l'adrénaline se précipitant dans son système. En ville, il ne fait jamais vraiment nuit, et Cloud put admirer son partenaire tandis que celui-ci dénouait sa cravate et laissait glisser sa veste sur ses épaules. Cloud leva une main pour la poser sur son torse, glissant sur le tissu fin et délicat de sa chemise, devinant les contours de son corps juste en dessous, encore inaccessible à sa paume avide. Puis, il s'approcha pour mêler de nouveau ses lèvres aux siennes, tandis que Tseng le déshabillait de ses mains gantées. Il fut si habile à la manœuvre que Cloud se retrouva nu presque avant d'avoir eu le temps de s'en apercevoir. Son partenaire le poussa doucement vers le lit et il s'y allongea. Tseng resta au pied du lit et commença à déboutonner lentement sa chemise, si bien que Cloud eut tout le loisir d'observer son torse pâle se dévoiler. Il admira la courbe de ses épaules, son cou fin et grâcieux, le dessin délicat de ses muscles et de ses os, son ventre plat, sa peau satinée qui s'offrait à la faveur des lueurs humides et mouvantes de la nuit. Tseng fit un geste et Cloud l'arrêta d'une main levée. Il murmura, embarrassé, heureux de la protection des ténèbres :

« S'il vous plaît… Gardez vos gants. »

Tseng acquiesça d'un simple sourire, comme si cette demande n'avait rien d'étrange, et acheva de se déshabiller sous le regard fasciné de Cloud. Et enfin, il dénoua sa chevelure, qui ruissela, noire d'encre, sur ses épaules et son torse. Le souffle de Cloud se bloqua dans sa gorge, mystifié par cette vision. Tseng le rejoignit sur le lit et ses cheveux cascadèrent sur sa peau nue, frais et parfumés comme la pluie, dessinant des frissons descendant comme des ruisseaux pour converger vers son sexe qui se gonfla de désir. Il agrippa son amant avec force pour le serrer contre lui, et celui-ci se laissa faire, lui accordant ses lèvres encore une fois tandis que leurs corps commençaient à danser l'un contre l'autre. Cloud gémit en sentant la main gantée glisser sur sa hanche, se loger sous sa fesse qu'elle empoigna délicatement avant de remonter sur l'intérieur de sa cuisse. Il gémit encore quand Tseng s'écarta de lui, mais il fut vite rassuré lorsque la même main gantée s'enroula autour de sa verge dressée. Le contact du cuir le prit au dépourvu, même s'il se l'était imaginé dans le secret de sa chambre de célibataire. Ce n'était pas froid, mais pas chaud non plus, ni doux, ni rugueux. Tseng imprima une légère pression et il souleva les hanches en poussant un soupir lourd. La main se mit à aller et venir, et Cloud entrouvrit les paupières pour tomber droit sur le regard de Tseng, empli de nuit, rivé au sien avec une sorte d'avidité patiente. Puis, il regarda cette main gantée, aussi parfaite que dans son fantasme, le faisant basculer de l'autre côté de la frontière de la pudeur, gommant ses réticences, ses mauvais souvenirs, ses regrets. Seul son désir demeurait, palpitant dans la nuit. La pluie avait augmenté d'intensité et griffait les carreaux, alors que son corps ondulait selon un rythme inconscient pulsant comme un cœur. Sa vie à cet instant était liée intimement à celle de Tseng, dans cette chaleur partagée, dans ces pulsations qui se répondaient l'une à l'autre. Il leva la main pour couler ses doigts dans la chevelure noire, soyeuse et délicate comme les ténèbres juste avant le lever du jour. Et toujours le plaisir montait, lumineux, dévastateur, irradiant dans son ventre, dans sa poitrine, dans ses cuisses. Il ne lui restait qu'un fragment de réticence fiché dans son bas-ventre, juste un tout petit rien pour laisser éclore ce bourgeon de lumière. Il prit la décision consciente d'y céder. Un acte de volonté qui rendit son plaisir encore plus pur lorsqu'il déferla finalement, jusqu'à faire trembler tous ses nerfs, un cri étranglé se faisant l'écho de sa jouissance.

Sa tête retomba sur l'oreiller tandis que son torse se soulevait rapidement, son corps vibrant et palpitant dans le sillage du plaisir. À travers la brume de sa volupté, il vit Tseng s'agenouiller entre ses cuisses, passer sa main gantée et souillée en une douce et lente caresse de son pubis à son sternum. Il lui sourit une nouvelle fois, et ce sourire semblait tout autre dans la nuit de cette chevelure libre, teinté d'un mystère plus sensuel, d'une invitation muette à laquelle Cloud était tout prêt à répondre. Puis, Tseng retira ses gants. Cloud regarda fixement ses mains fines, délicates et longilignes comme celles d'un pianiste. Il ne résista pas à la tentation et en saisit une pour en découvrir le relief de ses lèvres caressantes, du poignet aux jointures du dos de sa main, avant de la retourner pour embrasser le creux de sa paume. Tseng lâcha un gémissement bas, et Cloud promena sa langue sur son index avant de le sucer doucement, le savourant comme une gourmandise. Il en avait rêvé, et il pouvait enfin le faire, au-delà de la honte et de l'embarras que la simple idée aurait provoqué dans n'importe quelle autre circonstance. Et c'était si libérateur… Sa poitrine était plus légère, son souffle plus ample, son corps saturé d'hormones euphorisantes pesait à peine sur les draps noirs satinés. Il flottait dans la pénombre, promenant ses mains sur le corps de son amant, l'entraînant avec lui, dénouant ses réticences à lui avec toute l'ardeur de son désir. Et ses mains nues vinrent chercher la verge tendue de son amant, s'y nouèrent tandis qu'il relevait les yeux vers lui. Tseng fondit sur ses lèvres tandis que son corps ondulait contre le sien d'une façon moins contrôlée qui emplit Cloud de satisfaction, quelque chose qui s'approchait de la fierté, de pouvoir susciter cette réaction, de pouvoir lui donner envie d'encore. La bouche de Tseng quitta la sienne pour s'égarer dans son cou, se faisant mordante tandis qu'il se livrait à sa caresse plus insistante à chaque instant. Cloud l'accompagna dans cette passion qui semblait venir de loin, comme une lame de fond qui remonte à la surface, assez puissante pour tout balayer. Et Cloud voulait tout balayer, tout ce qui n'était pas eux, dans cet instant où leurs réalités les plus intimes se rejoignaient. Les mains toujours jointes, il invoqua cette lame de fond, et sentit le corps de son amant se contracter avant qu'enfin il ne se noie. La chaleur de sa semence le surprit, éclaboussant sa peau nue alors que les dents de son amant s'enfonçaient dans sa jugulaire en lui procurant un délicieux frisson de douleur.

Il dénoua ses mains juste avant que le corps de son amant ne vienne s'échouer contre le sien. Il l'enlaça et ferma les yeux, écoutant la musique de son cœur battre dans ses oreilles. Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'il se laissait aller contre ce matelas si confortable, comme un nid de plumes. Au dehors, la pluie battait toujours les carreaux, et la nuit continua sans eux, tandis qu'ils restaient enlacés à écouter leur propre tempête s'apaiser jusqu'à l'engourdissement des rêves qui se formaient déjà sous leurs paupières closes.