Chapitre 7 : Sur le Chemin de Traverse
Pour essayer de faire bouger de chez eux les Malefoy père ou fils, Narcissa prétendit qu'elle n'avait pas le temps d'emmener Delphini sur le Chemin de Traverse pour acheter une baguette. Son plan échoua cependant. Lucius refusa d'y aller de peur que personne ne lui parle, tant il craignait se voir ignoré dans la communauté des sorciers. Drago refusa également d'y aller de peur, au contraire, que beaucoup de gens viennent lui parler pour lui présenter leurs condoléances ou s'enquérir de sa santé, tant il craignait de devoir leur répondre.
Pour ne pas se dédire sur le fait qu'elle n'avait pas le temps, Narcissa Malefoy fut donc obligée de me demander de lui rendre service en emmenant Delphini Black chez Ollivander. Quelques jours plus tard, je retournais donc au manoir Malefoy avec Albus pour passer chercher l'adolescente. Au dernier moment, Scorpius décida de nous accompagner à Londres.
A peine avions-nous fait quelques pas sur le Chemin de Traverse que j'en compris la raison. Nous passions devant les « Farces pour sorciers facétieux », la boutique des frères Weasley, quand Rose Granger-Weasley en sortit. Les enfants ne prirent même pas la peine de jouer la surprise, et je leur fus reconnaissant d'éviter de me prendre pour un imbécile.
« Bonjour, Professeur Rogue. » me salua poliment la gryffondor mais sans oser lever les yeux pour me regarder
« Miss Granger-Weasley, passeriez-vous vos vacances sur le Chemin de Traverse ? » semblai-je m'étonner.
« Non, mais j'y viens quelques fois. » répondit-elle en rougissant jusqu'à la racine des cheveux
Scorpius intervint pour voler à son secours. Après avoir présenté à Rose sa cousine Delphini, il me demanda l'autorisation d'aller prendre une bièraubeurre avec la gryffondor au Chaudron Baveur pendant que nous irions Delphini, Albus et moi chez Ollivander et entraîna Rose dès qu'il l'eût obtenue.
Je repris donc le chemin de la boutique du marchand de baguettes avec seulement Delphini et Albus. Mais les deux gamins trainaient derrière moi, Albus attendant Delphini qui n'avançait pas. La jeune fille ne cessait de s'arrêter pour regarder les vitrines d'un air ébahi ou émerveillé, ce qui eut vite fait de m'agacer. En tant que Professeur de Poudlard, je pouvais escorter une nouvelle élève faire un achat sur le Chemin de Traverse, mais je n'avais pas vocation à l'emmener faire du lèche-vitrine ! Sur le point de la rappeler sèchement à l'ordre, je fis taire mon impatience. C'était l'occasion de l'observer pour en apprendre un peu plus sur elle.
Pour faire durer un peu la visite de Delphini Black sur le Chemin de Traverse et, sans en avoir l'air, prolonger mon observation, je m'arrêtai donc moi-même pour faire quelques emplettes. Je rentrai donc chez Fleury et Bott pour acheter le dernier numéro de la Revue Trimestrielle du Potionniste, puis dans la boutique de l'apothicaire pour acquérir quelques fioles de bave de crapaud pour mon stock personnel, et finalement « Aux plumes d'Amanuensis » pour racheter des parchemins.
Manifestement, l'adolescente n'avait jamais eu l'occasion de voir rien de semblable et elle essayait de ne rien rater des plus belles devantures de magasin. Evidemment, elle n'était pas la première à faire preuve d'un tel étonnement sur le Chemin de Traverse, mais les autres étaient des nés-moldus ou des enfants comme Harry élevés en dehors du monde magique et qui le découvraient en allant faire des achats pour leur entrée à Poudlard. Cependant, Delphini Black qui avait passé trois ans à Durmstrang ne pouvait pas découvrir le monde magique. C'était plutôt les magasins qu'elle devait voir pour la première fois. Il fallait vraiment qu'elle ait été élevée ou plutôt retenue dans des endroits invraisemblablement reculés pour ça.
A ce rythme-là, il nous fallut plus d'une demi-heure pour arriver chez Ollivander. La boutique du marchand de baguettes n'avait absolument pas changé depuis que Lily et moi étions allés y acheter nos baguettes avant notre entrée à Poudlard, à ceci près que Virgil Ollivander avait pris la place de son père Garrick derrière le comptoir. Non seulement Virgil avait pris la place de son père, mais en plus il semblait avoir appris la liste de l'intégralité des baguettes vendues par ce dernier sa vie durant. Il m'en donna la preuve dès notre entrée en m'interpellant depuis le fond de sa boutique :
« Professeur Rogue. Bois d'ébène et ventricule de dragon, 12 pouces et demi, une baguette redoutable pour les duels. Cette baguette est-elle la raison de votre visite ? Auriez-vous un problème avec elle ? »
Je l'assurai que ce n'était pas le cas, mais que j'étais simplement venu accompagner un élève qui avait besoin de ses services. Virgil Ollivander avança donc jusqu'à son comptoir pour découvrir Albus et Delphini.
« Albus Potter. Bois d'ébène et mue de serpent du cap, 12 pouces. Une combinaison rare et une baguette puissante, très puissante, mais rétive, auriez-vous des difficultés pour la maîtriser ? » s'enquit le vendeur de baguette
Après qu'Albus l'ait assuré que sa baguette et lui s'entendaient à merveille, Virgil Ollivander tourna enfin un regard interrogatif vers la jeune fille aux cheveux bleus.
« C'est en effet pour Miss Delphini Black que nous sommes venus. Elle a besoin d'une nouvelle baguette. » confirmai-je
Dans de telles circonstances, Virgil Ollivander avait l'habitude de briller en montrant qu'il se souvenait des caractéristiques des baguettes des parents de son nouveau client. Aussi regardait-il la jeune fille aux cheveux bleus en se demandant manifestement comment elle se rattachait aux Black. Apparemment, sans résultat. Le marchand de baguettes finit par abandonner son examen pour en revenir à des questions pratiques
« Il me faut prendre quelques mesures pour savoir quel type de baguette pourrait convenir à Miss Black. » indiqua-t-il
Delphini Black qui n'avait manifestement pas tout compris des propos de Virgil Ollivander, se tourna vers Albus. Je me crispais. Il n'était pas question de leur interdire de parler le Fourchelang, ni même de le parler en public, mais je ne pouvais pas m'empêcher de craindre les réactions des spectateurs quand ils le faisaient. De fait, le marchand de baguette ne put se retenir de sursauter en les entendant. Cependant, en commerçant parfaitement poli et polissé, il prit moins de temps pour revenir en apparence de sa stupéfaction que son mètre ensorcelé n'en mit pour prendre les mesures du bras de Delphini. Quand ce fut fait, il attrapa quelques boîtes derrière lui et les posa sur le comptoir.
L'adolescente agita une demi-douzaine de baguettes sans en tirer plus que quelques vagues étincelles. Interrogée par le marchand de baguettes, elle répondit qu'elle ne ressentait rien de plus qu'avec la baguette dont elle se servait habituellement. Comme bien d'autres avant elle commençait à craindre qu'aucune baguette ne lui convienne. Une crainte qui augmenta encore après qu'elle ait essayé sans plus de succès six nouvelles baguettes.
Quant à Virgil Ollivander, il semblait vexé par son échec, lui qui se vantait de deviner du premier coup d'œil quelle baguette correspondait à quel sorcier. Il se mit à fixer alternativement Albus et la jeune fille aux cheveux bleus.
« A moins qu'une combinaison plus inhabituelle soit ce qui vous convienne à vous aussi. » murmura-t-il avant de se diriger vers l'arrière de sa boutique.
Cela prit plusieurs minutes. Il finit par revenir porteur d'une unique boîte. Dephini Black avait à peine saisi la baguette qu'une gerbe d'étincelles dorées en sortit. Le marchand de baguette eut tôt fait de la récupérer pour l'emballer.
« Eucalyptus et mue de serpent du cap. 11 pouces et demi. » dit-il en lui tendant le paquet « Une baguette particulièrement efficace pour les métamorphoses. »
Sa baguette sous le bras, Delphini Black se détendit enfin pendant que je payais Virgil Ollivander.
Quelques minutes plus tard, nous avions rejoint Scorpius Malefoy toujours attablé avec Rose Granger-Weasley au Chaudron Baveur. La fille de notre vénérée Ministre de la Magie nous quitta presque immédiatement, sous le prétexte de devoir rejoindre son père à sa boutique. Je ne doutais pas d'être la raison de sa fuite. L'affreux professeur de Potions, le « Vampire des cachots », n'était guère populaire chez les gryffondors. Il n'était pas totalement exclu que cela puisse être quelque peu lié aux paroles parfois un peu vives que je leur adressais, bien que je ne dise rien qui ne soit à mon sens parfaitement justifié. Après son départ, j'entrainai les trois gamins vers la cheminée du Chaudron Baveur pour rentrer au Manoir Malefoy où Narcissa et Lucius devaient nous attendre pour le thé.
