Chapitre 9 : Occlumencie & Legilimencie

Albus respecta pleinement sa part du contrat. J'organisai donc pour lui des séances d'Occlumencie et Legilimencie dans le cachot même où, à la demande de Dumbeldore, j'avais vainement essayé d'apprendre à son père à fermer son esprit pour empêcher le Seigneur des Ténèbres de le manipuler. Je n'avais pas été à l'époque d'une très grande pédagogie, ajouté à cela l'absence de toute disposition chez Harry, il n'en était rien sorti. Si ce n'est de dégrader encore les rapports déjà exécrables que nous avions lui et moi. Certains jours, je me demandais si ce n'avait pas été là le but ultime de Dumbeldore, pour éviter toute tentation de rapprochement avec mon fils que j'aurais pu avoir et qui aurait pu contrarier son grand dessein, vaincre Voldemort.

Heureusement, c'était différent de tous points de vue avec Albus. Le gamin était un occlumens naturel, comme moi, et il y a longtemps que j'étais curieux de tester ses barrières mentales avec de la vraie Legilimencie avec baguette. Nous allions commencer par cet exercice réciproque.

« On va commencer par le plus simple. On verra plus tard pour les sophistications. » proposai-je « Donc, je vais essayer de regarder dans ton esprit et toi tu essayes de me repousser. En même temps, tu essayes de te rendre compte de ce que je vais réussir à voir. C'est bien compris ? »

Concentré, Albus se contenta d'acquiescer.

« Legilimens ! » lançai-je en pointant ma baguette sur lui

Les barrières de feu étaient en place. Je commençais par en faire le tour pour chercher une faille ... qui n'existait pas. J'allais donc passer en force. Pas de toutes mes forces, je voulais lui apprendre quelque chose, pas lui faire mal. Cependant, je dus appuyer mon sort bien plus que je ne l'aurais imaginé pour apercevoir quelques images. Mais je n'arrivais pas à voir de souvenirs entiers, car il contrait chaque incursion avec une réelle efficacité, ce qui prouvait qu'il percevait parfaitement ma présence.

Cela dura de longues minutes. J'étais tellement focalisé sur son esprit que je ne m'aperçus pas qu'il chancelait. Je le rattrapai de justesse avant qu'il ne s'effondre sur le sol en pierre. Quel abruti ! J'avais oublié que quelle que soit sa puissance magique, il n'avait que douze ans. Je conjurais le fauteuil que j'avais omis de prévoir, pour l'assoir le temps qu'il récupère.

« C'est nul. » grommela-t-il après un moment sans ouvrir les yeux « Je ne suis même pas fichu de fermer correctement mon esprit. »

Je riais de soulagement de voir qu'il récupérait rapidement. Je conjurai un verre d'eau que je lui tendis.

« Non, ce n'est pas nul. C'est même tout à fait remarquable. » lui assurai-je pendant qu'il buvait. « Je te garantis que la plupart des sorciers adultes seraient incapables de me résister aussi bien que toi. »

Je le sentis rasséréné par cette affirmation, bien qu'un peu dubitatif.

« Il serait peut-être raisonnable d'attendre la prochaine séance pour que tu essayes à ton tour ? » suggérai-je

Mais Albus qui voulait à toute force essayer, se borna à me réclamer cinq minutes de plus pour récupérer.

C'est avec un sentiment étrange que je le regardais se positionner face à moi. Jamais je n'avais fait ce genre d'essai avec qui que ce soit d'autre que Dumbeldore, mais c'était alors lui le maître et moi l'élève. Et c'était alors aussi une question de vie ou de mort, puisque Dumbeldore et moi testions ma capacité à résister aux investigations de Voldemort. Je gardais un souvenir terrifiant des investigations en question. Le Seigneur des Ténèbres attaquait généralement de dos et à l'improviste quand, dans sa paranoïa, il voulait s'assurer de la loyauté de ses mangemorts. J'exagérais en parlant de paranoïa, puisque, pour ma part, je ne lui étais pas fidèle. Heureusement, mes capacités en Occlumencie et l'entrainement avec Dumbledore m'avait permis de le tromper des années durant.

« Legilimens ! » lança Albus

Il réussit son sort. Je sentis sa présence tâtonnante autour de mes défenses mentales. Cette présence prenait la forme d'un serpent de feu. Le serpent fit maladroitement le tour de l'écran de fumée qui protégeait mes pensées et mes souvenirs. A deux reprises, il passa directement à l'attaque pour essayer de franchir l'obstacle. Bien sûr, il n'était pas, pas encore, de force à faire basculer mes défenses mais son potentiel était remarquable. J'avais organisé ces cours pour lui faire plaisir, et soudain je sentis que c'est moi qui aller me réjouir de cette occasion de travailler avec lui sur ces aspects subtils de la magie.

De fait, je commençais à attendre avec impatience nos rendez-vous discrets du mardi et du vendredi, à réfléchir à l'avance aux exercices que j'allais lui proposer. Au bout de quelques séances, il arrivait à substituer un souvenir « devanture » à sa barrière de feu, une manière bien plus discrète de faire de l'Occlumencie, plus susceptible de tromper quelqu'un qui voudrait lire dans son esprit.

En même temps, je lui entre-ouvrais la porte de mon propre esprit pour qu'il comprenne comment progresser de souvenir en souvenir. Mais cet exercice-là était autrement plus périlleux pour moi que de lui opposer un écran de fumée infranchissable. J'étais obligé de distinguer soigneusement entre ce que je pouvais lui montrer de ce que je voulais absolument lui cacher et que j'enfermais dans les coins les plus reculés et inaccessibles de mon esprit. C'était exaltant. Ephémère aussi, car étant donné la puissance magique qui était la sienne, je savais que je devrais un jour prochain revenir à l'écran de fumée pour préserver les secrets que je voulais garder.

Je m'auto-félicitais du fait que, pour pouvoir bénéficier de ces cours avec moi, il travaillait impeccablement dans toutes les matières. Je m'estimais donc extrêmement doué en matière d'éducation, enfin d'éducation d'Albus, et j'en tirais une telle satisfaction que je manquais même d'être aussi désagréable que d'habitude avec tous les crétins qui encombraient mes classes. Malheureusement, cette crise d'autosatisfaction fut de courte durée.