Hum... Bonsoir ? Je ne sais pas par où commencer, et je ne sais pas vraiment quoi dire à part que je suis sincèrement désolée. Désolée pour la longue absence et pour ce chapitre de reprise (je suis rouillée, j'espère que ça ne va pas trop se sentir). En plus, ce n'est vraiment pas le chapitre le plus joyeux de Valsons. A qui lira ce texte, j'espère que tu vas bien et que ça te plaira quand même !
Écrit sur Shadow Boxing de Yodelice (particulièrement le passage au piano, à la fin), Revolving Wheel of Fate de Yoko Shimomura, Battle Scars de l'OST de One Piece.
Disclaimer : à Eiichiro Oda ; titre tiré de la chanson éponyme d'Emmanuel Moire. Si des gens veulent achever de se déprimer, je recommande sa prestation dans Danse avec les stars sur cette même chanson (programme douteux, n'en déplaise, la scène a marqué la petite fille que j'étais à l'époque). A nouveau une petite apparition de la mystérieuse chanson, mais le secret est toujours de mise.
TW : consommation d'alcool, deuil, réflexion sur la mort.
Réponses aux reviews anonymes :
Shadow (17 mars 2020) : Un grand merci pour ta réview ! Je suis désolée de répondre si tard, mais si jamais tu repasses par là j'espère que tout va bien pour toi et que les temps sont moins durs. Tu as tout très bien résumé, je n'avais pas du tout pensé au côté sombre/lumineux de ce duo que forment Law et Chopper, mais ça leur sied vraiment très bien. Ce nouveau chapitre n'est pas beaucoup plus lumineux, mais l'espoir devrait lentement renaître de ses cendres ! J'espère que ça te plaira !
Pomme (30 mai 2020) : Merci beaucoup pour cette gentille review :) Je suis ravie que tu perçoives Law de cette manière, et que les petits détails comme son carnet t'aient plu ! J'ai très bien compris ce que tu voulais dire par là et ça me fait super plaisir ! Law est un personnage aux mille et une facettes, on pourrait en faire des dissertations... Je ressens un peu la même chose pour Chopper, son potentiel drama/sérieux/angst est assez génial. Pas de crainte, je suis aussi du genre à lire en diagonale parfois, mais je suis contente que mon écriture te donne envie de tout lire ! Encore merci, en espèrant que ce nouveau chapitre te plaira !
Pessy (20 août 2020) : Merci beaucoup pour ta review, j'espère que ce chapitre te plaira tout autant !
Guest (25 juillet 2023) : Contente que cette histoire te plaise ! Je ne peux pas te dire quand exactement cette histoire aura une suite, j'en suis navrée ! J'espère que ce chapitre te plaira quand même :)
NB : Merci infiniment pour toutes les reviews postées sur le chapitre 11 (et sur les autres chapitres d'ailleurs), je vais faire de mon mieux pour répondre à tout le monde mais ça pourrait bien prendre encore un peu de temps, j'en suis navrée !
Résumé du chapitre précédent (et de l'histoire entière finalement) : Law navigue gaiement (gayment) à bord du Sunny. Le joyeux petit équipage abat une à une les murailles qu'il a dressé autour de lui, depuis le début de son périple. Sa relation avec Luffy, quoique peu claire, semble lui offrir le réconfort dont il a tant besoin. En tout cas, elle rend ses nuits plus douces, même si son dealeur, le Marchand de Sable, lui fait souvent faux bond. Cependant, personne n'est dupe : Law a caché sous sa carapace des traumas qui aiment ressurgir sans crier gare, et ce dernier refuse de rejoindre l'équipage des Heart depuis le départ de Wano. Après le cauchemar de l'incendie et de la petite fille dans l'armoire, Law s'est fait tirer les vers du nez par Chopper, qui a mis le doigt sur une partie du problème. La porte de la chambre des secrets s'est entrebaîllée, mais elle pourrait bien claquer de nouveau ; tapis dans l'ombre au fond de la pièce, le monstre poursuit sa longue veille.
Sur ce, bonne lecture !
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Valsons, valsons sans fin
12. Sois tranquille
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Le soleil est mort ce soir.
Law a envie de rire.
Alcools.
Divagations moites dans le silence du dehors, vacarme incessant au-dedans.
Effluves musquées aux relents d'ailleurs. Partir loin d'ici. Oublier. S'embrouiller l'âme et le corps pour ne plus rien ressentir. Se remplir de non-être.
La pièce se fond dans le néant de la nuit. Il n'y a plus ni temps, ni espace, ni matière ; il n'y a que Law, sa bouteille de rhum et ses souvenirs.
La main tendue au-dessus de lui, son corps se noyant dans les draps éparses, il observe se dessiner dans le clair-obscur les lettres morbides qu'il a peintes sur ses phalanges il y a si longtemps déjà. Il a fait de la mort sa partenaire. C'est une obsession de longue date : pour la sienne, et aussi pour celle des autres. Cette idée fixe, elle se manifeste jusque dans sa nature de médecin ; sauver, ou laisser périr. Vieux délire mégalomane.
Il a un rire sur le bout des lèvres.
Son dealeur, cet enfoiré, va encore lui poser un lapin ce soir. S'il avait pu, il lui aurait bien mis son poing dans la gueule. Le sable tombe de ses paupières tant l'insomnie le crève. Peut-être que sa tête va éclater comme un ballon de baudruche s'il ne se dépêche pas de trouver le sommeil. De quoi repeindre le monde du rouge de son sang.
Ricanements.
La ferme, Law. Tu dis n'importe quoi.
Il ne sait plus trop si c'est du rhum, dans sa bouteille. L'engourdissement l'empêche de sentir le liquide trouer sa gorge et son ventre. Il se souvient de la tête de Roronoa, quand il l'a vu quitter le pont la carafe encore pleine, après leur compétition de vieux pochtrons. Il s'en fout, de ce qu'il peut bien penser de lui. Il se contre-fiche de tout, ce soir.
Son rire voudrait éclater très fort ; il y a tant de choses dont il veut se moquer, lui le premier. De la pluie qui tombe, du jour qui se lève, du monde qui se délite et des imbéciles qui tentent de le faire tenir à bout de bras. Ils ont les mains qui tremblent et le château va s'écrouler. Tout cet espoir qui les anime, ce n'est rien d'autre qu'une belle farce.
Mais le soleil est mort ce soir, alors il se retient.
Et puis, il y a Lami qui pleure contre lui. Il ne doit pas faire de bruit.
Son petit corps est pris de soubresauts ; elle a les épaules qui tressautent et ses larmes la font presque suffoquer. Il l'écoute geindre dans le silence, à demi tourné vers elle, la main serrée sur les draps entre leurs deux corps. Ses cheveux sont poisseux de sueur, alors il n'a pas très envie de la toucher. Et puis, chacun de ses sanglots vient lacérer son cœur ; la sensation est entêtante, addictive, obsédante, et il ne veut pas la faire cesser. Ça l'écorche, ça l'anéantit autant que ça le vivifie. Ça fait dissiper l'illusion et affleurer le réel.
C'est leur chambre, sur le Sunny.
« Ace... »
Et ce n'est pas Lami qui pleure.
Le corps recroquevillé, les mains étroitement serrées sur le coussin, Luffy s'étouffe dans son désespoir. Il n'a pas l'air d'être éveillé, perdu comme il est dans le rêve qui le dépèce.
Nul doute que les flammes dansent sous ses paupières.
« Ace... »
Ses sanglots-litanies, encore et encore, déchirent sa voix sans discontinuer.
« Ace... Ace... »
Law se dit qu'il aurait bien aimé le frapper, lui aussi. Peu importe comment on voit les choses, Portgas D. Ace n'est mort que de sa propre main. Connard égoïste et obstiné, incapable de comprendre que la douleur de la mort, si lui l'endurerait rien qu'une petite poignée de secondes, ceux qui restent, eux, ne s'en relèvent jamais. Mais ce serait hypocrite de lui en vouloir. Lui, au moins, a su remplir jusqu'au bout son rôle de grand frère. S'il a beau y avoir laissé son dernier souffle, Portgas a la chance de savoir Luffy en vie.
Law ne voit pas meilleure façon de mourir.
« Ace... »
Il fait froid, soudain. De la buée sort de ses lèvres gercées alors qu'il se redresse. C'est une nuit sans lune, un soir d'éclipse. Le soleil qui brillait jadis est un soleil noir. La flamme au bout du chemin, la sienne, s'étouffe sur elle-même et va pour s'éteindre.
De bien des manières, Luffy est un sauveur. Il avance sans se retourner, inonde le monde de sa joie salvatrice, et endosse volontiers ce que les autres ne peuvent plus endosser. Qui donc ici saurait aider à tel homme à se relever ? N'était-il donc pas capable de se sauver lui-même ?
Dans tous les cas, Law a toujours fait un très mauvais héros.
« Eh... Eh... » il secoue doucement son épaule, ignore la moiteur de la peau sous ses doigts « Mugiwara-ya... »
Dans le noir de la nuit, deux billes s'ouvrent et scintillent. Le cœur de Law bat la chamade sous le regard qui l'accule ; il y a une telle agonie, dans ses yeux, une telle misère, impudique et entière, qu'il a envie de s'écarter et de fuir. Les contacts physiques et l'épanchement émotionnel, c'est tout ce qu'il exècre. Mais il ne peut pas se mouvoir, figé comme il est sous le hurlement silencieux.
Ne me regarde pas comme ça.
Les yeux s'embuent de nouvelles larmes, grosses et translucides ; sans réfléchir, Law presse ses mains sur les paupières qui se ferment – geste absurde, presque grotesque, pour retenir les pleurs à l'intérieur. Mais les paumes de Luffy se posent sur les siennes et les serrent de toute leur force. Un spasme le saisit, et le geignement de terreur remonte du fond de sa gorge.
S'il te plaît, ne me regarde plus comme ça.
Ça le terrifie.
Il va pour allumer la lumière, mais la complainte s'interrompt subitement, dans un râle de souffrance ; Law la sent, toute la volonté que met son amant à remonter la pente. Il est doté de cette force de conviction dont Law est si tristement dépourvu.
Quelque chose veut passer ses lèvres ; un son, un mot, un maigre réconfort, alors qu'il sait que tout ce qu'il pourra trouver à dire sera pauvre en comparaison de tout ce qu'il ressent. Luffy ne lui laisse pas le choix, de toute façon ; il plaque ses doigts contre sa bouche, le réduisant au silence. Sa paume moite et tremblante glisse dans son cou, rapproche leur deux visages – front contre front, leurs respirations haletantes se mêlent, leurs corps plus étroitement serrés encore, dans l'intimité de la nuit.
Alors Law se tait. Il glisse ses mains dans le dos du plus petit, dessine de grandes arabesques sur l'épiderme humide et glacé, et la mélodie, à nouveau, se fraie un passage depuis les tréfonds de ses souvenirs. Ce geste, qu'il a répété maintes fois, lui revient par flash ; un frère et une sœur, accroupit l'un contre l'autre dans la pénombre d'une chambre d'enfant, humant des paroles que sa mémoire lui donne enfin l'occasion de saisir.
Sa voix s'échappe de sa gorge sans qu'il puisse la retenir, cassée et dissonante.
Ce soir, si tu veux bien,
Oublions le froid qu'il fait dehors,
Valsons, jusqu'au matin,
Le feu tiendra jusqu'à l'aurore.
Ce soir, si tu le veux,
Oublions la pluie et son manège,
Valsons de notre mieux,
Je te protège
Dans ses bras, Luffy devient silencieux ; le baiser qu'il lui donne a le goût salé du désespoir, et Law a l'impression d'y voir un peu plus clair.
Ça ne va pas marcher.
Cette relation, c'est comme une bouée de sauvetage jetée à deux hommes en sursis. C'est un pansement. Ils s'y accrochent parce qu'ils voient chez l'autre les mêmes blessures, le même écho, cette affliction qui résonne.
Et ce n'est pas grave, même si ça fait mal. Qui serait-il pour empêcher l'autre de se servir d'eux comme d'une béquille ? C'est ce qu'il fait aussi, de son côté.
Il caresse le visage humide de Luffy et le jalouse un peu. Il se demande quand est-ce que lui aussi pourra s'autoriser à pleurer. Ses yeux secs ne sont pas décidés à se remplir de larmes.
Les baisers qu'ils se donnent ont cessé de les réconforter.
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Sentir sur ma lèvre appauvrie
Ton dernier baiser se gercer
La mort dans tes bras me bercer
Me déshabiller de la vie ! …
Les amours jaunes, Tristan Corbière.
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Teaser : Chapitre 13, Brook.
