Chapitre 31 : Les comptes du passé (1)
Sachant qu'il vaut mieux prévenir que guérir, dès le dimanche soir, je convoquai Delphini Black dans mon bureau pour lui rappeler qu'elle était à Poudlard pour faire ses études et non pour biberonner, autrement dit qu'il n'était pas question qu'elle consacre à la petite licorne un temps qui pourrait menacer la qualité de ses résultats dans les matières autres que « Soins aux Créatures Magiques ». Tremblante, l'adolescente promit que l'aide qu'elle apporterait à Hagrid ne nuirait pas à son travail. Je réalisai un peu trop tard que Delphini Black devait avoir peur de moi, pour paraître plus conciliant je lui rappelai qu'elle disposait désormais de plus de temps libre, puisque son emploi du temps s'était allégé du cours de Divination.
Malheureusement, je ne me rendais pas compte combien cet « allègement » allait nuire à ma tranquillité. Dès le lendemain, alors que je sortais épuisé et exaspéré d'un cours de Potions avec les premières années pendant lequel Miss Volcano avait donné la pleine mesure de ses capacités de nuisance, je tombai sur une véritable émeute d'élèves de Serpentard devant mon bureau. Je commençai par pousser quelques braillements, ce qui était habituellement suffisant pour disperser ce type de rassemblement. Mais à ma grande surprise, ainsi qu'à mon grand déplaisir, personne ne bougea malgré la crainte qui se lisait dans les regards.
Je fus donc obligé de m'enquérir de la raison de leur présence. Je finis par comprendre qu'il s'agissait de tous les élèves inscrits aux différents niveaux du cours de Divination et qui, à moins de deux mois de la fin des cours, me réclamaient de les inscrire dans le cours de Soins aux Créatures Magiques de crainte disait-ils de ne pas pouvoir passer leurs examens. Le « départ » du Professeur de Divination n'était pas encore officiel, mais comme d'habitude toute l'école était déjà au courant ! Je m'exhortai à la patience pour leur expliquer calmement que les examens de Divination avaient été annulés par notre Directrice et que tous ceux qui avaient suivi ce cours seraient réputés avoir obtenu leur niveau. Les deux annonces, celle du départ de Dreamteam et celle de l'annulation des examens dans cette matière, allaient être faites au cours du dîner par McGonagall.
J'étais franchement étonné qu'ils aient de telles préoccupations pour leurs études dont d'habitude ils se moquaient comme une guigne. Mais je fus encore plus surpris de les voir rester tous plantés devant moi au lieu de disparaître. Après s'être consultés du regard, certains osèrent insister pour s'inscrire quand même en cours de Soins aux Créatures Magiques. Je réalisai brusquement que loin d'être préoccupés par l'obtention de leurs examens, ils cherchaient juste un prétexte pour pouvoir approcher la petite licorne de plus près, voire même pour avoir la chance de pouvoir s'en occuper un peu, au cas où Hagrid solliciterait ses élèves. Je les chassai alors sans ménagement de devant mon bureau en les menaçant de retenues et de devoirs supplémentaires, s'ils osaient encore venir me déranger sous des prétextes fallacieux pour satisfaire leur envie de bêtifier niaisement autour d'une boule de poils blancs.
Evidemment, l'épidémie touchait bien au-delà de Serpentard. Le bébé licorne devint le centre d'intérêt de tous les élèves de l'école. Pour une fois raisonnable, Hagrid ne laissa que les meilleurs éléments de ses cours l'aider à soigner la petite créature, les autres restèrent cantonnés à l'extérieur de l'enclos. Ça ne les empêchait pas de se presser contre les barrières dès qu'ils avaient un peu de temps de libre. Du coup, l'ensemble des conversations tournaient autour du nombre de biberons qu'elle avait pris et du nombre de pas qu'elle avait fait dans la journée. Une écœurante atmosphère de guimauve régnait sur Poudlard, j'en avais la nausée.
Rien n'avait évolué trois semaines plus tard, si ce n'est mon niveau d'irritation qui s'était largement accru, quand Harry demanda à nous voir Lupin et moi par un dimanche ensoleillé. Par la fenêtre, mon fils regarda avec étonnement le nombre d'élèves regroupés près de la cabane d'Hagrid. Une fois que Lupin lui en eu expliqué la raison, Harry se mit à rigoler :
« J'imagine la tête d'Hagrid. Un bébé licorme ! Il doit être complètement gâteux. »
« Je te le confirme. » reprit le loup-garou « Il passe son temps à répéter qu'il n'a rien vu d'aussi mignon depuis « Norbert », d'ailleurs il l'appelée Berthy en souvenir du Nobert en question. Et à chaque fois qu'il dit ça, McGonagall lève les yeux au ciel. « Norbert », ce nom ne me dit rien, mais toi tu sais peut-être ? »
« Ah ça, oui ! Norbert est le nom qu'Hagrid avait donné au bébé dragon qu'il avait fait naître après s'être procuré un œuf frauduleusement. » répondit Harry
« Un bébé dragon ? Mais il était vraiment « mignon » ? » s'étonna Lupin
« Mignon, comme un dragon. » soupira Harry « Il passait son temps à mordre Hagrid et à mettre le feu à sa cabane, mais notre ami en était fou. »
Harry passa ensuite à l'objet de sa visite en faisant un point de l'enquête sur la malédiction des Black :
« Il n'est même pas certain que Stolas Dreamteam puisse être traduit un jour en justice. Il est toujours à Sainte-Mangouste sous étroite surveillance, mais, contrairement aux prévisions des Médicomages, son état continue à se détériorer au fur et à mesure que l'on extrait les maillons de son corps. Désolé de le dire crûment, mais on ne peut les extraire qu'au fur et à mesure que les descendants d'Uranus Black viennent les chercher, à cause de la malédiction, et comme les descendants en question ne sont pas très enthousiastes pour venir les récupérer maintenant qu'ils savent ce que c'est, il faut le temps de les convaincre. Ce permet de voir que Dreamteam s'enfonce de plus en plus dans la folie d'une opération à l'autre. Il en est au point où il faut l'attacher pour qu'il ne blesse personne à commencer par lui-même. »
Il se tut quelques instants et j'en profitai pour m'enquérir des trois autres gugusses.
« Si les Médicomages n'arrivent pas à sortir Dreamteam de son état, les trois jeunes risquent d'être traduits tous seuls devant le Magenmagot, et ils risquent d'écoper de quelques mois à Azkaban d'après ce que j'ai compris. » raconta Harry
« Quelques mois seulement ! » grondai-je « Alors qu'ils ont employé des sortilèges impardonnables contre des enfants ! C'est à croire que tous les membres du Magenmagot sont définitivement atteint de sénilité. »
« Ces trois jeunes sorciers ont manifestement été manipulé par Dreamteam, alors comme les enfants s'en tirent sans dommage… » répondit Harry
Lupin intervint sans doute pour éviter que je puisse répliquer quoi que ce soit, en demandant à Harry :
« Mais tu continues à l'appeler Dreamteam, il utilisait donc son véritable nom ? »
« Etonnament, oui. » releva Harry « Son père qui était un descendant d'Uranus Black, ne l'a pas reconnu. Il les a abandonnés sa mère et lui juste après sa naissance en ne laissant à son fils qu'un « porte-bonheur Black » en souvenir. Il porte donc le nom de sa mère, une sorcière née-moldue qui vit sur le continent. Dans ces conditions, le Ministère aurait pu ne jamais réussir l'identifier parmi les descendant d'Uranus Black. »
« Dans ce cas, il aurait même pu arriver au bout de son macabre projet, si nous n'avions pas décidé de vérifier nous-mêmes au sein de l'école qui était un descendant d'Uranus Black. » soulignai-je
« Severus a raison. » renchérit Lupin « C'est parce que nous l'avons obligé à agir dans la précipitation en essayant de récupérer les maillons des résidents à Poudlard avant de s'enfuir qu'il a été obligé de se dévoiler et qu'il a été capturé. »
« Il est probable que vous ayez raison. » admit Harry « D'après les éléments que j'ai pu glaner auprès de mes collègues du Ministère, Dreamteam était déjà parvenu à s'emparer de la quasi-totalité des autres maillons. C'est sans doute pour cette raison qu'il avait déjà capturé les licornes qui devaient être sacrifiées pour pouvoir reconstituer la chaîne. »
« Je me demande bien pourquoi Dreamteam s'est encombré de trois complices foireux. » s'interrogea Lupin
« Mes collègues pensent qu'il voulait dans un premier temps les utiliser pour récupérer certains maillons et dans un second temps leur faire porter le chapeau, pendant que lui disparaîtrait tranquillement avec la chaîne reconstituée. » expliqua Harry « Mais ils ont fait échouer cette partie de son plan en se faisant capturer. »
« Mais comment a-t-il réussi à les manipuler sans recourir à l'Imperium ? » questionna Lupin
« Il n'y a que des hypothèses à ce niveau-là. Ce qui est clair, c'est que ces trois sorciers, des frère et sœur et leur cousin germain, avaient l'habitude de consulter des spécialistes de Divination pour résoudre les difficultés qu'ils rencontraient dans leur vie. Dreamteam aurait pu se présenter comme tel auprès d'eux et petit à petit instiller chez d'eux l'idée que c'est le manque de « porte-bonheur Black » qui expliquait tous leurs problèmes, puis leur faire quelques suggestions pour s'en procurer aux dépens de leurs lointains cousins. » raconta Harry
« Les « porte-bonheur Black » ! » râla le loup-garou « Ces maudits objets ont failli provoquer une vraie catastrophe. Quand je pense que ce problème va aussi concerner aussi toutes les générations futures des descendants d'Uranus Black, j'en suis malade ! »
« Je suis beaucoup moins inquiet pour les générations futures. » tenta de le rassurer Harry « En réalité, ce qui a mis en péril les descendants de la Maison des Black, c'est ce fichu secret qui a été entretenu de génération en génération par leurs ancêtres. Si je voulais avoir une petite discussion entre nous aujourd'hui, c'était justement pour vous informer que j'avais décidé de ne pas commettre la même erreur. »
« Qu'est-ce que tu veux … » commença Lupin avant que je lève une main pour l'interrompre
Je venais d'apercevoir un mouvement dans le miroir qui décorait le dessus de la cheminée du loup-garou.
« Jusqu'à quel point voulez-vous que cela reste strictement entre nous pour le moment ? » demandai-je
« Eh bien, je n'ai pas prévu de publier un article dans Sorcière Hebdo. Pourquoi ? » ironisa Harry
« Parce qu'il me semble que nous ne sommes pas absolument tous seuls. » expliquai-je en désignant le miroir
Dumbeldore se décida alors à se montrer à la grande stupéfaction de Lupin et d'Harry.
« Dans un miroir ! Eh bien, c'est une première ! » s'exclama le loup-garou abasourdi
J'en conclus de Dumbeldore ne lui avait encore jamais fait le coup du miroir.
« Pas tout à fait une première. » répondis-je donc avant de m'adresser directement à notre visiteur « Albus que nous vaut l'honneur … ? »
« Rien de particulier. Ça me fait plaisir de vous voir tous les trois ensemble. » dit Dumbeldore avec un bon sourire
Mais je n'étais pas complètement dupe à son air de gentil grand-père qui passait là par hasard. Je décidai donc de le pousser un peu dans ses retranchements :
« Arrêtez-moi si je me trompe, mais il m'a semblé que vous vous contentiez de profiter discrètement de notre présence à tous les trois ensemble, comme vous dites, jusqu'au moment où Harry a annoncé ne pas vouloir commettre la même erreur que les descendants d'Uranus Black en maintenant coûte que coûte un secret familial destructeur. Cette phrase vous a fait sursauté et c'est à ce moment-là que je vous ai aperçu. »
« Vous avez toujours l'œil, Severus et vous n'avez rien perdu de vos capacités de déduction. » me complimenta Dumbeldore au lieu de réagir mes paroles
« La flatterie ne vous mènera à rien avec moi, Albus. » répliquai-je « Si vous nous disiez plutôt ce qui vous a autant surpris dans les propos d'Harry. »
« Eh bien, il m'a semblé comprendre qu'Harry avait décidé d'informer rapidement quelqu'un que j'imagine être son fils aîné du secret de ses propres origines. » répondit le portrait de Dumbeldore
« C'est bien ça. » confirma celui-ci d'un ton froid, car il n'avait manifestement pas encore pardonné ses cachotteries à notre ancien Directeur « J'ai décidé d'informer James dès cet été, à l'occasion de la Coupe du Monde de quidditch qui a lieu sur le continent, nous l'y emmenons Ginny et moi. »
« Mais tu crois qu'il est prêt pour une telle révélation ? Tu n'as pas peur que ça lui fasse du mal ? » s'inquiéta Dumbeldore
« Bien sûr que ça va lui faire du mal, mais, de toutes façons, il ne sera jamais prêt pour une telle révélation et je ne vais pas attendre que certains liens familiaux se voit comme une évidence pour décider de l'informer. » assura Harry
« Comme une évidence ! » releva Dumbelbore « Mais le petit Albus ne ressemble quand même pas tant que ça à Severus pour que ça devienne évident. En fait, il ressemble surtout à ta mère, à Lily. »
« Vous l'avez bien regardé, je veux dire « vraiment » bien regardé, mon fils. » rétorqua Harry « Peut-être qu'il ne ressemble pas tant que ça à Severus au niveau des traits, mais il a la même silhouette, la même manière de se tenir, la même manière de se déplacer. Maintenant, quand je marche derrière lui, je trouve ça tellement flagrant que j'en viens à me demander comment j'ai pu ne pas m'en rendre compte moi-même. Quand Albus sera aussi grand que Severus, ce sera sûrement flagrant pour bien d'autres que pour moi. Eh bien, je ne vais pas attendre d'être acculé à la vérité pour la dire à mon autre fils. Vous pouvez me croire, le secret fait encore plus de mal aux enfants que la vérité. »
« Si je comprends bien, tu m'en veux donc d'avoir gardé le secret sur le fait qu'il était ton père. » en déduisit Dumbeldore
« Je vous en veux surtout de m'avoir privé d'avoir un père alors que j'en avais un ! » asséna Harry
« Tu imagines vraiment que tu aurais aimé avoir Severus comme père ? » interrogea notre ancien Directeur avec une émotion
« Ah mais, je n'ai plus besoin d'imaginer quoi que ce soit. Je n'ai qu'à voir comment il se débrouille avec Albus pour savoir qu'il aurait pu être un père très bien. » répondit Harry sur un ton incisif
C'était plus de compliments que, même dans mes rêves mes plus fous, je n'en avais jamais espérés de la part de mon fils.
« Evidemment, les choses auraient été très différentes. » poursuivait Harry « J'aurais probablement été à Serpentard et Severus se serait sans doute opposé à beaucoup de vos choix me concernant. Et alors ? »
« Il me fallait te préparer à ce que tu allais devoir affronter. » se défendit Dumbeldore mais sa voix manquait de son assurance habituelle
« Je vous avoue que j'ai le plus grand mal à croire que vous n'aviez pas d'autre solution que d'interdire à mon père de m'élever pour gagner cette guerre. » indiqua Harry sans détour « Peut-être qu'un jour vous aurez envie de me dire toute la vérité et peut-être qu'un jour j'aurais envie d'écouter vos explications, mais aujourd'hui très franchement je m'en fiche. Mon seul souci, c'est de gérer les conséquences de vos décisions sur mes enfants. »
