Réponse aux reviews anonymes :
Loloa : Contente que tu sois heureuse de retrouver ces deux là ! Et oui promis, va y avoir des étincelles ahah Merci pour ta review ! J'espère que la suite te plaira !
Mani300 : Héhéhé heureuse que tu sois aux anges lol Je me souviens bien que tu avais envie de les voir un peu en couple et c'est vrai que je vous en ai un peu privé sur la fin du premier volet. Mais voilà maintenant tu es servie (juste je suis pas responsable de leurs comportements respectifs mdr) Merci pour ta review j'espère que ce deuxième volet sera à la hauteur de tes attentes !
California Dream
Partie 2
Chapitre 1
Sasuke :
Bien arrivés.
08 : 17
Naruto :
Bonne nouvelle.
Comment va ton frère ?
08 : 22
Sasuke :
Fidèle à lui-même.
08 : 27
Sasuke a envoyé une photo.
08 : 27
Naruto :
Un vrai touriste…
08 : 31
Sasuke :
Tu aurais dû y penser avant de lui offrir cette casquette débile !
08 : 32
Naruto :
C'était trop tentant…
08 : 39
Lorsque le taxi les déposa en haut de la rue, Sasuke fut pris d'un sentiment étrange de nostalgie. C'était un quartier résidentiel, enfermant plusieurs pavillons de standing derrière son haut portail. C'était chez eux. Là où ils avaient grandi jusqu'à devenir des adultes fugitifs, l'an passé.
- C'est plutôt joli, par ici.
Sakura tremblait dans son manteau beaucoup trop léger pour la saison hivernale du Japon. Elle avait été de désillusions en désillusions durant tout le trajet depuis l'aéroport. Trop industriel. Trop futuriste. Et bien moins chaleureux que sa chère Californie.
- Rassurée ?
Itachi lui fit un clin d'œil sous sa casquette orange. Elle portait l'inscription I love California, comme si sa simple couleur ne suffisait pas à la rendre ridicule. Cadeau de Naruto, pour « amener un peu de soleil dans leur pays grisâtre et déprimant ». Son grand frère avait adoré. Sasuke, lui, avait dû l'écouter déblatérer dessus pendant de très longues minutes durant le vol.
- Ouais. C'est quelle maison ?
Itachi lui fit un signe de menton.
- Celle-ci.
Tous trois s'attardèrent dessus, probablement envahis de différentes émotions.
Sasuke laissa un léger sourire étirer ses lèvres, se revoyant, gamin, attendant des heures sous le porche qu'Itachi rentre de l'université. Ou de sa mère, qui, les soirs d'été, l'appelait dans tout le quartier pour qu'il vienne se mettre à table. C'était des souvenirs de gosse, dont il ne s'était plus soucié depuis des années. Mais cette vie brutalement arrachée avait eu le temps de lui manquer, tout au long de ces derniers mois.
Il emboîta le pas aux autres, étrangement apaisé par cette chaleur qui consumait sa poitrine. Alors ils avancèrent jusqu'au portillon noir (par-dessus lequel Itachi était passé à de nombreuses reprises lorsqu'il faisait le mur.) puis finalement, suivirent la petite allée de gravillons jusqu'au porche en bois dont les marches craquèrent sous leur poids.
L'aîné des Uchiwa fouilla dans ses bagages pour retrouver les clés.
- Je suis certain de les avoir mises par ici…
Sakura grelottait, soufflant dans ses mains pour les réchauffer.
- Il fait toujours si froid ?
Après plusieurs mois passés sur la côte ouest, Sasuke devait bien avouer qu'il subissait également le choc des températures. Lui qui avait pourtant tellement eu horreur des lourdes chaleurs durant les premières semaines, pourrait presque être enclin à les regretter aujourd'hui.
- T'as signé pour le package, la taquina-t-il. Pas de retour en arrière.
Elle sourit derrière son écharpe.
- Vraiment je suis presque sûr de les avoir mises dans mes valises… continua Itachi, se parlant à lui-même. Quasiment sûr…
Il était en train de vider l'intégralité de ses bagages sur le porche en bois.
- A moins que…
Sasuke lui jeta un regard ennuyé.
- J'aurais dû m'en douter. Tu les as oubliées là-bas, n'est-ce pas ?
Itachi se gratta l'arrière du crâne, gêné.
- Si c'était le cas, tu m'en voudrais à combien sur une échelle de un à dix ?
Il partit à rire, victime d'un malaise considérable et Sasuke leva les yeux au ciel. Itachi, soit-disant né génie, n'était rien de plus qu'une foutue tête en l'air.
- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Sakura, dont les tremblements peinèrent les deux frères. Où est-ce qu'on va aller ?
Itachi se releva, profitant pour céder son écharpe à sa petite-amie en la gratifiant d'un sourire rassurant.
- On va casser une vitre, ne t'inquiètes pas. Vous n'aurez qu'à faire intervenir un serrurier dès demain.
Savoir qu'Itachi ne serait plus là dès demain avait un goût amer et Sasuke décida de passer au-dessus de son agacement. Alors ils firent le tour du pavillon pour atterrir dans le jardin qui, par manque d'entretien, s'apparentait désormais à une jungle et durent désosser le store pour briser la petite fenêtre qui donnait dans la cuisine.
- A toi l'honneur, petit-frère.
- Evidement…
Sasuke força sur ses bras pour se hisser jusqu'à la fenêtre brisée, enlevant les derniers débris de verres avec sa manche pour passer de l'autre côté. La cuisine était poussiéreuse, à l'image même des maisons abandonnées et il grimaça en voyant quelques détritus grignotés que les rats avaient dû ramener jusqu'ici. Ils étaient partis en laissant tout tel quel, de la vaisselle de la veille posée dans l'évier, au linge qui devaient encore sécher depuis des mois sur l'étendoir. Ils avaient simplement disparus, abandonnant leur vie un beau matin au saut du lit.
- Tu viens nous ouvrir ? cria Itachi depuis l'autre côté.
Sasuke ne s'attarda pas dans la cuisine et continua vers la salle à manger où il fut surpris du désordre qui régnait dans la pièce. Il se stoppa un instant, les sourcils froncés, tentant de distinguer les choses grâce au faible rai de lumière qui filtrait à travers les volets. Tout était sens dessus dessous. Les meubles avaient été vidés de leurs tiroirs et même les chaises avaient été éventrées.
La maison avait été visitée durant leur absence.
Il se força à passer outre le sentiment d'effroi que la pagaille lui procura et s'attela à venir ouvrir la baie vitrée aux deux autres. Mais le loquet de la poignée était défoncé et il n'eut aucune résistance pour la faire coulisser. Le volet également avait été forcé. Alors il le repoussa pour ouvrir l'accès.
- C'était ouvert, signala-t-il simplement à son frère qui attendait sur la terrasse. La baie vitrée a été forcée.
Sakura ouvrit grand les yeux tandis qu'itachi pinçait les lèvres.
- Il fallait s'en douter. C'est probablement le premier endroit où Madara est venu nous chercher lorsqu'on a déserté.
Sasuke s'effaça pour les laisser pénétrer à l'intérieur et son frère poussa un sifflement.
- Eh ben ! Il a pas fait les choses à moitié !
En pleine lumière du jour, les dégâts semblaient encore plus importants. Itachi s'avança dans la pièce, évitant prudemment les débris qui jonchaient le sol, jetant un œil ici et là sur les affaires de leur ancienne vie.
- Il y a du boulot… fit remarquer Sakura en testant l'un des interrupteurs muraux. Il n'y a plus d'électricité non plus.
Itachi eut un hoquet amusé.
- Je t'avoue que payer les factures ici était la dernière de nos priorités, ces derniers mois.
Elle hocha la tête, ramassant l'une des chaises au tissu déchiré.
- Je vais commencer toute seule, je sais que vous avez des choses à régler aujourd'hui.
En franchissant les portes d'Uchiwa corp, Sasuke n'avait pas pensé une seconde à quel point tous les regards pourraient être tournés vers eux. Des simples préparateurs de commande dans l'entrepôt jusqu'aux hauts bureaux de la direction, ils ne laissèrent pas un seul collaborateur indifférent. Même ceux qu'ils n'avaient jamais vus s'étaient arrêtés de travailler pour les regarder passer. C'était à la fois aussi étrange que malaisant – sauf pour Itachi qui se pavanait, fier comme un coq d'être le centre de l'attention.
- Messieurs, les accueillit le vieux Sarutobi, accroché à sa canne pour tenir sur ses jambes tremblotantes. Je ne pensais véritablement pas vous revoir de mon vivant.
Sasuke camoufla un sourire en coin. Le vieux Sarutobi avait été un mentor pour Fugaku Uchiwa. Présent dans l'entreprise depuis ses débuts, il avait servi la société jusqu'à y dévouer sa vie, au détriment de sa propre famille. Son petit-fils, d'ailleurs, ne le lui avait jamais véritablement pardonné.
Itachi lui tendit la main, que l'autre serra franchement.
- Merci pour tout ce que vous avez fait en notre absence, Hiruzen. J'espère que vous serez heureux d'entendre que vous pourrez enfin profiter de votre retraite.
Le visage ridé de l'homme s'éclaira d'amusement. A la mort de Fugaku, Obito avait été élu président directeur général de l'entreprise par intérim, jusqu'au jour où Itachi serait suffisamment compétent pour reprendre le flambeau. Mais toutes les manipulations de la fratrie éclatée des Uchiwa les avaient conduits à déserter, laissant le terrain libre pour Obito et Madara de récupérer tous les bénéfices de la société.
- Je suis toujours resté fidèle à votre père, monsieur Uchiwa. Je n'ai rien fait de plus que mon devoir.
Mais depuis la mort d'Obito quelques mois plus tôt, c'était Hiruzen Sarutobi qui avait dirigé la barque jusqu'à pouvoir la rendre aux deux héritiers légitimes.
Les chuchotements allaient bon train dans les longs couloirs de la direction.
- Vous n'êtes probablement pas sans savoir ce qui est arrivé, intima Itachi en baissant d'un ton. J'ai été disculpé en Californie mais je dois me rendre au centre d'arrêt de Fuchu dès demain, en attendant le début de mon procès.
Le vieux Sarutobi hocha la tête, la mine grave. Cet homme les avait vus grandir -certainement plus que ses propres enfants- et Sasuke fut certain que le sort de son frère le touchait davantage qu'il ne voulut le montrer.
- C'est donc Sasuke, qui assurera la direction jusqu'à…
Itachi hésita.
- Et bien jusqu'à ma sortie de prison, si tant est qu'il y en ait une.
L'homme jeta un coup d'œil à Sasuke, puis de nouveau, reporta sur Itachi.
- Je ferais ce qui est en mon pouvoir pour accompagner votre frère.
Agacé, Sasuke toussota pour faire remarquer sa présence.
- Comment se porte la société ? demanda-t-il, la voix confiante. Et quelles sont les priorités des 8 prochaines semaines ?
Hiruzen grimaça.
- Madara et Obito avaient achetés une grande partie des parts des autres actionnaires et leur succession respective ne pouvait être actée sans vous. Mais votre responsabilité dans la mort de la fille de Madara étant mise en cause, toutes les procédures sont stoppées jusqu'à ce qu'il y ait un jugement.
Mais au fur et à mesure de sa phrase, son attention s'était instinctivement reportée vers Itachi. Sasuke ravala sa fierté.
- Alors l'avenir de la société est incertain, c'est ça ? termina l'aîné. Et j'imagine qu'une partie des comptes a été gelé jusqu'à la fin de l'enquête ?
Le vieil homme lui donna raison.
- La production est limitée : le manque de budget nous empêche de nous fournir correctement en matières premières.
- Ce qui engendre un sureffectif pour une production insuffisante… souffla l'aîné des Uchiwa. La situation est pire que ce que je pensais.
- Qu'est-ce qu'on peut faire pour remédier à ça ? demanda Sasuke. Il faut trouver de la nouvelle trésorerie ?
Sarutobi et Itachi échangèrent un bref regard, l'air désolé.
- Malheureusement, je crains que ta première mission ici sera de licencier une partie des employés.
Sasuke encaissa silencieusement, s'attardant un instant vers le bout du couloir où des employés chuchotaient en regardant dans leur direction.
- Il n'y a aucune autre solution ?
- Même avec de la trésorerie supplémentaire… elle s'épuiserait trop vite, répondit Itachi. Les coûts salariaux sont trop élevés. L'entreprise sera en péril tant que les comptes seront gelés.
Il abdiqua, les dents serrées. Il n'avait pas envisagé une seconde qu'il devrait se farcir les tâches les plus ingrates dès leur retour.
Sarutobi les laissa un moment pour aller chercher des dossiers, que Sasuke devrait éplucher avant de prendre ses nouvelles fonctions. Itachi en profita pour intimer un secret à son frère.
- Tu dois contacter Hiashi Hyûga, c'est lui qui m'a aidé à détourner une partie des fonds de la société.
Sasuke fronça les sourcils.
- Quoi, le père d'Hinata ? Qu'est-ce qu'il vient faire là-dedans ?
Son frère fit un signe évasif de la main.
- Contacte-le et il s'occupera de rapatrier la trésorerie sur des comptes ici, au Japon, sur lesquels l'Etat ne pourra pas mettre la main.
Sasuke souffla.
- Tu en as encore sous le chapeau des vilains petits secrets comme celui-ci ou c'est le dernier ?
Itachi eut un sourire mutin.
- C'est le dernier, promis. Enfin… je croi-AIE ! Me frappe pas !
Mais Sasuke n'avait pas pu retenir son coup, furieux d'être encore une fois victime des cachoteries de son frère.
- Et je suppose qu'Hinata n'en savait rien non plus ?
- Exactement. Et si tu pouvais ne rien lui dire, ce serait encore mieux.
Sasuke lui jeta un regard excédé. Puis il entendit des rires suivis de messes basses, à quelques mètres plus loin.
- Et qu'est-ce qu'ils ont ceux-là à nous regarder depuis tout à l'heure ?
Itachi garda un sourire tranquille, lui faisant signe de se calmer.
- Madara et Obito ont travaillé ici durant de nombreuses années, Sasuke. Ils étaient très appréciés. Ne t'attends pas à un accueil des plus chaleureux.
Sasuke soutint leur regard depuis l'autre bout du couloir, réalisant à l'instant que ce ne serait pas aussi simple qu'il se l'était imaginé.
En rentrant, Sasuke s'était penché sur les problématiques de la société mais il dût bien vite passer le relai à son frère, qui, maître de la finance, disposait davantage de solutions de redressement. Alors Itachi avait étudié les dossiers de l'entreprise une bonne partie de la soirée, consacrant ses dernières heures à chercher des solutions pour sauver la société familiale. Mais rien. Il n'y avait pas la moindre trace d'espoir parmi les chiffres des derniers mois. Sarutobi avait maintenu la barre à flot comme il le pouvait mais malheureusement, ce ne serait pas suffisant pour assurer la pérennité sur le long terme.
- Donc vraiment, il n'y a rien à faire ? demanda Sasuke en jetant de vieilles affaires au fond d'un sac poubelle. Aucune chance d'échapper au plan de licenciement ?
Sakura avait passé une bonne partie de la journée à ranger les dégâts dans la maison, triant sous forme de tas les effets personnels des deux frères. Maintenant, c'était à eux de choisir ce qu'ils gardaient ou non.
- Aucune chance, Sas'. Tu devras forcément en passer par là.
- Même en récupérant les fonds ?
- Même en récupérant les fonds, oui. Et même si par miracle, un investisseur privé venait à effectuer une donation, ça ne ferait que repousser le pire.
Itachi pensait à Naruto, sans aucun doute.
- Il faut impérativement diminuer les coûts en supprimant des postes et ce sont d'autres collaborateurs qui devront absorber leur charge de travail.
L'ombre de la flamme vacilla un instant sur le visage sérieux d'Itachi. Sans électricité, ils avaient été obligés de s'éclairer aux lampes torches et à la bougie.
- Et comment est-ce que je vais pouvoir choisir entre tous ces inconnus ? C'est injuste ! On joue à « toi tu vis, toi tu vis, toi tu meurs ! » !?
L'exemple fit sourire l'aîné.
- C'est un avocat qui déterminera les dossiers. Mais effectivement, il y a des critères qui rentrent en compte. L'âge, la famille, le coût que le salarié représente, etc… Ton rôle à toi, ce sera de faire le dernier choix dans les profils que l'avocat aura sélectionné. Et de de leur annoncer.
- Bien, soupira-t-il. J'imagine que je n'ai pas le choix.
Itachi ne lui rendit qu'un rictus désolé. Puis il rangea tous les dossiers, convaincu qu'il n'avancerait pas plus sur le sujet ce soir.
- Bon, et si on arrêtait de bosser pour profiter de cette dernière soirée ?
Sakura jeta son sac poubelle dans un coin, se laissant tomber sur une chaise dans un long soupir.
- C'est clair ! Qu'est-ce que vous avez envie de faire ?
Sasuke jeta un coup d'œil vers l'extérieur où la pluie battait contre les carreaux.
- Je vais vous laisser, j'ai des choses à faire.
Itachi parut concerné, creusant la ride profonde entre ses deux sourcils.
- Mais Sas', demain je vais…
- Je sais, coupa-t-il.
Il eut un regard pour Sakura.
- Mais je pense que vous avez besoin d'une soirée rien que tous les deux avant d'être séparés. Je rentrerais un peu plus tard.
La jeune femme le gratifia d'un regard reconnaissant. Sasuke avait pu profiter de son frère durant une vingtaine d'années, Sakura, elle, n'avait pas eu cette chance.
Ce fut ainsi, que Sasuke se retrouva devant la porte de la demeure Hyûga où Hinata lui sauta littéralement dans les bras.
- T'es rentré ! cria-t-elle. Oh, Sasuke !
D'affection, il la souleva légèrement en la serrant contre lui. Depuis sa venue en Californie, Hinata n'avait que peu changé et voir son joli minois s'éclairer à sa venue lui réchauffa le cœur. Alors il la relâcha, sourire aux lèvres tandis que ses grands yeux de nacres recherchaient les siens avec intérêt.
Puis soudainement, elle le frappa d'une claque sur l'épaule.
- Tu aurais pu me prévenir, idiot !
Sasuke s'amusa de sa réaction. Hinata n'était pas fâchée, seulement peut-être un peu déçue de ne pas avoir été avertie.
- C'était pour te faire la surprise, idiote.
Elle lui répondit d'une grimace en singeant ses paroles.
La pluie continuait de battre et malgré la présence du perron, le froid restait mordant.
- Reste pas là, entre ! Mes parents vont se faire une joie de te voir !
Sasuke fut entraîné à sa suite, traîné par le poignet par son amie qui, euphorique, le tirait de pièce en pièce à la recherche de sa famille. Il avait beau avoir passé une grande partie de sa vie à flâner dans cette demeure, la luxure de celle-ci ne lui parut jamais aussi disproportionnée qu'aujourd'hui, probable séquelle de sa précédente précarité.
Sasuke salua différents employés de maison durant le trajet, qui tous le reconnurent comme l'ami de mademoiselle Hinata. Il avait grandi ici, près de sa meilleure amie où sa famille les avait régulièrement aisé, son frère et lui, après la mort de leurs parents. Ils avaient une dette éternelle envers eux, les amis de la famille Uchiwa, qui s'étaient souciés du sort des deux gamins restés orphelins. Et même si Itachi était un jeune adulte au moment des faits, il avait eu tout autant besoin d'appui et de soutien que Sasuke avait eu besoin d'un modèle familial pas trop dysfonctionnel.
- Père ! appela Hinata en pénétrant à la volée dans une pièce aux doubles portes. Regardez qui voilà !
Sasuke se heurta à Hinata qui s'était stoppée brusquement dans sa course et il lui fallut une seconde pour se remémorer cette pièce à la moquette en velours rouge et aux arabesques murales dorées. Le bureau d'Hiashi Hyûga, où ils avaient souvent joué, gamins, en se cachant dans la pièce interdite.
Si Hiashi Hyûga sursauta, ce fut rapidement évincé par la vitesse à laquelle il referma le clapet de son ordinateur portable et son regard de glace se reporta sur eux.
- Hinata, je vous ai déjà dit de… commença-t-il, sa voix aussi froide que dans leurs souvenirs d'enfance. Oh, Sasuke.
Sasuke hocha la tête lentement tandis que l'homme se levait pour contourner le bureau. Son visage impénétrable avait pris quelques rides, n'enlevant pourtant rien à la rudesse de celui-ci. Hinata était bien sa fille, héritant de ses yeux nacrés et de son teint diaphane.
Hiashi Hyûga lui tendit la main.
- Heureux de te revoir.
Sasuke la lui serra, malgré lui impressionné par sa prestance. Depuis l'enfance, le sentiment d'infériorité qu'il éprouvait face à cet homme n'avait jamais disparu.
- Moi de même, monsieur Hyûga.
- Je suppose que ton frère est de retour également ?
Il acquiesça.
- Dis-lui que j'ai à faire avec lui.
Sasuke fut gêné un instant.
- Itachi doit se rendre aux autorités demain matin pour… enfin, j'imagine que vous êtes déjà au courant. C'est moi qui vais reprendre la tête de la société en attendant sa libération.
Hinata lui coula un regard triste alors que Hiashi le jaugeait de haut.
- Alors j'irais le voir en prison.
Sasuke s'inquiéta de la présence de son amie, et chercha ses mots pour ne pas trop en dire devant elle.
- Je suis au courant pour… vous savez.
La brunette eut un regard interrogateur, que Sasuke s'efforça d'ignorer.
- Je n'ai rien contre toi, Sasuke. Mais je suis habitué à faire affaire avec Itachi.
Légèrement vexé, il tenta d'insister mais le regard intransigeant du patriarche Hyûga l'en dissuada rapidement. Hinata et lui se retirèrent, laissant l'aîné à ses affaires et Sasuke dut digérer l'échec cuisant qu'il ressentait à cet instant. Hiashi ne l'avait pas pris au sérieux. Comme un peu plus tôt, lorsque le vieux Sarutobi n'avait fait que s'entretenir avec Itachi malgré sa présence.
C'était si frustrant, de ne pas être pris au sérieux.
- De quoi vous parliez avec mon père ? demanda Hinata en finissant de lui servir le thé. Sur les affaires, avec Itachi.
Elle ne s'était pas dépêtrée de son regard curieux tandis qu'ils s'étaient isolés dans l'une des vérandas pour être tranquilles.
- C'est rien Hina, juste des bricoles à régler pour l'entreprise de mon père.
Elle souffla doucement sur sa tasse, l'œil suspicieux.
- Je pensais qu'après m'avoir fait subir ta disparition sans jamais me donner de nouvelles, tu n'aurais pas encore l'audace de me cacher des choses.
Sasuke soupira en se laissant retomber au fond de son fauteuil en rotin. Croire qu'Hinata lâcherait si facilement l'affaire était une douce illusion, hélas.
- Tu te souviens d'Itachi qui avait détourné les fonds de la société, juste avant qu'on ne disparaisse ?
Elle hocha la tête, à l'écoute.
- Et bien ton père l'y aurait probablement aidé.
Elle sembla surprise, mais n'en fit pas étal.
- Je vois. Et du coup c'est à toi que revient la responsabilité de retrouver cet argent, c'est ça ?
Sasuke fut intrigué par son manque de réaction flagrant.
- Plus ou moins, ouais. Tu ne sembles pas si étonnée…
Elle resserra sa tasse entre ses doigts pour se réchauffer des basses températures hivernales. La véranda manquait cruellement de chauffage mais c'était bien l'un des seuls endroits de la demeure où ils ne seraient pas dérangés par tout le personnel qui s'attelait à faire des allers et retours dans toutes les pièces.
Hinata rit doucement.
- J'ai compris il y a bien longtemps qu'être honnête ne rendait pas riche, tu sais. Et ton frère aussi l'a vite compris, visiblement.
Sasuke inspira lentement, avec la désagréable impression qu'elle n'avait pas totalement tort. Mais pour lui qui avait toujours aspiré à réussir professionnellement en suivant sa ligne de conduite, il était difficile d'admettre qu'il devrait probablement emprunter ces chemins-là un jour, lui aussi.
Il regarda le fond trouble de son thé, pensif.
- Tu as toujours été d'une telle naïveté…
Il releva les yeux vers elle, surpris.
- Est-ce que tu as vraiment les épaules pour supporter tout ça ?
Son regard nacré était empli d'affection et il ne prit pas cette dernière phrase comme un affront.
C'était un constat. Un constat terriblement dur à entendre, parce que criant de vérité. Malgré toute cette dernière année en Californie, malgré Madara, Obito, Sasori… Malgré Naruto, qui peu importe sa rudesse ou son insensibilité parfois, avait essayé de le tirer vers le haut.
Il devait bien se rendre à l'évidence. Peut-être qu'il n'était simplement pas à la hauteur de ses aspirations. Peut-être que finalement, il ne s'était pas tant endurci que ça, malgré toutes les épreuves qu'il avait eu à traverser tout au long de sa vie.
Parce qu'à l'heure actuelle, il se sentait bien incapable de virer tout un tas d'inconnus sans le moindre état d'âme. Parce qu'il ne s'imaginait même pas une seconde, devoir bafouer les lois pour en arriver à là où son frère était arrivé.
Parce qu'il ne savait même pas quelle direction prendre, maintenant qu'il n'avait plus ni Naruto ni Itachi pour lui montrer le chemin.
« Une journée à peine et tu te mets déjà dans un état pareil ? Tu vas me faire regretter de t'avoir laissé partir… »
Sasuke pinça les lèvres, en proie à tout un tas de question. En rentrant, Itachi et Sakura étaient déjà couchés et il en profita pour passer un coup de fil en visio jusqu'en Californie. Là-bas, la journée commençait à peine et c'était à un Naruto tout juste sorti de sa séance de surf matinale qu'il avait à faire.
« Je crois que je me suis un peu enflammé, se plaignit-il en se retournant dans sa couverture. Hinata doit avoir raison. Je n'ai peut-être pas les épaules pour reprendre l'entreprise de mon père. »
Depuis le Beach Coffee où Naruto avait l'habitude de prendre son café en sortant de l'eau, celui-ci lui envoya un sourire rassurant. Il était beau, ses cheveux d'or baignant dans la lumière matinale, ses fossettes creusant adorablement ses joues striées.
« Ne sois pas défaitiste. Tu n'as que, quoi ? 24 ans ? »
« Mais l'âge ne compte pas, regarde-toi, t'étais déjà patron à cet âge-là. Et Itachi lui, était déjà directeur financier de la boîte. »
Naruto désapprouva.
« Et tu crois quoi ? Que je ne me suis pas pris des murs pour en arriver là où j'en suis aujourd'hui ? Que tout a été simple, dès lors que j'ai touché mes premiers bénéfices ? Non, bien-sûr que non. Ma vie a été une succession de sacrifices et j'en paye encore le prix aujourd'hui. Alors oui, il y aura des difficultés et tu auras souvent envie de tout laisser tomber mais ce sera dans ces moments-là que tu te révèleras. Tu apprendras à quel point tu peux être fort et te relever même lorsque tu penseras avoir toucher le fond. Tu as cette force en toi, et on le sait tous les deux. »
Si Sasuke n'était pas dans la pénombre de sa chambre, Naruto l'aurait probablement vu rougir à travers l'écran. Celui-ci n'était que rarement si loquace.
« Maintenant, c'est clair : tu manques cruellement d'expérience. Et oui, si parce que deux types t'ont à peine calculé tu en fais toute une montagne, peut-être que tu n'as pas les épaules pour assumer ce rôle. Mais maintenant que tu y es, tu n'as plus le choix que d'endosser tes responsabilités. »
Là, Sasuke le reconnaissait un peu mieux. Il soupira, mitigé entre deux sentiments contradictoires. D'un côté, il voulait croire qu'il pouvait y arriver, comme il l'avait cru depuis des semaines en préparant son retour au Japon. Mais de l'autre, il devait bien admettre que la moindre petite difficulté lui faisait ressentir un terrible sentiment d'insécurité.
« Donc tu penses que j'aurais jamais dû me lancer là-dedans ? »
Naruto but une gorgée de son café, ses épaules nues prenant les premiers rayons de soleil.
« Je pense seulement que ton capital confiance est trop fragile pour le moment. »
Sasuke resta pensif un instant. La confiance qu'il pensait avoir acquise durant cette dernière année à Santa Barbara avait-elle été si factice qu'elle avait totalement volé en éclat à l'instant même où il avait remis les pieds au Japon ?
« N'est-ce pas pour ça qu'on devait essayer chacun de notre côté ? ajouta le blond en essayant d'adoucir le ton. Pour gérer nos affaires respectives et régler toutes les choses qu'on avait enterré ou laissé en suspens ? »
Naruto dut certainement trouver qu'il y avait été un peu fort. Leur dernière dispute demeurait entre eux comme un fantôme et Sasuke fut certain qu'il essayait de tempérer.
« Si, bien-sûr que si… »
Et si la théorie avait tout d'un conte pour enfant, la réalité avait un goût bien plus amer. Parce que Sasuke avait finalement toujours été tributaire du regard des autres, et que malgré toute la confiance acquise l'année passée, ce n'était toujours pas suffisant pour s'en affranchir.
« Cesse d'aller dans tous les sens, Sasuke. Le constat, c'est qu'aujourd'hui, oui, tu n'as pas les épaules. Mais demain ? Et dans six mois ? Concentre-toi sur un objectif. Être un bon PDG en est un. Tout le reste ne sera que des étapes à franchir pour y arriver et le respect des autres viendra victoire après victoire. Mais si tu ne crois pas en toi dès le départ, personne ne le fera pour toi. »
Naruto était rude, comme il l'avait toujours été. Mais Sasuke savait que ses paroles transpiraient de sincérité et que son petit-ami n'aurait pas pris le temps de les formuler s'il ne voulait pas à ce point le tirer vers le haut.
Il suffisait de pratiquer le Naruto pour le comprendre.
« J'avais oublié que je sortais avec le plus grand psychorigide de toute la côte Ouest… »
Naruto rit et, à travers l'écran lui renvoya un regard doux. Le soleil brillait dans les yeux azurs. Sasuke se sentit adouci.
« C'est que la première journée et c'est un peu décevant mais laisse faire le temps. Ne t'inquiète pas. Et je viendrais botter le cul du vieux Saru-machin s'il continue de te snober. »
Sasuke s'amusa de sa réponse. Par son sourire, Naruto avait fait disparaître les gros nuages de la journée.
« Sinon, comment s'est passée votre installation ? »
Sasuke lui raconta, pour Itachi et la perte des clés. Pour la maison complètement retournée, aussi et le plaisir de revoir Hinata après des mois d'absence. Et Naruto l'avait écouté d'une oreille attentive.
« Et toi ? Comment c'est depuis que je suis parti ? »
« Comme d'habitude, répondit naturellement Naruto. Mais je vais devoir te laisser, j'ai une réunion avec les actionnaires à 9h00. »
Sasuke força un sourire, parce qu'il aurait aimé pouvoir l'avoir au téléphone plus longtemps. Mais le lourd décalage horaire les ramenait chacun à leurs différentes obligations.
« Pas de souci, on se rappelle plus tard ? »
« Entendu. »
« Et tu… »
Mais Naruto avait déjà raccroché. Et naturellement, ses pensées revinrent vers d'éternels questionnements. Sur la déception, d'avoir cru qu'il pourrait accomplir de grandes choses et de finalement, n'être pas tout-à-fait prêt. Sur les paroles de Naruto, à la fois encourageantes et pourtant plus tranchantes encore que la lame d'un couteau. Et sur leur relation de manière générale, dont les interrogations ne l'avaient plus quitté depuis leur dernière soirée en Californie.
Ici, la nuit était déjà bien entamée et il se retourna une nouvelle fois dans son matelas. C'était chez lui, dans sa chambre et pourtant, Sasuke éprouvait la sensation bizarre d'être étranger à cet endroit. Comme si finalement, loin du Japon, il avait fini par idéaliser cette vie qu'il avait laissé derrière lui.
- C'est que la première journée… souffla-t-il pour lui-même.
Malheureusement, il ne put faire taire toutes ses inquiétudes et perdu dans ses pensées, Sasuke regarda la pluie s'écraser contre le velux jusqu'à tomber d'épuisement.
Sakura serrait les dents, ses yeux émeraudes baignant dans une humidité qu'elle tentait tant bien que mal de cacher devant tous ces agents pénitenciers qui ne leur laissaient même pas la grâce de faire leurs adieux correctement. Itachi la tenait fermement contre lui, murmurant différentes choses à son oreille que Sasuke ne parvenait pas à entendre.
Cette fois-ci, c'était un jour sans précédent où Itachi franchissait une barrière probablement sans retour. Le genre de jour, où même ceux qui avaient tenu bon jusque-là menaçaient de s'effondrer comme un vulgaire château de cartes. Et ce fut le cas de Sakura qui, dès lors que les bras d'Itachi ne la soutinrent plus, fut abattue par le poids de son chagrin.
Itachi la rattrapa in-extremis dans le couloir froid de l'administration pénitentiaire et il resta agenouillé près d'elle un moment, tentant de la consoler comme il le pouvait. Sasuke n'avait jamais vu son frère être si affecté devant aucune femme. Alors il détourna le regard, incapable de supporter cette faiblesse dans les yeux d'Itachi.
Puis pressés par les fonctionnaires de prison, son tour vint et Itachi dut lâcher sa petite-amie pour un dernier au-revoir à son frère.
- Tiens, lui dit-il en lui tendant son immense casquette orange. Comme ça tu penseras à moi.
Sasuke la saisit mollement. Itachi n'avait jamais semblé si affecté et pourtant, il le vit tenter de garder le sourire. Alors saisi par l'émotion, Sasuke l'enserra si fort qu'il entendit l'autre retenir ses larmes. Alors lui aussi, serra les dents. Les poings, même, révolté par ce sentiment d'injustice qui lui laminait la poitrine. Et pour la peut-être dernière fois de sa vie, il laissa sa tête retomber contre l'épaule sécurisante de son aîné. Peu importe combien il pouvait parfois le trouver ridicule ou tête en l'air. Peu importe le nombre de fois où ils s'étaient disputés ou battus. Il était son grand-frère. Le seul être sur cette foutue planète à avoir commis le pire, juste pour être certain qu'il puisse continuer de voir le jour se lever une nouvelle fois.
Itachi avait été le pilier de sa vie et aujourd'hui, il devait apprendre à composer sans lui.
- Tout ira bien, Itachi.
L'aîné resserra sa prise dans un hoquet amusé.
- C'est moi que tu essaies de convaincre, ou c'est toi ?
Mais Itachi aussi, avait un trémolo dans la voix.
- Sois fort, Sas'. Je sais que tu pourras surmonter tout ça.
Son grand-frère le lâcha, cherchant de ses yeux noirs à capter son regard une dernière fois.
- N'abandonne pas, ok ?
Sasuke hocha la tête, les lèvres tremblantes.
- Et si…
Itachi sembla hésitant alors qu'il détournait le regard en direction de Sakura, qui, à quelques mètres de là, continuait de sangloter. Puis à nouveau, il planta ses yeux dans les siens.
- Et si jamais les choses devaient vraiment mal tourner, est-ce que tu pourras prendre soin d'elle ?
Sasuke eut un regard peiné pour Sakura puis une nouvelle fois, il hocha la tête.
Alors Itachi lui sourit une dernière fois et, dans un geste que Sasuke trouvait autrefois insupportable, lui tapota le front avec deux doigts.
Puis il leur fit dos, et Sasuke serra la casquette entre ses doigts tandis que la silhouette de son grand-frère s'éloignait. Alors il fallut puiser dans toutes ses ressources pour ne pas s'effondrer. Pour soutenir Sakura qui, à force de se bercer d'espoirs, avait fini par s'enfermer dans le déni.
Naruto :
Comment ça s'est passé ?
11 : 00
Sasuke :
Triste mais on surmontera.
11 : 13
Naruto :
Je voudrais pouvoir être là.
11 : 17
Sasuke :
Je sais. Tu me manques.
11 : 23
Holaaaaaa ! Déjà, un très grand merci pour votre accueil sur ce deuxième volet de California Dream ! Je suis vraiment heureuse de voir que vous êtes au RDV pour cette histoire qui me tient énormément à coeur.
La mise en place dans ce chapitre était importante. Vous l'aurez compris, le retour au Japon ne sera pas un long fleuve tranquille pour aucun d'entre eux, ni même pour Naruto resté en Californie. (Les maltraiter ? C'est ma passion lol) A ce stade, avez vous déjà des pronostics pour chacun des persos ? Sur la relation Naruto / Sasuke ? Hâte de lire vos hypothèses (et on va pas se mentir des fois vous êtes encore plus sadiques que moi xD)
J'espère que ce premier chapitre vous a plu. Je vais essayer de reprendre le rythme de publication tous les dimanches, comme avant. D'ici là, portez vous bien !
A bientôt,
Akane
