Réponses aux reviews anonymes :

Myl : Heyyyy :) Merci pour ta review et bien heureuse de savoir que cette histoire te plait toujours ! En effet, niveau justice, Itachi est peu dans le pâté mais là il n'est plus question de présomption d'innocence puisqu'il est déjà acté coupable du meurtre de la fille de Madara lol Mais j'admire ta détermination à rester positive xD En espérant que la suite te plaise toujours autant ! Bisouuu

Mani300 : Coucouuu :D Comme tu dis, ce n'est que le début et (malheureusement) pour vous j'ai tellement prévu de rebondissements sur cette suite lol Sinon c'est pas drôle :p MAIS je me suis promise de ne pas être trop cruelle... Pas trop. Juste un peu xD Effectivement Naruto reste un personnage énigmatique et difficile à comprendre lorsque l'on est pas dans sa tête. Il ne faut pas trop s'y habituer non plus; ce sera pas tout le temps, il faudra continuer de le déchiffrer lol J'espère que la suite te plaira ! Gros bisous !

California dream

Partie 2

Chapitre 3


Gaara :

Hey.

Juste pour prendre de tes nouvelles.

Tu t'en sors dans l'entreprise de ton père ?

10 : 17

Sasuke :

Difficilement. Mais je bosse dur.

Quelles sont les nouvelles au pôle achat ?

10 : 23

Gaara :

Grosse période. Uzumaki est sur les dents.

Mais on se sert les coudes, c'est cool.

Même si nos petites boutades me manquent.

11 : 01

Sasuke :

J'avoue que ça me manque aussi.

11 : 09


Incapable.

Sasuke vociférait, seul dans le grand bureau qui appartenait autrefois à son père. La décoration avait été laissée telle quelle depuis l'époque, avec les murs brunis d'un bois foncé et sa moquette rouge sang dont aucun de ses successeurs n'avait pensé à rajeunir. Voilà des heures qu'il s'arrachait les cheveux au-dessus de la comptabilité, incapable de se concentrer. Incapable de comprendre ce qui clochait encore.

Incapable.

Sasuke était un incapable, doublé d'un raté perdu sur la pernicieuse voie de l'échec. Il avait la désagréable impression de patauger dans le grand bain depuis son retour au Japon, perdant pied et se noyant un peu plus chaque jour jusqu'à bientôt toucher le fond. Ici, rien ne bougeait. Malgré le licenciement économique qu'il avait fait subir à une partie des employés, la situation financière de la société ne se redressait pas.

- Qu'est-ce que tu as ? siffla Neji en s'accoudant sur le chambranle de la porte. On t'entend beugler depuis l'autre bout du couloir.

Sasuke releva des yeux colériques vers lui, agacé de rester dans cette incompréhension devenue quotidienne.

- C'est quoi encore, ce rapport que tu as pondu ?

L'autre homme haussa un sourcil brun au-dessus de ses yeux de nacres. Les mêmes qu'Hinata. Hiashi Hyûga avait accepté de rapatrier les fonds détournés à la seule condition que son neveu ne vienne occuper le poste de directeur financier d'Uchiwa Corp. Un joli coup de maître, pour avoir la main mise sur une partie de la boîte. Et si Itachi s'y était au départ fermement opposé, les deux frères n'avaient pas eu d'autre choix que d'accepter. Il avait fallu des liquidités pour relancer le business.

- La simple vérité, Sasuke.

Celui-ci se pinça l'arrête du nez, exaspéré de se retrouver dans le flou.

- Je comprends rien.

- A quoi, au budget prévisionnel ? demanda l'autre. C'est simple, pourtant.

- A rien. Je comprends foutrement rien, sérieux.

Sasuke avait beau retourner les choses dans tous les sens, relire chaque ligne des chiffres qui se suivaient ou à éplucher chacune des colonnes du budget prévisionnel : il n'y comprenait rien. Et c'était ainsi, depuis trois mois. Depuis trois foutus mois, il faisait face à des difficultés qu'il n'aurait pas même soupçonnées avant son départ en Californie. C'était frustrant. Terriblement frustrant, pour lui qui avait toujours rêvé de grandeur. Parce qu'il n'y avait pas pire sentiment que de sentir ses limites arriver trop vite, là où l'on s'était pourtant senti pousser des ailes.

Sasuke était retombé comme s'il avait pris une gifle en pleine ascension. Et la chute en fut plus douloureuse encore que de sauter du quinzième étage. Parce que force était de constater qu'il n'avait ni les épaules, ni les compétences pour tenir cette entreprise comme il en avait rêvé. Il n'était qu'un acheteur. Un acheteur junior, tout juste sorti d'études à qui Naruto avait offert un poste dans l'espoir de le faire évoluer. Mais entre ça et le boulot de PDG, c'était le grand écart et Sasuke s'y heurtait maintenant depuis quelques mois.

Et sa fierté en avait pris un coup.

Neji croisa les bras sur sa poitrine où quelques mèches de sa longue chevelure brune reposaient lestement, son visage aussi sérieux que d'accoutumée.

- Tu veux que je t'explique ?

Le jeune patron souffla en laissant sa tête retomber entre ses mains.

- Ouais.

L'autre acquiesça, déposant ses photocopies sur le guéridon à l'entrée et venant s'asseoir avec une habitude naturelle sur le côté du bureau de Sasuke. Celui-ci décala légèrement sa chaise, laissant l'une des jambes blanchâtres du Hyûga venir pendre près de lui. Puis il s'attela à lui expliquer et il fallut un effort considérable au patron pour réussir à se concentrer sur les propos de son vis-à-vis.

Ce rapport n'avait rien de sorcier, mais il nécessita plusieurs minutes de consignes détaillées pour être complètement intégré. Et le manque de sommeil n'aidait pas à la bonne compréhension des choses.

Lorsque tout fut clair, Neji redescendit du bureau sans manquer de le gratifier d'une petite tape sur l'épaule. Mais avant de quitter la pièce, celui-ci se retourna une dernière fois, photocopies en main.

- T'as vraiment une sale gueule, Sasuke.

L'interpellé releva des yeux tout d'abord interloqués vers son vis-à-vis, qui finalement, se rétrécirent d'amusement.

- Tu peux parler…

Un ourlet souleva les lèvres du Hyûga.

- Au fait, tu es toujours partant pour ce soir ?

- Toujours, comme prévu.

Neji hocha doucement la tête, reprenant son sérieux.

- Je suppose que ton mec sera des nôtres ?

Sasuke chassa la vilaine montée d'appréhension qui papillonna dans le bas de son ventre.

- Je suppose, ouais.

Le directeur financier quitta la pièce et Sasuke resta un moment figé, le regard dans le vide. Naruto arrivait en fin de journée sur le territoire japonais et cette simple pensée lui tordait complètement l'estomac. Ils ne s'étaient pas vus depuis trois mois, marchant sur des œufs dans la plupart de leurs conversations et il avait fallu que les esprits s'échaudent pour que son petit-ami se décide à traverser l'océan qui les séparait.

Il se reprit en se rendant compte qu'il se rongeait l'ongle de nervosité, les épaules contractées. L'air avait un goût d'appréhension, faisant trembler sa poitrine de soubresauts à chacune de ses inspirations. Le revoir le stressait, entre toutes les autres raisons qui déjà le stressaient au quotidien. Naruto n'avait pas été tendre durant leur dernière visio, laissant échapper des doutes sur leur capacité à maintenir à flot cette relation devenue tendue au fil des semaines. La faute à leurs emplois du temps respectifs, à ce décalage horaire et à leurs différentes priorités.

La faute à eux, qui n'avaient pas su gérer cette distance devenue beaucoup trop présente dans leur couple. Si présente qu'elle avait fini par être le centre de tout, jusqu'à rendre chacune de leur conversation anxiogène. La dispute n'était jamais loin, tapie dans l'ombre du moindre mot pris de travers. Jusqu'à exacerber sa jalousie, de voir Naruto toujours entouré de femmes incroyablement belles dans les médias. Des femmes qui, à en croire les coulures d'encre des articles, avaient déjà été de vieilles conquêtes ou bien étaient aux prémices de le devenir.

Sasuke savait qu'il ne devait pas croire tout ce que racontaient les journaux qui s'arrachaient les moindres faits et gestes de Naruto Uzumaki. Naruto Uzumaki, le jeune patron qui faisait chavirer les cœurs. Naruto Uzumaki, le séducteur.

Naruto Uzumaki, qui avait aimé consommer les femmes toute sa vie.

Sa patience légendaire avait fini par foudroyer Sasuke, insupporté d'être ainsi harcelé sur ses fréquentations. Si Naruto avait au départ tenté de le rassurer, cela s'était vite transformé en agacement jusqu'à lui sauter au visage lors de leur dernière conversation. Et le voilà maintenant en route vers le Japon, parce qu'il fallait qu'ils discutent et ce simple mot avait le goût amer de la fatalité.

Voilà trois jours entiers que Sasuke y réfléchissait. A cette discussion, à leur relation et cette distance meurtrière. Trois jours qui, pour son cœur déjà esseulé, parurent durer toute une éternité. A se poser d'inlassables questions sur ce que Naruto aurait de si terrible à lui dire qu'il ne pouvait le faire par téléphone. Mais s'il l'avait éloignée de son esprit de toutes ses forces le plus longtemps possible, la réponse le rattrapa quelque-part entre l'aube et le fond d'un verre de vin, aussi douloureuse qu'un coup de poing dans l'abdomen.

Naruto allait le quitter. Le laisser tomber, pour ne plus s'encombrer du poids devenu trop lourd de leur relation. Pour vivre sa vie, comme s'il n'avait simplement jamais existé. Et si cette pensée lui tordait l'estomac, Sasuke avait pourtant fini par l'accepter.

Il soupira pour la énième fois de la matinée, angoissé, laissant son dos reposer sur le dossier du vieux fauteuil de son père. Ce n'était plus qu'une question de temps, à présent et il était désormais trop tard pour changer les choses.


- Tu peux arrêter, sérieusement ?

Sakura suspendit sa main alors qu'elle tapotait frénétiquement des doigts sur la table en fer forgé, résonnant dans tout le patio et agaçant profondément Sasuke depuis de longues minutes.

- Tu serais peut-être moins irritable si tu dormais un peu plus, tu ne crois pas ?

En guise de réponse, elle ne reçut qu'un regard noir qu'elle ignora en reprenant ses tapotements agaçants.

L'anxiété était à son comble tandis que le soleil commençait lentement à décliner derrière les pavillons voisins de la résidence, illuminant le ciel d'une douce lueur orangée. Il faisait encore bon en ce début de soirée printanière et il ne leur avait fallu qu'un petit gilet pour supporter la brise durant leur attente.

- Je pensais que tu serais heureux de le revoir, railla-t-elle dans un scepticisme devenu habituel entre eux ces derniers jours. Pas que tu serais encore plus tendu qu'une arbalète.

Sasuke leva les yeux au ciel pour mettre fin à cette discussion, reportant bien vite son regard sur la route qu'ils fixaient tous les deux depuis le petit salon de jardin installé sur le porche. Si l'entente entre eux n'avait fait que se renforcer depuis l'emprisonnement d'Itachi, voilà quelques semaines qu'elle avait progressivement commencé à se dégrader.

- Franchement je ne sais pas ce que tu as en tête, sermonna-t-elle. Mais avec tout ce qu'il a fait pour Itachi et toi, j'espère que tu lui réserveras un meilleur accueil que cette tête de déterré que tu tires là.

Sasuke serra les dents pour se taire. Outre le fait que ce soit la deuxième fois de la journée qu'on lui reprochait son teint cadavérique et ses cernes à faire pâlir la mort elle-même ; il dut prendre sur lui pour ne pas enclencher une nouvelle dispute. Parce qu'il s'irritait d'un rien, récemment, préoccupé par la société et sa relation qui partait complètement à volo ; complètement obsédé par cette désagréable sensation d'être dans l'échec et qu'il était bien plus simple de passer ses nerfs sur ses proches que d'apaiser son cœur soi-même.

Sakura avait montré la volonté indéfectible d'être présente, à la fois pour Itachi mais aussi pour lui. D'être une oreille attentive et des bras protecteurs, malgré son propre chagrin. Elle était touchante, avec cette ténacité qui lui était propre et Sasuke avait fini par se laisser lui aussi convaincre par la force de ses sentiments. Alors ils avaient tissé des liens, intimement liés par leur peine commune, jusqu'à devenir proches, jusqu'à se confier, s'encourager et se rassurer.

Suffisamment proches, pour s'envoyer de lourdes remontrances.

- T'es chiante ces derniers jours, répondit-il en lui lâchant un regard. Et pour Naruto, ce ne sont pas tes affaires.

Elle lâcha un profond soupir alors que tous deux reportaient à nouveau leur attention sur la route, de l'autre côté du portillon. Le taxi de Naruto devait arriver d'une minute à l'autre. D'un tout minuscule petit instant à l'autre, rendant chaque seconde un peu plus longue qu'elle n'était angoissante pour Sasuke qui ne pouvait même plus prendre une inspiration complète d'oxygène. Le stress régissait son estomac comme une énorme boule qui le lui comprimait depuis des heures.

Etait-ce normal, d'être si stressé comme s'il allait rencontrer un inconnu pour la toute première fois ?

Il rongea un nouveau l'un de ses ongles, victimes collatérales de ces derniers mois d'anxiété. L'attente était interminable et Sakura la rendait davantage angoissante. Il laissa rapidement traîner ses yeux sur le ciel qui s'assombrissait de minute en minute, apportant avec lui les terreurs de la nuit comme s'il n'y aurait plus jamais de jours heureux.

Sasuke n'allait pas bien.

Une voiture passa et Sasuke sursauta, attirant un regard en coin de Sakura. Leurs yeux se croisèrent un instant et s'il vit son agacement, il ne fut pas moins certain d'y lire également de l'inquiétude. Puis à nouveau, ils reportèrent les yeux sur la route, ne rendant l'atmosphère que plus pesante.

L'attente fut encore longue, pour le peu de temps qu'elle dura réellement.

Puis finalement, ce ne fut que lorsque toute lumière eut disparue du ciel que le taxi se gara enfin devant le portillon. Sasuke se tendit à l'extrême. Alors à nouveau, Sakura lui jeta un coup d'œil et elle força un sourire.

- Allez, viens.

Elle se leva et il en fit de même maladroitement, le cœur bondissant à la simple vue de la berline noire aux vitres teintées. Puis doucement, la portière s'ouvrit sur une chaussure de ville cirée, passée sous un pantalon de costume et immédiatement, Sasuke sentit ses mains devenir moites. L'air soudain, sembla presque irrespirable, à moins qu'il s'empêcha de respirer lorsqu'une jambe laissa place à un bassin puis à un torse puissant.

Sasuke déglutit difficilement, arrêté au milieu des méandres du temps, le regard figé sur le visage de Naruto qu'il n'avait plus revu depuis des mois. Sur sa mâchoire puissante et ses joues striées, ses pommettes remontées et ses mèches blondes qui virevoltaient dans la douce brise printanière. Il était beau, sous la simple lueur des lampadaires, cherchant des yeux un point sur lequel se repérer.

Puis comme une évidence, leurs regards se croisèrent et Sasuke se sentit condamné par le sentiment profond qu'il lui portait depuis des mois. Par cet amour, si lourd, qu'il semblait être devenu fardeau. Par ce piège qui venait à l'instant de se refermer sur lui.

Sakura bougea la première, descendant à vive allure les quelques marches en bois pour rejoindre le portillon de l'autre côté de l'allée de gravillons et avec un naturel déconcertant, donna une accolade au nouveau venu. Leurs yeux se quittèrent un instant et le corps mou, Sasuke se laissa tomber en bas des marches, avançant d'un pas lent et machinal dans la petite allée.

- Heureuse de te voir parmi nous, Naruto.

Celui-ci eut un léger sourire à l'attention de la jeune femme tandis qu'ils se séparaient de leur étreinte. Puis de nouveau, les grands yeux bleus rejoignirent ceux de Sasuke et le temps sembla définitivement s'être figé entre eux. Et le moment parut si long que Sakura voulut couper le malaise et elle débarrassa Naruto de son maigre sac de voyage.

- Je vais installer tes affaires à l'intérieur. Je vous laisse tranquille.

Naruto se laissa délester et il la remercia à demi-mots, toujours accaparé par son petit-ami. En remontant l'allée de gravillon, Sakura ne manqua pas de bousculer l'épaule de Sasuke dans un regard réprobateur et finalement, disparut derrière la porte d'entrée pour leur laisser retrouver leur intimité.

Le vent s'éleva à nouveau, et le silence devint rapidement gênant tandis que le taxi tournait au coin de la rue. Puis comme ce qui apparut comme une fatalité pour Sasuke, ils se retrouvèrent définitivement seuls, incapables de cacher leur malaise derrière la moindre distraction.

- Salut.

Le visage impassible de Naruto était à peine froissé, mais Sasuke connaissait suffisamment chacune de ses expressions pour reconnaître le trouble au fond de ses yeux azurs. Il semblait soufflé, comme s'il avait, lui aussi, appréhendé ces retrouvailles.

Sasuke sentit sa bouche s'assécher, incapable de répondre, les jambes faiblardes.

Il se passa un nouvel instant durant lequel aucun d'eux n'osa bouger. Puis finalement, ce fut une nouvelle fois Naruto qui prit les devants et il poussa le portillon pour le rejoindre et Sasuke fut conscient de chacun de ses gestes, de chacun de ses pas. De son regard si concerné qui recherchait inlassablement le sien. Intensément, jusqu'à le trouver et l'emprisonner.

Naruto s'arrêta à un pas de lui seulement, comme s'il lui laissait encore une chance de s'échapper. Mais Sasuke ne pouvait plus bouger.

- Salut, répéta Naruto.

Sa voix grave transperça Sasuke et il lui fallut puiser dans un courage méconnu pour lui répondre.

- Salut…

Naruto l'impressionnait, de sa stature, de son charisme, le foudroyant sur place parce qu'il éprouvait un amour inestimable pour cet homme exceptionnel. Cet homme exceptionnel, qu'il semblait découvrir pour la première fois.

Ce même homme, qu'il voyait aussi probablement pour la dernière fois…

Naruto força un sourire, qui ne ressembla à rien de plus qu'à un spasme.

- C'est bon de te voir.

Le cœur de Sasuke se figea alors que, d'eux deux, Naruto fut le plus courageux en avançant du pas qui les séparait encore et bien vite, le visage du plus jeune se retrouva contre une épaule puissante.

Sasuke leva les yeux, retombant inlassablement dans ceux précieux de son petit-ami. Il y eut un léger moment de flottement, encore, durant lequel les pupilles de Naruto firent quelques allers-retours entre les siennes, comme s'il sondait les tréfonds de son âme. Puis enfin, la main du blond se leva et cette fois-ci, ce fut son corps entier qui se crispa comme s'il attendait une effroyable sentence.

Mais la main se posa tranquillement dans sa nuque, bien plus chaude que les températures printanières, bien plus tendre que cette angoisse qui lui renversait l'estomac depuis des jours. Et comme s'il avait été en apnée depuis des heures, Sasuke sembla enfin retrouver l'usage de sa respiration.

Naruto sembla le sentir, prenant probablement ce soulagement perceptible comme un feu vert et lentement, se pencha vers lui pour déposer un baiser sur ses lèvres. Gentiment, presque timidement. Et le nœud dans le ventre de Sasuke se détendit, s'envolant comme des millions de battements d'ailes qui le bouleversèrent.

Naruto l'embrassait.

C'était une libération.

Alors il retrouva l'usage de ses membres et ses mains désespérées s'accrochèrent au col de sa veste pour le garder encore près de lui. Par peur qu'il ne s'échappe. Et l'autre main de Naruto vint lui prendre tranquillement le visage pour prolonger le baiser, renversant son cœur et ne le rendant que plus amoureux encore de cet homme qu'il finirait par perdre.


- C'est pour quelle raison, cette soirée chez Hinata ?

Sasuke reposa lourdement sa tête contre le torse de Naruto.

- Hiashi veut faire un point sur les chiffres, depuis qu'on a rapatrié les fonds.

Naruto parut sceptique. Ils avaient décidé de se reposer un peu dans la chambre du plus jeune avant de se rendre à cette soirée qui n'enchantait pas vraiment l'américain.

- Je le trouve bien impliqué, pour quelqu'un qui n'a rien à voir avec l'entreprise.

Sasuke haussa une épaule. Itachi aussi, avait tiqué là-dessus.

- Il a placé son neveu contre les fonds. Je pense qu'il a vu qu'il y avait des cartes à jouer.

Allongés sur le matelas, Naruto resserra sa prise sur lui et Sasuke fut bien trop conscient de la chaleur de sa main contre sa hanche dévêtue.

- Le business… murmura Naruto, peut-être pour lui-même. Et vous êtes bloqués parce qu'il tenait les fonds en otage. C'était intelligent de sa part.

Sasuke avait appris douloureusement -et à ses dépens- que l'honnêteté n'avait que rarement de la place dans le monde difficile des affaires. Il fallait avoir les dents aiguisées pour réussir au milieu des autres requins. Et aujourd'hui, Sasuke était bien trop conscient de n'être qu'un petit poisson au milieu de l'océan. Une proie facile, surtout pour un homme qui l'avait vu grandir.

Il se retourna entre les bras de Naruto, passant une main tranquille sous sa chemise défaite et montant le visage pour retrouver son regard. C'était encore un peu étrange, cette proximité après tant de mois d'absence. Comme un malaise persistant, malgré le soulagement.

- Tu as l'air fatigué.

Ça n'avait été qu'un chuchotement, comme pour ne pas briser leur bulle d'intimité au milieu de la semi-pénombre. Seuls quelques appareils électriques émettaient encore un faisceau de lumière, suffisamment pour qu'ils puissent se deviner. Le regard de Naruto posé sur lui semblait inquiet, ses yeux bleus rendus grisâtres dans les ténèbres.

- Ouais, je suis sorti hier soir. J'ai pas beaucoup dormi.

Naruto resta silencieux un instant.

- Tu sors beaucoup, ces derniers temps.

Cela ne ressemblait en rien à un reproche. Seulement un constat.

- J'ai pas mal de pression à gérer, en ce moment.

La main chaude de Naruto caressa tranquillement sa hanche nue et il frissonna.

- Je sais.

Il flâna un silence inconfortable et leurs yeux se quittèrent.

C'était étrange, cette sensation de se sentir à la fois si proche et si loin de lui. Comme s'il demeurait une barrière invisible entre eux qui ne tomberait que s'ils prenaient le courage de la démolir. Et cette barrière, c'était cette discussion sur leur relation, là où Naruto avait été clair : la distance ne fonctionnait pas. Mais Sasuke était incapable d'aborder le sujet.

Le blond se racla la gorge, probablement conscient de l'atmosphère étrange qui régnait entre eux.

- Il faudrait qu'on discute, lâcha finalement Naruto, coupant le mutisme interminable. J'aimerais qu'on discute.

Sa voix était aussi rude que d'habitude et Sasuke se figea un instant, redoutant véritablement cette conversation. Conversation qui les mènerait forcément vers la fin de leur histoire, à ne pas en douter. Il n'y avait aucune issue favorable à cette relation longue distance. La jalousie les tuerait, si le manque de considération ne l'avait pas fait avant. Ils finiraient inévitablement par manquer de temps l'un pour l'autre, jusqu'à se lasser d'attendre et détourner le regard. Devenir un souvenir. Fauter, aussi, probablement. Et blesser l'autre jusqu'à l'étouffer de cette relation toxique.

Mais avoir cette conversation, c'était accepter de se rendre à l'évidence et Sasuke n'y était pas encore prêt.

- Est-ce qu'on peut juste… profiter encore un peu ?

Leurs yeux se retrouvèrent comme un millier de mots muets. Finalement, Naruto lui accorda un sourire triste qui lui brisa le cœur.

- Ok…

Alors Naruto resserra son étreinte, attirant Sasuke plus encore contre lui et il l'entendit inspirer dans ses mèches brunes comme s'il essayait de s'imprégner de lui. Alors il ferma douloureusement les yeux, enfermant à jamais cette chaleur dans sa mémoire, tentant de retenir le rythme de son cœur qui battait frénétiquement dans sa poitrine.

Leur temps était compté, peu importe ce lien qui les unissait. La distance avait gagné et ils le savaient tous les deux.


- Itachi et Sasuke n'ont pas tari d'éloges à votre sujet, monsieur Uzumaki, avoua Hiashi en reposant ses couverts contre son assiette. Et je dois dire que vous faites honneur à votre réputation.

Naruto hocha la tête pour le remercier. Le repas s'était déroulé sans encombre, ne tournant quasi-exclusivement qu'autour de l'entreprise et tous avaient fait l'effort de communiquer en anglais pour la bonne compréhension de l'américain.

- Que diriez-vous de jeter un œil au budget prévisionnel ?

Une fois de plus, Naruto hocha la tête pour approuver. Sasuke lui lança un regard furtif. Regard qui lui fut rapidement rendu avant que Neji ne ramène le dossier pour laisser le blond l'examiner. Pendant ce temps, Hinata textait son petit-ami, le téléphone planqué sous la nappe brodée.

- C'est pas très bon, commenta Naruto en analysant les chiffres. Le plan de licenciement aurait dû vous remettre d'aplomb.

Sasuke observa un instant le visage concentré de son petit-ami, qui, plongé dans le dossier, endossait à nouveau sa casquette d'homme d'affaire.

- Il nous faudra encore un peu de temps pour redresser la barre, se défendit Neji. Mais c'est déjà bien mieux qu'il y a trois mois.

Naruto continua d'éplucher les pages, demandant une traduction ici et là, les sourcils froncés. Et d'orgueil, Sasuke fut piqué de le voir comprendre si vite là où lui avait eu besoin d'explications. Alors il se détourna de la discussion, légèrement irrité et se pencha vers sa voisine qui continuait de pianoter sur son téléphone.

- On sort ce soir ? chuchota-t-il. J'ai bien envie de me changer les idées.

Il capta le regard amusé de sa meilleure amie.

- Yahiko joue au même pub qu'hier, si tu veux.

Ils se sourirent, complices. Hinata était une fille de bonne famille, douce et généreuse. Eduquée dans les bonnes manières imposées par la haute société, elle n'avait jamais vraiment eu le loisir de vivre sa jeunesse comme elle aurait aimé le faire. Mais tout avait changé quand, quelques mois avant le retour de Sasuke au Japon, elle avait croisé le chemin de Yahiko, DJ en vogue de la capitale, lui faisant découvrir l'amour véritable et passionnel. Le grand amour, celui qui l'avait transportée pour la première fois de sa vie. Celui qui lui avait fait tourner la tête jusqu'à la rendre désobéissante et extravertie.

Hinata s'était dévergondée durant ces derniers mois, découvrant la vie nocturne et s'échauffant de ses fêtes endiablées. Elle s'était imprégnée de l'effervescence des clubs, de l'euphorie des fêtards qui, jusqu'à pas d'heure, se mouvaient, dansaient, sautaient parmi la foule comme s'il n'y aurait pas de lendemain.

Et invité à plusieurs reprises, Sasuke aussi, avait fini par y prendre goût. Ne serait-ce que pour échapper quelques heures à l'échec cuisant qui lui entravait les poignets.

- Qu'est-ce que t'en penses, Sasuke ?

Il se redressa dans un sursaut, relâchant le regard d'Hinata pour retrouver celui accusateur d'Hiashi.

- J'ai… pas entendu, répondit-il.

Le patriarche eut un rictus proche de la résignation et il trouva les yeux indéchiffrables de Naruto posés sur lui. Il encaissa silencieusement le jugement, comme il le faisait depuis des semaines.

Neji répéta sa question et à demi-mots, Sasuke dut avouer que le sujet le dépassait. Alors Naruto lui expliqua et son orgueil fut encore frappé.

Parce que tout réussissait à Uzumaki Naruto et que, comme avec Itachi trois plus tôt, Hiashi le prenait bien plus au sérieux que lui. Alors il baissa les yeux sur ses genoux et s'enterra dans un mutisme jusqu'à la fin du dessert.


Sasuke sa laissa porter par les vibrations qui vrombissaient lourdement dans sa poitrine. Les yeux fermés et l'esprit libéré par les effluves de l'alcool, il laissa la foule l'emporter vers un avènement supérieur. Comme s'il pouvait voler. Comme s'il ne faisait plus qu'un avec les brondissements de la musique.

A sa droite, Hinata riait, le verre levé vers le ciel, dansant sous les stroboscopes qui rendaient sa peau rougeâtre. Le club était rempli de fêtards venus célébrer le début du week-end, bracelets fluorescents aux poignets et guirlandes lumineuses autour du cou ; ils bondissaient sur la piste en bois, tournés vers Yahiko qui s'éclatait derrière les platines.

L'ambiance était exceptionnelle, si proche de l'hystérie collective. Si bien que même Neji qui, habituellement sérieux, se laissait aller à tenter de hurler par-dessus la musique. Lui aussi, les accompagnait régulièrement sur le chemin de la déchéance. Il bougeait la tête frénétiquement, faisant danser sa longue chevelure brune dans son dos, emporté par l'euphorie générale, les bras en l'air comme s'il était, lui aussi, saisi par la musique.

Sasuke sirota son verre, retrouvant un second souffle à cette fatigue qui l'avait tiraillé toute la journée. Soigner le mal par le mal, c'était presque devenu sa doctrine, ces derniers temps. Il passait ses journées complètement mort des soirées de la veille, ne retrouvant de l'énergie qu'à la nuit tombée, se galvanisant des verres d'alcool jusqu'à plus soif.

La musique électronique était si sauvage, si saisissante avec ses rythmes effrénés qu'elle l'empêchait de penser. A l'efficacité désastreuse de son boulot, à Itachi qui, après tous ses sacrifices, croupissait tout de même en cellule et à Naruto, évidement, qu'il aimait trop profondément pour le priver de sa liberté. Alors il dansait, sautait, se déchainait sur la piste presque tous les soirs de la semaine, patientant au boulot, n'attendant que la prochaine soirée pour s'échapper encore.

C'était un cercle peu vertueux et s'il en était conscient, il ne ressentait pourtant pas le besoin d'en sortir. Comme si ces échappatoires donnaient un sens à son retour au Japon, où rien ne s'était finalement passé comme prévu. Comme si ça lui permettait de patienter, en attendant. Mais en attendant quoi, finalement ? Sasuke lui-même ne savait pas. Y avait-il vraiment un objectif, comme un but final à atteindre après toutes ces galères ?

Avec amertume, Sasuke avait cessé d'y croire. Il patientait, de fêtes en fêtes, laissant la routine s'installer comme s'il vivait la vie de quelqu'un d'autre en attendant de récupérer la sienne. Parce qu'il avait accepté d'être dans l'échec et qu'il avait peut-être fini par abandonner l'idée d'en sortir, finalement. Alors il attendait, encore et encore, d'un jour être frappé par la foudre divine pour retrouver celui qu'il était.

Celui qu'il avait laissé en Californie, quelques mois plus tôt.

Le Sasuke déterminé qui aimait son boulot. Le Sasuke, tombé sous le charme d'un homme exceptionnel et qui essayait de toutes ses forces de s'en sortir. Qui s'était relevé d'un viol, qui avait survécu à la haine déchirante de la famille Uchiwa. Pas celui qui, lâchement, avait fini par accepter de laisser le succès s'échapper.

Sasuke termina son verre d'une traite, les oreilles bourdonnantes, savourant les fortes vibrations qui tambourinaient dans sa poitrine. Les stroboscopes changèrent pour une lumière blanche tandis qu'une nouvelle musique effrénée venait remplacer la précédente, comme s'il n'y aurait jamais de fin. Puis Neji attira son attention d'un coup de coude et Sasuke se concentra sur son visage luisant de sueur.

- Je crois que ton mec fait la gueule.

Il suivit le regard de Neji vers Naruto, qui, au comptoir du bar, buvait un whisky le visage fermé. Il retrouva les yeux du Hyûga.

- Ouais, hurla-t-il en s'approchant de l'oreille de Neji pour être entendu. On s'est un peu pris la tête, dans le taxi.

L'autre lui lança un regard interrogateur et Sasuke haussa une épaule.

- Laisse-tomber. Pour des conneries.

Naruto avait eu envie d'être tranquille avec lui après cette longue absence – et surtout après d'interminables heures d'avion- et aller s'éclater dans un pub ne l'avait pas spécialement branché. Voir même plutôt contrarié. Et Sasuke comprenait. Vraiment. Mais l'idée d'être seul avec lui le terrifiait. Parce qu'ils finiraient forcément par aborder le sujet et il essayait de le retarder au plus tard possible.

Quitte à saboter lui-même ce qu'il restait de leur relation…

- Tu devrais aller le voir.

Sasuke se laissa de nouveau aller à chercher Naruto du regard. Naruto qui, toujours accoudé au comptoir, le fixait aussi en transcendant la foule. Il déglutit, conscient d'agir comme un enfoiré. Son petit-ami avait traversé l'océan, mettant quelques jours sa vie intense en pause, juste pour régler les choses proprement. Et Sasuke ne lui accordait même pas ce droit.

Il s'approcha à nouveau de l'oreille de Neji.

- Je sais, mais je crois pas que notre couple y survivra.

Neji pinça les lèvres.

- Tu ne le sauras pas tant que vous n'aurez pas discuter.

Une nouvelle fois, Sasuke retrouva les yeux de Naruto, pour finalement les détourner avec lâcheté. Et il fit le choix d'ignorer cette pénible voix qui lui hurlait de faire les choses correctement. D'arrêter d'être si borné et de lui accorder toute l'attention qu'il méritait. Alors il continua de danser, enchaînant les verres d'alcool juste pour oublier, ne serait-ce que quelques heures, combien il crevait d'amour pour cet homme qu'il lui faudrait quitter.


Lorsqu'il ouvrit les yeux, Sasuke chercha frénétiquement une bouteille d'eau au pied de son lit pour étancher sa soif. Sa gorge était aussi sèche qu'un désert et complètement pâteux, il ne se rendit compte de la présence de Naruto qu'après avoir vidé une partie du récipient. Il referma le bouchon, ses yeux fatigués cherchant à distinguer à travers la pénombre la silhouette de son petit-ami étendu à côté de lui.

- Ca y est, t'es réveillé ?

La voix grave de Naruto lui hérissa les poils.

- Ouais…

Il se rappela brièvement Naruto qui venait le chercher dans la foule, le visage colérique, avant de le jeter dans un taxi.

Il y eut un long silence, pendant lequel Sasuke termina de s'adapter à la pénombre et il capta le regard de Naruto posé sur lui. Celui-ci était allongé sur le dos, les bras croisés derrière la tête et l'air tout-à-fait réveillé - contrairement à lui. Il ne se souvenait que d'avoir trop bu et l'impression d'être passé sous le rouleau compresseur le lui confirma. L'image qu'il renvoyait devait vraiment être peu flatteuse et il baissa les yeux, honteux de son comportement.

- Je peux savoir à quel jeu tordu tu joues, Sasuke ?

Il releva la tête et le jugement qu'il lut dans les yeux céruléens lui brulèrent la poitrine. Mais il ne répondit pas, se laissant retomber mollement contre le matelas, le soupir au bord des lèvres.

- Sasuke, appela durement Naruto. Tu comptes m'ignorer encore combien de temps ?

Le concerné se tourna pour faire dos à Naruto, le cœur meurtri.

- Sasuke.

La voix autoritaire de Naruto trahissait son impatience.

Sasuke ferma douloureusement les yeux, vaincu par la fatigue, l'alcool et cette situation devenue presque malsaine. Alors il rassembla le peu de courage qu'il lui restait encore.

- Naruto… souffla-t-il finalement. Tu es venu pour me quitter, n'est-ce pas ?

A nouveau, le silence devint plombant et la non-réponse de son petit-ami termina de détruire ce qu'il lui restait d'espoir. C'était un coup de massue, aussi dur à encaisser qu'une sentence à perpétuité. Alors il se retourna, les yeux humides de chagrin et de colère, pour retrouver ceux résignés de Naruto.

- N'est-ce pas ?

Naruto s'était redressé, gardant une distance raisonnable avec lui comme s'il avait peur de le toucher.

- Trouver une solution, rectifia finalement Naruto. La distance ne fonctionne pas mais il y a… autre chose, à vrai dire.

Sasuke leva des yeux piteux vers l'américain, piqué par cette conversation qu'il aurait préféré esquiver.

- Autre chose ?

Naruto laissa planer un silence plombant, puis finalement, continua :

- Je ne te reconnais plus, depuis quelques temps… et ça m'inquiète. C'est pour ça, que je suis venu.

Le brun avait froncé les sourcils.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Naruto haussa une épaule.

- J'en sais rien. Tu es tout le temps sur la défensive. Et jaloux. Sans parler de tes sorties en boîte au moins, quoi ? Cinq fois par semaine ? Tu essaies de battre un record ? Ou c'est quoi, sinon, un besoin de vivre ta jeunesse ?

Un hoquet dédaigneux traversa les lèvres de Sasuke, irrité d'être ainsi rabaissé à un jeune sans cervelle. Alors qu'il avait toujours aimé bosser comme un acharné. Mais encore une fois, Naruto le considérait comme un gosse. Comme tous les autres l'avaient traité depuis son retour au Japon. Et c'était exactement ça, le problème qu'il voulait fuir.

- Tu crois que je fais ma crise d'ado, ou quoi ?

Sa voix agressive donna raison à son petit-ami.

- Regarde-toi, t'es irritable pour tout et n'importe quoi. Et on dirait que tu as complètement lâché l'entreprise de ton père… je me trompe ?

Sasuke soupira, désormais agacé d'être ainsi jugé par le mec le plus impulsif de la côte ouest. Parce que chez les Hyûga, il s'était aussi senti jugé pour avoir détourné son attention de la conversation sur l'entreprise. Parce que c'était pareil depuis trois longs et interminables mois : tout le monde le jugeait sans cesse sur son incompétence.

Incapable.

Incompétent.

Trop jeune.

C'était insupportable, alors il serra les poings sous la couette, rendu encore une fois à cette condition de victime dont il avait tenté de s'échapper toute sa vie.

- C'est facile à dire pour toi qui brille, quoi que tu entreprennes, répondit-il, acerbe. Même Itachi continue de briller plus que moi alors qu'il est accusé du meurtre d'une gamine. Vous ne savez pas combien c'est frustrant de vivre dans l'ombre de quelqu'un d'autre, vous qui avez toujours été au-devant de la scène. Alors ouais, ça me gonfle et ouais, d'aller me déchirer en boîte tous les soirs, ça me fait du bien.

Avouer à voix haute combien il se sentait inférieur fit monter une boule dans sa gorge, mais il laissa un silence passer et se reprit. Parce qu'il devait aller au bout. Parce qu'il fallait laisser sortir toute cette frustration qui le cannibalisait depuis des semaines.

- Ma vie est merdique depuis que je suis revenu. Je suis malheureux. Et parce que je suis malheureux, je vais te rendre la vie impossible. A être désagréable et fliquer la moindre de tes fréquentations.

Naruto encaissa silencieusement alors que leurs yeux ne se quittaient pas. Il hocha la tête, aussi froid que d'habitude, pour laisser Sasuke continuer. Pour le laisser se libérer de ses entraves.

- Je vais t'empêcher de vivre, tellement je suis frustré. Et si tu ne me reconnais pas, c'est peut-être parce que tu n'as connu qu'une seule facette de moi, et que celle-ci ne te plaît pas. Mais c'est comme ça, Naruto, et je crois qu'il n'existe aucune autre solution à notre problème que la séparation.

S'il avait conscience que ses mots étaient durs, et même s'il les avait tant redoutés, il dut bien avouer qu'ils étaient tout autant libérateurs. Il avait tenu sa langue si longtemps, subissant sa condition sans jamais se plaindre qu'il ressentait le besoin de cracher à Naruto ce qui noircissait son âme depuis tout ce temps.

Vider son sac, enfin, après des mois de silence.

Le visage de Naruto était resté impassible, comme toujours, ne frustrant que davantage Sasuke qui se livrait enfin. Puis après un énième silence, l'autre prit la parole, la voix toujours aussi rude.

- J'espérais te convaincre de revenir vivre en Californie avec moi. C'était ça, ma solution.

Malgré lui, Sasuke sentit son cœur rater un battement mais le regard de Naruto fut sans appel.

- Mais je vois que tu avais déjà pris ta décision.


Itachi a créé le groupe.

Itachi :

Hé les gars !

05 : 32

Itachi a renommé le groupe Prison Break.

Itachi :

Vous devinerez jamais qui

a réussi à trouver un téléphone pour pas cher !

05 : 34

Itachi a changé son nom par Michael Scofield.

Naruto :

Sérieusement ?

05 : 39

Michael Scofield :

Par contre, pense à remettre de l'argent sur ma cantine Sasuke stp…

05 : 39

Sasuke :

08 : 19


Heeeeeey !

J'espère que ce chapitre vous a plu ! Dur dur pour Sasuke qui, finalement, se résigne et abandonne complètement sur tous les plans. Boulot, Naruto, etc... Il tombe du quinzième étage avec ce retour foireux au Japon, là où il s'était imaginé des jours de gloire et des facilités à surmonter les épreuves, pensant s'être endurci des derniers évènements en Californie... Mais Naruto et lui sont complètement des opposés et il fallait bien que ça fasse des étincelles !

Ne vous inquiétez pas et surtout, n'oubliez pas que cette fiction s'appelle CALIFORNIA dream... Je n'en dirais pas plus et je vous retrouve dimanche prochain ! Merci à celles/ ceux qui prennent le temps de laisser un mot derrière leur lecture. Coeur sur vous !

Je vous embrasse,

Akane