Mani300 : Coucou ! J'espère que tu vas bien ! Et je te retourne la pareille, c'est toujours un très grand plaisir d'avoir de tes nouvelles ! Je te remercie de toujours laisser un petit mot derrière tes lectures 😊 J'espère que la suite continuera de te plaire !
California Dream
Partie II
Chapitre 5
Naruto :
T'as encore bu ou quoi !?
03 : 47
Sasuke :
Pauvre gamin faible et immature que je suis.
Pardonne mes péchés et pardonne à tous ceux qui ont fauté.
03 : 47
Appel en absence. 03 : 47
Appel en absence. 03 : 48
Naruto :
Réponds !
03 : 49
Appels en absence (3) 03 : 51
Naruto :
Tu me gonfles.
Je pensais qu'on avait dépassé ça.
Continue de foutre ta vie en l'air.
Je laisse tomber.
03 : 51
Sasuke :
Amen.
03 : 57
Un an plus tard.
Toucher le fond. C'était peut-être ça, la pire sensation. Celle qui avait abattu définitivement Sasuke, parce qu'il était le seul à en être la cause. Le seul, à avoir accélérer sa déchéance, sans même laisser l'opportunité à qui que ce soit de tenter de le rattraper. Oui, Sasuke avait décidé de sauter dans le vide sans parachute, juste pour se prouver qu'il n'était pas le gosse écervelé et bien incapable pour lequel on le prenait depuis son retour au Japon. Il avait eu besoin de montrer que lui aussi, avait suffisamment d'audace et de ténacité pour se faire une place parmi les géants du milieu des affaires. Qu'il était capable de se hisser à la hauteur de son père ou de son frère pour reprendre les rênes de l'entreprise familiale. Qu'il tracerait lui-même le chemin de sa réussite.
Mais au lieu de ça, Sasuke n'avait fait que creuser. Creuser si profondément, qu'il avait fini par sombrer, submergé par toute une succession de mauvaises décisions. Des choix si lourds de conséquences, qu'il lui avait fallu trouver une échappatoire à toute cette pression. Oublier, juste quelques heures, toutes les responsabilités sur lesquelles il s'était engagé et qu'il était incapable d'honorer.
Sasuke avait commencé à sortir et faire la fête pour se vider la tête. A boire des heures durant, pour évacuer le stress. Puis à boire le lendemain, pour faire passer cette vilaine gueule de bois. Soigner le mal par le mal. Juste ainsi. Jour après jour. Seul, ou mal accompagné.
Ainsi s'était refermé le cercle vicieux, et Sasuke n'avait fait que s'enfoncer davantage. D'abord parce que le manque de sommeil avait biaisé sa capacité de discernement mais aussi parce que l'alcool, ingurgitée à si haute dose et à une telle fréquence, avait fini par atténuer ses facultés de raisonnement. Il vivait depuis un peu plus d'un an dans un brouillard si épais qu'il n'arrivait plus à voir plus loin que le lendemain.
Cela avait finalement quelque-chose d'assez rassurant, parce que toucher le fond, c'était s'assurer de ne pas tomber plus bas.
- Lève-toi ! beugla Sakura en tirant les rideaux de sa chambre. Il est déjà midi !
Sasuke grommela sous sa couette, les yeux gonflés de fatigue et la tête torpillée par une lancinante migraine. Voilà quelques semaines maintenant qu'il ne trouvait plus aucune raison de se lever. C'était ça, le fin fond de la déchéance et il s'y sentait en sécurité désormais. Parce qu'après avoir déçu tout le monde, plus personne ne portait encore d'espoirs sur lui – hormis peut-être Sakura qui s'avérait plus casse-pieds encore qu'elle ne le parût.
- Debout, Sasuke ! Ne m'oblige pas à te tirer du lit par la force !
Encore plongé dans les méandres de sa nuit d'ivresse, Sasuke rabattit la couette sur sa tête, s'étouffant lui-même des vapeurs d'alcool encore présentes dans son haleine.
- Fous-moi la paix Sakura.
Il entendit la jeune femme ramasser quelques affaires qui jonchaient le sol, comme elle le faisait chaque fois qu'elle avait un peu de temps libre entre ses différents boulots. Puis elle s'arrêta près de son lit, déversant sur son corps inerte un tas de vêtements sales dont l'odeur le révulsa.
- Putain ! beugla-t-il en sortant de sa caverne, le visage défait par la colère -et probablement la gueule de bois. Je t'ai dit de me foutre la paix !
Encore en tenue de travail, Sakura avait remonté ses poings contre ses flancs, l'air sévère.
- C'est pas comme ça que tu vas remonter la pente, répondit-elle sur un ton réprobateur. Tu fais peine à voir.
Mais comme depuis plusieurs mois, Sasuke n'était pas d'humeur à vouloir converser. A s'enfoncer si loin dans les ténèbres, il avait fini par perdre tous ceux qui, par leur lumière, avaient tenté de l'aider. Parce qu'il avait perdu foi en la vie. Parce qu'il avait perdu confiance en lui et en son avenir.
- Je m'en fous, sérieusement, cracha-t-il, peu amène à entretenir une conversation si peu de temps après son dernier verre. Si toi tu veux perdre ton temps à attendre après un mec qui sortira jamais de tôle, c'est ton choix. Moi, j'en ai plus rien à foutre de tout ça. Alors vis ta misérable vie et laisse-moi vivre la mienne comme ça me chante.
Mais même sa méchanceté n'avait pas suffi à faire fuir Sakura. Elle fronça les sourcils, laissant la colère peindre son visage de poupée. Sa ténacité n'avait d'égale que sa foi en l'avenir. Et s'il avait longtemps admiré cette légendaire pugnacité, aujourd'hui, elle l'agaçait profondément parce qu'il était devenu son nouveau moteur.
- Tu n'arriveras pas à me faire fuir.
Sakura avait fait vœu de ne jamais le laisser tomber.
Elle souffla, adoucissant le ton de sa voix.
- J'ai promis à Itachi de ne pas t'abandonner.
Et elle s'y tenait, peu importe combien il tentait de la repousser.
- Je te libère de toutes tes obligations, ironisa-t-il dans un sourire narquois qui n'ébranla même pas la jeune femme. Tu peux foutre le camp d'ici, maintenant. Tu ne manqueras à personne.
Elle pinça les lèvres, s'asseyant sur le bord du matelas sans y avoir été invitée.
- Je n'irai nulle part, parce que je suis de ta famille, désormais. Et qu'on ne laisse pas tomber un membre de sa famille.
Sasuke pesta dans un regard noir qu'elle ignora délibérément en approchant sa main de son visage pour lui attraper le menton. Ses yeux verts se plantèrent dans les siens, et s'il tenta de se libérer de son emprise, Sakura ne fit que serrer sans ménagement ses doigts autour de sa peau blanchâtre pour être certaine d'avoir toute son attention.
- Je vais t'aider à te sortir de là, affirma-t-elle avec une conviction sans pareille. Je sais que tu as vécu des choses difficiles et que tu penses être tombé si bas qu'il te sera impossible de remonter.
Elle fit une pause, durant laquelle Sasuke tenta à nouveau de se libérer. Mais Sakura n'en avait pas terminé et elle lui asséna une claque suffisamment forte pour que le choc du geste ne lui coupe l'envie de gigoter avant de reprendre son menton entre ses doigts autoritaires.
- Je sais que tu penses n'avoir plus aucune raison de continuer à vivre, mais je vais te montrer qu'il en existe des milliers. Je vais te sortir de là Sasuke, même si tu crois que c'est insurmontable.
Dans ses yeux brillaient force et détermination qui, à l'aube de cette triste journée, ébranlèrent profondément Sasuke.
- Je te porterai jusqu'à ce que tu aies la force de marcher à nouveau, ok ?
Mais le contact visuel fut difficilement tenable pour Sasuke qui chassa la main autoritaire de la jeune femme une nouvelle fois. Parce que lui voulait sombrer. Pour ne plus jamais porter les espoirs de quelqu'un qu'il finirait à nouveau par décevoir.
Alors il acheva cette conversation comme elle avait commencé.
- Je n'ai pas envie d'être sauvé, répondit-il, la voix éteinte de toute colère. Je n'ai plus envie de me battre. Même si j'apprécie ta dévotion, aujourd'hui, j'ai seulement envie de me laisser porter par le courant, peu importe où ça me mène. Alors ne t'inquiète pas pour moi, ni pour la promesse que tu as faite à Itachi. Trace ton chemin.
Mais Sakura ne fut pas convaincue et elle fit un signe de négation de la tête.
- On s'en sortira, tu verras. Peu importe ce qui t'a poussé à laisser tomber. Peu importe quel sera le verdict pour Itachi.
Sasuke remua les jambes sous sa couette, détournant un instant le regard de gêne.
Sakura tomberait si bas que la chute lui serait fatale.
Les journaux commençaient à s'emballer, ici, à Tokyo où l'affaire faisait rage. Mais la plupart de ces papiers écrits par des amateurs avaient vocation à salir le nom des Uchiwa. A ne dépeindre de lui que le visage d'un tueur de gamine, sans aucune autre motivation que le sang et la jubilation de faire souffrir d'innocentes victimes.
- Le procès est perdu d'avance. Sérieusement, Sakura. Tu perds ton temps, ici. Ne te fais pas de faux espoirs. Quoiqu'il arrive, Itachi croupira en prison. Et tout ça, ça ne te regarde pas. Alors pars, avant que ton nom ne soit associé au nôtre. Avant d'être salie par la réputation de notre famille.
- Mais on est une famille ! insista Sakura. Pour le meilleur et pour le pire !
Sasuke se sentit désabusé. Une fois de plus. Pour la millième fois peut-être depuis cette dernière année. Parce que tout était parti en fumée, en quelques mois à peine. Alors il se pinça l'arrête du nez, cherchant à peser ses mots. Parce qu'il en avait peut-être encore quelque-chose à faire, au fond, de cette dernière personne qui daignait vouloir lui faire garder la tête hors de l'eau. Qui avec cette volonté de fer, lui empêchait l'agonie d'une noyade.
- C'est une vie misérable qui t'attend ici. Dans quelques jours, le verdict du procès sera rendu et tu n'as rien à gagner d'autre qu'une déchéance certaine à rester ici. Ton nom sera associé à celui du meurtrier d'un enfant et crois-moi, il n'y a rien d'héroïque à vouloir le soutenir. Tu seras traitée en paria, surtout ici, au Japon, où nous avons été éduqués avec un sens accru de la justice.
- Je ne te laisserai pas tomber, répéta-t-elle, déterminée. J'ai promis à Ita…
- Moi aussi, j'ai promis à Itachi que je prendrais soin de toi ! s'énerva à nouveau Sasuke, laissant paraître pour la première fois un signe de faiblesse chez la jeune femme. J'ai promis, et pourtant je ne suis pas capable d'honorer ma parole, tu vois !?
Sakura se tut un instant, rendue muette par l'excès de colère de Sasuke.
- On aime tous les deux mon frère, c'est vrai. Mais ça ne fait pas de nous une famille. Toi, Sakura. Tu as la liberté de ne pas être associée à son nom. Alors profites-en pour retourner à ta vie. Repars à zéro et rencontre quelqu'un qui mérite toute ton attention. Quelqu'un qui sera là, à chaque jour important de ta vie. Même les plus insignifiants. Quelqu'un avec qui tu auras des enfants si tu en désires… Pas un type pour qui tu enchaîneras des boulots misérables à l'autre bout du monde. Surtout pas un type qui rend ta vie aussi inutile que la sienne.
Elle fit un nouveau signe de négation de la tête, vaincue par la fatigue cette fois-ci. Désormais, c'était sa façon à lui tenter de la protéger. Qu'elle le comprenne ou non. Une âme aussi pure que celle de Sakura ne méritait pas d'être plongée dans les bas-fonds destinés à celles des Uchiwa.
- Alors fous-nous la paix, Sakura. A Itachi et Moi. Et vis la vie que tu mérites de mener.
Lorsqu'elle quitta enfin sa chambre, Sasuke fut certain que l'idée d'abandonner ne l'avait même pas effleurée. Alors il soupira, en se replongeant entre ses draps qui sentaient l'alcool et la sueur, méditant malgré lui à tous ces événements qui l'avaient poussé vers le précipice. Puis il se rendormit, le sommeil agité par des souvenirs qu'il aurait préféré réfuter à jamais de sa mémoire.
- Dis-donc, t'as une de ces décentes, toi !
Eméché, Sasuke sourit à son interlocuteur, accoudé au comptoir d'un bar gay dans lequel il avait pris l'habitude de dépenser ses maigres deniers. L'ambiance plutôt lounge avait quelque-chose d'intimiste, surtout en pleine semaine tandis que l'endroit manquait cruellement de clients. Seules quelques tables d'habitués remplissaient les bancs de la salle. Que de la mauvaise fréquentation, dont Sasuke faisait certainement partie, à présent.
- Je t'offre un verre ?
Sasuke haussa une épaule.
- Je ne suis pas d'humeur, ce soir.
L'autre eut un sourire goguenard.
- Ça tombe bien, moi je suis d'humeur à écouter les problèmes des autres, ce soir.
Sasuke le jaugea de haut en bas. La lumière rouge du bar faisait ressortir sa peau bronzée. L'homme n'était pas désagréable à regarder, malgré les traits taciturnes de son visage. Il ressemblait à un évadé de prison, derrière ses yeux sombres et son visage peu expressif. Le genre mauvais garçon, qui aidait Sasuke à mieux dormir la nuit. A oublier, juste pour quelques heures.
- Franchement, quelque soit ton histoire, je t'assure que j'ai la palme de la plus tragique.
Curieux, Sasuke haussa un sourcil devant cette façon atypique de l'aborder.
- Je suis curieux d'entendre ça.
L'homme eut un sourire énigmatique.
- Autour d'un verre, donc ? insista l'homme, ailant aussitôt le barman. Tu nous mets deux whiskys secs, Dei' ?
Ledit Dei lui confirma sa commande d'un pouce en l'air, laissant tout le loisir à cet homme de poser à nouveau ses yeux sur Sasuke. Des yeux d'une intensité qui déstabilisa un instant Sasuke.
- Tu sais comment captiver ton public, commenta-t-il. Alors ? C'est quoi cette histoire tragique qui mérite la palme d'or ?
L'autre eut un rictus amusé.
- Je te la raconte seulement si tu acceptes de me raconter la tienne.
- Ce serait bien trop long, répondit Sasuke tandis que le barman déposait les verres devant eux. Et je ne suis pas certain qu'il y ait un réel intérêt à raconter ça dans un bar.
L'autre rit tranquillement et Sasuke fut un instant adouci par son charisme naturel.
- Tu serais étonné de connaître les vertus que peut avoir une conversation avec un simple inconnu ! Alors, on a un deal ?
Sasuke mesura le pour et le contre rapidement, se délectant du goût âpre du whisky que l'on venait juste de lui offrir. Alors oui, il y trouva finalement son intérêt.
- Ok, on a un deal. Mais c'est toi qui offres les verres, ok ?
- Ok ! rit l'autre. Alors, je commence par quoi ? Par mon enfance dans une secte ou par l'homme que j'aimais, qui a sacrifié sa vie pour sauver la mienne ?
Sasuke but une nouvelle gorgée, captivé par cet inconnu au charisme envoûtant.
- Je me délecte déjà de cette histoire.
Sourire échangé, regard complice. Sasuke savait déjà qu'il passerait une bonne soirée.
Ainsi, il apprit que son voisin de tabouret avait grandi au sein d'un groupuscule de personnes qui prêchaient la parole d'un imposteur. Un soi-disant prophète, dont la motivation principale visait à marier de toutes jeunes filles à de vieux hommes riches pour continuer de perpétrer leur peuple. Peuple qui vivait à des milliers de kilomètres d'ici et qui n'avait jamais été démantelé malgré leur apologie du viol et de la pédophilie.
Sasuke eut un frisson qui lui remonta l'échine, dégoûté. Mesurant l'impact de tels actes sur de si jeunes filles. Le viol. Pour lui qui l'avait vécu à l'âge adulte, pour cette reconstruction interminable par laquelle il avait dû passer… Vivre de telles barbaries si jeune lui semblait impensable. Des barbaries cautionnées par la force de tout un peuple. C'était immonde.
Et finalement, il mesura sa chance d'être né dans une famille aimante. Bien que ses parents trouvèrent péril dans une fin tragique, il en demeura plus chanceux que toutes ces jeunes filles violées et mariées de force dès le plus jeune âge.
Alors Sasuke hocha la tête, incitant l'autre à continuer.
- Je n'ai jamais pu adhérer à toutes ces absurdités, et pour cause : j'ai toujours eu une attirance pour les hommes. Dès le plus jeune âge. Et il m'était impossible de conceptualiser que la parole d'un prétendu homme saint (notre prophète) puisse prôner l'idéologie de voir un homme adulte déflorer sans impunité des gamines à peine sorties des rondeurs de l'enfance.
Il y eut un silence, durant lequel Sasuke regarda au fond de son verre. L'homme fit signe au barman de leur servir un nouveau verre.
- Et c'est parce que j'étais complètement en marge, que j'ai pu m'échapper de cette secte. Je me suis inscrit pour passer les tests de l'armée et j'ai travaillé dur dans un secret absolu pour être enrôlé. Et c'est comme ça, que j'ai rencontré Haku.
- Haku ?
L'homme eut un sourire nostalgique à l'évocation de ce prénom.
- Ouais, Haku, répondit-il en buvant une nouvelle gorgée de son whisky. On a fait nos classes ensemble, à l'armée. Je ne pouvais pas le supporter, ce gosse ! Surtout qu'il ressemblait à une fille ! Et qu'est-ce qu'il était collant, putain !
L'homme fut pris d'un rire si triste qu'il résonna en Sasuke.
- Ne me demande pas pourquoi, ni comment ! Mais cet idiot a réussi à me faire tomber amoureux de lui. Il a été la meilleure personne qu'il m'ait été donné de rencontrer. Haku… Il a été celui qui m'a sauvé des atrocités de mon passé. Celui qui a apaisé les traumatismes, tu vois. Puis un jour, nous avons été amenés à servir en Afghanistan. Et c'est là, que je l'ai perdu. On a été capturés tous les deux. Prisonniers de guerre, ça te parle ?
- Pas vraiment, avoua Sasuke, absorbé par le récit de l'autre homme. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je te passe les atrocités des crimes de guerre, vraiment. Ça n'a aucun intérêt pour l'histoire. Mais j'ai dû assister, complètement impuissant, aux tortures qu'ils ont infligées à mon petit-ami. Moi aussi, ils m'ont torturé. J'étais à moitié mort, quand il y a finalement eu une brèche dans leur garde. Et Haku n'a pas hésité à s'y engouffrer pour me sauver la vie. Il a fait diversion au péril de sa vie, pour que je puisse m'échapper.
Il y eut une pause.
- Et tu es parti, juste comme ça ? ne put s'empêcher de demander Sasuke, une forme de jugement au fond de la gorge. Tu as laissé l'homme que tu aimais mourir et tu es parti sans te retourner ?
L'homme eut un rire amer.
- Haku était déjà mort quand mes pieds ont réussi à bouger. Et je ne te dis pas le nombre de verres qu'il m'a fallu pour comprendre son geste. Pour pardonner. Pour remercier, aussi. Pour comprendre pourquoi j'avais survécu, et pas lui.
- Et c'est quoi, ta conclusion ?
L'autre hocha la tête, l'air pensif juste pour un instant, hypnotisant Sasuke qui, pour la première fois depuis longtemps, se sentit détrôné du rôle de martyr.
- Ma conclusion ? Elle change souvent. La leçon que j'en tire en revanche, est bien plus cuisante. Je ne veux plus jamais être prisonnier. D'un lieu ou même d'une situation. Comme la secte. Ou l'armée, que j'ai fini par déserter. De toute façon, ils auraient fini par me virer : j'ai sombré dans l'alcool. Et la dépression. Plus rien ne faisait sens, après ça. Alors depuis, je voyage. Je vais de pays en pays, et j'arpente les bars en racontant cette histoire larmoyante à des jeunots comme toi en espérant les mettre dans mon lit.
Le clin d'œil qui suivit laissa échapper un petit rire à Sasuke.
- Franchement, il ne manquait pas grand-chose pour que ça fonctionne.
- Zut, je me suis trahi tout seul ! répondit l'ancien militaire d'un air théâtral. Il faut que je m'entraîne encore un peu, alors ?
- Clairement !
Ils rirent un instant, laissant s'estomper peu à peu la lourdeur de cette tragédie. Laissant à Sasuke tout le loisir de relativiser. Pour la première fois depuis des mois et des mois, Sasuke eut la sensation de ne pas être seul dans la souffrance, juste comme s'il venait d'ouvrir la porte à un nouveau compagnon d'armes. Quelqu'un qui, comme lui, avait affronté trop d'épreuves pour en sortir indemne.
- Au fait, je m'appelle Zabuza Momochi.
- Sasuke Uchiwa, répondit-il en attrapant la main tendue.
- Et donc, Sasuke ? Qu'est-ce qui t'a mené sur la voie de la déchéance et de l'alcoolisme ?
Sasuke manqua de s'étouffer avec son whisky.
- Qu'est-ce qui te fait penser que je suis alcoolique ?
- Et bien je suis arrivé à Tokyo il y a quoi ? Dix jours ? Et ça fait à peu près dix jours, que je te vois arpenter ce bar tous les soirs, en bonne compagnie – ou pas.
Sasuke haussa un sourcil.
- Finement observé. Mais je n'ai pas de problèmes d'alcool. C'est seulement festif.
- Evidemment, accorda Zabuza. Moi non plus, je n'ai pas de problèmes d'alcool. Un seul verre à la fois. Ce sont les autres, qui ne me comprennent pas.
Le plus jeune décida délibérément d'ignorer l'affront. La soirée avait plutôt bien commencé, aussi décida-t-il de ne pas s'arrêter sur ça. Et puis être jugé par un type qui avalait ses verres aussi vite que lui n'avait pas vraiment d'importance, si ?
- Alors, tu me la racontes cette histoire ?
- Franchement, après ce que tu viens de me raconter, je ne sais même pas si ma pauvre petite histoire vaut vraiment la peine d'être écoutée.
- Essaye toujours, l'encouragea Zabuza. Je suis bon public.
Nouveau sourire complice, nouveau clin d'oeil. Zabuza était un homme simple qui possédait une faculté extraordinaire à communiquer. Et pour la première fois depuis longtemps, Sasuke se sentit suffisamment en confiance pour raconter ce qui l'avait conduit ici.
- Ok, abdiqua-t-il. On peut commencer par la mort de mes parents, alors. J'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'un simple accident de voiture. Finalement, il s'est avéré que c'étaient mes tarés d'oncles qui avaient manigancé pour les tuer. Une histoire de gros sous. Pour mettre la main sur l'entreprise de mon père.
- J'aime ce genre d'histoires. C'est quoi la suite ?
- Mon grand frère a voulu tuer l'un de mes oncles pour se venger, du coup. Finalement, il a tué sa fille. Incendie volontaire, mais erreur de calculs.
- Lourd, commenta Zabuza. Il fait pas dans la dentelle, ton frangin.
Sasuke fit tourner son whisky au fond de son verre.
- Il a voulu me protéger. Après ça, on a fui à l'autre bout du monde. En Californie, précisément. Et j'ai rencontré Sasori.
- Ah ! Il y a donc un mec dans cette histoire ?
- Ouais… On a eu une histoire. C'était sympa d'avoir quelqu'un sur qui compter, là-bas. On s'entendait bien. Mais il y avait un truc entre lui et le type pour qui je bossais. Mon patron.
- Vas-y, raconte.
Sasuke marqua une pause.
- Ils avaient leurs histoires. Quelque-chose qui me dépassait complètement, et dont j'ai bêtement voulu me mêler. Je me suis retrouvé entre eux. Finalement, Sasori s'est avéré être un vrai malade. Il a abusé de moi. J'ai été idiot, de le laisser m'atteindre. Mais je suis guéri, aujourd'hui.
- T'as été le dommage collatéral de l'histoire entre ton patron et ce type, là ? Sasori, c'est ça ?
- C'est ce que j'en ai conclu. Finalement, je suis tombé amoureux de mon patron. Naruto. Un type vraiment extraordinaire mais véritablement psychorigide. Sérieusement. Un obsédé du contrôle. Mais chaque moment à ses côtés avait un goût de…
- D'aventure ? De sécurité ? D'absolu ?
Sasuke sourit au fond de son verre, oubliant presque qu'il racontait son histoire à un parfait inconnu.
- Ouais, tout ça à la fois. C'est Naruto. Avec lui, c'était intense et... réel. Il s'est pris d'amitié pour mon frère et d'affection pour moi. Il nous a aidé, quand nos détraqués d'oncles ont réussi à nous retrouver. Il a risqué sa vie et sa réputation pour nous. Et Sasori est mort. Franchement, lis les journaux de Santa Barbara si tu veux les détails. C'était l'année dernière. Niveau faits divers, tu vas être servi.
- J'adore !
Sasuke croisa le regard sombre de son voisin de tabouret, et ils échangèrent un sourire.
- Je t'avais dit que j'étais bon public !
- C'est ce que je constate. Mais ça ne te paraît pas complètement insensé ?
L'autre haussa une épaule.
- Je te l'ai dit, ça fait des années que j'arpente les bars dans tous les pays du monde. Des histoires loufoques, j'en ai entendu des tonnes.
- Et encore, tu connais pas la suite. On est rentrés au Japon, après ça. Mon frère a été mis en détention provisoire. Ça fait un peu plus d'un an, maintenant. Et moi, j'ai repris l'entreprise de mon père en me croyant invincible. Mais finalement, j'ai été mis sur le carreau par le père de ma meilleure amie.
- Comment ?
Sasuke resta muet un instant, gagné malgré lui par cette colère refoulée depuis des mois. Hiashi Hyûga s'était joué de lui, se servant de son neveu Neji pour faire couler la boîte jusqu'à pouvoir la racheter pour une bouchée de pain. Leur plan fut un tel succès que Sasuke ne sut jamais comment s'en relever. Parce que le jour où ils rendirent les papiers officiels fut aussi celui où il perdit l'estime d'Itachi.
- J'ai surestimé mes capacités. Je me pensais vraiment capable d'être le patron d'une si grosse entreprise. Que j'étais l'un des plus gros poissons de l'océan, tu vois… mais je me suis fait manger par un requin.
Sasuke garda un rire amer en repensant aux dernières paroles d'Hiashi Hyûga.
- « Il n'y a rien de personnel, Sasuke. Ce sont les affaires. », répéta-t-il en mimant l'air sévère d'Hiashi. L'enfoiré. C'était il y a huit mois déjà. Mais c'est là, véritablement, que tout a basculé.
Il marqua une nouvelle pause dans laquelle Zabuza s'engouffra.
- Laisse-moi deviner. T'es tombé du quinzième étage et c'est ton égo qui a pris le choc, c'est ça ?
Sasuke laissa traîner son regard dans celui perspicace de son aîné.
- Je crois que c'est assez bien résumé, soupira-t-il finalement. J'ai fait n'importe quoi. J'ai perdu le peu de confiance que j'avais en moi et j'en ai voulu au monde entier. A commencer par mon frère qui avait sali notre nom et foutu sa vie en l'air. Et à Naruto, aussi.
- Ton mec ? Pourquoi ?
- Mon ex, désormais, corrigea Sasuke, les yeux fixés au fond de son verre. Parce que la distance a fini par me bouffer. Parce qu'il représentait la réussite quand ma vie à moi n'était qu'une succession de défaites… Alors quand j'ai perdu l'entreprise, je l'ai quitté aussi. Par message, même si je n'en suis pas fier.
Parce que son égo, écrasé par la lourdeur étouffante de l'échec, avait fini par obscurcir son jugement.
- C'est pour ça que je traîne dans les bars, avoua-t-il finalement en un souffle. J'ai tout fait foirer. Littéralement et sur tous les domaines. Je déçois toujours tout le monde. Ici au moins, plus personne ne mise d'espoir sur moi.
Zabuza eut un hoquet dédaigneux qui interpella le plus jeune.
- Donc si je résume : ton frère va croupir en prison, t'as plus de boulot et t'as bousillé ta relation avec ton mec, c'est ça ? enchaîna-t-il, le regard devenu plus dur. Et ta solution à toi, c'est de te lamenter au fond de ton verre en attendant qu'un nouveau jour se lève ?
Un rire mauvais vibra au fond de sa gorge tandis que Sasuke se redressait au fond de son tabouret. Tout à coup, l'inconnu lui semblait bien moins sympathique.
- Je ne te permets p…
- Franchement, Sasuke. T'es juste un gamin paumé, le rabroua-t-il, sous les yeux exorbités du concerné. T'es à l'aube de ta vie, alors relève-toi et avance ! T'as rien à foutre ici, avec nous ! Enfin regarde autour de toi, bon sang ! Tu trouves que tu nous ressembles !?
Sasuke prit la remarque de plein fouet, mitigé entre la colère et l'étonnement. Alors il jeta un rapide coup d'œil dans la salle, intrigué malgré l'outrage. Alors il passa de visage en visage. De tristesse en détresse. Ne voyant que des âmes esseulées continuer à errer parmi les vivants.
Alors il replanta des yeux noirs dans ceux de son vis-à-vis.
- Je ne vois pas de différence entre vous et moi.
- Ah non, vraiment ? rabroua l'autre. Pourtant, c'est plutôt flagrant selon moi. Tous ces gens-là, ils n'ont plus personne. Ils sont seuls, réellement. Eux n'ont plus la chance d'avoir quelqu'un à décevoir.
Curieux, Sasuke observa à nouveau les quelques habitués présents dans le bar. Mais hormis quelques marques sur leurs visages fatigués, il ne trouva aucune différence notable entre eux et lui.
- T'es saoul, Zabuza. Et tu commences à devenir désobligeant, répondit finalement Sasuke. Alors je pense qu'on va en rester là.
Il se leva de son tabouret pour illustrer ses dires, coinçant un billet sous son verre vide à l'attention du barman. Puis dans un dernier signe de tête, contourna l'inconnu pour déserter les lieux.
- On se reconnaît entre nous, le héla Zabuza, et Sasuke se stoppa, dos à lui. On se reconnaît entre nous. Nous, les gens seuls. Nous, les marginaux, qui n'avons plus personne à décevoir.
Sasuke ne put s'empêcher de tourner le visage pour le regarder par-dessus son épaule, malgré lui troublé par les paroles étranges de cet inconnu.
- Nous… qui n'avons plus rien à perdre, continua Zabuza. Et toi t'es pas comme nous. T'as vécu des choses difficiles, c'est clair. Et peut-être que ton frère ne sortira jamais de prison, c'est vrai. Mais pour le reste…
L'homme marqua une pause tandis que Sasuke s'était figé, le regard toujours figé par-dessus son épaule en direction de cet alcoolique moralisateur qui le jugeait sans aucun fondement. Et pourtant, il attendit son verdict comme s'il possédait les clés de la vérité. Ses deux pieds fermement ancrés dans le sol, il fut incapable de bouger jusqu'à recevoir son jugement dernier.
- Pour le reste, il est encore temps d'agir. Alors rends-nous service, à nous tous… Nous, les gens seuls. Et bats-toi pour récupérer ceux que tu as déçu. Pour avoir la chance de peut-être les décevoir à nouveau un jour. Ou pas. Mais bats-toi, c'est tout. Parce que tout n'est pas perdu tant qu'il y a encore des gens qui tiennent à toi.
Sasuke eut un hoquet dédaigneux.
- Philosophie de comptoir, cracha-t-il sans se retourner. Tu ne sais rien. Ni de moi, ni de ma vie.
Il voulut reprendre sa route pour quitter le bar, quand Zabuza le retint par le poignet et Sasuke le prit comme un affront.
- J'en sais suffisamment pour te dire que tu n'es pas comme nous, Sasuke. Mais tu en prends le chemin. Je dis seulement qu'il n'est pas trop tard pour toi. Que tu peux encore te sauver de cette vie misérable qu'est la nôtre. La mienne. Alors saisis ta chance.
Troublé, Sasuke se retourna finalement, accordant un ultime regard à cet inconnu qui semblait se soucier de son sort comme s'il pouvait d'une quelconque façon lui importer.
- J'espère sincèrement ne jamais te recroiser ici. Ni dans aucun autre bar, d'ailleurs.
Le trouble laissa de nouveau place à la colère et Sasuke libéra son poignet d'un geste brusque.
- T'es complètement allumé, mec. Fais-toi soigner.
Puis il tourna les talons, non sans un dernier regard noir.
Il ne fallut pas plus de quelques heures à Sasuke pour oublier cette conversation idiote. Pour oublier ce type qui, parce qu'il avait vu de l'eau couler sous les ponts, s'était permis de juger son degré de solitude. Pour juger la noirceur qui entravait son âme depuis des mois, la sous-estimant comme si elle n'était rien. Pourtant, elle était bien là. Aussi lourde qu'une enclume et plus noire encore que la profondeur des abysses. Présente chaque jour de sa minable vie si bien que Sasuke n'avait trouvé que l'alcool pour tenter de lui échapper ne serait-ce que quelques heures.
Et aujourd'hui particulièrement, Sasuke avait bien besoin d'un petit coup de pouce pour surmonter cette nouvelle journée.
Voilà maintenant une heure qu'il attendait sous ce soleil de plomb, adossé contre le grillage rouillé du pénitencier de Fuchû que Sakura daigne enfin en sortir. Il regarda l'heure sur son cellulaire, désabusé. Démangé par cette envie irrépressible de boire. Obsédé par le besoin de sentir l'alcool dévaler ses veines et lui donner le courage d'affronter ce qu'il ne savait plus traverser seul.
Parce qu'il avait beau tenter de se mentir : l'alcool n'était plus festif. C'était devenu une nécessité. Un putain de besoin incontrôlable de se retourner le cerveau pour cesser toutes les pensées noires qui torturaient son esprit du matin au soir. Pour faire taire les pernicieuses voix de l'échec qui le harcelaient depuis des mois.
Sasuke cherchait le salut dans un silence qu'il ne trouvait plus.
Il se redressa enfin, les mains tremblantes de manque, lorsque la petite porte blindée s'ouvrit enfin un peu plus loin sur la silhouette gracile de Sakura. Alors il pinça les lèvres et serra les poings pour contrôler son envie de boire. C'était aujourd'hui, plus que jamais, qu'il devait être en mesure d'assurer. Parce qu'il l'avait promis à Itachi.
Sakura s'approcha lentement, ses maigres jambes peinant à soulever le poids insupportable de son chagrin. Et si Sasuke avait tenté ces derniers mois de fermer son cœur à de nouvelles blessures, cette vision-là lui coupa pourtant le souffle. Parce que même s'il s'y était attendu ; même s'il avait envisagé et imaginé mille fois cette scène ces derniers jours, la réalité fut finalement bien plus glaçante que toutes ses craintes.
Cette fois-ci, Sakura avait abandonné. Après plus d'une année de détermination sans faille à faire brûler la flamme de la volonté, à endurer les coups sans jamais faiblir… Sakura avait abandonné. N'en témoigne son visage brisé et ses yeux blessés.
Fébrile, Sasuke fut obligé de prendre sur lui pour supporter la vision atroce de cette fille qu'il avait pourtant tenté de mettre en garde. A lui répéter sans cesse de s'éloigner d'eux, la lignée maudite des Uchiwa, pour ne pas être blessée. En vain. Elle s'était accrochée, aussi têtue qu'une moule à son rocher pour en arriver finalement au résultat escompté.
Mais Sasuke ne s'en réjouissait pas. Et lorsqu'elle arriva à sa hauteur, il ne put qu'ouvrir les bras pour réceptionner son corps inerte qu'il enserra instinctivement contre lui. Elle s'accrocha à lui, brisée, comme s'il était encore le seul à pouvoir tenter de la sauver. A la maintenir en vie comme il tentait lui-même de le faire.
Pour ne pas se noyer.
Sakura hurla de douleur sous les yeux habitués de certains gardiens. Parce qu'Itachi avait finalement fini par lui dire ce qu'il avait avoué quelques semaines plus tôt à Sasuke. Parce qu'il avait cessé de se battre, pour mettre fin à son calvaire. Pour mettre fin à leur calvaire à eux, qui souffraient de ce combat qui ne les concernait pas.
A quelques semaines du verdict de son procès, Itachi avait finalement accepté de conclure un marché. Dix ans de prison pour le meurtre de Hanna Uchiwa. Dix ans de prison au lieu d'un risque de perpétuité pour éviter les lourdes et coûteuses procédures d'un procès mené jusqu'à sa fin.
Itachi avait abdiqué, jugeant qu'il serait probablement difficile d'obtenir une meilleure peine de prison que celle-ci. Et s'il avait été difficile pour Sasuke d'accepter qu'il renonce sans se battre, il avait su immédiatement que Sakura, elle serait incapable de se faire une raison.
Et pour preuve, aujourd'hui, il la récupérait complètement dévastée. Et même s'il s'y était préparé, même s'il l'avait imaginée meurtrie par cette triste nouvelle ; il ne s'était pas attendu à ressentir une telle douleur pour elle. A sentir son cœur se serrer si fort qu'il aurait pu imploser dans sa poitrine. Alors il la serra plus fort encore contre lui, animé par ce désir ardent de la protéger. Par ce sentiment oublié qui sembla faire à nouveau pulser son cœur inanimé depuis trop longtemps.
La sensation d'aimer suffisamment quelqu'un pour avoir envie de se battre à nouveau. Pour prendre sa douleur et affronter ensemble les épreuves à venir. Parce qu'à force de se perdre dans les tréfonds des abysses, Sasuke en avait même oublié ce que pouvait être cette sensation si puissante qu'elle semblait l'avoir ramené d'entre les morts.
La fraternité.
Alors il la soutint de toutes ses forces, combattant son envie de boire avec une nouvelle arme. Parce que c'était la première fois depuis plus d'un an que Sasuke se souvenait de ce que cela pouvait bien faire de se sentir vivant. De ne pas être seul. La chance d'avoir quelqu'un qui tenait suffisamment à nous pour prendre le risque d'être déçu.
Et s'il l'avait tout ce temps repoussée, c'était pourtant bien Sakura qui le lui avait rappelé.
Galvanisé, Sasuke inspira longuement, appréhendant doucement cette force qu'elle lui avait transmise.
- On va s'en sortir.
Elle pleura longuement au creux de ses bras, murée dans son désespoir.
- On va s'en sortir, Sakura. Parce qu'on est une famille.
Secouée de terribles sanglots, Sakura accrocha ses doigts tremblants sur le chandail de Sasuke.
- Je veux rentrer chez moi, pleura-t-elle, la voix déchirée. Vaincue par le retour de flamme de ses propres espoirs. Je veux juste… rentrer chez moi.
Alors Sasuke ferma douloureusement les yeux, abattu par sa détresse et terrassé par la force de son chagrin. Puis lorsqu'il les rouvrit, il chercha ceux inconsolables de celle qu'il considérait à présent comme une sœur. Qu'il aimait, comme un nouveau membre de sa famille.
- Alors on repart en Californie.
Sasuke :
Je suis malheureux de cette situation.
De te savoir loin. D'être incapable de contrôler mes pulsions et ma jalousie.
A force, je ne sais même plus si je t'aime ou si je te déteste.
Je te vois continuer ta petite vie mondaine
alors que la mienne n'est qu'un ramassis d'échecs.
C'est insupportable et je suffoque.
Et je ne fais qu'emmener ce qui reste de notre couple vers le fond.
Je crois que je préfère te rendre ta liberté et retrouver la mienne.
Il vaut mieux qu'on arrête là.
05 : 07
Naruto :
Amen.
06 : 19
A suivre...
Hello !
J'espère que cette suite, bien que tardive, vous aura plu ! Ce chapitre a été difficile sur différent plans et j'ai été obligée de le réécrire trois fois entièrement avant d'obtenir quelque-chose d'à peu près satisfaisant. J'ai eu du mal à atténuer la lourdeur (trop tragique) de la situation et surtout à en venir là où je voulais réellement emmener Sasuke. C'est pas si évident, surtout en un seul chapitre. Mais je ne voulais pas trop traîner au Japon car ce n'est pas là bas que l'histoire se construit.
Bref ! J'espère qu'il reste des lectrices par ici ahah Quoiqu'il en soit prenez soin de vous et j'espère que vous êtes prêtes à embarquer à nouveau direction la californie !
Bises !
Akane
