Chapitre 23
Elle avait passé le week-end avec son père à Londres. Il devait en effet régler certains points pour la future année scolaire au Ministère de la Magie et avait tenu à emmener Théa avec lui -il se sentait coupable de l'abandonner le reste de la semaine alors qu'elle n'avait même pas ses amis avec elle. De plus, il savait que la jeune fille appréciait particulièrement la capitale anglaise et, son rendez-vous ne durant que quelques heures, ils avaient ensuite pu jouer les touristes et se prendre au jeu de vivre comme les Moldus le temps d'un week-end. Théa aimait ces petits voyages : cela lui rappelait qu'elle avait beaucoup de chance d'être née sorcière et que les Moldus avaient, de leur côté, beaucoup de mérite d'avoir construit tout ce qu'ils avaient sans magie.
Une fois de retour à Poudlard, Théa s'était plongée dans ses cours et avait abattu une quantité phénoménale de travail en un temps record, prenant même de l'avance sur la fin du programme.
Le mercredi fut le jour du départ d'Albus. Pour se déplacer jusqu'en Amérique, son père allait utiliser un Portoloin, le transplanage n'étant pas efficace sur de si longue distance. Pour ce faire, il avait ensorcelé une canne.
- Pourquoi une canne ? demanda la jeune sorcière.
- En choisissant un objet pour en faire un Portoloin, il faut que tu penses à prendre quelque chose avec une prise en main facile pour ne pas risquer de le lâcher en route car le voyage secoue pas mal. Et il vaut mieux ne pas le lâcher, mit en garde Dumbledore tout en finissant de préparer ses affaires.
- Au fait, je voulais te demander ! Ça ne te dérange pas si je retourne dans mon ancienne chambre pendant les vacances ? Je n'aime pas être dans celle de la tour Serdaigle sans Holly.
- Bien sûr que tu peux. Cela restera toujours ta chambre, même quand tu ne vivras plus à Poudlard.
- Ne dis pas ça ou alors je vais déjà commencer à être nostalgique alors que j'ai encore plus d'un an à passer ici !
Dumbledore fit mine de verrouiller sa bouche et adressa un sourire bienveillant à sa fille. Puis il jeta un regard alentour avant de constater :
- Bon, tout est prêt, je n'ai plus qu'à me mettre en route. Ça va aller, toi ?
- Je suis une sorcière de dix-sept ans qui vit dans un château rempli de professeurs de magie. Je pense que je peux m'en sortir les quelques jours où tu seras absent, fit Théa avec un clin d'œil pour rassurer son père.
- J'avais oublié à quel point tu as grandi, sourit le directeur. Je te vois encore comme mon bébé. Bon, allez, j'y vais ou alors je vais finir par être en retard. Prends soin de toi et des oiseaux ! On se voit dans cinq jours.
Albus agrippa sa petite valise -dans laquelle il avait glissé une montagne de choses- de sa main gauche puis attrapa la canne Portoloin de la droite. Sitôt qu'il eut posé les doigts dessus, il disparut dans un petit « ploc » beaucoup moins audible que lors du transplanage.
Son père parti, Théa fit un tour dans le bureau, caressa Fumsek et Ambroise puis descendit dans la Grande Salle pour aller déjeuner. Son estomac criait famine depuis une bonne heure maintenant mais elle avait tenu à attendre pour assister au départ d'Albus.
À l'entrée de la salle, elle fut surprise de voir Regulus. Elle ne l'avait pas revu depuis la fois où il lui avait offert le collier pour son anniversaire. La jeune fille porta une main à son cou et fit rouler le pendentif entre ses doigts -un tic qu'elle avait commencé à prendre à force de porter le bijou. Quand il l'aperçut, le Serpentard vint à sa rencontre.
- Je suis surpris de te voir ici, je pensais que tu serais partie en vacances avec tes amis, fit-il.
Apparemment, il avait enterré la hache de guerre.
- C'est ici que j'habite, je ne peux pas squatter chez les parents de mes amis tout le temps. Mais, et toi alors ?
- A choisir entre une école au trois-quart vide ou le manoir de mes parents, le choix était vite fait. Je vais déjà devoir les supporter tout l'été, alors j'ai préféré pour le moment en profiter et ne pas m'infliger cette torture non nécessaire.
Le regard du garçon glissa sur le cou de Théa et il sourit en constatant qu'elle portait son collier. Les joues de la Serdaigle rougirent et elle détourna la tête. Comment oublier ce qu'elle ressentait pour lui quand il la regardait comme ça ? Elle se racla la gorge et désigna la salle du menton. Elle cherchait à s'excuser poliment pour pouvoir s'enfuir et se réfugier vers la nourriture mais Regulus en avait décidé autrement.
- Tu n'as pas encore mangé ?
- Non.
- Moi non plus, sourit-il. On y va ?
« Donc je vais être obligé de le supporter tout un repas », pesta intérieurement Théa. Merlin lui en voulait ! Elle suivit néanmoins le jeune homme à travers la salle mais, parvenue au milieu, elle bifurqua vers la table des Serdaigles. Elle devait partager son repas avec lui, soit. Mais il était hors de question qu'elle le fasse à la table des Serpentards, même si la quasi totalité des étudiants de la maison étaient absents. Regulus la suivit sans broncher et s'installa en face d'elle. Il se servit immédiatement un grand verre de jus d'orange, avant d'en faire de même pour elle. Pourquoi était-il à nouveau gentil et attentionné ? Les changements d'humeurs de ce garçons avaient de quoi donner la migraine.
- Qu'est-ce que tu comptes faire, pendant ces vacances ?
Théa réfléchit à sa question. En fait, elle se demandait surtout si elle devait lui faire confiance et lui raconter qu'elle allait partir en quête de son père biologique ou pas. L'argument pour, et pas des moindre, était qu'il l'avait toujours aidé à chercher l'identité de ses parents. Et avait plutôt bien réussi pour sa mère. L'argument contre, en dehors du fait qu'il l'avait plaqué, était que cette quête allait être plus personnelle. Finalement, elle opta pour la franchise et dit :
- Je vais reprendre mes recherches sur mon père biologique.
- Je me disais aussi que c'était bizarre que tu te sois arrêtée.
- Je n'ai pas eu le choix, je ne trouvais rien.
- Qu'est-ce qui te fais croire que tu vas trouver quelque chose maintenant ?
- Maintenant, je suis persuadée que A. connaît l'identité de mon géniteur. Donc, je n'ai plus qu'a trouver ce qu'il sait.
- Attends, je ne suis pas sur de suivre. Tu dis que ton père sait qui est ton père biologique mais qu'il ne te l'aurais pas dit ? Pourquoi ?
- Je ne sais pas. Pour me protéger, pour se protéger lui ! Le pourquoi pour l'instant n'est pas à déterminer.
- D'accord, admettons qu'il sache. Comment ? Comment tu compte t'y prendre pour apprendre cela si ton père ne veut pas te le dire et si, en plus, il est loin d'ici.
Théa se mordit les lèvres. C'était là que le plan devenait personnel. Mais, maintenant qu'elle était lancée, elle devait finir d'exposer les grandes lignes à Regulus.
- A. garde tous ses souvenirs importants et marquants dans des petites fioles. On peut les visiter grâce à quelque chose qu'il possède : une Pensine. S'il sait réellement qui est mon père, je pense que ça aura été un souvenir suffisamment marquant pour qu'il le stocke dans une de ces petites fioles.
- Théa, je ne pense pas que ça soit une bonne idée.
- Ça tombe bien que je ne te demande pas ton avis alors.
- Ça va être comme une violation des souvenirs de ton père.
- Tu crois que je ne le sais pas ? J'ai beaucoup pensé à ça ! Mais il faut que je sache et c'est le seul moyen que j'ai trouvé. J'éprouverai des remords après, mais si au moins je trouve quelque chose, ça aura quand même valu le coup.
Tout en parlant, elle s'était levée en frappant la table de ses paumes. Après un soupir, elle quitta la table ; pourquoi avait-elle parlé à Reg de son plan ? Elle en connaissait très bien les failles et les remords et n'avait pas besoin que quelqu'un d'extérieur en rajoute une couche sur sa conscience.
Regulus la rattrapa au milieu du couloir. D'une main sur son épaule, il stoppa son élan.
- D'accord, ton plan peut marcher. Mais je viens avec toi.
- Tu viens avec moi ? Où ?
- Dans les souvenirs de D.
- Hors de question.
- Mais je pourrais t'aider !
- Tu ne viendras pas avec moi dans les souvenirs de mon père ! C'est déjà suffisamment intrusif que j'y aille, moi.
- Et si tu loupe un indice crucial parce que tu ne prêtais pas attention aux bons détails ?
- Et pourquoi je ne prêterais pas attention aux bons détails, au juste ?
- Parce que, tu vas certainement voir ta mère. Ton père plus jeune. Ça pourra te chambouler.
- Je ne suis plus une petite fille fragile qu'il faut protéger, Regulus. J'ai grandi.
- Je sais, j'ai remarqué.
Théa tiqua et fronça les sourcils. Elle s'attendait à ce que le Serpentard la contredise, certainement pas à ce qu'il approuve.
- Tu es plus sûre de toi, plus... déterminée.
- Ah... Oui, exactement, acquiesça-t-elle en relevant le menton, pour montrer sa détermination. Et c'est pour ça que tu ne me feras pas changer d'avis. J'irai seule visiter les souvenirs de D.
- D'accord. Comme tu voudras.
De nouveau, le garçon surpris la sorcière, qui fronça les sourcils de plus belle. Ça ne ressemblait pas à Regulus de juste accepter un « non », comme ça. Puis il rouvrit la bouche, et Théa comprit qu'il n'avait finalement pas changé.
- Mais, quand tu reviendras bredouille parce que tu n'auras rien trouvé et que tu viendras me voir en te rappelant que c'était moi qui avait trouvé ta mère, ce sera trop tard. Je ne t'aiderai plus, mon offre aura expiré depuis longtemps.
- Je rêve ou tu me fais du chantage ?
- Peut être bien. Mais, hé, tu es une grande fille. La décision finale t'appartient.
- Comme si j'avais le choix, pesta la Serdaigle.
- On a toujours le choix, fit le brun, avec un sourire machiavélique.
- J'ai combien de temps pour me décider, avant que ta si « généreuse » offre n'expire ?
- Disons... jusqu'à la fin de cette conversation.
Les narines de la brune frémirent sous l'indignation. Regulus savait déjà qu'il avait gagné la partie, il arborait ce petit air fier du patron qui sait qu'il vient de conclure une bonne affaire. Rien que pour cela, Théa était tentée de lui dire non, pour qu'il ravale ce sourire suffisant. Mais d'un autre côté, il n'avait pas tort. Elle n'avait fait que piétiner dans ses recherches avant que le Serpentard ne la rejoigne et ne trouve sa mère. Il pourrait lui être d'une aide précieuse, dans le dédale des souvenirs de son père. Remarquer, en effet, des détails qu'elle ne verrait peut être pas. Reconnaître des noms qu'elle n'aurait peut être jamais entendu. Et puis, avec deux paires d'yeux, ils couvriraient une plus grande surface. Et, l'idée de retravailler de nouveau en binôme ne la dérangeait pas, bien au contraire.
Théa soupira. Elle savait qu'elle avait pris sa décision mais rechignait à le lui dire. Regulus était trop habitué à avoir ce qu'il voulait. Ce qui n'était pas surprenant : il était juste très doué pour obtenir ce qu'il désirait. Après un énième soupir, la jeune fille capitula d'un grand « d'accord ».
- Super. On commence quand ?
- Le plus tôt possible. Rejoins moi au bureau de D. ce soir à vingt-deux heures.
- Très bien, chef.
- Et ne m'appelle pas chef.
- Et comment dois-je t'appeler, alors ? Commandant ? Lieutenant ? Princesse?
- Juste, vire d'ici, s'exaspéra-t-elle en priant pour que ses joues n'eurent pas rougies de ce dernier mot soufflé.
- A ce soir, se marra-t-il avant de s'éloigner le long du couloir.
Théa se laissa aller contre le mur, se demandant si elle avait vraiment pris la bonne décision, finalement.
