Chapitre 2 : Le déménagement

Résumé : Thomas emménage chez Mlle Parker. Cette dernière, qui a du mal à faire face aux changements, doute de sa décision. Elle se confie à Jarod. Leur conversation prend une tournure inhabituelle.

Maison de Mlle Parker 431 Mountain Spring Drive, Blue Cove, Delaware, 01991

Le doux parfum de la nouveauté flottait dans l'atmosphère, lorsque Thomas, devant la porte de la maison de la demoiselle, s'apprêtait à y faire irruption. Ce déménagement représentait bien plus qu'un simple changement de lieu de résidence. C'était le tout début d'une très belle aventure, une opportunité de créer de fabuleux souvenirs et de cultiver un amour florissant qui lui semblait être très prometteur. Il frappa à la porte. Après quelques minutes d'attente qui lui paraissaient interminables, elle apparut sur le perron, un large sourire sur son visage. Elle le laissa entrer. Elle avait un cadeau pour fêter l'occasion, ce n'était rien d'extraordinaire, mais néanmoins significatif. Avant tout, Thomas voulait s'assurer d'une chose. C'était ce jour qu'il s'installait chez elle. Elle n'avait tout de même pas oublié ? « Oh, je n'ai rien oublié, Thomas, c'est tout le contraire. Viens-là, j'ai quelque chose pour toi. » Mlle Parker se rapprocha de son amant, les deux mains jointes devant lui, il observa avec étonnement l'écrin qu'elle lui offrit.

« Qu'est-ce que c'est ? ses doigts frôlaient à peine le velours qui recouvrait le présent.

- C'est un symbole, Thomas.

- Attention, j'ouvre, à l'intérieur, il découvrit une clé argentée. Son regard se posa sur Mlle Parker, il était ému, avec le sourire aux lèvres, il poursuivit, merci, mon amour, je t'adore.

- Et maintenant, avec cette clé, tu fais officiellement partie de ma vie. Alors, prêt ? »

Maison de Thomas, Blue Cove, Delaware

Par une belle journée de printemps, Thomas s'attelait à la tâche du déménagement avec une sérénité qui trahissait à la fois sa simplicité et son pragmatisme. Il avait d'ores et déjà trié et rangé à la hâte ses modestes possessions dans plusieurs cartons, aucun d'eux n'était étiqueté où encore ne portait une quelconque mention. Les livres, autrefois, fidèles compagnons de ses moments solitaires, trouvèrent leur place à côté de quelques vêtements soigneusement pliés. Son établi fut démonté, ses vieux outils et ses cahiers écornés furent également répartis dans des espaces dédiés à cet effet. Il lança les boîtes dans sa camionnette rouge et regarda une dernière fois, celle qui avait jadis été son foyer. Éprouvait-il de la nostalgie ? Non ! Pour lui, c'était un tout nouveau départ, un voyage introspectif.

Maison de Mlle Parker 431 Mountain Spring Drive, Blue Cove, Delaware, 01991

Lorsqu'il arriva devant la demeure de la jeune femme, il sortit cette petite chose. Enfin, elle lui avait offert la clé de son cœur. Oui, c'était la clé du bonheur. Tandis qu'il franchissait le seuil, Thomas fut accueilli par les lèvres colorées d'un rouge carmin de la demoiselle. Tout ici lui était familier et en même temps inconnu. Les cartons étaient maintenant alignés dans le salon, son regard balaya la pièce, prenant note du moindre détail : le tableau ancien accroché au mur, les rideaux en dentelle qui dansaient légèrement avec la brise, le parquet craquant sous son poids. La voix douce de Mlle Parker interrompit sa rêverie. « Bienvenue chez moi, Thomas. Heu, non, je veux dire chez nous. » Ses paroles d'une chaleur presque maternelle apaisèrent les traces d'appréhension du charpentier. Thomas qui venait juste de rejoindre Mlle Parker, chez elle, un endroit raffiné, sophistiqué, décoré avec beaucoup de goût, avait désormais laissé derrière lui ses humbles confins de son ancien domicile. À présent, tous deux s'employaient à donner vie à leur petit nid d'amour, tout en organisant leurs affaires, d'un côté à un autre. Ce qui n'était pas chose facile, surtout que la Miss se montrait peu coopérative. Sous la lumière du jour, les amoureux, complices, travaillaient ensemble alors qu'ils cherchaient la place parfaite pour chaque meuble, chaque petit objet. Mlle Parker, une femme à l'allure distinguée, guidait son amant dans cette tâche qu'était la décoration, contrastant avec le métier de charpentier au cœur terre-à-terre.

« Thomas, ton fauteuil serait bien mieux dans le coin, là-bas. Qu'en dis-tu ?

- Oui, là où on ne le verrait pas. Il est très confortable, tu sais, il s'installa dans le fauteuil et attira la Miss sur ses genoux.

- Confortable peut-être, mais il est loin d'être esthétique. Ça ne cadre pas du tout avec le reste de la décoration.

- Pourquoi tu ne me le dis pas, Parker ?

- Quoi ?

- Tout simplement, que tu trouves ce fauteuil horriblement moche.

- C'est vrai. Il est moche, vraiment moche. Je regrette de devoir te dire ça, Tommy, sa place n'est pas chez moi, mais dans une poubelle.

- Oh, chez toi ?

- Non, je veux dire chez nous. Je suis désolée, j'ai encore un peu de mal. On ne va pas se disputer pour un vieux truc sans intérêt ?

- Eh bien, ce n'est qu'un fauteuil. Mais si ça te gêne tant que ça, je peux m'en débarrasser.

- Tu ferais ça ? ils se relevèrent tous les deux.

- Parker, je ne possède pas beaucoup de bien matériel. Ça m'est égal de le jeter. En revanche toi, je te garde ! il souleva le fauteuil et le déposa à l'extérieur, puis se tourna vers elle avec un sourire satisfait. Voilà, c'est fait. Adieu, le fauteuil moche. » déclara-t-il avec un petit rire.

Ils s'efforcèrent d'accorder leurs idées tant bien que mal, cependant, le fossé entre leurs mondes demeurait indiscutable. Décidément, ils n'avaient pas les mêmes goûts. Mlle Parker craignait le pire. Alors que Thomas proposait de déplacer la table vers un espace plus spacieux, Les mains dessus, elle émit une légère protestation.

« Non, Thomas, cette table reste à cet endroit.

- Bien sûr, si c'est ce que tu veux. Après tout, elle n'est pas si mal ici.

- En fin de compte, ça n'a pas d'importance de l'endroit où tu veux la mettre, que ce soit là où ailleurs. Et si tu veux récupérer ton horrible fauteuil, je t'en prie, ne te gêne pas. Tu pourras l'installer ou tu voudras, dans le salon, la cuisine ou dans la chambre.

- Dans la chambre. C'est intéressant que tu choisisses ce moment-là pour la mentionner. Justement à ce propos… il passa ses mains sous la chemise de la Miss, elle l'arrêta.

- Je regrette Thomas, c'est le bazar ici. Plus tard. Ce soir, si on n'est pas morts avant ! »

Pendant qu'ils ajustaient l'agencement, des objets prenaient leur place. Une étagère en bois massif accueillait les livres de Thomas, aux côtés d'un ensemble de bibelots. Une couverture ornait le canapé pour un effet cocooning. La simplicité de Thomas se mêlait au style de Mlle Parker. Alors que la matinée avançait, elle se tourna vers lui, le visage assombri, elle venait de recevoir un message, elle était dans l'obligation de s'en aller. « C'est le Centre ? Tu es vraiment obligé de partir, Parker ? » Elle acquiesça. Il essaya d'en savoir plus sur l'entreprise où elle passait toutes ses journées, malheureusement, Thomas, déçu, se heurta à un mur de silence. Il n'insista pas pour le moment. « Je rentrerai probablement tard, ne m'attends pas. » Elle l'embrassa avant de partir. Deux heures plus tard, après avoir fini l'aménagement de son chez-soi, il attrapa son téléphone portable et composa un numéro. Ça ne répondait pas. Il renouvela l'appel, une deuxième fois, puis une troisième. Enfin, il entendit la voix d'un homme à l'autre bout du fil. Il fut étonné. Ce dernier était essoufflé comme s'il venait de courir le marathon du siècle.

« Hey. Quoi de neuf Thomas ?

- Parker et moi, nous avons emménagé ensemble, chez elle.

- Et tu m'appelles ?

- Elle n'est pas à la maison. Elle est au Centre.

- La maison… Finalement, tu as suivi mes conseils. Je suis très heureux pour vous deux.

- Je l'étais moi aussi, il s'installa sur le canapé.

- Tu ne l'es plus ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Elle me cache des choses. D'abord, je ne sais rien sur ce Centre. Rien que le nom, me donne la chair de poule. Et puis, je ne connais pas ses autres amis ni le travail qu'elle fait. Elle ne me parle jamais de toi. Elle me dissimule tout un pan de son existence. Pourquoi fait-elle ça ? Pourquoi agit-elle comme ça ?

- Thomas, je t'ai déjà expliqué. Elle a vécu des expériences assez traumatisantes dans sa jeunesse. Des expériences qu'elle préfère oublier. C'est une façon pour elle de se protéger. Peut-être, qu'elle-même, a peur de te perdre en te révélant une partie de ce qu'elle est vraiment. Laisse-la aller à son rythme. Tu as tout le temps pour apprendre à la connaître. Quant à moi, notre histoire est bien trop compliquée pour t'en faire le récit maintenant. Il vaut mieux pour l'instant que tu n'en sache rien.

- Je veux la comprendre. Je veux savoir qui elle est. Mais chaque fois que j'essaie de creuser, elle se referme encore plus. Je ne veux pas perdre ce que nous avons, mais je ne peux pas vivre dans l'ignorance, il se releva, la main sur son front, il tourna en rond.

- L'important, c'est la confiance. Si tu veux vraiment être là pour elle, tu dois être prêt à la soutenir. Patience et communication, Thomas. Montre-lui que tu es prêt à écouter quand elle sera prête à parler.

- Tu as raison. Je suis juste nerveux. J'ai peur qu'elle puisse me quitter si je ne suis pas à la hauteur de ce qu'elle vit.

- Thomas, tu es une personne incroyable. Si elle est avec toi, c'est qu'elle voit quelque chose de spécial en toi. Ne doute jamais de ta valeur. Et je suis sûr qu'un jour elle partagera ses secrets avec toi. Oh, non, non, non. Pas ça ! Thomas, on se rappelle plus tard. Bonne chance ! il avait raccroché.

- Merci, j'en aurai besoin. À bientôt, Jarod. »

« Il n'a pas tort. » pensa Thomas. Mlle Parker était une personne qui avait besoin de se sentir en totale confiance avant de pouvoir s'ouvrir complètement à lui, si un jour, elle y parvenait. Ce qui le rassurait, c'était le soutien que Jarod lui apportait. Et leur amitié était tout aussi importante à ses yeux que l'amour qu'il éprouvait pour la jeune femme.

Le Centre Blue Cove Delaware

Mlle Parker, enfermée dans son bureau, les yeux dans le vague était frustrée. Non, pas que Jarod avait encore réussi à les semer, jouant son rôle de caméléon à la perfection, mais plutôt parce qu'elle aurait pu passer l'après-midi avec son amant. Elle soupira, son regard se dirigea vers la photo du couple, posée devant elle, avant de laisser échapper un léger sourire. Pourtant, elle devait bien le reconnaître, son existence toute entière était tout de même plus agréable et beaucoup plus intéressante avec Jarod dans les parages. Pensant à Thomas, elle se demandait comment gérer cette histoire. Vivre ensemble était une expérience inédite, et elle savait qu'il faudrait établir quelques règles pour que tout se passe bien. Mais était-elle faite pour les principes et la routine ? Elle haussa les épaules, se leva et commença à faire les cent pas, réfléchissant à la situation. Soudain, le téléphone sonna. Elle décrocha rapidement. La voix familière de Jarod résonna dans l'écouteur.

« Parker, toujours à la poursuite du Caméléon, hein ? avait-il dit d'un ton taquin.

- Jarod, tu as un don pour disparaître. Encore une fois, tu nous as donné du fil à retordre. Tu adores jouer à cache-cache, avoue-le !

- Il faut dire que j'ai une partenaire de taille. C'est notre jeu, Parker. Je cours et tu me chasses. Tu es le chat et je suis la souris.

- Oui, seulement le chat a envie d'une petite retraite anticipée et bien méritée !

- Oh, allez, tu sais, Parker, il faut bien que je te garde en forme. Et puis c'est toujours amusant de te voir courir après moi, surtout avec tes talons aiguilles, il se moqua d'elle.

- Ah ah ah, très drôle. Je devrais t'inviter à partager ma charmante demeure. Là-bas, j'ai une chambre qui n'attend que toi. Qu'en penses-tu ? proposa-t-elle sur le même ton.

- Quelle brillante idée ! Je suis sûr que ton jeune charpentier adorerait ça. Vous faites un si joli couple. Vous pourriez même tous les deux former une joyeuse petite famille. Je vois très bien le tableau d'ici. Mlle Parker, ma traqueuse personnelle, devenue maman.

- Thomas est venu vivre à la maison.

- Alors ça y est ! Il a emménagé avec toi.

- Oui, il a emménagé, ce matin.

- Ah, la vie à deux, un vrai défi. Il va falloir décider de qui fait la vaisselle, de qui fait la lessive, de qui sort les poubelles et qui plie les serviettes, c'est ça ?

- Exactement. Et puis, il y a cette histoire de qui prend le dernier cookie.

- Ne t'inquiète pas trop, je suis certain qu'il te le laissera. En-tout-cas, si c'était moi, c'est ce que je ferai. Au fait, tout se passe bien entre vous deux ? s'intéressa-t-il, il lança une balle contre le mur.

- C'est étrange. Je m'habitue encore à l'idée de partager mon espace avec quelqu'un. Je ne suis pas sûre d'avoir pris la bonne décision.

- Tu t'y habitueras. Laisse faire le temps.

- Et toi, comment vas-tu, Jarod ? Il fait chaud là, où tu es ? elle souriait.

- Oh, bien tenté. Tu sais, la vie d'un fugitif en cavale, toujours la même chose. Rien de palpitant. Mais parle-moi plutôt de toi. On dirait que ça ne te fait pas plaisir de vivre avec Thomas.

- Disons que cet emménagement est soudain.

- Parfois, les surprises les plus inattendues sont les meilleures. On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Tu as changé, Parker. En mieux, je dirais. Je te trouve beaucoup plus calme et plus douce.

- La flatterie ne te mènera nulle part, Jarod. Plus sérieusement, as-tu déjà pensé à ce qui aurait pu être entre nous si les circonstances avaient été différentes ?

- J'y ai souvent pensé. Si nos chemins ne s'étaient pas croisé de cette manière, peut-être que…

- Peut-être que quoi, Jarod ? elle sentit un frisson lui parcourir le corps.

- Peut-être que je me serais autorisé à penser à toi d'une manière différente.

- Est-ce qu'il t'arrive de penser à moi de façon... Plus intime ?

- Il est difficile de ne pas imaginer un monde où nous aurions pu être libres de nos choix. Mais tu le sais aussi bien que moi, ton cœur a suivi une autre route, Thomas. Il est là. Et c'est vers lui que tu dois te tourner à présent.

- Thomas… C'est une personne merveilleuse.

- Parle-moi de lui. Comment est-il avec toi ?

- Il est gentil, généreux, attentionné, elle prit le cadre photo et le regarda. Ce que j' apprécie chez lui, c'est sa façon désintéressée de mener sa vie. Il ne voit que le meilleur en chacune des personnes qu'il rencontre tout comme toi.

- Il te fait te sentir exceptionnelle ? Comme si tu étais la personne la plus importante pour lui.

- Oui, à part Thomas, c'est un sentiment que je n'ai ressenti qu'avec… une larme coula sur sa main.

- Non, ne le dis pas, Parker, tu pourrais le regretter, il ferma les yeux.

- Malgré tout, il y a des moments où je me demande ce qui aurait pu se passer, sa voix tremblait légèrement.

- Les chemins que nous empruntons ne sont pas toujours ceux que nous avions espérés. Mais quoi qu'il en soit, sache que tu es toujours dans mes pensées. Tu devrais rentrer chez toi, maintenant Thomas doit t'attendre.

- Attends, Jarod, ne raccroche pas !

- Je dois te laisser. À bientôt, Parker. » ils raccrochèrent tous les deux.

Maison de Mlle Parker 431 Mountain Spring Drive, Blue Cove, Delaware, 01991

En franchissant la porte d'entrée, elle fut prise de stupéfaction. Elle n'en croyait pas ses yeux. La maison était impeccablement bien ordonnée et chaque chose était à sa place. Il n'y avait plus aucun carton qui traînait. Elle rejoignit Thomas qui s'affairait dans la cuisine à remplir deux verres de vin rouge. À côté de lui, des boîtes de repas chinois qu'il venait de commander étaient disposées sur la table, répandant leur délicieuse odeur dans l'air.

« Wow, mais dis-moi, tu t'es surpassé en mon absence.

- Chinois, ça te dit ?

- Viens, il faut qu'on parle, ils s'assirent autour de la table.

- C'est sérieux. Dois-je m'attendre à…

- Écoute-moi. Et ne m'interrompt pas. C'est assez difficile comme ça. Thomas, tu es le premier homme avec qui je suis prête à m'engager autant, à partager ma vie et à vivre sous le même toit. Je ne m'étais jamais autant impliqué dans une relation amoureuse avant aujourd'hui. Je n'ai jamais vécu avec un autre homme avant aujourd'hui. Je ne sais pas comment on fait. Alors les changements, les compromis et les règles, ce n'est pas pour moi et je… J'aimerais que tu comprennes que…

- Je ne t'imposerai jamais quoi que ce soit. Tu es libre de faire ce que tu veux, Parker. On va prendre tout notre temps. D'accord ? »

Elle se leva, s'approcha de lui et l'embrassa, avant de lui prendre la main pour le conduire dans leur chambre. Son regard intense en disait long sur ses intentions et il le comprit parfaitement. Une fois à l'intérieur, elle passa ses bras autour de son cou. « J'ai envie de toi. » Elle souriait, ses doigts jouaient avec les cheveux de Thomas. Elle se sépara de lui reculant de quelques pas, puis ferma la porte derrière eux. Le début d'une vie commune sans règle et sans contraintes.

Quelque part dans un hôtel de New-York

Perdu dans ses réflexions, Jarod s'installa sur le bord du lit. La conversation téléphonique qu'il venait d'avoir avec Mlle Parker l'avait laissée aussi songeur que perplexe. Pourquoi avait-elle choisi d'aborder des sujets si personnels ? Qu'est-ce qu'elle voulait dire par plus intime ? À quoi rimait cette discussion ? Ces questions le tourmentaient, l'assaillant comme les vagues furieuses d'une mer déchaînée. Il effleura la photo de la Miss qu'il avait posée à côté de lui. Son magnifique visage semblait le fixer. Ce qu'elle pouvait être belle, dangereuse, insaisissable. Ses doigts glissèrent sur les contours de l'image, comme s'il sentait sa présence à travers le papier glacé. Il s'allongea, ses paupières se fermèrent, l'emportant dans un monde où les barrières entre le rêve et la réalité avaient disparu. « À quoi est-ce qu'on joue, Parker ? » Il ne comprenait pas, elle avait emménagé avec Thomas, elle donnait l'impression d'être heureuse et pourtant si egarée. Pourquoi avait-elle cherché à sonder son âme avec des questions troublantes ? Son cœur s'emballait à la moindre pensée, à la moindre image d'elle, prenant ainsi son cerveau en otage. Ces sentiments, étaient-ils réciproques ? Où était-ce simplement, une tentative de se rassurer dans un monde qui n'était fait que de faux-semblants ? La photo tomba sur le tapis abîmé par les années, ramenant Jarod vers une vérité plus cruelle. L'évidence était là, elle n'était pas à lui. Son souffle était court, son corps frissonnait. Il ferait n'importe quoi pour la tenir dans ses bras, pour respirer la fraîcheur de son parfum, pour toucher sa peau aussi douce que celle d'une pétale de rose, pour caresser ses superbes jambes longues, fines et interminables, pour embrasser ses lèvres aussi rose et tendre que du bonbon sucré. Le désir de la posséder était si fort que ça en devenait obsessionnel « Elle est mon amie. Je ne peux pas me permettre de laisser ces pensées franchir les limites que je me suis imposées. » Se levant brusquement du lit, il fit quelques pas, s'adossa contre le mur, plaquant sa main sur son cœur qui lui martelait la poitrine comme un tambour agité. « Je suis un caméléon, elle est ma chasseresse. Les sentiments et les désirs ne font pas partie de l'équation. » Dépourvu d'espoir, il essayait de chasser ses envies indésirables de son esprit. Tandis que la tempête qui faisait rage en lui s'apaisait lentement, Jarod reprit le contrôle de lui-même. « Les masques que nous portons sont notre réalité, et je suis le maître de l'art du déguisement. »