Je me possède aucun des personnages des livres ou des adaptations au cinéma. Par contre Idelwën et Gohenlass sont des créations qui m'appartiennent.

Série de textes basés sur des idées nées lors de séance de drabbles ou des fan art croisés sur la toile qui va s'attacher à des moments de vie de Thranduil et Legolas quand celui-ci était enfant.

Je garde comme base les livres et les films donc cette série sera en dehors des mes autres textes qui forment un corpus à part entière.

Je considère donc dans cette série que la mère de Legolas est morte quand il était bébé. Voilà donc quelques instants de la vie d'un père élevant seul son fils unique.

Les textes ne vont pas suivre un déroulement chronologique mais seront proposés au fil de mes idées. Je ne sais donc absolument pas combien il y aura de chapitres ni à quelle fréquence je vais continuer la publication mais tous les textes contenus ici seront des OS.

Ce deuxième chapitre vient d'un thème proposé par Emiliekalin pour un challenge du Collectif NoName qui n'a pas été retenu : "Votre personnage écrit une lettre à sa maman"..

Seul dans sa chambre, comme trop souvent, Legolas se laisse aller à ses émotions.

En espérant que cela vous plaise

Bonne lecture

Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)...


INSTANTS DE VIE

Chapitre 2 : Une poignée de mot

Legolas entra dans sa chambre en claquant presque un peu trop fort la porte. Le jeune elfe était à la fois en colère, fatigué et frustré. Le prince de Vertbois allait avoir 48 ans, ce qui lui donnait l'apparence d'un enfant humain de 15 ou 16 ans. Son corps se formait doucement pour devenir celui d'un elfe adulte et sa fine musculature se développait. Il était déjà très habile à l'arc, mais il trouvait qu'il avait des lacunes pour le reste, trop de lacunes.

L'entraînement ne se passait pas très bien en ce moment parce qu'il avait la tête ailleurs et il avait la tête ailleurs en partie parce que l'entraînement ne se passait pas bien. Le cercle vicieux était plutôt efficace ! La dispute avec son père n'avait pas arrangé les choses.

C'était cela le problème en fait. Comme un peu trop souvent en ce moment, père et fils avaient pris la fâcheuse habitude de finir quasiment toutes leurs discussions par des cris et cela usait le jeune prince qui avait envie de tout en ce moment, sauf de ça.

Il se sentait déjà bien assez mal, tout comme son père d'ailleurs, car les deux elfes avaient la même raison de souffrir : un parce qu'il se souvenait, l'autre parce qu'il aurait voulu en parler, mais aucun des deux ne s'écoutaient.

Pourtant, comme Legolas aurait voulu en parler ! Comme il aurait voulu que son père sorte de sa chambre pour enfin lui expliquer ce qui s'était passé à Gundabad, pour qu'enfin il sache, comment et pourquoi il n'avait plus sa mère. Un enfant qui aurait tant aimé en parler… Le problème, c'était que Thranduil refusait obstinément d'aborder le sujet et, dès que la date de cette commémoration tragique approchait, il se retirait habilement dans ses appartements, fermant même sa porte à son fils, le rejetant et l'empêchant de partager ce deuil qui lui faisait si mal.

En laissant échapper un soupir presque de désespoir, Legolas se laissa tomber lourdement assis sur son lit, sursautant lorsque ses doigts heurtèrent un objet dur. Il écarta les draps mis en boule et frémit à la vision de la couverture d'argent ciselé du petit livre qu'il découvrit. Un livre qu'il aimait, qu'il chérissait par-dessus tout parce qu'il avait été écrit des mains de sa mère. Cette mère dont la douceur lui manquait étrangement. Lui qui ne l'avait connu que quelques mois, il avait cette étrange sensation de manque sans l'avoir réellement connue. C'était bien pour ça que ce livre était si important. Depuis que son père le lui avait donné, il ne le quittait pas, relisant sans cesses les poèmes pour se faire une idée de qui elle était, imaginant sa chevelure et son sourire. De ça aussi, il aurait voulu que son père lui en parle, mais il refusait aussi. Il y avait bien la statue de cette belle pleureuse à l'entrée de la route principale menant au palais, cette femme au regard triste et angélique qui veillait et bénissait ceux qui entraient, mais surtout ceux qui sortaient du royaume sylvain, qui sortaient pour aller combattre. Thranduil ne voulait rien dire, Gallion détournait la tête, mais Legolas savait. Il savait que c'était elle, même si personne ne voulait lui dire.

Comme tout cela lui faisait mal. Elle lui manquait. Il aurait eu tant de choses à lui dire. Une larme roula sur sa joue et frappa la couverture d'argent ciselé, oui… Il aurait eu tant de choses à lui dire. Elle qui en avait tant de belles à écrire et qui n'avait pu les vivre à ses côtés, ne lui laissant que ce petit livre qu'il chérissait plus que tout. Les dernières pages étaient blanches, vides. Combien de poèmes merveilleux, elle aurait pu encore rédiger si la mort ne l'avait pas enlevée. Legolas caressa doucement les pages vierges du livre, se disant qu'elle avait pu faire ce même geste et il trembla sous le coup de ses émotions. Lui aussi aurait eu des choses à lui dire. Un frisson plus violent le parcourut pendant qu'il redressa la tête en direction de son bureau. En chancelant, il se leva pour le rejoindre en empoigna une plume. Sa main hésita quelques secondes, puis, d'un geste qui se voulait sûr, il traça quatre lettres d'un seul jet.

- Nana[1]…J'aurais aimé n'avoir jamais à écrire ce mot, j'aurais aimé te le dire, au moins une fois, mais te le dire. C'est si difficile de se dire que la vie ne m'a pas laissé le droit de le prononcer devant toi, que la vie ne m'a pas laissé connaître tes bras et la douceur de tes gestes. Je voudrais tellement te connaître nana, je voudrais savoir si j'ai vraiment tes yeux et si ces dagues qu'ada[2] m'a offertes sont bien les tiennes… Je voudrais que tu me le dises, mais je n'en doute pas tu sais. Je le vois dans tes mots, dans ces pages… Tu étais douce, attentionnée, mais aussi combative et déterminée. Tu devais être une guerrière tout aussi magnifique que l'est ada. Vos ennemis devaient vous craindre. Enfin, je l'imagine, mais je ne pourrais jamais en être sûr. Ada ne veut pas me parler de toi. Ta mort restera une plaie ouverte en plein cœur et il sait que la seule mention de ton nom peut le terrasser. Alors, il ne le prononce pas et je sais pourquoi. Il ne veut pas paraître faible, il ne veut pas pleurer. Pourquoi il ne comprend pas que je veux pleurer, moi ? Je veux avoir ce droit nana. Aujourd'hui, en ces jours sombres et maudits, je voudrais te pleurer avec lui. Je voudrais me recueillir sur ta tombe, mais je ne sais même pas où elle est, même ça il ne me le dit pas. Il ne veut pas que je souffre, mais est-ce qu'il ne voit pas que j'ai encore plus mal de le voir muet ? Guide-moi nana… Je voudrais tellement te retrouver avant les cavernes de Mandos. Je voudrais savoir pourquoi tu n'es pas là, pourquoi je n'ai jamais pu entendre ces poèmes de ta bouche, pourquoi je n'ai jamais senti la douceur de tes lèvres sur mon front ou une caresse de ta main sur ma joue. J'aurais besoin de toi nana. Quand je regarde les jeunes guerriers qui s'entraînent avec moi, je me sens si seul. Leurs familles sont là pour les encourager, pour les soutenir alors que moi… Adar[3] a un royaume à s'occuper, je ne peux le blâmer pour ça, ce sont ses obligations, mais moi je suis seul, pas d'encouragements, pas de soutien, pas de sourire. Seul… Parfois je me demande, si ce n'est pas de là que viennent mes faiblesses. Je suis trop seul… Tout le temps… Tu serais venue nana ? M'encourager au bord du terrain, tu aurais été là ? Je rêve que oui, de ton soutien et de ta force qui me manque tellement. Melin le[4] nana…

La plume lui échappa des mains et le jeune elfe se prit la tête entre les mains avant de se mettre à pleurer. Il avait tellement mal. La douleur lui coupait le souffle. Il se laissa glisser, s'effondrant à plat sur son bureau pour continuer de pleurer.

Dans sa chambre plongée dans le noir, Thranduil ressentit une étrange douleur. Aussitôt, il se redressa et regarda autour de lui en frémissant.

- Ion nìn ?

Inquiet, il se leva et traversa le couloir pour toquer à la porte de son fils. Aucune réponse ne lui parvint et le Roi des Elfes Sylvains entra doucement. Il descendit les quelques marches et découvrit son jeune fils effondré sur son bureau. Toujours angoissé, il se rapprocha.

- Legolas ?

Mais le jeune elfe ne réagit pas. Exprimer ses sentiments et pleurer l'avaient vidé et il s'était endormi. Thranduil fronça les sourcils et toucha son front pour s'assurer qu'il n'avait pas de fièvre avant de tirer ses cheveux un peu en arrière pour dégager son visage. Il remarqua les traces de larmes et le livre de poésie ouvert à la fin, sur ces pages blanches qui ne l'étaient plus. Le Roi les tourna du bout des doigts, parcourant les mots remplis de tristesse de son elfing et le souffle lui manqua pendant que ses larmes le prirent par surprise.

- Mon tout petit, comment tu peux être aussi triste alors que tu es si jeune. Ma toute petite feuille… Comme je suis un mauvais père…

Thranduil se pencha et déposa un baiser sur le front de son fils, puis avec délicatesse, il passa une main dans son dos et glissa l'autre sous ses jambes pour le soulever avec précaution.

Trop épuisé, Legolas ne se réveilla pas et son père le porta à son lit, l'allongeant doucement avant de caresser sa joue.

- Dors mon petit, lui murmura-t-il avec douceur avant de se redresser. Nous parlerons à ton réveil.

Le Roi s'éloigna sur la pointe des pieds et il allait s'éclipser lorsque son fils bougea doucement, en proie à un rêve agité. Il frémit et murmura sans se réveiller.

- Nana…

Thranduil s'immobilisa. Lui qui avait vu sa mère périr devant ses yeux au sac de Doriath, comment pouvait-il nier la douleur de son fils ? Il ne voulait pas ressembler à Oropher, dont il avait souffert de l'indifférence, mais cette envie de protéger son fils à tous prix était en train de lui faire plus de mal que de bien.

Le Roi revint donc vers le lit, et il reçut une flèche en plein cœur en voyant une larme couler sur la joue de son fils endormi ; même dans ses rêves, il souffrait. Le Roi se laissa tomber sur le lit en tremblant, s'allongeant doucement en face de son enfant qu'il prit dans ses bras.

Legolas frémit et ouvrit les yeux.

- Ada ?

- Oui, je suis là mon enfant, je suis là… Ne pleure pas, je suis là.

Legolas ne dit rien, se contentant d'enfouir sa tête dans le cou de son père en se mettant à pleurer. Il avait des questions à lui poser, c'est vrai, mais pour le moment, il avait surtout besoin de ses bras.


[1] Maman.

[2] Papa.

[3] Père.

[4] Je t'aime.