Hello mes lectrices, merci d'être (encore) là.
Ceci est un warning. Je suis inquiète de publier ce chapitre qui rompt avec le rating T de la fic, en montant plutôt à M ou MA. Il détonne en révélant les souvenirs de Dawn (non altérés) sur ce qui s'est passé exactement à Ostia pour le Pacte de Sang, une parenthèse glaçante après le petit nuage.
Malheureusement pour nos cœurs romantiques, cela s'est présenté comme un rapport forcé auquel elle n'avait pas le moyen de se soustraire, entre sidération et pression psychologique. Je ne l'ai pas beaucoup décrit pour les personnes sensibles (dont je fais partie), cela n'a rien d'érotique. Et sur le plan de la véracité psychologique, Spike a entièrement raison de se dire qu'elle ne devrait plus avoir le moindre sentiment pour lui après ça...
Si vous souhaitez poursuivre la lecture de façon "sûre", passez le texte entre les deux doubles-lignes et reprenez dès que vous voyez des "semaines de psychothérapie".
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Chapitre 21 Confidence pour confidence
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Angel toussota ostensiblement dans son poing, et ne se gagna pour toute réponse qu'une main levée du petit veinard, dont le geste temporisateur signifiait clairement « Laisse-moi encore une petite minute merci de ne pas ruiner ce moment ».
Hélas, Dawn avait besoin de respirer. Elle mit donc fin à leur accolade avec un petit gémissement frustré à peine audible quand il se détacha d'elle. Lui n'en perdit pas une miette tandis qu'elle cachait sa confusion en détournant la tête de l'autre côté.
— Je sais, murmura-t-il tendrement en lui caressant les cheveux. Plus tard dans la soirée, si tu veux, je serai tout à toi. Dis-moi juste où et quand...
En entendant cette réplique totalement kitsch, Angel leva les yeux au ciel en soupirant de lassitude. Assez galamment pourtant, Spike s'interposa face aux deux autres, de telle sorte que Dawn puisse descendre de son bureau, rajuster sa robe en la ceinturant mieux, et de ses doigts tremblants, lisser ses cheveux qu'il s'était fait un plaisir de chambouler. Comme le reste de sa personne.
Puis il s'avança vers les deux autres pour dire au mari qui souriait béatement d'un air niais :
— Bien, puisque tout le monde est là, je propose que nous allions dans ton bureau. Dawn nous rejoindra dès qu'elle sera... prête.
Ouf. Il avait réussi à éviter de dire « Dès qu'elle pourra tenir sur ses jambes ». Un point pour William-le-bien-élevé.
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Dawn, qui pensait mourir de honte d'avoir été ainsi prise sur le fait, ne put se résoudre à les rejoindre ni à affronter leurs regards. Spike devait sûrement être fier comme un paon, conforté dans l'assurance de savoir si bien faire complètement craquer la moindre de ses conquêtes, mais pour elle qui avait toujours été discrète, savoir qu'elle avait été vue dans cet abandon était plus difficile à gérer. Se retrouver face à ces trois-là lui semblait au-dessus de ses forces pour l'instant.
Elle fit un bref détour par les toilettes pour remettre de l'ordre dans ses pensées et arrêter si possible de trembler en pensant au vertige avide qu'elle avait ressenti à être touchée, physiquement et émotionnellement. Elle ne comprenait pas. L'instant d'avant, elle le trouvait agaçant avec ses insinuations sur les vampibots, et celui d'après, il y n'avait plus que son souffle, la sensation de ses mains sur elle, l'impression d'avoir le cœur battant jusque dans son ventre. Aiguë et puissante, une connexion immédiate avait jailli spontanément… S'il n'avait pas un petit peu calmé le jeu en la prenant gentiment contre lui, peut-être que les deux autres auraient pu tomber sur une scène encore plus embarrassante.
Retournée furtivement pour chercher son sac et son manteau, elle rentrerait directement chez elle ensuite. Mais prendre le volant maintenant alors qu'elle était si troublée ne lui semblait pas une bonne idée.
Elle opta pour quelques pas dans le jardin à l'arrière de la demeure, car un banc de bois usé l'y attendait. Après un salut au vigile, elle traversa l'espace dégagé où les jeunes Tueuses faisaient d'habitude leurs mouvements de Tai chi. Dawn se rendit tout au bout, comme si mettre de la distance physique avec la vieille bâtisse lui permettait aussi de prendre un recul littéral avec ces « retrouvailles » inattendues.
Objectivement, ce n'était pas grand-chose. Une part d'elle se morigénait de se mettre dans tous ses états pour ce qui n'était que de simples caresses, même pas osées, et quelques baisers. En comparaison du choc d'Ostia, ce n'était presque rien. Alors pourquoi frémir ainsi pour si peu ?
Insidieuse, la réponse était là à tourner en lisière de son cœur et de sa conscience. Parce que ce n'était pas n'importe qui, cette fois. C'était vraiment Spike. Pas un sosie humain. Pas un démon bien trop curieux d'une créature qui n'était « pas sa femelle. Dépourvus de tout sentiment, leurs ébats avaient été assez douloureux pour elle, du moins au début. Mais ce qu'elle avait éprouvé tout à l'heure alors qu'ils étaient l'un près de l'autre n'avait plus rien à voir, et venait comme la plus éclatante confirmation que l'enveloppe extérieure était loin de suffire.
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Elle n'avait pas tout dit sur Ostia, très loin de là, et la réalité était moins rose. Trois semaines plus tôt, Spike l'avait quittée brutalement avant même qu'elle ne trouve le courage de finir le récit. C'était pourtant la clé des souvenirs fragmentaires qui le rendaient « dingue ». Elle avait tellement hésité à le révéler, justement pour éviter la fuite dramatique… qui s'était quand même produite.
S'imaginant qu'une fois le sort prononcé, le démon et elle en avaient fini, elle n'avait pensé qu'à fuir. Même si l'idée de Spike se réveillant seul et confus la contrariait, décamper au plus vite lui paraissait la seule option, car son petit stratagème foireux la dégoutait chaque seconde davantage. Sa robe et ses chaussures sous le bras, elle trouvait qu'elle s'en était bien tirée avec une chance folle… jusqu'à ce que le démon bloque sa retraite.
Sans explication, il l'avait attrapée pour la remettre sur le lit et glisser contre elle, dans son dos. Elle avait eu une telle frayeur peur en voyant la façon dont il la retenait solidement. Persuadée qu'il ne tiendrait pas parole, les joues sillonnées de larmes, elle imaginait déjà la scène quand on la découvrirait morte au matin. Le choc pour Andrew et Maya, leur incompréhension et leur chagrin.
« Pas larmes, Petit Leurre ».
Et c'était là qu'il lui avait parlé de la Revendication mutuelle.
Contrairement à ce que tout le monde avait imaginé, c'était lui le premier qui avait placé son avant-bras devant sa bouche, en lui commandant de mordre jusqu'au sang. Elle avait voulu refuser et il avait insisté en soulignant, non sans ruse, que « le Spike » allait la quitter ensuite si elle ne le faisait pas. Alors, honteuse, elle l'avait mordu, et il avait jubilé d'excitation. En se retournant, elle avait constaté qu'il n'avait pas complètement achevé sa morphose. « Parmakaï est prêt » avait-il annoncé avec un coup d'œil satisfait sur son sexe tendu. « Toi ? » Il y avait mis une certaine provocation comme s'il attendait à ce qu'elle se montre lâche. Elle se sentait au pied du mur.
Pas du tout empathique, il n'avait pas eu l'air de comprendre sa réticence. « Pas vilaine chose là » avait-il argumenté en pointant son visage avec insistance. Il avait retroussé sa lèvre et passé un bout de langue dessus pour lui montrer que les canines n'étaient pas sorties. « Pas tuer ! » avait-il promis. A la fin, trouvant qu'il avait assez fait preuve de bonne volonté, il avait tiré sur le seul sous-vêtement qui lui restait et l'avait « manutentionnée » illico pour l'allonger sous lui. Face à son expression sans doute paniquée, il avait soupiré d'impatience.
Paupières serrées, la tête tournée sur le côté, elle avait senti son intimité contractée brusquement envahie sans préparation et la morsure était arrivée presque simultanément, dans la partie charnue au-dessus de l'épaule. C'était surtout elle qui lui avait causé une souffrance horrible à laquelle elle n'était pas prête non plus. Elle avait cherché à se débattre instinctivement, mais toujours en elle jusqu'à la garde, il la tenait solidement. Empêchant ses soubresauts désespérés, il avait aussitôt minutieusement lapé la marque sanglante pour engourdir l'intensité de la douleur et cicatriser presque complètement. « Fini » avait-il annoncé en se retirant.
Toujours choquée et tremblante, elle s'était reculée au bord du lit à en tomber. La tête lui tournait et elle pensait qu'elle allait s'évanouir. En la considérant pendant une minute, il avait alors arboré un air mi-figue mi-raisin pour demander : « Pas accueillir Parmakaï… plus ? Petit Leurre bien chaude à l'intérieur, goûte bon et… » Recroquevillée, elle avait refusé vigoureusement d'un cri étranglé, les yeux agrandis de terreur – ce qui avait eu l'air de le vexer. Il ne semblait pas vouloir lâcher l'affaire. Il réfléchissait au problème. Serrant son avant-bras pour empêcher qu'elle quitte le lit, son expression avait muté pour afficher la roublardise et le contentement.
« Si Parmakaï laisse approcher petit le Spike ? Toi accepter ? »
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Des semaines et des semaines de psychothérapie intensive ensuite pour avoir refusé de laisser Spike disparaître à jamais. A nourrir dans son cœur, l'idée déraisonnable qu'il n'y était pour rien.
Et comment ne pas le croire après ce vibrant baiser donné et reçu sans faux-semblants ? Comment ne pas voir sa prévenance, ses tourments et son désir tangible de devenir son amant (ou à faire d'elle sa maîtresse) ? Où étaient donc passés leurs doutes mutuels tout à l'heure ? Disparus, balayés par une vague d'attraction. Pour lui encore, elle pouvait comprendre, il avait au moins un coup de foudre à son actif. Mais elle-même ? Comment avait-elle pu basculer aussi vite du vieux béguin poussiéreux au sentiment insistant qu'elle avait besoin de lui ?
Et surtout malgré cette catastrophe de l'autre été ! Il ne comprenait pas. Elle non plus. Ils étaient d'accord sur le fait que ce n'était ni logique, ni plausible. Et apparemment d'accord pour cesser d'écouter la voix de la raison.
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Elle sut qu'il approchait quand les stridulations vigoureuses des insectes s'étaient tues. Le monde animal était largement pourvu en instinct de survie. Lorsqu'un prédateur survenait, tous cherchaient à se faire oublier... Sa gorge se nouait déjà.
Elle fut tout de même assez surprise, car quitte à ce qu'un vampire la pourchasse ici, elle ne s'était pas attendue à celui-là. A longues enjambées tranquilles, Angel s'avançait dans son manteau trois quarts sombre. Lui aussi, il aurait fallu bien fallu qu'il en change un jour, au lieu de s'en racheter des neufs qui ressemblaient aux anciens.
— Je peux m'asseoir ?
Elle opina prudemment tandis qu'il prenait place en s'adossant. Les mains posées sur ses cuisses, dans une posture relaxée, il contemplait les fenêtres brillamment illuminée de l'Ecole à l'autre bout du jardin.
— Tu n'es pas venue finalement. C'est dommage, l'écriture d'Andrew est presque illisible. La tienne aurait été meilleure...
— Ce n'est pas grave, je recopierai demain. Tu voulais me dire quelque chose de spécial avant d'y aller ?
Il cassa le cou pour regarder les quelques étoiles visibles au travers de la nuée et la réponse ne vint pas. C'était assez étrange qu'il paraisse s'adresser au ciel. Elle ne l'aurait jamais imaginé très pieux, sans mauvais jeu de mots. Elle se leva.
— Bon, eh bien, je vais te laisser prendre le frais sous la lune, et me rentrer...
— Attends. Je suis venu pour faire bisquer Spike. C'est étrange qu'il m'ait écouté quand je lui ai dit qu'il valait mieux que ce soit moi qui vienne te parler.
— L'asticoter, c'est toujours ton loisir favori...
— Je l'admets, mais ce n'est pas parce qu'il a des raisons de me détester que je vais me laisser faire... Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je suis là parce que tout à l'heure, quand vous étiez ensemble, j'ai perçu que quelque chose… n'allait pas.
— Mmhh, laisse-moi deviner, la gêne d'être prise la main dans le sac ? On le serait à moins.
— Ce n'est pas ce que je voulais dire. J'ai perçu de l'angoisse et c'était étrange de la retrouver mêlée à… ce que tu dégageais à ce moment. Alors que je me demandais… si c'était la crainte qu'il te morde à nouveau ?
— C'est impossible d'en faire abstraction. Mais ce qui me rend nerveuse c'est plutôt qu'il semble avoir complètement mis de côté la rengaine « Moi immonde vampire affamé, toi appétissant casse-croûte inconscient »... Est-ce que tu es sûr d'avoir ramené le bon du Tibet ?
Angel acquiesça brièvement deux fois d'un air amusé.
— Assez sûr oui. Le premier truc qu'il a dit une fois réanimé, c'était « Ah non, bordel, c'est toi ? » On ne peut pas faire plus Spike que ça. Si ça n'avait pas été lui, il se serait montré un minimum reconnaissant que je lui aie sauvé la vie...
Elle acquiesça.
— J'aimerais pourtant comprendre ce qu'il a dans le crâne… Il nous ignore pendant des années et puis voilà qu'il débarque un beau jour, et boum ! Il me regarde comme si j'étais une femme, et une qui lui plairait, en plus !
— Mais tu es une femme. Et tu es très jolie... Mais quoi ? Ne me regarde pas comme ça !… J'ai des yeux pour voir, c'est tout.
Elle baissa le menton en regardant ses mains impuissantes.
— Très jolie très jolie, ça ne va pas durer. Je sais qu'il déteste nous voir décrépir. Pourquoi soudain il ferait comme si ça ne comptait pas ?
— Mais parce que ça ne compte pas.
— Oh, ne fais pas comme si tu ne comprenais pas ce que je veux dire… A tout prendre, il ferait mieux de se trouver une fille jeune et fraîche qui lui fera plus d'usage… S'il croit au mythe de la femme « mûre et expérimentée », il serait déçu.
— Ton vocabulaire cynique me désole. Expérimentée avec les hommes ?
— Non les caniches. Personnellement, les apocalypses à la chaîne, je trouvais ça inhibant. J'ai essayé autrefois de sortir avec Alex parce que je l'ai toujours bien aimé, mais ça n'a pas tenu. Et avec Andrew, c'était…
Angel sursauta sur son banc en se tournant vers elle, la bouche ouverte et le regard incrédule.
— QUOI ? Déjà Alex, j'ai trouvé ça déprimant… mais tu as vraiment couché avec Andrew ? Non mais pourquoi ?! Tu ne pouvais pas trouver mieux ?
Elle afficha un petit sourire mutin, identique à ceux de son adolescence et peut-être le seul trait distinctif qui lui restait encore de cette époque.
— Bein, là tu vois, t'es d'accord avec Spike. Tout arrive.
— Non, mais, je veux dire… Andrew ! Il a toujours été gay, non ?
— Disons qu'à choisir, il préfère les hommes. À l'époque, il n'avait personne, on était mariés… C'est un homme gentil et affectueux. Le sexe n'était pas nécessaire dans notre relation, ça n'est arrivé qu'une fois. Quand il était « célibataire », nous dormions ensemble quelquefois, souvent quand Maya était bébé, mais plutôt pour avoir… une présence ? Tu vois ?
Angel s'agita un peu et se passa la main dans ses cheveux épais très soigneusement ébouriffés au gel.
— Évidemment. Mais est-ce que follement amoureux n'aurait pas été mieux que « gentil » ?
— Et là, t'es toujours d'accord avec Spike, je te signale.
— M'en fiche. Est-ce que c'est… parce que n'éprouves pas de désir ?
— Et bien, tu m'as vue ou pas, dans ce bureau ? Sinon, on va l'avoir encore longtemps cette conversation bizarre ?
Il haussa une épaule avec un petit air dubitatif.
— Je sais un peu mieux que toi ce que Spike « a dans le crâne » j'ai été aux premières loges. S'il y a quelque chose que tu veux savoir sur lui ou… ce qu'il préfère, je peux t'en parler pour dédra...
— Oh-oh, je ne l'attendais pas si tard la fameuse conversation « Dawn, il faut que je te parle des garçons ». Tu pourrais lui faire ce tour pendable ? Dégoiser comme ça sur son compte ?
— Carrément. Je te choque ? Cela ne changera rien pour lui mais peut-être tout pour toi. Je pourrais comprendre que tu sois intimidée à l'idée qu'il ait plus de cent ans de pratique derrière lui.
Elle lui jeta un coup d'œil grincheux.
— Ah oui, tiens, je n'y pensais plus. Merci de me le rappeler, j'ai encore moins de pression maintenant… commenta-t-elle, sarcastique. Que dire sinon que j'ai perdu complètement confiance en moi ? Si on fait le compte et après quelques échecs sentimentaux : Buffy est morte, je suis tombée enceinte comme une gourde, les mois de grossesse ont été horribles, et quand Maya est née je n'arrivais pas à m'occuper d'elle, je me sentais ignoble comme mère. Deux ans de dépression. Alors, les hommes franchement, c'était le cadet de mes soucis. Quand j'ai commencé à sortir un peu la tête de l'eau, les aventures sans lendemain ne m'ont rien apporté. J'ai très vite laissé tomber, parce que j'avais une famille, une petite fille qui avait besoin d'amour et d'attention…
Il soupira et secoua la tête, en faisant claquer sa langue.
— Ok, j'ai compris… Je regrette de ne pas avoir été plus disponible et à l'écoute à l'époque. Mais Willow ou Kennedy auraient pu, non ?
Elle se contenta de lui jeter une prunelle sévère qui signifiait clairement : « Sérieusement ? Est-ce que tu crois que j'avais envie de parler de ça ?».
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Il laissa passer un silence qui n'était pas réprobateur mais juste navré. Il pouvait comprendre car il n'y avait rien qu'il ne connaisse mieux que l'abstinence...
Angel aimait immodérément Buffy, il savait qu'il l'aimerait toujours, même par-delà la mort, il l'avait prouvé par la suite. Mais à la seconde où il avait perdu son âme, Angelus retrouvé n'avait rien voulu d'autre que l'humilier et la faire cruellement souffrir. La rabaisser. Se moquer d'elle. Souffler sur les braises de ses insécurités de jeune fille…
Museler et enfermer son démon dans sa cage, réimplanter son âme avaient nécessité un sortilège complexe, identique au premier que des Roumains vengeurs lui avaient lancé. Cela avait fonctionné. Sa culpabilité avait juste pris deux tonnes de plus. Il lui avait fallu un certain temps pour comprendre que les relations sexuelles ne mèneraient pas toutes à la « pure félicité » qu'il avait connue une unique fois avec Buffy, que le monde resterait à l'abri d'Angelus s'il se contentait de se tenir loin de celle qu'il vénérait… Et que cela n'excluait pas d'avoir, de temps à autre, une vie sexuelle raisonnablement satisfaisante, comme avant.
Le vampire secoua sa tête brune.
— Ça va faire bien cliché ce que je vais dire, mais tu peux laisser de côté la crainte de le décevoir sexuellement. L'amour, ça n'a rien à voir avec la performance. Quelle expérience avait Buffy quand nous avons couché ensemble ? Littéralement zéro. Est-ce que je n'ai pas donné largement – et catastrophiquement – la preuve que j'ai fait plus qu'apprécier ? Nous nous aimions, pour moi, c'était tout ce qui comptait.
Il poussa un soupir et cligna des yeux pour repousser ces souvenirs, toujours vivaces malgré les années, avant de reprendre, en ménageant quelques pauses.
— Ce que je peux te dire pour l'avoir vu faire pendant un sacré paquet de temps, c'est que si Spike t'aime, il sera prêt à tout pour toi. En amour, il ne connait qu'une seule voie : la dévotion. Et c'était déjà le cas même quand il n'avait pas d'âme. Il a pris soin de Drusilla pendant cent ans. Puis, parce qu'il aimait Buffy, il a tout enduré, jusqu'à son mépris, jusqu'à ses coups. Crois-moi, les vampires de base ne font pas ça. Jamais… Je suppose qu'il y a eu un problème lors de son engendrement. Des traits de son ancienne personnalité sont restés, comme pour Dru qui avait toujours ses visions mais plus sa raison. Elle a dû le pressentir en tombant sur lui. Spike avait une mère malade, il s'occupait déjà d'elle, ce n'était pas un mauvais fils comme moi. Dru a dû penser que le convertir était une solution à sa condition, le lien entre sire et childe a fait le reste. En tant que vampire, il a passé un temps infini à essayer de cacher cette « tare » et l'enfouir sous des démonstrations outrancières – plutôt destinées à me rendre envieux et furieux et à lui plaire à elle. Enfin bref… Ce que je voulais dire, c'est que tu as les cartes en main si tu as envie que vos relations évoluent dans une direction... moins amicale. Je sais que tu lui plais, ça ne t'oblige à rien. Parce qu'au bout du compte, peu importe ce que c'est, ce que tu attends de lui, il le fera.
Elle fronça les sourcils et se tourna vers lui en remontant une jambe sur l'assise du banc, et le coude sur le dossier.
— Comment tu peux être sûr de ça ? Je veux dire... que je lui plais vraiment et que ça n'est pas qu'une lubie ? Il voit sans doute plein d'autres femmes, je ne vois pas pourquoi je…
Angel se permit un petit rire étouffé.
— Non. Ce qu'il t'a dit tout à l'heure – qui était très nul à mon avis mais là n'est pas la question – dans sa bouche, c'était une déclaration.
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(à suivre : partie 5 Give me something to sing about)
