Les trompettes résonnaient au loin, les armées de l'Usurpateur venaient prendre leur dû. Robert menait les troupes, se pavanant avec une fierté démesurée sur son cheval. L'agonie que venait de connaître Port Réal avait fait place à un silence de mort. La tension était retombée et l'oppression auparavant ressentie donnait lieu au recueillement.

Les dépouilles qui tapissaient les rues étaient délicatement enlevées par les familles endeuillées. Les tombes allaient être creusées pour permettre le repos éternel parmi les Sept. La cruauté des sévices faits par ses troupes alliées ne le perturbaient nullement, à défaut de Ned qui observait bouleversé en retrait. Comment avait-on pu en arriver à ce point ? La question ne cessait de tourner en son esprit.

Robert Baratheon pénétra dans la salle du trône de Port Réal, les échos de ses bottes résonnant sur le sol de marbre. À son arrivée, il fut accueilli par une scène pour le moins tendue. Tywin Lannister, siégeant sur le Trône de Fer, observait les nouveaux arrivants de son regard perçant, tout en épinglant Robert de la tête aux pieds. À ses côtés se tenait son fils aîné, Jaime Lannister, désormais porteur de la sinistre réputation de "Régicide".

Robert échangea un regard lourd de sens avec Ned. Lorsque les deux chefs de guerre étaient entrés dans la salle du trône, il avait levé le regard, l'air hagard. Encore sous l'effroi du geste du Lion, le corps encore chaud du Roi Fou à ses pieds. Westeros devenait fou et Port Réal subissait cette folie de plein fouet. Il avait articulé quelques mots alors que le grand Tywin le jugeait de la tête aux pieds. Son regard froid l'avait paralysé, malgré leur alliance contre les Targaryen, il se méfiait de la Maison dorée :

"Lord Tywin, je vois que vous avez déjà pris place sur le trône, ne put s'empêcher le vainqueur d'une voix sarcastique. Réchauffez le de votre majestueux cul pour moi".

"Effectivement, je ne m'attendais pas moins à ce qu'un Baratheon ne soit courtois, si ce n'est le futur roi, lui répondit-il avec mépris. La noblesse d'une lignée ne signifie malheureusement pas une éducation exemplaire mais soit... Je suis ici pour maintenir l'ordre et la stabilité à Port Réal en ces temps incertains. Vous comprenez la nécessité de la situation, n'est-ce pas ?"

Jaime Lannister, debout aux côtés de son père, gardait le silence mais son regard bleu acier ne quittait pas Robert. Son père se leva et vint appuyer sa paume sur l'épaule de son fils.

"La stabilité est importante Lord Tywin, et je ne sous estime pas votre capacité à maintenir l'ordre. Cependant, la confiance est une denrée rare en ces temps sombres. Je vous accorde le bénéfice du doute, mais je vous avertis également : tout acte de trahison ou d'abus de pouvoir ne serait toléré."

"Me prenez-vous pour un usurpateur ? appuya t-il ses mots en avançant vers lui. Prenez garde à vos mots Cerf. Je suis peut-être votre allié en cette guerre, mais je reste le seigneur le plus riche des Sept Couronnes. D'un claquement de doigts, je peux rallier une armée qui aurait écrasé le Dragon Rhaegar au Trident avec une facilité déconcertante contrairement à vos armées bâtardes issues de différentes familles..."

Ned Stark toisait la scène l'estomac noué, ses inquiétudes à l'égard des Lannister pesant lourd dans son esprit. Ils avaient déjà fait couler le sang, notamment lors de l'exécution d'Elia Martell, la sœur de Doran et d'Oberyn par le biais de Gregor Clegane. Il n'avait pas hésité à profiter des évènements macabres pour tuer engageant la bestialité incarnée. Les alliances étaient fragiles, et Robert savait que chaque décision qu'il prendrait serait cruciale pour l'avenir des Sept Royaumes.

"Le Roi Fou, commença Robert, était un véritable désastre pour ce Royaume. Cet homme était plus fou qu'un ivrogne dans une cidrerie. Il passait son temps à brûler des gens et à rire comme un damné."

"Ma Maison vous en a débarrassé, peut-être mettiez vous trop de temps à guerroyer"

Robert serra sa mâchoire face à l'insolence de son aîné :

"J'en tiens compte et je ne manquerais pas de le remercier le moment venu, hormis si son effronté de père continue à me faire la morale en me prenant de haut avec son air dédaigneux. Comme je rêve sur l'instant de saisir mon marteau et d'enfoncer votre crâne chauve dans ce marbre qui recouvre le sol... lui chuchota t-il froidement. Mais cessons de nous quereller, savez-vous ce que j'ai fait lorsque j'étais occupé à guerroyer lord Tywin ? Je veux l'entendre de votre bouche"

"Qu'avez-vous fait, Votre Grâce ?" Son interlocuteur, flatté par l'appellation se gonfla. Il vint approcher sa figure encore tâchée de sang à ses oreilles et murmura sinistrement.

"J'ai pris mon marteau de guerre, j'ai chevauché mon destrier et je me suis rendu sur le champ de bataille. J'ai trouvé son fils, sa descendance, cette abomination et je lui ai rappelé que les Targaryen ne sont pas les seuls à manier le feu. Notre est la Fureur comme le dit si bien notre devise. J'ai personnellement mis fin au règne de cette foutue dynastie"

"Etes-vous certain qu'il s'agisse là de l'unique raison de votre motivation à mener cette campagne militaire ?" le questionna le Lion, un brin prétentieux.

"Ne jouez pas avec mes nerfs mon seigneur, si vous tenez à ce que votre fils le Régicide ne termine pas sa misérable vie à se geler les couilles au Mur, à guetter si les sauvageons forniquent avec des géants ou avec des putains de glaçons !"

C'est à ce moment précis qu'il sut qu'il aurait l'avantage sur le Baratheon. Il comprit le tempérament à fleur de peau de l'homme et sa faiblesse vis-à-vis de cette union déchue. Une idée qui avait précédemment germée en son esprit et qui ne demandait qu'à grandir, traversa son esprit :

"Peut-être enverrez vous mon premier fils au Mur mais sachez que j'ai aussi une fille, sa jumelle Cersei. Avec des cheveux de feu et aussi belle que Jaime, elle se trouve désormais sans époux depuis la rupture des fiançailles avec Oberyn de Dorne. Cela n'engage que vous mais songez y à l'avenir, lorsque vous vous prélasserez en compagnie d'une putain dans votre grand lit royal"

Malgré sa noblesse, il savait quels mots employer pour toucher de plein fouet l'ego du Cerf. Tywin avait cette capacité à se mettre dans la peau d'autrui en maniant le langage de façon à ce que l'autre le considère de son rang et lui accorde sa confiance.

Face à cette déclaration, le Lionceau l'épée encore rouge à la main, regarda haineux son père avant de croiser le regard avide de Robert, qui ricana grossièrement :

"Mesure tes paroles, l'avertit-il, maintenant déguerpissez et laissez nous ! Ned et moi avons à discuter seul à seul"

"Je n'en doute pas, surtout quand on sait que sa dulcinée se retrouve captive dans les terres chaudes de Dorne au sommet de la Tour de la Joie..." termina Tywin, un sourire perfide aux lèvres afin de quitter la salle sous les regards ébahis des deux hommes.

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Le brun écarquillait de grands yeux ronds alors qu'un silence funeste ornait la pièce. Sa respiration était saccadée et il réalisait doucement les paroles de son aîné. La situation en elle-même le laissait sans voix. Tout était démesuré et il ressentait le lourdeur de ses actes sur ses épaules.

Il ne le formulait pas mais Robert était frappé par la majesté et l'ampleur de l'endroit. Les murs étaient ornés de tapisseries somptueuses qui racontaient l'histoire glorieuse de la dynastie régnante. Des colonnes de marbre soutenaient un plafond orné de motifs complexes, et des lustres massifs diffusaient une lumière dorée à travers la pièce. Les carcasses des dragons Targaryens décoraient l'arrière pièce, installant une image morbide à quiconque entrait dans la salle.

Le Trône de Fer, le véritable symbole du pouvoir des Sept Couronnes était enfin en sa possession. C'était une création imposante, froide et impitoyable, faite de lames d'épées fondues. Il évoquait à la fois la grandeur et la cruauté du pouvoir. Il était comme dans les histoires qu'il avait pu entendre enfant dans les bras de la septa qui langeait ses couches.

Le Cerf bientôt couronné se tenait droit, sa stature imposante remplissant la salle. Son visage était grave, mais il y avait une lueur de satisfaction dans ses yeux. Il avait conquis le trône pour lequel il avait tant lutté et il était prêt à gouverner.

Désormais libre de son précédent occupant, il monta lentement les marches qui l'y menaient, le bruit de ses bottes résonnant dans la salle. Quand il atteignit enfin le siège de fer, il s'y installa avec une solennité impressionnante. Il était maintenant le roi, le souverain de tout Westeros. Il revint à la réalité en entamant cette discussion houleuse et tant redoutée avec son ami. Il prononça à voix basse, le visage baissé :

« Que vas-tu faire pour Elle maintenant ?

"Je ne pensais pas que la guerre serait si impitoyable. Les horreurs que nous avons vues sont inimaginables. Nous avons payé un prix élevé pour la paix."

"Il s'agit de ta sœur Ned ! De la femme que j'aimais et que je devais épouser ! Réveille toi par les Sept, cesse d'être sous l'effroi dès la moindre goutte de sang !"

"C'est vrai, Robert mais regarde autour de nous, nous avons tant perdu, et pour quoi ? Pour un trône. Pour une couronne."

"Pour la vengeance, voilà pourquoi nous nous sommes battus. Toi, Eddard Stark, gronda t-il en se levant de l'assise, tu te dégonfle comme un minet une fois la bataille terminée. Comment oses-tu face à la tragédie qu'a connue ta famille sous les atrocités du Roi Fou ?!"

Tourmenté par les horreurs de la guerre et les conséquences de la rébellion, le Loup ne pouvait se débarrasser de son sentiment de culpabilité. Il se tourna vers son ami, les yeux emplis de chagrin.

"Je crains que les blessures de cette guerre ne cicatrisent jamais. Tywin Lannister l'a bien évoqué, qui sommes-nous pour avoir mené cette guerre"

"Tu me fatigues avec tes niaiseries"

La tension était palpable dans la salle et la conversation était empreinte d'une amertume croissante. Toutefois, en homme fier, le brun ne se laissa pas facilement ébranler. Il ne pouvait ressentir la douleur et le doute. Il lui répondit d'un ton ferme :

"Ned, tu étais aux premières lignes de cette guerre, tu as mené nos troupes avec bravoure. Parfois, la force est le seul langage que les puissants comprennent. Les puissants et les fous. Nous avons renversé un roi aliéné et libéré les Sept Royaumes de son règne tyrannique. Tout ceci était nécessaire, même si cela nous a coûté cher. Maintenant, tu dois te concentrer sur ton principal objectif, ma bien aimée Lyanna"

Ned secoua la tête, sa voix tremblante de tourment, l'autre continua :

"Elle est la clé de notre rébellion. Nous avons combattu pour elle, et je refuse de croire qu'elle soit perdue à jamais. Tu dois la retrouver, tu entends ? Même si cela signifie que je dois t'envoyer à travers les Sept Royaumes des Sept Enfers pour le faire. Je la retrouverai, morte ou vive, j'en ai fait le putain de serment !"

La détermination de Robert à retrouver sa bien-aimée et l'amertume de Ned face aux horreurs de la guerre les poussaient à avancer, chacun à leur manière. La rébellion avait changé le destin des Sept Royaumes, mais elle avait aussi laissé derrière elle des cicatrices profondes et un avenir incertain.

Robert, hanté par la mort et par une tristesse profondément enfouie se leva d'un bond en gueulant, le pointant d'un doigt hargneux :

"Tu vas bouger ton cul neigeux de Nordien et partir à sa recherche avant que je ne t'y emmène moi-même, la tête sur la pointe de mon foutu étendard ! Va chercher Lyanna, pars sans attendre. Prend le reste de ton armée du Nord et chevauche jusqu'à la Tour de la Joie ! Je veux que tu foule le sable chaud de Dorne sans attendre !"

Son ami obéit, fit virevolter sa cape et prit la direction de la sortie, la mine crispée par le souvenir de sa chère sœur qu'il redoutait condamnée.