- CHAPITRE 3 -

Rain Song


Arthur laissa le haut de son crâne se poser contre la vitre et le moteur de la voiture résonnait contre ses oreilles. Au coin de l'œil, il observa les silhouettes des parisiens se confondre entre les commerces et les grands arbres. Le ciel était gris et aucun rayon de soleil ne furent son apparition depuis le début de la journée.

Arthur se sentit lourd, comme le temps. Il souffla en laissant ses paupières s'abaisser. Ses mains étaient moites, son costume froissé et son teint bien plus pâle que d'habitude. L'anglais dormait, même un peu trop c'est temps-ci. Il travaillait aussi énormément et ne pouvait plus consacrer son temps libre à ne rien faire. Son frère devenait envahissant, agaçant et quelque fois beaucoup trop autoritaire. Ses journées ne consistaient qu'à travailler et à roupiller quand l'ennui devenait insupportable. Non pas que ce n'était pas dans ses habitudes, mais elles avaient soudainement disparu que l'anglais se mit en tête de ne plus jamais les adopter.

- Arthur. Tu ne devrais pas faire ce genre de tête. Je n'ai pas envie qu'ils prennent peur en te voyant.

La voix grave de son frère lui remit les idées en place. Imposante, forte et résonnante comme un réveil.

Allistair avait raison, même si cela l'agaçait. Les potentiels clients ne voudraient jamais faire affaire avec un homme ayant son humeur. Il se redressa en fixant devant lui. Les grandes places de la ville étaient pratiquement vides et, étonnement, aucun parisiens ne semblaient enjoués. Ils étaient tous silencieux, neutres et presque grognons avec leur cigarette entre les doigts.

- Qu'est-ce qui te fatigue comme ça, hein ? Le travail... Une demoiselle ?

Arthur crispa son visage en tournant son attention vers son grand frère.
Celui-ci, l'ayant remarqué, sourit ironiquement en passant son coude à travers la fenêtre.

- Ah j'peux comprendre. Les françaises... qu'elles phénomènes.

- Arrête.

- Rester fidèle et toute ces conneries, c'est bien trop dur pour nous.

Son rire se mêla au silence. Un silence si imposant qu'il réussit à quitter la voiture et à se faufiler entre les rues sombres et étroites de Paris. Le paysage était devenu aussi sinistre qu'un cimetière. Le soleil, la chaleur et les sourires de Montmartre paraissaient bien loin maintenant.

Arthur se sentit partir à nouveau. Il n'avait pas spécialement sommeil, mais ça lui paraissait tellement évident et essentiel de dormir. Ses paupières se fermèrent et le moteur devenu une douce berceuse.


Arthur n'avait pas imaginé ses potentiels clients français si enthousiastes. Allistair avait le don de les mettre à l'aise. Il savait trouver les mots et les sujets de conversation idéales pour chaque personne. Arthur, lui, n'avait pas cette capacité de communication. Il se contenta d'écouter, de traduire, de grogner légèrement quand Allistair devenait trop égocentrique et de faire les comptes, comme il l'a toujours fait.

- Mon frère aimerait boire quelque chose avec vous.
Reprit l'anglais en s'adressant aux deux français.

L'un des deux alluma sa cigarette et acquit joyeusement. Des papiers et quelques contrats restaient indéfiniment sur la table, mais ça n'empêcha pas les trois hommes de quitter les lieux, joyeux de leur accord commun.

La salle de réunion était grande. Le peu de meubles qu'il y avait réussissaient tout de même à l'animer. La grande armoire au fond paraissait neuve et le tapis installé au sol aussi. Arthur ne si connaissait pas en peinture, mais il appréciait tout de même ceux qui étaient accrochés devant lui.

Il finit d'arranger les papiers et la machine à écrire. Sa veste était maintenant posée contre sa sacoche et il attendit patiemment. L'anglais aurait aimé s'occuper les mains. Peut-être fumer, si il le faisait quotidiennement, ou bien boire quelque chose. Le goût du thé lui manquait.

Il était à présent devant la seule et grande fenêtre de la pièce. Il hésita à s'aventurer vers le petit balcon, mais il se retenu.

Les nuages s'étaient enfin dissipés mais toujours aucune trace du soleil. L'ombre jouait avec les voitures qui passaient, les galets gris disposaient le long de routes paraissaient fades et les silhouettes des Parisiens se furent de moins en moins nombreuses.

Entre elles, il aperçut trois qu'il connaissait assez bien. Son frère et les deux autres clients traversèrent la route pour rejoindre la terrasse du café qui était un peu plus loin, vers la seconde rue.

La seconde rue.

Quelle surprise. Arthur croyait être maudît ou quelque chose comme cela. Il crispa soudainement son visage. Il aurait aimé que ses yeux se posent sur autre chose mais voilà que son cerveau refusa de détourner son attention d'autre part. L'anglais détailla, comme il l'a toujours fait, le moindre détail.

Aujourd'hui, il était assis contre son tabouret en bois. Il n'était pas spécialement heureux ou enjoué, comme à son habitude. Il affichait juste un air neutre et quelque peu intense, comme si le mauvais temps avait déteint sur lui. Ses doigts étaient moins crasseux que d'habitude et son matériel, si imposant habituellement, paraissait minime. Presque inexistant.

Arthur sourit.

Ne pas le voir si sûr de lui, simple, presque monotone et avec un côté "sans défense" le fit sourire. Du haut de son immeuble, l'anglais pu l'observer à sa guise, sans qu'il ni s'y aperçoit. L'on était bien loin de chez lui :
de ses rues étroites, de ce bruit ambiant, de l'accordéon, des enfants et puis du soleil. D'un coup Arthur réalisa.

Ce temps pluvieux, ce silence imposant et ses visages si ternes, il connaissait. Arthur avait enfin trouvé un "chez lui", lui aussi. Alors il eut confiance.
Et il sourit à n'en plus s'arrêter.


Une immense averse fut son apparition. Une averse si violente qu'elle se confondait avec la colère d'Arthur.

Allistair enchaînait les mauvais coups. Plus les jours passaient et plus son frère ne put s'empêcher de ne pas le détester. Il devenait tellement agaçant, égoïste et sans scrupule que l'anglais pouvait très bien passer huit jours sans avoir de ses nouvelles, que ça lui irait parfaitement. Qu'elle idée de le laisser prendre un verre avec deux parfaits inconnus sans rien attendre en retour ? Comme si après quelques minutes, Allistair allait revenir vers son cher petit frère, puis allait gentiment le raccompagner à l'hôtel comme le ferait un parfait grand frère.
Arthur se maudit d'y avoir pensé.

Il dévala la rue, sa sacoche au-dessus de sa tête et le pied dans une flaque. Il ne s'attendait pas à, un jour, détester autant la pluie. Mais c'est comme si une boule de neige rempli de problèmes dévalée une pente sans s'arrêter et devenait de plus en plus grosse. Arthur ne savait pas s'il devait crier sa colère contre le monde entier... Ou bien contre son propre frère. C'est vrai ? Comment pouvait-il le laisser rentrer tout seul, sous cette pluie, dans une ville qui lui était pratiquement inconnu ? C'est sous cette réflexion que l'anglais se mit même à légèrement glisser contre une plaque d'égout. Dans un grognement, il traversa la route en abaissant sa sacoche.

La pluie faisait coller ses mèches de cheveux contre son front. Les gouttes glissèrent le long de ses joues pour ensuite se lover dans ses habits déjà trempés. Ses chaussettes n'étaient pas encore mouillées mais il se dit que ce n'était qu'une question de temps.

Il fut seul pendant un moment.

Ses pas résonnaient contre les galets gris, les gouttes jouèrent un son mélodieux contre les tuyaux d'évacuation et l'odeur de cigarette réapparu pendant un instant.
Au fond de la rue, entre deux poteaux, une camionnette se tenait elle aussi seule. Arthur avala sa salive. Le reconnaissait-il ? Il n'était pas sûr mais... Il voulait tout de même trouver un abri. Était-ce une bonne idée ? Ou bien la bonne camionnette ? Ses pas s'accéléraient vivement. Plus il s'approcha et plus il sut distinguer une fin fumée de tabac sortir du véhicule.

Un sifflement.
Des longs doigts tapaient harmonieusement contre la portière. L'anglais osa passer sa tête vers la vitre ouverte.

- Bonjour.

Un bonjour timide, sans réels ambitions particulières. Une simple formule de politesse, prononcée à la hâte.

Francis tourna sa tête vers la droite.
Il n'y eu aucun sourire ou d'exclamation radieuse, mais plutôt un regard neutre qui suivit parfaitement ce bonjour hostile. Le blond jeta son mégot de cigarette par la fenêtre et se pencha côté passager. Arthur observa ses doigts se nouer autour de la poignée et ensuite poussé la portière très doucement. Il respira grandement et prit ce geste pour une invitation. Sans plus tard, son corps entier se lova parfaitement sur le siège droit. Il referma la portière, avec plus d'entrain.

- Merci, je... j'étais pris de court. Je ne m'attendais pas à une pluie pareille.

Francis ne répondit pas tout de suite. Il laissa un instant les dernières sonorités des mots français prononcés à l'anglaise se balader tranquillement dans sa camionnette blanche. Ses mains étaient posées sur le volant et son regard se perdit un peu partout.

Arthur ne comprenait pas.
Avait il mit le français mal à l'aise ? Ou bien était-ce lui qui était réellement gêné. Francis paraissait frustré. L'anglais se trouva idiot pour un instant et aussi mal honnête. Lui, qui il y a quelques heures, ne pouvait s'empêcher de l'épier du haut de son bâtiment. Comment avait-il pu penser qu'ils étaient autant amis pour rentrer à l'improviste dans un endroit qui lui est aussi intime comme ce véhicule ? Enfin, il l'imaginait. Il ne savait pas pourquoi d'un seul coup, son opinion datant de plusieurs minutes, pouvait contraster autant. Il ne savait pas.

- Désolé.

- Mais non, pas de quoi. Je ne pensais pas te trouver ici.

- Moi aussi.

Arthur le pensait vraiment.

- Tu es trempé.

Les yeux de Francis se posa sur son corps tout entier. Ils se baladaient et semblaient scruter les moindres détails. Une nouvelle sensation s'empara de lui. Arthur rougit, mais pas de honte ou de frustration.

Ce regard dur que le blond lui laissait, pour ensuite détailler sa silhouette qui se tenait à quelques centimètres de lui ne lui fit pas ressentir quelques choses qu'il connaissait tant comme la colère, le dégoût, ou la honte. Mais quelque chose de beaucoup plus mesquin. Ce sentiment fut apparition d'une manière si subtile, comme la tentation se laissant vaguer au grès des mouvement réguliers, droite gauche, pour ensuite se rouler en boule autour du fruit défendu.

- Je vous l'ai dit. La pluie m'a surpris.

- Pourquoi ne pas être rester à l'endroit où tu étais ?

- Je ne pouvais pas. Mon frère... he...

Non, il n'était pas en colère ou n'avait pas honte. Il aimait ça.

Francis leva ensuite les yeux vers son visage. Quel teint pâle et sinistre. Ses yeux paraissaient gris, Arthur cru rêver. Mais le français ne paraissait pas triste ou fatigué. Peut être neutre... ou intense. L'anglais ne pouvait détacher ses yeux de lui.

- La prochaine fois appel moi, je viendrais te chercher immédiatement.

Arthur sourit, par politesse.

Il ne connaissait pas encore le coin où il était, ni vraiment l'homme qui était assis à sa gauche. Peut-être un nouveau Francis, une nouvelle facette. Comme les bâtiments gris et les gouttes de pluies tombantes harmonieusement contre la vitre, son nouvel ami paraissait à des lustres de ce qu'il connaissait. Et étonnamment, loin du soleil et de son sourire, Arthur était un peu plus à l'aise.

Est-ce que sa compagnie le dérangeait ? Francis secoua la tête et sourit faiblement pour la première fois. Non, il se trouva ici depuis un moment et il n'aimait pas cela.

- Tu n'as pas réussi à vendre aujourd'hui ?

- Disons que je n'avais pas envie.
Arthur se souvient de son air monotone devant une de ses œuvres. Peut-être essayait il simplement de peindre aujourd'hui en laissant le temps s'écouler. Au moins, lui, savait quoi faire de son temps libre.

Puis Francis souffla bruyamment. Il posa un instant son crane contre le volant en tapotant rapidement ses doigts. Le son qu'il produisait était bien plus sec et précipité que celui harmonieux que faisait la pluie. Arthur resta immobile en le dévisageant avec surprise et non mépris.

Le blond releva légèrement sa tête et regarda devant lui en semblant réfléchir pendant un moment.

- Arthur tu...

L'Anglais continua de le regarder, pendu à ses lèvres.

- ... Et si je te montré un nouvel endroit ?

- Oui.

Il avait répondu si rapidement et sans hésitation. L'information n'était même pas encore arrivée à son cerveau qu'il savait intentionnellement qu'il ne pouvait refuser, n'importe la question.