Chapitre 8 : Une rentrée presque normale
McGonagall confia à Lupin en tant que Directeur adjoint le soin d'appeler les élèves pour la cérémonie de la Répartition. Le loup-garou était crispé et, malgré tous ses efforts, il buta sur le nom de Delphini Black. Pendant que le Choixpeau Magique répartissait sans beaucoup hésitation l'adolescente à Serpentard, les regards curieux de toute la Grande Salle se fixèrent sur elle. Quelques exclamations se firent entendre sans que je comprenne si la surprise que certains exprimaient, était liée à sa taille, elle n'avait pas l'air d'une élève de première, à son nom ou à la couleur de ses cheveux. Manifestement anxieuse d'être ainsi au centre de l'attention, Miss Black s'empressa de rejoindre la table des serpentards pour s'installer entre Scorpius et Albus.
Passé ce petit moment de tension, la rentrée sembla se dérouler tout à fait normalement. J'aidai les premières années à prendre conscience de l'immensité de leur ignorance. Je repris en main les deuxièmes années qui se souvenaient à peine dans quel sens placer leur chaudron sur un feu qu'ils ne se savaient d'ailleurs plus allumer. Je morigénai les troisièmes années dont seule la bêtise semblait avoir progressé au cours de l'été. Je recadrai les quatrièmes années qui avaient à peine réussi à aligner vingt lignes d'inepties dans ce qui était sensé être leur devoir de potion des vacances. Je moquai les cinquièmes années qui avaient la prétention de passer leur Buse dans quelques mois, alors qu'ils étaient incapables de brasser correctement une Pimentine. Quant aux sixièmes ou septièmes années, je m'inquiétai qu'ils n'aient été lobotomisés au cours de l'été tant ils étaient nuls, et je m'interrogeai haut et fort sur leurs capacités d'obtenir le moindre Aspic en Potions. Bref, une rentrée comme les autres.
Cependant, je voyais McGonagall se crisper de jour en jour. Ce n'est que le vendredi qu'elle nous en expliqua la raison, à l'occasion de notre réunion de fin de semaine pour parler des nouveaux élèves. Après avoir passés en revue les premières années, il fut question de Delphini Black. L'adolescente avait surtout brillé par son absolue discrétion dans tous les cours, à l'exception notable du cours de « Soins aux créatures magiques », et Hagrid loua son enthousiasme pour sa matière avec force de superlatifs. Stolas Dreamteam, l'illuminé qui enseignait la Divination, commença à baragouiner quelque chose à propos d'une aura sombre qui entourerait Delphini Black, mais comme d'habitude personne ne s'occupa de ce qu'il racontait. Ce n'était d'ailleurs ni de sa discrétion, ni de son intérêt pour les bestioles d'Hagrid et encore moins de sa soi-disant aura dont McGonagall voulait nous entretenir à son sujet.
« Je suis littéralement submergée de hiboux de parents. » expliqua-t-elle « La rumeur de son arrivée à Poudlard s'est répandue. Certains enfants ont dû mentionner son nom à leurs parents dans leur courrier, surtout ceux venant des vieilles familles de sorciers qui avaient entendu dire que plus personne ne portait le nom des Black, si ce n'est quelques lointains cousins vivant sur le continent. Du coup, je reçois beaucoup de messages me demandant qui est Delphini Black. Ces messages proviennent de parents d'élèves de toutes les Maisons, même de Serpentard. Pour l'instant, je n'y ai pas répondu, car je souhaitais en discuter d'abord avec vous. »
« Cette question sur ses origines me paraît assez légitime. » commenta Dreamteam
« Vous êtes sérieux, Stolas ? » m'insurgeai-je « Quand des né-moldus arrivent chez nous, on ne leur demande pas un certificat de moralité de leurs ancêtres sur cinq générations. Pourquoi ferions-nous une exception concernant Delphini Black ? »
« Vous n'avez pas tort, Severus. » admit MGonagall « Mais nous avons pu vérifier l'an dernier que rien n'est pire que la rumeur. Si je ne réponds pas à ces messages, tous les parents inquiets se retourneront vers le Ministère pour savoir ce qu'il en est, et quelqu'un finira bien par parler. Entre temps les ragots vont se répandre dans l'école, et pour Miss Black, cela risque d'être pire que tout. Il me semble donc préférable de dire simplement les choses en espérant désamorcer le problème. Je vais donc répondre factuellement en indiquant qu'elle est la fille de Bellatrix Black. En tant que directeur de la maison Serpentard, je compte sur vous pour garder un œil attentif sur Miss Black, histoire de vérifier que rien de fâcheux ne résulte de cette révélation. »
Cela me paraissait risqué, mais je n'avais pas de meilleure solution à proposer. Mieux valait en effet mettre rapidement un terme aux questions et aux spéculations entourant l'adolescente aux cheveux bleus, en espérant que tout le monde se contente de savoir qui était sa mère. A mon grand soulagement mais aussi à mon grand étonnement, il s'avéra que McGonagall avait eu raison. La réponse sur l'identité de sa mère calma les questions à propos de l'adolescente et notre Directrice ne reçut pas le moindre le moindre hibou pour s'inquiéter de son père. Ainsi, Delphini Black cessa très vite d'être au centre des conversations et de l'attention, si ce n'est de ma propre attention, puisqu'en tant que directeur de maison, je me devais de la surveiller.
J'étais donc bien placé pour comprendre comment Delphini Black avait aussi vite pu cesser d'intéresser ses condisciples. La gamine était capable de se désillusionner, pas au sens propre du terme, mais en se faisant oublier alors qu'elle était présente, ce qui constituait une sacrée performance avec ses cheveux bleus. Bien qu'ayant compris son fonctionnement, il m'arrivait d'être moi-même sensible à son système d'effacement. En cours de potion, elle s'installait ainsi dans le coin le plus sombre du cachot, et j'étais presque surpris de tomber sur elle en me promenant entre les chaudrons. Malheureusement, cette capacité ne pouvait être que le résultat des difficultés voire des souffrances qu'elle avait supportées au cours de sa vie et, avec les antécédents qui étaient les siens, une raison de plus de la surveiller, pour s'assurer qu'elle ne développe pas de désir de vengeance. Peut-être Voldemort, ne serait-il jamais devenu l'effrayant mage noir qu'il avait été, sans la volonté de revanche qui avait été la sienne.
Mais rien en Delphini Black n'évoquait ses parents en dehors de sa ressemblance physique avec sa mère. J'étais trop jeune pour avoir connu Bellatrix au même âge, mais j'avais entendu de nombreuses histoires sur son comportement lorsqu'elle était à Poudlard. A quatorze ans, Bellatrix s'y comportait déjà comme la reine du bal de Noël, considérant que son statut de sang-pur et la renommée de la Noble Maison des Black imposaient naturellement à tous de lui rendre hommage. La posture de Delphini semblait totalement l'inverse de celle de sa mère. Quant à sa puissance magique, sauf à lui prêter une extrême capacité et une extrême volonté de dissimulation, elle semblait normale sans plus. Rien qui puisse faire penser à ce que Dumbeldore m'avait raconté des pouvoirs du jeune Tom Jedusor. Rien de comparable non plus avec ceux d'Albus. Albus avec lequel, je m'en étais aperçu au cours de ma surveillance discrète, elle passait énormément de temps.
A première vue, j'avais cru que sa proximité avec Albus venait de ce qu'elle était souvent avec son cousin Scorpius et du fait que Scorpius et Albus était toujours ensemble. Ainsi étaient-ils toujours installés tous les trois à la table des serpentards pour les repas dans la Grande Salle. Mais Scorpius travaillait de plus en plus souvent à la bibliothèque pour des raisons que je comprenais fort bien puisqu'elles avaient été les miennes longtemps avant les siennes, puisque c'était le seul endroit où un serpentard pouvait retrouver dans un relative tranquillité une amie gryffondor. Tant qu'ils n'avaient pas découvert la Salle sur Demande bien entendu.
Scorpius passait donc de longues heures en compagnie de Rose Granger-Weasley à la bibliothèque, et ma petite enquête m'avait montré qu'Albus et Delphini Black passaient la plupart des mêmes heures ensemble dans la salle commune des serpentards à travailler les sortilèges, les enchantements et les métamorphoses … du programme de troisième année. L'aisance d'Albus sur les aspects pratiques de la magie lui permettait d'aider Delphini à travailler tous les sorts qu'elle devait apprendre.
De fait, je n'avais aucun retour négatif de la part de mes collègues sur les résultats, le comportement ou la personne de Miss Black, si ce n'est les inepties de Dreamteam qui ne méritaient pas mon attention. Paradoxalement, c'est sur Albus que se concentraient les remarques, la plupart de ses professeurs jugeant son attitude en cours désinvolte. Je m'étais promis d'avoir une discussion posée avec lui sur cette question, mais naturellement je me laissai emporter par mon caractère irritable.
Je sortais du cours des premières années de Poufsouffle et Serdaigle, et plus exactement je sortais de l'infirmerie où immanquablement j'accompagnais des élèves à la fin de chaque cours avec cette promotion. Car depuis la rentrée, la maison Poufsouffle accueillait une certaine Prima Volcano qui entendait reléguer les Londubat père et fils au rang de simple amateurs en matière d'explosion de chaudrons. Ce jour-là, j'avais dû accompagner à l'infirmerie non seulement Miss Volcano mais aussi ses deux voisins qu'elle avait réussi à blesser aussi. Je m'étais donc fait houspiller par Madame Pomfresh qui n'avait rien voulu entendre quand je lui avais expliqué que j'aurais moi-même était incapable de provoquer la moindre explosion avec des ingrédients aussi inoffensifs. Je sortais donc fort irrité de l'infirmerie quand j'étais tombé sur Zephyrus Eole, le nouveau professeur de métamorphose, qui s'était plaint de l'air d'ennui avec lequel Albus suivait son cours. Je m'étais donc précipité directement jusqu'à la salle commune des serpentards :
« Monsieur Potter, venez immédiatement dans mon bureau ! »
Une fois la porte de mon bureau refermée derrière nous, je lui avais dit vertement ma façon de penser :
« Dis donc Albus, je viens de croiser le Professeur Eole qui se plaint de ton comportement en cours. Et il n'est pas le premier ! Sans compter tes devoirs qui sont loin d'être impeccables. Tu m'expliques un peu ce qui se passe ? »
Albus encaissa mes remontrances sans broncher.
« Je m'ennuie en cours. » finit-il par lâcher
« Et ça te paraît une bonne raison pour avoir un comportement aussi nonchalant ? Ou pour ne pas consacrer l'attention nécessaire à tes devoirs ? A moins que ce soit le temps que tu consacres au programme de troisième année avec Miss Black qui ne t'en laisse pas assez pour tes propres devoirs ? »
« Non, ce n'est pas ça. » murmura-t-il en détournant le regard et, malgré son self-control, je crus déceler une légère rougeur sur ses joues. Il ne manquait plus que ça !
« Et puis si tu prétends t'ennuyer cette année, j'aimerais savoir ce qui va en être l'année prochaine alors que tu auras déjà fait tout le programme de troisième année. A moins que tu n'envisages te consacrer alors au programme de quatrième année ? » enfonçai-je le clou
Sa rougeur s'accentua légèrement. Je ne rêvais pas …
« L'année prochaine, je voudrais faire des runes. » avança-t-il
Une bonne idée, ma foi, mais pas la question du jour.
« Et d'ici là, tu comptes faire quoi ? Car une chose est claire, il n'est pas question que tu continues comme ça ! »
Dans un tel cas, un gryffondor crie, tempête, se braque, alors qu'un serpentard négocie. Il négocia donc :
« Je voudrais qu'on étudie ensemble l'Occlumencie et la Legilimencie. »
« Tiens donc, je croyais que tu faisais ça très bien tout seul. » ironisai-je
« Non, je pouvais apprendre à fermer mon esprit tout seul, c'est pas compliqué. » commença-t-il
Tout le monde n'en avait pas toujours dit autant !
« Mais j'ai lu un livre qui parle de plein de raffinements que je ne peux pas tester tout seul, comme mettre en avant un souvenir vrai ou faux à la place de la barrière mentale. C'est vrai que c'est plus discret comme Occlumencie. » poursuivit-il
« Une séance par semaine et si tu n'as que des « Optimal » ou « Effort Exceptionnel » à tous tes devoirs. » proposai-je
« Deux séances. » réclama-t-il
« Deux séances et tu as également une attitude irréprochable dans tous les cours. Tu prends des notes. Tu réponds aux questions. Tout bien ! » imposai-je
« Tous les cours ? » S'inquiéta-t-il
« Oui, oui, même l'Histoire de la Magie. » affirmai-je
« Mais l'Histoire de la Magie, c'est impossible ! Vous n'imaginez pas à quel point c'est casse-pied. » protesta-t-il
« Je n'ai pas besoin de l'imaginer. Je te rappelle que le professeur Binns est un fantôme, j'ai donc eu exactement les mêmes cours que toi quand j'étais élève. » rappelai-je « Et puis, l'Histoire de la Magie, ça peut être utile. Que feras-tu si tu te poses une question dans ce domaine ? »
« Eh bien, je la poserais à Scorpius ! » affirma-t-il tranquillement
« Mais si tu veux des cours d'Occlumencie et de Legilimencie, tu vas devoir écouter en cours d'Histoire de la Magie toi aussi. C'est à prendre ou à laisser ! » affirmai-je pour clore la discussion
Un vrai serpentard sait aussi quand il a obtenu tout ce qu'il pouvait obtenir.
« C'est d'accord. » accepta-t-il
