Chapitre 12 : Cambriolages (2) : Agression
D'après ce que je reconstituais après coup, l'incident pour ne pas dire l'agression s'était déroulé en moins d'une minute. Delphini Black était repassée dans son dortoir en pleine journée pour récupérer, son livre d'enchantements qu'elle avait oublié le matin. Elle était accompagnée des deux autres filles de troisième année de Serpentard, mais celles-ci étaient restées dans la salle commune pendant que Miss Black montait dans le dortoir. C'est là que l'adolescente s'était retrouvée face à un individu en train de fouiller dans sa malle après avoir déjà renversé les affaires de ses deux compagnes de dortoir. Se voyant découvert, l'individu en question avait violemment projeté Delphini Black contre le mur d'un coup de baguette, avant de s'enfuir en bousculant au passage les deux filles qui l'attendaient en bas de l'escalier.
Comme d'habitude, l'information que quelque chose de grave s'était passé, se répandit dans l'école comme une traînée de poudre. Les premiers informés furent les premières années de Serpentard et Gryffondor quand une des deux filles de troisième année vint me chercher dans le cachot où je commençais mon cours avec eux. Ce furent ensuite les élèves des autres directeurs de maison à qui j'envoyai un patronus et qui arrivèrent devant notre salle commune en même temps que McGonagall. Les deuxièmes années de Serpentard et de Gryffondor se trouvèrent ensuite avertis, car il fallut que j'aille chercher Albus en cours de métamorphoses. Transportée à l'infirmerie et assez sérieusement blessée pour avoir été projetée contre le mur, Delphini Black n'arrivait plus à s'exprimer clairement en anglais pour dire ce qui s'était passé ou ce qu'elle ressentait, et elle réclamait Albus pour qu'il fasse la traduction.
« Cher collègue, je suis navré d'interrompre votre cours, mais j'ai besoin d'Albus Potter. » indiquai-je d'un ton un peu sec en passant la tête dans la salle de classe de Zephyrus Eole
« Bien sûr. Monsieur Potter, rangez vos affaires et allez retrouver le Professeur Rogue. » ordonna-t-il à Albus.
Un instant plus tard, celui-ci m'avait rejoint dans le couloir. N'importe qui d'autre m'aurait cru d'une humeur exécrable, lui compris instantanément que j'étais préoccupé et qu'il devait se passer quelque chose de grave.
« Qu'est-ce qui se passe ? Vous allez bien ? » s'inquiéta-t-il dès que la porte de la salle se fut refermée derrière lui
Après avoir passé ma vie, depuis la mort de Lily, avec des gens qui avaient peur de moi, j'avais maintenant quelqu'un qui avait peur pour moi. C'était un sentiment étrangement agréable, mais je n'avais pas le temps de m'y arrêter.
« Je vais bien, Albus, ce n'est pas de moi qu'il s'agit … » commençai-je
« Delphini ? » m'interrompit-il sur un ton angoissé
« Oui, il s'agit de Delphini Black. Elle est à l'infirmerie. Sa vie n'est pas en danger, ne t'inquiète pas. » expliquai-je sans ralentir le rythme de ma marche « Mais elle est choquée après avoir été agressée dans son dortoir par un inconnu. Du coup, elle a du mal à s'exprimer clairement en anglais et elle te réclame. »
En arrivant à l'infirmerie, je ne pus m'empêcher de remarquer combien Miss Black s'empressait de tendre à Albus une main que celui-ci s'empressait d'attraper. Mais j'y repenserai plus tard, un problème après l'autre.
Nous n'étions que Minerva, Albus et moi auprès du lit de Delphini Black, Madame Pomfresh ayant fermement mis à la porte Chourage, Flitwick et Lupin qui nous attendaient devant la porte de l'infirmerie pour faire le point. Il ne fallut que quelques minutes à Delphini pour raconter en Fourchelang à Albus ce dont elle se souvenait et à ce dernier pour nous faire la traduction de son récit. Malheureusement, elle n'avait pas vraiment eu le temps de voir son agresseur. Quant aux deux autres filles de Serpentard, elles avaient juste parlé d'un individu assez grand dissimulé par une capuche. Nous n'avions donc pas la moindre description sur laquelle nous appuyer pour retrouver l'agresseur.
C'est ce que McGonagall et moi rapportâmes à nos collègues qui nous attendaient devant l'infirmerie, pendant que l'adolescente répondait, par le truchement d'Albus, aux questions de Madame Pomfresh sur les douleurs qu'elle ressentait.
« Severus, pendant que vous alliez chercher Albus, j'ai pris la liberté d'interroger le portrait qui est le gardien de la salle commune des serpentards. » indiqua Lupin
« Et alors, il était saoul lui aussi ? » grommelai-je
« Non, mais il a admis qu'à l'heure où les entrées et sorties sont les plus nombreuses, il ne fait pas attention à qui rentre et qui sort à condition que ceux qui rentrent, aient le mot de passe, un mot de passe que tous les élèves crient à tue-tête dans le couloir. » raconta le loup-garou
« Mais ça n'explique pas que les élèves eux-mêmes n'aient pas repéré quelqu'un d'étranger à la Maison. » remarquai-je
« En effet, c'est très bizarre. » admit Lupin
« Il faut que nous resserrions la surveillance de toutes les Maisons. » affirma McGonagall « Je vais installer des portraits d'anciens directeurs et directrices devant les portes de toutes nos salles communes. J'ai déjà remplacé la Grosse Dame par Heliotrope Wilkins chez les gryffondors. Je vais demander àPhineas Nigellus Black de surveiller le cachot des serpentards. Pomona, Filius, je vous laisse la liberté de me proposer le nom de celui ou celle qui gardera vos Maisons respectives. »
« Mais d'après vous qui est responsable de ce cambriolage que le retour inopiné de la petite Black dans son dortoir a transformé en agression ? Un élève ? » s'inquiéta Chourave
« Je ne le crois pas un instant. » affirmai-je « Le cambrioleur a projeté Delphini Black contre le mur d'un simple revers de baguette avec un sort informulé, puisqu'elle n'a rien entendu, et sans la moindre hésitation. Nous avons affaire à un sorcier adulte. »
« Mais comment se fait-il qu'il n'ait pas été repéré dans la salle commune des serpentards ou ailleurs dans le château ? » insista Flitwick
« Je n'en sait rien, mais il faut immédiatement regrouper tous les élèves dans la Grande Salle, puis nous fouillerons le château. » ordonna McGonagall « Quant à vous, Severus, je vous demande de bien vouloir rester à l'infirmerie pour protéger Delphini Black, Albus Potter et Madame Pomfresh, tant que nous ne savons pas si l'agresseur a réellement quitté le château. »
Au sortir de deux semaines pendant lesquelles, les serpentards avaient été soupçonnés de tous les maux par les élèves des autres Maisons, je m'inquiétais du regroupement de tous les élèves dans la Grande Salle, alors que je devrais rester cloîtrer à l'infirmerie pour en assurer la sécurité. J'avais tort. Avec sa versatilité habituelle, l'opinion s'était retournée. Les serpentards étaient passés du statut de coupables évidents au statut de nouvelles victimes et les deux filles de notre Maison bousculées par l'agresseur que Madame Pomfresh avaient libérées après s'être assurée qu'elles allaient bien, étaient devenues des témoins privilégiés que tout le monde voulait interroger, bien qu'elles n'aient rien à dire.
Cependant, dans l'école réconciliée, la panique s'était installée. Les bruits les plus farfelus couraient sur l'identité de l'agresseur, un vampire, une goule, un troll, une chimère … Les poufsouffles et les serdaigles étaient tout particulièrement affolés, certains qu'après Gryffondor et Serpentard, les prochaines cibles de l'agresseur mystérieux seraient parmi les leurs.
A l'inverse, mes collègues me semblaient beaucoup trop confiants dans les précautions qu'ils avaient prises en remplaçant simplement les gardiens habituels de l'accès aux différentes Maisons par d'anciens directeurs ou directrices et en recommandant à Rusard d'ouvrir l'œil. Sans adhérer aux peurs irrationnelles des élèves, j'étais beaucoup moins tranquille, car la fouille de l'école n'avait rien donné. Cette fouille aurait d'ailleurs pu être évitée, car le maudit artefact de Lupin et des ex-maraudeurs ne révélait aucune présence étrangère dans l'école, mais McGonagall avait pensé être prudente en l'ordonnant. Pour ma part, je ne voyais pas comment la sécurité des élèves pourrait être réellement assurée tant que nous ne saurions pas comment un étranger pouvait entrer et se promener à son gré dans Poudlard sans se faire repérer, et plus encore tant que nous n'aurions pas compris pourquoi il le faisait.
….
Madame Pomfreshne ne libéra Delphini Black de l'infirmerie qu'en fin de semaine pour aller assister au match de quidditch entre Serpentard et Poufsouffle. Quand elle arriva escortée de Scorpius et d'Albus, sa présence suscita plus d'intérêt que la présentation et l'échauffement des joueurs des deux équipes. Beaucoup d'élèves vinrent à sa rencontre pour recueillir son témoignage, alors que chacun savait déjà le peu qu'elle avait à dire. Je notai avec intérêt qu'un groupe d'élèves de gryffondor de la même année de Miss Black, parmi lesquels James Potter, vint la saluer. Nous étions décidément bel et bien en pleine union sacrée de toutes les Maisons de Poudlard face à l'adversité. Tant est si bien que les supporters de Poufsouffle semblèrent à peine déçus de voir notre attrapeur se saisir du vif d'or !
