Chapitre 13 : Cambriolages (3) : Duel
A peine une dizaine de jours après l'agression de Delphini Black, en pleine nuit, le Baron Sanglant pénétra dans mes quartiers et jusque dans ma chambre sans s'être annoncé. Ne dormant que d'un œil depuis mes années de guerre, je perçus la présence du fantôme avant même qu'il ait commencé à crier :
« Professeur Rogue, une attaque dans notre Maison ! »
« Qui a été attaqué ? » criai-je en passant à la hâte une robe par-dessus mon pyjama
« Les garçons de deuxième année. Tout le monde est sain et sauf, mais Albus Potter s'est lancé à la poursuite de l'agresseur. » répondit-il
Je crus que mon sang se transformait en glace dans mes veines. La baguette à la main, je me ruai hors de mon appartement sans me soucier des cris de protestation du fantôme que je venais de traverser. Peu rancunier, le Baron me suivit.
Dans son portrait accroché sur la porte de la salle commune des serpentards, Phineas Nigellus Black appelait à l'aide en faisant de grands moulinets avec les bras. Heureusement, les fantômes étaient moins inutiles que les portraits. Nick-Quasi-Sans-Tête déboula dans le couloir de notre cachot en criant :
« Ils montent vers la Tour d'Astronomie ! J'ai prévenu le Professeur Lupin. Le Moine Gras est allé chercher notre Directrice. »
Je croisai le loup-garou dans le hall. En commençant à escalader l'escalier en courant, nous entendîmes les bruits d'un combat se déroulait plus haut dans la tour : « Stupefix », « Protego », « Expelliarmus », « Immobilis », « Protego », « Petrificus totalus », « Stupefix », « Locomotor Mortis », …. Et puis finalement « Endoloris » et un cri.
« Albus ! » m'entendis-je hurler
Quand je débouchai au dernier étage de la Tour d'Astronomie, le spectacle que je découvris ressemblait à s'y méprendre à la pire de mes peurs, à ce que deviendrait un Epouvantard face à moi : Albus gisait par terre sur le flanc la tête tournée vers le mur en pierre. Je me jetai à genoux près de lui. Lupin se laissa tomber à côté de moi après avoir vérifié que plus personne d'autre que nous ne se trouvait au sommet de la Tour.
« Ça va. Il respire. » me rassura le loup-garou
Je soulevai Albus pour le serrer dans mes bras. Il laissa échapper un gémissement en tournant la tête vers moi. Il était conscient, ce n'était donc pas trop grave. Je commençais à respirer plus librement.
« Alors, il a mal le petit serpent ! » se moqua dans notre dos la voix criarde de Peeves. « Et il a laissé le préfet s'échapper sur son balai. »
L'ectoplasme commença à nous bombarder de morceaux d'une matière inconnue et nauséabonde, mais ce n'était pas là ma préoccupation.
« Baron, faites dire à cet énergumène, ce qu'il a vu exactement ! » ordonnai-je au fantôme des serpentards qui était réputé faire peur à l'esprit frappeur.
Peeves tenta de s'enfuir, mais il fut rattrapé et maîtrisé par le Baron sanglant avec l'aide de Nick-Quasi-Sans-Tête et du Moine Gras qui arrivait en escortant McGonagall. Menacé de toutes sortes de représailles par les trois fantômes, l'ectoplasme finit par parler. Attiré par les cris, il était arrivé en plein milieu du duel entre le « petit serpent de Potter » et « Bott, l'abruti de préfet des serpentards ». Finalement, Bott avait envoyé un Doloris à Albus pour pouvoir mettre un terme au duel. Puis, il s'était enfui sur un balai qu'il avait dissimulé dans la Tour d'Astronomie, en passant par une fenêtre.
Notre Directrice pria les fantômes de nous débarrasser de Peeves. Il s'en suivit une certaine confusion, mais finalement l'esprit frappeur s'en alla en lâchant une bordée de jurons, poursuivit par les trois fantômes. Nous restâmes seuls avec Albus, McGonagall, Lupin et moi.
« Ça ne peut pas être Bott. » affirmai-je
« Etes-vous certain, Severus ? Quelque fois, on peut être surpris … » commença McGonagall
« Je suis surtout tout à fait certain qu'Albus aurait sans problème dominé Bott en duel. » l'interrompis-je en assurant ma prise autour du gamin « Mais je vous prie, Minerva, de bien vouloir descendre dans mes cachots pour vous assurer que notre préfet est bien là et que personne n'est trop blessé parmi les serpentards. Je vous rejoindrais dès que je me serai occupé d'Albus. »
« Voulez-vous que je vous aide à l'emmener à l'infirmerie ? » proposa Lupin
« Madame Pomfresh a déjà plusieurs patients et je connais bien les conséquences d'un Doloris. Je préfère donc l'emmener chez moi. » expliquai-je avant de demander « Remus, pouvez-vous prévenir Harry ? J'aimerais qu'il vienne me relayer auprès d'Albus le temps que j'aille m'occuper de mes serpents. »
McGonagall aurait clairement préféré que je conduise Albus à l'infirmerie, mais j'avais nettement plus d'expérience que Madame Pomfresh des effets de ce sortilège impardonnable pour en avoir reçu et infligé quelques-uns. Aussi préférai-je garder le gamin sous ma propre surveillance. Sans laisser à notre Directrice le temps de faire la moindre objection, je me dirigeai dans mes quartiers Albus dans les bras après avoir lancé un léger sort pour l'alléger.
« Ne parle pas, ne bouge pas. La douleur passera plus vite. » murmurai-je en sentant qu'il commençait à s'agiter. Il se figea.
En arrivant dans mon appartement, je m'installai directement dans le canapé avec lui pour ne pas le lâcher, puis je fis venir à moi une fiole de potion de sommeil.
« Il faut que tu avales ça pour pouvoir dormir. » murmurai-je en approchant le goulot de ses lèvres « C'est la meilleure façon de supporter un Doloris, ça ira mieux quand tu te réveilleras. »
Albus réussit à boire la potion jusqu'à la dernière goutte en dépit de la douleur que trahissait les spasmes qui l'agitaient et la sueur qui perlait sur son front. Il n'y avait plus qu'à attendre. Peut-être parce que je ne pouvais rien faire de plus pour l'aider dans l'immédiat, je fus brusquement submergé par un sentiment de peur animale, une peur que je repoussais depuis que le Baron était venu me chercher. J'aurais pu le perdre, si celui qui lui avait infligé ce Doloris avait lancé à la place un Avada Kedavra, et cette idée m'était parfaitement intolérable. J'avais trop perdu puis renoncé à trop dans ma vie. S'il lui était arrivé à quelque chose, je n'y aurais pas survécu. Mais avant de succomber, je me serais sauvagement vengé. Après la peur, j'étais submergé par l'envie de tuer le sorcier qui avait osé utiliser contre lui un sortilège impardonnable. Noyé dans ces pensées, j'utilisais ce qu'il me restait de raison pour verrouiller mon esprit afin que le gamin ne perçoive rien des sentiments qui m'agitaient. Heureusement, la potion faisait son effet et il s'était endormi dans mes bras quand Harry sortit de la cheminée.
Après avoir rassuré mon fils sur l'état du sien, je l'aidai à le coucher dans la petite chambre. Harry ne posa aucune question sur ce qui venait de se passer, sans doute Lupin lui avait-il déjà raconté le peu que nous savions des évènements de la nuit.
« Il pourrait s'agiter dans son sommeil. Dans ce cas, il faudrait lui parler jusqu'à ce qu'il se calme, tout mouvement ne fera qu'accroître la douleur. Il est aussi possible qu'il ait de la fièvre, je vous laisse ce flacon de potion au cas où. S'il se passe autre chose, surtout envoyez-moi un patronus. Je reviendrais immédiatement. » recommandais-je à Harry, bien que je me sente parfaitement ridicule de trahir ainsi mon inquiétude
Ce que la réponse d'Harry me confirma d'ailleurs.
« Et si quelqu'un venait jusqu'ici pour s'en prendre à lui, je le tue, c'est ça ? » ironisa-t-il
« J'y compte bien ! » affirmai-je avec le plus grand sérieux avant de quitter mon appartement
