Chapitre 17 : Rapprochement inattendu
Dimanche matin, quand les élèves eurent le droit de sortir enfin de leur Maison, l'atmosphère était à la suspicion généralisée. Tout le monde avait entendu parlé du Polynectar et de ses propriétés et du coup, chacun soupçonnait tous les autres de ne pas être qui ils prétendaient être. Les élèves ne se déplaçaient plus que seuls ou par deux au maximum et regardaient tous les autres avec méfiance, y compris dans leur propre Maison. Et chaque fois que quelqu'un portait à sa bouche un gobelet ou une tasse, tous ses voisins le fixaient avec suspicion. Je n'y voyais qu'un avantage, c'était au moins une potion que tous ces ignares n'oublieraient plus …
Cet éparpillement des élèves ne rendit que plus visible à mes yeux un rapprochement totalement inattendu. Je descendais du bureau de McGonagall quand j'aperçus dans le Grand Hall Rose Granger-Weasley remorquant littéralement derrière elle Teddy Lupin et Victoire Weasley venir à la rencontre de Scorpius Malefoy qui remontait des cachots en compagnie d'Albus et de Delphini Black. Je restais quelques instants dans l'ombre pour observer la suite. C'est ainsi que je vis les six adolescents se regrouper et commencer à discuter. Quand ils durent se séparer pour s'installer à leur table respective dans la Grande Salle, je sortis du coin où je m'étais dissimulé pour réfléchir à la scène à laquelle je venais d'assister.
Mes questions sans réponses ne firent que se renforcer l'après-midi même quand je tombais sur les six mêmes à la bibliothèque enfoncés dans une discussion. Je m'étonnais de l'absence de réaction de Madame Pince toujours prompte à s'en prendre aux élèves qui faisaient trop de bruit en parlant. En m'approchant d'eux, je compris la raison de la passivité de notre bibliothécaire : elle ne les entendait pas. Ils avaient, enfin Albus avait, lancé un Assurdio pour qu'ils puissent échanger tranquillement. Je ne le lui avais pas enseigné, mais il m'avait vu le lancer à plusieurs reprises et cela lui avait suffi. Il fallait définitivement que je me méfie, cet enfant absorbait la magie comme une éponge absorbe l'eau.
Même si je ne pouvais rien entendre aux propos qu'échangeaient le petit groupe, je fus immédiatement convaincu qu'il se passait quelque chose d'important entre ces six-là. Cette impression ne fit que se renforcer les jours suivants. En descendant les escaliers, j'aperçus à plusieurs reprises en contrebas dans le Grand Hall un cercle formé par six têtes parfaitement reconnaissables, à côté des cheveux bleus de Delphini Black, les longs cheveux lisses que Victoire Weasley avait hérité de ses ancêtres Vélane, les cheveux mal peignés de Rose Granger-Weasley semblable à ceux de sa mère, les cheveux blonds pales des Malefoy sur la tête de Scorpius, les cheveux hirsutes que Teddy Lupin tenait de son loup-garou de père et mes cheveux noirs aile-de-corbeau sur la tête d'Albus.
Je n'étais pas le seul à m'être aperçu de ce rapprochement et à m'interroger sur sa raison. Lupin se demandait également ce qui se passait, au point qu'il finit par venir me questionner :
« Ça fait plusieurs fois que je tombe sur Teddy, Rose Granger-Weasley et Victoire Weasley en compagnie de trois de vos serpents, Albus Potter, Scorpius Malefoy et Delphini Black. J'avoue être assez surpris. Je sais bien qu'Albus, Rose et Victoire sont cousins, mais je n'avais jamais perçu de grande proximité entre eux. Savez-vous ce qui les réunit ? »
Je me contentai de faire non de la tête. Si je n'avais rien pu lui apprendre, sa question m'avait en revanche appris une chose, son fils Teddy ne lui en parlait pas plus qu'Albus ne m'en parlait. Pourtant, c'était forcément en lien avec les évènements récents et donc susceptibles de les mettre en danger, je décidai de renforcer encore ma propre surveillance.
C'est ainsi que je trouvai l'occasion de me faire du souci lors du match de quidditch opposant Poufsouffle à Serdaigle. En dépit de la suspicion ambiante, l'habitude l'avait emportée et toute l'école se pressait dans les tribunes. Teddy Lupin et Rose Granger-Weasley, bien que gryffondors, avaient rejoint Victoire Weasley dans la tribune des serdaigle. Je les vis adresser des signes à Scorpius Malefoy et Delphini Black situés à quelques encablures de moi dans la tribune des serpentards. D'Albus, pas de trace ! Le sale gosse, où était-il encore passé ? J'avais du mal à me retenir d'aller le demander directement à Scorpius Malefoy. J'étais sur le point de céder à mon inquiétude quand, au milieu du match, Albus apparut enfin. Après qu'Albus ait échangé quelques instants avec Delphini et Scorpius, j'aperçus ce dernier faire un signe à Rose Granger-Weasley qui me sembla signifier que « c'était bon » en levant le pouce. Mais qu'est-ce qui était bon ?
Le lendemain de ce match qui avait vu la victoire de Poufsouffle, je faisais un tour dans l'école au petit matin. J'étais persuadé que tout le monde dormait encore à Poudlard, quand j'aperçus les six complices qui remontaient ensemble des cachots. Une chose était sûre, l'affaire devait être d'importance, car, contrairement aux serpentards, les élèves des autres Maisons évitaient les cachots autant que possible. Seule une raison impérative avait pu pousser deux gryffondors et une serdaigle à s'y enfoncer.
Cette fois-ci, j'étais beaucoup trop préoccupé pour continuer à me taire. Je profitai qu'Albus vienne me rejoindre dans mon bureau pour un de nos cours habituels pour l'interroger :
« Ecoute Albus, j'ai observé que tu t'étais rapproché ces derniers temps de tes deux cousines et de Teddy Lupin. Ne crois pas du tout que ça me gêne, bien au contraire. Je suis content que le fait d'être à Serpentard ne te coupe pas de ta famille. Mais j'ai l'impression qu'il y a plus que ça derrière ce rapprochement, que c'est en lien avec les évènements de ces dernières semaines … »
En bon serpentard, je prêchais le faux pour savoir le vrai, pas tant avec l'espoir qu'Albus s'y laisse prendre qu'avec l'idée qu'il suffirait peut-être que je lui donne une occasion de me parler pour qu'il se décide. Il me considéra un instant sans rien répondre.
« Je ne peux pas vous en parler, parce que le secret ne m'appartient pas. » murmura-t-il finalement
Je ne m'étais pas trompé. Leur tout nouveau rapprochement était bien en lien avec les incidents qui s'étaient déroulés ces dernières semaines, ce qui n'était pas vraiment fait pour me rassurer.
« Tu sais, Albus, que si je voulais absolument savoir, il me suffirait de pointer ma baguette vers n'importe lequel de tes camarades et avec un peu de Legilimencie, je saurais de quoi il retourne. Contrairement à toi, ils ne pourraient pas me contrer. D'autant moins d'ailleurs qu'ils ne s'apercevraient probablement même pas de mon intrusion. » affirmai-je
« Vous n'allez pas faire ça ? » s'alarma-t-il
« Non, je ne vais pas le faire, mais à condition que toi tu me promettes de me prévenir immédiatement s'il se passe quelque chose qui pourrait vous mettre en danger. » répliquai-je en le fixant
Il promit.
