Chapitre 18 : Cadeaux de Noël
C'est avec une réelle satisfaction que je vis arriver la fin de ce trimestre compliqué. Tous ces incidents dont le ou les auteurs n'avaient toujours pas été identifiés et la suspicion ambiante qui en résultait, avaient tout de même un résultat très positif : aucun élève ne restait cette année à Poudlard pour Noël. J'étais donc libre de mes mouvements.
Comme l'an dernier, nous étions invités Albus et moi au manoir Malefoy pour Noël. C'est d'ailleurs chez Scorpius qu'Albus passerait officiellement toutes ses vacances, pendant que son frère James irait chez son meilleur ami, un gryffondor de la même année que lui. En effet, Harry et Ginny avaient prévu de partir à Paris avec leur fille Lilly en compagnie d' Arthur et Molly chez des cousins français des Weasley. Dans la réalité, Albus et moi avions également prévu de passer plusieurs jours avant et après Noël dans notre propre manoir où l'elfe Tinny nous attendait avec impatience.
Dès le départ des élèves qui prenaient le Poudlard express, je transplanai avec Albus pour le manoir des Prince. Le lendemain, il fût question d'aller sur le Chemin de Traverse pour faire quelques achats. Albus ne se fit pas trop prier pour accepter quelques subsides de ma part pour compléter la somme qu'il avait réussi à économiser sur son argent de poche pour faire ses cadeaux. En revanche, les conditions de notre visite à Londres firent débat, quand je lui expliquai que nous allions y aller en même temps plus qu'ensemble, car je ne voyais pas quel prétexte inventer cette fois-ci pour l'accompagner sur le Chemin de Traverse, il se braqua immédiatement.
« Je ne vois pas ce qu'il y a de bizarre ou de choquant à ce que j'aille faire les courses de Noël avec mon grand-père ! » répliqua-t-il d'un air buté
« Je te rappelle quand même, Albus, que ton grand-père ne l'est officiellement pas. » dis-je avant de poursuivre sur un ton plus léger « Imagine ce que ça donnerait à l'école, si ça se savait. Imagine toutes les récriminations que tu aurais à supporter de la part de tous ceux qui estiment avoir à se plaindre de moi ! »
Mais Albus n'était pas d'humeur à se laisser influencer.
« Ça ne me dérangerait pas du tout et j'attends la première remarque avec impatience ! » s'écria-t-il crânement
J'étais bêtement ému qu'il soit prêt à m'assumer devant tout le monde. Il faut dire aussi qu'Albus était de ces élèves que les autres préfèrent laisser tranquilles. Depuis plus d'un an que je l'observais, j'avais constaté qu'un coup d'œil vert glacial lui suffisait généralement à décourager les plus téméraires de s'en prendre à lui. Cependant, il fallait tenir compte de son frère James qui aurait sans doute l'impression que le ciel lui tombait sur le tête en apprenant que le professeur qu'il exécrait entre tous, était son grand-père. En outre, le populaire James ne disposait pas des armes d'Albus pour se défendre contre les importuns. J'en fis la remarque à Albus qui l'accueillit dans un silence réprobateur. Fichu caractère, songeai-je en me retenant de sourire.
Cependant, même si c'était clairement prématuré, je ne pouvais nier que la question de la révélation de notre lien familial se poserait tôt ou tard. Et plutôt tôt que tard. Trop de gens étaient désormais au courant pour que le secret le reste indéfiniment. Sans compter qu'Albus me ressemblait de plus en plus. Quand Lucius me l'avait prédit je l'avais pris pour une plaisanterie, mais, en fait, il avait raison. Pas trop sur les traits, mais sur tout le reste, sa silhouette, son comportement, son satané caractère, sans compter cette manie de s'habiller toujours en noir, il y avait bien trop de moi dans cet enfant pour espérer le cacher durablement. A part qu'aucune révélation n'était envisageable, tant que je n'aurais pas réussi à normaliser mes relations avec Harry. Même si je ne l'aurais jamais admis, Lupin n'avait peut-être pas complètement tort en disant que je ne faisais pas assez d'efforts pour y parvenir.
...
Après avoir débarqué au même moment à défaut d'ensemble par la cheminée du Chaudron Baveur, nous entreprîmes des courses parallèles sur le Chemin de Traverse. Pendant qu'Albus allait à la librairie de Fleury et Bott, je partis à la recherche de livres et d'objets anciens. Ayant terminé mes propres achats, je repérai le gamin dans la Ménagerie Magique. La semaine de Noël, la boutique était pleine de parents venus chercher un cadeau pour leur progéniture. Les rayons des chats et des crapauds étaient particulièrement bondés. Je pris comme prétexte le remède dont j'avais besoin pour Tisseur, mon vieux hibou, pour rentrer à mon tour. Albus était presque tout seul dans le tout petit rayon des reptiles, un tout petit rayon car la mode des serpents n'était toujours pas revenue ! Le gamin était penché au-dessus d'un vivarium et semblait discuter discrètement avec les occupants. Comme Fourchelang, il pouvait probablement communiquer avec d'autres reptiles que les serpents.
Finalement, il arriva à la caisse avec un petit animal noir et jaune dans les mains.
« Une salamandre de feu. Très bon choix, jeune homme ! C'est un animal injustement méconnu » commenta le vendeur d'un ton obséquieux
Je n'en revenais pas qu'Albus qui ne jurait que par les serpents se soit soudain décidé à s'acheter une salamandre. Surtout qu'il n'y avait jamais fait allusion. Sinon, j'aurais volontiers envisagé de la lui offrir. Quoi que le cadeau que je venais d'acheter pour lui soit plus directement utile. Pour l'avoir vu manipuler sans précaution un médaillon et une chaîne que lui avait offerts Lucius Malefoy pour son anniversaire, sans m'avoir laissé le temps de vérifier qu'il ne s'agissait pas d'un objet de magie noire, J'avais décidé de lui offrir pour Noël un « sac à malices » qui lui permettrait de faire lui-même de type de vérification en plaçant l'objet à l'intérieur. Ce serait aussi l'occasion de lui rappeler de prendre plus attention à l'avenir.
Le sorcier-vendeur attrapa derrière lui une boîte et attendit vainement qu'Albus lui donne la salamandre. Il finit par lui tendre la boîte où le gamin plaça lui-même son acquisition. Le vendeur tapota de sa baguette la boîte pour y allumer un feu magique qui expliqua-t-il à Albus éviterait que la salamandre prenne froid pendant le transport.
« Chez vous, vous pourrez la laisser se promener dans la cheminée quand le feu sera allumé. Ce sera parfait pour elle » Expliqua-t-il au gamin avant d'ajouter après avoir évalué son âge d'un coup d'œil « Et quand vous la transporterez, demandez à vos parents d'allumer un feu magique dans la boîte comme je viens de le faire. »
Albus ne lui objecta pas que dans un endroit où il aurait la possibilité de pratiquer la magie malgré son jeune âge, il s'en chargerait très bien lui-même. Il se contenta de payer et de s'en aller. Je réglai le remède pour Tisseur et sortit sur ses talons. Nous marchions chacun d'un côté de la rue en faisant mine de ne pas nous voir, puis je pris un air ennuyé quand il fallut que j'attende au Chaudron Baveur qu'il emprunte la cheminée avant moi. En fait, je lançais un discret Assurdio pour que personne ne puisse entendre sa destination après qu'il ait jeté la Poudre de Cheminette. J'arrivai juste dernière lui dans le hall de notre manoir.
Sans attendre, je l'interrogeai sur son acquisition.
« La salamandre n'est pas pour moi. » expliqua-t-il d'un ton un peu embarrassé « C'est un cadeau de Noël pour Delphini. »
« Quelle est la personne à laquelle vous destinez cet animal, Albus ? » demanda depuis son tableau du salon la voix de mon grand-père, l'inénarrable Ferrucius Prince
Par Merlin, qu'est-ce qui m'avait pris d'interroger le petit à proximité de ce vieux crétin toujours à l'affut du moindre commérage ! Albus qui n'avait pas encore appris à l'ignorer, passa dans le salon pour lui répondre. Je le suivis non sans une certaine appréhension.
« A mon amie Delphini, » répondit le gamin en rougissant légèrement « comme elle est Fourchelang elle aussi, elle sera contente d'avoir un animal avec lequel elle puisse parler. »
« Delphini comment ? » reprit mon grand-père dont l'œil peint s'était allumé
« Delphini Black. » répondit Albus
« Delphini Black ? Delphini Black ? Mais de qui donc est-elle la fille ? » interrogea cet éternel fouinard
« De Bellatrix Black. » le renseigna le gamin
« Bellatrix Black ? La fille de Druella et Cygnus Black ? La femme de Rodolphus Lestrange ? » reprit mon grand-père qui n'avait rien trouver de plus intéressant à faire dans la vie que d'apprendre par cœur la généalogie de tous les sorciers « Mais qui donc est le père de Delphini pour qu'elle porte le nom des Black ? »
« Personne n'en sait rien. » dit simplement Albus d'un ton indifférent
« Quoi ? Mais c'est un scandale ! » s'étrangla cette vieille baderne
Pour mettre un terme à un échange qui menaçait de s'envenimer, j'envoyai le gamin ranger ses achats dans sa chambre avant de me rejoindre dans la bibliothèque pour prendre le thé. Une fois Albus parti, je contre-attaquai :
« Mais qu'est-ce que vous cherchez à la fin ? A vous mettre à dos l'héritier de votre Maison ? A ce qu'il abandonne l'idée de porter un jour votre nom ? Vous voulez donc renoncer à avoir une nouvelle génération de sorciers portant le nom des Prince dans ce manoir, à avoir une nouvelle génération de Prince à Poudlard pour la cérémonie de la Répartition ? Eh bien, continuez comme ça et vous allez y arriver ! »
Je n'avais pas parlé au hasard, car je connaissais bien mon public. J'avais à peine terminé ma phrase que mon arrière-grand-père qui n'avait pas perdu une miette de ces échanges, apparut dans le paysage champêtre accroché sur le mur opposé pour prendre part à la discussion :
« Renoncer à une nouvelle génération de Prince à la cérémonie de la Répartition, mais sûrement pas ! Vous allez arrêter de nous barber, Ferrucius, avec vos discours ringards. Je suis sûr que cette Delphini Black est une jeune fille tout à fait charmante. »
« Mais enfin, une fille qui n'a pas de père, vous n'y songez pas ! » s'offusqua le Ferrucius en question
« Père a raison. Vous êtes un enquiquineur, Ferrucius, comme vous l'avez toujours été. » s'écria Fraxinus Prince, frère du précédent, en apparaissant au milieu d'un tableau représentant une forêt
« Et vous, vous n'êtes qu'un lamentable pantin comme toujours, Fraxinus ! » s'époumona Ferrucius Prince « Un lamentable pantin prêt à accepter n'importe quoi, même que notre héritier fréquente une fille sans père, tant que ça ne vous complique pas trop la vie. »
« Mais elle a forcément un père et même un père sorcier, puisqu'elle est Fourchelang ce qui n'est jamais le cas chez les Black ! Alors arrêtez de nous bassiner avec vos propos ineptes, Ferrucius. » intervint Spiritus Prince, le dernier Fourchelang de notre Maison avant Harry et Albus, en apparaissant à son tour dans l'un des tableaux du salon
Le serpent qu'il portait sur les épaules considérait mon grand-père d'un œil mauvais. Celui-ci ne se laissa pas impressionner pour autant :
« Avec la réputation de débauché que vous gardez plus de deux siècles après votre mort, Spiritus, je ne suis pas surpris que cette situation ne vous dérange pas ! »
« Mieux vaut avoir la réputation d'un débauché que d'un abruti coincé ! » rétorquait Spiritus Prince pendant que je refermais la porte du salon.
En remontant pour aller déposer les cadeaux que j'avais achetés dans ma chambre, je croisais dans l'escalier les regards curieux de tous les portraits qui entendaient les éclats de voix.
« C'est dans le salon que ça se passe. » leur indiquai-je
Un instant après, ils avaient tous déserté leur cadre. Le temps qu'ils s'engueulent tous, puis qu'ils se fassent la tête, nous devrions être tranquilles Albus et moi pendant la totalité des vacances. A condition d'éviter le salon, bien entendu.
N'empêche que j'étais moi aussi perturbé par l'intérêt que manifestait Albus à l'égard de Delphini Black. Non pas parce que personne n'était son père, mais au contraire parce que quelqu'un l'était très probablement …
