Chapitre 3 :
Rencontres rassurantes
Une fois dehors, Nathaniel se retourna pour refermer la porte, tremblant terriblement. Il eut beaucoup de mal à trouver la serrure mais il y parvint finalement. Il se retourna ensuite serrant fortement sa canne. Il faisait plutôt froid et humide mais il savait que le temps ici devait être semblable à celui de l'Écosse en encore plus froid et plus humide mais il y était habitué. Seulement, il s'était déjà senti frigorifié à l'intérieur, dehors, s'était encore pire. Le vent sécha rapidement la sueur sur son front et il remonta la fermeture de son manteau jusqu'en haut. Mais étrangement, il se sentait paralysé et il n'arrivait pas à se décider à avancer. Ça le terrifiait terriblement : jamais il n'arriverait à aller jusque là bas sans rien voir! Il resta tétanisé là un long moment sans savoir quoi faire avec la terrible envie de rentrer et de se cacher sous une couette pour ne plus bouger.
Ce ne fut qu'un long moment plus tard qui parvint à se reprendre un minimum après une rude bataille intérieure contre sa peur. Il avait toujours tout affronté vaillamment jusque là, il pouvait encore le faire aujourd'hui même si ça lui paraissait pire que d'affronter Voldemort et les mangemorts. Et puis il savait qu'il avait besoin de ces soins. Il fit un pas hésitant et sa canne raclant le sol tomba soudain plus bas, lui indiquant une marche. Il la descendit prudemment pour ne pas en trouver d'autres. Il tourna ensuite à gauche, suivant son plan pour se diriger. Heureusement, la route n'était pas trop complexe. Les premiers pas furent très hésitants alors qu'il vérifiait maladroitement de sa canne qu'il n'y avait pas d'obstacles. Et finalement, ce n'était pas aussi terrible qu'il l'avait imaginé. C'était terrifiant et très déstabilisant mais pas insurmontable. Rapidement, il parvint à trouver le bord du trottoir, sentant sa canne tomber plus bas lorsqu'elle y arrivait. Il balayait devant lui de droite à gauche sur environ un mètre comme il avait vu certains aveugles le faire.
Il sursauta vivement lorsque sa canne cogna un premier obstacle alors qu'il ne s'y attendait pas. Arrivant à sa hauteur, il chercha ce dont il s'agissait et toucha un poteau de bois placé à sa droite près de la route. Il poursuivit ensuite son chemin lentement, prenant son temps. À chaque moment, il avait peur de percuter quelque chose. Il sursauta en entendant une voiture passer près de lui, pris d'une angoisse irraisonnée. Il se calma en se disant qu'il avait veillé à bien rester sur le trottoir et assez éloigné du bord, il n'y avait aucune raison pour que les automobilistes le percutent. Mais ça le terrorisait de ne pas pouvoir s'assurer par ses yeux qu'il n'y avait rien de dangereux près de lui, qu'il allait dans la bonne direction... C'était horrible. Mais il continua et commença à s'intéresser aux bruits qui l'entouraient, chaque son semblant soudain étrange et dangereux. Pourtant, il n'y avait rien de bizarre, lorsqu'il regardait les choses calmement. Le bruit du vent, des voitures, de lointaines discussions de passant, des portes que l'on ouvre, que l'on ferme,... des bruits ordinaires d'une ville en début d'après midi. Mais ils devaient étrangement inquiétant sans le secours de ses yeux et il sentit sa peur s'amplifier et la panique se rapprocher.
Il fit une petite centaine de mètres dans une angoisse grandissante même si rien d'étrange ne lui arrivait. Il se sentait mal et son corps le torturait de nouveau, protestant contre l'effort. Mais comme il en avait l'habitude depuis des années, il continuait à se tenir droit et à ne pas traîner les pieds, ne laissant rien transparaître. C'était automatique et il ne s'en rendait même plus compte. Mais il avait si mal, il avait de la difficulté à se concentrer. Il sursauta en entendant quelqu'un parler un peu fort et semblant s'approcher de lui. Il s'immobilisa pour écouter :
- Jeune homme ! appelait la voix.
Il se demanda si c'était lui qu'on appelait, mais c'était difficile de savoir sans voir la personne. Il identifia un homme mais il ne put en dire plus. Il se tendit en entendant quelqu'un s'approcher d'un pas vif.
- Bonjour, salua gentiment l'inconnu.
Il devait être juste à côté de lui, le stressant beaucoup alors qu'il s'était tendu comme un arc. Si c'était bien à lui qu'il parlait, que pouvait-il bien lui vouloir ? S'il l'attaquait, comment allait-il se défendre ? Inquiet, il décida de répondre :
- Bonjour, salua-t-il d'une voix un peu faible.
- Vous êtes le nouveau locataire de la petite maison en bas de la rue ? demanda l'homme. J'ai entendu que vous étiez arrivé hier soir par le propriétaire.
- Oui, c'est moi, confirma-t-il.
Il se rassura un peu face au ton plutôt sympathique de l'étranger, restant toutefois sur ses gardes en sachant que ça ne voulait rien dire.
- Je comptais passer vous saluer dans l'après midi, annonça-t-il en intriguant l'adolescent qui se demanda le pourquoi d'une telle chose, mais quand je vous ai vu, je me suis dit que ça devait être vous. Un nouveau visage est rare par ici et je connais tout le monde, expliqua-t-il. Je suis le shérif Swan, se présenta-t-il avec sympathie.
Comprenant un peu pourquoi l'homme venait se présenter maintenant qu'il savait quelle était sa fonction, il tendit sa main droite par réflexe pour le saluer :
- Nathaniel Douglas, se présenta-t-il, enchanté.
Voyant les bandages de sa main et n'ayant pas raté ceux de son visage, le shérif serra doucement ses doigts. Il était un peu surpris. Il était rare qu'il y ait de nouveaux venus ici et il s'était demandé qui avait bien pu vouloir de cette toute petite maison. Le propriétaire lui avait annoncé hier qu'il avait trouvé un locataire qui arriverait dans la soirée. Une personne seule. Il ne s'était pas attendu à un adolescent, aveugle très visiblement. Il semblait vraiment jeune pour vivre seul dans un coin perdu comme Forks. Il s'était dit qu'il allait aller se présenter dans la journée mais il avait très vite deviné que ça devait être lui en le voyant. Il n'y avait personne d'aveugle à Forks alors c'était presque forcément lui. Il avait décidé d'aller se présenter.
- Enchanté moi aussi, dit-il en relâchant ses doigts.
Le jeune homme était un peu pâle et il semblait très tendu. Il devait être anxieux de se retrouver dans une ville qu'il ne connaissait pas. Et il comprenait, ça ne devait pas être facile pour une personne dans son état. Il décida rapidement de lui proposer un peu d'aide.
- Puis-je vous demander où vous allez ? questionna-t-il poliment.
- À l'hôpital, répondit l'adolescent, mais je ne suis pas sûr d'être sur la bonne route, avoua-t-il alors qu'une légère anxiété transparaissait dans sa voix.
- Vous êtes sur la bonne route, confirma le shérif en le faisant soupirer de soulagement.
- Merci, répondit l'adolescent. J'ai un plan théorique de la ville en tête mais il va me falloir un peu de pratique pour être sûr de mon chemin, dit-il.
- Si vous voulez, je peux faire la route avec vous pour vous rassurer, proposa l'homme. Comme ça, vous êtes sûr de ne pas vous tromper et vous aurez fait le chemin tranquillement au moins une fois.
Le premier réflexe de Nathaniel fut de dire non, de refuser comme il l'avait toujours fait. Par le passé, c'était toujours avec des intentions cachées qu'on lui avait proposé de l'aide alors il se méfiait. Mais il n'y avait aucune raison pour que cet homme le fasse. Et puis c'était son boulot de veiller sur les habitants de la ville, ce n'était pas étrange qu'il lui propose son aide, surtout que son handicap était évident comme le fait qu'il n'était pas familier de la ville. Et puis, d'après le plan, il avait quelque rues traverser sur le chemin et il n'y voyait rien, il n'était pas très motivé pour le faire seul, incapable de voir si un automobiliste arrivait ou non. Sans compter qu'il serait rassuré d'être guidé par quelqu'un qui connaissait la ville. Ainsi, il ne se perdrait pas et arriverait à bon port sans se perdre. Restait à savoir si l'homme était digne de confiance. Prudent, il demanda :
- Pouvez vous me montrer votre plaque ? demanda-t-il en passant sa canne dans sa main bandée et en tendant sa main gauche.
- Bien sûr, répondit-il spontanément sans s'offusquer.
Rapidement, Nathaniel eut un objet dans la main et il le scanna de ses doigts, y retrouvant ce que devait être l'insigne du shérif. L'homme lui avait donné immédiatement sans s'offusquer et sans hésitation, c'était bon signe. Rassuré, il lui tendit de nouveau :
- Merci, dit-il. Excusez moi, je suis plutôt quelqu'un de prudent, expliqua-t-il.
- C'est normal, répondit le shérif avec sympathie. Alors, voulez vous que je vous accompagne ? J'ai tout mon temps.
- J'avoue que ça me rassurerait un peu, je crains de me perdre, avoua-t-il.
- Allons-y alors, proposa le shérif. Posez votre main sur mon bras, dit-il, je vais vous guider.
- Merci, répondit l'adolescent un peu soulagé d'avoir quelqu'un pour l'aider.
L'homme lui faisait bonne impression, il avait l'air sympathique mais il resta tout de même sur ses gardes, prudent. Il reprit sa canne dans sa main gauche et posa la droite sur le bras que lui tendait le shérif, le cherchant quelques secondes avant de le trouver. Ils se mirent en route doucement, le shérif le guidant en avançant lentement, observant un instant le jeune homme continuant à scanner le sol de sa canne.
- Vous avez eu un accident ? demanda-t-il finalement en avisant les pansements et en se demandant pourquoi il allait à l'hôpital.
- Un accident de voiture, répondit le jeune homme, juste avant de venir. Et comme je suis aveugle, j'ai besoin d'un peu d'aide pour les soins, expliqua-t-il platement.
- Notre hôpital est petit mais nous avons de bons médecins, expliqua le shérif. Le docteur Cullen est particulièrement doué dans son domaine et c'est un homme gentil, dit-il.
Ils firent la route tranquillement, le shérif parlant un peu de la ville à l'adolescent et lui décrivant les endroits qu'ils croisaient. Et Nathaniel se sentit moins paniqué avec cette aide. L'homme lui expliqua que tout le monde se connaissait dans la petite ville et que tout le monde s'entraidait. C'était une optique plutôt tentante. Il lui dit qu'il n'avait qu'à demander s'il avait besoin de quelque chose. C'était un peu rassurant de croiser quelqu'un de gentil ainsi, il n'y avait pas eu droit depuis longtemps et cela l'apaisa un peu. Il se concentra sur son guide pour oublier la douleur de son corps. Il prit soin de faire attention au chemin, se rendant compte que ça suivait parfaitement son plan. Il serait moins difficile de faire le chemin demain.
- Là, on y est, annonça l'homme. Je vous accompagne jusqu'à l'accueil, annonça-t-il.
Ils avancèrent de quelques pas encore et Nathaniel entendit un bruit comme une porte automatique qui s'ouvrait. Une bouffée de chaleur lui parvint et la sensation du sol sous ses pieds changea un peu. Il comprit alors qu'ils venaient d'entrer. Ils avancèrent tout droit de sept pas avant de stopper, Nathaniel sentant sa canne buter contre quelque chose, le comptoir de la réception probablement.
- Bonjour shérif Swan, fit une voix féminine devant eux.
- Bonjour, salua l'homme. Voilà vous êtes à destination, dit-il alors que l'adolescent comprenait qu'il s'adressait de nouveau à lui.
- Merci shérif, remercia-t-il soulagé que son premier trajet se soit admirablement bien passé malgré les conditions.
Il avait eu de la chance que le shérif vienne l'aider. Et il était heureux d'avoir rencontré une personne avenante pour l'assister. Il l'admettait sans problème, il avait besoin d'aide. Seulement, il ne savait pas la demander. Il n'y avait jamais eu droit auparavant, il avait toujours été seul. Il s'était toujours débrouillé seul. Il ne savait pas comment il pouvait savoir s'il pouvait avoir confiance en d'autres personnes, il s'était toujours trompé à ce sujet dans le passé. Il avait toujours dû se méfier de tout le monde, être sur ses gardes, ne pas faire confiance. Alors c'était difficile de demander de l'aide et même de l'accepter. Ça le terrorisait. Et s'il était encore trahis ? Mais il n'y avait aucune raison. Dans cette ville personne ne savait qui il était vraiment et il ne représentait aucun intérêt pour personne, bien au contraire. Il n'y avait aucune raison pour qu'on se serve de lui. Et puis il était forcé d'accepter un peu d'aide, ne serait-ce que pour les soins par exemple. Il était complètement perdu et il décida de prendre les choses une à une comme elles venaient. Il n'avait pas la force de réfléchir plus loin de toute manière. Il verrait bien au fur et à mesure.
- De rien, répondit le shérif, c'est normal.
Il appréciait déjà l'adolescent. Et il avait l'air tellement fragile que ça donnait envie de l'aider.
- Vous avez un téléphone, je pourrais y mettre mon numéro, proposa-t-il. Comme ça vous pourrez appeler en cas de besoin.
- J'ai déjà celui de votre bureau, répondit l'adolescent.
- Très bien, mais je peux vous donner mon portable au cas où.
- Vous pouvez l'y mettre s'il vous plaît ? demanda-t-il en lui tendant son téléphone.
Il pourrait en avoir besoin s'il avait un sérieux problème et il en était parfaitement conscient, aussi, il accepta. L'homme enregistra rapidement son numéro sous le nom de « Shérif Swan » avant de lui rendre l'appareil qu'il rangea.
- Merci, dit le jeune homme.
- N'hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit, répondit le shérif, je suis là pour ça.
- Je ne l'oublierais pas shérif Swan, encore merci.
- De rien. Vous pourrez demander au docteur Cullen de s'occuper de lui s'il vous plaît, dit-il alors que Nathaniel comprenait qu'il devait s'adresser à la réceptionniste.
- Je le ferais shérif, répondit gentiment la femme.
- Très bien, il vient d'emménager ici, informa-t-il. Je vous laisse alors. Au revoir et à bientôt monsieur Douglas, n'hésitez pas à appeler surtout, rappela-t-il en s'éloignant. Et bienvenu à Forks, lança-t-il.
Nathaniel avait tourné la tête vers la sortie, l'écoutant s'éloigner jusqu'à ne plus le percevoir.
- Monsieur Douglas ? interpella doucement la réceptionniste après un moment de silence.
- Oh oui, excusez moi, dit-il en retournant son attention vers elle.
Il la salua et expliqua pourquoi il était là. Il lui donna son dossier médical et elle s'éloigna un moment pour en faire une copie. Elle lui rendit lorsqu'elle revint un moment plus tard et elle remplit les différents papiers pour lui alors qu'il répondait à ses questions. Et finalement, ils en eurent terminé. La réceptionniste ne manqua pas de remarquer que le jeune aveugle était très pâle, ses joues légèrement rougies alors que la sueur perlait sur son front. Elle avait remarqué dans son dossier que son accident remontait à peine deux jours et la liste des dégâts était impressionnante. Le jeune homme devait souffrir et se sentir mal même s'il se tenait droit et patient. Elle avait pressé les choses pour terminer vite et elle se dépêcha de contourner le comptoir et de venir près de lui.
- Je vais vous conduire jusqu'à la salle d'attente où vous pourrez vous asseoir, dit-elle doucement. Ce n'est pas très loin.
- Merci, dit-il faiblement un peu déstabilisé par la gentillesse des gens qu'il rencontrait.
Il posa une main tremblante sur le bras que lui prêta la dame et la suivit doucement. Rapidement, il fut assis sur une chaise et il soupira légèrement. Sa tête tournait terriblement et il avait chaud et froid à la fois, ne se sentant pas bien alors que tout son corps pulsait de nouveau de douleur, n'ayant pas du tout apprécié l'effort qu'il avait fait pour venir jusque là. Il était heureux d'être assis alors que ses jambes flageolaient depuis un moment déjà. Il appuya doucement son dos contre le dossier, retenant un gémissement et s'efforçant de rester neutre extérieurement.
- Voulez vous un verre d'eau ? demanda la réceptionniste près de lui.
Il refusa poliment et elle lui demanda d'appeler s'il avait un problème, lui disant qu'elle allait donner son dossier au docteur Cullen et qu'il devrait venir le chercher sous peu. Il la remercia et l'écouta s'éloigner, se concentrant ensuite sur sa respiration pour tenter d'apaiser son malaise. Il se concentra ensuite sur les bruits de la clinique pour tenter de détourner son attention de sa douleur. Il était très tendu, se demandant quel genre de personne était ce fameux docteur Cullen qui allait s'occuper de lui. Il espérait vraiment que c'était quelqu'un de bien et de gentil. Il n'avait pas envie d'avoir à se méfier de son médecin, c'était vraiment quelque chose de très dérangeant avec eux. Il devait pouvoir lui faire confiance pour pouvoir lui confier sa vie ainsi. Il avait déjà eu à se méfier de certains médicomages envoyés par Dumbledore et c'était vraiment très stressant avec ce genre de personne. Ils se tenaient si près de lui qu'il était très difficile de se défendre en cas d'attaque. Mais il décida d'attendre de voir l'homme avant de se faire une idée.
Carlisle Cullen lui, s'ennuyait un peu dans son cabinet. C'était une journée très calme et il ne se passait pas grand chose. Cela faisait presque deux semaines depuis l'attaque des nouveaux nés, de Victoria et la venue des Volturi à Forks. La vie avait repris son cour et le calme était revenu pour son plus grand plaisir, il n'aimait vraiment pas les conflits. Lui, il voulait juste vivre tranquille avec sa famille, faire son métier et aider les autres. Au moins, les choses étaient revenues à la normale maintenant. Il était bien content que cette histoire soit terminée.
Malheureusement, l'ambiance chez lui était un peu tendue à cause d'un certain couple. Edward et Bella. Depuis quelques jours leur relation s'était tendue. Après tout ce qu'il s'était passé et le fait que Bella avait demandé à Jacob de l'embrasser avant le combat, Edward avait décidé de prendre un peu plus de temps pour réfléchir à leur relation et donc, le mariage avait été temporairement reporté à une date indéterminée. Carlisle approuvait. Ce n'était pas une décision qu'il fallait prendre à la légère, surtout dans le cas de vampires. Il préférait qu'Edward prenne son temps, surtout qu'il ne connaissait pas Bella depuis longtemps de son point de vue. C'était mieux de voir si leurs sentiments perduraient avant de se marier. Ils avaient le temps, Bella était jeune et à son goût trop jeune pour se rendre compte de toutes les implications si vite. Et puis elle était indécise et changeante, cela ne rassurait pas le blond. Il ne voulait pas voir son premier fils être blessé par une mauvaise décision, il l'appuyait donc. Mais Bella qui vivait presque chez eux maintenant, commençait à être de mauvaise humeur, ne comprenant pas la décision d'Edward et ne l'acceptant pas. Ils se disputaient de temps en temps et si Edward essayait de ne pas déranger sa famille avec ça, ça retombait un peu sur tout le monde et l'ambiance s'alourdissait dans sa maison. Il s'était surpris à être pressé de la quitter ce matin alors que le couple se disputait, ça ne lui était pas arrivé souvent.
Mais présentement, il s'ennuyait. Il n'avait pas eu beaucoup de patients et aucun cas intéressant, il n'y avait aucun rendez-vous de prévu cette après midi et il en était réduit à la paperasse. Personne n'aimait la paperasse et vampire ou pas, il ne faisait pas exception. Il se dit qu'à moins d'un imprévus, il allait passer une après midi des plus ennuyante. Il désespérait un peu plus lorsqu'on toqua à sa porte. Il se redressa et autorisa la personne à entrer, posant son stylo. Il reconnut tout de suite la réceptionniste et infirmière.
- Docteur Cullen, j'ai un patient pour vous, annonça-t-elle en attisant son intérêt.
- Qui est-ce ? demanda-t-il.
- C'est un jeune homme, expliqua-t-elle, voici son dossier, dit-elle en déposant une pochette sur son bureau. Le Shérif Swan l'a accompagné jusqu'ici. Il m'a dit qu'il venait d'emménager Forks, dit-elle en attisant définitivement la curiosité du médecin.
- Un nouvel habitant, c'est rare, remarqua-t-il.
- Oui. D'après son adresse, il habite cette petite maison qui était à louer depuis un moment pas très loin, expliqua-t-elle.
- Je vois où, répondit-il. Pourquoi le Shérif Swan l'a accompagné ? A-t-il fait quelque chose ? demanda-t-il avec intérêt.
- Oh non, s'empressa de contrer la dame. Il est aveugle, dit-elle en le surprenant. Il vient tout juste d'arriver alors il ne connaît pas la ville. Je crois que le Shérif l'a conduit pour ne pas qu'il se perde.
- Je vois. Pourquoi vient-il ? questionna le médecin.
- Il a eu un accident de voiture juste avant d'arriver il y a deux jours. Ses blessures ont besoin de soins.
- D'accord, je regarde son dossier et je vais le chercher, annonça-t-il vraiment curieux à propos de cette nouveauté.
Il s'apprêta à commencer sa lecture avant de s'apercevoir que la réceptionniste ne s'en allait pas. Il comprit aussitôt qu'elle avait encore quelque chose à lui dire et il releva le regard vers elle.
- Il n'avait pas l'air en forme, remarqua-t-elle d'un air inquiet. Enfin ça se comprend vu l'état dans lequel il est.
- Je comprend, je me dépêche, dit-il doucement en comprenant où elle voulait en venir.
Elle lui sourit alors et s'en alla, refermant la porte. Il ouvrit le dossier qu'il venait de recevoir. Il découvrit tout d'abord le nom du jeune homme : Nathaniel Douglas. Il parcourut alors les documents. Il était jeune, il n'avait pas encore dix sept ans. Il se dit alors qu'il devait vivre avec ses parents. Il était aveugle complètement et définitivement. Il était dit qu'il avait les nerfs optiques presque détruits et les yeux abîmés. Il avait développé une très rare hypersensibilité à la lumière au niveaux des yeux et Carlisle eut beau réfléchir, il ne se souvint pas d'une chose qui pouvait provoquer ça. Il n'était pas précisé depuis quand il était aveugle. Continuant, il découvrit que le jeune homme avait une santé très fragile et il se dit qu'il n'avait vraiment pas de chance. Il passa ensuite à son état présent et c'est avec inquiétude et stupéfaction qu'il découvrit la liste des dégâts laissés par l'accident qu'il avait subi. L'adolescent était gravement blessé et il ne comprit pas pourquoi il n'était pas hospitalisé. Il comprenait aisément qu'il ne devait pas avoir l'air bien maintenant. Il se dépêcha de terminer sa lecture avant de se lever pour aller chercher son nouveau patient qu'il risquait de voir souvent pendant un moment.
Il sortit et gagna le hall, trouvant rapidement l'adolescent. Il était assis dans la salle d'attente presque vide, se tenant droit. Il avait sa canne dans sa main gauche. Son visage à moitié caché par le bandeau de ses yeux n'exprimait rien. Mais il était très pâle et avait visiblement de la fièvre. Il entendit tout de suite sa respiration, courte, lourde et un peu sifflante et son cœur battait un peu faiblement à son goût. Mais ce qui le stupéfia sur place fut son odeur. Il n'avait jamais senti ça. Il avait l'odeur d'un humain mais c'était comme s'il était sans intérêt et que ça ne valait pas la peine de le manger. Sa partie vampire avait presque l'air de dire : « Non mais tu rigoles, on ne va pas manger ça quand même ! Ça ne sert à rien, ça ne nous nourrira pas vraiment de toute façon. Ignore cette proie. ». Le jeune homme n'attisait pas le moins du monde ses instincts de chasseur comme le faisait pourtant chaque humain qu'il croisait. C'était la première fois que ça lui arrivait et cela l'intrigua un peu plus. Définitivement curieux, il s'avança pour aller le chercher.
- Monsieur Douglas, fit soudain une voix douce et avenante près de lui.
Nathaniel sursauta en entendant son nom être prononcé tout près de lui alors qu'il n'avait entendu personne s'approcher. L'homme, puisque c'était certainement un homme au son de sa voix, semblait pourtant être juste à côté de lui et il ne s'en était pas rendu compte. Il se tendit un peu plus, apeuré à l'idée qu'on puisse s'approcher de lui sans qu'il ne s'en rende compte.
- Oui ? répondit-il d'une voix basse mais neutre.
- Bonjour, salua l'inconnu d'une voix des plus agréable et calme. Je suis le docteur Cullen, se présenta-t-il aimablement. Vous venez avec moi ?
Le jeune homme acquiesça et il entreprit de se lever, espérant qu'il y arriverait. Il se sentit vaciller dangereusement alors qu'il forçait sur ses jambes et il sursauta en sentant une prise à la fois douce et ferme sur son bras droit qui l'aida à terminer de se lever et à se stabiliser sur ses jambes. Et s'il prit instinctivement peur, se tendant un peu plus si c'était possible, il en fut également reconnaissant, certain qu'il n'aurait pas réussi à se relever seul.
- Je vais vous aider si vous permettez, proposa doucement le médecin.
Sa voix était vraiment agréable, douce, calme et sincère. Elle inspirait étrangement confiance et il se contenta de cette impression, incapable de réfléchir plus loin dans sa douleur.
- Merci, accepta-t-il doucement.
L'homme garda sa prise douce sur son bras droit et le guida pour qu'il prenne le sien.
- Allons-y, poussa-t-il ensuite doucement.
Il se mit en route lentement, sentant aisément que le jeune homme n'allait pas très bien et veillant sur lui. Il le guida précautionneusement, le sentant s'appuyer un peu sur lui. Nathaniel se laissa conduire en luttant pour garder une attitude acceptable. Il continuait de balayer le sol de sa canne mais sa main tremblait et l'outil qu'il savait pourtant léger, semblait peser plusieurs kilos maintenant. Il était vraiment heureux d'avoir l'aide du médecin pour avancer. Et s'il avait peur, son besoin d'assistance dépassait sa crainte en cet instant. Il fut ravi lorsque l'homme lui annonça qu'ils étaient arrivés après quelques mètres. Il le guida jusqu'à une chaise et l'aida à s'y asseoir, le soulageant. L'adolescent entendit qu'il refermait ensuite la porte, il entendit une chaise être tirée quelques secondes plus tard et il supposa que le médecin s'asseyait à son tour.
Carlisle se présenta d'abord convenablement et le jeune homme en fit autant d'une voix un peu faible. Le vampire blond ne cessait d'analyser du regard son jeune patient. Il était visiblement épuisé et il devait souffrir, il le savait. Pourtant, il se tenait droit, ne se plaignait pas et ne montrait aucune émotion sur son visage à moitié caché. Mais il était très pâle et très visiblement fiévreux, ses joues rougies et son front transpirant. Il tremblait aussi. Pendant quelques minutes, il posa quelques questions sur l'accident et sur comment il se sentait.
Nathaniel répondit patiemment et sans même s'en rendre compte, il minimisa les choses, comme il l'avait toujours fait. Il ne dit pas à quel point il avait mal lorsqu'il lui demanda son niveau de douleur, il ne lui dit pas qu'il se sentait terriblement mal et malade, il ne lui dit pas qu'il avait beaucoup de mal à dormir... bref, il minimisa comme il l'avait toujours fait. Il ne voulait pas avoir l'air de se plaindre et on lui avait toujours interdit de le faire. Personne ne s'était jamais visiblement inquiété et il n'avait jamais eu personne à qui il aurait pu exprimer ses douleurs. Alors il intériorisait tout, c'était normal pour lui, il le faisait par automatisme.
Carlisle lui, était sûr qu'il y avait plus que ce que voulait bien admettre le jeune homme. C'était même absolument certain vu la liste des blessures et les antidouleurs, bien trop légers à son goût, qui lui avaient été prescrit. L'adolescent minimisait largement d'après lui. Il était surpris que l'un de ses parents ne l'ait pas accompagné. Le jeune aveugle avait besoin de quelqu'un pour l'aider et veiller sur lui dans son état, surtout dans une ville qu'il ne connaissait pas. Il était certain que s'il n'avait pas été là pour l'aider, il ne serait pas parvenu à venir jusqu'à son cabinet. Il y aurait dû avoir quelqu'un pour l'accompagner et l'assister, le soutenir. Peut-être que ses parents étaient trop occupés, mais vu l'état du jeune homme, l'un d'entre eux aurait dû se libérer pour veiller sur lui. Si Esmée savait ça, elle qui était hyper protectrice avec les enfants, elle aurait piqué une crise et traité les parents d'indignes ! Il sourit en pensant à ça avant de reporter son attention sur son patient. Il lui posa encore quelques questions avant d'annoncer :
- On va regarder ça, dit-il un sourire dans la voix pour tenter de détendre l'adolescent qu'il voyait incroyablement crispé.
Il se leva et le rejoignit, le faisant sursauter lorsqu'il posa une main sur son épaule. Il l'aida à se lever et le guida jusqu'à sa table d'auscultation, l'aidant à s'y asseoir. Il le débarrassa de son sac et de sa canne, lui expliquant qu'il les déposait juste à côté.
- On va commencer par le haut de votre corps et nous ferons les jambes ensuite, expliqua-t-il de sa voix calme et douce. Je vais vous aider à retirer vos vêtements monsieur Douglas.
- Je pense que l'on va se voir beaucoup dans les prochains jours, remarqua le jeune homme. Vous pouvez m'appeler Nathaniel, dit-il peu friand de ces familiarités qui le gênaient.
- D'accord, sourit le médecin, mais appelez moi Carlisle alors, dit-il en espérant gagner un peu de sa confiance.
Il savait que ça devait être très difficile pour lui de se retrouver dans les mains d'un complet inconnu qu'il ne pouvait voir. C'était sûrement pour cela qu'il était si tendu et ce n'était pas bon dans son état, il s'efforça donc d'essayer de le détendre. Il l'aida ensuite à enlever son manteau, son pull et son tee-shirt et l'adolescent ne montra aucun signe de douleur. Cependant, il devina qu'il souffrait mais qu'il essayait de le cacher lorsqu'il ne put retenir l'ébauche d'une grimace qu'il fit prestement disparaître de son visage en serrant les dents alors qu'il lui enlevait son tee-shirt. Une fois torse nu, Carlisle l'observa rapidement. Il était littéralement couvert de pansements et de bandages et il était aussi bien trop mince à son goût. Il avait une fine musculature qui dessinait un peu sa silhouette mais il était carrément maigre sans cela et cela inquiéta le médecin. C'était peut-être sa santé fragile qui lui avait fait perdre ou empêcher de prendre du poids. Il l'aida ensuite à s'allonger correctement sur la table, le voyant frissonner sous son touché.
- Excusez moi Nathaniel, j'ai toujours les mains un peu froides, expliqua-t-il.
- Ce n'est rien, j'ai toujours les mains froides moi aussi, répondit-il.
Carlisle sourit, se disant que ce n'était certainement pas pour les mêmes raisons que lui.
- Je vais commencer par une injection d'antidouleurs pour que les soins soient plus confortables pour vous, annonça-t-il ensuite. Je vais faire l'injection et comme nous allons nous voir tout les jours pendant un petit moment, je vous la referais chaque jour. Ce sera plus efficace que les antidouleurs que vous avez déjà et comme ça, vous n'aurez pas de soucis à vous y retrouver dans les boîtes de médicaments.
- Merci, répondit le jeune homme reconnaissant.
Carlisle sourit de nouveau. Le jeune homme très calme avait vraiment l'air sympathique. Il fit l'injection, passant une paire de gant en latex et prenant son temps, expliquant ce qu'il faisait.
- On va attendre que ça agisse avant de faire quoi que ce soit, expliqua le blond qui ne voulait pas faire souffrir l'adolescent outre mesure. En attendant, je vais prendre votre tension et je vais quelque vérifications, expliqua-t-il tranquillement.
Nathaniel approuva, appréciant la gentillesse, la douceur et le calme dont il avait fait preuve jusque là. L'homme lui faisait bonne impression. Il était très posé, patient et précautionneux. Il avait été très délicat lorsqu'il l'avait aidé à retirer ses vêtements et le fait qu'il pense d'abord à sa douleur confirmait qu'il se souciait vraiment de son bien-être. Carlisle expliqua qu'il commençait par sa tension et l'adolescent le sentit placer doucement le fameux brassard gonflant à son bras gauche moins abîmé que le droit. Il annonça rapidement qu'elle était trop basse à son goût. Il prit ensuite sa température, confirmant ce qu'il avait déjà deviné :
- Vous avez pas mal de fièvre, dit-il avec inquiétude.
- Elle est là depuis l'accident, expliqua Nathaniel.
- Vous faîtes peut-être une infection. Je vais faire une prise de sang pour contrôler ça, annonça le médecin. Nous aurons les résultats demain, mais je devrais déjà pouvoir voir ça en soignant vos blessures, expliqua-t-il.
- Celui qui m'a soigné après l'accident m'a dit que certaines blessures avaient commencé à s'infecter. Il les a nettoyé et il m'a fait une injection pour endiguer la chose. Il espérait que ça suffirait.
- Je vais vérifier ça, assura Carlisle.
Il fit la prise de sang, constatant avec étonnement que son sang ne l'attirait pas du tout non plus et étiqueta les tubes soigneusement avant de revenir près du jeune homme qui n'avait pas bougé, respirant doucement sûrement pour soulager ses côtes. Il devait encore attendre un peu pour être sûr que les antidouleurs agissent bien aussi, il décida de poser la question qui le turlupinait :
- Excusez moi, mais dans votre état, vous devriez être hospitalisé, remarqua-t-il doucement. Vous seriez mieux avec des personnes pour s'occuper de vous.
- Peut-être, admit le jeune qui luttait déjà pour faire peu depuis ce matin, mais je n'ai pas les moyens de payer une hospitalisation de toute manière, expliqua-t-il la voix neutre.
C'était donc ça, se dit le blond en soupirant intérieurement. Ça le révoltait toujours un peu quand c'était l'argent qui posait un problème pour que quelqu'un puisse avoir les soins appropriés. Le jeune serait bien plus à l'aise dans un lit, sans bouger et avec des infirmières pour veiller sur lui et l'aider. Il avait l'air bien faible en plus d'être dans un état qu'il jugeait préoccupant même s'il n'y avait pas de risque imminent pour sa vie. En plus avec son handicap, ça devait être compliqué.
- Ce n'est rien, assura simplement le jeune homme. Je passe mon temps à ne rien faire de toute façon.
- Il vaut mieux en effet, vous avez besoin de beaucoup de repos, remarqua Carlisle alors que ça lui sautait aux yeux. Je n'ai jamais vu de tel bracelet, dit-il ensuite pour changer de sujet alors qu'il l'avait vu se crisper un peu plus.
- Il me sert de montre, expliqua l'adolescent la voix basse. Il vibre pour m'indiquer l'heure.
- Je ne savais pas que ça existait, remarqua le blond avec intérêt en observant l'objet assez large et noir. Vous portez toujours ce bandeau ? demanda-t-il ensuite.
- Je n'ai pas vraiment le choix, répondit Nathaniel. La moindre petite lueur sur mes yeux, même à travers mes paupières, provoque des douleurs que je préfère éviter, expliqua-t-il. Je ne le retire que dans le noir total.
- Je vois, dit-il sans poser de questions plus technique sur ce curieux phénomène alors qu'il doutait que l'adolescent puisse lui expliquer. Comment ça va la douleur ? demanda-t-il.
- Ça va, assura le jeune homme.
- Bien, je vais commencer à regarder alors, annonça-t-il.
Il commença par retirer doucement et précautionneusement le pansement protégeant la plaie barrant sa joue et son cou. Il expliqua patiemment et calmement tout ce qu'il faisait pour le rassurer. Il vérifia la blessure et la nettoya, replaçant un pansement ensuite, se disant que le jeune homme allait malheureusement hériter d'une méchante cicatrice. Et il fit cela pour chaque blessures, agissant avec patience et prévenance, heureux de voir l'adolescent se détendre un peu au fil du temps.
Nathaniel lui, s'apaisa en sentant sa douleur refluer grâce à ce que lui avait administré l'homme, ça faisait vraiment du bien et il sentit son malaise se calmer. Il était aussi rassuré par l'attitude douce de son médecin, lui accordant un peu plus de confiance alors qu'il avait vraiment l'air d'être gentil et attentionné. C'était agréable alors qu'il le soignait avec précaution, prenant son temps et s'expliquant calmement. Étrangement, l'homme le calmait. Il ne devait pas être très vieux mais pas spécialement jeune non plus, enfin, c'était difficile à déterminer à la voix. Il avait des gestes semblait-il précis et assurés. Il respirait le calme et la douceur, il était posé et doux et il ne ressentait aucune impression de danger en sa présence. Il savait qu'il pouvait avoir un minimum confiance en son instinct et cela le détendit un peu plus. Julius avait très bien fait son travail avec lui et il avait été sympathique mais Carlisle avait quelque chose de vraiment attentionné et presque protecteur. C'était chaleureux. Et le jeune homme se sentit un peu moins seul et tranquillisé de savoir que ce serait lui qui s'occuperait de ses soins.
Carlisle prit tout son temps pour vérifier chaque blessure, agissant avec la plus grande des précaution. Les dommages étaient vraiment impressionnant à voir même après en avoir lu la liste. Le jeune homme était vraiment dans un triste état et il était surprenant qu'il ne s'en plaigne pas plus que ça. Les énormes bleus sur ses côtes brisées auraient pu choquer n'importe qui comme les graves brûlures de sa main droite. Toutes les blessures étaient effrayantes à voir et le vampire commença à essayer d'imaginer l'accident. Ça avait dû être très brutal. L'adolescent était sûrement passé à travers un pare brise ou il avait été blessé par la ferraille, il y avait forcément eu incendie vu les brûlures et le choc avait dû être très violent pour lui briser cinq côtes, fêler nombre de ses os et lui laisser tant d'hématomes. Nathaniel devait avoir beaucoup de mal à se mouvoir sans parler de la douleur. Il remarqua sans mal que certaines blessures montraient des signes d'infection, l'inquiétant. Pourtant, le jeune homme semblait avoir été bien soigné. Ses bandages étaient bien faits, comme ses sutures et les soins étaient des plus acceptables. Il remarqua que certaines plaies avaient dû ressaigner un peu après les soins, sûrement à cause de faux mouvement.
Le médecin très observateur remarqua aussi pas mal d'anciennes cicatrices sur lui, se demandant d'où cela pouvait venir mais ne se permettant pas de le questionner. À aucun moment Nathaniel ne se plaignit, ne montrant pas un signe de douleur. Carlisle le surveillait étroitement, guettant tout signe d'inconfort surtout lorsqu'il s'occupait des dommages les plus graves. Il avait été heureux de le voir se détendre un peu. L'adolescent se laissa faire, semblant cependant très attentif à ses gestes et ses paroles. Il sursautait parfois lorsqu'il ne s'attendait pas à certains contacts. Il tremblait toujours de fièvre, inquiétant le médecin. Lorsqu'il eut terminé avec le haut de son corps, Carlisle l'aida à repasser son tee-shirt et son pull, dégageant ses longs cheveux noirs, puis il lui retira doucement chaussures et pantalon pour s'occuper de ses jambes avec la même précaution. Le tout prit un très long moment mais il arriva finalement au bout, un peu estomaqué par l'état du jeune homme, se sentant vraiment désolé pour lui. Ça devait être vraiment pénible. Il l'aida à se rhabiller avant d'expliquer :
- Certaines blessures montrent des signes d'infections, remarqua-t-il. Ça ne me semble pas encore très grave mais il faut s'en occuper tout de suite, ça peut vite dégénérer ce genre de chose. Je vais vous injecter plusieurs médicaments et on recommencera demain si besoin. Ça endiguera la chose pour que ça ne s'aggrave pas. Ça plus des soins quotidiens devraient vous aider à guérir correctement sans problème. C'est probablement à cause de ça que vous avez de la fièvre.
Le jeune homme acquiesça, montrant qu'il avait compris et le médecin lui administra les médicaments avec délicatesse et douceur.
- Demain, j'aurais les résultats de vos analyses et je pourrais peut-être agir plus spécifiquement si besoin, expliqua Carlisle. J'aimerais aussi faire une radio de vos côtes pour m'assurer qu'elles sont en bonne position pour se consolider.
- D'accord, approuva Nathaniel la voix basse.
- En attendant, il faut bien vous reposer et éviter les efforts. Bien manger et boire beaucoup, conseilla-t-il.
Il fit encore quelques recommandations puis ils fixèrent un nouveau rendez vous dans l'après midi le lendemain. Le médecin aida ensuite l'adolescent à se relever alors qu'il avait l'air un peu plus détendu, les antidouleurs l'ayant beaucoup soulagé comme l'immobilité qu'il avait gardé un bon moment. Il se sentait un peu mieux même s'il était vraiment épuisé maintenant. Carlisle le raccompagna jusqu'à la sortie, le regardant faire quelques pas en balayant le sol de sa canne avant de se retourner vers la réceptionniste qui l'interpellait.
Nathaniel sentit de nouveau la peur l'emplir lorsqu'il se retrouva dehors seul. Il se concentra pour garder son calme. Il était un peu confus à cause des médicaments et il était littéralement épuisé. Il se sentait horriblement lourd et engourdit, tremblant toujours. La douleur avait bien diminué mais elle était toujours légèrement présente. Il se concentra sur son plan mental pour chercher le chemin à prendre et rentrer chez lui. Une fois fait, il se mit lentement en route, crispé et espérant ne pas se perdre. Il voulait rentrer au plus vite, il n'en pouvait plus. Par chance, il n'eut pas fait cinquante mètres que le Shérif Swan l'interpellait et le rejoignait, lui proposant de le raccompagner. Il accepta trop épuisé et terrifié par l'obscurité dans laquelle il était plongé pour refuser. Il posa sa main sur le bras de l'homme et se laissa guider, se concentrant comme il put pour essayer de bien repérer la route.
- Tout s'est bien passé ? demanda l'homme.
- Oui, très bien. Vous aviez raison, le docteur Cullen est un très bon médecin, il m'a fait une excellente impression, dit-il.
- C'est un homme bien. Je le connais de puis quelques années et il a toujours été très correct et très gentil. Il adore son métier et le fait très bien. Jamais personne n'a eu à se plaindre de lui, expliqua le shérif.
Ils discutèrent un peu sur le court trajet qu'ils firent tranquillement. Lorsqu'ils arrivèrent à destination, l'homme s'étonna de voir touts les volets restés fermés, demandant à l'adolescent pourquoi ils étaient encore clos.
- Et bien, je n'ai pas vraiment besoin de lumière puisque je suis complètement aveugle, expliqua Nathaniel la voix neutre et basse alors que l'homme se fustigeais mentalement pour sa bêtise. Mais c'est surtout parce que mes yeux sont hyper sensibles à la moindre lumière. C'est pour ça que je porte ce bandeau. Si je veux le retirer, il faut que je sois dans l'obscurité totale sinon c'est... désagréable. Alors pour éviter les maladresses, je préfère laisser fermer.
- Je comprend, répondit-il un peu maladroitement.
Il le raccompagna jusqu'à sa porte, lui souhaitant ensuite une bonne fin de journée avant de s'en aller. Il fallut un moment à Nathaniel pour arriver à mettre la clef dans la serrure et ouvrir la porte. Il rentra, soupirant à la fin de cette épreuve dont-il se serait bien passé. Il était vraiment éreinté maintenant et l'effort du retour avait fait revenir ses malaises. Heureusement la douleur restait basse, lui enlevant un poids et il remercia intérieurement Carlisle pour ce soulagement. Mais cette sortie l'avait vraiment déprimé. C'était vraiment encore pire qu'il l'avait déjà constaté d'être aveugle et il se demanda comment il allait s'en sortir. C'était terrifiant. Il n'avait aucune idée de comment il allait pouvoir faire. Comment faire ses courses ? Comment il retrouverait son chemin s'il se perdait ? Trouver un simple comptoir dans n'importe quelle institution devait une épreuve de force. S'il n'y avait pas eu le shérif, il ne s'en serait jamais sorti.
Lentement, il se débarrassa de son sac et de son manteau, y récupérant son téléphone qu'il gardait près de lui. Traînant les pieds, il alla vers la cuisine, balayant le chemin de sa canne et il chercha le réfrigérateur à tâtons. Il l'ouvrit et en sortit une bouteille d'eau qu'il eut un mal fou à trouver. Cherchant encore un moment, il prit une banane dans la corbeille de fruit. Il se dirigea ensuite vers son poste radio qu'il alluma avant d'aller s'asseoir dans son canapé pour manger son fruit de mauvaise grâce et sans aucun appétit, se forçant. Il était vraiment morose et complètement assommé par les malaises, la fièvre, l'épuisement et la douleur. Il se sentait tellement mal. Il resta là un moment sans bouger ayant terriblement envie de hurler qu'on lui rende ses yeux et sa magie. Il était tellement perdu et terrorisé sans ça.
Pendant un temps auquel il ne fit pas attention, il repensa à tout ce qu'il s'était passé, à tout ce qu'il avait perdu, à la trahison, la douleur, la solitude, l'obscurité, la faiblesse, l'inconnu... il pensa aux considérables obstacles qui se dressaient devant lui maintenant. Résultat : il se sentit un peu plus perdu et déprimé, terrorisé et désespéré. L'obscurité l'oppressait terriblement et il commença à avoir du mal à respirer alors qu'il était déjà plus que gêné par ses blessures. Il lutta pour garder son calme mais il avait envie de hurler, de pleurer, seulement, il ne pouvait plus le faire. Il respira doucement pour essayer de se calmer mais la panique n'était pas loin.
Pour essayer de concentrer son attention sur autre chose, il décida de soigner les brûlures autour de ses yeux. Il récupéra la crème laissée par Julius restée sur la table basse, puis il retira son bandeau avec appréhension, tremblant. Il n'y eut pas de douleur et cela le soulagea, ne sachant pas s'il l'aurait supporté après cette longue journée des plus éprouvante. Il se tendit alors qu'il s'apprêtait à ouvrir ses yeux clos, plein d'un espoir qu'il savait pourtant vain. Fébrile, il releva les paupières et gémit de déception lorsqu'il ne vit rien. Mais il était dans le noir total, c'était normal. Il ne sut pas pourquoi il le fit mais il attrapa son téléphone, sachant qu'il s'allumait en appuyant sur le bouton d'activation. Tremblant comme jamais, tendu à l'extrême, il le tint devant lui, plein d'espoir. Et il appuya sur le bouton. Il ne vit jamais la lumière comme il l'aurait tant voulu. Non, à la place, il eut l'impression qu'on lui enfonçait lentement deux couteaux dans les yeux, une douleur fulgurante lui vrillant le crâne. Il posa brusquement l'appareil à côté de lui pour plaquer ses paumes sur ses yeux, lâchant un cri de douleur qu'il ne put retenir.
L'expérience l'acheva complètement alors qu'il prenait la réalité en pleine face. Il gémit et sanglota sans larme, réveillant la douleur de ses cotes et de certaines blessures. C'était un cauchemar ! Le plus terrible cauchemar qu'il ait fait. Abattu et meurtri, il mit plus d'une heure à se calmer, luttant pour arriver à respirer. L'obscurité l'étouffait terriblement et ce fut une douce musique jouée au piano venant de son poste et sur laquelle il se concentra qui l'aida à reprendre ses esprits lentement. Mais il n'avait vraiment plus goût à rien maintenant. Il était juste terrifié, perdu et désespéré.
Ce fut mécaniquement qu'il passa la crème sur ses brûlures douloureuses avant de remettre son bandeau les mains tremblantes. Il abandonna le tube de baume soigneusement rebouché sur la table basse avant de s'adosser dans son fauteuil pour y rester immobile, écoutant vaguement la musique d'une oreille distraite, restant apathique. La seule chose pour laquelle il restait en vie, c'était parce qu'il ne pouvait permettre que ceux qui étaient morts pour lui soient morts pour rien. Mais il ne savait plus comment ni pourquoi il allait vivre aujourd'hui. Un peu plus tard, machinalement, il se leva, récupéra son portable et sa canne. Il éteignit le poste, alla fermer la porte, alla faire un brin de toilette autant que cela était possible avec ses pansements pour se rafraîchir, se changea difficilement pour mettre un pyjama. Il identifia la tenue à sa matière, sa coupe très simple et au pantalon à la ceinture élastique. Il gagna ensuite son lit dans lequel il s'installa pour la première fois, il n'était pas très confortable, et il essaya de dormir, hanté par bien trop de choses, sans plus de lumière pour le tirer de là.
