Chapitre 6 :

Repos

Après que Nathaniel leur ait donné des précisions sur sa situation et sa vie, Carlisle et Esmée restèrent un instant à le réconforter et le rassurer, lui promettant de l'aider. Puis ils décidèrent de passer aux soins dont avait besoin l'adolescent. Et comme depuis quelque jours maintenant, Nathaniel laissa le médecin s'en charger, en confiance. Et cela prit un moment pendant lequel Esmée eut tout le temps de se rendre compte des nombreuses blessures qu'avait encaissé le jeune homme, grinçant des dents et s'étonnant de ne pas le voir se plaindre une seule fois. Elle se rappela ensuite que Carlisle lui avait dit qu'il ne s'était jamais plaint, même quand il avait visiblement mal et elle fut un peu plus impressionnée par le courage du jeune homme. L'opération prit un bon moment mais le médecin termina finalement. Et à cette occasion, la brune put se rendre compte du fait que le sang du jeune homme qui avait coulé légèrement de certaines plaies, ne l'attirait pas du tout, comme son odeur. C'était vraiment étrange, c'était comme si ça n'en valait pas la peine ne serait-ce que de faire l'effort de le boire et il n'attisait pas plus son envie qu'un verre d'eau. C'était vraiment intriguant et rassurant de pouvoir être près de lui sans avoir envie de le tuer.

- Tes blessures qui avaient commencé à s'infecter s'améliorent bien, remarqua-t-il. C'est une très bonne chose. À ce rythme, je pense que d'ici trois semaines, tout devrait être guéris ou presque. Et tes côtes devraient s'être pas mal consolidées pendant ce temps aussi, expliqua-t-il. Ça ira vite mieux si tu te reposes et que tu prends bien tes médicaments.

- Merci Carlisle, répondit le jeune homme.

- C'est mon travail, répondit simplement le blond.

Il rangea ensuite tranquillement ses affaires alors qu'Esmée couvrait les jambes de l'adolescent affaiblis. Il la remercia une fois de plus avec une reconnaissance palpable. Carlisle lui expliqua ensuite ce qu'il devrait prendre chaque jours pour se soigner correctement, lui faisant avaler les médicaments du jour. Et dans les heures qui suivirent, ils entamèrent des discussions calmes et banales, les deux vampires parlant un peu de la ville à l'adolescent. Ils restèrent avec lui jusqu'au soir, Esmée lui préparant de nouveau son dîner, l'aidant à manger et faisant fit de l'immense gêne du jeune homme. Et ce ne fut qu'un peu plus tard qu'ils quittèrent la petite maison, Carlisle conseillant à son jeune patient d'aller se coucher tôt, annonçant qu'ils reviendraient le lendemain. Et Nathaniel obéit, allant se coucher après avoir fait un brin de toilette. Malheureusement pour lui, sa nuit fut aussi terrible que les précédentes, le rendant malade alors qu'il fut obligé de se lever en catastrophe pour rendre son repas. Il décida assez rapidement d'abandonner son lit pour aller écouter un peu de musique dans son salon, terminant sa nuit en somnolent au son d'un piano.

Lorsque le réveil de son portable sonna comme tout les matins, il alla s'habiller et se rafraîchir un peu. Il se dirigea ensuite vers sa cuisine et entreprit de se servir un verre de lait. À tâtons il chercha un verre puis il ouvrit le réfrigérateur pour chercher la boisson blanche. Heureusement qu'il n'y avait pas grand chose. Il trouva donc relativement rapidement la bouteille en carton qu'il ouvrit et porta à son nez, identifiant l'odeur du lait. Il tenta ensuite de remplir son verre mais la tâche s'avéra des plus difficile alors qu'il versa une première fois à côté puis trop vite, mouillant copieusement de lait sa main tenant le verre, puis de nouveau à côté et lorsqu'il parvint à viser juste, il fit déborder son verre. Frustré et découragé, agacé, il rangea le lait et nettoya comme il put, buvant une gorgée pour faire baisser le niveau. Il attrapa ensuite un fruit et alla s'asseoir dans son fauteuil, écoutant le fond de musique qui planait toujours dans la maison et tentant de ne pas penser à ses idées noires ou à la douleur qui le parcourait encore.

Ça faisait une semaine aujourd'hui qu'il avait vaincu Voldemort. Il avait l'impression que c'était hier tellement chaque chose restait fraîche à son esprit mais d'un autre côté, il avait l'impression que des années s'étaient écoulées avec tout ce qu'il s'était passé, tout ce qui avait changé dans sa vie depuis. Ses blessures commençaient à peine à guérir et la douleur de la magie noire était toujours là. Le vide laissé par sa magie le torturait encore sans faiblir et il savait que ça durerait. C'était terrifiant alors qu'il lui manquait une bonne moitié de lui même. Il ne sentait plus son doux pouvoir couler en lui telle une calme rivière, non elle s'était définitivement asséchée et ça le tiraillait affreusement. Ça lui laissait un vide sans fin qui le terrorisait. Et cela était amplifié par la perte de ses yeux alors qu'il était plongé dans le noir. La peur et la douleur ne l'avaient pas quitté une seconde depuis la fin de ce combat. Le désespoir les accompagnait fidèlement mais il avait au moins trouvé un peu de soutient en Carlisle et Esmée.

Par le passé, il ne se serait jamais laissé approcher ainsi si vite par des inconnus dont-il ne savait rien. Mais aujourd'hui, son besoin d'aide, de protection, de réconfort et de chaleur avait dépassé sa méfiance. Et puis il n'était plus le grand, le célèbre, le puissant et le riche Harry Potter. Non, maintenant, il était Nathaniel Douglas, un jeune aveugle blessé et faible, seul, sans argent ou possession quelconque. Il n'y avait rien à gagner pour le couple de lui apporter leur aide. Pourtant, ils le faisaient et il sentait qu'il pouvait leur faire confiance pour il ne savait quelle raison. C'était son instinct qui lui disait. Et puis si Carlisle lui avait voulu du mal, cela aurait fait longtemps qu'il aurait fait quelque chose. Mais non, le médecin l'avait soulagé chaque jour, il avait été doux et prévenant, rassurant et sa femme s'était montrée à son image. Ils lui faisaient du bien et il ne voulait pas être seul. Il l'avait toujours été mais aujourd'hui c'était devenu bien trop terrifiant alors qu'il n'arrivait même pas à se servir un fichu verre de lait. Le silence et l'obscurité l'oppressaient et seul la présence de Carlisle et Esmée avaient réussi à les repousser jusque là et à le rassurer un peu. Il était épuisé et éprouvé, il n'avait plus ni la force ni l'envie de se battre, il ne savait plus quoi faire ni comment avancer, il n'avait aucune idée de comment se sortir de cette situation et il n'en pouvait plus. Alors il avait besoin d'aide et il l'acceptait. Il ne voulait que ça alors qu'il avait désespérément besoin de quelqu'un sur qui se reposer.

Aussi, il resta assis tranquillement après avoir mangé son fruit et bu son verre, attendant l'arrivée du couple. Il somnolait doucement vite réveillé par les quinte de toux qu'il avait encore de temps à autre et qui embrassaient ses côtes. Il écoutait juste la musique de son poste qui grésillait régulièrement. Il frissonnait doucement mais moins fort que les jours précédents. Il sursauta violemment lorsqu'il entendit toquer à la porte et se leva difficilement pour aller ouvrir. Avant de déverrouiller, il demanda qui était là et reconnu rapidement la voix de Carlisle et Esmée qui lui répondirent. Il ouvrit alors et fit entrer le couple qui le salua avec chaleur. Il leur répondit, la voix faible et tremblante. Sa tête tournait et il tanguait dangereusement, ses jambes protestant contre ses efforts alors qu'il n'avait pas l'énergie pour les faire fonctionner. Entre ses nuits agitées, son jeun, ses blessures, la maladie et le stress, il était physiquement à bout. Il sentit vaguement quelqu'un glisser un bras dans son dos et il s'appuya sur lui sans même y penser.

- Nathaniel, est-ce que ça va ? demanda Carlisle qui le soutenait.

- Fatigué, répondit simplement l'adolescent.

Il entendit la porte être refermée et il ne résista pas lorsque Carlisle le guida vers son fauteuil pour l'y asseoir délicatement. Nathaniel sentit le canapé s'enfoncer à sa gauche, en déduisant que le blond s'était assis près de lui et rapidement, il perçut la même chose à sa droite, comprenant que Esmée avait dû en faire de même.

- Est-ce que tu as mangé ce matin ? demanda le médecin.

Il approuva simplement.

- Et tu as bien dormis ? demanda le blond.

- Pas vraiment, répondit-il faiblement. Ça fait des années que je ne dors pas très bien, murmura-t-il.

Flairant de loin le fait qu'il minimisait encore les choses, Carlisle insista doucement :

- Est-ce que tu ne dors seulement pas très bien ou pas du tout ? questionna-t-il.

L'adolescent ne répondit pas, se tendant. Il n'avait pas vraiment envie de parler de ses cauchemars et de toute manière, il ne pouvait les raconter. Premièrement par soucis de secret et deuxièmement parce qu'il en était bien incapable. Incapable de raconter ces scènes d'horreurs physiques ou psychologiques. Incapable de mettre des mots sur tout ce qu'il avait vécu. Il voulait juste ne plus y penser. En fait, s'il n'avait pas perdu sa magie et ses yeux, il aurait sans doute été heureux de ce nouveau départ dans l'anonymat loin du monde magique. Peu importe qu'il n'ait plus un sou et plus une possession, peu importe qu'il ne soit plus le célèbre Harry Potter, ça lui allait même parfaitement de pouvoir vivre simplement et en étant personne. Il en avait souvent rêvé et il n'avait voulu que ça depuis bien des années. Il voulait juste oublier, juste oublier... mais il n'y arrivait pas et ses entêtants cauchemars ne cessaient de lui rappeler. Mais il était incapable de parler de ça ou de son passé. Il ne voulait pas. Il ne voulait pas et il ne pouvait pas.

- Nathaniel ? poussa délicatement le médecin.

- Je... je ne dors pas, avoua-t-il.

- Nathaniel, soupira Carlisle, tu aurais dû me le dire plus tôt. Sais-tu pourquoi tu n'arrives pas à dormir ? C'est l'angoisse ? Où alors tes blessures qui te font mal ? Ou est-ce qu'il y a autre chose ? demanda-t-il précautionneusement. Si ça fait plusieurs années... est-ce que tu fais des cauchemars ?

Il vit l'adolescent se tendre à la vitesse de l'éclair lorsqu'il demanda cela et il sut qu'il avait tapé dans le mille. Ce n'était pas vraiment étonnant après les épreuves qu'avait vu le jeune homme dans sa vie et le stress qu'il subissait vraisemblablement depuis longtemps.

- Tu fais des cauchemars c'est ça ? insista-t-il doucement.

- Je n'ai pas envie de parler de ça, murmura l'adolescent avec une tension plus que visible.

Le couple échangea un regard, se demandant ce qui pouvait le tourmenter ainsi. Le médecin reporta rapidement son attention sur l'adolescent, prenant l'une de ses mains dans les siennes pour le rassurer un peu et le faisant sursauter au passage :

- Tu n'es pas obligé d'en parler si tu ne le veux pas mais dis moi si c'est bien ça. Ce sont des cauchemars qui t'empêchent de dormir ? demanda-t-il.

Nathaniel approuva d'un petit signe de tête, se disant que pour la plupart des gens les cauchemars devaient être une raison bien puéril. Mais ses cauchemars à lui n'avaient rien à voir avec les angoisses d'un enfant.

- Tu sais, commença Carlisle la voix douce, si quelque chose te tracasse et si c'est à cause de ça que tu fais des cauchemars, en parler t'aiderait sûrement, expliqua-t-il.

- Je n'ai pas envie de parler de ça, répéta Nathaniel en baissant la tête et en serrant les dents.

- Très bien, abdiqua calmement le médecin qui rangea cependant cette histoire dans un coin de sa tête. Je vais te donner quelque chose pour t'aider à dormir d'accord ?

Le jeune homme acquiesça simplement, se demandant s'il allait vraiment pouvoir dormir un peu avec les médicaments de Carlisle. Il était si fatigué. Ça faisait des années qu'il n'avait pas eu une nuit tranquille. Les seules fois où il avait dormi plus de quelques heures d'affilées avaient été lorsqu'il avait été tellement blessé qu'il était au bord de l'inconscience. C'était arrivé relativement souvent ces derniers mois.

- Est-ce que tu as beaucoup toussé cette nuit ? demanda ensuite l'adulte.

- Un peu, répondit l'adolescent.

- Bon, je vais voir où en est tout ça, expliqua le médecin.

Le jeune homme approuva et le laissa prendre sa tension et sa température en silence. Et rapidement, Carlisle annonça un sourire dans la voix que sa fièvre avait commencé à baisser légèrement et que c'était très bon signe. Sa tension restait cependant trop basse à son goût et sa respiration qu'il entendait parfaitement avec son ouïe vampirique était bien trop gênée, ses battements de cœurs trop lents. Il avait besoin de repos et de calme. Il décida de faire ses soins dans la foulée et Nathaniel se laissa faire. Pendant ce temps, Esmée rangea un peu, ramassant les verres et allant faire la petite vaisselle qu'il y avait. Allant dans la cuisine, elle vit qu'il y avait du lait sur le plan de travail et elle comprit vite que l'adolescent avait dû avoir toutes les peines du monde à se servir ce simple verre. Elle nettoya et fit la vaisselle, écoutant attentivement Carlisle soignant Nathaniel qui encore une fois ne se plaignait pas, retenant même ses gémissements de douleur. Elle termina rapidement et retourna au côté du jeune homme, inquiète pour lui, et elle prit sa main dans les siennes pour le soutenir. Il l'en remercia d'ailleurs faiblement, serrant doucement ses doigts.

Carlisle termina par ses yeux, commençant comme la veille par en soigner les pourtours aidé de sa femme et comme tout était resté bien propre et que les brûlures avaient belle allure, il jugea qu'il n'était pas obligé de faire revivre le calvaire du jour précédant à son jeune patient éprouvé. Aussi, il décida de faire autrement. Il prépara plusieurs choses et expliqua quoi faire à Nathaniel, puis ils éteignirent pour qu'il puisse se charger lui même de ses paupières sans les exposer à la lumière. L'obscurité était vraiment totale dans la petite maison une fois les lumière éteintes et même les vampires ne pouvaient y voir quoi que ce soit. Une simple petite lueur imperceptible pour les humains aurait suffis à leurs yeux pour fonctionner parfaitement mais il n'y avait même pas cela ici et ils étaient aussi aveugle que Nathaniel à cet instant.

Et ils purent alors se faire une petite idée de ce qu'il pouvait ressentir. Et ils détestèrent ça. Contrairement à Nathaniel, eux, ils avaient des sens extrêmement pointus même sans leurs yeux pour les aider et ils arrivaient même à percevoir la présence des objets un peu comme un sixième sens. L'adolescent n'avait rien de tout cela. Alors c'était forcément bien pire pour lui avec les sens limité des humains et sa condition de faiblesse. Et pourtant, même pour eux, c'était une horreur de ne plus rien y voir. C'était immensément déstabilisant et ils furent pressés de retrouver la lumière. C'est cruellement qu'ils réalisèrent que l'adolescent devait avoir cette même envie et de manière certainement plus forte encore mais que lui n'avait aucun espoir de revoir la lumière. On rallumerait et eux ils retrouveraient la vue mais le jeune homme resterait dans le noir et pire encore, s'il ne portait pas son bandeau, il souffrirait horriblement. C'était bien cruel.

Ils écoutèrent Nathaniel soigner ses yeux en suivant les consignes de Carlisle puis ils rallumèrent lorsqu'il eut terminé et remit son bandeau. Il était alors un peu plus de midi et Esmée fit à manger pour l'adolescent. Celui-ci s'inquiéta de nouveau pour leur repas à eux et ils lui mentirent en lui disant qu'ils avaient amené un pique nique afin qu'il ne s'inquiète pas pour eux. La brune le fit manger tranquillement et elle remarqua ensuite que ses cheveux avaient bien besoin d'être lavés. Elle comprit rapidement qu'il ne devait pas pouvoir le faire lui même. Il ne pouvait pas prendre de douche avec tout ses pansements et il ne pouvait pas se pencher pour les laver avec ses côtes brisées, sans compter sa main droite entièrement bandée qu'il ne pouvait mouiller. Aussi, elle lui proposa de les laver pour lui. L'adolescent protesta d'abord mais elle le fit céder en lui rappelant qu'elle avait bien l'intention de l'aider et que ça lui faisait plaisir. Il ne fut pas difficile de faire plier le jeune homme épuisé qui se laissa finalement faire.

Elle installa alors une chaise dos au lavabo de la salle de bain et l'y fit asseoir. Elle plaça une serviette pliée sous sa nuque pour qu'il soit confortable et lui fit renverser la tête en arrière, déposant ses longs cheveux noirs dans le bac. Elle dénoua son bandeau mais veilla à garder ses yeux bien couvert, repliant le lourd tissu sur lui même pour qu'il couvre ses paupières uniquement. Elle commença ensuite à laver ses magnifiques cheveux, prenant son temps pour masser sa tête avec délicatesse. Elle sourit en le voyant se détendre sous son traitement. Nathaniel finit même par s'endormir, son corps se détendant complètement pour la première fois depuis qu'elle le connaissait. Sa respiration sifflante se fit plus profonde et plus lente. Elle sourit un peu plus en trouvant Carlisle appuyé dans l'encadrement de la porte et regardant l'adolescent d'un œil protecteur. Elle termina sa tâche avec délicatesse et douceur, séchant ensuite tranquillement la longue chevelure avec application. Lorsqu'elle eut terminé, elle renoua son bandeau correctement puis elle le prit très précautionneusement dans ses bras, autant pour ne pas le réveiller que par attention pour ses blessures et elle le tint contre elle précieusement.

Elle mentirait si elle osait dire qu'elle ne s'était pas déjà attachée à lui, à cet enfant qui avait grandi sans sa mère quand elle avait continué à vivre sans son fils. Un enfant qui aurait terriblement besoin de sa mère à ce moment. Comme Carlisle, elle avait terriblement envie de l'aider et de le protéger. Nathaniel n'était qu'un adolescent qui avait eu visiblement une vie vraiment difficile et personne pour s'occuper de lui. Et il était tellement attachant. Il y avait quelque chose de très attirant chez lui et paradoxalement, le fait qu'il ne demandait pas d'aide et qu'il essayait de refuser la moindre attention donnait encore plus envie de s'occuper de lui. Il avait cette candeur, cette modestie et cette simplicité trop rare à l'heure actuelle. Il ne demandait rien et ne se plaignait pas malgré qu'il devait bien en avoir envie. Il avait inexorablement réveillé ses instincts de mère comme ils ne l'avaient pas été depuis bien longtemps et elle voyait bien que Carlisle était dans la même position.

Elle le cala précieusement contre elle en veillant bien à ne pas le réveiller et elle sourit largement lorsque l'adolescent se nicha d'instinct contre elle comme un enfant contre sa mère. Et elle fondit complètement en voyant ça, le serrant un peu plus. Elle se dirigea vers la chambre pour l'installer dans son lit et le laisser dormir un peu. Elle le couvrit soigneusement alors que Carlisle ramenait la bouteille d'oxygène, mettant délicatement le masque en place sur son visage, expliquant que cela l'aiderait à respirer et à mieux dormir. Une fois le jeune homme bien installé, ses chaussures retirées, le couple regagna le salon, le laissant se reposer. Ils s'installèrent dans le canapé en silence mais Esmée prit rapidement la parole avec calme mais sérieux.

- Tu as déjà pensé à le transformer n'est-ce pas Carlisle ? demanda-t-elle.

- Il n'est pas mourant, posa le blond.

- Peut-être mais son cas est particulier, répondit Esmée. Et puis tu y as pensé non ?

- Oui j'y ai pensé mais je ne peux pas lui faire ça alors qu'il a encore une chance d'avoir une vie normale, dit-il.

- Il n'aura jamais une vie normale entre sa cécité et sa santé fragile, remarqua Esmée. Et on sait tout les deux qu'il aura énormément de mal à s'habituer et à trouver du travail en deux petites années à peine. De quoi vivra-t-il ensuite ? s'inquiéta-t-elle. Et il n'a personne pour l'aider.

- Je sais mais il y a encore une chance avec notre aide. On verra bien. Pour le moment, on va s'occuper de lui et le soigner et puis on verra comment ça évolue, dit-il en regardant sa femme.

- Tu l'apprécies déjà beaucoup n'est-ce pas ? sourit-elle.

- Tu peux parler, ricana-t-il en la faisant pouffer. Difficile de ne pas s'y attacher avec nos deux cœurs d'artichaut, s'amusa-t-il. Et puis, j'ai voué ma vie à aider des gens comme lui. Ce n'est qu'un enfant, il ne mérite pas ce qu'il lui arrive j'en suis certain. Alors oui, j'avoue que j'ai pensé à le transformer, pour lui donner une famille, le confort et lui rendre la vue et la santé. Mais cela vaut-il sa vie humaine pour lui ? demanda-t-il avec sérieux.

- On ne peut répondre à sa place, murmura Esmée.

- C'est pour ça que je préfère mettre cette idée de côté pour le moment et privilégier sa vie mortelle. Mais on va veiller sur lui, assura le médecin.

- Ça c'est évident, répondit-elle.

Ils restèrent assis l'un à côté de l'autre en silence, pensant à l'adolescent mais très vite, des bruits provenant de la chambre attirèrent leur attention. Des gémissements. Ils échangèrent un regard et se levèrent pour rejoindre Nathaniel. Ils le trouvèrent dans son lit, le visage crispé de peur, de désespoir et de douleur. Il gémissait en serrant les dents à l'extrême. Ses poings agrippaient les draps avec force et il se débattait, s'agitant violemment. Il gémissait et sanglotait. Il bredouillait aussi des mots qu'ils ne comprirent pas, ils ne distinguèrent qu'un nom : « Severus ». Ils restèrent un moment surpris par la brutalité de ce qui semblait être l'un de ses fameux cauchemars qui lui volaient son sommeil.

Prestement, ils reprirent leurs esprits et s'approchèrent pour le réveiller. Carlisle s'assit au bord du lit et retira le masque à oxygène qui avait déjà à moitié glissé. Il posa ensuite sa main sur son épaule et le secoua pour le réveiller, appelant son nom comme le faisait Esmée. Il leur fallut un bon moment d'angoisse pour parvenir à réveiller Nathaniel qui se redressa subitement en hurlant, les faisant sursauter. Mais il serra bien vite les dents, gémissant et portant ses mains à ses côtes brisées. Et les deux vampires n'eurent pas le temps de faire ou dire quoi que ce soit que l'adolescent était pris d'un violent haut de cœur. Il mit une main devant sa bouche et se leva en catastrophe pour aller vers la salle de bain d'un pas chancelant et précipité. Il se cogna d'ailleurs au chambranle de la porte ouverte mais n'en fit pas grand cas et continua pour aller s'effondrer devant les toilettes et vomir son dernier repas.

Se regardant alors qu'ils étaient restés paralysés, Carlisle et Esmée se précipitèrent à leur tour pour le rejoindre. Le médecin s'accroupit prestement près de son jeune patient, sa femme derrière lui et il écarta ses longs cheveux. Nathaniel toujours agité de hauts de cœurs sursauta violemment lorsque Carlisle posa une main dans son dos :

- C'est Carlisle Nathaniel, ne t'en fais pas, rassura-t-il.

Mais l'adolescent n'avait pas le loisir de s'en faire alors qu'il vomissait encore. Le malaise passa finalement, laissant le jeune homme tremblant et essoufflé, gémissant doucement et avachi sur ses genoux. Voyant que la crise était passée, Carlisle ne fit ni une ni deux et le prit dans ses bras, le soulevant délicatement comme une princesse. Nathaniel se laissa faire, posant lourdement sa tête contre son épaule, grimaçant. Le médecin gagna le salon et l'assit dans le fauteuil alors qu'Esmée allait chercher un verre d'eau. Le jeune homme s'était enfermé dans ses bras, tremblant et grimaçant, pâle. Revenant près de lui, la brune prit doucement l'une de ses mains pour y mettre le verre :

- Tiens, bois un peu, ça te fera du bien, dit-elle doucement.

L'adolescent avala quelques gorgées avec lenteur, toussant un peu en abaissant le verre.

- Merci, bredouilla-t-il la voix rauque. Désolé pour le dérangement. Je ne me souviens même pas m'être endormi.

- Tu t'es endormis quand je lavais tes cheveux, renseigna la dame, mais ce n'est rien. Tu es épuisé.

- Ça va mieux ? demanda Carlisle.

- Oui, merci, murmura-t-il.

- Tes cauchemars sont toujours aussi violents ? questionna-t-il délicatement.

L'adolescent hésita, mordillant sa lèvre avant de répondre :

- Presque toujours, admit-il doucement.

- Et ils te rendent souvent malade ainsi ? demanda le médecin.

- Si j'ai mangé avant de dormir, à tout les coups, dit-il avec un sourire ironique.

Le couple échangea de nouveau un regard intrigué, inquiet et triste, se demandant ce qui pouvait aller jusqu'à l'agiter comme ils l'avaient vu et le rendre malade de la sorte.

- Et tu ne veux vraiment pas en parler un peu ? demanda Esmée avec précaution. Ça pourrait te faire du bien tu sais.

- Non, je ne veux pas parler de ça, répondit-il immédiatement avec tension.

- Bon, ce n'est pas grave, rassura Carlisle en ne voulant pas le stresser. Mais si tu en a envie, n'hésite pas, ajouta-t-il. Essaye de respirer doucement, conseilla-t-il en le voyant encore agité.

Ils le laissèrent se calmer un moment mais l'adolescent paraissait particulièrement gêné et honteux de ce qu'il venait de se produire. Essayant de le détendre, Esmée alla rallumer le poste, faisant flotter un peu de musique dans l'air. Carlisle lui, attrapa la couverture présente sur le canapé pour le couvrir un peu, prenant ensuite ses mains dans les siennes.

- Ce n'est rien Nathaniel, dit-il doucement, essaye de te détendre un peu, préconisa-t-il en le trouvant bien trop tendu. Calme toi, ça te fera du bien.

Mais ils eurent beau faire, ils ne parvinrent pas à le détendre. Nathaniel leur proposa même de rentrer chez eux, avançant qu'en ce dimanche, leurs enfants devaient vouloir passer un peu de temps avec eux. Mais ils refusèrent tranquillement, expliquant qu'en ce début de vacances, leurs enfants faisaient la fête hors de la maison. Et ils ne voulaient pas laisser le jeune homme tout seul après ce qu'ils venaient de voir, voulant tout d'abord s'assurer qu'il allait relativement bien. Pour le déstresser, ils entamèrent diverses discussions calmes sur des sujets triviaux, essayant en même tant d'en savoir un peu plus sur les goûts du jeune homme. Et ils ne purent que confirmer sa simplicité. Il n'était pas difficile et se contentait de pas grand chose simplement. Il était vraiment touchant.

En fin d'après midi, on toqua à la porte et c'est le shérif Swan que trouva Nathaniel en allant ouvrir. L'homme était venu pour savoir si tout allait bien pour lui et pour lui demander s'il n'avait besoin de rien. Et il s'était inquiété en voyant la voiture du médecin devant sa maison. Le jeune homme l'avait fait entrer et ils avaient discuté un moment tous ensemble, Carlisle expliquant qu'il venait chaque jour chez lui pour faire ses soins afin de lui faciliter les choses. Esmée expliqua elle aussi qu'elle viendrait l'aider régulièrement et le shérif approuva. Il ne resta pas longtemps, rappelant à l'adolescent qu'il ne devait hésiter à appeler si besoin. Avant de s'en aller, il demanda tout de même à Carlisle et Esmée s'ils pouvaient demander à sa fille de venir passer un peu de temps avec lui. Ils approuvèrent et il s'en alla, les deux vampires restant de nouveau seul avec le jeune homme.

- Pourquoi a-t-il demandé ça ? questionna l'adolescent avec curiosité.

- Et bien, l'un de nos fils, Edward, sort avec la fille du Shérif, expliqua Carlisle sans réticence alors que l'adolescent leur avait déjà bien parlé de lui même. Elle s'appelle Isabella. Elle habitait avec sa mère auparavant mais il y a un an et demi environ, elle est venue vivre avec son père ici, à Forks. Elle et Edward se sont rencontrés au lycée et ils sont ensemble depuis un an et trois ou quatre mois maintenant. Isabella vit avec Edward à la maison et elle ne passe plus beaucoup de temps avec son père. Ça fait longtemps qu'elle n'est pas allée le voir.

- Elle a tord, murmura Nathaniel avec une douleur qu'ils comprirent aisément. Elle devrait en profiter.

Que ne donnerait-il pas lui pour encore avoir un père avec qui passer du temps ?

- Oui c'est vrai qu'elle délaisse un peu Charlie en ce moment, remarqua Esmée. Ça ne lui ferait pas de mal de passer quelques jours chez elle et ça donnerait un peu d'air à Edward qui nous manque beaucoup à nous et à ses frères et sœur.

- Pourquoi ça ? demanda le jeune homme.

- Et bien Isabella et Edward passent tout leur temps ensemble, expliqua Carlisle. Alors Charlie ne voit plus sa fille et nous, même si on habite dans la même maison, on ne voit plus vraiment Edward tranquillement. Et puis leur couple est un peu en crise en ce moment alors ils se disputent régulièrement.

- Je vois, répondit l'adolescent. Ça ne doit pas être drôle tout les jours.

- Ça finira bien par s'arranger d'une manière ou d'une autre, positiva Esmée avec un léger sourire.

Ils discutèrent encore un peu jusqu'au soir où la dame prépara de nouveau un repas pour leur protégé, l'aidant à manger. Elle s'attela ensuite à faire la vaisselle alors que Carlisle donnait des recommandations pour la nuit à son jeune patient. Il lui conseilla d'attendre au moins deux heures avant d'aller dormir pour qu'il digère et qu'il ait moins de risque d'être malade. Il lui donna aussi quelque chose pour l'aider à se reposer, lui intimant de l'appeler immédiatement si ça n'allait pas. Le couple resta encore un moment. Le médecin expliqua qu'il reviendrait le lendemain soir après son travail à la clinique pour faire ses soins et Esmée elle, annonça qu'elle viendrait dans la matinée pour passer la journée avec lui jusqu'au soir où elle repartirait avec son mari. Et ils s'en allèrent finalement.

Suivant les recommandations de Carlisle, Nathaniel passa une nuit un peu plus tranquille, réussissant à dormir quelques heures grâce aux médicaments. Et cela lui fit le plus grand bien. S'habillant et se lavant, avalant ensuite quelque chose, il attendit Esmée avec une certaine impatience, tranquillement assis dans son fauteuil, tout près de son chauffage et couvert de sa couverture. Il alla rapidement lui ouvrir lorsqu'elle se présenta à la porte. Et ce jour là, ce fut une petite bataille tendue qui eut lieu lorsque la dame lui expliqua qu'elle était allée faire quelques courses pour lui et pour diversifier un peu ce qu'il y avait dans ses placards. Gêné qu'elle ait eu cette attention, Nathaniel insista pour lui rembourser les achats fait pour lui pendant que la brune insistait pour qu'il lui laisse lui en faire cadeau. Seulement, l'adolescent n'était pas prêt à lâcher le morceau cette fois-ci et ils discutèrent un moment, aussi têtu l'un que l'autre :

- Je ne veux pas que tu dépenses d'argent pour moi Esmée, c'est hors de question, dit-il avec détermination. Toi et Carlisle vous avez déjà la gentillesse de m'aider, vous m'avez déjà beaucoup aidé. Je ne veux pas que vous dépensiez d'argent pour moi. Avec votre grande famille et un seul salaire, ça ne doit déjà pas être forcément facile. Et même si vous étiez richissime je ne voudrais pas. Je ne fais pas l'aumône. Je ne veux pas que tu fasses ça s'il te plaît, pria-t-il. Alors je vais te rembourser.

- Bon, si tu y tiens, finit-elle par céder un peu à contre cœur mais comprenant qu'il devait avoir sa fierté.

Une fois le sujet réglé et Nathaniel un peu plus détendu, elle vint tout d'abord s'asseoir avec lui pour discuter, s'assurant qu'il avait réussi à dormir un peu et qu'il avait pu passer une nuit à peu près correcte. Elle lui demanda aussi s'il avait pris un petit déjeuner avant de papoter un peu avec lui. Puis elle le pria de se reposer pendant qu'elle s'occupait de la maison, laissant le jeune homme très gêné de la laisser travailler pendant qu'il se la coulait douce, bien installé dans le canapé. Elle rangea ce qu'elle avait acheté pour lui. Il n'y avait rien d'extraordinaire alors qu'elle ne connaissait pas encore très bien ses goûts. Il y avait des légumes et des fruits, des produits de bases et un peu de viande qui ne lui ferait pas de mal. Elle fit ensuite un peu de ménage et mit une lessive en route, elle rangea les différents médicaments et compléments alimentaires qui étaient restés sur la table basse, lui demandant comment il préférait procéder et lui expliquant où elle mettait chaque chose. Lorsque l'adolescent fut pris d'une violente quinte de toux, il ne lui fallut qu'une seconde pour être à ses côtés, lui ramenant la bouteille d'oxygène et l'aidant à mettre le masque pour l'aider à respirer. Elle le soutint et le rassura patiemment, l'encourageant alors que Nathaniel la remerciait à profusion pour son aide et son soutient.

Elle lui prépara son repas, l'aida à manger et fit sécher son linge. Puis elle entreprit de s'occuper un peu de lui alors qu'ils avaient mis le poste en route pour avoir une petite musique de fond. Elle le convainquit de la laisser démêler ses longs cheveux et elle prit tout son temps pour le faire, ne tarissant pas d'éloge sur sa belle chevelure. Une fois le linge sec, elle le repassa et alla le ranger, restant un moment choquée lorsqu'elle ouvrit une armoire de vêtements quasiment vide et ou chaque pièce était neutre et simple. Encore une fois, elle ne pouvait que constater l'extrême modestie de la vie de l'adolescent. Toute la journée, elle avait remarqué que Nathaniel l'écoutait avec attention. Il la remerciait aussi régulièrement l'air gêné qu'elle en fasse tant quand il ne bougeait pas de son fauteuil, lui disant régulièrement qu'elle n'était pas obligée de faire tout ça. Mais elle le rassurait tranquillement à chaque fois, lui assurant que ça lui faisait plaisir et qu'il ne devait penser qu'à se reposer et se détendre. Lorsqu'elle eut terminé, elle vint s'asseoir avec lui, lui offrant un en-cas en cette fin d'après midi. Et ils discutèrent tranquillement jusqu'à l'arrivée de Carlisle.

Le médecin fut ravi de trouver le jeune homme un peu mieux, enchanté d'apprendre qu'il avait réussi à dormir un peu et qu'il n'avait pas été malade. Il s'occupa rapidement de faire ses soins, Esmée restant près de lui pour le rassurer et le détendre. Puis elle alla lui faire à manger joyeusement pendant que son mari parlait avec le jeune homme. Et ce ne fut qu'un peu plus tard que le couple le laissa pour la nuit.

Les jours qui suivirent se passèrent de manière semblable. Le shérif venait de temps en temps le saluer et s'assurer que tout allait bien, Nathaniel appréciant beaucoup son attention alors qu'il semblait réellement se soucier de lui. Esmée arrivait le matin et s'occupait de la maison de Nathaniel pour ensuite passer son temps avec lui. Elle faisait toute les tâches communes et s'occupait du jeune homme qui avait bien du mal à s'y faire, terriblement gêné. L'adolescent passait ses journées tranquillement installé dans le canapé, se reposant et écoutant ce que faisait la dame. Grâce aux médicaments de Carlisle, il passait désormais des nuits plus calmes et plus reposantes même s'il ne dormait jamais plus d'une dizaines d'heures d'affilé, souvent bien moins, trop habitué aux courtes nuits. Mais cela lui faisait vraiment du bien, lui permettant de trouver du repos et de se détendre un peu.

Et la journée, il y avait Esmée qui le détournait efficacement de toute idée sombre. Il se plaisait à l'écouter et à discuter avec elle de choses simples et triviales. Elle avait chassé sa solitude en quelques jours et s'il en était gêné, il était aussi très heureux qu'elle soit là. Elle lui faisait du bien, elle le rassurait et l'égayait efficacement alors qu'elle était toujours joyeuse, douce et calme. Et elle était toujours là en un éclair lorsqu'il avait un problème. Elle était là lorsqu'il était pris d'une violente et douloureuse quinte de toux, elle était là pour l'aider à se lever lorsqu'il avait besoin de se déplacer et qu'il avait du mal à sortir du fauteuil. Elle veillait à se qu'il se repose, mange et boive suffisamment. Elle l'aidait pour laver ses cheveux. Et surtout, elle était là et elle lui tenait compagnie. Elle était là et ça lui faisait un bien titanesque. Il n'avait jamais eu personne pour s'occuper de lui ainsi et la brune était toujours si gentille et chaleureuse. Ça lui faisait chaud au cœur et c'est très vite qu'il s'attacha à elle comme elle s'attachait à lui.

Elle passait ses journées entières avec lui et si s'occuper de la petite maison ne lui prenait que très peu de temps, elle se plaisait à venir simplement s'asseoir avec lui pour parler de tout et de rien. Elle lui parlait parfois de sa petite famille, de la ville ou plus simplement de leurs goûts et de ce qu'ils aimaient faire tout deux. Elle essayait d'en savoir plus sur lui et sur son passé mais Nathaniel veillait bien à ne pas en dire trop, n'ayant guère envie de parler de ça. Il voulait juste oublier et recommencer autre chose comme il pouvait maintenant. Et la dame capta très vite son malaise à propos de sa vie, s'abstenant ensuite de le questionner à ce propos et préférant attendre qu'il se décide de lui même. Elle avait très vite pris l'habitude de lui préparer de bons repas et surtout quelques desserts tel que des crêpes que le jeune homme avait adoré. Rapidement, elle eut l'idée de faire un peu de lecture pour occuper l'adolescent et le détendre en plus de la musique qu'ils écoutaient régulièrement, Carlisle ne cessant de répéter qu'il avait besoin de calme et de détente. Elle avait donc ramené quelque romans et lisait pour lui, Nathaniel se plaisant beaucoup à l'écouter et à écouter ces histoires qu'il ne connaissait pas. Il se sentait si bien avec elle alors qu'elle passait son temps à le chouchouter et à s'occuper de lui. Et il s'y faisait doucement alors qu'il n'avait jamais eu droit à cela.

Et de son côté, Esmée avait bien remarqué qu'il n'y était pas du tout habitué, comprenant qu'il n'avait jamais dû avoir personne pour lui et cela ne faisait que stimuler son envie de le couver comme une mère. L'adolescent la remerciait très souvent, la priant de ne pas en faire trop, lui proposant régulièrement de rentrer chez elle si elle en avait assez, lui répétant de se servir si elle avait faim ou soif. Lorsqu'ils en avaient rapidement discuté, il lui avait confié qu'il s'était toujours débrouillé tout seul et qu'il n'avait pas l'habitude qu'on l'aide ainsi. Esmée l'avait alors patiemment assuré qu'elle faisait cela avec plaisir et qu'il ne devait pas s'inquiéter, juste se reposer, se détendre et se soigner. Pour occuper leur temps, elle avait aussi commencé à l'aider pour réapprendre certaines chose comme manger seul en premier lieu. Elle l'aidait et l'assistait pour trouver le moyen de le faire seul même s'il ne voyait rien. Et elle calmait efficacement sa frustration, son agacement et son désespoir lorsqu'il ne parvenait pas à faire ce qu'il voulait, lui assurant qu'avec de l'entraînement ça irait mieux, qu'il devait se laisser un peu de temps.

Elle était pleine d'attention pour lui alors qu'elle avait chaque jour un peu plus envie de le protéger et de le guérir en voyant son état. Pourtant, il ne se plaignait jamais et ne demandait rien. Elle avait pourtant bien vue qu'il avait terriblement besoin d'un peu d'attention et de soutient, de douceur, de protection. Il avait besoin d'être rassuré et réconforté. Elle l'avait bien compris et elle voulait lui donner tout cela, son âme de mère ne supportant pas de voir un enfant dans cet état et cette situation.

Le vendredi de la première semaine qu'elle passa avec lui elle assista à une scène qui lui brisa le cœur bien qu'elle l'ait déjà vu. Nathaniel s'était endormis dans le canapé l'après midi alors qu'il avait encore cruellement besoin de repos, restant faible et fatigué. Et il avait fait un violent cauchemar, plus violent que celui qu'elle avait déjà vu alors qu'il s'était agité comme si on avait voulu le tuer, retenant cris et gémissements avec peine. Elle avait eu beaucoup de mal à le réveiller mais elle y était finalement parvenue. L'adolescent allongé dans le fauteuil s'était redressé d'un bond, gémissant à ses côtes douloureuses et à son corps encore mal en point. Il était alors très agité et elle n'avait même pas réfléchi avant de le prendre dans ses bras avec délicatesse pour le câliner et le rassurer comme une mère l'aurait fait. L'adolescent avait d'abord sursauté violemment et s'était débattu légèrement avant de reconnaître sa voix et de reprendre lentement ses esprits. Il s'était alors blotti contre elle pour sangloter en silence, craquant après le violent rêve. Elle l'avait tenu longtemps contre elle, le rassurant de douces paroles et l'enroulant dans sa couverture pour que son corps glacé ne lui nuise pas. Elle avait vraiment eu l'impression d'avoir un enfant terrorisé dans ses bras.

Et elle avait deviné au fil des jours que c'était ce qu'était Nathaniel, un enfant terrorisé. Il avait peur et il était désemparé. Il sursautait souvent pour rien et il était toujours très tendu. Mais elle comprenait, avoir perdu la vue en étant en plus dans son état devait être absolument terrifiant et déstabilisant. Elle faisait alors tout pour le rassurer et le tranquilliser

Chaque soir, Carlisle venait pour faire ses soins mais aussi pour passer un peu de temps avec lui, discutant des journées qu'il passait avec Esmée et de bien d'autres choses. Il faisait toujours preuve de douceur et d'attention en s'occupant de lui, veillant sur sa santé qui s'améliorait de jour en jour. Et de jour en jour, lui aussi se rapprochait davantage de l'adolescent qu'il avait envie d'aider et de protéger. Tout trois apprenaient rapidement à se connaître un peu plus et chaque jour, Nathaniel leur faisait un peu plus confiance, se détendant et acceptant leur attention et leur aide avec une gratitude débordante. Ça faisait tellement de bien d'avoir quelqu'un sur qui s'appuyer et l'adolescent se faisait chaque jour la réflexion qu'il n'avait jamais eu personne d'aussi gentil et bienveillant envers lui, jamais. Le couple était une vraie bénédiction et il attendait chaque jour Esmée et Carlisle avec beaucoup d'impatience, s'appuyant sur eux pour reprendre lentement pied dans cette nouvelle vie. Ils lui faisaient tellement de bien, calmant sa peur et son désespoir, soulagent ses douleurs et le rassurant constamment.

Le couple quittait ensuite sa maison ensemble le soir discutant énormément du jeune homme. Mais ils n'en parlaient pas chez eux voulant préserver la vie privée de l'adolescent qui avait bien besoin de calme et de tranquillité. Et comme ils n'avaient pas eu l'occasion de voir beaucoup Edward durant la semaine, celui-ci n'avait pas pu lire leurs pensées. Les rares fois où ils l'avaient croisé, le télépathe avait été bien trop préoccupé par son couple pour aller faire un tour dans leurs esprits. Les autres avaient cependant bien remarqué qu'il se passait quelque chose alors qu'Esmée passait toutes ses journées ils ne savaient où et rentrait le soir avec Carlisle, bien plus tard que l'heure ou terminait le médecin. Mais personne n'avait rien demandé malgré leur immense curiosité. Après tout ce qu'il s'était passé dans leur famille depuis l'arrivée de Bella, tous avaient besoin de décompresser et si leurs parents avaient leur secret, ils en avaient le droit. Seulement, leur curiosité était chaque jour un peu plus grande.

Le samedi, le couple passa la journée avec l'adolescent alors qu'Esmée avait encore l'épisode cauchemar de la veille bien vif à l'esprit. Elle débordait d'attention pour Nathaniel, voulant le faire sourire un peu et apaiser son esprit. Ayant bien compris qu'il ne voulait pas leur parler de ses rêves, ils ne lui posèrent aucune question et préférèrent essayer de le distraire un peu. Ils s'étaient tout deux rendus compte qu'ils aimaient s'occuper du jeune homme, ils aimaient passer du temps avec lui. Il était si simple et modeste, attachant mais aussi extrêmement mature, parlant souvent plus comme un adulte que comme l'enfant qu'il était encore à leurs yeux. Il était toujours un peu sombre, l'air triste et douloureux. Au début, ils avaient mis cela sur le compte du handicap qui venait de le frapper mais ils commençaient à se demander si ce n'était pas plus ancien et plus profond que cela.

Le jeune homme semblait ne pas avoir vraiment goût à la vie, il était souvent morose bien qu'il tente de le cacher. Ses sourires très rares étaient si maladroit qu'on avait l'impression qu'il ne savait pas sourire et encore moins rire. Il était tellement surpris pas leurs gestes doux qu'ils avaient l'impression qu'il n'y avait absolument jamais eu droit. C'était vraiment étrange et inquiétant pour eux. Et à deux, ils avaient longuement parlé aussi les nombreuses cicatrices plus ou moins anciennes qui couvraient le jeune homme et qu'ils voyaient chaque jour lors des soins, se demandant où et comment il avait pu recevoir de telles blessures. Au vue des cicatrices, Carlisle avait estimé que plusieurs d'entre elles avaient été très graves et avaient certainement mis sa vie en danger. Aussi, ils étaient immensément curieux à l'égard de son passé mais ils ne lui posaient pas de question, ayant bien compris que Nathaniel ne voulait pas en parler. Il détournait toujours les conversations lorsqu'on en venait à sa vie. Tout ce que savaient les deux vampires, c'était qu'il avait eu la vie vraiment difficile, ça se lisait sur son corps, dans son attitude et son caractère. Ils espéraient qu'il serait un jour assez à l'aise avec eux pour leur parler mais ils avaient décidé d'un commun accord de ne pas l'embêter avec le sujet qui l'angoissait et le tendait très visiblement à chaque fois qu'on l'approchait. Ils étaient cependant sûr que le jour où ils sauraient, ça ne leur plairait pas.

Ils passèrent donc leur samedi entier avec lui, discutant tranquillement avec une petite musique de fond. Carlisle profita aussi du fait qu'ils avaient tout leur temps pour faire le tour complet de l'état du jeune homme. Le repos, les bons repas et les soins avaient fait leur effet et il allait déjà bien mieux. La pneumonie si elle n'était pas entièrement guérie avait été bien contrée et l'adolescent ne toussait plus, respirant de mieux en mieux et soulageant ses côtes. La fièvre était partie et il ne montrait plus le moindre signe d'infection. Ses blessures guérissaient bien, alors que plusieurs d'entre elles ne nécessitaient plus de soins quotidiens. La quantité de pansement le recouvrant diminuait doucement au plus grand plaisir de tous. Les brûlures et les côtes cassées étaient ce qu'il y aurait de plus long à guérir mais Carlisle avait bon espoir que d'ici deux semaines, il serait en très grande partie guéri.

Nathaniel restait cependant très faible alors qu'il manquait d'énergie et il leur avait expliqué que c'était ses problèmes de santé qui le laissaient toujours dans cet état. Même si en réalité, c'était la perte de sa magie qui en était responsable. Il était aussi sujet aux maux de têtes et avait régulièrement mal aux yeux. Il avait tenté de leur cacher mais Esmée qui l'avait plusieurs fois vu se masser les tempes en grimaçant avait fini par lui faire dire, le priant doucement de ne pas se cacher ainsi quand quelque chose n'allait pas. Il y avait aussi ses carences, la brune s'assurant qu'il prenne bien ses complètements alimentaires et lui préparant de bons repas pour régler ça. Et puis il y avait aussi sa maigreur qui faisait vraiment peine à voir pour eux. Il lui manquait vraiment pas mal de kilos. Esmée veillait donc particulièrement à ce qu'il mange. Il avait l'air tellement fragile pour eux.

Alors qu'il guérissait, Carlisle avait pu réduire les antidouleurs qu'il lui donnait chaque jours, passant à des choses bien plus légères alors que seules ses côtes posaient encore des problèmes de temps à autre. Il en avait encore pour quelques jours de traitement antibiotique mais on en voyait le bout aussi. Il avait déjà retiré les fils de sutures de plusieurs blessures qui malheureusement laissaient des cicatrices supplémentaires. Mais le principal était qu'il guérissait souffrant bien moins désormais même si Esmée gardait l'habitude de le distraire et de lui tenir la main lors des soins.

Ravis de l'amélioration de son état, c'est avec le sourire qu'ils passèrent tranquillement ce samedi. Ils discutèrent aussi du fait que Nathaniel devrait apprendre le braille pour pouvoir lire un peu alors qu'il leur avait confié qu'il aimait ça. Esmée lui promit alors d'essayer de trouver un livre avec lequel elle pourrait l'aider à apprendre et il l'en remercia beaucoup. Elle avança qu'elle pourrait certainement trouver cela sur internet et immédiatement le jeune homme insista pour qu'elle lui dise ce qu'elle paierait pour qu'il lui rembourse alors qu'il y tenait vraiment, ne voulant pas que le couple qui faisait déjà tant dépense quoi que ce soit pour lui. Et il ne céda pas sur ce point même s'ils tentèrent de le persuader de les laisser lui offrir. Le sujet ne fut clos que lorsque le couple céda. Et maintenant qu'il allait mieux, Esmée commençait à imaginer diverses petites activités qu'ils pourraient faire tranquillement pour aider le jeune homme à se passer de ses yeux et à s'habituer à la cécité. Carlisle insista pour qu'il reste tranquille chez lui encore une semaine au moins mais il pourrait ensuite sortir un peu pour de petites balades. Et la dame lui promit de l'emmener se promener en ville pour qu'il puisse apprendre à se diriger dehors et qu'il visite la ville en toute sécurité.

La journée passa rapidement dans une humeur légère et tranquille comme semblait tant l'apprécier le jeune homme. Il avait l'air de beaucoup aimer le calme. Il ne parlait jamais très fort et appréciait sa musique à un volume modéré, il ne s'énervait pas et semblait parfaitement se satisfaire d'une ambiance douce, chaleureuse et apaisante qu'il avait l'air de louer comme quelque chose de trop rare. C'est d'un baiser sur son front qu'Esmée lui dit au revoir ce soir là, Carlisle passant un bras autour de ses épaules pour le serrer une seconde et comme à chaque fois qu'on avait se genre de geste à son égard, l'adolescent lâcha un petit soupir de bien-être, ses lèvres se courbant très légèrement. Il avait vraiment l'air de ne pas avoir eu beaucoup d'affection dans sa vie et l'ayant remarqué, le couple s'appliquait à lui donner ce genre de petits gestes qui lui faisait toujours plaisir. Ils s'en allèrent ensuite, promettant de revenir le lendemain. Comme à leur habitude, ils attendirent d'avoir entendu le verrou de la porte être fermé derrière eux avant de partir pour de bon rejoindre leur famille et leur maison. Ça leur faisait étrangement du bien de sortir de chez eux et de passer du temps avec le jeune homme. Carlisle voyait sa femme très heureuse de coucouner Nathaniel pour qui elle s'inquiétait énormément. C'était certain, elle avait définitivement adopté l'adolescent, tout comme lui d'ailleurs.

Ce soir là, lorsqu'ils rentrèrent, encore un peu plus tard que d'habitude alors qu'ils n'avaient pas vu le temps passer chez leur petit protégé, ils trouvèrent leur famille au grand complet à la maison. Les trois couples étaient au salon et l'ambiance avait l'air un peu tendue comme c'était devenu constant depuis un moment. C'était aussi pour ça qu'ils aimaient aller chez Nathaniel, ça leur changeait les idées et leur faisait oublier un moment les tensions qui régnaient chez eux, principalement à cause du couple d'Edward et de Bella. Des tensions qui régnaient aussi bien à cause de leurs comportements entre eux qu'avec le reste de la famille et cela leur semblait bien puérils comparé à la situation du jeune homme qui pourtant ne faisait pas d'histoire et ne se plaignait jamais. Leur arrivée attira immédiatement l'attention générale et tous les saluèrent alors qu'ils les rejoignaient au salon, s'asseyant l'un à côté de l'autre.

- Vous rentrez tard, remarqua simplement Alice. Qu'est-ce que vous avez fait aujourd'hui ? demanda-t-elle avec curiosité.

Ils n'eurent pas le temps de répondre qu'Edward captait une de leur pensée commune du moment. Relevant un sourcil, il demanda alors :

- C'est qui ce Nathaniel ? questionna-t-il intrigué par ce nom qu'il n'avait jamais entendu.

- Peux tu ne pas lire nos pensées lorsqu'il s'agit de cette personne s'il te plaît, demanda calmement Carlisle, c'est l'un de mes patients, expliqua-t-il.

Edward acquiesça, se pliant à la demande qu'il comprenait. En général, il se pliait à ce genre de réclamation lorsqu'on lui demandait simplement. Seulement, tout le monde était encore bien curieux à propos de ce qui pouvait bien occuper chaque jour leurs parents.

- Et on peut savoir ce que vous avez fait toute la semaine pour que l'on ne vous voit pas de la journée ? demanda Emmet lui aussi intrigué par cela.

- Qu'est-ce qui vous inquiète ainsi ? demanda Jasper en attirant l'attention générale. Ça fait une semaine et demi que tu étais inquiet pour je ne sais trop quoi et ça fait une semaine pour Esmée. J'ai comme l'impression que vous êtes angoissés pour la même raison. Quelque chose ne va pas ? Hier soir, je t'ai senti un peu bouleversée Esmée, remarqua-t-il inquiet pour sa mère d'adoption. Ça fait des jours que vous êtes plus ou moins inquiets ou préoccupés tout en étant heureux et épanouis, c'est un peu étrange.

Le couple échangea un regard, se disant qu'ils pouvait bien expliquer un peu ne serait-ce que pour les rassurer et ne pas les inquiéter.

- Je ne pense pas que vous soyez au courant, commença Carlisle, mais depuis un peu moins de deux semaines, Forks compte un nouvel habitant, annonça-t-il.

Les cinq vampires et l'humaine se regardèrent avec surprise, aucun d'entre eux n'étant au courant.

- On ne savait pas, remarqua Rosalie. C'est rare un nouvel habitant ici, c'est ça qui vous inquiète ? Il y a un problème avec lui ? demanda-t-elle inquiète comme les autres qu'une nouvelle catastrophe leur tombe dessus.

- Non, pas au sens où tu l'entends ne vous en faîte pas, rassura Esmée.

- C'est un jeune homme, un adolescent, continua Carlisle, il n'a même pas encore dix sept ans. Il habite dans la toute petite maison qui était à louer près du centre ville.

- Il vit seul ? Demanda Alice avec curiosité.

- Oui, répondit le blond, il est émancipé. Et il est devenu mon patient, expliqua-t-il. Il a eu un grave accident peu avant de venir et il avait besoin de soins. J'ai très vite compris aussi qu'il avait besoin d'aide au quotidien chez lui pour l'aider. J'en ai parlé avec Esmée il y a une semaine de cela maintenant.

- Et j'ai décidé d'aller aider ce jeune homme, expliqua-t-elle. C'est chez lui que je passe mes journées.

- Et c'est lui alors ce Nathaniel ? demanda Edward.

- Oui c'est lui, approuva Esmée.

- Et pourquoi vous vous inquiétez tant pour lui ? demanda Bella en fronçant les sourcils. Il peut bien se débrouiller tout seul.

Jasper tourna le regard vers elle en sentant que ça ne lui plaisait pas et Edward soupira légèrement en sentant l'agacement de son frère.

- Non, il ne peut pas se débrouiller tout seul, répondit Carlisle. Justement. Il a une santé très fragile et l'accident qu'il a subis était très grave. Il a été très lourdement blessé mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi perdu la vue, annonça-t-il.

- Le pauvre, murmure Alice.

- Dans l'état dans lequel il était, il ne pouvait pas se débrouiller tout seul. Son état nécessite qu'il se repose et en plus de ça, il faut qu'il s'habitue à la cécité alors qu'il vient d'arriver dans une maison et une ville qu'il ne connaît pas. Sans parler du traumatisme d'avoir perdu la vue. En plus de ça, il a eu une pneumonie qu'on a contré de justesse. Bref, il avait besoin d'aide pour s'occuper de lui et de sa maison, pour qu'il puisse se reposer et guérir.

- Et alors ? Sa famille peut s'en charger non ? avança Bella l'air pas plus touchée que ça.

- Il est orphelin, répondit Esmée. Il n'a personne pour l'aider. Il n'a plus de famille et pas d'amis, il est tout seul. Et il n'a pas les moyens de payer une aide.

- Et comme vous avez tout les deux le cœur sur la main, vous avez décidé de l'aider vous mêmes, sourit Alice.

- C'est ça, approuva Esmée. Je n'ai pas grand chose à faire de mes journées alors je suis allé le rencontrer avec Carlisle et je lui ai proposé mon aide. Je passe mes journées avec lui et Carlisle vient le soir après son travail à la clinique pour faire ses soins et surveiller sa santé. C'est pour ça qu'on rentre un peu tard.

- Et c'est pour lui que vous êtes si inquiet ? demanda Jasper.

- Oui, répondit Carlisle. Il n'est pas encore complètement remis et il a beaucoup de mal à encaisser son nouvel handicap et ce n'est qu'un de ses problèmes, soupira-t-il. Il va avoir besoin d'un bon moment pour remonter la pente et tout seul, il n'y arrivera pas.

- C'est pour ça que je vais l'aider, expliqua Esmée. Ce n'est qu'un enfant et il a vraiment besoin d'un peu de soutient. Et puis, c'est quelqu'un de bien, il ne mérite pas ce qu'il lui arrive, dit-elle avec un pâle sourire.

Le couple clôtura ensuite la discussion, ne voulant pas en dire davantage sur le jeune pour respecter sa vie privée un minimum, ce que tous comprirent. Et leurs cinq enfants saisirent la situation. Carlisle vivait pour aider les autres et il avait donc été impossible pour lui d'ignorer le jeune homme et Esmée, Esmée ne supportait pas de voir des enfants en difficulté alors il était logique à leurs yeux qu'elle ait voulu aider elle aussi en apprenant cela. C'était bien leur image à tout les deux de vouloir assister les autres ainsi. Ils étaient cependant très curieux à l'égard de ce Nathaniel désormais. Immensément curieux à l'égard de l'adolescent qui avait déjà tant capté l'attention de leurs parents.