Chapitre 11 :

Sanglots

Ce fut entouré des vampires que l'adolescent déjeuna ce jour là, tellement renfermé sur lui même qu'il ne nota pas une fois qu'aucun autour de lui ne semblait avaler quoi que ce soit. Comme à son habitude, il fit bonne figure, remerciant et complimentant Esmée. Le repas terminé, il laissa Carlisle l'emmener vers son cabinet pour qu'il puisse l'examiner. L'aveugle se laissa conduir, se détendant un peu une fois la porte fermée, lui permettant de se retrouver seul avec Carlisle. Enfin, il l'espérait, ne pouvant le confirmer. Refusant d'imager davantage sa faiblesse, il n'osa pas poser la question. Et s'ils étaient effectivement physiquement seuls, toute la maison pouvait les entendre nettement. Il s'assit sur la table d'auscultation où le guida le médecin, se laissant faire ensuite entre ses mains, en confiance. Régulièrement, il frottait ses yeux, grimaçant un peu et le blond le nota, l'ayant vu faire plusieurs fois.

- Nathaniel, tes yeux te font mal ? demanda-t-il doucement alors qu'il terminait son examen.

Le jeune homme ne dit rien, baissant précipitamment les doigts qu'il avait porté à son bandeau une énième fois. Tranquillement, Carlisle prit sa main comme il l'avait tant fait pour le rassurer.

- Tu n'as pas besoin de souffrir en silence, remarqua-t-il délicatement.

- Ce n'est rien, assura le jeune homme.

- Ce n'est pas rien si cela te gêne autant. Ça fait un moment que tu n'arrêtes pas de frotter tes yeux, posa-t-il. Tu as mal ? Dis moi s'il te plaît, pria-t-il.

- Un peu, avoua finalement l'adolescent. Mais ce n'est pas grave. J'ai l'habitude maintenant. Ils me font souvent mal et on n'y peut rien.

- Je continue à faire des recherches là dessus, répondit le médecin. Je finirai bien par trouver de quoi te soulager au moins un peu.

- C'est gentil Carlisle mais inutile de te donner tant de mal. Je m'y suis fait, ce n'est pas grave.

- Ça l'est pour moi. On trouvera quelque chose, assura-t-il en serrant sa main avec douceur. J'ai vu que tu frottais, ça te démange en plus de te faire mal ?

- Un peu, soupira-t-il. Mes yeux sont un peu trop secs je crois, supposa-t-il.

- C'est bien possible. Comme tu ne peux plus produire de larme, ils manquent d'hydratation. Je vais te donner du sérum. On descendra au garage tout à l'heure. Toutes les portes bien fermées, il y fait complètement noir et tu pourras retirer ton bandeau. D'accord ?

- Ok, approuva l'adolescent.

- Tu es encore bien trop fatigué à mon goût Nathaniel. Il faut que tu te reposes et que tu te détendes.

- Ça ira Carlisle, assura-t-il en gardant ensuite un moment de silence. Est-ce que tu veux bien me ramener chez moi maintenant ? demanda-t-il doucement. Je ne peux pas rentrer tout seul.

- Ta chaudière n'est pas réparée, remarqua-t-il.

- J'ai appelé le Shérif et il a eu la gentillesse de régler ça pour moi. Elle sera réparée rapidement, ce n'est plus un problème.

- Il fait trop froid chez toi pour ta santé, tenta le médecin.

- Je me couvrirai, posa-t-il calmement. Ramène moi chez moi s'il te plaît Carlisle, redemanda-t-il.

- Tu n'es pas bien ici ? demanda le médecin en caressant sa main.

- Qui, à ma place après ces derniers jours, qui oserait dire que l'on n'est pas bien ici ? dit-il doucement. Tu as une maison confortable et une famille formidable, dit-il en touchant toute la dite famille. Vous êtes tous tellement gentils et attentionnés. Plus bienveillants que la plus part des gens que j'ai croisé dans ma vie, dit-il en provoquant l'émotion générale. Pour cela, vous avez tous toute ma reconnaissance. Je suis désolé de ne pas pouvoir vous donner plus que ça, murmura-t-il. Je ne peux que vous dire merci. Mais maintenant, il faut que je rentre chez moi, dit-il.

- Tu peux rester ici avec nous tu sais, plaida le vampire. Il y a une place pour toi ici et tu ne déranges personne je te l'assure.

- Il n'y a pas de place pour quelqu'un comme moi dans une famille comme la tienne Carlisle, répondit-il avec une assurance qui attrista le blond.

- Pourquoi pas ? Moi et Esmée, nous tenons beaucoup à toi tu sais. Tu pourrais entrer dans cette famille si tu nous laissais faire. Tu pourrais, nous laisser nous occuper de toi. Nous le ferions avec plaisir. Nous en serions très heureux et...

- Carlisle, interrompit l'adolescent.

Le vampire se tut et le jeune homme laissa un silence planer avant de reprendre :

- Tu sais, ça ne fait qu'un mois environ qu'on se connaît et pourtant, j'ai l'impression qu'une vie s'est écoulée. Une vie ou un instant, j'ai un peu perdu la notion du temps à force de ne plus voir le soleil se lever et se coucher. C'était une chose que j'aimais bien regarder, sourit-il tristement. Quoi qu'il en soit, j'ai l'impression d'avoir passé bien plus de temps qu'en réalité avec toi et Esmée. Et ce temps, ce temps fait parti des plus beaux souvenirs que j'ai, expliqua-t-il en émouvant beaucoup le couple. Ces derniers temps, je me suis demandé si... si ma mère aurait été aussi douce qu'Esmée avec moi, si mon père m'aurait caché dans ses bras comme tu l'as fait. Certainement. Après tout, ils ont donné leurs vies pour sauver la mienne. Je n'ai pas besoin d'autre preuve pour savoir qu'ils m'aimaient de tout leur cœur. Mais ils ne sont plus là et je ne les ai pas connu. Avec toi et Esmée, j'ai pu découvrir ce que ça aurait été d'avoir des parents et c'est l'une des plus belle chose que j'ai jamais eu. Pour ça, merci.

- On pourrait l'être tu sais, murmura le blond chamboulé d'entendre ça. On pourrait être des parents pour toi.

- Merci Carlisle mais non. Ne te méprend pas. Ce n'est pas que je ne veuille pas de vous. Bien au contraire. Vous êtes formidables.

- Alors pourquoi non ? demanda le père.

- Parce que, je ne suis pas quelqu'un dont tu voudrais être père. Je ne suis pas quelqu'un dont Esmée voudrait être mère pas plus que tes enfants ne voudraient de moi pour frère.

- C'est faux, je..., voulut contrer le blond.

- Tu ne me connais pas Carlisle, coupa-t-il fermement. Tu ne sais pas qui je suis vraiment, quel genre de personne je suis vraiment.

- Je sais que tu es quelqu'un de bien, je sais que tu mérites une famille...

- J'ai eu une famille. Mes parents sont morts pour me protéger, mon parrain est mort pour me protéger, avoua-t-il. Je n'ai plus de famille Carlisle et c'est très bien comme ça, dit-il.

Il provoquait la mort de tout ceux qui avaient la moindre affection pour lui. Ses parents, Sirius, Severus... Il y avait eu Cédric aussi dont-il avait à peine pu découvrir l'amitié. Et il savait bien qu'on risquait encore de chercher à l'atteindre si on le retrouvait et cette fois, il ferait en sorte qu'il n'y ait personne pour s'interposer et mourir à sa place.

- Ce n'est pas « bien comme ça », se rebella le médecin. Personne ne mérite de ne pas avoir de famille.

- Certainement, admit-il. Mais il y a des gens pour qui il vaut mieux vivre seul. Je suis de ceux là. Tu ne sais pas qui je suis Carlisle. Je ne suis pas quelqu'un de bien.

- Pourquoi dis tu une chose pareille ? demanda l'adulte choqué.

- J'ai fait des choses, j'ai vu des choses qui te feraient fuir en courant.

- Je me fiche de ton passé, affirma-t-il avec force. Ça n'a pas d'importance.

- Ça en a Carlisle parce que je ne me débarrasserai jamais, jamais de mon passé. Je devrai l'affronter tôt ou tard, d'une façon où d'une autre et je ne peux y échapper.

- Raconte moi, pria-t-il alors en voulant comprendre.

- Non. Je te l'ai dis : toutes les histoires ne devraient pas être racontés et toutes les histoires ne devraient pas être entendues. La mienne fait parti de ces histoires qui ne sont pas bonnes à entendre. Ces histoires que l'on préférerait oublier mais qui s'entêtent obstinément dans les têtes de ceux qui les ont vécu. Une histoire qui refuse de s'arrêter et qui nous poursuit à jamais. Mon histoire est de celles là.

Très touché par son discours, toute la maison écoutait la conversation, les enfants comprenant ce que leurs parents avaient voulu dire en annonçant que Nathaniel avait parfois l'air plus vieux que Carlisle. À cet instant, on aurait pu croire écouter un vieil homme sage usé par la vie et qui n'attendait plus que sa fin.

- Je suis sûr que ça ne changerait rien pour moi, argumenta Carlisle. J'ai vu bien des choses dans ma vie et je ne pense pas que tu puisses me faire fuir de la sorte.

- Tu serais surpris, murmura Nathaniel avec tristesse. J'aimerai avoir tord mais il est des choses que l'on ne peut nier. Je ne vous apporterai rien de bon Carlisle. Rien d'autre que des problèmes. Regarde, depuis que tu me connais, il n'y a eu que ça.

- Et bien plus encore, releva-t-il. J'ai passé avec toi, des moments que je n'oublierai jamais. Des instants de bonheur. Tu m'as réchauffé le cœur.

- Esmée m'a dit la même chose, sourit-il. J'en suis heureux. Si j'ai pu vous apporter quoi que ce soit de bien, j'en suis heureux. Mais je suis un fardeau pour vous. Je me débrouillerai seul Carlisle. Comme je l'ai toujours fait.

- Tu n'as plus à le faire aujourd'hui.

- Si. Plus que jamais et jusqu'à la fin, dit-il gravement. Ramène moi chez moi s'il te plaît.

- Non, je ne veux pas, répondit le médecin.

- Pourquoi ? demanda l'adolescent.

- Parce que je tiens à toi et que je veux veiller sur toi.

- C'est gentil, répondit l'adolescent avec émotion. J'ai eu quelqu'un qui tenait à moi aussi et qui a passé les dix sept années de ma vie à veiller sur moi. Il a veillé sur moi, de loin, comme personne ne l'a jamais fait et ne le fera jamais plus. J'ai eu cette chance d'avoir quelqu'un pour veiller sur moi. Mais je n'ai pas su en prendre soin et il mort lui aussi, avoua-t-il le cœur en miette alors que devant lui le médecin était une fois de plus choqué. Mon plus grand regret dans la vie est de ne jamais lui avoir dit merci pour tout ce qu'il a fait pour moi. Cet homme m'a sauvé de bien des manières tellement de fois que je ne saurais les compter. Et il est mort sans même avoir eu un merci. Il fut un temps où je forçais le destin chaque jour où je voyais le soleil se lever. Aujourd'hui, je ne vois plus le soleil et j'ai décidé de laisser mon destin faire son œuvre comme il l'entendra. J'ai décidé de ne plus me battre contre lui. Je n'en n'ai plus la force maintenant Carlisle et j'ai fait ce que j'avais à faire.

- Est-ce que tu es en train de me dire que tu vas te laisser mourir ? demanda le médecin un peu paniqué de sentir une résolution sombre en lui.

- Si c'est ce qui m'attend... on meurt tous un jour Carlisle. L'immortalité n'existe pour rien ni personne crois moi. Je n'ai pas l'intention d'attenter à ma vie ne t'en fait pas. Je ne ferai pas cette offense à ceux qui sont morts pour moi. Je les aimais plus que moi même et je ne leur ferai pas cette insulte. J'aurais bien trop honte. Je ne pourrai plus me présenter devant eux si le monde a vraiment créé un après où l'on peut revoir ceux qui ne sont plus. Je ne gâcherai pas cette dernière chance de peut-être pouvoir les revoir un jour. Je ne ferai pas de bêtise. Je vivrai, aussi longtemps que cela me sera permis. Ça ira pour moi Carlisle.

- J'aimerais pouvoir m'en assurer moi même, répondit-il.

- Je suis un grand garçon.

- Tu es encore un enfant pour moi.

- J'ai été bien des choses mais je ne suis plus un enfant depuis bien longtemps. Je n'ai pas eu le loisir de l'être.

- Dis moi, tenta alors le blond, si je pouvais te rendre la vue et la santé, dit-il en tendant toute la maison, accepterais tu de me laisser veiller sur toi ?

- Tu es vraiment un ange Carlisle, sourit-il doucement. Il n'y a pas grand chose dont je suis sûr pour l'avenir. Seulement trois choses en faites. D'abord, je sais que je mourrais un jour et ensuite, je sais que jamais, jamais je ne retrouverai la vue et la santé. Même le plus grand des miracles ne pourrait faire ça pour moi. Et même si cela devait être possible, le problème n'est pas là. Je te l'ai dis, le problème, c'est moi et ce que je suis. Rien ne pourra changer ça. Tu t'inquiètes beaucoup trop pour moi, remarqua-t-il ensuite alors que le blond ne lâchait plus sa main.

- J'ai de bonnes raisons, répondit-il. Tu ne vas pas bien et je n'arrive pas à t'aider.

- Tu m'as déjà aidé bien plus que tu ne l'imagines, affirma Nathaniel. Tu en as assez fait, c'est assez. Garde ton attention et tes forces pour ta famille Carlisle, pour ceux que tu aimes. C'est le plus important. Moi, je ne suis personne pour toi.

- C'est faux, tu es important pour moi, contra-t-il.

- Mais je ne suis pas le plus important loin de là. Tu as Esmée et tes enfants. Un inconnu dont tu ne sais rien ne vaut pas cela. Ramène moi chez moi et revient ensuite t'occuper de ta famille. Ça ira pour moi. Je me suis toujours débrouillé seul, je le ferai encore. Je suis désolé de ne pas pouvoir te rendre tout ce que tu m'as donné. J'ai juste un merci à offrir. Je ne veux pas que vous vous préoccupiez plus de moi, je ne veux pas davantage d'aide. Alors s'il te plaît, ramène moi chez moi.

Délicatement, Carlisle s'avança pour le prendre dans ses bras avec douceur, le surprenant. C'était horrible. Il sentait qu'il perdait le jeune homme. Il le perdait et il n'arrivait pas à le retenir. C'était affreux. Pourquoi cela devait-il se passer ainsi ? Il se fichait bien du passé de Nathaniel. Il était certain qu'il ne méritait pas ce qu'il lui était arrivé, qu'il ne méritait pas toute la souffrance qu'il endurait. Il était certain qu'il était quelqu'un de bien, qui en valait la peine, qui devait être protégé. Alors pourquoi par l'enfer, pourquoi n'arrivait-il pas à l'aider ?!

- Reste au moins jusqu'à la fin des travaux, demanda le blond sans le lâcher.

- Carlisle, soupira Nathaniel.

- Jusqu'à la fin de la semaine, s'empressa-t-il alors de corriger. Le temps que je sois sûr que tu as suffisamment récupéré.

- Et tu me ramènes chez moi dés lundi matin ?

- Oui, assura-t-il.

- Promis ?

- Promis, répondit-il comme si cela lui arrachait la bouche.

- Alors d'accord, céda-t-il finalement.

Sans un mot, le médecin le garda dans ses bras longuement, en silence. Silence finalement brisé par le jeune homme lui même :

- Tu veux bien me ramener à ma chambre s'il te plaît ? demanda-t-il. J'aimerais me reposer un peu.

- Bien sûr, approuva le médecin toujours très inquiets pour sa santé. Viens, dit-il en s'éloignant et en passant un bras dans son dos pour le guider.

Il le ramena doucement vers sa chambre, le conduisant au lit où il le fit asseoir. L'adolescent le remercia et il quitta la pièce à regret, le priant d'appeler s'il avait besoin de quelque chose. Il referma doucement la porte derrière lui, descendant ensuite avec précipitation. Il passa au milieu de sa famille sans les voir. Tous étaient rassemblés au salon, les yeux dans le vague et réfléchissant à tout ce qu'ils venaient d'entendre. Ils relevèrent le regard vers le père lorsqu'il passa comme une flèche, le visage ravagé, les poings serrés. Il sortit dans le jardin sous leurs yeux et fit une chose que jamais aucun d'entre eux ne l'avait vu faire. Il craqua. Il fit quelque pas entre les arbres, s'arrêta devant un immense pin et le frappa de son poing. L'arbre avait beau être très imposant, il le brisa net, le bois volant en éclat. Et alors que le tronc s'effondrait, il en faisait autant, tombant à genoux et s'enfermant dans ses bras. Un instant plus tard, Esmée était derrière lui, entourant son cou de ses bras en cachant son visage dans son cou alors que leurs enfant s'asseyaient en face d'eux. Un silence s'installa, finalement brisé par le père qui n'avait pas bougé.

- Jasper ? interrogea-t-il.

- Il ne changera pas d'avis facilement, répondit tristement celui-ci. Je ne sais même pas s'il est possible de le faire changer d'avis. Il n'y a plus aucun espoir en lui. Il est résigné. Il ne veut plus vivre.

- Il ne veut pas de nous ? demanda Esmée.

- Oh que si, répondit l'empathe en les interpellant. Il vous aime. Il vous aime beaucoup, affirma-t-il. Il a beaucoup de reconnaissance pour vous, beaucoup de gratitude et d'affection. Il ne voulait pas refuser ta proposition Carlisle. Il n'en n'avait aucune envie très loin de là. C'était tout l'inverse. Te dire « non » lui a coûté beaucoup plus que vous ne pouvez l'imaginer.

- Alors pourquoi l'a-t-il dit ? demanda Rosalie.

- Par peur. Il avait peur de quelque chose, terriblement peur, répondit l'empathe. Il y avait de la peur en lui mais aussi une incommensurable envie de protéger. De vous protéger, dit-il à ses parents.

- Mais contre quoi ? demanda Emmet.

- Impossible de savoir, remarqua Jasper. Il y avait ça, beaucoup de souffrance, beaucoup de douleur, un désespoir sans bornes et, aussi incroyable cela soit-il, du calme. Il est résigné. C'est comme s'il savait ce qui l'attendait et qu'il le regardait arriver tranquillement. Il ne veut plus rien. Il n'a plus envie de rien si ce n'est que ça se termine vite. Il a chéri votre affection, mais il y renonce pour je ne sais quelle raison. Une raison de peur. De l'aide, au fond de lui il en veut même s'il pense que rien ne l'aidera vraiment mais la seule volonté qui lui reste, c'est celle de vous protéger contre quelque chose qui le terrifie et cette volonté dépasse tout le reste. Il veut vous éloigner de lui. Il veut qu'on le laisse seul malgré que la solitude le ronge à petit feu. C'est comme s'il se savait perdu et qu'il faisait tout pour n'entraîner personne avec lui et ne blesser personne en disparaissant.

Il y eut un moment de silence entre eux, tous réfléchissant intensément.

- Et comment on fait pour aider quelqu'un qui ne veut pas d'aide ? demanda Alice perdue.

- On s'obstine, répondit Carlisle en se redressant avec un regard déterminé alors qu'il captait un son en provenance de la chambre se son protéger. Je refuse de le laisser dépérir, souffrir et mourir seul comme ça, dit-il alors que tous pouvaient maintenant entendre les sanglots du jeune aveugle.

Dans la chambre, Nathaniel était resté assis au bord du lit sans bouger, le bruit de la porte se refermant derrière Carlisle terminant de briser son cœur. Il avait envie de lui hurler de revenir mais il ne pouvait pas, ses lèvres scellées. Ça devait cesser. Il en avait déjà beaucoup trop pris à cette famille. Si le monde magique retrouvait sa trace, les Cullen seraient les premiers à l'encaisser avec lui. Ses ennemis se feraient un plaisir de s'en prendre à eux et connaissant Carlisle, il voudrait le protéger. Il refusait de voir ça encore une fois. Il ne devait pas les mettre en danger, il n'en n'avait pas le droit. Sans parler du fait qu'il était une immense charge pour eux. Une charge bien trop lourde et encombrante. Ça n'en valait pas la peine, il n'en valait pas la peine et il n'avait rien à donner pour les remercier. Il avait assez profité. Ça devait cesser. Il mourrait d'envie de rester avec eux mais il ne pouvait pas. Il mourrait d'envie de dire à Carlisle qu'il voulait qu'il soit un père pour lui mais il ne pouvait pas. Il n'avait pas le droit. Ce n'était pas pour lui. Lui il était une relique du passé, l'épée brisée d'une guerre terminée. Il était une ombre qui allait disparaître rapidement sans laisser de trace. Il le voulait, pour que tout ça s'arrête enfin. Le problème était de renoncer à profiter d'Esmée et Carlisle en attendant. Mais il n'avait pas le droit de leur faire ça, de profiter de leur affection pour disparaître ensuite. Il ne voulait pas leur faire de mal. Alors il devait terminer cette vie seul. Il était déjà à moitié mort de toute manière. Seulement, renoncer au couple était une horreur surtout en sachant qu'ils lui offraient une famille.

Dévasté, il finit pas s'écrouler sur le lit, se roulant en boule la tête enfouie dans les oreillers pour céder à la tristesse, éclatant en sanglots sans larme. Il s'enferma dans ses bras, remontant ses jambes contre sa poitrine et se mettant à pleurer sans contrôle, s'efforçant de ne pas faire de bruit pour ne pas alerter la famille. Comme s'il ne s'était pas montré assez faiblard comme ça. Il pleura longuement, ses yeux lui envoyant des pointes douloureuses de temps à autre. Il ne put s'empêcher de penser à Severus. Il pensait souvent à lui. Il aurait tellement voulu qu'il soit encore là. L'homme était tellement plus fort que lui. Lui, il aurait su quoi faire, il aurait su quoi faire et il aurait su le garder loin de ceux dont-il ne devait pas s'approcher. Il aurait su l'aider à terminer cette vie sans faire plus de dégât.

- Vous me manquez tellement Severus, murmura-t-il alors qu'il sanglotait toujours. Vous me manquez tellement vous votre sale caractère, dit-il avec une douceur douloureuse.

Pas un instant il ne se douta que toute la famille de vampires écoutait, les parents reconnaissant le nom qu'ils l'avaient entendu appeler et réclamer dans ses cauchemars. Il n'avait jamais réclamé ses parents ou son parrain dans ses rêves, mais bien souvent, ils avaient entendu le nom de cet homme, se demandant si c'était lui qui avait veillé sur lui comme il venait de le révéler.

- Je regrette tellement tout le mal que j'ai pu vous faire, bredouilla-t-il en hoquetant comme pour tenter de se faire pardonner. Tellement. Vous avez tout donné pour moi et jamais je n'ai eu la moindre gentillesse pour vous. Et maintenant vous n'êtes plus là et je ne peux même pas vous dire merci. Vous, vous auriez su quoi faire, comment le faire et vous auriez su vous y tenir. Vous vous auriez eu la force de faire ce qu'il faut. J'aimerais tellement que vous soyez encore là.

Il se calma un peu en pensant au maître des potions, le revoyant pourtant subitement mourir sous ses yeux, pensant encore et toujours uniquement à lui comme lui l'avait fait pendant des années.

- Je ne sais pas si vous pouvez m'entendre de là où vous êtes maintenant, continua-t-il lentement dans son besoin de s'excuser auprès du professeur, si vous m'entendez, vous devez me trouver bien égoïste de vous réclamer encore quand vous avez déjà tout donné pour moi. Je suis désolé Severus. Je ne suis pas aussi fort que vous et depuis que vous n'êtes plus derrière moi, je ne tiens plus debout. Toute ma vie, je n'ai pas su voir que vous étiez là et que c'était à vous que je devais d'avoir pu avancer. Il a fallu que je vous perde pour me rendre compte que j'avais besoin de vous. Je suis tellement désolé de la manière dont je vous ai traité. Comment avez vous pu continuer à veiller sur moi si longtemps quand j'ai été si horrible avec vous ? C'était pour elle n'est-ce pas ? demanda-t-il avec douceur. Bien sûr que c'était pour elle. Pour qui d'autre ? Pas pour moi, je n'en n'ai jamais valu la peine, murmura-t-il. J'espère au moins que vous avez pu la retrouver maintenant. Quand à moi, je suppose que je n'ai plus de droit d'avoir des gens comme vous pour m'aider. Ce n'est plus la peine de toute façon. J'ai fait ce que j'avais à faire. C'est terminé maintenant, chuchota-t-il pour lui même avec résignation.

Se murant ensuite dans le silence, il se roula un peu plus en boule, voulant disparaître tout de suite. Malheureusement, une lente agonie l'attendait et il le savait. Dans un sens, il avait eu de la chance. Il avait rarement espéré survivre à cette guerre et encore moins parvenir à vaincre Voldemort. Il l'avait fait. Il avait gagné cette guerre et il allait s'éteindre avec elle. Il n'avait vécu que par elle alors il était logique de mourir avec elle. Il lui appartenait et il n'avait jamais eu rien d'autre qu'elle. Elle l'avait elle même privé de tout autre chose. Elle l'emprisonnait complètement et il s'y était fait. Il était une pièce d'échec. La guerre avait été le plateau. Il était la reine blanche qui protégeait le roi qu'était la paix. Il avait pris les pièces adverses jusqu'à gagner, il avait perdu ses propres pièces. Il avait vaincu, se retrouvant seul avec son roi. Le plateau s'était brisé et les deux dernières pièces allaient se perdre au fond d'un tiroir. On les oublierait et elles disparaîtraient. Un autre plateau prendrait la place de celui-ci, une autre partie recommencerait et il n'était pas dit que l'issue en soit identique. Il le savait. La paix n'allait pas durer, il n'était pas naïf et lui allait mourir. Au final, tout aurait été vain. La vie était vraiment cruelle.

Il resta là sans bouger des heures durant, ses sanglots s'éteignant finalement dans sa fatigue alors qu'il avait de nouveau mal à la tête. Il parvint à se calmer en fin d'après midi, plus épuisé qu'autre chose, résigné en se disant que c'était là son destin. Tout serait bientôt terminé d'une façon ou d'une autre. Il devait juste faire en sorte de ne pas blesser Carlisle, Esmée et leur famille au passage. Ce serait ainsi qu'il les remercierait pour leur aide. Il fit de nouveau un bond dans son lit lorsqu'on toqua doucement à la porte. Il se força à se redresser et à s'asseoir au bord du lit, autorisant ensuite la personne à entrer. Il entendit la porte s'ouvrir et se refermer doucement, une voix s'élevant :

- C'est Edward Nathaniel, renseigna celui-ci. Je ne te réveille pas j'espère ?

- Non ne t'en fais pas.

- Je peux m'asseoir un peu avec toi ? demanda-t-il alors.

Pour toute réponse, l'adolescent tapota le matelas près de lui, le pianiste venant y prendre place.

- Carlisle nous a dit que tu ne voulais pas rester avec nous ici, commença-t-il.

- Je rentre chez moi lundi. Je vous ai assez embêté comme ça, répondit-il tranquillement.

- Tu ne nous embêtes pas, remarqua-t-il.

- Si, je suis la source de beaucoup d'inquiétude et de contrainte pour tes parents et pour vous. Cela doit cesser. Je vais rentrer chez moi et m'occuper de moi pendant que vous vous occupez de vous. C'est ainsi que cela doit-être.

Ne sachant que dire pour tenter de le convaincre, Edward garda le silence un moment, Nathaniel reprenant finalement la parole :

- Excuse moi si je suis indiscret mais, j'aimerais te poser une question, dit-il pour s'occuper l'esprit avec autre chose.

- Vas-y, poussa doucement le vampire.

- Tes parents m'ont dit que c'était un peu difficile avec ta petite amie ces derniers temps. Est-ce que ça va ? demanda-t-il.

- Disons qu'on ne sait plus trop où on en est. Je ne sais plus trop où j'en suis et ce que je veux.

- Tu l'aimes ? demanda l'aveugle.

- Je ne sais même plus répondre à cette simple question.

- C'est une question qui est loin d'être simple je trouve. Vous ne vous entendez plus ?

- Nous vivons dans deux mondes très différents, expliqua-t-il. Nous avons deux modes de vies très différents. Je ne sais pas si je veux vraiment l'entraîner dans ma vie pour qu'elle le regrette ensuite.

- Le veut-elle ?

- Oui.

- Mais pas toi, pourquoi ?

- Parce que je ne suis pas sûr que ce soit pour les bonnes raisons et que je ne suis pas sûr que ce soit ce que je veux.

- Et toi, peux tu vivres dans son monde avec elle si l'amener dans le tien ne te conviens pas ?

- Je pourrais, vivre à ses côtés simplement dans son monde. Mais ça ne lui va pas.

- Pourquoi ?

- Peut-être est-ce sa vie qui ne lui convient pas et qu'elle n'arrive pas à voir ce qu'elle vaut vraiment.

- Dans ce cas, est-ce pour avoir la même vie que toi qu'elle est avec toi ? demanda l'aveugle.

- Je ne sais pas. C'est une question que je me pose en ce moment.

- Est-ce qu'elle t'aime ?

- Je n'en sais rien, soupira-t-il.

- Si elle t'aime alors elle devrait se contenter d'une vie simple avec toi. Parce que si elle t'aime, alors il ne faut rien de plus. Si vous vous aimez, alors il ne faut rien de plus. C'est déjà la plus belle chose au monde. Si elle ne veut que la vie que tu as à lui offrir, à toi de voir si tu l'aimes assez pour te contenter de ça au risque de souffrir. Après peut-être veut-elle entrer dans ton monde parce qu'elle t'aime et que tu es la seule chose qui compte pour elle.

- C'est la décision d'une vie, remarqua Edward. Il n'y aura plus de retour en arrière une fois fait. Je n'ai pas le droit de me tromper.

- Alors écoute ton cœur et ce qu'il te dit, préconisa doucement l'aveugle, ainsi, tu seras sûr de ne pas te tromper.

- Et toi ? Est-ce que tu écoutes ton cœur et ce qu'il veut ? demanda-t-il délicatement.

- Oui, pour la première fois de ma vie, j'écoute ce que me dit mon cœur, répondit-il.

C'était un cœur brisé et vide, un cœur qui ne voulait plus que cesser de battre et pour une fois, il l'écoutait parce que c'était aussi ce que voulait son âme, son esprit et son corps. Il était devenu impossible de l'ignorer.

- Tu es de bon conseil tu sais, sourit doucement le télépathe. Tu es sûr de ne pas vouloir rester avec nous ? Ça nous ferait vraiment plaisir.

- Je dois rentrer chez moi, répondit-il simplement.

Un silence un peu tendu tomba alors dans la pièce, Edward l'invitant finalement plus joyeusement à descendre au rez de chaussé pour rejoindre tout le monde. L'adolescent acquiesça, se forçant à un sourire de façade, à un calme factice et à un minimum de bonne humeur apparente. Pourtant, aucun vampire ne fut dupe ce soir là. Il dîna entouré de la famille, se laissant convaincre par Rosalie de la laisser brosser ses cheveux ensuite. Installé au salon, il se laissa donc chouchouter par la demoiselle, la remerciant pour son attention alors qu'elle agissait avec la plus grande des délicatesse.

Ce fut dans une ambiance un peu lourde que la journée suivante se déroula. Nathaniel ne fut pas laissé seul un seul instant, tous veillant sur lui et cherchant à l'inciter à rester un peu plus longtemps avec eux. Jasper passa beaucoup de temps en sa compagnie, discutant de tout et de rien, essayant d'en savoir plus sur lui. Edward joua du piano pour lui, Esmée lui concoctant de bons repas, le prenant avec elle pour qu'ils cuisinent un peu ensemble comme elle le faisait avec lui régulièrement. Carlisle veilla toute la journée, restant auprès de lui et l'adolescent se plut aussi à simplement écouter la vie de la petite famille autour de lui. Profitant une dernière fois de cette ambiance qu'il lui fallait quitter à regret.

Le lendemain, ce fut très difficilement que Nathaniel se réveilla. Il savait quel jour on était. Le 31 juillet, son anniversaire. Son dix septième anniversaire. Un jour important dans le monde magique. La majorité, le jour où la Trace du ministère s'évaporait. Et comme chaque anniversaire, une date où la magie du sorcier en question se faisait un peu plus active. Sauf que lui, il n'avait plus de magie. Il se demanda si c'était à cause de ça qu'il avait mal dans la poitrine ce matin. Il se sentait lourd, engourdis, fourbu. Le vide en lui laissé par son pouvoir était toujours emplis d'une douleur sourde et oppressante à laquelle il s'était habitué. Elle se faisait plus intense aujourd'hui. Il cacha pourtant cela avec brio et son attention fut bien vite détournée lorsqu'il découvrit qu'Esmée et Carlisle étaient au courant pour son anniversaire. Il ne leur avait pourtant rien dit. Le médecin expliqua qu'il avait noté l'information présente dans son dossier médical et la mère décréta qu'aujourd'hui, il devait se laisser chouchouter, que c'était son jour. Tous lui souhaitèrent joyeusement, l'émouvant beaucoup.

Il fut tout d'abord installé devant un petit déjeuner de roi dont-il profita avec beaucoup de gratitude, gêné que l'on se soit donné du mal pour lui. Alice annonça ensuite qu'elle allait lui faire couler un bon bain et il n'eut guère l'occasion de protester. Aussi, un moment plus tard, il se prélassait dans un bon bain chaud, laissant la chaleur tenter de détendre son corps douloureux et courbaturé aujourd'hui. Rien n'y fit mais pas instant il ne le laissa transparaître. Une fois sortit, séché et habillé, il fut rejoint par ces dames qui insistèrent pour qu'il les laisse laver ses cheveux dont-il ne pouvait s'occuper lui même alors que retirer son bandeau était impossible dans la salle de bain de la maison. Trop fatigué et éprouvé pour essayer de refuser, il se laissa faire, appréciant le soin qu'elles y mirent. Il eut droit à un véritable massage qui ne parvint pas à soulager son mal de tête mais dont-il profita avec reconnaissance. Rosalie s'occupa de sécher ses longues mèches noires, les attachant ensuite en une longue tresse. Cela fait, elles le ramenèrent au salon et ce fut avec une très grande émotion que l'adolescent écouta Emmet lui expliquer qu'il avait trouvé un jeu de Uno en braille, lui proposant une partie, le jeune homme très touché qu'il se soit donné ce mal pour lui. Les vampires furent un peu choqués d'apprendre qu'il n'avait jamais joué et ce fut avec grand plaisir et enthousiasme qu'Emmet lui expliqua les règles, entraînant ensuite tout le monde dans une partie. Ils s'amusèrent ainsi pendant un bon moment, Nathaniel oubliant un peu le reste dans cette partie.

Il eut droit à un succulent déjeuner, se retrouvant ensuite au salon pour écouter Edward jouer au piano pour lui. Après un moment, Edward l'invita de nouveau à venir suivre ce qu'il jouait de ses mains, Nathaniel acceptant. Aussi, comme deux jours plus tôt, il fut assis au piano, Edward derrière lui ayant glissé ses mains sous les siennes. Ce fut dans le silence que tous le laissèrent profiter de ce moment, ne manquant pas de noter que cela le détendait beaucoup. Cette activité semblait lui faire du bien et tous ne pouvaient qu'admirer la douceur qu'Edward déployait pour lui faire passer un bon moment. Ce fut Esmée qui les interrompis finalement, annonçant qu'il était l'heure du gâteau, Nathaniel semblant une fois de plus très touché lorsqu'elle lui annonça qu'elle avait elle même fait un gâteau spécialement pour lui. Et sur ce gâteau, il y avait des bougies qu'on le pria de souffler, lui demandant de faire un vœux. Cette année, son vœux fut simplement que cette formidable famille qui lui offrait cette magnifique journée, puisse vivre heureuse et en sécurité.

Ce fut avec joie que les vampires regardèrent l'adolescent se régaler, la mère annonçant ensuite qu'il était l'heure des cadeaux. Et lorsqu'elle expliqua à son protéger qu'il y avait des présents pour lui, celui-ci fut profondément ému une fois de plus, sa voix tremblant un peu alors qu'il les remerciait encore une énième fois, ne sachant visiblement pas trop comment réagir à la chose, les troublant un peu. Ce fut Alice qui commença, amenant le cadeau qu'elle, sa sœur et ses frères avaient préparé pour lui. Il s'agissait d'un baladeur sur lequel ils avaient mis une multitude de musiques, Edward ayant beaucoup participé pour la musique classique. Il y avait pourtant de tout et ce fut avec son enthousiasme coutumier qu'Alice lui décrivit les titres et les chanteurs. Elle lui expliqua ensuite le fonctionnement du petit appareil, y guidant délicatement ses mains pour lui montrer alors qu'ils avaient choisi quelque chose au fonctionnement le plus simple possible pour qu'il puisse s'en servir facilement. Il les remercia tous longuement, retournant ensuite son attention sur Esmée qui lui mit un paquet dans les mains. Il déballa lentement la chose, tentant de reconnaître l'objet sans y parvenir. Carlisle lui expliqua alors ce dont-il s'agissait. C'était un boîtier tenant dans une main. À lecture optique, il permettait à un aveugle de lire en le passant sur un texte écrit qu'il pouvait alors retranscrire en version audio ou alors en braille grâce à des petits picots sortant d'une petite plaque au fur et à mesure de la lecture. Le couple lui fit essayer sur le champs et cela fonctionna parfaitement. Tous pouvaient deviner ce que cela pouvait représenter pour lui et cela se lut d'ailleurs aisément en lui lorsqu'il les remercia chaudement. Puis Carlisle lui donna un autre cadeau, un bracelet de cuir noir tressé orné de trois grosses perles dorée. Il lui attacha au poignet, lui expliquant qu'ainsi, il n'oublierait pas qu'ils étaient là pour lui. Ému, il les avait remercié une fois encore, reprenant ensuite ses esprits en écoutant Edward jouer un autre morceau.

Ils passèrent le reste de l'après midi dans la bonne humeur, jusqu'au dîner qui fut encore royal pour l'adolescent. Emmet les entraîna ensuite dans d'autres parties de cartes. Nathaniel s'excusa pourtant finalement auprès d'eux, expliquant qu'il était fatigué et qu'il voulait aller dormir. Tous comprirent, le sentant affaibli et ce fut le couple parental qui le conduisit à sa chambre. Il les remercia encore une fois et ils l'étreignirent chacun leur tour, voulant lui faire sentir qu'ils l'aimaient comme leur fils aujourd'hui. Demain, Carlisle devait le ramener chez lui, ils étaient pourtant bien décidés à tenter de le convaincre encore une fois de rester au matin. Mais pas ce soir là, voulant le laisser terminer cette belle journée dans le calme. Ils lui souhaitèrent donc une bonne nuit, le laissant ensuite dans sa chambre. La porte refermée, Nathaniel tangua, portant une main à sa poitrine en serrant les dents. Il avait mal. C'était allé crescendo tout au long de la journée. Le vide de sa magie provoquait une douleur grandissante pour il ne savait quelle raison. Il avait tout fait pour que la famille ne s'aperçoive de rien aujourd'hui, ne voulant pas les inquiéter plus qu'ils ne l'étaient déjà. Il s'était donc focalisé sur le splendide cadeau qu'ils lui avaient offert. Cette journée avait été merveilleuse, absolument merveilleuse comme dans un rêve et cela ne faisait que le rendre plus pressé de partir. Il devait vraiment veiller à laisser cette famille en paix. Il avait pu distraire son esprit grâce à eux mais il n'y arrivait plus. C'était pour cela qu'il avait prétexté vouloir se coucher. Pour se retrouver seul loin de leur regard alors qu'il ne parvenait plus à retenir une grimace de douleur.

Difficilement, il rejoignit le lit, s'y asseyant lourdement, peinant un peu à respirer. Il se retint de faire le moindre bruit, ne voulant pas alerter la famille. Ce phénomène avait probablement un rapport avec son anniversaire. Les anniversaires avaient beaucoup de signification en magie. Tout les anniversaires. C'était en plus le jour de sa majorité magique, de son passage à l'âge d'homme en tant qu'être magique. Mais il n'avait plus la moindre magie et cet anniversaire le faisait souffrir de plus en plus. Il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait mais c'était de plus en plus insupportable. Se rassurant en se disant que cela serait certainement passé demain, il se changea pour son pyjama, peinant alors qu'il se sentait de plus en plus faible, la douleur de plus en plus forte. Terrorisé de souffrir encore alors qu'il n'en pouvait déjà plus, il décida de tenter de se réfugier dans le sommeil. Il avala donc les médicaments que Carlisle lui donnait pour l'aider à dormir puis il se mit sous la couette, se roulant en boule alors que ses mains accrochaient le tissus sur sa poitrine. Il fut soulagé en se sentant glisser dans un sommeil artificiel, se disant que cela serait fini lorsqu'il se réveillerait.

Pourtant, ce ne fut pas du tout le cas. Ce fut en sursaut qu'il se réveilla soudain, un violent élan douloureux éclatant dans sa poitrine. Par automatisme, il garda le silence, se réveillant brusquement. Il avait l'impression de brûler vif, la souffrance intense dans son corps. Il ne se sentait plus aucune once d'énergie en lui. Sa tête battait comme si elle allait exploser. Il tremblait de tout ses membres, transpirant sous une violente fièvre. Prit d'un doute, il se servit de son bracelet pour connaître l'heure. Quelques instant à peine avant l'anniversaire exact de sa naissance. Il ne fut pas vraiment surpris. Il serra les dents sous un nouvel assaut de douleur. Pourquoi ne pouvait-il être laissé tranquille un seul instant ? Comme si la perte de sa magie n'était déjà pas une torture suffisante pour qu'elle lui soit ainsi rappelée. Un anniversaire magique était normalement un instant de puissance, pas de torture. Cela finirait bien par s'arrêter une fois l'heure passée n'est-ce pas ? Il serra les dents se sentant littéralement en feu alors qu'il avait bien du mal à respirer. Se souvenant soudain qu'il avait de l'eau sur une commode un peu plus loin, il entreprit de se lever, voulant tenter d'éteindre ce feu qui semblait le consumer. C'était stupide, c'était la fièvre qui le faisait se sentir ainsi mais dans la confusion et la douleur, cela lui sembla tout à fait censé. Il peina horriblement, écartant la couette avec mal et gagnant difficilement de bord du matelas. Il entendit soudain toquer à la porte. Étrange, il aurait cru tout le monde endormi à cette heure.

- Nathaniel ? appela Carlisle qu'il reconnut vaguement.

Il ne répondit pas, focalisé sur l'idée de boire un peu d'eau. Une main portée à la poitrine, sa tête tournant horriblement, il laissa passer un autre élan de douleur plus intense ne pouvant empêcher un léger gémissement de lui échapper.

- Nathaniel ? appela une nouvelle fois Carlisle semblant cette fois-ci franchement inquiet.

L'ignorant toujours, il tenta de se lever seulement, il s'effondra aussitôt, s'écrasant au sol à genoux. Immédiatement, il s'enferma dans ses bras, se pliant en deux alors que la douleur se faisait plus forte, lui faisant perdre toute concentration ou attention. Derrière la porte, Carlisle comme le reste de sa famille étaient très inquiets. Ils avaient tous sentis l'adolescent fatigué lorsqu'il était allé se coucher. Jasper avait dit qu'il sentait une certaine douleur physique en lui mais le jeune homme était tellement concentré sur autre chose qu'il n'en n'était pas certain. Tous s'étaient rassurés en percevant qu'il s'endormait rapidement. Pourtant, ils avaient entendu sa respiration se faire lourde, son cœur s'accélérer de temps à autre. Y voyant là une manifestation de son sommeil toujours agité malgré les médicaments, personne n'était intervenu, les parents expliquant qu'il valait mieux le laisser dormir tant que cela n'allait pas plus loin. Pourtant, il s'était soudainement réveillé peu avant minuit et tous avaient sentis que quelque chose n'allait pas. Sa respiration se fit soudain erratique et difficile, son cœur s'emballant. Il n'avait donc pas fallu une seconde pour que Carlisle se précipite à l'étage, vite suivi de tous. Il avait toqué à la porte, n'obtenant aucune réponse. Tous avaient entendu un petit gémissement s'inquiétant encore davantage. Carlisle avait de nouveau toqué sans obtenir de réponse. Un instant plus tard, un bruit de chute raisonnait dans la chambre, les faisant sursauter, un cri emprunt de douleur suivant. Lorsqu'il ouvrit la porte, le père de famille faillit faire sauter l'encadrement avec elle.

- Nathaniel ! s'exclama-t-il en le trouvant au sol.

Il se précipita vers lui, sa famille derrière lui, tous découvrant Nathaniel au sol près du lit, à genoux, recroquevillé sur lui même et enfermé dans ses bras. Son cœur battait à tout rompre alors qu'il tremblait comme une feuille peinant à respirer. Il était couvert de sueur, tendu comme un arc. Il avait les dents serrées à l'extrême, souffrant visiblement. Carlisle se précipita près de lui, s'accroupissant à ses côtés et passant un bras autour de lui.

- Nathaniel ? Nathaniel tu m'entends ?

- Carl..., bredouilla celui-ci avant de lâcher un cri plus fort.

Dans la seconde, Jasper tombait à genoux, s'effondrant et s'enfermant dans ses bras.

- Jasper ! s'exclama Alice en le rejoignant précipitamment. Qu'est ce qu'il t'arrive ?

- Il ressent la douleur de Nathaniel, expliqua Edward qui avait écarquillé les yeux. Elle est très forte.

- C'est aussi fort que la transformation, bredouilla l'empathe en les choquant.

- Nathaniel ! appela une nouvelle fois le médecin.

L'adolescent ne répondit pas, se roulant un peu plus en boule, gémissant de douleur.

- Qu'est-ce qu'il se passe Carlisle ? demanda Esmée qui l'avait rejoint et qui se sentait paniquer devant son protéger dans un tel état.

- Je n'en sais rien, répondit-il.

Aucun ne fit attention au fait que minuit sonnait, trop occupés à sursauter quand le jeune homme lâcha un puissant cri de souffrance pour ensuite s'effondrer complètement, rattrapé par Carlisle qui le tint contre lui.

- Bon sang, Nathaniel ? appela-t-il. Nathaniel ?!

Il n'eut aucune réponse et il se força au calme, se concentrant sur son protéger. Son cœur battait toujours. Faiblement et lentement à l'inverse d'un peu plus tôt, mais il battait. Il respirait aussi, bien que difficilement.

- Il s'est évanoui, dit-il aux autres qui s'étaient regroupés autour de lui.

Nathaniel inconscient, Jasper ne sentait plus rien, reprenant alors ses esprits peu à peu, comme Edward. Emmet vint relever son frère qui s'approcha de ses parents alors que Carlisle redressait Nathaniel avec la plus grande des délicatesses, le calant contre lui. Tous purent bientôt voir le visage de l'aveugle lorsque sa tête se retrouvait contre l'épaule du médecin. Il était maladivement pâle, les cheveux collés à la peau par la sueur, les traits crispés et la respiration sifflante. Le père posa sa main sur son front, grimaçant ensuite :

- Il est brûlant de fièvre, remarqua-t-il alors avec inquiétude.

Avec beaucoup d'attention, il souleva le jeune homme frêle dans ses bras, demandant à Rosalie d'aller lui chercher du matériel dans son cabinet. Celle-ci disparût sur le champs alors qu'Esmée venait aider son mari. Tenant la tête de l'adolescent, elle l'aida à l'installer dans le lit, les deux vampires plus doux que jamais pour leur fragile protéger. Rapidement, Nathaniel fut allongé sur le matelas, tremblant toujours. Toute la famille vint l'entourer, très inquiets pour l'adolescent. Rosalie revint très vite avec ce que le blond avait demandé, celui-ci s'empressant d'examiner le jeune homme.

- Comment va-t-il ? demanda Esmée quelques minutes plus tard.

- Mal, répondit le père. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais il ne va pas bien. Il faut faire baisser cette fièvre et l'aider à respirer.

Rapidement, il fila chercher davantage de matériel plus spécifique dans sa réserve, revenant rapidement au chevet du jeune homme. Il allait se mettre au travail quand tous se figèrent, la pièce soudain beaucoup trop silencieuse à leurs oreilles, réalisant que le cœur du jeune homme ne battait plus, les choquant. Immédiatement, Carlisle se précipita, le prenant dans ses bras pour l'allonger au sol et commencer un massage cardiaque.

- Ne me fais pas ça Nathaniel ! supplia-t-il. Allez, fait un effort !

Il demanda à Esmée de préparer une injection pour lui et elle s'exécuta, luttant pour garder un minimum de calme et faire ce qu'il fallait. Quelques secondes plus tard, le médecin pouvait faire sa piqûre, reprenant ensuite son massage. Il fallut un très long moment de tension, de très longues minutes atroces mais finalement, l'aveugle reprenait une inspiration frêle, son cœur raisonnant de nouveau faiblement alors que tous lâchaient un soupir de soulagement. Ne perdant pas un instant, Carlisle se remit immédiatement au travail avec rapidité et précision. Il administra plusieurs médicaments au jeune homme, très heureux d'avoir ce qu'il fallait chez lui pour stabiliser l'état de son protégé. Il mit en place une perfusion avec délicatesse, observé par ses enfants alors qu'Esmée s'était complètement reprise pour l'aider, tenant la poche transparente. Elle s'était accroupie près de Nathaniel, caressant ses cheveux de sa main libre. Un instant encore et le médecin soulevait de nouveau l'adolescent avec délicatesse, Rosalie se précipitant pour tenir sa tête en voyant que ni son père ni sa mère ne pouvaient le faire. Dans un silence lourd, ils le réinstallèrent dans son lit, la blonde s'écartant ensuite pour laisser la place à Carlisle qui continuait. Esmée accrocha la perfusion en hauteur restant près de son mari pour l'aider alors qu'il s'affairait. Il mit en place un masque à oxygène sur le visage de son patient s'occupant de lui un long moment. Il alla ensuite chercher un électrocardiographe qu'il mit en place rapidement pour faire un premier examen et s'assurer un peu plus de l'état du jeune homme. Il termina finalement, prenant délicatement la main tremblante de l'aveugle dans la sienne.

- Quelqu'un peut aller chercher une bassine d'eau tiède et un linge ? demanda-t-il.

Edward s'exécuta sur le champs, revenant quelques secondes plus tard avec ce qu'il avait demandé. Le blond récupéra le tout, déposant la bassine sur la table de chevet et y trempant le linge qu'il essora et plia soigneusement pour en couvrir le front du jeune homme, reprenant ensuite sa main.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda finalement Esmée en s'asseyant au bord du lit pour caresser les cheveux noirs d'une main douce.

- Nathaniel a une santé très fragile, commença le médecin sans le lâcher des yeux. Son organisme est très faible. Alors je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement mais j'ai ma petite idée. Il a eu beaucoup de mal a guérir de ses blessures après son accident. Il a frôlé la mort de près et il en est ressorti dans un état dramatique. Il n'a pas encore récupéré. Ça plus ce qu'il y a eu cette semaine à peut-être déclenché cette crise. En revanche, je ne sais pas du tout ce qui a pu provoquer une douleur aussi violente que celle de la transformation et à mon avis, c'est cette douleur qui a traumatisé son corps et arrêté son cœur.

- Ça va aller ? demanda Rosalie qui s'était enfermée dans ses bras et rapprochée de son mari.

- S'il ne rechute pas, ça devrait aller, répondit le médecin. Je vais le surveiller de près cette nuit. Je reste avec lui. Pour le moment, on ne peut rien faire de plus. J'ai tout ce qu'il faut ici pour m'en occuper.

Il y eut un moment de silence, tous restant dans la chambre au chevet du jeune, espérant que Carlisle ne serait pas forcé d'utiliser son dernier recours cette nuit pour sauver son protégé. Rosalie vint s'asseoir sur le lit à l'opposé de ses parents, prenant la deuxième main du jeune homme entre ses doigts.

- Tu imagines si on l'avait laissé rentrer chez lui ? murmura finalement Esmée en regardant son mari. Il n'aurait eu aucun secours cette nuit. On l'aurait perdu, dit-elle l'air douloureux.

- Hors de question qu'il retourne vivre là bas tout seul, posa fermement Carlisle.