Chapitre 12 :

Vampire

Toute la nuit durant, les vampires restèrent au chevet du jeune homme qu'ils veillèrent étroitement. On le rafraîchissait régulièrement, Carlisle s'assurant de son état en le surveillant de près. Sa fièvre refusait de baisser, les inquiétant alors qu'il avait toujours du mal à respirer. Le reste de la nuit fut pourtant calme alors qu'ils n'échangeaient pas un mot, tous réfléchissant en observant l'aveugle, guettant chaque battement de cœur. Au matin, Carlisle appela la clinique pour leur expliquer la situation et annoncer qu'il prenait quelques jours de congés pour veiller lui même sur le jeune homme. Tous étaient encore rassemblés dans la chambre lorsqu'ils entendirent une voiture se garer devant leur maison. Les voix de Bella et de son père se firent rapidement entendre, faisant soupirer lourdement Rosalie qui tenait toujours précieusement la main de Nathaniel. Alice décida d'aller les accueillir, voyant que personne n'avait vraiment envie de quitter la chambre. Le médecin précisa que si le Shérif voulait voir Nathaniel, il pouvait venir, expliquant que l'homme et l'adolescent s'appréciaient. La médium acquiesça et alla à leur rencontre, jetant un regard angoissé vers le lit.

Rapidement, tous l'entendirent accueillir la fille et le père. Le Shérif la salua gentiment, demandant si Nathaniel était toujours chez eux alors qu'il ne l'avait pas trouvé chez lui. Alice n'eut pas le temps de répondre que Bella demandait où était Edward, coupant leur discussion. Soupirant, Alice les invita à entrer, les menant vers la chambre du jeune homme. En découvrant l'aveugle dans son lit ainsi, l'homme eut l'air choqué. Carlisle le salua lui et sa fille qui avait vite fait de bondir sur Edward et tous échangèrent des salutations polies.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda le shérif l'air inquiet en s'approchant du lit. Il avait l'air fatigué quand je l'ai eu au téléphone mais pas dans un état pareil. Il m'avait dis qu'il rentrait chez lui.

- Il allait doucement mieux et il voulait rentrer pour ne pas nous déranger mais je l'ai convaincu de rester ici au moins le reste de la semaine pour m'assurer qu'il se repose tranquillement, expliqua le blond. Je devais le ramener chez lui ce matin mais il a fait un violent malaise cette nuit et ça s'est terminé en crise cardiaque au final, dit-il en choquant l'homme. Heureusement qu'il était encore ici.

- Il va s'en sortir ? demanda Charlie.

- Il est stable pour le moment. J'espère qu'il ne rechutera pas, remarqua-t-il. J'ai pris quelques jours pour m'occuper de lui.

- Vous avez tout ce qu'il vous faut ? demanda alors l'homme.

- Oui, assura Carlisle, j'ai tout ce dont j'ai besoin pour veiller sur lui mieux qu'à la clinique ici.

- On va s'occuper de lui, affirma Esmée.

- Heureusement qu'il vous a, remarqua le shérif. Il me disait l'autre jour que vous étiez des anges gardiens pour lui et je crois bien qu'il a raison, dit-il en les faisant sourire. Je ne peux pas rester mais tenez moi au courant s'il vous plaît, pria-t-il. Je reviendrais le voir quand il sera en état d'avoir de la visite si vous le voulez bien.

- Tu le connais ? s'étonna Bella l'air furtivement pincée.

Tous étant concentrés sur l'inconscient, personne n'y prêta d'attention.

- Bien sûr que je le connais, répondit Charlie. J'ai été la première personne qu'il a rencontré en arrivant à Forks. Je suis allé le voir lorsqu'il est arrivé, je lui ai montré le chemin jusqu'à la clinique et j'ai demandé à ce que ce soit le docteur Cullen qui s'occupe de lui. Il n'avait pas l'air très bien ce jour là.

- Et grand bien vous en a pris Shérif, sourit Carlisle.

- C'est sûr, soupira-t-il. On a sympathisé un peu plus à chaque fois que je lui rend visite. C'est un bon gamin, remarqua-t-il, très gentil et très modeste, qui ne se plaint jamais et qui s'inquiète toujours des autres. J'essaye d'aller le voir deux trois fois par semaine au moins.

- Pourquoi ? demanda sa fille naïvement.

Son père se tourna vers elle, la regardant comme pour demander si la question était sérieuse.

- C'est un gosse Bella, fit-il remarquer. Un gosse en or qui n'a pas notre chance. Il a deux ans de moins que toi je te signal, il est aveugle, il a des soucis de santé et d'argent. Il ne s'en plaint jamais et il ne demande rien mais ça se voit comme le nez au milieu de la figure quand on entre chez lui et qu'on jette un coup d'œil. Il doit se débrouiller tout seul dans tout ça. Il n'a pas la chance d'avoir une famille et des amis. En tout cas il n'en n'avait pas en arrivant, dit-il en souriant à Carlisle qui lui rendit. C'est évident qu'il a besoin qu'on garde un œil sur lui au cas où. Ça fait parti de mon travail de shérif et en tant que père, dit-il en la regardant, je ne peux pas ignorer un gamin dans sa situation. Surtout qu'on peut vite se rendre compte que c'est quelqu'un de bien en apprenant à le connaître un peu, dit-il en faisant sourire le couple de parents sachant qu'il appréciait l'adolescent et qu'il s'inquiétait pour lui. Appelez moi quand il se réveillera pour me donner des nouvelles, demanda-t-il au médecin. Dîtes lui que je m'occupe des réparations chez lui avec son propriétaire et que les patrouilles garderont un œil sur sa maison pour que personne ne profite de son absence, annonça-t-il. Comme ça, il n'aura à s'inquiéter de rien et il pourra se reposer tranquillement.

- Merci Shérif, je suis sûr qu'il vous en sera très reconnaissant, répondit le patriarche.

- Je sais, sourit-il, il est reconnaissant pour la moindre petite chose que l'on fait pour lui, remarqua-t-il. Veillez bien sur lui, pria-t-il, et n'hésitez pas à m'appeler s'il y a un problème.

- Nous le ferons, assura Esmée.

Acquiesçant, l'homme les salua, priant Bella de ne pas l'oublier, partant ensuite pour son travail alors qu'il était venu déposer sa fille et demander des nouvelles de l'aveugle. Le silence retomba alors dans la chambre vite brisé par Bella voulant partir avec Edward. Inquiet, celui-ci lui expliqua qu'il préférait rester là pour attendre le réveil de Nathaniel. Elle s'obstina pourtant, le télépathe refusant en la priant de baisser d'un ton pour ne pas déranger le repos de l'aveugle. Loin de se taire, elle poursuivit, agaçant toute la pièce et finissant par avoir raison du peu de patience que Rosalie avait avec elle ces derniers temps :

- Tu es dans la chambre de quelqu'un qui a failli mourir il y a quelques heures à peine, remarqua-t-elle en la fusillant d'un regard noir. Alors tais toi. Nathaniel a besoin de calme et de tranquillité.

Elle se figea un instant à l'hostilité palpable de la blonde mais elle se risqua à ouvrir de nouveau la bouche. Elle n'eut pas le temps de dire un mot qu'Edward l'entraînait dehors, l'air vraiment énervé maintenant. Toute la famille entendit le couple se disputer au rez de chaussé mais au moins, c'était hors de porté des oreilles de Nathaniel. Même si celui-ci était encore endormis, aucun ne voulait qu'il assiste à ça de près ou de loin. Il avait vraiment besoin de calme et de quiétude. Ils écoutèrent la dispute, agacés par le comportement d'enfant gâtée de Bella qui reprocha à Edward de plus s'inquiéter pour un inconnu que pour elle. Atterré, le pianiste lui fit remarquer la gravité de la situation pour Nathaniel et il fit une chose qu'il n'avait pas fait depuis longtemps avec Bella : il ne céda pas, décrétant qu'il resterait chez lui aujourd'hui et que ce n'était pas négociable, acceptant juste de rester avec elle plutôt que dans la chambre de l'adolescent qu'il pourrait tout de même surveiller de loin. Le calme revint alors et l'attention se focalisa de nouveau sur Nathaniel, Esmée le rafraîchissant une fois encore avec délicatesse.

Une heure plus tard, alors que personne n'avait bougé, Carlisle et Rosalie qui tenaient les mains de l'adolescent purent sentir ses doigts bouger faiblement. Tout deux se focalisèrent immédiatement un peu plus sur le jeune homme, se penchant vers lui :

- Il commence à se réveiller, annonça Carlisle pour les autres qui se firent alors plus attentifs encore.

Deux secondes plus tard, Edward revenait dans la pièce en quatrième vitesse, rejoignant ses frères et sœurs pour suivre le réveil de l'adolescent. Carlisle s'approcha un peu plus de Nathaniel, serrant doucement sa main et posant ses doigts sur sa joue quand Esmée avait toujours les siens dans ses cheveux. Il fallut un long moment pour que l'adolescent se réveille vraiment, remuant un peu alors qu'un faible gémissement s'échappait de ses lèvres.

- Nathaniel ? appela-t-il avec douceur.

- Carl... isle, répondit-il faiblement.

Malgré le masque à oxygène qui étouffait un peu sa voix, les vampires n'eurent aucun mal à l'entendre, seul Bella observant froidement de la porte ne pouvant comprendre.

- Je suis là, assura le médecin. Reste tranquille tu as besoin de repos, expliqua-t-il la voix paisible.

- Esmée... appela-t-il alors.

- Je suis là, répondit-elle immédiatement en caressant sa tête.

- Rosalie ? demanda-t-il ensuite alors que la blonde le sentait bouger un peu ses doigts dans sa main.

- Je suis là aussi, dit-elle en resserrant délicatement son étreinte. On est tous là avec toi, expliqua-t-elle.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il lentement l'air très confus.

- Tu ne te souviens pas ? questionna le médecin.

Le jeune homme resta silencieux un moment, tous le laissant réfléchir et retrouver tranquillement ses esprits.

- Je me suis... réveillé cette nuit, répondit-il finalement comme s'il se remémorait en même temps, j'avais... mal partout, bredouilla-t-il.

- Je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement, reprit alors Carlisle avec calme. Tomber malade t'a certainement fait plus de mal que je ne le pensais. Tu t'es finalement évanouis cette nuit quand je t'ai rejoint et tu as fait un arrêt cardiaque ensuite. Heureusement, j'ai réussi à te ramener rapidement. Il faut que tu te reposes maintenant. On s'occupe de toi, assura-t-il.

L'adolescent eut un léger acquiescement et le père se tourna vers Jasper, celui-ci prenant la parole de manière à ce que les oreilles humaines ne l'entende pas :

- Il a compris mais il est dans les vapes, il a du mal à suivre ce que tu dis, expliqua-t-il.

- C'est normal, remarqua le médecin. Et cette fièvre qui ne veut pas tomber, soupira-t-il. Nathaniel ? reprit-t-il de manière audible pour l'adolescent. Ça va aller ne t'en fait pas, assura-t-il. Il faut juste que tu te reposes et que tu te détendes. On se charge du reste.

Le jeune acquiesça une fois de plus difficilement, restant ensuite immobile mais serrant un peu plus les mains qui tenaient les siennes. Se réveillant progressivement Nathaniel se souvint de ce qu'il s'était passé. Cet anniversaire avait fait plus de dégâts qu'il ne le pensait. Il ne s'y attendait pas. Son cœur était allé jusqu'à s'arrêter un moment. Sûrement le choc de la douleur dans son corps faible. Carlisle l'avait ramené, il ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou non, probablement pas. Mais quelque part, cela le touchait beaucoup que Carlisle lui ait sauvé la vie ainsi. C'était une chose d'une immense valeur et quelque part, cela apaisait son cœur brisé. Ceux qui lui avaient sauvé la vie ainsi n'étaient pas nombreux et tous étaient morts. Il avait une dette de vie envers le blond maintenant. Cela ne le gênait pas si c'était Carlisle mais il se demandait bien comment il pourrait lui rendre. Il se sentait étrange, lourd et nauséeux. Il avait chaud et froid tout à la fois, il peinait à respirer et à réfléchir, cela le paniquant un peu alors qu'il n'en pouvait plus de ce genre de situation qu'il n'avait plus la force d'affronter vaillamment comme autrefois. Il se rassura donc en sentant les mains de Rosalie et Carlisle dans les siennes, celle d'Esmée dans ses cheveux, incapable du moindre mouvement.

Toute la matinée durant, la famille veilla sur l'aveugle qui se rendormait et se réveillait régulièrement, la fièvre le malmenant comme sa difficulté à respirer alors qu'il toussait parfois légèrement. Carlisle faisait tout son possible pour l'aider, veillant à ce qu'il n'ait pas de douleur. Pourtant, Nathaniel gémissait parfois de souffrance dans son sommeil, Jasper confirmant qu'il avait mal malgré les médicaments du médecin, celui-ci ne comprenant pas. La fièvre refusait de baisser sans explication et on faisait tout pour l'en soulager, le rafraîchissant souvent, le faisant boire lorsqu'il se réveillait. Ils le couvraient d'attention, tentant de le réconforter au mieux lorsqu'il reprenait conscience pour le détendre au maximum. Bella resta à la porte un moment, regardant la scène d'un mauvais œil en se disant que l'aveugle prenait vraiment beaucoup trop de place à son goût. Encore un peu et il avait droit à sa transformation cette nuit. Cela l'écœurait alors qu'elle devait attendre le bon vouloir d'Edward. Elle regarda d'ailleurs celui-ci garder une grande attention sur le gamin, l'air vraiment inquiet pour lui. Il n'y avait pas de quoi en faire un drame puisque Carlisle l'aurait transformé s'il était mort. Ce qui la dégouttait était que cet avorton risquait de se voir offrir l'immortalité d'un moment à l'autre alors qu'on lui refusait toujours à elle. Elle le détestait pour prendre sa place de protéger de la famille de vampire. C'était injuste, même son père s'y mettait. Cet avorton n'avait pourtant rien, il n'était même pas beau ou fort. Il n'avait rien et il débarquait de nul part comme ça pour lui prendre tout ce qu'elle voulait. Agacée de voir la famille entièrement concentrée sur lui, elle finit par s'en aller vers le salon, manquant le regard lourd de Jasper sur elle.

En fin de matinée, Esmée entreprit d'aller préparer un bouillon pour que Nathaniel puisse facilement manger quelque chose. Alice vint bien vite prendre sa place, comme s'il était impensable qu'il n'y ait plus personne pour caresser doucement les cheveux noirs. Lorsque l'adolescent se réveilla de nouveau un peu plus tard et qu'on lui proposa de manger un peu, ce fut au tour d'Emmet de se précipiter alors qu'il voulait lui aussi aider le jeune homme comme il pouvait. Il était évident que Nathaniel ne pouvait tenir assis seul, bien trop faible et il décréta alors qu'il servirait d'appuis. Avec une délicatesse maladroite pour lui, aidé de Carlisle, il redressa lentement l'aveugle, s'asseyant derrière lui pour ensuite l'installer contre son torse, sa large carrure faisant une place parfaite pour l'adolescent frêle. Celui-ci se retrouva d'ailleurs encadré de bras forts le maintenant confortablement assis, sa tête posée contre une poitrine qu'il sentit solide. Emmet lui parut glacial à cet instant et il se dit que c'était la fièvre qui lui donnait cette impression, mais ça faisait du bien alors qu'il avait l'impression d'être en feu et il soupira un instant. Tous en comprirent la raison, Emmet souriant en voyant qu'il pouvait l'aider un peu. Nathaniel le remercia d'ailleurs faiblement pour ce qu'il faisait, murmurant qu'il avait l'air d'avoir la carrure d'un ours. Tous sourirent, le brun spécifiant que pour lui il serait juste un gentil nounours, le faisant très légèrement courber les lèvres. Tranquillement, Esmée l'aida à manger un peu et le jeune homme se laissa complètement faire. Le repas terminé, Emmet le garda encore un peu contre lui, le froid de son corps semblant lui faire du bien. Et ce fut dans cette position qu'il se rendormit rapidement, Carlisle remettant en place le masque à oxygène sur son visage. Il fut finalement rallongé dans son lit et tous continuèrent à veiller, une oreille toujours braquée sur son cœur qui semblait bien faiblard.

Il en fut ainsi toute la journée et le lendemain aussi sans que rien ne change hormis le fait que Nathaniel faiblissait un peu plus sous la fièvre et la difficulté à respirer, inquiétant beaucoup la famille. Carlisle avait beau faire tout ce qu'il pouvait, il ne parvenait pas à améliorer son état. Le médecin n'avait d'ailleurs pas quitté un seul instant le chevet de l'adolescent, comme Rosalie d'ailleurs qui le cajolait tout le temps l'air angoissée. Esmée ne sortait que pour s'occuper des repas, revenant bien vite. Edward passait une partie de son temps avec Bella, l'autre au chevet de Nathaniel auprès duquel il revenait lorsque la jeune fille se couchait. Alice et Jasper sortaient régulièrement pour aller courir en forêt lorsque l'empathe avait besoin de s'éloigner des émotions des autres et de l'inquiétude de tous qui s'ajoutait à la sienne, lui pesant trop. Quand à Emmet, il sortait se défouler pour revenir très calme. Celui-ci s'était d'ailleurs vite habitué à servir de fauteuil vivant pour l'aveugle qu'il calait contre lui lorsqu'on avait besoin de l'asseoir, heureux de pouvoir l'aider lui aussi. Nathaniel passait beaucoup de temps à dormir et lorsqu'il était éveillé, il était bien trop faible et confus pour tenir une conversation, n'échangeant que quelques phrases avec eux. Bien souvent c'était pour les remercier ou tenter de les rassurer en disant que ça allait alors que ce n'était vraiment pas le cas. Il peinait à se concentrer et on ne lui demandait cet effort que lorsque Carlisle avait besoin qu'il réponde à une question ou deux.

Le troisième jour, il n'y avait toujours pas de changement et Carlisle entreprit d'essayer autre chose. Il demanda à Alice d'aller faire couler un bain tiède. Il débarrassa Nathaniel du matériel médical de surveillance qu'il pouvait lui retirer, le prenant ensuite dans ses bras alors qu'il n'était pas assez conscient pour se rendre compte de ce qu'il se passait. Aidé d'Esmée qui porta les perfusions, il l'emmena vers la salle de bain. Le couple s'y enferma avec lui, le déshabillant pour le plonger dans l'eau tiède. Ils l'y laissèrent longuement, restant près de lui et espérant que l'eau tiède refroidissant lentement aiderait à faire baisser sa température. La mère en profita pour le laver alors qu'il avait beaucoup transpiré, s'occupant aussi de ses cheveux alors que Carlisle veillait à ce que son bandeau de quitte pas un instant ses yeux. Nathaniel ne sembla pas se rendre compte de ce qu'ils faisaient mais il se détendit visiblement alors qu'il était resté crispé jusque là et cela les fit sourire un peu. Ce fut cependant la seule victoire puisque la fièvre refusa de baisser. Ils le sortirent finalement de l'eau, le séchant et lui passant un pyjama propre pour ensuite le ramener à son lit.

Ce ne fut que le lendemain en fin de matinée qu'enfin, la fièvre commença à baisser doucement, les soulageant tous beaucoup. Il fallut près de vingt quatre heure à partir de là pour que la température de l'adolescent revienne à la normale. Dans un même temps, ils virent sa respiration se faire plus aisée pour finalement redevenir ordinaire elle aussi. Tous en furent rassurés, Carlisle annonçant que l'état du jeune homme s'améliorait doucement mais qu'il lui fallait du repos et du calme, aucun stress. Ce jour là, Nathaniel dormit quasiment toute la journée, pouvant désormais se reposer plus confortablement alors qu'il était très faible. Lorsqu'il commença à se réveiller en fin d'après midi, toute la famille était autour de lui hormis Edward qui était avec Bella dans sa chambre.

- Nathaniel ? appela Carlisle près de lui après un moment à le laisser reprendre ses esprits tranquillement.

- Carlisle ? répondit-il faiblement.

- C'est moi, confirma celui-ci alors qu'il tenait encore sa main. Comment te sens tu ?

- J'ai un peu froid, répondit l'adolescent la voix rauque et l'air encore un peu endormi.

Le médecin se leva sur le champs pour remonter la couette sur lui, se rasseyant ensuite près de lui et reprenant sa main.

- Ta fièvre est enfin complètement retombée, lui expliqua-t-il doucement. C'est une très bonne chose. Ça va mieux pour respirer ? questionna-t-il alors qu'on lui avait retiré le masque à oxygène depuis un moment.

- C'est beaucoup mieux, soupira l'adolescent avec soulagement.

- Ça devrait aller de mieux en mieux maintenant, assura le médecin en écartant une mèche de cheveux de son visage. Il faut juste que tu te reposes.

- On est quel jour ? demanda l'aveugle.

- Vendredi, répondit le médecin. Il est dix sept heure, précisa-t-il.

- Ça fait cinq jours, bredouilla Nathaniel surpris.

- Oui, confirma Esmée près de lui. Tu nous as fait une belle peur tu sais, dit-elle en effleurant sa joue du bout des doigts.

- Désolé, soupira-t-il. Et dire que j'étais censé rentrer et vous laisser tranquille, dit-il tout bas mais parfaitement entendu de tous.

- Ne dit pas une chose pareille Nathaniel, répondit Carlisle. Ce n'est pas de ta faute et tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureux de t'avoir convaincu de rester quelques jours de plus. Si tu avais été seul chez toi...

- Je serais mort à l'heure qu'il est, termina-t-il doucement à la place du médecin qui n'arrivait pas à l'admettre.

Il n'aurait su dire si c'était une bonne chose ou non d'avoir survécus, encore. Il n'en n'avait plus la force. Mais cette fois, c'était Carlisle qui l'avait sauvé et qui par sa force et son obstination, l'avait gardé en vie. Et puis il y avait eu ces cinq jours. Pendant ces cinq jours de fièvre, il n'avait pu discuter ou échanger d'une quelconque manière avec la famille, trop épuisé et confus. Mais il avait tout de même suivi ce qu'il se passait autour de lui dans ses moments de conscience. Et il avait été très profondément touché. La seule chose qui l'avait davantage touché dans sa vie avait été le sacrifice des siens et de découvrir ce que Severus avait fait pour lui des années durant. Là, pendant cinq jours, il avait eu la véritable sensation d'avoir une famille aimante. Il avait déjà eu l'impression d'avoir un père et une mère avec le couple parental même s'il ne s'était jamais autorisé à les voir ainsi. Mais là, dans la faiblesse, il s'était instinctivement réfugié vers cette idée de famille, son plus grand rêve. Il avait senti l'immense inquiétude de chacun à son égard. Jamais il n'avait pu sentir qu'on s'inquiétait à ce point pour lui. Cela l'avait ébranlé. Tous s'étaient énormément inquiétés pour lui, ils avaient eu peur pour lui. Et dire qu'il connaissait le couple de parents depuis à peine plus d'un mois et leurs enfants une grosse semaine. Pourtant, tous avaient fait preuve d'une immense attention pour lui, tous.

Rosalie lui avait tenu la main qu'elle caressait souvent, passant parfois ses fins doigts doux dans ses cheveux. Elle était calme et tendre avec lui et cela faisait du bien, elle réprimandait sèchement quiconque faisait trop de bruit, s'agitait un peu trop autour de lui ou avait un geste qu'elle jugeait trop brusque. Et cela l'avait fait se sentir protégé et en sécurité avec elle. Alice. Alice, son enthousiasme et la joie dans sa voix arrivait à lui faire croire qu'il était totalement impossible de détruire le bonheur. Cela était une chose qui lui faisait un bien fou. Il y avait ensuite Emmet. La première fois qu'il l'avait pris contre lui pour l'asseoir, il avait senti qu'il était un colosse. Il avait aussi senti qu'il n'était pas habitué à la douceur et pourtant, il avait fait d'immenses efforts pour être infiniment délicat avec lui. Il avait perçu sa très touchante maladresse dans ses gestes attentionnés et cela l'avait beaucoup ému alors qu'il n'avait jamais vu personne faire de tels efforts pour lui et cela lui donnait l'impression d'être important et précieux. Puis il y avait Jasper et son calme profond lorsqu'il venait près de lui. Il avait toujours le petit mot qu'il fallait au bon moment et quand il lui tenait la main, il se sentait plus tranquille sans comprendre pourquoi, se disant que son calme était communicatif. Et il y avait Edward. Jamais il n'aurait cru ça possible mais le pianiste avait réussi à lui donner envie de voir demain arriver. Un espoir. Il avait fait cela en lui parlant de piano alors qu'il lui avait dit qu'il jouerait de nouveau pour lui lorsqu'il irait mieux, lui promettant d'encore lui montrer d'autres mélodies en guidant ses mains des siennes sur son instrument. Nathaniel s'était surpris à le vouloir vraiment et à espérer guérir vite pour pouvoir aller jusqu'au piano avec lui.

Il s'était demandé si c'était l'effet que cela faisait d'avoir des amis et même peut-être des frères et sœurs. Ajouté à Carlisle et Esmée qui lui donnaient déjà depuis plusieurs semaines une foule de sensations positives qu'il ne connaissait pas et il avait l'impression d'avoir une famille. Cela le retournait au plus profond de lui. C'était étrange alors qu'il ne les connaissait que depuis peu. Mais en peu de temps, cette famille lui avait donné tout ce dont il avait rêvé. L'état de faiblesse dans lequel il était forcé de se montrer face à eux et qu'il ne s'était jamais permis même de très loin devant personne l'avait mis dans une telle vulnérabilité qu'il s'était senti plus en danger que jamais. Mais à contrario, cela avait stimulé sa confiance à leur égard. S'ils avaient voulu, ils auraient pu lui faire du mal depuis bien longtemps. Pourtant, ils avaient fait tout l'inverse au delà de ce qu'il croyait possible. Ils n'avaient rien à leur donner, il leur causait beaucoup de soucis et pourtant, ils étaient toujours là avec lui à tout faire pour l'aider, pour le soulager. Ils avaient sa vie entre les mains et ils en prenaient soin comme d'un trésor. Cela le touchait jusqu'au tréfonds de son âme. Pendant cinq jours, ils lui avaient consacré tout leur temps. À chaque fois qu'il s'était réveillé, il avait toujours Carlisle et Rosalie. Il s'était même demandé quand ils allaient dormir. Esmée était presque toujours là aussi, lui préparant ses repas avec une grande attention. Les autres étaient rarement absents eux aussi et chacun avaient eu de multiples attentions à son égard.

Lui qui s'était si longtemps sentit si seul, terrifié même par cette solitude, venait d'expérimenter la sécurité et la chaleur d'un entourage attentif, protecteur, doux... et tout cela avec une telle sincérité, une telle générosité qu'il s'en retrouvait profondément bouleversé à tel point qu'il ne savait plus où il en était. Il ne savait pas si avoir survécu était une bonne chose mais ces cinq jours étaient quelques part les plus beaux de sa vie. Personne n'avait jamais fait ça pour lui et il ressentait le besoin de leur dire, de leur montrer sa reconnaissance. Épuisé, extrêmement affecté, vivement déstabilisé et n'en pouvant plus de l'ouragan émotionnel faisant rage en lui, il laissa simplement parler ce qu'il restait de son cœur en miette dont la famille avait commencé à rassembler les morceaux avec patience et bienveillance.

- Tu m'as sauvé la vie Carlisle, remarqua-t-il faiblement. Et... ce que vous avez tous fait pour moi ces derniers jours..., dit-il la voix si basse qu'une personne ordinaire aurait eu du mal à l'entendre, ce que vous avez fait pour moi... c'est... je..., bredouilla-t-il alors qu'il ne se maîtrisait plus et que sa voix se brisait.

Une seconde plus tard, Edward arrivait, sentant comme toute la famille que Nathaniel allait peut-être leur dire quelque chose d'important. Il s'approcha discrètement du lit alors que Carlisle se penchait sur son protégé :

- Calme toi Nathaniel, pria-t-il tranquillement en serrant doucement sa main qu'il tenait. Est-ce qu'on a fait quelque chose qui t'a dérangé ? demanda-t-il inquiet d'avoir fait une erreur avec lui ces derniers jours.

- Carlisle, répondit-il alors doucement, ça va peut-être vous paraître... absurde et... étrange, dit-il alors que sa faiblesse extrême se sentait terriblement, mais ces cinq derniers jours, ont été parmi les plus beaux de ma vie, dit-il en les choquant profondément.

Un murmure furtif de Jasper leur confirma qu'il était parfaitement sérieux, les touchant davantage. Il avait failli mourir, il venait de subir cinq jours très difficiles et il leur disait cela ? Ils retournèrent pourtant tous leur attention sur lui lorsqu'il continua, chacun s'étant approché plus près sans même s'en apercevoir :

- Avant de vous rencontrer, jamais personne n'a été si gentil, si attentionné avec moi, avoua-t-il avec émotion. Jamais on ne m'avait tenu la main comme ça, continua-t-il, ou aidé à manger et à boire, à tenir assis quand je n'y arrivais pas seul.

Combien de fois ne s'était-il pas retrouvé dans une situation semblable en rentrant gravement blessé d'un combat ? Et il n'y avait jamais eu personne pour l'aider quand il ne pouvait pas se débrouiller tout seul à cause des blessures. Il avait eu soif et faim pendant certaines périodes de guérison et jamais de réconfort et de chaleur.

- Jamais on n'avait pris soin de moi ou veillé sur moi comme ça. Il n'y a jamais eu personne pour être là comme vous, dit-il alors qu'un sanglot lui échappait. Je n'ai même pas de mot pour vous dire ce que ça représente pour moi. Je ne voudrais pas de tout l'or du monde pour rendre ces derniers jours avec vous, bredouilla-t-il alors que sa voix se brisait définitivement.

Infiniment touchés, personne ne su que répondre à ça sur l'instant. Carlisle bougea pourtant rapidement. Très délicatement, il glissa une main dans la nuque du jeune homme, l'autre dans son dos pour le redresser doucement et le caler contre lui. D'un geste vif, il attrapa une couverture qui était là au cas où ils auraient sortis le jeune de son lit. Il l'emmitoufla dedans, s'assurant qu'il n'ait pas froid, le cachant presque entièrement avant de le serrer dans ses bras. Avec le peu de force qu'il avait, Nathaniel se blottit autant qu'il put contre lui, comme un enfant, sanglotant sans contrôle. Il posa une main sur sa tête présentement cachée contre son épaule, caressant ses cheveux. Toute la famille avait les yeux rivés sur lui, touchée par son discours, tristes de percevoir toute la solitude, la tristesse et la douleur qu'il avait pu ressentir dans le passé.

- Je suis désolé... de vous causer de tels ennuis alors que... alors que vous faîtes tant pour moi, dit-il la voix hachées par ses pleurs. Je suis désolé.

- Chut, souffla doucement Carlisle à son oreille. Chut. Plus un mot Nathaniel, dit-il tranquillement. Tu n'as pas à t'excuser de quoi que ce soit. Tu n'as rien à te faire pardonner tu m'entends ? C'est toi qui souffre le plus de ton état et rien de ceci n'est de ta faute alors tu n'as pas à t'excuser.

- Je..., murmura-t-il.

- Tu n'es plus tout seul Nathaniel, le coupa-t-il sans brusquerie. Tu n'es plus tout seul et je ne tolérerais pas que tu sois de nouveau seul un jour. Tu n'es plus seul, répéta-t-il pour bien lui faire comprendre. Tu nous as aujourd'hui. On sera là pour veiller sur toi et t'aider à chaque fois que tu en auras besoin. Tu fais parti de cette famille maintenant, assura-t-il alors que pas un autour de lui n'avait envie de réfuter cette affirmation. Alors je t'en supplie, laisse nous nous occuper de toi, demanda-t-il. On sera là pour t'aider, pour te soigner, pour veiller sur toi ou simplement pour te tenir compagnie si c'est ce dont tu as besoin. On sera là toujours et on ne t'abandonnera pas.

Tous virent Nathaniel sursauter légèrement à cette dernière phrase. L'abandon. Abandonné. Il s'était senti abandonné toute sa vie et Carlisle lui promettait tout le contraire à cet instant. Il ne savait plus du tout où il en était ni quoi répondre. Il ne savait pas s'il pouvait accepter mais il savait qu'il ne voulait que ça. Il ne savait plus quoi faire depuis la bataille finale et c'était Carlisle qui avait pris les choses en main pour lui sans même s'en apercevoir, l'aidant à savoir quoi faire, le guidant. Sans lui, il serait complètement perdu, encore davantage qu'il ne l'était déjà. Il savait pourquoi il avait voulu s'éloigner de la famille mais à ce moment, il ne s'en sentait plus capable. Ils lui offraient ce dont-il rêvait par dessus tout et il n'avait plus la moindre force pour refuser et affronter de nouveau une vie seul sans personne. Même si cette vie ne devait plus durer longtemps, il n'avait plus la force de passer une seule journée loin de ce cocon qu'on avait construit autour de lui ces derniers jours. Il voulait y rester et goûter à son rêve de famille. N'en n'avait-il pas le droit après cette guerre ?

Jasper lui, était entièrement concentré sur Nathaniel dont-il sentait les intenses émotions et il sursauta en sentant quelque chose de très particulier renaître en lui. Là, au milieu du désespoir, une petite flamme d'espérance se rallumait doucement, difficilement, accompagnée du retour d'un mince désir de vivre, de vivre avec eux et d'avoir cette attention qu'ils lui offraient. Attirant l'attention de son père d'un geste, il lui fit signe de poursuivre et de parler encore, voulant à tout prix attiser cette étincelle pour qu'elle s'enracine. En voyant l'excitation soudaine de son fils, Carlisle comprit qu'il tenait le bon bout pour convaincre son protégé, s'empressant de poursuivre en le tenant contre lui :

- Je t'aime comme mon fils Nathaniel, avoua-t-il alors doucement à son oreille en le figeant littéralement. Et Esmée t'aime comme une mère elle aussi, ajouta-t-il. Quoi que tu puisses en penser, nous serions ravis que tu nous laisses prendre cette place pour toi. Et rien ne me fera changer d'avis. Si tu ne veux pas nous parler de ton passé, nous respecterons ton choix, si tu veux en parler, nous sommes là pour t'écouter mais dans un cas comme dans l'autre, ça ne changera rien c'est promis. Parce que ce qui compte à nos yeux est ce que tu es avec nous maintenant. Je peux t'assurer aussi que ni Rosalie, ni Emmet, Alice, Jasper ou Edward, ne sont contre le fait de t'avoir pour petit frère, bien au contraire. Alors, laisse nous nous occuper de toi. Tout ira bien et plus jamais tu ne seras seul.

Entendant cela, Nathaniel craqua complètement se tassant contre le médecin autant qu'il le pouvait. Il pleura de plus bel, libérant un peu ses émotions débordantes. Carlisle le cajola tendrement, relevant le regard un instant vers Jasper. Celui-ci souriait doucement, sentant le soulagement, la reconnaissance, la gratitude et surtout l'acceptation du jeune homme devant la proposition du patriarche. Il acquiesça à sa question silencieuse et tous sourirent largement, comprenant. Maintenant, il ne restait plus qu'à savoir comment ils allaient gérer leur secret avec Nathaniel mais cela n'était qu'un détail à cet instant, tous soulagés de pouvoir vraiment aider ce jeune homme auquel ils s'étaient déjà tous attachés. Dans le couloir, Bella avait suivi la scène et ce fut rageuse qu'elle alla se réfugier dans la chambre du pianiste, se demandant comment éloigner cet encombrant insecte balafré de là.

Il fallut un très long moment pour que Nathaniel se calme, restant caché contre Carlisle qui ne le lâcha pas un instant. Le père veilla à le garder bien couvert pour ne pas que la froideur de son propre corps ne lui porte préjudice, gardant une grande attention sur lui. Et il ne manqua donc pas de l'entendre grincer des dents discrètement. Il s'écarta un peu de lui pour regarder son visage qui était crispé, comprenant immédiatement ce que cela voulait dire :

- Où as tu mal Nathaniel ? Demanda-t-il doucement.

- Ma tête et mes yeux, murmura-t-il faiblement.

- Je vais te donner quelque chose, assura-t-il immédiatement.

Il voulut replacer les oreillers pour l'installer assis mais Emmet se précipita joyeusement :

- Non, non, non, rit-il. Nounours est là pour ça, dit-il en faisant sourire tout le monde.

Il vint s'asseoir derrière l'adolescent comme il en avait très vite pris l'habitude. Il remontra bien la couverture sur lui pour ne pas qu'il soit en contact avec son corps bien trop froid pour lui maintenant que la fièvre était partie. Puis il le prit doucement des bras de Carlisle pour l'installer contre lui, l'encadrant de ses bras.

- Merci Emmet, bredouilla le jeune homme une fois installé.

- Inutile de me remercier crevette, dit-il avec affection. C'est normal ce genre de chose en famille.

Nathaniel fut visiblement touché par ces mots, son émotion palpable. Carlisle s'empressa de lui donner de quoi soulager son mal de crâne, Esmée l'aidant à boire pour avaler les médicaments. Il la remercia doucement et elle embrassa son front, lui annonçant qu'elle allait lui préparer un repas. Encore une fois la famille passa la soirée à veiller sur lui, heureux de le trouver bien plus conscient que ces derniers jours. Il était pourtant épuisé et ils ne tardèrent pas à le réinstaller dans son lit pour le laisser dormir, se mettant alors à discuter à voix basse :

- Il a l'air complètement à bout de force, remarqua Alice.

- Il manque déjà d'énergie d'habitude alors avec ça, soupira Esmée.

- Il va lui falloir un moment pour récupérer, remarqua Carlisle, mais ça ira avec du repos à condition qu'il n'arrive rien d'autre.

- Comment on gère pour notre secret ? demanda Emmet. On lui dit ? questionna-t-il l'air pour cette idée.

- On va voir, répondit Carlisle. Je pense que le mieux serait de lui dire. Il a le droit de savoir avec quoi il vit. Il nous confie sa vie après tout. On verra ce qu'il en pense et ce qu'il pense de la transformation.

- On lui propose alors ? comprit Rosalie.

- Cela pose un problème à quelqu'un ? demanda Carlisle en regardant ses enfants.

Tous firent signe de négation.

- Ça dépendra de ce qu'il pensera des vampires et s'il a des croyances ou non, remarqua Jasper. Mais dans son cas et s'il n'est pas croyant, je pense que ce sera une bonne chose pour lui. Ça lui redonnera de la force et lui permettra d'avoir une existence plus sereine où il ne serait pas cloué au lit et ça devrait améliorer son moral.

- Il retrouvera aussi la vue et ça effacera toutes ses cicatrices, remarqua Alice. J'aimerais beaucoup voir ses yeux, sourit-elle. Il n'aura plus à souffrir autant.

- Et on ne le prive pas d'avoir des enfants, remarqua Rosalie alors que tous savaient maintenant qu'il était déjà privé de cette possibilité.

- Tout dépendra de sa manière de voir les vampires, remarqua Edward.

- Une petite crevette avec des crocs, s'amusa Emmet qui s'était accroupi près de Nathaniel pour le regarder.

Il avait commencé à appeler l'adolescent comme ça alors que lorsqu'il le prenait contre lui, leur différence de gabarit était extrêmement flagrante, Nathaniel vraiment frêle à côté du colosse. Lorsqu'il était assis contre Emmet, il avait l'air plus fragile et plus petit encore.

- Je vais pouvoir l'emmener à la chasse à l'ours, remarqua-t-il alors que son enthousiasme transparaissait nettement faisant sourire tout le monde.

- S'il accepte, posa Carlisle. On verra bien. Mais on ne va pas lui en parler toute de suite. On ne sait pas comment il va prendre ça et il n'est pas en état pour un choc alors il va d'abord falloir qu'il reprenne des forces et on en discutera au calme, dit-il alors que tous approuvaient d'un signe de tête.

- Qu'est-ce qu'on fait avec la meute de clébards ? Demanda Rosalie.

- On verra déjà ce que veux Nathaniel et s'il accepte la transformation, je me fiche de la meute, posa Carlisle. Le traité stipule que l'on ne peut pas mordre quelqu'un à Forks ou dans ses alentours, on n'est pas obligé de faire ça ici. Ils n'ont pas leur mot à dire là dedans, il n'y a que lui qui doit décider et nous respecterons son choix, dit-il en regardant son protéger.

Toute la nuit, ils veillèrent encore sur le jeune homme, parlant de la manière d'aborder le sujet vampire avec lui et de la manière dont-il faudrait s'organiser s'ils le transformaient. Rosalie demanda alors à Edward où il en était avec la transformation de Bella et il expliqua qu'il ne savait pas encore, expliquant qu'il voulait d'abord voir s'ils arrivaient à passer la crise de leur couple où non et qu'il verrait après. Il faisait remarquer ensuite que quoi qu'il en serait, Nathaniel devait passer avant, alors que dans son état, tous avaient peur d'entendre de nouveau son cœur s'arrêter brusquement. Bella était en bonne santé et jeune, rien ne pressait et le télépathe voulait prendre son temps pour cette décision, tous approuvant. Le matin suivant, ce fut un peu plus alerte encore que Nathaniel se réveilla, encore une fois très entouré. Il salua tout le monde faiblement, Carlisle passant son état en revus. Il était encore faible mais il allait mieux et cela rassura tout le monde. Du repos, du calme et de l'attention ferait le reste. Esmée lui donna un bon petit déjeuner après lequel il resta simplement un moment à discuter avec eux.

Ce fut une journée tranquille. Dans l'après midi, Carlisle leva Nathaniel, l'aidant à réveiller ses jambes et à faire quelques pas. Voyant que ça allait à peu près, il l'emmena jusqu'à la salle de bain pour qu'il puisse se laver, lui faisant couler un bon bain. Esmée et Alice en profitèrent pour changer les draps de son lit et lorsqu'il y revint, il fut donc bien installé dans un lit frais, ce qu'il ne manqua pas de remarquer, les remerciant. Cela fait, ce fut en écoutant une lecture d'Esmée qu'il se reposa. Le lendemain, Bella quittait la maison pour rejoindre son père afin de déjeuner avec lui. Ce fut avec son protéger dans les bras que Carlisle descendit au garage, accompagné de ses enfants. Nathaniel avait des soucis avec ses yeux qu'il ne cessait plus de frotter et le médecin voulait qu'il y mette un peu de sérum pour les hydrater et les soigner. Le garage étant la seule pièce sans fenêtre pouvant être plongée dans le noir complet, il y emmena l'adolescent pour qu'il puisse y retirer son bandeau en toute sécurité. Curieux, tout ses enfants avaient suivis. Il avait assis le jeune homme sur les armoires, enroulé dans une couverture. Il demanda aux autres de fermer toutes les portes, faisant ensuite éteindre les lumières. Seulement, il y voyait encore clair avec sa vision de vampire.

- Attend Nathaniel, dit-il alors, il y a encore de la lumière. On va arranger ça.

- On est dans le noir Carlisle, remarqua Alice.

- Non, pas complètement, remarqua le blond.

Il voyait encore, il y avait donc encore de la lumière. Les yeux des vampires fonctionnaient comme tout les autres. Sauf qu'eux étaient bien plus performant et précis, une simple lueur suffisant. Alors tant qu'il voyait, il y avait de la lumière. Il avait expérimenté ça chez Nathaniel : le noir complet qui le rendait lui aussi aveugle comme l'adolescent. Il chercha donc d'où venait la lumière et il trouva plusieurs petits endroits où elle passait. Ce n'était presque rien mais c'était synonyme de torture pour son protéger. Il s'empressa donc de calfeutrer chaque arrivée de lumière aussi infime soit-elle, ne s'arrêtant que lorsqu'il se retrouva lui même aveugle. Il sentit aisément le choc de ses enfants à se retrouver dans le noir ainsi, déstabilisés alors que cela était très inhabituel pour eux. Ça leur donnait une idée de ce qu'il vivait en bien moindre intensité. Il rejoignit Nathaniel, lui disant qu'il pouvait retirer son bandeau et ce fut avec un stress palpable par tous qu'il s'exécuta, soupirant de soulagement lorsque aucune douleur ne se manifesta, prouvant qu'il était bien dans le noir complet. Tranquillement et malgré le noir, le médecin ausculta la peau autour de ses yeux du bout des doigts, jugeant que la peau fine tout juste guérie de ses brûlures avait elle aussi besoin d'être hydratée et nourrie. Il commença donc par y appliquer une crème de soin, massant doucement pour la faire pénétrer. Il demanda ensuite à Nathaniel de mettre lui même le sérum, ne voulant pas lui faire mal par un faux mouvement alors qu'il était bien maladroit dans le noir. Il lui donna ensuite un gel lacrymal afin de garder ses yeux hydratés plus longtemps. Les soins finis, Nathaniel remit son bandeau en place et la lumière fut rallumée. Le blond vit ses enfants se jeter des regards, comprenant à quel point la situation était cruelle pour l'adolescent. Pour lui, la lumière ne s'était pas rallumée.

Cela fait, ils retournèrent vers le salon, Carlisle portant son protéger. Il lui faisait faire quelques pas depuis le jour précédent mais il ne voulait pas le fatiguer outre mesure, jouant la prudence. Quelques minutes plus tard, le jeune homme était de nouveau installé dans le canapé, entouré de la famille. Rapidement, Edward se mit au piano pour lui et Nathaniel fut ravi de l'écouter jusqu'au déjeuner que Esmée lui amena. Il mangea avec son aide, encore très faible, écoutant la musique d'Edward. Il était un peu confus encore, fatigué, dans le vague après ces jours difficiles. Après tout ce qu'il s'était passé et ce que Carlisle lui avait dit, son acceptation de rester avec cette famille, il ne savait plus où il en était. Il ne savait plus s'il avait le droit de rester là, il ne savait pas s'il était en train de faire une énorme bêtise. Peut-être mettait-il cette famille en danger ? Il ne se le pardonnerait jamais s'il arrivait quoi que ce soit. Mais il n'arrivait pas à s'en aller, à s'éloigner, il n'en n'avait plus la force. Il remuait tout cela constamment, ne cessant d'y penser et il s'était fait très silencieux, tous s'inquiétant alors que Jasper leur avait dit qu'il ne cessait de ressasser des choses et des émotions qu'il avait du mal à cerner mais qui n'avaient rien de positives : de la terreur, de l'inquiétude, de la culpabilité, de l'incertitude, de la souffrance, une gigantesque confusion, de la panique, de l'épuisement, beaucoup de mal-être... et cela n'était pas pour les rassurer. Et sans Jasper, ils n'auraient rien discerné, ils auraient juste pris ce silence pour de la fatigue due à son état. Mais ce n'était pas cela, c'était autre chose. Ils l'entouraient donc, tentant de lui changer les idées sans y parvenir.

Son repas terminé et après avoir remercié Esmée, il s'était de nouveau tu, restant immobile enroulé dans sa couverture sur le canapé. Il avait la tête baissée, illisible. Il fut pourtant évident qu'il était plongé dans ses pensées lorsqu'il sursauta brusquement alors que Carlisle posait une main sur sa jambe. Il vint s'asseoir plus près de lui alors que le silence régnait, toute la famille concentrée sur lui :

- Nathaniel, dit-il doucement, à quoi penses-tu ? demanda-t-il.

- À rien, répondit-il en souriant légèrement.

- Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais faire ? demanda-t-il pour essayer de lui changer les idées une fois de plus.

L'adolescent resta silencieux un moment, semblant réfléchir à la question. Il ne voulait pas les inquiéter davantage et pour cela, il devait faire un effort. Il réfléchit un instant et une idée lui vint, lui faisant soudainement très envie alors qu'il se disait qu'il avait de la chance de les avoir. Il aurait tellement aimé mettre un visage sur leurs voix et c'était cela qu'il voulait essayer de faire, oubliant un instant ses questionnements intérieurs. Fallait-il encore que le père soit d'accord.

- Tu vas peut-être trouver ça étrange, dit-il alors avec hésitation.

- Dis moi, poussa le médecin.

- Est-ce que je peux... toucher ton visage ? demanda-t-il avec tension. J'aimerais... essayer de savoir à quoi tu peux bien ressembler, expliqua-t-il en faisant sourire tout le monde.

- Je ne trouve pas ça étrange du tout, rassura-t-il.

Souriant, il se leva pour s'agenouiller juste devant l'adolescent, se mettant à sa hauteur. Délicatement, il prit ses mains pour les poser sur ses joues, observé par toute la famille les entourant. Pour un humain, Nathaniel avait les mains bien froides mais il ne sembla pas noter que sa propre peau était encore plus froide. Ce n'était pas les contacts qui avaient manqué entre eux depuis leur rencontre mais jamais Nathaniel n'avait trouvé sa température étrange, pas plus que la dureté de sa peau. Il s'était demandé si c'était simplement de l'inattention ou si c'était là le reflet de sa solitude. Avait-il eu si peu de contact avec les autres qu'il ne se rendait pas compte de l'anomalie ? Il avait peur que ce soit cela. Il se fichait qu'il s'en aperçoive désormais, décidé à tout lui dire d'ici peu. Il lâcha ses mains, libérant ses mouvements pour le laisser ausculter ses traits de ses doigts. Nathaniel hésita d'abord, l'air embarrassé, mais il commença finalement à bouger ses doigts, tentant de se faire une idée.

L'aveugle se concentra entièrement sur lui, voulant réellement essayer de savoir à quoi Carlisle pouvait bien ressembler. Il avait encore beaucoup de mal à se servir de ses mains pour « voir », déplorant la perte de ses yeux et de ses sens magiques qui l'avaient fait pour lui jusque là, mais il mourrait d'envie de pouvoir « voir » Carlisle. Il scruta donc son visage de ses doigts. Il avait la peau douce, les traits lisses suggérant un âge plus jeune qu'il ne l'avait imaginé. Longuement, il tenta de se faire une idée sans vraiment y parvenir. Dans le noir et les visions d'horreur submergeant son esprit, il n'arrivait plus à se créer de nouvelles images. Une chose attira cependant brusquement son attention alors qu'il passait ses doigts entre le nez et la lèvre de Carlisle. Il sentait quelque chose qu'il ne sut identifier sur l'instant. Deux petites bosses sous sa peau, sous sa lèvre. Il se demanda ce que cela pouvait être, ne se souvenant pas avoir un jour sentit pareille chose sur lui même. Voulant le confirmer, il porta une main au même endroit sur son visage. Il n'y avait rien de tel. Il remit ses doigts sur le visage de Carlisle et dans sa maladresse, il manqua de le griffer. Seulement, son ongle sembla buter contre un mur de pierre gelé.

Soudain, il réalisa, l'évidence lui sauta à la figure. Ces deux petites bosses se trouvaient là où devaient être les canines de l'homme. Il dirigea ses doigts vers les canines inférieures, percevant la même anomalie. Et il comprit. Comment avait-il fait pour passer à côté de ça si longtemps ? Peau gelée et dure comme le marbre, un silence à toute épreuve alors que jamais il n'avait entendu Carlisle approcher, des traits lisses et très jeunes pour un esprit semblant bien plus vieux. Des canines bien plus imposantes que la normale. Il ne connaissait qu'une seule créature répondant à ces critères. Pas étonnant qu'il ne les ait jamais entendu boire ou manger, qu'il n'avait jamais entendu aucun d'entre eux dire qu'il allait dormir ou qu'il était fatigué. Il aurait cru paniquer mais ce ne fut pas du tout le cas. Il avait confiance en Carlisle. S'il lui avait voulu du mal, il aurait eu bien le temps de le faire. Les Gobelins l'avaient prévenu qu'il y avait des créatures magiques moldues dans la région. Les créatures moldues vivaient bien loin du monde magique, en sortant complètement pour s'offrir une vie meilleure qu'ils trouvaient bien souvent. En général, elles n'avaient aucun contact avec les sorciers dont-elles se fichaient bien. Et Carlisle et sa famille semblaient être de ceux là, vivant complètement comme des moldus. Ils n'avaient pas de magie en eux, sinon, il aurait souffert en leur présence avec la sienne disparue, il l'aurait senti. Les trouver dans une ville isolée sous un tel climat n'avait rien de si surprenant.

Ici, bien loin des sorciers, des créatures moldues pouvaient se bâtir une vie heureuse. Et puis, il était impossible qu'ils sachent qui il était. Leur rencontre était une pure coïncidence poussée par le Shérif. Les Gobelins avaient assuré qu'il ne risquait rien avec les créatures magiques de la région et il avait toute confiance en eux. Ils ne pouvaient pas savoir et ils n'avaient jamais donné aucun indice qu'ils savaient, cachant même leur nature. Cette découverte le surprit profondément mais elle ne le paniqua pas comme il aurait pu l'imaginer. La famille avait gagné sa confiance et elle avait une grande place dans son cœur. Ils l'avaient protégé, ils s'étaient occupés de lui et ils lui avaient sauvé la vie. Ce qu'ils étaient importait peu. Il comprit soudain ce que Carlisle avait voulu dire en lui annonçant « si je pouvais te rendre la vue et la santé ». La transformation bien sûr. Envisageait-il de lui proposer ? Cela signifiait un peu plus qu'il ne savait vraiment pas qui il était. Il resta calme, s'étonnant lui même. Mais comment pourrait-il avoir peur de Carlisle après tout ce qu'il avait fait pour lui ? Ça ne changeait rien à ses yeux. S'ils lui avaient voulu du mal, la famille avait déjà eu mille occasions et ils n'avaient rien fait loin de là.

- Nathaniel ? appela Carlisle alors que le jeune s'était figé depuis quelques secondes.

Jasper avait murmuré qu'il était profondément surpris, qu'il avait réalisé quelque chose et tous pensèrent qu'il établissait peut-être une ressemblance entre Carlisle et un visage connu. Pourtant, tous tombèrent des nus lorsque l'adolescent reprit la parole :

- Tu es un vampire n'est-ce pas ? demanda-t-il calmement.

Tous restèrent figés. Avaient-ils bien entendu ?

- Je suis vraiment devenu encore plus aveugle que je ne le croyais pour ne pas m'en être rendu compte avant, sourit-il tristement.

- Comment tu... ? demanda le médecin atterré.

- Comment je le sais ? Tu n'es pas le premier vampire que je rencontre Carlisle, expliqua-t-il. Je te l'ai dit : tu ne me connais pas, tu ne connais pas mon passé. Est-ce que je peux toucher tes crocs s'il te plaît ? J'aimerais préciser une chose.

Déstabilisé et confus, très surpris, le blond ouvrit docilement la bouche, le laissant faire. Nathaniel toucha alors les crocs et il eut très vite l'information qu'il voulait. Les crocs de Carlisle étaient petits, significativement plus petits qu'ils ne l'auraient dû. La différence était subtile mais il la connaissait bien, se souvenant d'un vampire qui lui avait parlé de ça. Il se souvenait de sa manière de râler contre les vampires qui faisaient ce choix et qui se retrouvaient avec des crocs légèrement plus courts et fins que leurs frères.

- Végétarien donc, remarqua-t-il en les choquant davantage encore. Je me disais aussi que pour respecter ainsi une vie humaine comme la mienne, tu devais être ainsi. Et cela te va bien.

- Comment sais-tu tout cela ? demanda Carlisle qui tenait doucement ses poignets maintenant.

Nathaniel réfléchit à la manière d'exposer les choses et il la trouva rapidement.

- J'ai fréquenté le monde magique un moment, dit-il, alors je suis familier de ces choses là.

- Le monde magique ? releva Emmet. Tu es un sorcier ? demanda-t-il.

- Non, je suis un humain ordinaire, dit-il alors que c'était la pure vérité aujourd'hui. J'ai fréquenté les sorciers un moment sans en avoir vraiment le choix. C'est une histoire que je n'ai pas envie de raconter en détail. J'ai connu ce monde et donc ses particularités. Je connais donc l'existence des vampires et des autres.

- Je vois, remarqua Carlisle. Ils ne t'ont pas fait oublier ?

- Comme tout ceux connaissant ce secret, je suis astreint à le garder mais je fais parti des non magiques dans la confidence, expliqua-t-il.

- Tu connais des sorciers ? demanda Alice avec tension.

- J'en ai connu, mais j'espère ne plus jamais en revoir, dit-il avec une douleur flagrante alors qu'il serrait les mains de Carlisle sans s'en apercevoir.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda celui-ci alarmé par sa tension soudaine.

Jasper s'était d'ailleurs approché pour s'asseoir près de lui et poser une main dans son dos, tous comprenant que ce que devait ressentir l'adolescent à cet instant n'avait rien de joyeux.

- C'est aux sorciers que je dois d'avoir perdu mes yeux, d'avoir une santé dans un tel état, de ne jamais pouvoir être père, d'avoir perdu ceux que j'aimais, dit-il la voix tremblante. Je ne risque pas d'avoir envie d'en revoir un jour. En faite, je suis venu à Forks parce que c'est une région détestée des sorciers. Je voulais vivre loin d'eux, expliqua-t-il.

La famille échangea des regards lourds. Ils ne connaissaient le monde magique que de très loin, n'y ayant jamais vécu et n'ayant jamais voulu y vivre en sachant comment y étaient traités vampires et autres créatures magiques. Ils connaissaient son existence mais ils n'y avaient jamais mis les pieds et ne voulaient pas le faire, vivant dans le monde des gens ordinaires avec joie. Ils étaient tous d'origine humaine et non magique, continuant dans leur monde. Ils n'aiment pas du tout les sorciers et Nathaniel semblait lui avoir eu une très mauvaise expérience avec eux.

- Ne t'en fait pas, rassura alors immédiatement le médecin, nous n'avons jamais aucun contact avec le monde magique, nous n'y allons jamais, nous n'y connaissons personne et nous n'avons aucune envie que cela change.

- On n'aime pas les sorciers, ajouta plus clairement Emmet.

- Et j'en connais la raison, répondit Nathaniel.

Il y eut un moment de silence, tous digérant les informations mais une question restait brûlante à toute les lèvres et à celle de Jasper plus encore qui prit la parole :

- Tu n'as pas peur de nous, remarqua-t-il. Les vampires ne t'effraient pas ?

- Non et si la question est de savoir si je vous prend pour des monstres ou non, dit-il en mettant les pieds dans le plat, je vous dirais que pour moi, seul le cœur compte. La nature et le sang, le nom ou l'origine ne m'importent guère et ne m'ont jamais importé. Ça ne change strictement rien pour moi, assura-t-il en les faisant sourire largement et en les touchant fortement.

Il y eut un nouveau moment de silence, Carlisle caressant les mains qu'il tenait et ce fut Nathaniel qui reprit la parole.

- Si j'avais eu mes yeux, je m'en serais certainement rendu compte dés notre première rencontre, remarqua-t-il doucement. Ça explique beaucoup de choses. Toute la famille l'est n'est-ce pas ?

- Oui, acquiesça Carlisle.

- Tous végétariens ?

- Oui, acquiesça-t-il encore.

- Je vous dois davantage de remerciement encore, remarqua-t-il tout bas en les surprenant. Faire ce que vous avez fait pour moi vous a demandé encore plus d'efforts. Esmée, tu cuisines seulement pour moi ?

- Oui, répondit-elle en venant s'asseoir à ses côtés. Et c'est avec grand plaisir.

Réalisant ce qu'elle faisait pour lui et aussi le fait que la famille devait avoir fait des courses alimentaires juste pour lui, il en fut encore davantage touché, sentant Jasper lui caresser le dos avec réconfort.

- Mais pourquoi vous être donné tant de mal ? demanda-t-il un peu perdu.

- Les raisons restent celle que je t'ai donné, répondit Carlisle. Parce que tu es devenu très important pour nous. Tu sais, on comptait te le dire, révéla-t-il en surprenant Nathaniel. On attendait simplement que tu aies repris un peu plus de force pour ne pas te causer un choc en te parlant de vampires.

- C'est interdit. Si je n'étais pas dans la confidence du monde magique, cela aurait pu vous mettre en grand danger. Pourquoi prendre un tel risque ? demanda-t-il.

- Parce que je voulais que tu saches qui nous sommes et que j'aimerais vraiment que tu acceptes de rester avec nous. Tout ce que je t'ai dit été complètement vrai et l'est toujours, assura le médecin. Tu fais parti de cette famille maintenant et tu avais le droit de savoir avec quoi tu vivais.

- Pas avec quoi, corrigea Nathaniel. Avec qui, dit-il en les touchant fortement. Vous n'êtes pas des choses.

- Rares sont ceux qui nous traitent encore comme des personnes, remarqua doucement Alice.

- Je sais et je trouve ça abjecte, dit-il. Ce n'est pas mon cas. Je vous l'ai dis : ce que vous êtes n'a pas d'importance pour moi. C'est qui vous êtes avec moi qui compte.

- Alors ça ne te dérange pas que nous soyons vampire ? demanda Edward.

- Non, pas du tout, répondit-il alors que Jasper sentait sa profonde sincérité.

Il sourit d'ailleurs très largement, se détendant et cela, sa famille le remarqua, saisissant parfaitement.

- Et, que penses-tu de la transformation ? demanda Carlisle en appréhendant sa réponse autant que le reste de la famille.

- Pourquoi ? questionna alors l'adolescent.

- Parce que je voulais te la proposer, expliqua Carlisle. Je voulais que tu entres pleinement dans notre famille. Je pourrais te rendre la vue et la santé, plus de force aussi. Bien sûr la vie de vampire est loin d'être un cadeau mais...

- Carlisle, interrompit calmement Nathaniel. Je connais bien les vampires et toute leurs spécificités comme je connais celles de bien des êtres extraordinaires tels que vous. Inutile de m'expliquer tout ça, je sais. Les bons comme les mauvais côtés.

- Qu'en penses-tu ? demanda-t-il alors.

La réponse à cette question, Nathaniel la connaissait déjà. La transformation, un autre vampire lui avait déjà proposé alors il y avait déjà réfléchi. Sauf que la première fois, ce n'était pas du tout dans les mêmes conditions ni pour les mêmes raisons. Il sourit tristement, très touché que Carlisle veuille lui rendre ce qu'il avait perdu et lui donner une famille.

- Merci, commença-t-il. Merci de vouloir faire ça pour moi, dit-il en le faisant sourire. Sache que la transformation ne me gêne aucunement. L'idée d'être un vampire ne me rebute pas et ne me gêne pas du tout seulement, la transformation n'aura pour moi aucun des effets que tu imagines. Je ne sais même pas si ça marcherait.

- Comment ça ? questionna-t-il très étonné.

- C'est la magie qui m'a mis dans l'état dans lequel je suis présentement, expliqua-t-il. Ma faiblesse vient de là. Je ne supporte plus tout ce qui s'approche de la magie désormais et elle n'a plus les mêmes effets sur moi. Alors même si vous n'avez pas de magie en vous, le venin des vampires en reste légèrement imprégné et la transformation est magique. Ça pourrait ne pas fonctionner, me tuer ou avoir je ne sais quels effets. Je n'en sais pas assez sur ce qu'il m'est arrivé pour savoir si je peux ou non être transformé. Mais il y a d'autres choses dont je suis sûr. Même la transformation ne pourra pas me rendre la vue ou la santé. Ça m'a été définitivement retiré. C'est la magie qui m'a retiré la vue et il n'existe rien, absolument rien qui puisse me la rendre. Pas même la transformation. Et c'est pareil pour mon état physique. J'échapperais sûrement au risque de mourir en devenant vampire mais je resterais faible et sans force. C'est ainsi et rien ne changera ça, dit-il avec une douleur flagrante.

- Les connards ! s'exclama Emmet en le faisant sursauter. Pourquoi ils t'ont fait ça ? ragea-t-il.

- Certains sorciers, font ce genre de choses juste parce que ça les amuse et parce qu'ils prennent les autres pour des moins que rien, murmura-t-il. Il n'a pas fallu plus que ça.

- Alors on ne peut pas te transformer ? demanda Carlisle.

- On peut essayer mais je n'ai aucune idée de ce que ça fera, répondit-il.

- Il vaut mieux garder ça pour un dernier recours alors. Je ne veux pas risquer de te perdre, remarqua Carlisle en le touchant beaucoup.

- Vous n'êtes pas obligé de continuer à vous occuper de moi comme ça, dit-il alors doucement. Je suis un fardeau pour vous et...

Il s'interrompit lorsque Carlisle se redressa pour le prendre dans ses bras, le faisant taire par une étreinte douce.

- Ça ne change rien pour nous Nathaniel. Que tu devienne vampire ou pas, tu fais parti de cette famille et nous serons avec toi quoi qu'il advienne. Alors ne te tracasse pas avec ça, dit-il en caressant ses cheveux.

L'adolescent resta silencieux dans ses bras, tendu mais ne répliquant rien. Pour la famille, cette discussion était très enrichissante et les soulageait de bien des problèmes. Premièrement, ils n'avaient plus à se cacher du jeune homme, deuxièmement, comme il était dans le secret du monde magique, le fait qu'il soit au courant ne posait aucun problème. Pour Nathaniel en revanche, cela ne changeait pas grand chose hormis que la famille serait peut-être plus apte à se défendre si le monde magique le rattrapait et qu'ils étaient mêlés à ça. Mais face à des sorciers, ça ne changeait pas grand chose pour des vampires moldus et ça n'enlevait rien à son dilemme.