Scène bonus - Petite sorcière

En ce 11 novembre 1988, une petite fille dormait à poings fermés. Elle s'était endormie la veille, comme un jour ordinaire dans sa vie ordinaire. Impatiente d'être le lendemain pour son jour d'anniversaire, mais comme chaque année depuis sa naissance. Tout était normal. Rien de plus normal.

Son réveil sonnait dans dix minutes. La petite fille ne se réveillait jamais avant les appels de son père ou de sa mère. Le sommeil était sacré.

Sept minutes avant la sonnerie, des claquements étrangers provoquèrent le papillonnement de ses paupières. Elle grogna, comme le chien du voisin. Qui osait perturber ses derniers instants de sommeil ?

Des livres tombèrent de sa bibliothèque, de leur plein gré. La petite fille était persuadée que petits êtres invisibles les poussaient pour l'énerver, quand elle était déjà bien agacée.

CLAC. CLAC. CLAC.

La petite fille se roula dans sa couverture pour échapper à cet insupportable bruit. Elle colla son polochon sur ses oreilles. Le claquement persistait. Elle ouvrit un de ses yeux, aussi noir que l'onyx, vers sa fenêtre en baie.

Cela devait être un rêve.

Une chouette, ou un hibou – seule sa petite sœur était capable de faire la différence – virevoltait derrière la vitre et donnait des coups de bec à chaque battement d'ailes. La petite fille plissa les yeux. Était-elle en train d'halluciner ou l'oiseau tenait-il une enveloppe ?

Elle s'acharna contre sa couette pour en sortir, ce qui n'était pas une mince affaire. Dans son combat, sa pile de livres présents dans son lit tomba à la renverse dans un vacarme exceptionnel. Elle courut et ouvrit la fenêtre. L'oiseau lâcha le courrier et s'envola à travers la brume anglaise, typique d'un mois de novembre.

Curieuse, elle ramassa la lettre. C'était une enveloppe un peu jaunie, comme si elle avait traversé des siècles avant de lui parvenir. Oh ! Génial ! Peut-être qu'un messager du passé lui transmettait une information cruciale pour l'avenir du monde, une grande mission dont seule elle était la solution !

Sur l'enveloppe était écrit en lettres cursives d'une couleur verte :

Erine Zoey Green

11 Sandfield Road

Premier étage.

Première chambre à droite de l'escalier.

Nottingham NG7 1QR

Un léger rire la secoua. C'était très rigolo qu'une personne sache tous ces détails sur son environnement. Elle tourna l'enveloppe. Un sceau rouge où quatre animaux étaient dessinés gardait le mystère fermé. Elle adorait cela ! Peut-être que ses parents avaient inventé une chasse au trésor rien pour son anniversaire. Génial ! Erine adorait les énigmes !

Impatiente, elle déchira l'enveloppe pour découvrir son contenu. Erine glissa le papier entre ses mains. Il ressemblait à un parchemin comme ceux utilisés dans les contes de fées. Intéressant, ses parents avaient réfléchi à tout !

COLLEGE POUDLARD, ECOLE DE SORCELLERIE

Directeur : Albus Dumbledore (Commandeur du Grand-Ordre de Merlin, Docteur en Sorcellerie, Enchanteur-en-chef, Manitou suprême de la Confédération internationale des Mages et Sorciers)

Cher Ms Green,

Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez d'ores et déjà d'une inscription au Collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipements nécessaires au bon déroulement de votre scolarité. La rentrée étant fixée au 1er septembre, nous attendons votre hibou le 31 juillet au plus tard.

Veuillez croire, cher Ms Green, en l'expression de nos sentiments distingués.

Minerva McGonagall, Directrice adjointe.

— HI ! HI ! HI !

Erine explosa de rire, ces rires qui naissaient au fond de cœur et s'épanouissaient à l'extérieur. Ces rires qui se partageaient avec d'autres et se transmettaient. Erine ne le contrôla pas. Son rire s'accentua, elle adorait cela.

Ses parents avaient fait preuve d'une grande imagination ! Ils s'étaient inspirés de toutes les histoires que sa petite sœur et elle inventaient. Toutes les deux aimaient se croire des sorcières et aimaient faire semblant de posséder de la magie. Parfois, elles avaient même l'impression qu'elles en étaient capables.

Ce n'était qu'une impression, bien sûr. Le plus souvent, le vent ou un fort phénomène météorologique en était la cause. Ou un grand hasard.

ELLE DEVAIT VRAIMENT LES REMERCIER.

Erine sautilla, mais grimaça quand son pied s'écrasa sur ses feutres qui traînaient au sol. Elle aurait mieux fait de ranger sa chambre comme lui avaient demandé ses parents hier.

La porte claqua et elle courut jusqu'à la chambre de ses parents. Erine sauta sur leur lit et cria :

— MERCI PAPA ! MERCI MAMAN ! C'EST QUOI LE PROCHAIN INDICE !

DRIIIING ! DRIIIIING !

Le réveil de la chambre sonna et Erine donna un coup de poing dedans pour le faire tomber. Hop, il était éteint. Affaire réglée. Tandis que ses parents… ses parents grondaient… De très bons acteurs.

— MERCIIIII ! hurla encore Erine.

— Erine… marmonna son père dans sa barbe mal rasée. Qu'est-ce qu'il te prend ?

— Pfiouh ! ricana-t-elle. Du beau cinéma, papa, bravo. MERCI POUR LA LETTRE DE CHASSE AU TRESOR. C'EST QUOI LA SUITE ?

— Arrête de crier, ronchonna sa mère. Joyeux anniversaire, ma grande.

Sa mère l'étreignit dans ses bras et lui embrassa la joue d'un gros baiser. Erine s'en détacha rapidement. Elle adorait les câlins et les bisous. Mais elle voulait surtout connaître la suite. Son père poursuivit sa comédie, tout en lui offrit la même affection.

— CAAA !

Elle leur donna la lettre. Ses parents se regardèrent d'un air curieux. Sa mère attrapa le parchemin et commença la lecture, accompagnée de son père. Ils étaient vraiment forts, car ils avaient l'air de découvrir les mots au fil de leur lecture.

— Erine… Où as-tu eu ça ?

— La chouette, ou le hibou, roula-t-elle des yeux. Je suis sûre que l'idée vient d'Holly.

— Quelle chouette ? dit son père, horrifié.

— Bah ! Celle qui a toqué à la fenêtre pour me donner la lettre ! Rohh ! Je sais que vous faites semblant.

Son père sauta du lit et courut – Erine ne l'avait jamais vu courir, sauf lorsqu'Holly était allée sur la route. Sa mère lui prit la main et murmura :

— Chérie… On t'a déjà dit de ne pas parler à des inconnus ou de toucher à ceux que tu ne connais pas.

— Mais c'était une chouette ! s'agaça-t-elle.

— Er…

TOC ! TOC ! TOC !

Sa mère fronça les sourcils et ses yeux bleus s'assombrirent. Erine resta figée, ses parents n'étaient pas au courant pour l'oiseau, pour le parchemin, pour cette chasse au trésor.

Toujours assise au milieu du lit de ses parents, Erine regarda sa mère s'éclipser par la porte. Elle l'entendit échanger avec son père.

TOC ! TOC ! TOC !

La personne était insistante à cette heure si matinale. Des pas grincèrent sur le parquet de l'escalier. Erine se leva et marcha, doucement, inquiète. La porte de la chambre d'Holly s'ouvrit. Les cheveux noirs de sa petite sœur – autant que les siens – s'emmêlaient sur son crâne et devant son visage, il était même difficile pour Erine de voir les yeux couleur océan, si perçants, de sa sœur. Cette dernière les frotta dans un bâillement, si fort qu'il aurait pu créer un séisme.

— Jveuxdormirpluslongtemps, dit Holly. Keskispasse ?

DRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIING !

Leurs parents ne semblaient pas savoir s'ils étaient censés ouvrir la porte. Mais la sonnette stridente et interminable les poussa à passer le cap. Cette personne devait avoir un sérieux problème.

— J'sais pas, répondit Erine. Une chouette m'a apporté une lettre, je croyais que c'était papa et maman. Apparemment, non.

— UNE CHOUETTE ! cria sa sœur. C'EST PEUT-ETRE ATHENA !

— Non, c'est… Erine lut le courrier. Minerva McGonagall.

— Minerve est la forme romaine d'Athena, expliqua Holly – sa sœur était obsédée par la mythologie.

Toutes les deux descendirent trois marches et regardèrent à travers les barreaux ce qu'il se passait plus bas. Ses parents avaient ouvert la porte à une dame au chignon serré et des lunettes qui lui donnaient un air sévère. Elle portait un drôle de chapeau et une tenue très particulière. Halloween était passé pourtant.

— Si tu veux mon avis, Holly, ce n'est pas Athena.

— C'est qui alors ?

Holly et Erine cherchèrent à entendre les paroles de la femme, mais elles n'eurent rien à comprendre. Leur mère tomba au sol, même leur père n'eut pas le temps de la rattraper.

— MAMAN ! crièrent-elles.

Elles dévalèrent les escaliers et bousculèrent la dame qui parla de Merlin. Elle était sacrément bizarre.

— Olivia ? Liv ?

Leur père tentait de réveiller leur mère. Cela fonctionna car ses yeux s'ouvrirent. Jamais Erine n'avait vu sa mère aussi choquée.

— Ne vous inquiétez pas, elle a besoin de digérer la nouvelle. Cela arrive souvent quand on annonce à des Moldus que leurs enfants sont des sorciers.

— Quoi ? demandèrent Erine et Holly d'une même voix.

— Je suis Minerva McGonagall, commença la dame à l'air sévère.

— Comme la version romaine d'Athena ? l'interrogea Holly.

— Mmhh… Oui, la jugea la dame.

Il y eut un grand silence alors que leur père aidait leur mère à se relever. Erine fixait la dame. Pour une raison qu'elle ne saisit pas, Erine sentit son cœur battre à vive allure comme si on allait lui annoncer une grande nouvelle, comme si son monde était sur le point de changer. C'était ridicule, elle ne connaissait même pas cette dame.

Ridicule n'était pas impossible.

En ce 11 novembre 1988, Erine Green observait de ses grands yeux onyx Minerva McGonagall. Elle s'était endormie la veille, comme un jour ordinaire dans sa vie ordinaire. Impatiente d'être le lendemain pour son jour d'anniversaire. Contrairement aux autres années, la normalité s'éclipsait.

Dès que Minerva McGonagall prononça les six mots, un grand sourire se dessina sur le visage d'Erine, ce genre de sourire qui illuminait toute une pièce. Dès que Minerva McGonagall prononça les six mots, Erine réalisa que ce n'était pas un jour ordinaire et que sa vie devenait extraordinaire.

— Erine Green, vous êtes une sorcière.