Il fallait dire que la fameuse Dolorès Jane Ombrage n'était pas passée inaperçue quand elle avait débarqué dans la Grande Salle, rejoignant ses collègues avant l'arrivée des élèves. Rose n'avait surement pas vu quelque chose d'aussi rose depuis la tenue qu'avait arboré Gilderoy Lockhart lors de la Saint Valentin quelques années auparavant. Et à en juger par le regard de ses collègues, elle n'était pas la seule à avoir été surprise par la tenue de leur nouvelle collègue.
Mais le pire restait très certainement à venir. Rose n'avait pas encore vu grand-chose mais les manières de cette femme l'exaspérait au plus haut point.
Alors qu'elle discutait convenablement avec certains de ses collègues sur leurs vacances, leur manière de gérer les cours pour l'année à venir ou bien encore la nouvelle manière dont les jumeaux Weasley allaient encore se prendre des retenues étaient les sujets du moment. Un léger « Hum Hum » vient perturber leur discussion. Rose s'était alors retournée pour voir apparaitre leur nouvelle collègue toute vêtue de rose. Un peu maladroitement, elle s'était décalée de quelques pas vers Severus pour laisser un peu d'espace à la femme qui semblait vouloir engager la conversation et faire connaissance.
« Je présume que vous êtes mes futurs collègues. Je suis ravie de faire votre connaissance. Dolorès Jane Ombrage, sous-secrétaire d'Etat et professeur de défenses contre les forces du mal. »
Rose ne put s'empêcher de se mordre l'intérieur de la joue : elle ne savait pas ce qui la faisait le plus rire entre le fait que cette femme mettait un point d'honneur à énumérer son nom en entier et ses postes ou bien sa voix de petite fille qui allait parfaitement avec la tenue qu'elle arborait. Mais ce qui était certain c'est que le sourire qu'affichait le visage de la femme était tout ce qu'il y avait de plus faux.
La professeur de botanique et directrice de la maison Poufsouffle décida d'être la première à se jeter à l'eau en prenant la main tendue par la femme avant de la secouer et de se retirer.
« Pomona Chourave Madame. Professeur de botanique. Et je m'occupe des élèves de Poufsouffle à plein temps »
La femme en rose frotta doucement sa main endolorie par la poigne de la plus âgée et hocha la tête avant de marmonner :
« C'est ce que j'ai cru comprendre en effet. »
Finalement chacun se présenta au fur et à mesure, devant supporter le regard interrogateur et rempli de jugement de l'une des sbires du Ministre de la Magie. Visiblement la femme ne pouvait s'empêcher de faire quelques piques légères à peine arrivée dans l'établissement. Du moins c'est ce que Rose avait constaté en voyant le regard d'Ombrage allait de bas en haut de Filius Flitwick pour constater aisément sa semi-hybridité avec les gobelins, son froncement de sourcils en constatant le côté lunaire et absent de la professeur de divination Sybille Trelawney ou bien encore le léger soupir en écoutant les longs monologues ennuyeux de Cuthbert Binns le professeur d'histoire de la magie.
Quand la femme en rose arriva enfin face à elle, Rose tendit sa main et serra la sienne, lui offrant le sourire le plus sincère qu'elle put :
« Rose Dalia. Enchantée. Bienvenue parmi nous. »
Encore une fois, Dolores offrit un simple sourire poli manquant cruellement de sincérité. Son regard quant à lui semblait en dire long, détaillant longuement la femme blonde de bas en haut relevant les sourcils quand quelque chose ne semblait pas lui convenir. Rose avait d'ailleurs remarqué que le regard de la femme rose bonbon s'était attardé plus que de raison sur le bas de sa robe.
« Moi de même très chère. Merci pour votre accueil. Il semblerait que je ne suis pas au bout de mes surprises cette année. Joli accoutrement Miss Dalia…Enfin je présume »
Puis elle avait lâché sa main sans rien ajouter de plus. Rose n'avait rien répondu, très certainement trop surprise par la pique de la femme. Rose continua de rester silencieuse alors que la sous-secrétaire s'avança vers son collègue de potions, elle ne voulait pas être prise en grippe par le ministère lui-même.
Contrairement à ses autres collègues, Severus ne daigna pas serrer la main de la femme, les gardant éternellement dans son dos. Il répondit froidement, le regard baissé vers la femme :
« Severus Rogue. Professeur de potions. Directeur de la maison Serpentard. »
Il n'avait pas fait l'effort de l'accueillir et avait simplement donné la base sur lui : son nom et ses fonctions. Severus n'était pas le genre de personne à embellir les choses ou même à accueillir avec joie les nouveaux professeurs et encore plus ceux obtenant le poste qui convoitait tant. Ombrage retira sa main et se contenta d'hocher la tête :
« Enchantée. »
« Moi de même. Je présume. »
La nouvelle professeur fit un sourire qui semblait presqu'un peu plus sincère que les précédents, comme si elle avait trouvé en Severus Rogue un allié. Pourtant l'homme ne daigna pas faire le moindre sourire, et ne semblait pas penser une seule parole qu'il avait pu dire. Malgré cela, il faut croire qu'il avait réussi à convaincre la femme qui était finalement partie vers la Grande Table.
Rose marmonna à l'homme, toujours étonnée de son propre échange avec la femme en rose :
« Comment tu as fait ça ? »
« Fais quoi Dalia ? »
« Tu as dit cinq mots, tu n'as même pas fait le moindre effort et elle semble ravie de t'avoir comme collègues. Alors qu'on a tous fait l'effort ici pour mentir et on dirait qu'elle nous déteste. Je ne suis pas certaine de ce qu'elle m'a dit mais je crois bien qu'elle a sous-entendu que j'étais une…»
L'homme la coupa, marmonnant toujours pour être certain que personne et surtout par la sous-secrétaire d'Etat ne les entendent :
« Traînée ? Oui elle l'a pensé. Un sourd l'aurait entendu à des kilomètres. Elle ne doit pas aimer les robes qui vont à peine au-dessus du genou ou alors ce sont tes jambes je ne sais pas. Contrairement à vous je ne cherche pas à mentir, elle sait très bien que sa venue ne fait plaisir à aucun d'entre nous. J'ai simplement été honnête : je ne veux pas d'elle et je lui ai fait ressentir. »
La blonde fronça les sourcils avant de regarder ses jambes. Elle portait une simple robe noir très classique qui allait à peine au-dessus du genou, ses jambes étaient recouvertes d'un collant opaque gris foncé. Elle avait pris soin de mettre des chaussures à talon noires qui allaient avec son éternelle cape de sorcière de la même couleur. Elle passait relativement inaperçue auprès de ses collègues qui arboraient les mêmes couleurs.
C'était très certainement la première fois que quelqu'un critiquait sa tenue qu'elle avait toujours trouvé relativement basique.
« Me faire critiquer par une femme qui a le mauvais goût de s'habiller avec toutes les gammes de rose qui existent et des broches de chatons je trouve ça légèrement culotté. Et tu n'as pas peur de recevoir une lettre de notre cher Ministre de la Magie ? Moi qui pensait que tu voulais rester assez longtemps dans cette école pour avoir un jour l'espoir d'avoir un jour le poste. »
Severus posa son regard sur la femme quelques instants avant de le détourner pour observer leurs autres collègues, n'ayant toujours aucun sourire sur les lèvres.
« Pour me dire quoi Rose ? Que je n'ai pas convenablement accueilli sa sous-secrétaire ? Je pense que Cornélius Fudge à d'autres chats à fouetter que ça. Je ne suis pas dans son viseur et toi non plus d'ailleurs. Il n'a d'yeux qu'Albus Dumbledore et Harry Potter alors estime toi simplement heureuse de cela. »
Rose haussa les épaules sans répondre. Pour une fois il avait peut-être raison après tout, peut-être qu'elle ne devait pas s'inquiéter pour aussi peu. L'année venait simplement de commencer après tout et elle ne connaissait rien de cette femme. Peut-être était-elle plus sympathique que prévu ? A vrai dire Rose ne savait pas, mais malgré cela elle craignait légèrement Dolorès Ombrage. Cette femme était certainement capable de plus de choses que prévu et si elle souhaitait aider son supérieur à faire tomber Albus Dumbledore, il est certain qu'elle ferait tout pour y arriver.
Finalement le professeur de potions reprit, esquissant presque un léger sourire :
« Ce qui est amusant c'est que tu as beau t'appeler Rose qui est sa couleur favorite, ce n'est même pas en ta faveur. »
Rose lança un rapide regard à l'homme amusée et ajouta tout en se dirigeant vers sa chaise :
« Peut-être que ça peut être en ma faveur si je m'habille comme elle, tu ne crois pas ? »
Le directeur de la maison Serpentard l'imita, s'avançant vers sa propre chaise qui était à côté de la sienne pour finalement s'y asseoir.
« Merlin tu es bien déjà assez horrible comme cela, ne te rajoute pas des bâtons dans les roues. »
La blonde roula des yeux avant de prendre place. Les élèves allant de la deuxième année à la septième année allaient arriver d'une minute à l'autre et ensuite cela serait autour des premières années d'avoir leur répartition, le discours du directeur et enfin le buffet. Tous les ans, la même histoire se répétait encore et toujours ce qui n'était pas pour déplaire à Rose qui n'était pas réellement fan de la nouveauté.
Tout comme elle l'avait prévu : les élèves entrèrent dans la Grande Salle. Rose ne put s'empêcher d'esquisser un sourire, ravie de revoir la majorité d'entre eux. Beaucoup eurent un regard pour la table des professeurs et surtout pour la nouvelle professeur qui était une tache rose sur un fond noir. Rose aperçu quelques murmures et ricanements de la part de certains. Cependant, son regard se posa sur Harry Potter qui quant à lui semblait légèrement effaré à l'idée de voir la fameuse femme en rose. Visiblement il savait déjà qui elle était et cela n'étonnait pas vraiment Rose.
La jeune femme avait entendu dire, tout comme ses collègues, que le jeune Potter avait eu un procès après avoir eu recourt à la magie en dehors de l'école et devant des moldus. Et qu'Albus Dumbledore avait d'ailleurs assisté à l'audience dans le but de faire innocenter le jeune garçon, chose qu'il avait l'air d'avoir réussi puisqu'il se tenait ici même avec eux. La blonde posa son regard quelques instants sur Dolorès Ombrage qui sans mal avait vu le jeune Harry Potter. Contrairement à son air enjoué, elle affichait maintenant un regard froid se tenant les mains avec force comme si elle se retenait de ne pas s'emparer de sa baguette magique.
Peu de temps après, Minerva McGonagall arriva dans la Grande Salle suivit des nouveaux élèves de première année. Les élèves semblaient surpris par l'immensité de la pièce et du plafond et ils arrivèrent finalement face à la table des professeurs pour la répartition. La professeur de métamorphose n'avait quant à elle pas adressé de regards à la table des professeurs mais semblait avoir retrouvé son air sérieux et chaleureux.
La répartition finit, le directeur s'avança vers l'assemblée et commença son discours. Minerva prit place entre la chaise du directeur et celle de Rose. La directrice des Gryffondor ne put s'empêcher de lui murmurer
« C'est donc ce bonbon rose notre nouvelle recrue ? Albus m'a dit qu'elle était présente au procès du jeune Potter. Et bien évidemment pas en la faveur du jeune Harry. »
Rose se pencha légèrement du côté de son amie et collègue, se voulant être le plus discrète possible et ne pas éveiller les soupçons de la femme qui était à une place d'elle.
« C'est tout à fait elle. Et si vous voulez mon avis, elle n'est pas ici pour nous laisser en paix. J'ai l'impression qu'elle observe le moindre détail pour le rapporter à son supérieur et surtout le négatif. Je pense même que… »
Comme quelques heures auparavant, la femme se tut une nouvelle fois : le petit « Hum hum » de leur nouvelle collègue venait de faire rage pour la seconde fois, interrompant volontairement le discours du directeur. Minerva afficha un air surpris : jamais personne n'avait interrompu Albus pendant son discours et certainement pas d'une manière aussi impolie. Beaucoup d'élèves affichèrent le même regard surpris, regardant leurs autres camarades pour être certains de ce qu'ils avaient entendu. Rose, tout comme ses autres collègues, observa Dolorès Ombrage se lever et se diriger vers Dumbledore avant de prendre la parole.
La blonde décida de se pencher quelques instants vers Severus, continuant de regarder et d'écouter d'une oreille les dires de la nouvelle professeur de Défenses contre les forces du mal :
« Tu penses qu'elle va tenir combien de temps ici en sachant que ses collègues la déteste et que la majorité des élèves vont très certainement la détester pour avoir interrompu le plus grand sorcier de tous les temps ? »
L'homme réfléchit quelques instants, ne quittant pas la femme en rose des yeux : visiblement ce n'était pas le moment de se faire remarquer -on ne pouvait pas en dire autant des jumeaux Weasley dont une de leurs remarques avait provoqué quelques rires à la table des Gryffondors-.
« J'aimerai que ce soit le peu de temps possible. Mais elle a l'air d'être plus coriace que prévue. Je pense que Cornélius va lui donner toutes les cartes en main pour être certain qu'elle reste le plus longtemps possible ici. »
« Ce n'est pas une bonne chose pour nous crois moi. Et de ce que j'en ai vaguement entendu par son discours elle va tout faire pour réformer Poudlard. Aussi bien les élèves que les professeurs. Mais après tout peut être qu'elle n'est pas aussi terrible que cela. »
Le professeur de potions posa son regard sur la blonde qui l'observa aussi.
« Ta voix te trahit. Tu mens à plein nez. Tu es aussi peu convaincue par son discours que n'importe lequel d'entre nous. Tu as peur pour ton poste et tu as peur de ce qu'elle peut faire pour cette école avoue le. »
Rose soupira, détournant son regard vers la femme en rose qui continuait de parler bien que beaucoup avaient cessés de l'écouter.
« Je le suis en effet. Je ne sais pas de quoi elle est capable, ni même ce qui peut advenir du moindre d'entre nous dans six mois, deux mois ou même trois semaines. Avant l'avenir était monotone et on savait vers où aller. A l'heure d'aujourd'hui, rien qu'à entendre son discours, je ne suis même pas certaine d'être encore professeur d'ici la fin de la semaine. »
« Cesse donc d'être aussi dramatique. Tant qu'Albus Dumbledore est ici nous n'avons rien à craindre. Il reste le directeur de cette école et prend toutes les décisions. Elle n'est qu'une simple professeur ici, elle vaut tout autant que nous. »
« Pour l'instant Severus. Tu sais aussi bien que moi que ce serait trop beau qu'elle reste à sa place alors que son supérieur se fait du soucis pour la sienne. Ce n'est qu'une question de temps crois moi. »
C'est en entendant les légers applaudissements que le duo se tut pour applaudir aussi, par politesse et respect, face au discours de la femme qu'ils n'avaient écoutés qu'à moitié. Dumbledore reprit finalement son discours, prenant soin de remercier le professeur Ombrage pour son intervention.
Mais quand le buffet commença et qu'elle le vit se rasseoir, elle décerna pour la première fois de sa vie une mine inquiète sur le visage d'Albus Dumbledore. Elle lança un regard à ses deux collègues autour qui semblaient avoir constatés la même chose : non l'année ne promettait pas d'être aussi calme que prévue.
