Léonardo :
Cette humaine était décidément bien tenace. Le lendemain et le surlendemain, elle était encore là assise à son bureau. Éveillée cette fois. Elle tapait à son ordinateur sans s'arrêter. Quelqu'un avait dû oublier d'appuyer sur son bouton off ? Elle allait bien finir par rentrer chez elle, se rassura Léo. Heureusement, ils n'avaient pas à retourner faire le ménage à son étage avant deux jours. Sans doute aurait-elle terminé son article d'ici là. Néanmoins, cela rendait leur travail plus stressant.
Lors de leur pause, d'ordinaire, les trois frères allaient se reposer dans la salle réservée aux employés au cinquième étage. Ce n'était pas le grand luxe, mais la salle était bien éclairée, il y avait un distributeur de boissons et un canapé. Pendant trente minutes, ils décompressaient. Donnie devait toujours se battre pour que Mikey lui cède une petite part du canapé. Souvent, ils regardaient des vidéos ou faisaient le concours de qui avait trouvé le truc le plus dégueulasse du soir.
Mais ce soir, Léo avait la tête ailleurs. Prétendant aller aux toilettes, il faussa compagnie à ses frères. Devant l'ascenseur, il appuya sur le bouton du dernier étage. Arrivé en haut, il tourna et prit la sortie qui donnait sur le toit. Il aimait bien cet endroit. Le bâtiment était ancien, mais dans un effort de modernité, les propriétaires avaient fait construire une terrasse au sommet de l'immeuble. Ce n'était pas une grande réussite, la terrasse en bois abritait des bacs pour les fleurs, un banc et un espace plus large pouvant accueillir un arbre. Les propriétaires avaient planté un petit olivier, ils se disaient que sans doute le petit arbre aurait assez de place sur le toit, mais le pauvre dépérissait. Seules les herbes folles et quelques fleurs y trouvaient leur compte. Tout l'espace était fermé par des garde-fous. Léonardo s'assit tout contre, négligeant le banc, préférant laisser ses jambes pendre par-delà les barrières au-dessus du vide. L'immeuble était encerclé par des bâtiments plus grands, mais malgré tout, la vue était chouette. D'ici, la rue était minuscule et les voitures plus que des points colorés, des fantômes lumineux dans la nuit. Finalement, il aurait peut être dû proposer à ses frères de l'accompagner, ils auraient été bien sur ce toit, coincés entre ciel et terre. Mais il ne pouvait pas rester longtemps, rien que pour venir, il fallait plusieurs minutes, et leur pause était déjà presque finie, mais ça en valait la peine.
Il entendit la porte s'ouvrir derrière lui. Il était resté trop longtemps ? Sans doute Donnie qui venait le chercher.
- J'arrive Donnie, t'inquiète. Annonça le mutant en regardant la ville.
- Euh... désolé, je ne connais pas « Donnie ».
Léonardo se figea. Ce n'était pas son frère. C'était l'humaine, la journaliste. Il devait filer en vitesse. Mais comment ? Rapidement, il réfléchis, la porte était derrière lui et l'humaine lui barrait le passage. Il entendit un soupir. Puis le déclic d'un briquet que l'on allume. Elle s'avança vers lui. Pourquoi ? Il y avait des bancs sur la droite, pourquoi fallait-il qu'elle vienne de ce côté ? L'odeur de la fumée flottait autour de lui.
- Je ne m'attendais pas à trouver quelqu'un ici. C'est la première fois que je monte sur le toit. Le coin est plutôt chouette.
Normal ! S'exhorta Léonardo, il devait avoir l'air normal !
- Oui, c'est pas mal si on oublie l'olivier.
- Un olivier ?
Sans se retourner, le mutant désigna l'arbre derrière lui, de sa main dissimulée sous un gant ménager. Il entendit le cliquetis des talons sur le béton.
- C'est un olivier ça ? Il a pas l'air en grande forme. Il y a aussi des fleurs. C'est l'équipe du ménage qui s'en occupe ? Demanda-t-elle curieuse.
- Non, répondit Léonardo de plus en plus mal à l'aise. Il y a un jardinier qui vient une fois toutes les deux semaines. Mais ça ne nous empêche pas de leur remettre un peu d'eau au besoin.
Un petit rire cristallin résonna.
- C'est sympa de votre part. De faire le travail d'un autre. Les propriétaires ont vraiment fait le travail à moitié, railla la jeune femme.
Léonardo était étonné, il avait gardé de cette fille l'image de quelqu'un de brouillon, obligée de rester à son bureau pour faire des heures supplémentaires. Mais elle se révélait très analytique et critique du monde qui l'entourait. Jetant un rapide regard derrière lui, il vit la journaliste pencher sur les jardinières, regardant les fleurs endormies. Jamais Léonardo n'avait songé à ces plantes vertes, pourtant il était vrai qu'elles en disaient long sur ceux qui en prenaient soin. Il était intrigué.
- Tu n'es pas une employée ?
- Pas encore, c'est ma période d'essai. Dans un mois je saurai, mais d'ici là, je sens que je ne vais pas beaucoup dormir.
Quittant sa contemplation des plantes, elle se tourna vers lui. Léonardo détournait précipitamment le regard. Elle vint s'appuyer à la barrière en exhalant un bref nuage de fumée. Léonardo n'osait pas tourner la tête pour la regarder, la protection de sa capuche était bien maigre, les mains profondément dans les poches. Jamais le monde des hommes ne lui avait semblé si proche qu'au travers de cette brève conversation anonyme sur un toit. Terriblement proche alors que son déguisement était bien trop fragile. Qu'un bout de tissu le séparait de ce monde dans lequel il évoluait, sans jamais en faire partie.
Il se releva prudemment, faisant attention à toujours tourner le dos à la journaliste.
- Je dois y retourner, ma pause est finie. Profitez de la vue.
- Comment tu t'appelles ?
Léonardo, qui avait déjà la main sur la poignée de la porte, s'arrêta. La question sortait de nulle part, est-ce qu'il avait bien entendu ? La journaliste reprit.
- Pardon, je devrais me présenter d'abord. April O'Neil, journaliste à l'essai. J'ai aperçu ton badge hier, mais sans mes lunettes, je vois vraiment rien, alors je n'ai pas pu le lire.
Léonardo sourit, le badge était fourni avec la veste d'uniforme des hommes d'entretien, mais il était vierge. Personne ne devait le voir, donc il n'avait jamais pris la peine d'y inscrire son nom. Mais devait-il le dire ? Son prénom ? Après une grosse seconde d'évaluation des risques, il finit par lui dire. Il ne risquait pas grand-chose a le lui dire après tout.
- Léonardo.
- Italien ?
Léo rit sous cape.
- Du tout. Bonne chance pour votre nuit... April.
- De même, Léonardo.
Il quitta le toit. Étrangement, il se sentait bien, c'était rafraîchissant de parler à quelqu'un de nouveau. Retrouvant ses frères pour reprendre leur travail, il gardait en tête les lumières de la ville et l'odeur de la fumée.
Michelangelo :
Son bras le tiraillait. Il avait beau bien faire tous les exercices de rééducation tous les jours. Il sentait malgré tout les dégâts. Peut-être serait-il remis plus vite s'il avait recommencé à s'entraîner plutôt.
De toute manière, le « docteur » Donatello lui avait interdit de bouger durant le premier mois de convalescence. Et il n'avait rien fait, ses frères non plus d'ailleurs. Aucun n'avait le cœur à s'entraîner après ce qui s'était passé, même pas Raphaël. Puis deux mois étaient passés, puis trois. C'est là que les choses avaient commencé à dérailler. Léonardo ne quittait plus l'appartement. Donnie se noyait sous une tonne de travail, et Raphaël avait commencé ses « livraisons ». Croyait-il vraiment qu'il n'avait pas compris ? Tout le monde avait compris son petit jeu, même Splinter savait qu'il ne faisait pas que livrer la nuit. Il n'y avait que Léo qui ne voyait rien. Cela faisait des mois qu'il ne voyait plus rien. Depuis qu'il avait retiré son bandeau.
Son frère ne pouvait même plus tenir un couteau sans trembler. Donatello avait fait de son mieux pour l'aider. Mais il n'existait pas de psychologue pour mutant. De plus... Il ne croyait pas que Léo tienne vraiment à être soigné. Car selon ses dires, il « allait bien ». C'était clairement pas le cas, mais difficile d'aider quelqu'un qui ne le veut pas.
Le quatrième mois après l'incident, Raphaël les avait tirés, lui et Donnie, sur le toit. Pour reprendre l'entraînement. Au début Mickey n'était pas sûr. Il voulait attendre Léonardo, il finirait bien par lui aussi s'y remettre. Mais rien ne venait, alors il avait repris doucement avec Donnie. Mais il n'avait pas repris ses armes, Donnie non plus. C'était leur accord tacite, ils étaient une équipe. Seul Raphaël avait gardé ses saï. Pour dire vrai, il ne les avait plus jamais lâchés depuis cette nuit.
Il ne montrait rien, mais il devait être aussi touché que Léo, ils avaient juste choisi des chemins différents. Léonardo avait choisi la résignation et Raphaël la violence aveugle.
Entre eux, Mickey se sentait totalement impuissant. C'était comme si en disparaissant, « il » n'avait pas laissé qu'un trou, mais trois, emportant avec lui ses deux frères, et Michelangelo ne savait pas comment les retenir. Sans parler de leur papa qui ne pouvait plus marcher sans claudiquer et qui ne savait pas plus que lui comment aider ses fils. Seul Donnie semblait ne pas avoir perdu la boule. Bien entendu, lui aussi était triste, mais il canalisait cette tristesse dans ses inventions. Leur ancien repaire n'avait jamais été aussi sécurisé que ne l'était aujourd'hui leur appartement.
Quant à lui... Il blaguait, il plaisantait, mais tout avait un goût amer. Au moins maintenant il pouvait se défouler dans l'entraînement. Et puis le job que leur avait trouvé Donnie était nickel. Bon, nettoyer, ça craint, mais ils sortaient. Léonardo commençait à retrouver des comportements normaux, il recommençait à leur donner des ordres, même s'il ne s'en rendait pas compte.
Et il apprenait à conduire, ça c'était cool. Bientôt, à lui les poursuites endiablées à la Taxi 4. Il regardait ses deux frères enfiler leurs vestes, prêts à partir au boulot, emplis de l'énergie de leur nouvelle routine. Le trou était toujours là, mais petit à petit, le mutant avait l'impression qu'ils arrivaient à le contourner. Peut-être un jour serait-il derrière eux.
Léonardo :
Léonardo ne savait pas exactement comment il en était arrivé là. Enfin si, il savait, mais il ne comprenait pas vraiment ce qui lui prenait. Ce n'était pas prudent. C'était la troisième nuit d'affilée que la journaliste l'attendait sur ce toit. C'était à croire qu'elle le faisait exprès. Quand il est arrivé, elle était déjà là, à regarder la vie nocturne, une cigarette se consumant lentement entre ses doigts. Elle lui sourit.
- Salut Léo, si c'est bien toi sous cette capuche.
- Bonsoir, répondit-il surpris de sa familiarité.
Elle tira une longue bouffée sur sa cigarette.
- Merci pour la dernière fois. T'avais raison, cet endroit est sans doute le plus sympa de cet immeuble, et le temps est super doux.
- Oui, il fait pas mauvais, confirma mollement le mutant.
Voilà qu'ils parlaient météo maintenant. C'était vraiment ridicule, il ferait mieux de faire demi-tour tout de suite. Mais il n'en fit rien. Sans se dégonfler, il revint s'asseoir contre la rambarde, mais cette fois-ci, il ne tournait plus le dos à la jeune femme. Il se surprit même à lancer la conversation.
- Tu es encore là cette nuit, tu as donc tant de travail en retard ?
Elle sourit, en exhalant un nuage de fumée.
- La première fois, c'était une exception. Et maintenant, disons que je fais preuve de zèle.
- À bon ? Tu dois vraiment être motivée si pour toi passer toutes tes nuits ici, c'est juste du zèle.
- Oui, rit-elle. Le plan c'est de me cramé jusqu'à la fin de ma période d'essai, et après j'aurais le droit de retrouver mon lit.
Le mutant en fut amusé.
- À peine t'auront-ils embauché que tu partiras en congé maladie pour surmenage. Super investissement.
- Tant qu'ils ne le savent pas. Enfin je dis ça mais demain je rentre chez moi, j'ai besoin d'une vraie nuit si je veux tenir jusqu'à la fin de cette semaine. Mais vous, vous êtes condamné à bosser toutes les nuits. Vous êtes une équipe de combien ?
C'était étonnant de parler en toute innocence à un humain comme à un collègue.
- Trois, mes deux frères et moi.
- Une entreprise familiale, ça explique la ressemblance.
Léonardo se figea. Comment ça, la ressemblance ? Elle les avait vus ? Tous les trois ? Sans leur capuche ? Elle dut surprendre son hébétude, car elle fit un geste de main et rit.
- J'avais commencé à imaginer que vous étiez des clones. Je vous ai aperçus tous les trois, vous avez tous la même dégaine, la même silhouette. Sans doute la faute de la veste d'uniforme.
- Pour quelqu'un qui dit nous avoir juste aperçus, tu es bien observatrice, s'inquiéta Léo.
- C'est mon métier. Déformation professionnelle. En parlant de mauvaise habitude de journaliste, pourquoi tu gardes cette capuche sur la tête alors qu'il fait si chaud ?
Le mutant déglutit. Il aurait très bien pu lui répondre qu'il était une énorme tortue verte et que c'était pour éviter de trop surprendre les gens, mais il était certain que son explication ne convaincrait pas. Alors il sortit sa phrase toute faite.
- Disons que je ne suis pas très beau à regarder, alors je suis plus à l'aise comme ça.
Néanmoins, la journaliste ne sembla pas découragée, fixant l'obscurité de son visage en quête de quelque indice sur son apparence. Léonardo était vraiment gêné d'être l'objet de sa curiosité. Mais elle n'insista pas davantage.
- Bosser avec ses frères. Ça a l'air cool. Je n'ai pas eu la chance d'avoir des frères et sœurs.
- Si ça peut te consoler, ce n'est pas toujours facile de bosser avec ses frangins.
Elle écrasa sa cigarette.
- Ah ouais ? Dit-elle pour l'encourager à continuer.
- Ouais, disons que ce serait peut-être plus simple si on était pas toujours les uns sur les autres.
- Vous vivez ensemble ?
Léonardo hocha la tête, se laissant questionner sans s'appesantir. Il continuait de regarder les voitures filer en contrebas.
- Oui, on vit tous avec notre père, mes trois frères et moi. Ce n'est pas toujours facile à gérer, mais ça va.
- Famille nombreuse... c'est un grand appart ?
- Non, ricana le mutant. Mais heureusement, je suis souvent dehors, un autre de mes frères également, on n'est pas si souvent tous enfermés dedans.
- Tu sors ? Tu fais quoi ?
La jeune femme était visiblement intriguée. Léonardo sourit. C'était bien une journaliste enchaînant les questions indiscrètes comme s'il s'agissait de la météo. Le mutant n'était pas habitué à être le centre d'attention. Cela aurait dû le déranger, les ninjas étaient des êtres de l'ombre. Il avait beau avoir renoncé à la pratique, cela restait son mode de vie. Mais il n'en fut pas dérangé, c'était différent, pas désagréable. Il se sentait étonnamment valorisé par cette soudaine et inédite attention.
- Je me balade, je traîne dans mon quartier. Ce n'est pas aussi joli que cette vue, mais il y a un parc avec des vieux jeux pour enfants, j'aime bien y aller pour réfléchir. C'est mon coin tranquille dans New York.
April sourit.
- On a tous besoin de notre petit coin du monde. Mais sincèrement, j'aimerais bien avoir un frère avec moi, un appartement à partager, plus petit, moins vide.
- Tu es seule chez toi ? S'étonna le mutant.
Elle sourit taquine.
- C'est sans doute pour ça que je campe au bureau. Au moins ici, je vois du monde, je vois Irmas, et je te vois toi. Même si « voire » est un bien grand mot dans ton cas.
Et heureusement songea-t-il en rougissant. Sur ces mots, elle finit sa seconde cigarette. Téléphone à la main, elle le regarda avec contrariété, à croire qu'il l'avait offensée. Jetant un regard au mutant sous couverture, elle lui jeta son téléphone.
- Réflexe !
Surpris, il l'attrapa par pur instinct, et heureusement, car sinon il aurait sans doute fini quelque trente mètres plus bas. Il regarda le téléphone sans comprendre.
- Pourquoi as-tu fait...
- Ton numéro, s'il te plaît, le coupa-t-elle. Je risque d'en avoir besoin si un jour ou l'autre vous m'enfermez de nouveaux dans les bureaux. Ce n'est pas sûr que la prochaine fois j'arrive à réveiller le vieux Jerry.
Léonardo en fut catastrophé.
- On t'as enfermée ? Tu n'as pas les clés ?
- Non, comme dis, je suis en période d'essai.
Le mutant s'empressa de remplir les cases de contact comme pour faire oublier cette odieuse erreur de jugement.
- Désolé.
- Pas grave, il faut dire que je bouscule vos habitudes, dit-elle en se levant.
Elle récupéra en souriant le portable que Léonardo lui tendait. Elle lut le numéro avant de l'empocher satisfaite.
- Je file, cette article sur les terribles fantômes d'East Side ne va pas s'écrire sans moi. Et qui divertira les pauvres quinquagénaires en manque d'histoires à raconter.
- Bon courage, l'encouragea Léonardo toujours contre la rambarde.
Elle disparut par la porte. Si seulement ces pauvres quinquagénaires savaient que les fantômes étaient le moindre des maux qui vivaient dans cette ville.
Raphaël :
- Pas trop tôt !
- Désolé, madame, y avait des bouchons.
La femme claqua de la langue, aussi désagréable qu'un mauvais lundi. Elle arracha le sac en papier des mains de Raphaël, fourrant son nez de fouine à l'intérieur, elle le retira presque aussi vite pour fusiller le livreur.
- Il manque mes frites !
Raphaël se retint de soupirer, se contentant de serrer le poing.
- Navré, madame, mais le contenu des commandes dépend du restaurant.
- Je m'en fiche des « c'est la faute du resto ». N'espère pas une bonne note sur l'appli.
De nouveau, le mutant se contenta de hocher la tête plutôt que d'attraper celle de l'immonde mégère pour la fourrer dans son maudit sac de bouffe. Il reprit sa moto non sans frustration. Que les humains pouvaient être bêtes. Le reste de sa nuit ne fut pas meilleur, il enchaîna avec indifférence les retraits et les livraisons. Il commençait à vraiment bien connaître la ville. Il pouvait se vanter de connaître chaque carrefour à risque (où tous les jours au moins un livreur se faisait plafonner). Quoi qu'un peu plus dangereux que de récurer des chiotte, Raphaël était vraiment satisfait d'avoir choisi un job loin de ses frères. Supporter les ordres de Léo alors même qu'il était, selon ses dires, « plus le chef de rien du tout », il n'aurait pas pu. Et puis ce n'était pas dans les bureaux qu'il pouvait dénicher ses cibles.
Tout en traversant la ville, il furetait, regardait, s'informait. Personne ne faisait attention à lui. Personne ne fait attention à un livreur. Mais lui, il faisait attention à tout. Depuis neuf mois, il avait dressé une carte plus ou moins exhaustive du réseau des Dragons. Mais pour l'instant, il ne tentait rien. Il ne pouvait les vaincre à lui tout seul. Il se contentait de les bousculer, de leur rappeler qu'ils étaient toujours là, sur leurs talons. Mais sa résistance était bien dérisoire, et ils semblaient chaque jour un peu plus nombreux, un peu plus dangereux.
Mais « lui », il ne renoncerait pas, même seul contre tous. Il lutterait pour faire ce qui était juste. Pour l'instant, il furetait, repérait, foutait le bordel, mais il était certain que bientôt il trouverait les moyens de les mettre à terre. Avec ou sans ses frères.
