Léonardo :
* Message de « April O'neil» à « Léonardo » :
Salut Léo ! J'ai de grandes nouvelles. Je suis devant l'entrée si tu as cinq minutes avant de débuter ton service.
Mince, elle voulait lui parler ! Ils venaient tout juste de se garer devant l'entrée du service. S'il voulait la voir, Léonardo allait devoir fausser compagnie à ses frères. Mickey et Donnie, qui d'ailleurs le regardaient avec attention, avaient les yeux rivés sur lui. Donnie lui adressa un grand sourire.
- Allez, tu ne nous dis pas qui c'est ?
- Qui c'est quoi ? Dit précipitamment le mutant en descendant du fourgon.
Donnie donna une tape dans la main de son autre frère, comme s'il venait de gagner un pari.
- « Qui c'est quoi ? », singea Mickey, fais pas l'idiot, on a remarqué que tu étais tout le temps sur ton téléphone en ce moment. Tu discutes avec qui ? Un humain ? Une fille peut-être ?
Comment pouvait-il être aussi proche de la vérité et aussi énervant en même temps ? Secouant la tête, il se refusa à répondre. Il devait s'esquiver pendant cinq minutes.
- Je pars devant, je vous attends au sixième.
- Oh, aller, ne sois pas comme ça ! S'amusa Mickey, alors que lui et Donnie sortaient le matériel du fourgon.
Sans les attendre, il passa à la loge du gardien.
- Bonsoir, Jerry.
- 'Soir, lui répondit-il sans quitter son poste de télé des yeux.
Le mutant se saisit du trousseau de clefs et entra. Au lieu de rejoindre l'ascenseur, il se dépêcha de rejoindre l'entrée. La porte était déjà verrouillée, mais il avait le passe-partout. Vérifiant que sa capuche le dissimulait bien, il s'engagea dans la rue.
Léonardo chercha brièvement April des yeux, puis il vit sa longue veste jaune étalée au sol. Pendant un instant, son esprit fut vide. Où était-elle ? Pourquoi sa veste était là ?
L'instant suivant...
... tout fut effacé.
Il les l'entendit : un rire, un froissement, un sanglot. Sans une hésitation, il se dirigea vers elle. Il la trouva dans une impasse, aux prises avec deux hommes, l'un grand en blanc et l'autre plus petit en t-shirt. La journaliste, au sol, tentait désespérément d'échapper à la poigne du type en t-shirt qui, à genoux, s'appuyait sur elle.
Léonardo n'eut besoin que d'une seconde pour analyser la situation, et la suivante, il agit.
D'abord le plus grand. Sans lui laisser le temps de réagir, le mutant lui envoya un formidable coup de pied dans les jambes. Il entendit clairement le genou se déboîter alors que l'homme tombait au sol en criant. Le plus petit, alerté, se releva de sa victime.
- Qu'est-ce que c'est...
Il ne dit rien de plus. D'un revers, Léonardo lui envoya son poing dans la mâchoire. L'homme tomba à la renverse, assommé, neutralisé. Le mutant se tourna vers la journaliste, qui semblait à bout de souffle, blessée et choquée.
- Léo... le reconnut-elle.
- Est-ce que ça va, April ? demanda-t-il en s'approchant pour l'aider.
Mais le regard d'April était immense. Elle commençait à reculer.
- Léonardo, attention !
Le ninja n'eut pas le temps de se retourner, l'homme au genou déboîté lui sauta dessus. Il était plus résistant qu'attendu. L'homme eut un hoquet de surprise, mais le mutant sourit. Sans doute qu'il venait de buter sur sa carapace. Visiblement, il n'avait pas eu son compte. Léonardo se laissa tomber en arrière, écrasant l'homme en blanc sous lui. Il entendit distinctement ses côtes se casser, tout comme son cri de douleur.
Léonardo se releva pour observer le résultat. Ça n'avait duré que quelques secondes, mais il avait maîtrisé les deux hommes. Il n'avait pas perdu la main. Un frisson désagréable le parcourut, il ferma les yeux et fit de son mieux pour l'ignorer. Il avait plus important à faire ; il devait aider April. Il avait vu qu'elle saignait.
La journaliste, toujours au sol, tremblait. Sans doute avait-elle besoin d'une ambulance, tout comme ses agresseurs.
- April, ne bouge pas, je vais appeler des secours.
Il s'approcha d'elle, lui tendant sa veste jaune pour qu'elle puisse se couvrir. De manière inattendue, dans un cri aigu de panique elle recula encore, était-elle en état de choc ? Blessée ?
Elle le fixait sans même cligner des yeux, de grands yeux bruns emplis de terreur et de dégoût. Le cœur de Léonardo cessa de battre. Assailli par un horrible doute, il tâtonna à la recherche de sa capuche. Il ne l'avait plus. Elle avait glissé quand il s'était jeté en arrière.
April le voyait.
Pour la première fois, elle le voyait vraiment, mais elle ne voyait pas le gentil homme à tout faire... Elle voyait le monstre.
Il remit précipitamment sa capuche, réflexe idiot. C'était bien trop tard. Léonardo avait toujours su ce qu'il risquait, il s'était préparé à cette éventualité tout en espérant qu'elle ne se produise jamais. Maintenant que l'inévitable était survenu, il avait mal. Horriblement mal. La réalité rattrapait les rêveurs toujours trop tôt. C'était un mauvais rêve, et c'était le moment pour lui de disparaître.
- Je suis désolé, April.
Sur ces mots, il s'enfuit, regagnant l'intérieur du bâtiment. Une fois caché, il appela les secours. Ils ne mettraient pas longtemps à arriver. Elle ne risquait plus rien... Alors il avait le droit... Il devait partir. C'était au-delà de son contrôle. Le souffle coupé, il sentait ses forces l'abandonner. Une minute plus tôt, il aurait pu renverser toute une armée de dragons pourpres, mais le regard d'April lui avait repris le peu de force qu'il avait trouvé. Il se laissa glisser le long de la porte en métal.
Donatello finit par apparaître, descendant de l'ascenseur, il le cherchait visiblement. Le voyant abattu, il se précipita sur lui.
- Léo, qu'est-ce qui t'arrive ? Est-ce que ça va ?
Regardant son frère dans les yeux, il n'eut pas d'hésitation, il avait trop mal, c'était trop. Il s'autorisa à dire ce qu'il n'avait jamais dit.
- Non, Donnie, ça ne va pas.
April :
April était ailleurs. Elle entendait les sirènes autour d'elle, elle sentait les mains de l'infirmier la sollicitant pour qu'elle le suive. Mais tout était irréel. Assise dans l'ambulance, le même infirmier appliquait avec soin du désinfectant sur les plaies de son collant déchiré, examinait sa tête. Mais elle était extérieure à tout cela. Léo, comme une grenade, avait fragmenté sa réalité.
Elle avait toujours su qu'il cachait quelque chose. Personne ne cache son visage sans bonne raison. Quand il lui avait dit qu'il n'était pas très beau, elle avait imaginé un nez disgracieux, des cicatrices, ou encore une maladie qu'il ne souhaitait pas montrer. Quand il s'était battu pour elle, quand il l'avait sauvée de ces agresseurs, elle n'en revenait pas. Il était un vrai mystère qui brillait sous ses yeux. Que lui cachait-il encore ? Où avait-il appris à se battre comme ça ? C'était incroyable, extraordinaire. Elle se voyait déjà rédiger un article "l'homme à tout faire sauve une demoiselle en détresse". Mais quand cet homme avait tiré son pull, quand sa capuche était tombée, tout avait disparu. Sa première pensée avait été "Pourquoi il porte un masque d'Halloween ?", mais quand le masque avait bougé, son univers avait été détruit. Ce n'était pas un masque, et April était certaine qu'elle ne rêvait pas. Elle n'avait pas assez d'imagination pour rêver une chose pareille.
Sa peau verte, écailleuse et chauve. Son visage au profil difforme, fondait son nez et sa bouche dans la même courbe, traçant une large mâchoire finissant en un cou musclé. Ses narines étaient des fentes surplombant une bouche trop grande. Il lui faisait penser à un énorme reptile. Des yeux effilés, d'un bleu limpide, ivre de rage combattante.
Puis il s'était tourné vers elle, il lui avait parlé, il avait dit quelque chose, la satisfaction dans son regard avait soudainement disparu, il paraissait confus, puis paniqué. April aurait aimé dire quelque chose, mais elle était trop loin. Trop loin de sa réalité pour oser l'appeler. Comme si parler était admettre ce qu'elle avait vu. Il lui dit à nouveau quelque chose qu'elle ne saisit se releva et remit sa capuche. Enfin, April réussit à rassembler les morceaux de son monde qui s'écroulaient autour d'elle. La créature qui lui avait parlé... c'était Léonardo.
Il disparut, la laissant de nouveau seule entre deux corps meurtris et gémissants.
Elle ne rêvait pas, elle en était certaine, et pourtant elle venait de voir une créature qui ne pouvait exister. Une créature qui était son ami. Si elle ne rêvait pas, alors elle avait des hallucinations...
Sans doute était-elle folle.
