Léonardo :
On ne pouvait pas faire plus frontal. Léonardo s'avança tranquillement dans le hangar à la vue de tous. C'était si inattendu que les dragons mirent quelques petites secondes avant de le mettre en joue.
Ils sont là ! Hurla l'un des hommes.
Les mains bien en évidence, Léonardo ne fit rien pour leur résister. Il découvrit le décor planté par les dragons. Le même, le même vieux fauteuil défoncé au centre devant lequel se tenait Tina, plus flamboyante que jamais. À ses pieds, Raphaël et April à genoux. Pendant un instant, il se sentit vaciller. Cette scène était bien trop semblable à une autre. Il ne devait pas flancher, pas maintenant. Il dévisagea la petite cheffe pour s'accrocher à sa colère, à la haine qu'elle lui inspirait.
- Léo...
Le mutant avait reconnu la voix d'April, et c'était une véritable torture de l'ignorer. Il mourait d'envie de la regarder, de se précipiter sur elle pour s'assurer qu'elle allait bien. Il n'en fit rien. Plus il lui accorderait d'importance, plus l'ennemi lui en donnerait également. Pour qu'elle soit sauvée, il devait faire comme si elle n'existait pas.
- Oh, OHOH, ils sont là ! Ils sont venus ! S'extasie Tina, trépignant comme la plus malsaine des petites filles. Où sont les deux autres ?
- Ils ne sont pas là, gronda la voix de Léo.
La petite cheffe sourit méchamment.
- Je ne te crois pas.
Elle fit un signe du doigt, et deux des gardes à l'entrée sortirent armes en main, sans doute dans l'idée de trouver les mutants manquants.
Dans le même mouvement, deux autres de ses hommes s'avancèrent vers lui, armes en main. L'un d'eux désigna du bout de son canon les lames toujours attachées à sa ceinture. Cela déplut énormément à Léonardo, mais pour la réussite de sa mission, il n'avait pas d'autre choix que de s'en séparer. Lestement, il détacha les attaches et tendit les deux ninjatos à l'homme le plus proche. Celui-ci les saisit précipitamment, ne tenant pas à s'approcher plus du mutant. Sans doute aurait-il dû le fouiller, mais aucun des deux hommes ne s'y risqua. De toute manière, dans sa précipitation, il n'avait pas apporté d'autres armes avec lui. Pas qu'il en ait réellement besoin.
Au-dessus d'eux, sur les coursives de chaque côté du bâtiment, des hommes de main les visaient. C'était parfait. Il devait concentrer l'attention sur lui, la mission en dépendait. Il entendait des exclamations étouffées depuis les hauteurs. Certains dragons n'avaient jamais eu l'occasion de croiser les frères tortue, surpris, ils échangeaient à voix basse. Cela sembla drôlement irriter Tina. Tant mieux. Il allait continuer à monopoliser l'attention.
- Tant pis si tu ne me crois pas, mais de toute manière, qu'est-ce que ça change ? Ce n'est pas à mes frères que tu dois cette prothèse.
La petite femme plissa les yeux, sans doute n'arrivait-elle pas à faire la différence entre lui et ses frères. Elle dut s'avancer juste assez pour clairement discerner la couleur de son bandeau. Quand elle vit la bande de tissus azur, son sourire changea, moins moqueur, plus féroce, des yeux perçants de prédateur. Elle tapa dans ses mains. Léonardo fut surpris un instant par l'éclat doré de sa prothèse, une véritable œuvre d'art. Elle portait fièrement les preuves de son infirmité comme si il s'agissait d'une arme de plus dans son arsenal. Le mutant frémit. Il se rappelait encore clairement l'instant où son sabre avait tranché son poignet, la sensation spongieuse de la chair qui se rompt, les os qui cèdent comme s'il s'agissait de petit bois. Si facile, si rapide. Son sang chauffa, et il s'efforça de ne pas y songer, préférant reporter son attention sur son frère. Le mutant avait une expression fermée, seule la tension de ses épaules témoignait de son bouillonnement intérieur. Il détestait être réduit à l'impuissance. De temps en temps, il jetait des coups d'œil inquiets à l'autre otage, ce que Léonardo ne pouvait se permettre de faire.
Il avait capté l'attention de Tina. Celle-ci s'avança, balançant dans sa main son colt à crosse ivoirée. La tension monta d'un cran alors qu'elle armait le chien de son arme. Léonardo lui offrit toute son attention. Il ne devait pas la sous-estimer. Ses allures de mannequin cachaient trop bien sa violence imprévisible. Elle pourrait le tuer immédiatement, mais le leader soupçonnait que la vengeance de Tina ne serait pas satisfaite par son seul décès. Elle tenait à les faire souffrir, ils l'avaient humiliée, et il était certain qu'elle tenait à leur rendre l'appareil. Malgré tout, il devait tenter le coup.
- Laisse partir la fille, prononça distinctement le mutant.
- Pas tout de suite, voyons ! Roucoula la méchante. Attendons d'abord que tes "frères" se joignent à la fête. Ça serait dommage que cette petite poulette rate les festivités.
Léonardo n'en douta pas, mais il insista.
- Elle n'a rien à voir dans cette histoire...
- Et alors ? rétorqua Tina. Ce n'est pas pour autant qu'elle n'a pas le droit de participer.
Toujours en riant, elle s'avança vers le mutant. Fier comme un paon, elle pavanait, se moquant ouvertement de lui. Presque comme si elle dansait.
Mademoiselle Chang, vous ne devriez pas vous approcher plus, c'est dangereux, intervint un Hun.
- Oh, tais-toi... gronda la petite femme.
Sans tenir compte des avertissements, elle continua son chemin, dépassant Raphaël et April, et elle était maintenant à sa portée. S'il l'avait voulu, Léonardo n'aurait eu qu'à lever le bras pour lui broyer la gorge.
- De toute manière, notre invité ne va rien me faire, n'est-ce pas ? Car il doit se douter de ce que vous feriez à ses amis si jamais il osait poser un doigt sur moi. N'est-ce pas ?
Léonardo ne broncha pas alors qu'elle continuait à approcher, arme en main. Il savait que la petite femme était assez folle pour avoir ordonné à ses hommes de tous les abattre si jamais il venait à la prendre en otage ou à la tuer. Et pourtant, ça serait si simple. Il n'aurait qu'à tendre le bras pour lui écraser la gorge, faire changer la peur de camp, éteindre l'étincelle dans ses yeux. Malheureusement, le prix à payer pour cette brève vengeance serait bien trop lourd. Avec sa mort, elle aurait tout gagné, leur famille serait irrémédiablement détruite. La haine qu'elle lui vouait n'en était que plus grande. Hors de question de la laisser gagner. Elle était folle, et elle se fichait éperdument de ce qu'elle devait sacrifier pour arriver à ses fins. Léonardo n'était pas comme elle.
La petite femme poussa l'audace jusqu'à poser sa main sur lui, caressant son bras de ses ongles manucurés. C'était comme une brûlure, et Léonardo se retint à grande peine de reculer. Elle le dégoûtait. Il avait beau être un mutant, il ne faisait aucun doute qu'ici, ce n'était pas lui le monstre.
- Tu vois, tu peux être vraiment sage quand tu veux ! Quel dommage que tu n'aies pas accepté ma proposition avec ce cher Jones, on se serait sans doute bien amusés ! Malheureusement, tu m'obliges à tous vous tuer. Quel gâchis ! Gémit-elle boudeuse.
Léonardo avait de plus en plus de mal à se contenir. Ils savaient déjà qu'elle voulait leur mort à tous, mais l'entendre distinctement ne faisait que nourrir sa colère. Il devait agir vite, exécuter son plan avant qu'il ne soit trop tard. Il regarda son frère. Raphaël à genoux semblait sur le point d'exploser lui aussi. Ses yeux lançaient des éclairs. Tout reposait sur lui, en son fort intérieur, Léonardo pria pour que celui-ci comprenne et le suive. Il y avait tant de douleur entre eux, réussiraient-ils à s'entendre ? Il le fallait. La vie d'April en dépendait.
- t'as merdé sur se coup là Raph.
Léonardo s'était adressé directement à son frère, ignorant délibérément la mafieuse. Tout le monde s'était tu, même Tina, qui semblait étonnée. Le mutant à genoux ouvrit de grands yeux, surpris et choqué.
- Sérieux Léo ? Tu crois que c'est le moment de se cracher dessus ? Je ne sais pas, ça ne peut pas attendre que l'on soit sortis de cette situation de merde ? Bourraça Raphaël.
- Bah non, puisqu'on sera sans doute morts ! Tout ça à cause de tes conneries !
La mafieuse laissa échapper un rire. À en croire son expression, cette situation semblait follement l'amuser.
- Mes conneries ? Mais va te faire, Léo !
- Si tu n'avais pas tenu à te battre seul contre les dragons, on n'en serait pas là !
- J'aurais pas eu à me battre tout seul si tu avais un peu plus de couilles, Léo. Hein, monsieur le grand leader ? Quelle blague. En parlant de connerie, on en parle d'elle ? Vociféra Raphaël en désignant la jeune femme rousse d'un coup de tête.
Léonardo se retint de justesse de regarder la jeune femme, dont il entendait le souffle haché sur sa gauche. Pas maintenant. Il ne devait pas la regarder avant d'avoir fait passer son message. S'il la regardait, il perdrait de vue le plus important : les sortir tous d'ici en vie.
- April n'aurait jamais dû se retrouver au milieu de nos problèmes, murmura le mutant. Nous non plus, on aurait jamais dû se jeter au milieu de cette merde. On n'a jamais été de taille, Raphaël ! On aurait dû faire comme Mike et Donnie, rester au-dessus de tout ça. Mais non ! Tout ce qu'on arrive à faire, c'est exploser, et tout finit toujours par nous retomber dessus.
- Exploser, grogna son frère.
Un coup de feu retentit, et des échos de voix se firent alors entendre à l'extérieur. Léonardo s'était figé. Un éclat de panique passa dans le regard de Raphaël.
Quatre dragons sont entrés dans le hangar, poussant du bout de leur fusil d'assaut Michelangelo et Donatello. Donatello avait une entaille sanguinolente au front, Michelangelo semblait indemne. Ils s'étaient laissé capturer sans trop de résistance... parfait. Léonardo avait cru au pire quand il avait entendu le tir.
- Mikey, Donnie, grommela douloureusement Raphaël.
Le mutant à genoux, fou de rage, se releva malgré les protestations de ses geôliers. Tous les dragons avaient leurs armes braquées sur eux, et Tina semblait s'amuser comme une petite folle. Furieux, il toisa son frère malgré ses nombreuses contusions. Léonardo retenait son souffle. Raphaël cracha par terre, un crachat teinté de sang. La petite cheffe des dragons siffla de contentement alors que ses hommes amenaient les derniers mutants près de leur frère. Elle gloussa.
- Dans la famille abomination, je voudrais les frères mutants, s'exclama-t-elle. Tu n'es qu'un vilain petit menteur ! Dit-elle à Léonardo d'une voix gourmande.
Elle ouvrit les bras pour désigner l'ensemble des mutants présents.
- La fête va enfin pouvoir commencer.
Léonardo, pour sa part, s'était détourné de Raphaël, fixant Donatello. Celui-ci finit enfin par le regarder et battit des paupières. Dix secondes. Il reporta son attention sur Raphaël, dont la rage avait cédé la place à la consternation. Quand il vit le regard de son frère, ses poings serrés, prêt à agir, son expression s'éclaira. Il avait compris.
- On fait tout péter, confirma Léonardo.
Tina fronça les sourcils devant leur peu d'attention, trop préoccupée par sa propre interprétation de la méchante diabolique. Elle avait fait la même erreur que celle qui avait coûté la vie à Casey : sous-estimer ses adversaires. Mais c'était déjà trop tard. Un déclic retentit, et le plafond explosa.
Donatello :
Ils attendirent que le premier des gardes finisse de répondre à sa radio avant de se jeter sur eux. Aussi facile que de prendre une sucette à un bébé. Les quatre gardes présents sur le toit avaient été dûment assommés, et ils faisaient maintenant une sieste dans l'escalier de secours. Depuis le toit, ils avaient accès à deux trappes de maintenance. Celles-ci donnaient sur des courtes échelles, mais surtout, sur les poutres de maintien des coursives qui fessait le tour du bâtiment. Ils n'avaient pas beaucoup de temps. Il était certain que les Dragons les cherchaient déjà, et il valait mieux qu'ils ne les trouvent pas ici. Rapidement, Donnie plaça la première charge explosive. Il se mordit les lèvres, un peu inquiet, car ses explosifs étaient anciens, il n'avait pas eu le temps ni de les tester ni d'en fabriquer de nouveaux avant de venir. Ils espéraient qu'aucun n'était corrompu. Depuis la trappe, il pouvait voir en dessous ses frères devant Tina. Elle ne leur avait pas encore troué la peau, ce qui était un bon signe. Il arma la bombe et se précipita aussi vite que possible, silencieusement, vers la seconde trappe. De l'autre côté du toit, Michelangelo en faisait de même. Il leur fallut moins de trois minutes pour placer et armer toutes les charges explosives. Donatello tenait fermement en main leur détonateur, il était réglé sur quarante secondes. Il espérait que cela suffirait. Mais s'il donnait plus de temps, il craignait que Tina ait le temps de faire quelque chose d'irréversible. Le timing était serré.
Il fit signe à Mickey, qui lui répondit d'un pouce levé. Tout était prêt. Ils descendirent rapidement et silencieusement. Dans la ruelle, Donnie sentit son cœur se serrer à l'endroit où leur rère était mort un an plus tôt. S'ils réussissaient leur coup, il n'aurait plus jamais à craindre les Dragons, et Casey pourrait reposer en paix. Michelangelo se tenait le bras, caressant du pouce la cicatrice sur son bras. Il hocha la tête.
Donnie enclencha le détonateur et jeta l'appareil dans la poubelle la plus proche. Le bruit métallique attira immédiatement l'attention d'un garde. Donatello prit son bō et assomma le premier homme qui se présenta. Michelangelo, nunchakus à la main, donna un grand coup dans la mâchoire du second, sortant de la ruelle pour rejoindre la rue. Un coup de feu les arrêta net. Donnie sentit son front brûler. Le sang coula jusque dans ses yeux. Une balle venait de l'effleurer, il avait eu chaud. Dans la rue, quatre hommes attendaient, armes en main. Le plus proche hurla à leur intention.
- Bougez plus ! Lâchez vos armes, ou on vous flingue.
Michelangelo fit la grimace, mais les deux mutants lâchèrent leurs armes, levant leurs mains en l'air. Encore trente-deux secondes.
Plus vite ! Les hommes les encerclèrent, et les mutants se laissèrent faire sans rien dire ni faire pour résister. Plus vite ! Heureusement, les gorilles les menèrent par la grande porte ouverte du hangar, Léonardo dos à eux, fixant Raphaël.
Encore vingt-deux secondes. Raphaël, debout, les regardait entrer avec une expression douloureuse. Léo ne lui avait pas transmis le message ? Il ne l'avait pas compris ? Donnie déglutit et se laissa mener vers son frère au bandeau bleu. Encore treize, douze, onze...
Il fixa Léonardo, c'était le moment, il lui donnât le signal ! Il battit des paupières et Léonardo se crispa avant de se tournais de nouveau vers leur frère entravé.
- On fait tout péter, confirma Léonardo.
Deux secondes après, les charges explosèrent.
Léonardo :
Il n'avait qu'une fraction de seconde. La détonation fit lever les yeux des hommes de main. Il en profita pour courir. April, surprise, regarda comme tous les autres le plafond. Dans ce dixième de seconde, Léonardo put constater qu'elle allait bien, seules ses mains étaient couvertes de sang, et il espérait que ce ne soit pas le sien. Léonardo la saisit d'un seul bras. Elle poussa un hoquet surpris quand elle rencontra violemment son torse. Malheureusement, il n'avait pas le temps de faire attention.
- Raph ! Shell formation !
Son frère, qui avait parfaitement compris le message, courait déjà vers lui, rejoint par Michelangelo et Donatello. Le vacarme était terrible, le béton fissuré, les barres de métal qui s'écrasaient au sol, les hommes projetés hors du promontoire s'écrasaient en hurlant. Léonardo, concentré comme jamais, serra la jeune femme contre lui, tandis que ses trois frères les rejoignaient, accroupis en rang serré, formant un bouclier impénétrable de leurs quatre carapaces. Les morceaux de béton tombaient sur eux, et ils grognaient de douleur à chaque impact.
La poussière finit par les entourer comme un brouillard crade. Plus rien ne bougeait. Pendant quelques secondes, on put seulement entendre l'écho de l'explosion et les gémissements des blessés. Au centre de la salle, l'endroit le plus sûr, les frères tortues s'étaient recroquevillés, la journaliste cachée sous eux, à l'abri des chutes de gravats. Heureusement, Donnie était un vrai génie, et comme il l'avait prévu, les deux plateformes s'étaient effondrées alors que le reste du bâtiment tenait bon. Dans leur chute, les plaques de métal avaient fait beaucoup de dégâts dans les effectifs des Dragons Pourpre. Mais ils ne les avaient pas tous mis hors service.
Quelques hommes désorientés pointaient leurs armes vers le plafond, sans se rendre compte que le danger était avec eux. Michelangelo ne perdit pas de temps avant de trancher les liens plastiques qui retenaient son frère. Aussitôt, le mutant se releva et, laissant libre cours à sa violence, se jeta sur un des derniers hommes encore debout. Il fut rapidement suivi par ses deux autres frères. Léonardo était encore figé, gardant contre lui le corps de la journaliste. Il sentait son souffle contre sa nuque, sa chaleur entre ses bras. Elle était vivante, enfin sauvée. Il recula sans la lâcher, pour vérifier qu'elle n'était pas blessée, il découvrit son visage marqué d'incrédulité, ses cheveux en bataille, ses lunettes vert pomme tordues et fissurées.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle, perdue.
- Je te raconterai plus tard ! Il faut que je te sorte de là.
Il se releva sans relâcher la journaliste. De toute manière, il n'avait pas l'intention de la laisser tant qu'il ne l'aurait pas mise en sécurité. Quand il entendit un hoquet. Sous la poussière, entre deux gros morceaux de béton, la cheffe des Dragons Pourpre se releva. Du sang coulait de son front, sa prothèse pendait misérablement contre son bras, fracassée, les sangles avaient lâché. Sa robe pastel dégoûtante était couverte de plâtre, déchirée sur sa cuisse. Ses cheveux noirs étaient devenus blancs à cause de la poussière.
-Pendant un instant, il oublia April, il oublia ses frères... La Dragonne, seule et désarmée, le regardait aussi.
Il relâcha April. Tant de haine, son sang surchauffait, ses paumes le démangeaient. C'était le moment de mettre fin à tout ça, de venger Casey, Arnold, leur père, et de détruire les Dragons. Il porta une main à sa ceinture avant de se rappeler qu'il n'avait plus ses lames. Pas grave, il n'en avait pas besoin. Il fit un pas en avant, mais quelque chose le bloquait, le retenait. Il baissa la tête pour se dégager.
April !
April contre lui le regardait. Ses mains sanguinolentes encore attachées dans son dos. Ses grands yeux bruns fouillaient les siens.
- Tu n'es pas un assassin... murmura-t-elle si doucement que Léonardo crut l'avoir rêvé.
Un assassin. Il lança un nouveau regard à la petite cheffe désœuvrée, qui ne l'avait pas lâché des yeux. Bien qu'en détresse et misérable, ses yeux brillaient d'un éclat féroce, de pure haine. Pourrie jusqu'au fond de son cœur. Elle voulait le tuer. Elle voulait tuer ses frères, tuer April, détruire son monde simplement pour que les Dragons puissent continuer leurs activités empoisonnantes. Elle avait fait tant de mal autour d'elle. Sa mort serait juste, mais il ne pouvait pas la tuer sous les yeux d'April. Parce qu'il était bien et bien un assassin, mais April était persuadée du contraire, et il tenait à ce qu'elle le reste.
Il cessa de regarder Tina, reportant son attention sur April. Ils devaient partir, elle avait besoin de soins, et il ne faisait aucun doute que la police n'allait pas tarder à arriver. Tournant la tête, il chercha des yeux, dans les nuages de poussière, ses trois frères. Il repéra Michelangelo, qui revenait vers lui en souriant. Mais quand son expression se défit.
- Attention Léo ! dit-il en se jetant en avant, désignant du doigt quelque chose devant lui.
La chaleur d'April contre lui disparut. Tina, faisant preuve d'une vitesse insoupçonnée, se releva et saisit la journaliste. De sa seule main valide, elle avait saisi un couteau intégré à sa prothèse et de son autre bras, elle pressa la journaliste contre elle. Maintenant, April avait de nouveaux une lame appuyée contre sa gorge. Tina, aussi coriace qu'un cafard, ne comptait pas tomber seule. Pour faire souffrir Léo, lui faire payer, elle n'hésiterait pas.
- Tu aurais dû m'achever, moqua la mafieuse.
Elle leva son bras. Le mutant se jeta en avant pour stopper son geste, évitant l'inévitable. Suspendue à cet instant, il ne voyait plus que l'éclat de la lame, le filet de sang coulant et tachant le chemisier d'April. La lame commença à s'enfoncer. Puis... plus rien. April tira de toutes ses forces sur ses liens qui finirent par céder. Ceci déstabilisa Tina, qui reçut le coude d'April en plein visage. La jeune journaliste cria de douleur en pressant ses mains sur la plaie de son cou, se jetant en avant contre Léonardo. La cheffe, le nez en sang, trébucha sur un tas de gravats et tomba à la renverse. Michelangelo, qui n'avait pas cessé sa course, la saisit et, sans galanterie, la plaqua au sol. Il jeta un regard à Léonardo tout en maintenant fermement la petite femme qui se débattait comme un démon.
- Qu'est-ce que je fais d'elle ? Demanda-t-il.
Il savait que, s'il le lui demandait, Mickey exécuterait la cheffe des Dragons. Dans la lumière froide de la nuit, la cicatrice sur son bras brillait. On pouvait sentir dans la brutalité avec laquelle il maintenait Tina au sol qu'il était prêt à la tuer sur le champ. Lui aussi la haïssait. Mais jamais Léonardo ne pourrait ordonner à son frère le plus tendre, le plus joyeux, une chose pareille. Il connaissait que trop bien le prix d'une vie ôtée, l'ombre qu'elle projetait sur son propre cœur. Il se promit de tout faire pour que jamais aucun de ses frères n'ait à ressentir ce froid. Il lui fit signe de la tête.
Raphaël et Donatello les rejoignirent, ayant assisté à la scène depuis l'autre bout du hangar. Donatello saisit une corde dans l'une de ses très nombreuses poches et aida Michelangelo à attacher les poignets de Tina. Le nerd serras si fort que la main de Tina virait aux rouge. Les quatre frères observèrent un instant la terrible cheffe réduite à néant dans les ruines de son empire. Tous voulaient sa mort, mais tous retenaient leur coup. C'est là toute la différence entre eux.
April vacilla et s'évanouit dans les bras de Léonardo en poussant un gémissement.
- April!
- Montre moi. Ordonna Donatello.
Tenant le corps inerte d'April contre lui, il laissa son frère appliquer des bandages sur son cou. Le nerd siffla en voyant la main de la jeune femme. Le spectacle était épouvantable, sa paume profondément coupée, ses phalanges tranchées laissant voir le blanc des os.
- Je ne sais pas ce qu'on a fait à ses mains, mais ce n'est pas joli du tout. Il faut l'emmener à l'hôpital le plus vite possible.
Le leader opina du chef, serrant la jeune femme contre lui. Ils prirent la direction de la sortie. Avant de partir, il jeta un dernier regard à Tina qui, furieuse, continuait de se débattre dans la poussière. Sa rage avait disparu, ne lui inspirant plus que du dégoût et de la pitié. Les sirènes de la police se faisaient entendre. Il ne faisait aucun doute qu'elle serait arrêtée. La prison lui tendait les bras. Léonardo se sentit libéré, partant tous ensemble et laissant derrière eux un Dragon mourant.
