Léonardo :
Il n'avait pas pu dormir. Assis sur le toit de l'hôpital, le mutant réfléchissait et s'angoissait. Il n'avait pas de raison de se ronger les sang. April était pris en charge et les humains la soignaient à l'heure actuelle quelque part en dessous de lui. Il était stupide de rester ici, en plein jour. Mais il ne pouvait pas s'éloigner, il guettait anxieusement l'entrée des urgences.
Si des Dragons récalcitrants venaient, décidés à finir le travail ? Il ne pouvait pas la laisser sans défense, seul, loin... surtout il ne voulait pas rester loin d'elle.
Ils étaient passés si près de la catastrophe. Elle aurait pu mourir et il n'aurait rien pu faire... rien n'avait changé depuis Casey. Être ce qu'il était comportait des risques. Si aujourd'hui les Dragons étaient neutralisés, ce n'était que partie remise, d'autres ennemis les mettraient à nouveau en danger... il ne voulait pas qu'April vive sous cette épée de Damoclès. C'était peut-être enfin le moment de lâcher l'affaire... et pourtant, ils restaient sur le toit de cet hôpital. Il voulait être à ses côtés. Il n'avait jamais autant détesté le fait d'être une tortue.
Quand il entendit derrière lui le revêtement du toit grésiller, il se figea avant de se mettre en garde.
- Oh doucement frangin, c'est que moi.
Le mutant se détendit. Derrière lui, Raphaël venait de s'asseoir sur une conduite d'eau. Le leader s'attendait à découvrir Mickey ou Donnie dans son ombre, mais il était seul. Seul et visiblement épuisé. Il portait des bandages autour de son biceps et de ses poignets, son visage contusionné était encore noirci d'hématomes. Heureusement, les mutants sont solides. Donnie avançait même que le mutagène boostait leur défense et leur permettait de cicatriser plus vite. Un mal pour un bien en somme.
Le mutant lui tendit ses ninjatos.
- Je les ai ramassés dans un vieux dépotoir en ruine, je me suis dit qu'ils pourraient être utiles, expliqua narquoisement Raphaël.
Léonardo en fut étonné et heureux. Il croyait qu'il ne reverrait jamais ses armes, il fallait croire que son frère avait plus de jugeote que lui pour effacer leur trace. Il lui lança également une tablette. Il l'attrapa au vol et reconnut la petite machine que bricolait Donatello depuis des mois. Il appuya sur le bouton et elle s'alluma. Il avait finalement réussi à la réparer. Le petit écran afficha un logo de tortue qui cherchait avant de changer, montrant trois petites fenêtres. Dans l'une d'elles : les référencements des lits de l'hôpital, dans une autre un plan détaillé des lieux, et dans la dernière une caméra de surveillance donnant sur la porte ouverte de la chambre 205. April, assise dans son lit, parlait énergiquement avec un homme d'une cinquantaine d'années assis à côté d'elle.
Léonardo aurait pu défaillir de soulagement.
- Wahou, elle te fait vraiment de l'effet, cette fille. Constata Raphaël.
Toujours assis sur sa conduite d'eau, il observait Léo, et le leader devinait sans peine l'expression de soulagement qui devait animer ses propres traits.
- Je comprends, tu sais. Elle a du cran, elle a mis un coup de coude à Tina, quelle femme !
Léonardo rit des propos de son frère, étrangement fier, comme si c'était lui qui avait frappé la dragonne. Ça faisait si longtemps que son frère ne lui avait pas parlé simplement comme maintenant. Tout le passif entre eux était loin d'être réglé, mais c'était une vraie corde que son frère lui lançait. Une chance de rouvrir le dialogue, réparer les choses entre eux. Il as fallu qu'il risque tout de mourir pour pouvoir à nouveau se parler ? Léonardo secoua la tête, amusé.
- Merci Raph. Dit-il en levant la tablette.
Donnie a dit qu'il tenait à ce qu'elle revienne en un seul morceau.
- Il exagère, comme si je cassais tout ce que je touche, plaisanta le mutant.
Il jeta encore un coup d'œil à la caméra de surveillance. Il pouvait apercevoir les bandages autour du cou et des mains de la jeune femme. À quel point était-ce grave ? Avait-elle mal ? Il crevait d'envie de descendre pour aller lui demander. Si seulement elle avait encore son téléphone.
- T'as l'air malade, Léo, constata Raphaël. Tu ferais mieux de rentrer, la laisser tranquille. Elle a déjà vécu un vrai cauchemar à cause de nous.
Raphaël avait raison, mais il ne put s'empêcher de ressentir une pointe de colère. Il ne voulait pas partir. Ce n'était pas la bonne chose à faire, mais il ne tenait pas à prendre cette décision fatale. Il la confiait à April, oui, c'était puéril et déraisonnable, mais il ne voulait pas la quitter. Si elle ne voulait plus de lui, si cette nuit lui avait fait peur au point de renoncer à lui, il l'accepterait. Il aurait le cœur brisé, mais ça serait son choix à elle. L'amour qu'il lui portait nourrissait encore l'espoir qu'elle ne lui en veuille pas, qu'elle désire encore être à ses côtés. Tant qu'il espérait, il ne pouvait pas l'abandonner.
- Non, je ne veux pas rentrer, je préfère rester là.
- Sois raisonnable, Léo.
Le mutant lui sourit, levant un sourcil. Pour une fois, leur rôle était inversé. C'était lui qui faisait n'importe quoi, et Raphaël s'échinait à lui faire reprendre raison.
- Je suis désolé, Raphaël. Je ne peux pas.
- T'es qu'un crétin, tu le sais ?
- Donnie m'a dit la même chose, se rappela Léonardo.
Le mutant secoua la tête comme si son frère était une cause perdue. Il avait sans doute raison. Raphaël fronça les sourcils. Il serra le poing.
- T'es qu'un crétin, mais je ne vaux pas mieux, je suis désolé.
Léonardo était surpris. Mais le mutant au bandeau rouge ne lui laissa pas le temps d'en placer une.
- Pour ce que j'ai dit cette nuit-là, pour m'être fait attraper... et tout le reste.
L'ancien leader était mal à l'aise. Lui-même n'était pas blanc comme neige, et d'une certaine manière, c'était plutôt à lui de demander pardon à son frère. C'était lui qui avait laissé cette situation s'envenimer, qui avait laissé tomber l'équipe, qui avait cessé de parler, qui était responsable de la mort de Casey.
- T'as pas à t'excuser, c'est toi qui avais raison, Raph. Tu n'aurais pas dû avoir à te battre seul. Ça n'arrivera plus.
- Ça veut dire que tu reprends du service ?
Son frère avait désigné son bandeau tout en lui répondant. Léonardo caressa distraitement une des bandes de tissu qui pendaient contre son cou. Il n'était pas sûr d'avoir vraiment regagné le droit de le porter, mais... ça faisait partie de lui. Il espérait en être à nouveau digne. De plus, n'importe quel héros avait besoin d'un masque, et New York avait plus que jamais besoin de ses héros.
- La pause est finie, répondit-il.
- Zut, j'aimais bien le poste de leader, même en intérim. Tu me laisseras encore mener quelques entraînements ?
Il faudra bien, j'ai bien besoin d'une remise en forme.
Raphaël eut un sourire mauvais avant de se relever. Il se dirigea vers le bord du toit, et Léonardo le regarda faire sans bouger.
- Mickey va passer te ramener quelque chose à grignoter. Mais tu devrais m'écouter et rentrer. Ta "April" ne voudra certainement pas d'une dépouille de tortue à moitié morte.
- Peut-être plus tard, Raph, répondit Léonardo.
Raphaël haussa les épaules. Ils savaient très bien que tant qu'April serait dans cet hôpital, son frère ne bougerait pas. Quand il disparut dans un salto, Léonardo se détendit. Il n'avait pas remarqué qu'il était tendu, pourtant il venait de parler sereinement à Raphaël. Le chemin était encore long avant qu'ils ne retrouvent une relation paisible. Sur la tablette, la tortue vit April continuer de parler à cette inconnue. Tant de questions le démangeaient. Bon sang, il allait devoir trouver un moyen de la contacter, et vite.
April :
Il ne l'avait toujours pas contactée. Allongée dans son lit, elle regardait le soleil descendre à l'horizon par la fenêtre. Depuis le deuxième étage, elle voyait le parking et guettait en vain le moindre signe des mutants. Son père s'était absenté pour profiter de la cafétéria de l'hôpital, elle aurait bien aimé se joindre à lui, mais la douleur de sa gorge la forçait à avaler uniquement des aliments liquides pour le moment. Mais cette douleur était moindre en comparaison de celle de ses mains. Apparemment, elle avait réussi à sectionner les tendons de deux doigts de sa main droite dans cette histoire. C'était un vrai miracle qu'elle ait réussi à trancher ses liens avec des doigts dans cet état. Elle était déjà passée sur le billot et les médecins étaient optimistes quant à ses chances de retrouver l'usage de son index et de son majeur droit.
Seulement pour l'instant, ça faisait mal. Mais elle ne regrettait rien. Si elle ne l'avait pas fait, Tina l'aurait égorgée. Elle se rappelait encore l'expression catastrophée de Léo alors qu'elle sentait la lame rentrer dans sa chair. Où était-il ? Allait-il bien ? Etait-il blessé ? Si seulement elle ne s'était pas évanouie. Ils auraient pu convenir d'un signal, n'importe quoi, pour se retrouver.
Le téléphone sur la table de chevet se mit à vibrer. Son père l'avait oublié là ? April précautionneusement se saisit du petit appareil. Ouille, rien que d'attraper le téléphone lui faisait mal. Un numéro inconnu... il allait laisser un message. Le téléphone se tut et April soupira, qu'espérait-elle. Le téléphone sonna de plus belle, vibrant de manière furieuse. La jeune femme soupira et décrocha, c'était peut être urgent.
- Allô...
- « April. »
C'était Léo. La jeune femme se sentit trembler des pieds à la tête, soulagée. Momentanément, sa douleur s'effaça et des larmes glissèrent sur ses joues. Il était bien vivant ! Il continua de lui parler au téléphone.
- « Est-ce que tu vas bien ? Tes mains, ta gorge, ça va ? Ça ne te fait pas trop mal ? »
C'était à elle de poser ces questions, elle s'était tellement inquiétée.
- Je vais bien, croassa-t-elle. Mais toi, Léo, tu n'es pas blessé ? Et tes frères ? Tout le monde s'en est sorti.
- « Oui, on va tous bien, sourit le mutant au téléphone. Je suis désolé, si désolé pour tout ça, April. »
- T'as pas à t'excuser, j'ai été imprudente et par ma faute, je vous ai tous mis en danger. J'ai vraiment foiré sur ce coup-là, pardon, Léo, je m'en veux trop...
Il y eut un silence et la jeune femme craignit qu'il soit en colère contre elle. C'est vrai qu'elle avait été particulièrement irresponsable et imprudente.
- « Je suis sur le toit. Tu crois que tu peux me rejoindre ? »
Il n'eut pas besoin d'en dire plus. Elle raccrocha et sortit du lit. Elle chancela en se levant, il lui fallut quelques secondes pour rétablir son équilibre et empêcher sa tête de tourner, effet secondaire des calmants. Elle attrapa la grande veste de son père pour se couvrir et passa le coin de porte. Il n'y avait personne dans le couloir, aucune infirmière pour l'empêcher de prendre la clef des champs. Prudemment, elle réussit à atteindre l'ascenseur. Ce qui lui permit rapidement d'atteindre le dernier étage. Elle laissa passer une infirmière et une personne en fauteuil avant de s'extraire de la cage, juste à côté d'une porte signalant l'escalier menant au toit, fermée avec un panneau indiquant « réservé au personnel ». April appuya sur le loquet vertical, la porte s'ouvrit. Elle se jeta à l'assaut des marches portée par l'adrénaline qui faisait follement battre son cœur. Elle dut prendre une minute pour reprendre son souffle arrivée en haut des marches. Sa gorge et ses mains lui faisaient mal, mais elle n'hésita pas avant d'ouvrir la porte donnant sur le toit.
Le vent battit les pans de son manteau, il faisait froid, mais April le sentait à peine. Il était là, une tablette à la main, il la regardait. Pendant une seconde, ils se fixèrent sans bouger. Puis, comme mutés par le même mouvement, ils se jetèrent l'un sur l'autre. C'est presque violemment qu'April s'écrasa contre le mutant. Léo la prit contre lui. Elle pleurait à chaudes larmes, elle avait eu si peur. Elle s'accrochait à lui comme à une bouée dans la tempête. La tête dans ses cheveux, lui aussi était ému. Elle l'entendit murmurer tout contre son oreille.
- Ne t'en veux pas, April, c'est à moi que tu devrais en vouloir, si tu ne me connaissais pas, rien de tout cela ne serait arrivé.
Elle secoua la tête.
- Dis pas ça. Dis pas ça. Avec mon job, ça allait bien finir par me tomber dessus, au contraire, j'ai de la chance d'avoir un si valeureux chevalier pour me sauver.
April releva la tête contre son T-shirt, il ne s'était pas changé, il semblait fatigué, l'avait-il veillé sur ce toit tout ce temps ? Aussi proche d'elle qu'il le pouvait sans pour autant entrer dans l'hôpital plein d'humains. Il n'avait même pas la protection de sa capuche pour le dissimuler. Il prenait un gros risque en restant sur ce toit en pleine journée, juste pour elle. Elle tendit une de ses mains bandées vers son visage empli d'inquiétude. Elle suivit du bout de l'annulaire les bords de son bandeau.
- C'est nouveau ça, tes frères en portaient un aussi, c'est pour le style ?
Il pouffa. Elle avait réussi à le faire rire. Elle se sentait à nouveaux bien, en sécurité. Elle prolongea sa caresse prenant son visage en coupe de sa main blessée. Elle appuyait à peine, la chair à vif. Mais elle n'eut pas besoin de plus pour qu'il se penche vers elle et l'embrasse comme elle avait espéré qu'il le fasse. Elle rit à son tour contre ses lèvres.
Léonardo se redressa sans comprendre d'où venait son hilarité. April attrapa une bande de tissus bleu qui s'était glissée contre son cou.
- Sa chatouille.
- Et ça te plaît ? demanda-t-il en arquant un sourcil, soulevant par la même la courbe du bandeau bleu.
April sourit et fit mine de réfléchir.
- Sa te donne l'air d'un super héros, et puis sa fait ressortir le bleu de tes yeux. Dit-elle d'un ton très critique. Ça te va bien. Conclut-elle.
Il rit de plus belle et l'embrassa de nouveaux. April encore faible se sentit défaillir, littéralement. Elle s'affaissa contre lui.
- April ?
- Désolée, c'est les calmants, je vois un peu trouble.
- C'était idiot de te faire venir ici, se disputa Léonardo, tu ferais peut-être mieux de redescendre. Si je suis assez rapide, je pourrais même t'aider...
- Pas la peine, je vais bien. Décréta la journaliste qui vacillait toujours.
Le mutant soupira lourdement devant son mensonge éhonté. Il fini par s'asseoir à même le sol entraînant April avec lui. C'était mieux. Le monde arrêta de tourner autour de la jeune femme, et elle soupira d'aise. Assis sur le toit, ils regardèrent le soleil se coucher sur New York. La vue était imprenable. Un moment hors du temps, bercé par le souffle puissant de Léonardo, entouré par ses bras, comme cette nuit dans son appartement. Elle se sentit complète, heureuse. Elle aurait pu rester comme ça pour toujours.
La tablette de Léonardo émit un bip menaçant, brisant cet instant de pur bonheur. En soupirant, le mutant releva le petit appareille. Entre ses bras, April put voir l'affichage. Elle en fut ébahie, c'était les caméras de sécurité de l'hôpital, et pas n'importe laquelle, celle qui donnait sur sa chambre. Elle en fut un peu outrée, lui avait pu l'observer, savoir qu'elle allait bien, alors qu'elle était restée dans le doute à se ronger les sang. Elle lança un regard noir à Léonardo, qui se gratta la tête pour tenter d'y échapper.
- Désolé, dit-il penaud.
Nouveaux bips. April regarda le petit écran. Les bips signalaient du mouvement, c'était son père qui la cherchait et retournait la petite chambre d'hôpital. Elle se mordit la lèvre.
- Il faut que j'y retourne avant qu'il n'ameute tous les soignants.
A contre cœur, elle s'arracha au bras de son petit ami et se mit sur ces pieds difficilement, soutenue par la tortue. Le vent battait dans ses cheveux, elle dut se battre contre ses mèches pour réussir à accrocher le regard de Léonardo.
- Tu reviens demain ? demanda-t-elle.
Il lui sourit, passa une grande main dans ses cheveux.
- À la tombée de la nuit, sur ce toit.
- Comme au Daily, souffla April dans un sourire.
Il se pencha et l'embrassa tendrement sur le front. April était déjà triste de le quitter. Elle eut froid tout d'un coup, alors qu'il l'aidait à retourner à l'intérieur. Il dut presque la porter dans les escaliers, s'arrêtant devant la porte les séparant du couloir du dernier étage. S'appuyant contre la porte, elle se refusa à la pousser, pas avant d'avoir échangé un dernier baiser avec le mutant. Un baiser un peu désespéré alors qu'ils devaient se séparer. April sentit plus cruellement que jamais la séparation de leurs deux mondes alors qu'elle poussait la porte. La lumière du couloir renvoyait son amour dans les ténèbres. Elle ne se retourna pas, sinon elle n'arriverait pas à se traîner jusqu'à l'ascenseur. Ses mains la faisaient de nouveau souffrir. Une infirmière qui la cherchait visiblement accourut vers elle. April se laissa gentiment entraîner. Il valait mieux qu'elle soit docile si elle voulait réussir à s'éclipser de nouveau le lendemain. Les heures allaient être longues.
April :
En effet, les heures furent longues, et les douleurs considérables. April était bonne pour des séances de rééducation si elle voulait recouvrir toute la dextérité de sa main droite. Pas pratique de taper à l'ordinateur si deux de ses doigts étaient paralysés. Elle accepta la rééducation sans rechigner. Elle fut un peu amusée que les prédictions de Léonardo se révèlent vraies, alors qu'elle annonça à son patron qu'elle était en arrêt maladie pour le temps que ses mains guérissent. À peine embauchée, à peine en arrêt. Enfin, si cela pouvait rassurer ses patrons. April commençait déjà à rédiger dans sa tête un article sur l'ascension et la chute des Dragon Pourpre. Peut-être même ferait-elle une place d'honneur au justicier invisible qui, depuis des années, aidait New York dans l'ombre. Ça promettait de faire un super article.
Le plus compliqué était de convaincre son père de retourner à Cardbourg. Inquiet, il ne voulait pas la laisser. Elle pouvait comprendre. Juste après sa visite, il la retrouva à l'hôpital. Assis sur le lit aseptisé, April faisait des efforts pour rassurer son paternel.
- Papa, je t'assure que je vais bien !
- Ne dis pas de bêtises ! Tu peux à peine parler, et tes mains sont en charpie.
Quand bien même. Elle n'était pas à l'agonie, aucune raison qu'il fasse tout ce chemin jusqu'à New York. De plus, elle détestait lui mentir, bien qu'elle le fasse pour de très bonnes raisons. Sans doute qu'un jour ils en reparleraient. Peut-être même que ce jour-là son secret ne serait plus tant. Était-il possible qu'un jour elle lui présente Léo, qu'elle lui dise qu'il lui avait sauvé la vie, deux fois ; qu'il accepte ce qu'il était pour elle. Rien n'était moins sûr, mais cela ne l'empêchait pas d'y croire.
- Chérie... tu sais que je te fais confiance, mais tu es vraiment sûre que tu t'es fait ça en tombant ?
Pas très original comme excuse, mais plus raisonnable que de lui annoncer qu'une mafieuse cinglée l'avait enlevée, menacée, et presque égorgée.
- Oui, pap, j'ai juste pas eu de chance en tombant sur ces morceaux de bouteille.
Il ne semblait pas dupe, mais il ne dit rien de plus. Elle lui fut reconnaissante de ne pas insister davantage. Il s'agitait en tous sens autour du lit, rassemblant les maigres effets d'April. Elle sortait dans quelques heures. Elle allait enfin regagner son appartement. Peut-être qu'après il serait enfin rassuré. Elle attrapa son nouveau téléphone posé sur sa table de chevet. Le petit smartphone noir ressemblait à n'importe quel téléphone, mais quiconque s'y pencherait un peu verrait qu'il était plus lourd que la plupart des smartphones. Cadeau de Donatello que Léonardo lui avait donné la veille. Dans ce petit appareil, il y avait le numéro de son petit ami et également un taser. Impressionnant n'est-ce pas ? Elle envoya un message à Léonardo.
Message d'« April O'neil » à « Léonardo » :
Je sors aujourd'hui :).
Une minute plus tard, la réponse fusait.
Message de « Léonardo » à « April O'neil » :
Tu veux que l'on se voit ?
Message de « April O'neil » à « Léonardo » :
Ce soir au Middle.
Il mit plus de temps à répondre cette fois.
Message de « Léonardo » à « April O'neil » :
Tu n'as rien contre les surprises, n'est-ce pas ?
La jeune femme intriguée sourit devant son téléphone.
- Tu parles à quelqu'un ?
April sursauta, son père à l'entrée lui tendait sa veste. Il la regardait avec un air vaguement intrigué. La jeune femme rougit et enfouit son téléphone dans sa poche.
- Juste un ami du Daily, ils s'inquiètent pour moi.
- Oh, c'est vrai que Rhett travaille au Daily avec toi. Il va bien ?
Bon sang, de tous ces ex, pourquoi son père se souvenait uniquement de Rhett. Elle ne comprenait pas comment son père pouvait l'apprécier alors qu'il l'avait conspuée tout le temps où ils avaient été ensemble. En tout cas, il avait tiré de mauvaises conclusions, et c'était sans doute mieux ainsi.
- Oui, il m'a dit qu'il me donnerait un coup de main.
Stricte vérité, bien qu'elle omît de lui dire qu'elle avait refusé tout sec sa proposition. Son père hocha la tête, l'air approbateur. Il lui tendit de plus belle sa veste et l'aida à l'enfiler. April se retint de soupirer, elle aurait très bien pu la mettre seule.
Léonardo :
Elle était déjà là quand il atteignit le parc. Tranquillement assise sur le banc, elle observait le vieux jeu pour enfants. Les bandes blanches qui entouraient sa gorge et ses mains captaient la lumière, mais elle semblait détendue. Il était allé la voir tous les jours à l'hôpital, et chaque jour, il s'en était voulu de ne pas pouvoir rester à ses côtés.
Elle l'entendit et tourna la tête vers lui. Ses lunettes vertes renvoyaient la lumière, ses cheveux frisés en une corolle fauve autour de ses joues rosies par le froid. Magnifique. Il n'y avait aucune trace de rancune ou de douleur dans ses yeux. Chaque jour, elle l'accueillait avec bonheur et ravissement. C'en était presque trop. Il n'avait pas le droit d'être aussi heureux, c'était sans doute un effet secondaire d'être passé si près de la tombe. Elle se leva et l'accueillit d'un baiser. C'était si bon, si précieux. Elle se mit à regarder un peu partout, curieuse.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Ben, je cherche la surprise, répondit-elle en continuant à fouiller des yeux les alentours.
Le mutant sourit.
- Bien tenté, mais ta surprise est ailleurs. Il lui tendit galamment son bras. On part en balade.
April sourit, prenant un air de grande dame, elle passa son bras sous le sien. Pour la première fois, ils quittèrent ce parc ensemble. La jeune femme se laissa guider.
- Alors, c'est quoi cette surprise ? Interrogea-t-elle. Est-ce que j'ai une chance de deviner ?
- Oui, tu peux sans doute deviner. Mais ce serait dommage, non ?
Elle se mordit la lèvre, se taisant pendant quelques minutes avant de revenir à l'assaut, incapable de résister.
- Est-ce que je vais l'apprécier ?
- Aucune idée, oui... je suppose, répondit-il honnêtement. En tout cas, j'espère que oui.
Elle eut l'air un peu inquiète. Ses yeux devinrent vagues, et elle se prit le menton d'une main. Elle réfléchissait. Le mutant la guidait silencieusement dans les rues sombres et sales de New York. D'habitude, il se serait arrêté sur cette saleté apparente, mais ce soir il ne le remarqua même pas, concentré sur sa compagne.
- Est-ce qu'ils vont m'apprécier ? S'inquiéta-t-elle.
Bien entendu, elle avait deviné.
- J'en suis certain.
Elle resserra son bras autour du sien et frissonna. Elle semblait tendue à présent. Léonardo ne voulait pas qu'elle se sente mal.
- Je te promets que je les ai bien nourris et qu'aucun d'eux ne mord.
Elle pouffa. Quand enfin ils s'arrêtèrent, April regarda tout autour sans comprendre. Léonardo à ses côtés sentit aussi le poids du lieu peser sur ses épaules. Il n'était jamais venu ici avant. Il regarda les hautes grilles du cimetière. En fer forgé, elles étaient naturellement verrouillées pour la nuit. Heureusement, le mur attenant n'était pas bien haut. Il tendit son autre bras à April.
- Si mademoiselle veut bien.
- On va escalader la grille d'un cimetière, résuma-t-elle dubitative.
- Enfin, toi, tu vas t'accrocher à moi, et je vais escalader le muret qui nous sépare du cimetière, rectifia Léonardo avec bonhomie.
- Oh, en effet, ça me semble tout à fait normal et logique.
Léonardo sourit et tendit de nouveau les bras. Après une hésitation, la jeune femme se mordit la lèvre et monta sur le dos de Léonardo. Certes, la surface était lisse, mais sa carapace donnait une bonne prise sur laquelle April pouvait s'accrocher, même à travers son pull. D'autant plus qu'il la retenait des deux côtés. Aussi précautionneusement que possible, il sauta sur une benne à côté d'eux, puis prit appui sur le mur pour passer par-dessus et atterrir dans le cimetière. April hoqueta à la réception et gémit plaintivement.
- Là, je crois que tu viens de rajouter un bleu à ma collection.
- Désolé.
Elle se laissa glisser du dos de la tortue et lui fit une grimace.
- Pas grave, un de plus ou de moins, peu importe.
La journaliste avisa le cimetière plongé dans l'ombre. Léonardo à ses côtés sentit aussi l'énergie froide et tranquille qui se dégageait de l'alignement de stèles disparates. Le cimetière était grand, mais au milieu des tombes, un point de lumière brillait. April déglutit douloureusement à côté de lui. Il passa un bras rassurant autour de ses épaules.
- Tu tiens toujours à les rencontrer ? tu n'y es pas obligée.
- Tu aurais dû me dire ça avant qu'on entre illégalement dans un cimetière, dit-elle en souriant un peu nerveusement. Allons-y.
Passant de nouveau son bras sous le sien, Léonardo l'entraîna dans l'allée, cernée de tombes inconnues dont les noms leur étaient étrangers. Rapidement, la lumière laissa apparaître sa famille. Ils étaient tous là. Raphaël à côté de Michelangelo. Donatello soutenant leur père. Il avait tenu lui aussi à venir.
Entre eux : Casey.
Le jeune homme avait été inhumé aux frais de la ville, à côté de son père. Sa stèle, simple bloc de granit gravé, ne mentionnait que son nom et ses dates. À ses côtés, la tombe de son père était tout aussi sobre. Enfin, toute la famille était réunie. April entra dans la lumière et, avec curiosité, sourit à tous ces êtres étranges qui composaient sa famille. Les yeux brillants. Léonardo n'en fut que plus ému. Splinter s'avança le premier face à la jeune femme. Celle-ci le contempla avec un étonnement ravi. Le vieux rat lui rendit son regard et se fendit d'un sourire.
- Bienvenue dans notre famille, April O'neil.
