Disclaimer: Naruto ne m'appartient pas.


Les Treize Ans


Treize ans n'étaient certes pas un âge facile.

Et encore moins pour un père avec une fille en pleine crise d'adolescence.

Pourtant, Hiashi pensait s'en être bien sorti jusqu'ici. Il n'était peut-être pas toujours des plus patients. Peut-être pas non plus des plus compréhensibles. Et sur certains points, encore moins des plus stricts, mais il se disait jusqu'aujourd'hui fier de lui et de ses compétences dans son rôle de papa.

Bien sûr, les choses auraient pu être bien différentes sans sa douce femme et mère de ses deux filles. Peut-être aurait-il même jeté l'éponge à plusieurs reprises. Peut-être serait-il devenu le portrait craché de son père défunt, cruel et rempli de rancœurs. Enfin, il ne voulait pas penser à une telle possibilité !

Mais aujourd'hui, il se voyait confronté à une dur réalité, notamment celle de sa fille qui grandissait de jour en jour et bien trop vite à son goût. À son grand constat, Hiashi réalisa ne simplement pas être suffisamment armé pour faire face à toutes ces nouvelles batailles, bien trop récurrentes ces derniers temps, entre lui et Hinata.

Surtout qu'il était hors de question qu'il s'écarte de son point de vue, sur ce coup-là. "Le débat est clos, Hinata." Cette fois-ci, même les yeux doux de sa fille qui le faisait toujours désister, n'en serait pas capable.

"Pourquoi veux-tu me punir de la sorte, papa ? Que t'ai-je fait pour que tu me détestes tant ?" Il aurait dû lui faire prendre des cours de théâtre lorsqu'il y avait songé la première fois ! C'était ridicule, ce comportement !

"Va dans ta chambre, tout de suite !" leva-t-il la voix, lassé de ses excentricités insensées. "Et je ne veux plus te revoir de toute l'après-midi." Et c'est ainsi qu'Hinata se retourna, disparaissant hors de la vue de son père, sans jamais regarder après elle.

Que Dieu lui donne de la force ! pria-t-il, se rasseyant à son bureau, un mal de tête se préparant déjà.

Hinata, de son côté, ne pouvait pas croire que son père pouvait être si insensible face aux sentiments de sa fille bienaimée ! Ne réalisait-il pas qu'elle mourrait par tant de peine de cœur ?

Elle tomba sur son lit, les larmes enfin prenant possession sur l'entièreté de son corps qui tremblait de peur à l'image d'une vie sans Naruto. Il allait l'abandonner, la quitter pour une vie loin de Konoha et ainsi, loin d'elle.

Comment pouvait-elle être heureuse si elle ne pouvait plus voir le visage de la seule personne qui faisait palpiter son cœur ?

Hinata savait que pour qu'il devienne un homme aussi respectable que son père, Naruto devait partir. Afin qu'il puisse prouver être aussi déterminé et capable que tous les hommes de sa famille, mais bon Dieu, il n'avait pas besoin de lui prouver quoi que ce soit, car Hinata le savait déjà !

Et si les autres pouvaient tout simplement la croire, des innocents n'en seraient pas aujourd'hui victimes, comme elle l'était dans cette situation actuellement…

À cet instant-même, elle maudissait tous les adultes qui avait encouragé le départ de son précieux ami.

Des jours et des jours passèrent, et Hinata ne semblait venir à la raison. Elle ne sortait plus que pour faire sa toilette et de manger un chétif bout de pain avant de se renfermer dans ses lieux où elle passait le restant de ses journées.

Ce n'était pas un comportement digne d'une Demoiselle, pensa Ino qui était venu rendre visite à la famille Hyūga aujourd'hui et qui ne tolèrerait certainement pas ce comportement de sa disciple.

La blonde remercia Kō de l'avoir accompagnée jusqu'à la chambre de la petite Mademoiselle, puis n'hésita pas d'entrer après avoir toqué à la porte afin d'annoncer son entrée.

Elle retrouva Hinata dans son fauteuil en train de feuilleter un bouquin dont elle ne semblait pas éprise. Le sommeil paraissait lui avoir échappé ces derniers jours au vu des cernes sous ses yeux. Ses cheveux n'étaient pas non plus des plus coiffés. Ino aimait bien la voir avec un joli flot orner sa chevelure soyeuse comme à son habitude.

Au moins, elle ne portait pas une robe de chambre ! pensa Ino. Elle pouvait travailler avec cela. Tout ne semblait pas encore perdu.

Le regard de la bleutée ne s'était pas levé sur elle, entièrement immergée dans ses tristes pensées. "Je constate qu'on ne se fait même plus saluer proprement ici."

Et enfin, il semblait qu'Hinata remarqua sa présence. "À vrai dire, je me demandais où est-ce que tu étais passée. Ce n'est pas dans tes habitudes de ne pas accueillir une vieille amie."

Et sur ces mots, Hinata se leva pour se jeter dans les bras de la blonde. "Oh, Mademoiselle Ino, si seulement tu savais…"

C'est alors qu'elle lui conta de son malheur, de son père qui ne voulait pas la laisser partir avec son amoureux et que maintenant, elle ne voyait plus la lumière du jour, ne sachant plus à quel saint se vouer. "Je ne parle plus qu'à Dieu ces temps-ci, le priant de m'épargner. Lui demandant pardon si, par malheur, je l'aurais contrarié. Le questionnant si cela devait en être ma punition. Mais, il ne semble vouloir m'écouter…" Puis elle pleura comme si sa vie était sur le point de prendre fin.

Ino en avait le cœur fendu en deux. Cet amour qu'Hinata proclamait ne semblait plus aussi innocent que tout le monde le croyait. Elle aussi avait été son âge, il n'y a pas encore si longtemps que cela. Hinata aimait Naruto, l'admirait certes aussi, mais elle l'aimait surtout comme une femme aimait un homme– c'est-à-dire à en mourir.

Et bien qu'elle voulût croire en un conte de fées et en une fin heureuse pour tout le monde, Ino refusait lui donner espoir concernant un amour peu probable, car c'en était son devoir. Elle avait vu Hinata grandir, avait appris à l'aimer comme une sœur et ne se le pardonnerait jamais si elle contribuait à cette désillusion en la nourrissant de mots vides de sens.

Ino en voulait à Naruto de jouer inconsciemment avec les sentiments de la jeune Hinata. Elle pouvait comprendre qu'il ne voulait pas lui faire de mal en la confrontant à la vérité, car qui blesserait volontairement une fleur aussi délicate qu'Hinata l'était ? Il fallait être rempli d'inclémence pour seulement y songer !

Le départ du blond était entièrement valide et Ino dut même admettre– grandement respectable. Il exécutait ce qui était attendu de lui, c'est-à dire– faire prospérer la gloire de sa famille. Ce qu'elle ne tolérait pas était son cœur vilain.

La blonde connaissait Naruto bien plus qu'on ne pouvait le croire. Elle l'avait vu, avec son charme et sa beauté, briser l'illusion du grand amour d'une douzaine de Demoiselles qui ne demandaient qu'à être réciproquées. Comment il les avait convoitées, feignant retourner leurs affections pour finalement les laisser ramasser leur doux cœur déchiré à la petite cuillère.

Naruto n'était pas le seul. Tous ses amis étaient de la même trempe. Commençant par Sasuke qui ne semblait avoir une once de regret face à tous les dégâts qu'il avait pu infliger à ses admiratrices. Ou bien encore Neji qui jouait avec le cœur de son amie Tenten, depuis maintenant bien des années.

Mais comment faire comprendre maintenant à Hinata que Naruto ne l'aimait pas ? Ou du moins, que ses sentiments amoureux n'étaient pas partagés et ne le seront certainement jamais.

La petite Hinata de huit, dix ou encore treize ans s'était construite une image du Namikaze qui rivalisait à celle d'un Dieu. Dans sa tête, le blond ne pourrait faire de mal à une mouche. Il était parfait, sans ne serait-ce qu'un défaut. Et bien qu'à son âge cet amour semblait mignon, d'autant plus encouragé par son entourage, Ino savait qu'un jour, Hinata viendrait à regretter sa naïveté enfantine.

Elle le savait pertinemment au vu d'une propre expérience, qui miroitait parfaitement celle de sa disciple.

Mais Ino ne dit rien, la bouche cousue, déchirée entre son devoir et sa conscience.

Et elle s'en voulait puisque, dans ce cas, elle ne valait pas mieux que Naruto, alors qu'elle savait mieux que qui que ce soit que le cœur d'une femme était un précieux diamant avec lequel on ne jouait pas.

Du temps, c'est ce qu'elle donnerait à Hinata. Peut-être, dans le futur, le jour viendrait enfin où Naruto montrerait sa véritable face et qu'Hinata réaliserait cela.

Et Ino espérait du plus profond de son cœur que ce jour serait bientôt.

ooo

"Et tu m'écriras, promis ?" Le moment des aurevoirs était enfin venu et Hinata s'était promise de ne pas verser de larmes afin de rendre la tâche plus facile à Naruto. De toute manière, elle croyait bien qu'il y en n'avait plus dans son corps, tellement elle avait pleuré son annonce.

Le blond s'était pris toute son après-midi pour faire ses adieux à la famille Hyūga, et plus précisément à Hinata, car il savait qu'elle en serait la plus touchée.

"Tu ne me crois jamais quand je te promets quelque chose…" dit-il d'un ton quelque peu ennuyé. L'avait-elle contrarié ? Le jeune homme de vingt ans feuilletait le livre qui était posé sur la petite table de chevet, allongé tout peinard sur la longue chaise qui se trouvait dans ses lieux.

Elle voulait mémoriser cette image afin de la rejouer dans sa tête à chaque fois qu'il lui manquerait.

Toutefois, il avait raison. C'était de plus en plus difficile de croire en ses promesses, car il ne les tenait pas.

"Donc tu ne m'écriras pas ?" demanda-t-elle de sa petite voix et cela lui fit lever les yeux de ce qu'il tenait entre les mains.

"De toute évidence, je t'écrirai, mais tu n'as pas le droit de m'en vouloir si je prends plus de temps." Oui, mais que voulait-il dire par plus de temps ? Quelques jours, quelques semaines, quelques mois ? Cela pouvait dire tout et n'importe quoi ! "Tu sais que ce n'est pas mon fort." Ça, elle le savait et c'est pour cette raison même qu'elle le lui avait demandé, car sinon, il n'y aurait même pas songé.

"Mais pour moi, tu le ferais, non ?" Pour elle, il ferait tout, disait-il si souvent. Qu'il ne pouvait rien refuser à sa précieuse amie…

"Hinata…" soupira-t-il, reposant ainsi le bouquin sur la petite table pour lui regarder sévèrement dans les yeux.

Elle ne savait que dire de plus. Il paraissait changé, ces dernières semaines. Plus irritable et moins patient avec elle. Comme si elle lui avait fait quelque chose, mais qu'il ne confrontait pas.

"Tu ne m'aimes plus ?" demanda-t-elle maintenant en un murmure, entièrement paniquée par cette possibilité. S'il ne l'aimait plus, était-ce la raison pour laquelle il partait si loin ? Car ainsi, ce serait plus facile de ne pas la blesser ?

"Pourquoi dis-tu une chose pareille ?" Elle déglutit, se rappelant qu'elle s'était promise de ne pas pleurer. Mais c'était tellement difficile quand il la regardait ainsi. Elle ne pouvait même pas dire de quelle manière– comme un cocktail de déception et de dégoût.

Il ne l'aimait plus. Elle en était sûre maintenant. Pourquoi aurait-il sinon déviait l'attention de sa question ? Sans jamais y répondre.

Alors, elle se retourna, ne voulant qu'il voie son désarroi, tâchant à se distraire en leur servant une tasse de thé, les mains tremblantes et la vue troublée par les larmes qui souhaitaient tomber.

Il partirait maintenant. Pourquoi rester si elle l'ennuyait tant ? Il paraissait vouloir être partout, mais ici.

"Hinata," l'appela-t-il, mais elle ne pouvait pas lui faire face. Puis encore. Et encore. Mais elle refusait le regarder. Elle en était tout à fait incapable. Elle avait honte. Honte de se comporter comme une enfant. Horrifiée même. Horrifiée par la possibilité de s'être humiliée une fois de plus devant lui.

Elle ne remarqua pas quand des longs doigts prirent possession de son menton pour lever son regard vers le sien azur. Et n'était certainement pas prête à y retrouver un mélange de douceur et de pitié inscrit.

Mais elle ne versa pas ces larmes. Resta ferme à les retenir. À se montrer adulte face à cette situation. "Pourquoi pleures-tu encore ?" demanda-t-il doucement. Était-ce ce qu'il pensait ? Qu'elle pleurait trop ?

Je ne pleure pas, lui répondit-elle alors en un souffle, les lèvres tremblantes. Mais la larme ne tomba pas et elle en était quelque peu fière.

Il continua à la fixer de son regard ferme, cherchant une réponse dans le sien vitreux, puis d'un soupir, il la relâcha et se rallongea une fois de plus sur la chaise longue tout en fixant le lustre qui pendait du plafond.

De longues secondes passèrent sans que personne ne dise ce qui lui était vraiment sur le cœur. Un silence pesant qu'elle ne pouvait briser, bien trop émotionnelle à cet instant et évidemment, bien trop timide.

Il l'oublierait, là où il partirait, elle le savait. Ne perdrait pas une pensée sur elle. Vivrait sa vie pleinement, comme Monsieur Minato l'avait fait, et retournerait des années plus tard, marié à une princesse, et ils auraient des enfants ensemble, aussi beaux que lui l'était. Cette femme vivrait le conte de fées qu'Hinata s'était imaginée avec lui.

"À quoi penses-tu pour faire cette mine ?" brisa-t-il enfin le silence et Hinata ne put que hausser des épaules, ne souhaitant, pour une fois, faire part de ce qui lui passait par la tête. Le prononcer à haute voix ne renforcerait que la triste réalité de ce probable scénario.

Elle ne pouvait octroyer son regard de lui, se posant la question de savoir ce qui se passait dans sa tête à lui. À quoi pensait-il ? Qu'est-ce qui s'était produit pour le pousser à prendre une telle décision ? Qui était, de plus, si abrupte, à ses yeux.

Et pourtant, Hinata avait été si persuadée qu'il ne la quitterait jamais. Qu'il ne lui ferait jamais mal, volontairement.

Ainsi, elle vint à la conclusion que Naruto voulait la punir pour quelque chose qu'elle lui avait fait.

"Tu ne veux pas me le dire ?" poussa-t-il, et à nouveau, elle resta muette, secouant simplement de la tête.

"Tu m'en veux ?" Terriblement, voulait-elle crier. Elle ne méritait pas une chose pareille. Quoi qu'elle aurait pu faire pour le contrarier, la punir de la sorte était bien trop cruelle.

Non, répondit-elle toutefois d'une petite voix. Elle ne voudrait pas lui faire mauvaise conscience.

"Maintenant, je sais que tu mens," rit-il à sa réponse. "Viens ici et arrête de te faire toute une tête, princesse. Je t'écrirai, je te le promets, d'accord ?" Et c'est ainsi qu'il lui avait transformé une fois de plus un sourire au visage. Elle avança vers lui et s'assit par terre, non pas sur son fauteuil afin d'être plus proche de lui. Elle voulait sauter sur lui, le prendre dans ses bras cependant, elle était trop vieille pour cela. Trop jeune pour qu'il lui fasse la cour, mais trop vieille pour qu'un câlin soit considéré approprié.

Que c'était ridicule ! pensa-t-elle puisque Naruto était avant tout son précieux ami et le restera à jamais. Donc, elle fit ce qu'elle voulait le plus au monde avant qu'il ne parte et se jeta dans ses bras comme elle l'avait toujours fait. Elle l'aimait et il lui manquerait et c'était la moindre des choses qu'il pouvait lui donner.

Elle le sentit se raidir sous elle avant que son corps ne se détende, puis la serra fort dans ses bras. Il passa une main dans ses cheveux courts et déposa un tendre baiser sur sa tête.

Je t'aime, Naruto, ne pouvait-elle s'empêcher de lui rappeler et il ne répondit que par un petit je sais rempli d'émotions, la serrant qu'encore plus dans son étreinte.

Et c'est ainsi qu'ils restèrent dans leur petit cocon jusqu'à ce qu'il fût temps de faire leurs adieux déchirants.

Il lui manquerait chaque heure de la journée, chaque minute de l'heure et chaque seconde de la minute. Pas un jour ne passerait sans qu'elle penserait à lui, espérant qu'il revienne vite à ses côtés.

"Et reviens-moi vite. Promis ?"

Mais il ne lui avait jamais répondu. Ne lui avait jamais rien promis.


Les Quatorze Ans


23 juillet 1845

Mon plus cher ami,

Que tu me manques ! Jamais je n'aurais pu m'imaginer que ton départ me serait si difficile. J'ai bien l'impression de mourir d'ennui, ici, sans toi.

Quoi qu'il en soit, il faut que je te raconte ce qui m'est arrivée hier ! Je t'avais raconté que Fumi et moi n'étions plus ami pour diverses raisons, notamment parce qu'elle me jalouse apparemment (ce ne sont pas mes mots, mais ceux de toi et Neji, si je me rappelle bien !).

Enfin, je ne m'étais toujours pas remise de la fin de notre courte, mais intense amitié, cependant ma douce maman m'a obligée de l'accompagner chez les Kuro et donc, comme la bonne fille que je suis, je me suis pliée à sa demande (Non pas qu'il me restait grand choix sous les yeux sévères de Natsu!).

Arrivées à leur demeure, je me prépare déjà mentalement à faire face à Fumi qui ne devait certainement pas se réjouir de me revoir après cet 'incident' curieux d'il y a deux ans.

Cependant, je me suis dit avoir mûri depuis tout ce temps et j'ai décidé de déployer le drapeau blanc afin de mettre nos différends de côté. Évidemment, ce n'était pas mince affaire au vu de la mine de Fumi à mon arrivée, qui porte d'ailleurs à ce jour sa chevelure en un élégant carré qui lui donne dix ans de plus, si tu demandes mon humble avis.

Donc, nous nous asseyons tous à table sur la terrasse dont la vue mène sur un splendide jardin fleuri et je me dis que, bien que les bonjours furent froids, il n'y a pas de raisons pour rester fâchées.

Oh ! Quelle grande erreur Naruto, car quand je sirotai mon thé dans le plus grand des calmes, je ne remarquai pas qu'un petit ver-de-terre s'était faufilé dans ma boisson et le cri que je poussai était un des plus stridents que Konoha ait pu entendre.

Ma tasse de thé tomba à sol et alors trois longs vers brûlés par la température de l'eau se trouvaient par terre à se battre pour leurs vies !

Madame Kuro s'est évidemment tout de suite excusée auprès de ma mère qui ne fixait qu'avec des grands yeux horrifiés la scène.

Ces excuses étaient dues à moi, semble-t-il, non ? C'est ce que je me suis dit donc au lieu de me comporter comme la petite fille douce que vous connaissez tous, j'ai décidé de ne pas laisser cet incident passer.

C'est ainsi, après m'avoir reprise de cet immense choque, de donner une fois pour toutes une bonne leçon à Fumi qui était restée spectatrice silencieuse jusqu'à là.

Ni une ni deux, je pris alors mon courage à deux mains et ramassai les trois vers. J'en étais quelque peu dégoûtée, faut-il que j'admette, mais la colère qui avait pris le dessus sur moi m'empêchait de réfléchir clair à cet instant.

Ce qui suivit n'était pas digne d'une gentille Demoiselle de notre société, certes, mais tu en serais fier de moi, crois-le-moi.

Donc, sans attendre, j'avançai vers Fumi qui elle se faisait gronder par sa mère, qui elle se faisait fusiller des yeux par ma mère, et l'attention loin de moi, je décidai que les trois vers innocents seraient un parfait accessoire dans la grande bouche de mon ancienne amie.

Il fallut attendre simplement le moment précis lorsqu'elle ouvrirait sa bouche pour protester les accusations de sa mère et bim, la voilà avec son goûter !

Elle ne m'a pas remerciée, autant je peux te dire.

Dix minutes plus tard, maman et moi nous retrouvions dans la calèche et pas un mot fut échangé.

Ce silence me fit quelque peu peur, mais je me suis assurée que c'était une légitime défense.

Le soir, ma petite maman s'assit sur le pied de mon lit, restant muette pendant de longues minutes, me faisant transpirer à grosses gouttes la punition qui m'attendrait, mais ce qu'elle dit après me restera à jamais en souvenir.

Elle se tourna vers moi, son visage dénué d'expression, puis un grand sourire aussi espiègle que celui d'Hanabi marqua ses fins traits et elle murmura dans le plus grand des calmes– 'je leur ai aussi laissé une surprise'.

Et puis elle me baisa le front et sortit sans dire un mot de plus, me laissant depuis hier avec toute sorte de scénarios possibles en tête.

Maintenant, je sais de qui Hanabi a hérité son talent de vengeance.

Enfin, j'écris, j'écris et je ne te demande même pas comment tu te portes ! Je veux tout savoir, jusqu'aux plus petits détails.

As-tu trouvé la boutique de bizarreries de Monsieur Huso? Si oui, j'espère que tu m'as apporté quelque chose de bien étrange !

Tu me manques tellement, j'ai l'impression de mourir d'ennui sans toi.

Je t'aime Naruto,

Ton amoureuse, Hinata.

PS : Madame est Chiyo est morte avant-hier dans son sommeil. Elle et ses friandises resteront à jamais dans nos pensées. Que son âme repose en paix.

ooo

2 janvier 1846

Mon précieux ami,

Six mois maintenant que tu nous aies quittés, et avec toi le beau temps. Il ne fait plus que neiger ces temps-ci. Toutefois, ce ne sont pas les grands et magnifiques flocons qui couvrent nos forêts, mais cette neige qui se transforme en pluie dès qu'elle se pose sur nos terres.

Serait-ce à cause de ton absence ? Je le crains bien. Les journées semblent interminables sans toi, comme si la nuit ne voulait jamais tomber pour pouvoir me réfugier dans mes rêves.

Pourtant, je ne peux pas t'en vouloir, car ce départ en est ton devoir.

Et c'est ainsi donc que je préfère te faire part des bonnes choses, celles qui me font sourire et me font oublier, ne seraient-ce quelques secondes ton absence.

Noël sans toi était triste, et mon anniversaire d'autant plus. Mais Nouvel An était incroyable, faut-il que j'admette, parce que Mademoiselle Ino avait embauché quelqu'un pour les feux d'artifices magiques. Tu as bien raté quelque chose, ce jour-là !

Mademoiselle Shion semble être éprise par mon plus grand ennemi. À l'anniversaire de ce dernier, Mademoiselle faisait part des nombreux invités. Et comme tu le sais si bien, je n'ai malheureusement pas pu me lier d'amitié avec celle-ci, par le passé, ce qui reste regrettable. Mais comment pourrais-je après les vices qu'elles m'aient infligés ?

Quoi qu'il en soit, je ne suis certes pas rancunière, et donc, lorsque je la vis pleurer, seule, je ne pouvais simplement pas me retourner et ignorer la détresse d'une de nos sœurs.

Une longue discussion plus tard, et je compris finalement son mauvais comportement par le passé envers ma personne, et il faut que j'admette que j'en étais bien surprise. Autant, je voudrais te faire part de cette discussion, je ne trahirai pas ma parole. Enfin, j'espère que tu pourras comprendre.

Et puis, il y avait cet incident avec Hanabi, mais j'insiste sur mon innocence, car je n'en étais qu'une pauvre victime du destin. Cette petite fille déteste vraiment le mot 'non', mais il est difficile de lui refuser quoi que ce soit. Elle s'était mise en tête de monter le nouvel étalon de notre oncle pour lequel il avait payé une petite fortune. Il s'appelle Anis et il est d'une splendeur que je ne pourrais d'écrire en mots.

Mais il est jeune et n'en fait à l'instant qu'à sa tête et notre oncle nous a fait part des difficultés qu'il avait rencontrées à le dresser.

Comme tu peux te l'imaginer maintenant, Hanabi, croyant qu'elle peut parler aux animaux, était décidée que si Oncle Hisashi n'en était pas capable, qu'elle pourrait faire de cet étalon un cheval prestigieux.

Je ne m'exprimerai pas davantage sur ce sujet. Tout ce que je dirai est que cela a très mal terminé.

Enfin, j'espère que tu te portes bien, que tu manges bien et que tu ne travailles pas trop durement. Il te faut récupérer assez si tu souhaites réussir tes objectifs.

Tu me manques terriblement et je souhaite que tu me reviennes vite. Konoha n'est pas pareil sans ton sourire et ta joie de vivre.

Je t'aime,

Ta précieuse amie, Hinata.

ooo

13 mai, 1846

Mon bien-aimé Naruto,

Que tu me manques dans ces temps si difficiles. Où es-tu à l'instant pour être disposé de m'écrire ? Ta dernière lettre date d'il y a trois mois, mais cela me paraît comme une petite éternité sans avoir eu de tes nouvelles.

Quand rentreras-tu ? Je ne suis pas la seule à me poser la question, d'ailleurs. Chaque jour sans ton rire et ton sourire me donne envie de partir te chercher pour te ramener ici chez nous. Mais imagine simplement quel chagrin je ferai subir à mes parents qui ne seront certainement pas heureux d'entendre de mon absence.

Le seul qui semblerait soulagé serait probablement Neji qui se lève tous les matins avec un mal de crâne à l'idée que je le bombarderai avec mes questions de ton lieu de séjour et bien-être.

Veux-tu bien sauver ton ami de longue date de cette détresse, car je ne pourrai m'empêcher de demander de tes nouvelles.

Pour ma part, rien d'extraordinaire s'est produit ces derniers temps. Je suis toujours encore mes cours à la lettre, bien que Madame Misaki semble de plus en plus exaspérante, jour pour jour. Mais que ne faut-il pas faire pour devenir une grande Dame dans le futur ?

J'ai trouvé une nouvelle passion dans le tricot, si cela peut t'intéresser, et bien que je n'excelle pas encore dans cet art, mes petits doigts se sont mis à fabriquer une écharpe pour l'hiver. En espérant qu'elle sera prête pour les jours froids.

Bien évidemment, Toneri s'est grandement moqué de mon œuvre et a insisté sur le fait que mon écharpe pourra être utilisée pour sécher la vaisselle.

Que je le déteste par moment ! Il ne semble vouloir me laisser tranquille et je ne comprends tout simplement pas pourquoi ! Je pensais pourtant bien lui avoir fait comprendre ne pas être intéressée par ces disputes qu'il provoque à tous les coups… Il a eu quinze ans, au mois de janvier, et il se comporte toujours encore comme s'il en avait huit.

Et dire que j'en ai 14 ans encore et que je suis déjà bien plus mature…

Enfin, il reste un garçon, après tout, du moins c'est ce que j'essaye de me dire pour ne pas devoir le dépeindre comme un démon.

Ta réponse se fait attendre, et bien que je ne veuille te stresser avec mes demandes insistantes, je te prierai de simplement me donner un signe de vie pour que je puisse être sûre que tu te portes bien, là où tu es.

J'espère aussi que tu n'as pas trouvé une princesse à marier, car il n'y en a qu'une destinée pour toi et elle attend à la maison (ce n'est pas Sakura puisqu'elle n'est pas une princesse !).

Je t'aime toujours encore autant qu'à ton départ, si ce n'est plus,

Ta Hinata.

ooo

2 juin 1947

Naruto,

Six mois que je n'ai plus reçu de tes nouvelles et plus le temps passe, plus je me pose la question de savoir si tu ne serais pas fâché sur moi. Si cela serait le cas, je pris de bien vouloir me dire pourquoi pour qu'ainsi je puisse m'excuser comme il se le doit. Je n'avais jamais l'intention de te contrarier.

Ce n'est pas pour te punir, mais je pense que cela sera la dernière lettre que je posterai. Mon cœur ne supporte tout simplement plus ce silence auquel tu me subjugues.

Ce n'est pas non plus pour te donner mauvaise conscience, je t'assure. Je respecte tes choix, et si cela est ta décision, ainsi soit-il, même si cela me fait mal. La vie que tu mènes est une sorte d'aventure et je ne veux pas être la personne qui t'empêches de la vivre entièrement.

Je ne sais où tu te trouves à cet instant-même, ni comment tu vas, ni si tu retourneras un jour, mais je t'attendrai jusqu'à ce que tu reviennes et à ton retour, je t'offrirai toutes les lettres qui se seront accumulées sur mon secrétaire au fil du temps, si tu voudras bien les accepter.

Un dernier au revoir pour mon précieux ami,

Hinata

PS : Sache que mon amour pour toi reste fort et que rien ne le changera.


Les Quinze Ans


Naruto était de retour.

Pourtant, ce n'était pas pour une nouvelle joyeuse qu'il avait fait tout ce chemin vers Konoha, mais pour les funérailles de son parrain décédé.

C'était un jour bien noir et le tonnerre qui régnait sur le ciel reflétait le torrent d'émotion que cette nouvelle avait déclenché.

Hinata en avait le cœur brisé pour lui en apercevant son visage dur et le vide remplir ses yeux si vivant habituellement.

Des simples mots de condoléances furent leur seul échange ce jour-là.

ooo

Il n'avait pas quitté leur ville depuis. Cela faisait maintenant plus de deux mois et demi et il semblait qu'il était là pour rester.

Elle ne l'avait pas revu depuis, mais Neji lui promettait qu'il se portait bien.

C'est tout ce qui comptait pour Hinata.

ooo

"Elle est prête," annonça Madame Misaki un soir, alors qu'elle venait tout juste finir une de leurs leçons hebdomadaires.

"Vous voulez dire…" Sa mère qui s'était jointe à elles se leva de son siège, une main surprise sur sa bouche. Hinata ne put que l'observer, ne sachant pas de quoi il était sujet.

"Elle a l'âge pour… Enfin, si vous demandez mon humble avis. Elle maîtrise l'art à la lettre."

"Ne serait-il pas trop tôt pour…" Sa douce maman vint à elle, prenant les mains de sa fille dans les siennes, son regard bien trop ému pour dissimuler la peur qui prenait place sur son visage resté jeune.

"Elle a quinze ans," expliqua son instructrice comme si c'était une évidence.

Et finalement, Hinata comprit de quoi il était question.

Le bal des débutantes.

Son pire cauchemar.

ooo

"Monsieur Ōtsutsuki est venu vous rendre visite, Mademoiselle." Cette nouvelle était quelque peu inattendue et cependant pas tant que cela au vu de la récurrence de ses arrivées surprises au cours de cette dernière année.

Et quelque peu décevant puisqu'il n'y avait qu'une personne qu'elle souhaitait voir s'inviter chez elle.

"Dites-lui que je suis disposée d'une toux." Hinata n'était pas d'humeur à rentrer dans une énième chamaillerie avec Toneri. Trop de choses la tourmentaient depuis ces dernières semaines pour en rajouter une à la liste.

"Votre père l'a déjà invité à prendre place dans le salon." Évidemment que son père ferait une telle bêtise !

Mais qu'il en soit ainsi.

Alors, elle soupira avant de suivre la servante vers là où l'attendait l'Ōtsutsuki, une tasse de thé déjà en main.

"Je vois que tu t'es mis à l'aise, Toneri," lança-t-elle pour annoncer son entrée. Ce dernier leva alors la tête, feignant la surprise, puis l'invita à prendre place sur le fauteuil en face de lui.

Seul Toneri aurait l'audace de faire une chose pareille, évidemment.

"Je vois que tu es réveillée."

"Naturellement que je suis réveillée. As-tu vu l'heure ?" Pour qui la prenait-il ? Hinata ne put s'empêcher d'en rouler des yeux et cela ne passa pas inaperçu aux yeux attentifs de Toneri qui en paraissait amusé.

"Assieds-toi avant de comploter une fois de plus ma déchéance. J'ai des nouvelles qui pourraient t'intéresser."

Voulait-il encore une fois lui faire part de ses exploits qui n'en était pas ? Tel qu'il ait gagné son dernier tournoi ? Elle s'en moquait bel et bien. Et puis, concernant sa déchéance, ce fut quelque chose qui restait jour et nuit sur sa liste de chose à accomplir. Donc, elle ne dit rien, fixant l'horloge qui montra que seulement deux minutes étaient passées depuis son arrivée.

"N'es-tu pas curieuse ?" Elle croisa alors son regard froid et lui montra ce qu'elle pensait de ses nouvelles.

Rien.

Puisqu'elle n'y était pas intéressée.

Puis de longues secondes passèrent sans que l'un ou l'autre ne prononce ne serait-ce qu'un mot, Hinata paraissant tout à fait lassée et Toneri mijotant une fois de plus un coup contre elle, supposa-t-elle.

"Tu m'ennuies," dit-elle à la fin.

"Je t'ennuierai moins si tu mettais simplement ton égo de côté pour quelques secondes et me demandais pourquoi je me trouve ici." Il n'avait aucune raison d'être ici, pour commencer. Il s'était invité chez elle comme si elle et lui étaient des amis de longues dates, alors qu'ils étaient plutôt des ennemis jurés, n'ayant absolument rien à se raconter.

"Pourquoi es-tu donc ici ?" Si cela le ferait faire demi-tour, alors elle demanderait !

"Les Yamanaka organisent comme chaque année leur fameuse soirée déguisée." Jusqu'à là, il ne lui avait rien dit qu'elle ne savait pas déjà. Évidemment qu'Hinata y était invitée puisque c'était Mademoiselle Ino en personne qui se chargerait cette fois-ci des festivités. De plus, Hinata de ses doux quinze ans avait l'âge pour fréquenter ce genre de soirée.

Son invitation reposait soigneusement sur sa table de chevet, avec son nom écrit à la main. S'il croyait lui apprendre quelque chose par cette nouvelle, Toneri s'était bien trompé.

"Je peux m'imaginer que Mademoiselle Ino te l'a déjà remise." Tout à fait. Alors, elle hocha de la tête, restant toujours sur ses gardes de ce qui pouvait sortir de sa bouche.

"Tu as aussi certainement entendu dire qu'un concours serait organisé pour les meilleurs costumes de la soirée et c'est pour cette raison-même que…"

"Non," le coupa-t-elle sans hésitation. Jamais au grand jamais !

"Tu ne m'as même pas laissé finir ce que je voulais dire !" exclama-t-il tout en se levant du canapé et Hinata détourna son visage, le menton levé et les bras croisés au-dessus de la poitrine.

"Non, non, non et non."

"Mais Hinata!"

"Enfin, Toneri, que crois-tu ?" C'était ridicule !

"Ce que je crois ? Mais imagine simplement la tête que les gens feront lorsqu'ils nous verront…"

"Ils riront de nous, c'est ce que tu veux dire !"

"Comment pourrais-tu croire cela ? Nous ferons la parfaite paire !"

"Plutôt me couper le petit orteil que défiler en binôme avec toi, Toneri." Puis elle soupira, s'imaginant le même scénario, mais avec un grand blond au bras. Ce serait une tout autre histoire.

"Que tu peux être difficile, Hinata!" Colère et vexation marquèrent son visage faussement angélique, puis deux doigts pincèrent l'arrête de son nez comme s'il était désespéré avec son comportement capricieux.

"Tu n'as qu'à demander à une de tes grandes admiratrices. Elles seront certainement ravies de défiler à tes côtés." Mais Hinata ne le souhaitait pas.

"Mais aucune de ses filles est toi…" dit-il comme si c'était une évidence et Hinata se sentit légèrement rougir à ses mots. Il était clair que Toneri ne parlait plus que pour la convaincre, à ce point. Un vrai filou, si vous demandiez Hinata!

"Quel beau-parleur !" Mais elle était quelque peu intriguée par son idée, fallait-il qu'elle admette.

"Qu'avais-tu en tête ?" demanda-t-elle alors, sans jamais le daigner d'un regard. Il suffisait qu'elle l'aperçoive du coin de l'œil sourire maintenant comme s'il l'avait déjà dans sa poche. Hinata lui briserait ses rêves tôt ou tard.

"Je savais que tu viendrais à la raison !" Quel idiot ! C'était exactement pour cela qu'Hinata ne pouvait se le voir en peinture. Il était tellement odieux par moment ! "Que penses-tu de la mythologie grecque ?"

"Est-ce ta nouvelle passion de la semaine ?" rit-elle, n'essayant même pas de cacher son amusement.

"Sois un peu sérieuse, pour une fois ! Ne veux-tu donc pas gagner ce concours ? Avec ou sans moi ?" Maintenant, il avait titillé sa curiosité. Elle n'était pas une grande compétitrice, mais lorsqu'il était sujet de battre Toneri quelque part et de lui effacer son sourire narquois du visage, Hinata ne refusait jamais un défi.

"Si tu faisais peut-être un peu plus attention au cours de Monsieur Okiwa, tu saurais que la mythologie grecque est un sujet des plus passionnants."

"Instruis-moi donc." Et c'est ainsi qu'elle lui décocha un de ses fameux sourires qui charmaient la terre entière.

À l'exception d'Hinata.

"Je n'ai ni le temps ni la patience de te faire découvrir tout un monde mythique. Je te demanderai alors de bien vouloir faire tes propres recherches. Évidemment, je serai là pour répondre à toutes les questions que ton petit cerveau ne pourrait résoudre par soi-même." Tellement imbu de sa personne ! Hinata ne pouvait que le fusiller de son regard glacial.

"Enfin bref, je dois rentrer maintenant. Je reviendrai au cours de la semaine prochaine pour que nous puissions en rediscuter." Toneri appela un des servants qui lui apporta son manteau et ses gants, puis les enfila avant de retourner son attention vers elle. "Heureux de savoir que nous sommes d'accord, pour une fois."

"Qui dit que j'ai accepté quoi que ce soit ? Je fais toujours encore ce que je veux."

"C'est ce que tu crois," dit-il bien trop sûr de lui, prenant sa petite main dans les siennes, y déposant un baiser avec ses lèvres baveuses qu'Hinata savait était fait exprès.

"Que je te déteste, Toneri," couina-t-elle tout en essuyant sa main mouillée sur le canapé.

"Le sentiment est réciproque, Mademoiselle," cria-t-il après lui tout en disparaissant par la porte, son rire résonnant dans toute la demeure.

Quelques secondes plus tard, Hiashi entra dans le salon après avoir remercié Toneri pour sa visite qui venait tout juste le passer. Le gamin avait l'air en bonne forme. C'était un bon garçon, ne serait-ce un peu épris par sa propre personne.

Le sourire aux lèvres, le père voulut voir comment sa fille qu'il n'avait pas revue depuis le petit-déjeuner se porta.

Il semblait qu'aujourd'hui il ne faisait que des faux-pas. Tout d'abord, sa plus jeune fille lui en voulait de lui avoir interdit de faire une promenade avec les cochons. Hanabi avait ainsi argumenter qu'ils n'étaient pas si différents des chevaux et qu'eux aussi avaient un droit d'être traités comme des êtres vivants avec des sentiments.

Ce qui n'était pas un point ridicule, mais enfin, il n'allait pas infliger un tel fardeau à Kō. Le pauvre servant avait déjà assez sur son assiette avec la petite tempête qu'était sa cadette. Donc la réponse était évidente – non.

Ce qu'il n'avait pas calculé était qu'Hanabi n'aimait pas ce mot. Le détester encore plus que les légumes dans son assiette.

Il ne restait à Hiashi qu'une chose à faire, c'est-à-dire chercher l'aide en sa femme qui elle demeurait silencieuse tout au long de cette discussion insensée, arborant un petit sourire malicieux aux lèvres.

Hitomi, dis quelque chose ! la pria-t-il, mais celle-ci ne répondit que par un simple 'Pourquoi pas ?'.

Et bien parce qu'un cochon n'est pas un cheval ! Enfin, avait-elle perdu la tête, elle aussi ?! C'était pourtant tout à fait logique.

Non, c'est non, Hanabi ! dit-il à la fin, voyant que sa femme ne viendrait pas à son aide comme à son habitude. Qu'avait-elle aujourd'hui ? Alors Hiashi osa poser la question sans compter que sa femme en avait des choses sur le cœur.

Il faut que tu apprennes à prendre des responsabilités. Comme la lettre de remerciement aux Sabaku que tu devais écrire et que tu n'as finalement jamais fait !

Hiashi n'aurait jamais dû demander.

"Tout va bien, pépette?" Il trouverait du réconfort chez sa plus grande, se rassura-t-il, elle qui avait toujours une oreille pour son papounet.

"Tout ça, c'est ta faute," cria Hinata avant de filer par la porte, le laissant ainsi bouche-bée.

Mais qu'avait-il fait pour se mettre toutes ses filles à dos ?

Les femmes Hyūga n'étaient vraiment pas des plus faciles.

ooo

"Est-il présent ce soir ?" Kō la regarda, un gentil sourire tout aussi désolant sur son visage. Que voulait-ce dire ?

"Il l'est." Mais il lui cachait quelque chose. Quelque chose qu'Hinata n'était pas censée savoir. Pourquoi sinon devrait-il sinon lui annoncer cette nouvelle comme si la dernière heure de quelqu'un venait de sonner ?

"Accompagné de Mademoiselle Sakura," rajouta-t-il alors sous le regard questionnant de Mademoiselle.

"De Mademoiselle Sakura ?" souffla-t-elle, surprise.

Donc pendant tout ce temps, Hinata pensait qu'il n'avait besoin que de temps pour se remettre du décès de son parrain, de pleurer sa mort avec sa famille en paix, et Naruto était en train de se rapprocher de la rose ?

Il avait donc eu le temps de l'inviter ce soir, mais n'avait pas eu le temps de lui répondre à sa lettre de vœux de condoléances ?

Il l'avait certainement 'perdue' avec toutes les autres qu'elle lui avait envoyées au fil des années et auxquelles ils n'avaient jamais répondu. Deux ans de lettres hebdomadaires et pas une seule en guise de réponse.

"Je vois." Hinata déglutit à l'image qui se formait dans sa tête de la rose et du blond, au bras de l'un et l'autre, mais aussi à la trahison qu'elle pouvait ressentir à cet instant.

Elle le lui pardonnerait comme elle le faisait à chaque fois, se disait-elle. Peut-être avait-il eu ses raisons, qui sait ? Peut-être que Mademoiselle Sakura avait pris l'initiative de rester à ses côtés pendant ces moments difficiles et c'était ainsi sa manière de la remercier.

Hinata aurait voulu faire pareil. Aurait voulu être un soutien émotionnel pour le blond.

Mais elle avait pensé qu'il avait besoin de temps pour lui. Pour se reconstruire et d'établir une nouvelle vie à Konoha.

Elle s'était bien trompée.

Alors, le menton levé et la posture droite, elle décida de ne plus se cacher dans sa chambre afin de saluer les invités qui seraient présents ce soir pour l'anniversaire de sa maman.

La boule au ventre, elle descendit les escaliers où elle tomba nez à nez avec Neji qui l'attendait déjà impatiemment. "Pourquoi faut-il toujours t'attendre ?" Elle n'avait pas d'excuse préparée pour échapper au serment de son cousin. Bien évidemment, elle pourrait lui faire part de la simple vérité, mais Hinata cherchait à passer une bonne soirée, du moins elle le prétendrait, et ce ne serait pas le cas si elle se mettait à conter de ses tourments.

"Une Dame se fait attendre," répondit-elle alors simplement et le passa sans jamais regarder derrière elle. Elle pouvait l'entendre marmonner qu'elle était bien loin d'en être une, mais Hinata l'ignora.

Le cœur palpitant à l'idée d'être une fois de plus réuni avec Naruto après tant d'années séparées, la bleutée balaya le jardin du regard où une cinquantaine de personnes semblait se plaire aux festivités.

Et là-bas, sous le saule pleureur, pouvait-elle observer son précieux ami, un verre de vin en main, l'autre appuyée contre l'arbre.

Sans grande surprise, Mademoiselle Sakura était à ses côtés et ils semblaient plus proches que jamais.

Tout son corps se figea à cette vue, et un court instant, Hinata ne put que les regarder rire ensemble, tout à fait ignorants à ce qui se passait autour d'eux.

C'est alors que Naruto leva son regard azur et croisa le sien comme s'il avait senti les yeux opalescents de Mademoiselle poser sur lui. Surprise marqua ses traits et il ne semblait plus écouter ce que Mademoiselle Sakura lui dit. Puis, il leva son verre avant de reprendre sa conversation.

Hinata avait rêvé d'embrasses, et d'yeux remplis de larmes et de 'tu m'as tellement manqué' murmurés. Mais rien de tout cela n'avait été le cas. Un sourire, c'est ce qu'elle avait reçu, un des plus banals. Un qu'il aurait pu offrir à toute autre personne qui croisait son chemin.

Pas un sourire comme elle les avait connus il y a encore deux ans.

Était-ce tout ce qu'elle aurait de lui ? Ne viendrait-il pas la saluer ? La prendre dans ses bras pour enfin lui dire à quel point il était heureux de la retrouver après tant d'années ?

"Mademoiselle Hinata?" Une main hésitante se posa sur son épaule, mais elle ne semblait y prêter guère attention. "Tout va bien ?" demanda Kō, mais elle ne put y répondre, figée sur place par la scène.