Bonjour à tous,

Nouveau chapitre, ça y est ! Un mois et demi (presque, j'ai raté le coche pour publier le jour de mon anniversaire !), cadence raisonnable. Qui va probablement aller en s'étirant, mais bon. La bonne nouvelle, c'est que j'ai déjà décidé du point du vue du prochain chapitre et que les éléments que je veux mettre dedans sont à peu près définis dans ma tête. La mauvaise, c'est qu'il n'y a toujours aucune ligne d'écrite u.u

Vous savez, l'alternance de points de vue est intéressante à manier et je ne regrette pas mon choix, mais je dois faire attention à l'enchaînement des événements. Chose que je n'avais pas vraiment prévu quand j'ai décidé d'alterner les chapitres entre le Genèse et les disparus. Il y a tellement plus de personnes sur le Genèse, il y a beaucoup plus d'opportunités pour raconter des choses variées ! J'espère réussir à développer la planète mystérieuse de façon suffisamment intéressante pour contrebalancer ce déséquilibre...

Sur ce, bonne lecture.


Chapitre 10 :

Nouveaux Horizons

Lorsque le jour se « leva » - la luminosité n'était pas tellement plus forte dans la journée, avec les plantes phosphorescentes de la nuit - Mei se sentit indiciblement soulagée de pouvoir aller réveiller Micro-Ice. Pourtant, elle n'avait aucune vraie raison de se sentir mieux. Ils étaient toujours coincés elle ne savait où quelque part dans Zaelion, ils avaient toujours un groupe d'enfants à protéger sur les bras et ils avaient toujours un prédateur prêt à leur déchiqueter le ventre en train de roder non loin de leur campement. La défenseure retint un frisson d'angoisse. Peut-être que ce qui la soulageait, c'était de ne plus être la seule à guetter son approche. De ne plus être celle sur qui reposait le fait de donner l'alerte.

Cela dit, en découvrant les deux cratères sous les yeux de Micro-Ice, elle supposa qu'elle n'avait pas été la seule à guetter pendant bien longtemps.

« Hey.

- Hey. Rien à signaler ?

- Rien. Pas même de fringales matinales de la part de Sharky, jusqu'à preuve du contraire. »

Son camarade eut un pauvre sourire, bien loin de son habituelle expression enjouée. L'un comme l'autre, ils avaient de plus en plus de mal à donner le change. D'autant que la fin de journée de la veille n'avait rien fait pour les aider.

Après avoir découvert le cadavre sanguinolant, ils avaient rapidement ramené tout le monde au camp, délaissant une partie des collets non encore relevés. Aucun des enfants ne l'avait fait remarquer, cependant, et aucun ne s'était fait prier pour s'éloigner au plus vite de cette vision angoissante. Olukine et Sylphe avaient bien clamé haut et fort qu'il n'y avait rien d'effrayant dans une « charogne à moitié pourrie », mais leur pâleur signalait assez bien leur propre frayeur et personne ne s'était laissé aller à répondre à leur provocation idiote. Une boule dans le ventre, ils s'étaient resserrés sous leur abri et avaient essayé de dormir, sans chercher à savoir si la journée était suffisamment avancée pour aller se coucher. Tout ce qu'ils avaient accompli jusque-là, découvrir la forêt, trouver de l'eau, construire un abri, déterminer ce qu'ils pouvaient manger, toutes ces petites victoires avaient été balayées par la terreur de savoir qu'un prédateur chassait non loin d'eux. Micro-Ice avait bien essayé de détendre l'atmosphère en faisant remarquer qu'une créature qui se nourrissait de la proie chassée par quelqu'un d'autre était probablement trop peureuse pour s'attaquer à leur groupe, mais sa propre angoisse l'empêchait de mettre suffisamment de conviction dans ses paroles et il avait fini par totalement abandonner, pour laisser les enfants dormir. Quant à savoir s'ils avaient plus réussi qu'eux, Mei en doutait. Cependant, une nouvelle journée commençait et ils ne pouvaient pas se permettre de baisser les bras.

Déjà perturbée par les souvenirs récents, Mei pressa rapidement l'épaule de Micro-Ice en passant devant lui, avec la vague idée de signaler à leurs pupilles qu'ils pouvaient se lever. Cependant, le petit brun saisit son poignet fin entre ses doigts pour la retenir. Intriguée, elle se retourna vers lui, et sentit un élan d'angoisse lui lacérer le ventre lorsqu'elle découvrit ses yeux emplis de terreur.

« Mei, murmura-t-il, la voix tremblante. Qu'est-ce qu'on va faire ? »

Elle se mordit la lèvre. Elle avait peur de fondre en larmes, si elle relâchait sa vigilance et, en même temps, elle aurait tant aimé pouvoir pleurer.

« Je ne sais pas, souffla-t-elle. En parler tous ensemble, je suppose. Quitter cet endroit, suivre la rivière, s'éloigner du terrain de chasse… Je ne sais pas, Micro-Ice. J'en sais rien. »

Le petit brun baissa la tête. Ses épaules s'affaissèrent, mais il relâcha la prise sur son poignet pour aller lui prendre la main. Sous le regard inquiet de Mei, il renifla, mais inspira ensuite profondément avant de lui adresser le sourire pâle en passe de devenir sa nouvelle expression de base.

« Désolé. C'est… un peu dur, ce matin. Mais je suis toujours avec toi. Promis. »

Sans réfléchir, Mei se jeta dans ses bras. Contrairement à lui, elle eut besoin de plusieurs respirations avant d'enfin réussir à résorber ses sanglots, mais lorsqu'elle se recula enfin, elle sentait un peu mieux.

« Moi aussi je suis avec toi. Promis. »

Le sourire qu'elle lui tira avait déjà un peu plus d'éclat, mais il s'évanouit bien vite tandis que les enfants sortaient un à un de l'abri derrière eux. Comme ils l'avaient fait la veille, les Snowkids répartirent les provisions qu'ils jugeaient adéquates pour leur tenir lieu de petit déjeuner et, contre toute attente, Sharky choisit de lui-même un nouveau fruit à tester. Leur découverte macabre semblait avoir douché son besoin d'attention constant.

Ils commencèrent de manger en silence. Peut-être parce que les enfants sentaient que leurs encadrants étaient complètement dépassés par les événements. Mei s'attendait à moitié à ce que Olukine et Sylphe manifestent encore leur opposition à l'autorité, en clamant haut et fort qu'ils étaient tous des trouillards, ou quelque chose comme ça, mais ils se tinrent tranquilles, au même titre que tous les autres. Peut-être encore une fois parce qu'ils sentaient que ce n'était pas un jeu, que la situation n'avait rien de drôle, et que cette fois-ci, croire le contraire serait dangereux. Ils mâchèrent donc leurs fruits un à un, en silence, jusqu'à ce que Mei décide de rompre le statu quo.

« Inutile de tourner autour du pot plus longtemps, déclara-t-elle d'une voix plus ferme que ce qu'elle avait osé espérer. Vous avez tous vu ce qui s'est passé hier, vous savez que nous sommes en danger.

- Comme si on le savait pas déjà, » grogna Sylphe.

Ce fut Eolius, qui lui donna un bon gros coup de coude dans les côtes, sans rien dire. Le binoclard lui jeta un regard scandalisé, mais constatant qu'il n'avait le soutien de personne, pas même des adultes qui venaient de voir le coup, il s'abstint de relever.

« En effet, nous étions déjà en danger avant, lui concéda Mei, sans s'arrêter sur ce qui venait de se produire. Nous sommes contraints de survivre en pleine nature avec nos faibles connaissances, et nous avions déjà constaté la présence d'animaux hostiles. »

Elle vit quelques petits corps frissonner, au souvenir des chenilles géantes qui les avaient attaqués dans le désert azuré.

« Mais nous avions semé ces animaux hostiles et nous nous débrouillons pour l'instant assez bien pour survivre en pleine nature. Or, la présence d'un prédateur si proche de nous est un nouveau danger qui doit nous inciter à réagir. »

Des regards inquiets s'échangèrent de tous côtés.

« Nous n'avons pas ce qu'il faut pour nous protéger, ici, reprit-elle. Je n'ai aucun moyen de savoir si c'est la bonne réaction à avoir, mais je vous propose d'empaqueter ce qu'on peut et de changer d'endroit. Avec les pièges, nous avons indiqué notre présence trop près du camp, alors je pense qu'on devrait s'éloigner. Après, je suis prête à vous écouter si vous êtes d'un avis différent. »

Tout d'abord, il n'y eut pas de réponses. Notamment pas de réponse de Kaal, que Mei aurait vraiment aimer prendre à parti, mais le garçon regardait ses pieds sans rien dire et lui mettre la responsabilité du choix sur les épaules aurait été aussi stupide que cruel. Espérant qu'elle n'aurait pas à statuer seule, Mei vit avec soulagement Micro-Ice ouvrir la bouche, mais ce fut finalement Sonja qui reprit la parole la première :

« Mais si on s'en va, qu'est-ce qu'on va faire pour la cabane ? demanda-t-elle de sa petite voix aiguë. Et pour les fruits ?

- Pfff, les fruits y en aura ailleurs, hein, » se moqua Olukine, en levant les yeux au ciel.

Micro-Ice le fusilla du regard et il se ratatina sur place.

« Pour la cabane, reprit Mei, je pense qu'on pourra transporter le toit de feuilles. Mais comme le dit si aimablement Olukine, la forêt s'étend sur une distance confortable, on devrait pouvoir trouver des fruits ailleurs, et le bois pour construire une nouvelle cabane ne manquera pas. Pour ce qui est de l'eau, je vous propose de remonter la rivière, pour être sûrs de ne pas la perdre. »

Des acquiescements peu convaincus s'élevèrent doucement. Peut-être que la menace était encore trop abstraite pour que les enfants ressentent le besoin de se déplacer. Ou peut-être qu'ils se disaient que construire une muraille autour de la cabane aurait été du temps mieux utilisé. Mei ne connaissait pas la réponse. Peut-être que des prédateurs se trouvaient partout sur cette planète étrange, après tout. Cependant, elle doutait qu'ils auraient été capables de construire une défense efficace.

« Très bien, dit finalement Micro-Ice, avec un sourire tellement rassurant qu'elle aurait pu le croire sincère. On n'a plus qu'à tout préparer pour bouger, alors ! »

Malgré le manque de conviction dans leur action, tout le monde mit la main à la tâche sans tarder. Tandis qu'une partie du groupe démontait la cabane pour récupérer les éléments transportables, comme le toit de feuilles qu'ils avaient longuement tressées ou les semblants de cordes qu'ils avaient improvisé en nouant des tiges souples, un autre groupe tâchait de fabriquer des baluchons avec les plus grandes feuilles qu'ils avaient pu trouver, pour tout de même emporter quelques fruits. Lorsqu'ils se sentirent prêts à partir, Mei estimait que midi était passé depuis une heure environ.

Elle faillit demander si personne n'avait rien oublié et se retint de justesse. À l'emplacement de leur campement ne restait plus désormais que les vestiges du feu qu'ils n'avaient jamais réussi à allumer. Vu le peu d'affaires qu'ils avaient sur eux au moment de l'incident, il n'y avait rien à oublier. Étouffant un soupir, elle se mit en marche en direction de la rivière, alors que Micro-Ice fermait leur petit convoi. Une fois l'eau en vue, elle obliqua pour en remonter le cours, un peu arbitrairement, avec la vague impression que suivre le courant les ramènerait à la falaise dont ils avaient sauté, à peine quelques jours plus tôt.

La forêt défilait autour d'eux, plutôt belle avec ses immenses arbres écarlates. Malheureusement, depuis la découverte de la proie éventrée, les feuillages rouges avaient pris une connotation morbide et menaçante, évoquant une pluie de sang qui menacerait de les submerger. Mei serra les dents. Ils s'en sortaient bien, pourtant. Pas de blessés, pas d'empoisonnés, personne en train de paniquer à cause de l'isolement… Pourquoi avait-il fallu que ce monde inconnu soit peuplé de créatures dangereuses ? La situation n'était pas déjà assez éprouvante comme ça ?

La mort dans l'âme, elle escalada tant bien que mal une courte pente striée d'épaisses racines et, enfin en terrain plat, se retourna pour vérifier l'avancée des enfants. Ils étaient sportifs, au moins, ils tenaient bien la cadence, mais elle avait pu se rendre compte qu'elle et Micro-Ice avait tendance à surestimer leurs capacités. En effet, à l'instant présent, elle avait légèrement trop creusé l'écart. Elle corrigea ça en aidant chacun d'entre eux à terminer la montée – tout du moins, ceux qui acceptait son aide. Lorsque ce fut le tour de Sonja, la rouquine lui offrit un grand sourire rayonnant pour la remercier. Croiser son regard indigo ne fit que torturer la jeune femme.

Elle évitait autant que possible d'y penser, mais au-delà de leur situation, elle était constamment terrifiée par l'idée que les autres avaient pu avoir un problème encore plus grave. Peut-être qu'ils avaient été transportés dans un lieu encore plus hostile, qu'ils étaient arrivés sur la même planète qu'eux, juste devant des prédateurs, ou encore que le dysfonctionnement de l'holotraineur les avait directement blessés. Ou pire.

Elle refoula ses larmes avec difficulté. Sinedd allait bien. Les autres aussi. En tout cas, elle devait pour l'instant s'en convaincre. Le cœur au bord des lèvres, elle répondit au sourire de Sonja et reporta son attention sur la pente, avec l'espoir que Micro-Ice était le dernier à manquer et qu'un échec à paraître sûre d'elle n'aurait pas de conséquence trop grave.

Il restait Sharky. Un baluchon de fruits sur l'épaule, il ahanait à n'en plus finir, un filet de bave au coin des lèvres, sa pupille tremblotant curieusement dans son œil énorme.

Si Mei était tout à fait honnête avec elle-même, elle devait bien reconnaître qu'elle avait sérieusement envisagé de le laisser batailler pour finir sa courte ascension. Malgré tout, et en dépit du dégoût que lui inspirait le soi-disant journaliste, elle se fit violence pour lui tendre la main et l'aider à finir sa montée. Son regard empli de reconnaissance la fit tressaillir, mais pas autant que la petite voix qu'il utilisa pour la remercier. Elle aurait dû lui répondre un banal « pas de quoi » et passer son chemin, voire passer son chemin tout court, mais la tête penaude du journaliste était si incongrue qu'elle en resta sans voix.

Elle finit par se rendre compte qu'elle bloquait le chemin. Micro-Ice patientait, intrigué, en bas de la pente, et attendait de toute évidence qu'elle se décale. Elle s'empressa de tourner les talons, autant pour s'éloigner de Sharky que pour retourner à son rôle de guide de la courte file indienne.

« M… Mei ! Attendez ! »

Aussi surprise que contrariée, elle entendit le journaliste haleter derrière elle, courant sans doute pour se maintenir à son niveau.

« Quoi ? réagit-elle sèchement, en passant devant les enfants sans ralentir. Vous allez encore vous plaindre que je ne suis pas assez aimable ?

- N… Non, je… »

Mei fut bien obliger de prendre un rythme plus lent lorsqu'elle se retrouva en tête de file. Elle pinça les lèvres quand Sharky atteignit sa hauteur et reprit péniblement son souffle. Elle n'avait pas la moindre envie de discuter avec lui. D'autant qu'elle pensait lui avoir suffisamment bien fait comprendre qu'elle le détestait.

« Je suis… J'ai… J'ai ramassé des nouveaux fruits sur le bord de la route. Enfin, je les avais testés avant, ils sont comestibles. Vous en voulez un ? »

La défenseure le dévisagea d'un œil peu amène et le cyclope sembla rétrécir sous son regard.

« Vous me faites quoi là ? attaqua-t-elle, acide.

- Non, je… enfin… Je me disais qu'on pourrait… repartir d'un bon pied… bafouilla le journaliste.

- Quoi, vous pensez que sous prétexte qu'on est en galère ensemble, je vais passer sur tous les coups fourrés que vous avez fait par le passé ? Comptez pas dessus. Sinedd a peut-être renoncé à vous poursuivre en justice, mais en ce qui me concerne, les charognes comme vous devraient pas s'en sortir aussi facilement, alors arrêtez de croire que ça sert à quelque chose de m'adresser la parole. »

Mei continua de marcher en regardant droit devant elle et en espérant que Sharky la laisserait tranquille. Lorsqu'elle se résigna à tourner légèrement la tête, elle constata qu'il ne suivait plus son allure. Vaguement soulagée, elle se tourna encore un peu. Elle avait accéléré sans s'en rendre compte et les enfants s'étaient visiblement sentis obligés de se presser aussi. Kaal avait pris la tête, peut-être parce qu'il était plus grand que les autres, ou peut-être parce qu'il essayait de se mettre à l'écart.

Le petit xénon lui semblait étonnamment éteint, depuis la veille. Quelque chose disait à Mei que ce n'était pas uniquement pour surveiller les cailloux sur le chemin, qu'il fixait ses pieds. Il avait envie d'être seul, c'était flagrant. La jeune femme envisagea de le laisser tranquille, elle avait elle-même suffisamment ressenti le besoin de s'isolée pour le comprendre, mais son inquiétude prit le dessus.

« Tout va bien, Kaal ? demanda-t-elle gentiment lorsqu'il arriva à sa hauteur.

- Oui oui, » répondit le garçon, sans vraiment relever la tête.

Mei se mordilla discrètement la lèvre. Elle ne savait pas vraiment quoi dire pour le réconforter, elle n'avait jamais été vraiment douée pour ça. Heureusement que Sinedd avait toujours été un coriace, parce qu'elle n'avait été d'aucune aide quand il avait traversé son épisode houleux de « retrouvailles en série » avec ses parents. Pourtant elle devait faire quelque chose. Elle était l'adulte, après tout.

« Ça va aller, tu vas voir, » énonça-t-elle finalement avec une voix qu'elle espérait suffisamment chaleureuse et réconfortante.

Sa période « vitrine de publicité » lui aurait au moins permis d'apprendre à jouer la comédie correctement.

« Je me doute que la situation est dure à supporter, mais on ne s'en sort pas si mal, et en grande partie grâce à toi, d'ailleurs ! »

Les épaules de Kaal s'affaissèrent, sans qu'il réponde. Mei fronça les sourcils, torturée par l'impression désagréable qu'elle lui avait mis bien trop de pression sur les épaules.

« Sans toi, reprit-elle en espérant ne pas se montrer trop maladroite, je ne sais pas si nous aurions réussi à trouver de l'eau…

- Mais c'est ma faute ! s'exclama le petit xénon, poussé à bout par ses louanges.

- Qu… Qu'est-ce qui est ta faute ? » demanda Mei, perdue.

Marchant toujours à côté d'elle, Kaal se tordait les poignets, nerveusement. Elle commençait à craindre qu'il ne lui révèle qu'il était à l'origine du dysfonctionnement de l'holotraineur, lorsqu'il craqua enfin et expliqua ce qu'il avait sur le cœur :

« Le prédateur, c'est ma faute ! Si je n'avais pas proposé de poser les collets, il n'aurait pas été attiré ! »

La défenseure resta sans voix. Elle n'avait pas pensé une seule seconde que le garçon aurait pu se sentir responsable du danger.

« Kaal, reprit-elle finalement, avec douceur, ne dis pas ça. Le prédateur était là de toute façon.

- Mais sans moi il serait resté loin ! gémit l'enfant.

- Ou peut-être qu'il se serait intéressé à une autre source de nourriture. »

Il se tourna vers elle, frappé par sa réponse. Ses yeux larmoyants juraient étrangement avec son physique patibulaire. Pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontrée, Mei réalisa pleinement qu'elle avait affaire à un petit garçon.

« Peut-être que tu as raison, peut-être que sans tes collets il ne se serait pas approché. Ou peut-être qu'il se serait approché plus, et plus près, et sans qu'on puisse être prévenu. Personne ne peut savoir ça. Tout ce que je sais, moi, c'est que tu possèdes des connaissances qui sont vitales pour notre groupe. »

Elle lui posa une main rassurante sur l'épaule et la pressa brièvement. Kaal lui répondit d'un sourire un peu pâle, pas complètement convaincu, mais déjà un peu plus confiant qu'avant. Elle-même un peu réconfortée, Mei le laissa prendre un peu la tête du convoi pour laisser son regard courir sur leur troupe. Olukine et Sylphe marchaient, juste derrière eux, fourrés ensemble comme à leur habitude. Suivaient ensuite Ugo, Eolius et Millicent, l'air bien plus calmes, et concentrés sur le chemin. À l'arrière, Micro-Ice semblaient plaisanter avec Sonja, sous le sourire timide de Rochelle. Finalement, Sharky marchait seul, un peu à l'écart sur le côté, son énorme œil jaune piteusement baissé. La défenseure pinça les lèvres en le voyant, puis se détourna pour rejoindre Kaal. Ils avaient encore du chemin à faire.

Ils marchèrent longtemps. Mei et Micro-Ice demandèrent plusieurs fois aux enfants s'ils voulaient faire une pause, mais ces dernières leur assurèrent systématiquement qu'ils pouvaient continuer à marcher et les Snowkids décidèrent de les croire. Autour d'eux, les arbres rouges se clairsemèrent progressivement pour révéler le ciel uniformément bleu, sans la moindre trace de nuages ou d'astres, qui surplombait la planète. La végétation prit des teintes un peu plus pâles, remplaçant petit à petit les feuilles écarlates par des amas de fleurs aux pétales orangés.

Finalement, à force de suivre la rivière, ils se retrouvèrent au pied d'une petite falaise. L'eau cascadait avec un son agréable depuis son sommet, au milieu d'un végétation dense qui striait la roche de lianes rouges sombres.

« C'est beau. »

Mei avait murmuré davantage pour elle-même que pour partager ses pensées. La cascade d'eau claire, la falaise de pierre noire, les lianes bordeaux et l'herbe rouge pâle parsemée de pointes dorées formait pour elle un tableau saisissant. Micro-Ice ne devait pas être d'accord, cependant, puisqu'il répondit en fronçant le nez :

« Tu trouves ? J'ai l'impression de voir des vaisseaux sanguins tranchés… Un peu comme ce que les vaisseaux extraterrestres crachaient après avoir pompé le sang des gens, dans le film La Guerre des Mondes, je sais pas si tu t'en souviens.

- Mice, tu es désespérant.

- Pourquoi ? Il est bien ce film. Même si j'ai eu peur des orages pendant des mois, après l'avoir vu. »

La brune ne put se retenir de pouffer de rire et son camarade lui adressa un sourire rayonnant.

« Plus sérieusement, qu'est-ce que vous dites de monter le camp ici ? demanda-t-elle à la ronde. On a marché un bon moment, je doute qu'un prédateur prenne la peine de nous suivre aussi loin et abandonne ainsi son terrain de chasse.

- Tu ne penses pas que le bruit de la cascade sera gênant ? s'étonna Micro-Ice.

- Il te gêne, toi ? réagit-elle, un peu surprise. Je le trouve plutôt agréable.

- Moi pas spécialement, mais en même temps, à force de partager la chambre de D'Jok, j'ai appris à dormir peu importe le bruit ambiant.

- Pourquoi, il ronfle fort ? » demanda innocemment Sonja.

Amusée, Mei nota l'interrogation muette de la plupart des enfants. Elle aussi avait eu l'occasion de partager la chambre du rouquin, l'anecdote de Micro-Ice l'amusait d'avance.

« Si seulement ! s'exclama théâtralement le petit brun. Figurez-vous que votre cher professeur parle en dormant ! Enfin, parle… se vante ! Que dis-je, se congratule ! J'en ai passé, des nuits, à l'entendre répéter ses succès. Et encore, s'il s'agissait de raconter les exploits des Snowkids… Mais non ! Monsieur s'en invente des nouveaux ! Et dans tous les domaines ! Soi-disant que le destin a prévu des choses incroyables pour lui ! »

La défenseure se mit à rire de bon cœur au côté des enfants, stupéfaits de ce qu'ils apprenaient sur l'un de leurs plus grands modèles. Elle se disait qu'ils avaient bien fait de se déplacer. L'ambiance était plus légère que le matin, et ils dormiraient mieux cette nuit. C'est sincèrement soulagée par les derniers développements de leur mésaventure qu'elle lança l'exploration des abords de la cascade.

L'objectif était de trouver le point le plus approprié pour construire une nouvelle cabane. Ils avaient tous plus ou moins dans l'idée de trouver un endroit où la falaise s'avancerait et formerait un genre de préau naturel lorsque Eolius et Sonja leur crièrent gaiement de venir voir. Ils avaient révélé un trou dans le mur de roche sombre. À moitié masqué par les lianes, une grotte d'une taille respectable se déployait dans la pierre. Mei eut l'agréable surprise de constater que même elle, qui dépassait largement Micro-Ice et les enfants, pouvait se tenir debout sans que le haut de son crane ne rappe le plafond. De plus, à voir la surface à leur disposition, ils auraient tous la place de s'allonger au sol pour dormir sans risquer de se gêner les uns les autres.

Sans surprise, la grotte remporta l'unanimité. À l'intérieur, ils se sentaient tous protégés, ils avaient de l'eau potable à proximité, et l'orée de la forêt était suffisamment proche pour qu'ils aillent facilement garnir leur garde-manger, mais suffisamment éloigné pour qu'ils aient une vue dégagée si quoi que ce soit en sortait. Tout ce qu'il lui manquait, c'était un peu de confort.

Il ne leur fallut pas longtemps pour transformer leur toit de cabane, désormais superflu, en panier improvisé pour stocker leurs fruits. Suite à cela, l'ensemble de leur groupe se mobilisa pour ramasser une nouvelle fois autant de feuilles que possible. Ils passèrent le reste de la journée à en tapisser le sol de la grotte pour se rapprocher autant que possible du confort d'un matelas. Au final, le résultat n'était pas aussi probant qu'espéré, mais ils étaient tous épuisés par leur voyage et les allers-retours qu'ils avaient enchaînés, aussi l'abandon fut-il unanime.

Cependant, malgré ce semblant d'échec, Mei pouvait affirmer sans peine que l'humeur était au beau fixe lorsqu'ils s'installèrent tous en cercle devant leur nouveau repère pour prendre ce qui serait leur repas du soir, peu importe l'heure réelle. La luminosité se modifia tranquillement tandis qu'ils croquaient leurs fruits de bon cœur, et les conversations allaient bon train, naturelles, pour une fois, lorsque Sonja poussa une exclamation étouffée, qui la fit avaler de travers et tousser à n'en plus finir. Millicent lui tapota gentiment le dos tandis que tout le monde tournait la tête en direction de ce qui avait attiré son attention.

Les fleurs orangées, qui égayaient l'herbe écarlate en petite grappe, avaient comme… commencé à germer. Dans la journée, elles ressemblaient à des sortes de bulbes agréablement bombés, qui courbaient légèrement leur tige vers le sol. Maintenant que la nuit tombait, des veinules dorées parcouraient leurs pétales et, au rythme d'une pulsation lumineuse, ces derniers s'ouvraient lentement autour d'un cœur incandescent.

Fascinée, Mei ne put détourner les yeux avant que la fleur qu'elle fixait ne se soit totalement épanouie. Même alors, le spectacle se poursuivit. Le pistil se mit à briller de plus en plus fort, jusqu'à ce que qu'une goutte d'or en fusion s'en détache et tombe au sol, où elle s'éteignit avec un léger chuintement.

Tout leur groupe contempla le spectacle en silence, émerveillé, jusqu'à ce Micro-Ice se lève d'un bond et court vers leur panier improvisé. Stupéfaite, Mei le vit casser une petite branche et revenir à la hâte vers la première fleur sur son chemin. Il tendit alors la bout de bois en-dessous de son pistil et attendit quelques secondes avant de se redresser, sa branche brandie joyeusement, un grand sourire aux lèvres.

« Bonne nouvelle ! cria-t-il gaiement. On a réussi à faire du feu ! »

À l'extrémité du bâton, une belle flamme brûlait paresseusement.