Snake Named Voldemort (Un Serpent Nommé Voldemort)

Résumé : Après s'être transformé en serpent et incapable de se retransformer, Lord Voldemort est obligé de se tourner vers le seul autre Fourchelang, Harry Potter. Après avoir conclu un accord, Harry accepte d'aider le Seigneur des Ténèbres à retrouver sa forme humaine. SLASH HP/LVTEJ

Auteur : estalita11

Traductrice : yaoipowaa56

Dislaimers : Je ne possède rien d'Harry Potter

«Discours normal»

:Fourchelang:

'Pensées'


Chapitre 14

Après le commentaire sur Rogue, la maladie de Tom perdit à nouveau tout son humour lorsque l'homme frissonna et se recroquevilla sur lui-même. C'était un choc de voir cet homme puissant frappé de cette façon. Harry sortit sa baguette et fit léviter l'homme un instant pour pouvoir tirer les couvertures de dessous lui. Il réinstalla Tom sur le lit et tira les couvertures sur lui. Il ne semblait plus être réveillé. Mince. Harry espérait qu'après avoir mentionné Rogue, Tom lui donnerait une meilleure idée. N'avait-il pas un guérisseur ou quelque chose comme ça parmi ses Mangemorts ?

Quelque chose se cogna contre la jambe de Harry.

:Nagini.: Souffla Harry quand il découvrit le serpent qui le piquait du nez.

:Est-ce que le Maître va bien ?:

Harry hésita avant de se baisser et de caresser la grosse tête de Nagini. :Je vais l'aider. Nagini, y a-t-il des Elfes de maison ici ?: Harry n'en avait pas encore vu.

Comparée à Voldemort lorsqu'il était un cobra, Nagini affichait peu d'expression humaine sur son visage, mais sa voix traduisait la confusion.

:Des elfes de maison ? Bien sûr. Ils s'appellent Sprit et Sprot.:

Harry prit un moment pour essayer de traduire les noms en anglais et appela les elfes. Deux êtres maigres, presque identiques, vêtus de deux morceaux de la même nappe, surgirent dans la pièce. De toute évidence, il s'agissait de jumeaux. Avant même que Harry n'ait pu ouvrir la bouche pour s'expliquer, les Elfes s'inclinèrent à terre dans un mouvement synchrone.

«Maître Harry, que pouvons-nous faire pour vous ?» Demandèrent les deux en même temps, produisant un étrange son de résonance.

«Comment me connaissez-vous déjà ?»

«Le maître nous a parlé...»

«...de vous hier quand...»

«... Le maître est revenu.»

Harry regarda la volée de remarques d'un air absent. Qui aurait cru que les jumeaux Weasley avaient pour sosies deux elfes de maison ? Il secoua la tête. Ils parlaient remarquablement bien pour des elfes de maison, eux aussi. Le Seigneur des Ténèbres avait su trouver des serviteurs à la grammaire correcte.

«Oh, bien, parfait. J'ai besoin que vous gardiez un œil sur votre maître. Il est très malade. Je vais trouver un moyen de l'aider.»

«Nous promettons...»

«...de prendre soin du Maître.»

Harry soupira. «Merci.» Harry se retourna vers le Tom endormi. Son visage était pâle maintenant, et il y avait une petite ride entre ses yeux qui indiquait que son sommeil n'était pas très reposant. Harry resserra la couette en soie verte autour de ses épaules.

:Je reviendrai, Tom.: Siffla-t-il d'une voix apaisante en Fourchelang. Il ne savait pas s'il avait entendu. Nagini lui cogna encore la jambe.

:Je viens avec toi.:

Harry l'a regarda. :Tu es sûre de ne pas vouloir rester ici ?:

:Je ne peux pas l'aider ici.:

Harry hocha la tête et laissa Nagini s'enrouler autour de lui. Il se rendit soudain compte qu'il était complètement hors de son élément et qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il allait faire maintenant. Ce n'était pas le bon moment moment d'agir et de penser comme un Gryffondor. C'était Tom qui pensait que c'était un effet secondaire de la potion... Harry devait croire qu'il en savait assez pour avoir raison. Rogue avait été la première personne à lui venir à l'esprit parce qu'il était l'un des seuls maîtres de potions qu'il connaissait, mais il allait aussi être le moins coopératif, selon toute vraisemblance.

Le professeur Slughorn serait-il un meilleur choix ? C'était peut-être l'option la plus sûre, mais ce serait probablement une perte de temps compte tenu de la culpabilité du pauvre professeur, de sa peur de Voldemort et de la probabilité qu'il ne sache rien de ce qui pourrait se passer. Et, Harry devait l'admettre, les connaissances de Rogue en matière de potions étaient bien supérieures à celles de Slughorn, qui était trop distrait par ses habitudes de collectionneur pour rester enfermé dans un cachot toute la journée avec des recherches.

Aller voir un guérisseur était une option, supposa Harry, et il prit un moment pour y réfléchir. Si Tom avait tort et que ce n'était pas la potion, mais une grippe de sorcier ordinaire, alors aller à Ste. Mangouste serait la meilleure option. Mais si ce n'était pas quelque chose d'ordinaire ? Comment pourrait-il expliquer les circonstances de la maladie de Tom, ou qui il était ? Le ministère était partout ces jours-ci. Et, de plus, il était Harry Potter, pas un sorcier sans nom dont les gens se moquaient. Il n'avait suivi que des cours de base en Sortilège et il était loin d'être doué dans ce domaine ; sinon, il se serait débarrassé de la maudite cicatrice et de ses autres signes distinctifs chaque fois qu'il sortait en public, ne serait-ce que pour avoir un peu de tranquillité. Il ne faudrait pas longtemps pour que la nouvelle se répande que l'Élu a été vu à Ste. Mangouste avec un mystérieux sorcier, et alors tout le monde se demanderait ce qu'il a fait. Les gens réagiraient de façon excessive si on découvrait avant qu'il ne soit prêt qu'il s'était associé au Seigneur des Ténèbres.

Mais qu'en était-il de Dumbledore ? Il avait dit à Harry qu'il serait prêt à l'aider si jamais il en avait besoin. Mais Tom le méprisait encore plus que Rogue et il n'était pas vraiment dans les petits papiers de Harry non plus. De plus, Harry n'avait aucune idée de ce que Dumbledore savait sur les potions et les soins. Au moins Harry avait vu les capacités de Rogue. Finalement, il se dit que Dumbledore demanderait de toute façon l'aide de Rogue. Harry préférait le faire en premier, et à sa manière, car si Dumbledore faisait confiance à Rogue, ce n'était pas le cas de Harry.

De plus, Harry était curieux à propos de Rogue ; il avait déjà parlé à Dumbledore de sa part du plan, mais il ne savait rien des motivations de Rogue. Il y avait de fortes chances que Rogue veuille simplement la mort du Seigneur des Ténèbres. Cela rendait encore plus stupide le projet de Harry d'interroger Rogue, mais quelque chose lui disait qu'il devait d'abord choisir cette option. Son instinct l'avait toujours aidé auparavant.

Franchement, Rogue était une menace pour ce que Harry et Tom essayaient de faire. Harry avait déjà réussi à obtenir la confiance de Dumbledore, mais Rogue était une toute autre histoire, car il n'avait jamais aimé le fils de James Potter et ne lui avait jamais fait confiance. Pour Harry, c'était comme un test : il devait convaincre Rogue qu'il n'était pas complètement idiot et qu'il pouvait faire quelque chose de bien. Si les choses tournaient mal, il y avait toujours le sort Oubliette - un sort qu'il venait (à peine) d'apprendre avec l'aide d'Hermione - qui pouvait être utilisé sur Rogue avant que Harry ne se tourne vers quelqu'un d'autre, comme Dumbledore.

Bon, d'accord, ce sera Rogue. Et maintenant ? S'il y avait une chose qu'il avait apprise d'Hermione, c'était qu'il fallait d'abord obtenir des informations pertinentes avant de faire quoi que ce soit d'autre sans que cela ne soit une perte de temps - en théorie. Harry avait besoin de savoir ce que le maître des potions savait exactement sur la potion rare que Tom avait prise (et Harry aussi, d'ailleurs, mais jusqu'à présent il se sentait bien). Harry craignait que ce ne soit pas grand-chose, vu qu'il avait confondu les deux, mais peut-être saurait-il pourquoi elle affectait Tom de cette façon, si c'était vraiment le cas.

Harry avait envisagé d'essayer de penser comme Tom pour gérer cette situation, mais son seul plan fut de placer Rogue sous Crucio jusqu'à ce qu'il parle. De toute évidence, cela n'allait pas marcher. Manipuler comme Dumbledore prendrait trop de temps, tout comme l'approche d'Hermione, qui nécessiterait des heures à la bibliothèque et un plan trop élaboré. Alors comment approcher un Rogue qui sera sans doute réticent et obtenir les informations nécessaires en un temps record ?

Harry se dit. 'Il suffit de penser comme Rogue lui-même.' Cela ne manquerait pas d'énerver l'homme.

Avec un plan vague mais au moins existant en tête, Harry fit une demande à l'un des elfes de maison, qui partit brièvement pour revenir très peu de temps après et remettre à Harry l'objet qu'il savait être en possession du Seigneur des Ténèbres.

Harry jeta un dernier regard à l'homme qui était son ennemi et retourna à la Maison Black. Il voulait être ici, plutôt que de risquer d'emmener Rogue là où se trouvait Tom. Après tout, Rogue avait fait partie du plan visant à tuer le sorcier des ténèbres et Harry ne s'attendait pas à ce qu'il soit très enthousiaste à l'idée de l'aider.

Harry fit immédiatement appel à ses propres elfes de maison.

«Jip ! Scavy !» Deux bruits sourds indiquèrent leur arrivée. «J'ai besoin que vous fassiez quelque chose pour moi. J'ai besoin que vous kidnappiez un certain Severus Rogue et que vous l'ameniez ici.»

Bénis soient les elfes de maison et leur obéissance totale, voire leur enthousiasme - s'ils vous aimaient bien - pour tout ce que leurs maîtres leur demandaient. Jip et Scavy sautèrent pratiquement de joie à l'idée de cette activité illégale.

«Vous pouvez le trouver à Poudlard, j'en suis sûr, probablement dans les cachots. Essayez de ne pas trop attirer l'attention, et faites vite. Quand vous l'aurez trouvé, amenez-le dans le salon et il, euh, devra y être attaché.»

Lorsque les deux Elfes eurent disparu, Harry se rendit dans le salon et s'assit pour attendre, tapotant anxieusement ses doigts sur l'accoudoir. Nagini se déplaça devant le feu et s'enroula en une grosse boule. Il ne pensait qu'à Tom, malade et seul dans sa maison. Il souhaitait que ses Elfes reviennent vite, de préférence avec ce qui serait sans doute un professeur Rogue furieux.

Pendant qu'il attendait, Harry se rendit compte que, même si Tom était en train de mourir, le résultat final n'était peut-être pas la mort. Tom était, d'une manière détournée, immortel tant que Harry était son Horcruxe. Il pourrait revenir, mais ce que Harry craignait, c'était ce que l'expérience ferait à Tom. Il craignait ce que ça lui ferait à lui-même. Harry préférait penser que c'était le plan Z, car il préférait essayer les plan avant de laisser Tom mourir pour le ramener avec l'Horcruxe. Pour lui, c'était à peine une option.

Heureusement pour Harry, il n'eut pas à attendre longtemps l'arrivée de Rogue. Les elfes de maison étaient très compétents et rapides dans leurs ordres. Il eut tôt fait d'attacher Rogue à l'un des fauteuils rembourrés du salon.

Il allait se faire coller tous les jours pour le reste de sa scolarité. Peut-être sa vie.

«Bonjour, professeur.»

«Potter ! Qu'est-ce que vous croyez être en train de faire ?»

«Je vous kidnappe.» Dit Harry en haussant les épaules. «Vous ne seriez pas venu de votre plein gré.»

Rogue s'agita contre ses liens magiques, mais Jip et Scavy étaient très rigoureux. Ses yeux noirs rencontrèrent ceux de Harry, son visage se crispa en un rictus de colère.

«Et pourquoi, je vous prie, m'avez-vous enlevé ? Où est cet endroit ?»

«C'est ma maison, euh, je suppose que c'est l'une d'entre elles.» Bon sang, ça le faisait passer pour un riche snob. «Vous n'avez pas encore besoin de le savoir.»

Rogue n'avait pas l'air content.

Harry avait discrètement caché sa baguette dans sa manche, il ne lui fallut qu'une fraction de seconde pour l'avoir en main et un court instant de plus pour que Rogue soit pétrifié. Même complètement gelé, ses yeux parvenaient à jeter un regard noir dans la direction de Harry.

«Scavy, peux-tu retirer tous les objets étrangers à sa personne, s'il te plaît. Tu peux faire un tas ici.» Dit Harry en indiquant une table basse dans la pièce. En un claquement de doigts, Scavy avait amassé une pile d'objets appartenant à Rogue d'une taille alarmante. En plus d'une baguette de couleur sombre, de quelques trousses de potions réduites et de bouteilles vides, il y avait aussi un assortiment de minuscules fioles de la taille d'un pouce contenant ce que Harry pensait être des antidotes, des sérums et toutes les autres doses d'urgence de potions dont une personne menant une vie dangereuse pouvait avoir besoin. Il y avait aussi d'autres choses, des petites babioles dont Harry n'était pas sûr de l'utilité. Il ne toucha à rien pour cette raison.

Prenant la petite fiole de potion que l'elfe de maison de Tom avait récupérée pour lui dans sa poche, Harry s'approcha de Rogue et administra le Veritaserum au maître des potions, qui ne voulait pas mais ne bougeait pas. Mais utiliser une potion sur un maître des potions était risqué ; Harry n'avait qu'à espérer que Rogue n'aurait eu ni la raison ni le temps de prendre l'antidote du sérum de vérité. Même en supposant que Rogue ait été amené ici sans l'antidote dans son organisme, Harry allait avoir du mal, car il fallait poser les bonnes questions pour obtenir les informations nécessaires sans laisser d'échappatoire à la personne interrogée.

Nagini agita rapidement sa langue de part et d'autre. :Son odeur a changé.: Siffla-t-elle.

Fort de ce petit réconfort, Harry étudia Rogue. C'est le moment où il allait devoir improviser. Il libéra Rogue du sort.

«Qui es-tu ?»

«Severus Tobias Rogue.» Sortit l'homme en question en résistant à la potion.

«Quelle est votre profession ?»

«Professeur à l'école de sorcellerie de Poudlard.»

Ces questions étaient des choses que Rogue n'avait aucune raison de ne pas lui dire. Il était donc temps de passer à une question plus difficile, à laquelle Rogue ne voulait pas répondre. Il commençait à se rappeler un personnage d'une série policière que Vernon Dursley aimait regarder à la télévision.

«Est-ce vous qui avez révélé au Seigneur des Ténèbres Voldemort la prophétie le concernant, faisant ainsi de mes parents et de moi-même une cible pour Voldemort ?»

Les yeux de Rogue clignotèrent et une série d'émotions brutes traversèrent son visage avant qu'il ne s'éteigne à nouveau.

«Oui.» La voix de Rogue était étouffée, son visage pâle. Harry ne s'arrêta pas un seul instant et concentra ses questions sur le sujet pour lequel il avait fait venir cet homme.

«Avez-vous participé avec Albus Dumbledore à un complot contre le Seigneur des Ténèbres Voldemort, qui impliquait deux potions rares, l'une destinée à affaiblir et l'autre à renforcer en fonction des conditions passées du buveur ?»

«Oui.»

Harry se dit qu'il allait d'abord demander à Rogue ce qu'il en était des potions. Il ne voulait pas que Rogue sache encore quel était son but, mieux valait le laisser dans l'expectative. «Vous avez approuvé ce plan avec Dumbledore ?»

«Non.»

«Et... Attendez, quoi ?» Harry n'avait été qu'à moitié attentif, préparant déjà son prochain coup, et il avait d'abord cru avoir mal entendu.

Rogue avait l'air de pouvoir tuer Harry à mains nues. «J'ai dit "non".»

«Oh.» Dit Harry d'un air abasourdi. «Sur quoi n'étiez-vous pas d'accord ?»

D'un air mauvais, Rogue lâcha. «Je n'étais pas d'accord pour donner d'abord la potion de renforcement au Seigneur des Ténèbres.»

Harry se mordit la lèvre, plongé dans ses pensées.

«Professeur, vous connaissez la signification de la restauration de son âme, des Horcruxes... et de leur relation avec moi, n'est-ce pas ?»

Rogue tressaillit. «Oui.»

«Alors pourquoi n'avez-vous pas suivi le plan de Dumbledore ? Vous pensiez que ça ne marcherait pas ?»

Le Sérum ne laissa pas Rogue faire une pause cette fois et il répondit immédiatement. «La magie de l'âme est une magie très importante et ancienne, imprévisible dans sa puissance. Voldemort a brisé ce pouvoir. Je n'avais aucun doute sur le fait que la potion d'argent redonnerait à son âme toute sa force en raison de l'écart entre ce qu'il était et ce qu'il est devenu, mais ce dont je doutais, c'était de la capacité à l'arrêter ensuite. Il n'y a pas grand-chose à craindre d'autre qu'un Voldemort sain d'esprit au sommet de sa puissance. Il serait presque invincible... surtout pour un élève de seize ans.» Admit Rogue à contrecœur mais il n'eut guère le choix. «C'était complètement idiot de votre part de vous enfuir comme vous l'avez fait pour lui donner la potion seul.»

Harry haussa les épaules. «J'étais en sécurité. Il aurait brisé un vœu irrévocable s'il m'avait fait du mal.»

Harry se tut. Il n'en était pas sûr, mais pour une raison ou une autre, on aurait dit que Rogue essayait... de le protéger.

«Dumbledore voulait quand même que je m'oppose à Voldemort par la suite, n'est-ce pas ?» Demanda Harry à voix basse.

«C'était la prophétie... ça devait être vous.» Dit-il. «Je doutais que vous puissiez survivre.»

Rogue semblait plutôt mal à l'aise avec cette confession. Harry ne savait pas quoi en penser. Il y avait quelque chose qui lui sautait aux yeux, quelque chose qui aurait dû le rendre méfiant auparavant mais plus maintenant.

«Le professeur Dumbledore voulait que vous donniez la potion de renforcement à T-Lord Voldemort, c'est ça ?» Ajouta Harry, en se souvenant d'en faire une question.

Rogue avait observé Harry pendant qu'il délibérait, et il ne laissa rien paraître dans son expression lorsqu'on lui posa la nouvelle question. «Oui.»

Harry pencha la tête sur le côté. «Mais Voldemort a reçu la potion d'affaiblissement à la place.»

Rogue ne répondit pas, parce qu'on ne lui avait pas posé de question, mais seulement une affirmation. Harry voulut réparer ce faux pas.

«Laissez-moi vous demander ceci : avez-vous fait exprès de donner à Voldemort la mauvaise potion, selon les plans de Dumbledore ?»

«Oui.» Dit Rogue en serrant les dents. Les sourcils de Harry se levèrent. Rogue n'avait donc pas accidentellement confondu une potion avec une autre, il l'avait fait exprès.

«Qu'est-ce que vous pensiez que ça allait faire ?»

«A l'origine je m'en fichais, je pensais juste que ça me ferait gagner du temps.»

'Pour qui ? Le monde des sorciers... ou moi ?' Harry soupira, souhaitant vraiment que Rogue s'explique davantage. Il commençait à en avoir assez de poser toutes ces questions, et il ne savait pas combien de temps la potion allait encore durer.

«Mais à quelle fin ? Voldemort n'a été un serpent que pendant trois semaines, et c'est moi qui lui ai donné la potion d'argent. En quoi lui donner d'abord la potion d'or a-t-il pu aider ?»

Rogue se tordait subtilement dans ses liens magiques, qui continuaient à tenir. Ses yeux sombres brillaient comme de l'obsidienne. «J'ai découvert une sécurité. Où vous ne seriez plus obliger de vaincre le Seigneur des Ténèbres.» Rogue pencha la tête sur le côté. «Mais peut-être me suis-je trompé. C'est vous qui avez délivré la potion opposée à celle que je lui ai donnée après tout.» Un regard étrange traversa le visage du vieil homme.

Harry n'était pas sûr des paroles de Rogue, et quelque chose qui ressemblait à de l'effroi couvait sous la surface de ses émotions. «'Une sécurité' ?» Demanda-t-il. Qu'est-ce que Rogue voulait dire par là ? Cette fois-ci, Rogue mit plus de temps à répondre, et Harry supposa que le Veritaserum perdait de son effet.

«Vous ne pouvez pas prendre les deux potions sans conséquences.»

«Comme... ?» Demanda Harry.

«La mort.»

Harry s'assit lourdement.

«Vous n'avez rien dit de tout ça à Dumbledore ?» Demanda faiblement Harry.

Le visage de Rogue se tordit en une grimace sévère et son humeur changea brusquement en quelque chose de plus normal pour lui. «Et pour une bonne raison, apparemment. Dumbledore s'est transformé en un vieux schnock pour n'avoir rien fait quand vous avez refusé de tuer le Seigneur des Ténèbres. A quoi pensez-vous Potter ?» De toute évidence, le sérum ne faisait plus d'effet. Harry lança un regard de défi à Rogue, décontenancé par les mots suivants de Rogue. «Je sais que vous vous prenez pour l'Élu tout-puissant, mais c'est le Seigneur des Ténèbres... Il ne vous épargnera pas simplement parce que vous refusez de lui rendre la pareille. Quoi qu'il vous ait dit, il ne faisait que vous mentir.»

Il pouvait avoir raison, bien sûr. Mais Harry pensait qu'il en savait plus.

«Vous ne comprenez pas...»

Mais Rogue ne le laissa pas finir. «Il a essayé de vous tuer ! Il a tué votre mère ! Ou bien l'avez-vous oublié ?» Près de la cheminée, Nagini siffla et se gonfla de façon menaçante au ton de la voix de Rogue.

Harry se leva à nouveau. «Bien sûr que je n'ai pas oublié qu'il a tué ma mère et mon père.» Souligna Harry, car même si Rogue s'en fichait, son père était tout aussi important que sa mère pour lui. «Et beaucoup d'autres personnes.»

Harry détestait que Rogue ait réussi à toucher une corde sensible en lui. La culpabilité lui montait à la tête, une culpabilité qu'il s'acharnait à ignorer depuis qu'il avait commencé à soupçonner ses sentiments pour Tom Jedusor - ou peut-être même Voldemort, il n'en était plus sûr parce que c'était si incroyablement farfelu qu'il doutait de pouvoir un jour le comprendre, sans parler de quelqu'un d'autre.

Comment Harry avait pu tomber - ou vaciller dangereusement sur le bord, pour ainsi dire - pour le meurtrier de ses parents n'aurait jamais de sens. Ce qui leur arrivait, c'était comme si on assemblait les pièces de deux puzzles totalement différents, tout en obtenant une image complète. Les choses ne s'emboîtaient pas correctement, mais on pouvait quand même en tirer quelque chose. Tom avait fait partie de sa vie pendant si longtemps, d'abord en tant que tueur potentiel, puis en tant que protégé improbable, et enfin en tant que... quoi que ce soit (il n'en était pas encore sûr). Peut-être que ça devait être comme ça finalement. Comment deux personnes qui étaient si liées dans leur vie ne pouvaient-elles pas devenir aussi proches ? Ils connaissaient les secrets de l'autre, leurs peurs, comment ils étaient devenus ce qu'ils étaient aujourd'hui. Harry n'avait pas oublié les choses que Tom avait faites en tant que Voldemort... mais il avait peut-être réussi à lui pardonner. Rogue, par contre, ne l'avait pas fait.

«Il n'est plus Voldemort.» Lui dit Harry. Rogue ne broncha pas.

«Vous êtes stupide de croire cela. Cela n'a pas d'importance de toute façon, Potter, puisque la seconde potion a fonctionné comme prévu et qu'il est maintenant mortel... cela rendra simple les effets ultimes de la prise des deux potions. Il mourra lorsque son noyau magique sera déstabilisé par son incapacité à se réconcilier avec les deux extrêmes auxquels il a été contraint. Sans Horcruxes, il n'y aura aucun moyen pour lui de revenir. Je suppose que la raison pour laquelle j'ai été... amené ici est qu'il a commencé à succomber aux effets, mais ce que je ne comprends toujours pas, c'est pourquoi vous vous en souciez.» Rogue regarda Harry à travers des yeux bridés.

En apparence, Harry restait ferme, mais intérieurement, il frémissait d'une détresse criante.

«Il n'y a rien à faire ?» Demanda-t-il, ignorant la question détournée de Rogue.

«Rien.» Affirma froidement Rogue.

Les jointures de Harry devinrent blanches et il recourba ses doigts pour que ses ongles s'enfoncent dans sa paume.

:Nagini.: Siffla doucement Harry, l'appelant parce qu'elle seule pouvait savoir ce qu'il ressentait en ce moment, même s'ils ne pouvaient pas le ressentir de la même façon, étant deux espèces différentes. Le serpent traversa la pièce pour se lover partiellement autour de son corps. :Il a dit qu'il n'y avait rien à faire.:

Nagini lécha l'air avec sa langue noire.

:Je devrais le manger.:

Malgré lui, le coin de la bouche de Harry se contracta en une sorte de petit sourire triste.

Harry n'avait jamais aimé Rogue. Depuis ce premier jour dans la classe de potion, Rogue l'avait jugé en se basant uniquement sur des comparaisons mesquines avec son père, ce que Harry n'avait jamais su ou compris jusqu'à ce qu'il ait, il est vrai, grossièrement regardé les pensées de Rogue. Rogue se souciait peu que son père ait été tué par Voldemort, mais sa mère... Rogue avait apparemment beaucoup d'affection pour elle, Harry l'avait appris récemment. Il était difficile d'imaginer que l'homme aux cheveux noirs puisse aimer quelqu'un. Voldemort avait tué sa mère malgré Rogue qui l'avait supplié de l'épargner. Ce seul acte avait apparemment suffi pour que Rogue se retourne contre son Maître et se range du côté de Dumbledore.

Harry leva les yeux vers les yeux noirs de Rogue et les vit remplis de confusion. Les sourcils de Rogue étaient froncés et il restait assis, raide et immobile, sur sa chaise.

«Vous pouvez toujours parler le Fourchelang.» Dit-il d'une voix monotone. Le sourcil de Harry se soulèva brusquement.

:Merde.» Dit-il par inadvertance dans cette langue accablante.

C'était stupide. Peut-être que Rogue croirait que le Fourchelang était simplement resté... ?

Oui, c'est ça. Il s'était assuré que Dumbledore ne savait pas que son Horcruxe était toujours là, et maintenant Rogue le savait ou le découvrirait dans quelques instants - Rogue, qui voulait la mort de Voldemort. Se maudissant intérieurement, Harry se prépara aux conséquences. Il semblait qu'il allait finalement faire disparaître Rogue. Mais d'abord, il avait maintenant une chance d'être complètement honnête avec cet homme.

«Il n'est jamais parti.»

Sous le choc, Rogue dit. «Alors la potion finale n'a pas fonctionné.»

Harry secoua la tête. «Oh non, ça a marché. Le problème, c'est que le contrecoup m'a fait reculer alors que la potion était encore dans ma main, non capsulée. Il se trouve que j'en ai avalé un peu quand elle m'a éclaboussé la bouche. Ça m'a fait garder l'Horcruxe. Je suis le dernier.»

Rogue avait l'air d'être malade.

D'un geste blasé du poignet, Harry demanda. «Professeur, qu'est-ce que ça veut dire à votre avis ?»

«Vous ne l'avez pas dit à Dumbledore.» Dit Rogue, ignorant la question plutôt chargée de Harry et Harry le laissa faire... pour l'instant. «Pourquoi ?» La voix de Rogue ne contenait ni dédain ni censure, seulement de la curiosité.

Haussant les épaules, Harry répondit. «Jedusor m'a dit de ne pas le faire. Je crois qu'il avait peur de ce que Dumbledore m'aurait fait.»

Rogue se moqua de cela. «Pour son Horcruxe, vous voulez dire, mais pas pour vous. Ne vous trompez pas, Potter.»

La main de Harry se posa sur la tête de Nagini qui flottait dans l'air. Il caressa ses écailles lisses, provoquant un ronronnement de la vipère.

«Comme si ça vous intéressait.» Dit soudainement Harry avec froideur. «Qu'est-ce que ça peut bien vous faire si je dois mourir pour le rendre mortel ? Vous n'aurez plus jamais affaire à moi, et le Seigneur des Ténèbres pourrait être tué lui aussi. Ça résoudrait tous vos problèmes, n'est-ce pas ? Après tout, vous avez demandé à Voldemort d'épargner ma mère.» Dit Harry en observant le choc sur le visage de Rogue. «Mais pas moi. Je parie que ça vous tue de penser qu'elle a choisi de donner sa vie pour moi. Et elle a choisi, Voldemort lui a laissé le choix. Dumbledore a créé tout ce complot pour rendre Voldemort mortel et m'éviter de sacrifier ma vie, et vous l'avez suivi, mais pas pour moi. Admettez-le... vous vouliez juste que Voldemort meure et le plus vite possible. Il vous importait peu que le plan m'évite de me sacrifier, car je ne suis que le fils de l'arrogant James Potter pour vous, son clone. Même avec toute cette infiltration de mon cerveau pendant ces leçons d'Occlumencie, vous n'avez jamais compris que je n'étais pas comme ça.»

Harry marqua une pause, le regard distant. «Ou peut-être suis-je à ce point arrogant, pour pouvoir croire que je peux convaincre un homme comme Tom Jedusor que toutes ces années il s'est trompé, pour penser qu'il pourrait me voir comme autre chose que sa clé d'immortalité. À vous de me le dire, professeur, puisque vous semblez m'avoir cerné.» Termina Harry avec irrévérence. Dès qu'il eut fini de parler, il regretta instantanément comment ses émotions avaient laissé échapper tous ces mots mordants entre ses lèvres. Il n'avait pas l'intention d'en dire autant à Rogue, et c'était plutôt embarrassant de voir à quel point la haine de cet homme l'avait affecté. Mais tous les désespoirs, les frustrations et l'épuisement soudain l'avaient durement touché, et il n'avait pas pu se contrôler. Peu importe ce qu'il ressentait parfois, il n'était encore qu'un garçon de seize ans.

Rogue le regarda avec une expression vide, bien que ses yeux brillaient en étudiant le jeune homme de l'autre côté de la pièce. Harry fit semblant de ne pas sentir ce regard, continuant à caresser oisivement la tête de Nagini et se concentrant sur le sol, essayant de retrouver ses émotions.

«Potter.» Dit Rogue, la voix vide de toute émotion.

Harry ne leva pas les yeux. Il caressa sa baguette, se demandant s'il pouvait réussir à lancer le sort Oubliette sur Rogue maintenant et en finir.

«Potter !» Dit Rogue avec plus de force et Harry leva les yeux vers lui à contrecœur.

«Pourquoi essayez-vous de sauver le Seigneur des Ténèbres ?» prit-il la peine de demander à Harry pour la première fois.

Harry ne s'attendait pas à cette question, et il ne savait pas vraiment quelle réponse Rogue attendait, ni s'il voulait lui dire toute la raison.

Harry garda sa position et décida de ce qu'il voulait dire. «Parce que je suis un Gryffondor, et que nous aimons, pardonnons et espérons bien plus facilement que ce qui est probablement bon pour nous.» Que Rogue essaie de disséquer cette déclaration. «Vous êtes devenu un Mangemort pour une raison, autrefois, avant de devenir membre de l'Ordre du Phénix. Dites-moi, est-ce que l'un ou l'autre des camps a été ce que vous espériez qu'il soit ?»

Rogue resta silencieux, mais Harry put deviner sa réponse :

Non.

«Nous savons tous les deux que la façon dont les choses se déroulent n'aboutira qu'à une guerre. Un camp gagnera, mais seulement jusqu'à la prochaine guerre, car aucun problème réel ne sera résolu. Les deux parties doivent être apaisées afin d'avoir une sorte de stabilité et de prospérité.»

Rogue arqua un sourcil. «Et vous pensez que cela peut arriver avec Lord Voldemort toujours en vie ? Vous envisagez de travailler ensemble ?» Il avait l'air, peut-être à juste titre, cynique. «Et la Prophétie ?»

Malgré ce que Rogue avait dit plus tôt sur le fait que c'était Harry qui avait donné la seconde potion à Tom, il ne croyait pas que c'était ce que signifiait la Prophétie. Il s'en tenait à ce qu'il avait décidé plus tôt. «C'est moi qui ai gagné sur ce coup-là.» Dit-il à l'autre homme.

Rogue, bien sûr, n'était pas amusé par la confusion soudaine dans laquelle il était plongé.

«J'avais l'impression qu'il était encore en vie... C'est la raison pour laquelle je suis ici, n'est-ce pas ?» Se moqua-t-il.

«Cette personne n'est pas Voldemort.» Dit simplement Harry. «Il n'a jamais été dit que je devais le tuer. Je n'ai même pas pu le tuer quand il n'était qu'un serpent sans défense, et je ne savais même pas qu'on ne pourrait pas se débarrasser de lui à cause des Horcruxes.»

Le regard de Rogue se rétrécit. «Vous, Potter, c'est insensé.» Grogna-t-il.

«Désolé.» Dit Harry, sans vraiment s'excuser. «Vous savez, je doute que ma mère se soit sacrifiée pour son fils afin qu'il cherche à se venger et à tuer en retour. Elle valait mieux que ça... et je vaux mieux que ça.»

L'expression de Harry faiblit devant l'échec de trouver un moyen d'aider Tom, malgré tout ce qu'il avait découvert. Il s'avérait que Rogue était le bon choix mais... dans quel but ? Pourrait-il trouver quelque chose ou quelqu'un qui réfuterait ce que Rogue lui avait dit ? A qui pouvait-il faire confiance ? Il baissa les yeux sur sa baguette dans sa main et la fit rouler dans sa paume. «Écoutez, je vais juste vous renvoyer maintenant. Vous ne pouvez pas l'aider... vous ne pouvez pas nous aider. Je... je ne suis pas très doué pour lancer le sort oubliette, mais je ne peux pas...»

«Attendez.»

Harry détourna son regard de sa baguette.

«Il y a... une chose.»

Les sourcils froncés, Harry dit. «Une chose quoi ?»

Rogue ne montra que peu d'émotion, si ce n'est de la réticence et peut-être un peu d'incrédulité à l'idée qu'il dise quoi que ce soit. «Je n'étais pas sincère quand j'ai dit que vous ne pouviez rien faire.»

Le soulagement gonfla dans la poitrine de Harry, ainsi que la confusion. La réponse qu'il avait vraiment besoin de savoir était celle qu'il avait posée après que le Veritaserum ne faisait plus effet. Idiot.

«Pourquoi me dites-vous ça ?»

Rogue se déplaça, mais continua à regarder directement dans les yeux de Harry, une émotion sans nom en eux. Il ouvrit la bouche, puis l'a referma légèrement comme s'il changeait d'avis, avant de dire. «Je préférerais ne pas recevoir le sort Oubliette.»

Bien que ce soit une très bonne raison, Harry doutait que ce soit toute la vérité.

«Huh.» Fut la réponse inélégante de Harry. «Probablement intelligent.»

Rogue avait l'air d'avoir été forcé à manger un bonbon au citron. Prenant un moment pour réfléchir aux conséquences possibles, Harry siffla à Nagini, qui se rapprocha de Rogue pour le surveiller, avant que Harry n'utilise sa baguette pour libérer le maître des potions de ses liens.

Rogue fléchit subtilement ses bras et ses poignets tandis que Nagini l'observait attentivement. Harry prit place en face de lui.

«Alors ?»

Rogue jeta un regard furieux et se rassit sur sa chaise.

«Il y a une autre potion, un dérivé des deux autres.»

Harry fronça les sourcils, sentant qu'il manquait quelque chose. L'impatience le poussa à s'immiscer dans l'explication de Rogue.

«Attendez... comment savez-vous ça ? D'ailleurs, comment avez-vous découvert les deux autres ?»

L'irritation se lisant sur son visage après avoir été interrompu, Rogue expliqua. «Vous êtes au courant, bien sûr, de l'association de Dumbledore avec Nicolas Flamel.» Dit-il de manière dépréciative, faisant évidemment allusion à la première année de Harry et à l'incident de la pierre philosophale. «À sa mort, Flamel a légué à Dumbledore une partie de ses recherches. Flamel, tout au long de sa vie exceptionnellement longue, avait amassé une grande collection de textes et de notes obscures pour ses expériences. C'est parmi ces textes que Dumbledore a trouvé la mention des potions de poussière de temps. Après des recherches plus approfondies, Dumbledore en est venu à penser qu'elles avaient pu devenir une expérience du Département des Mystères.»

Si Harry y réfléchissait bien, cela n'aurait pas dû le surprendre.

Rogue poursuivit. «D'après les registres que j'ai trouvés chez les Langue-de-plomb, le créateur des potions est mort après les avoir testées sur lui-même. L'objectif des Langue-de-plomb était de stabiliser les deux potions, ce qu'ils ont fini par faire. L'information n'a pas été divulguée au public, car par la suite l'utilisation de la Poussière Temporelle est devenue très réglementée, la connaissance de sa création ayant été perdue. Les données ont été jugées inutiles, puisque les potions ne pouvaient plus être fabriquées et étaient, en fait, illégales. La dernière fiole de chacune des trois a été conservée à des fins d'archivage.»

Harry se sentait un peu coupable d'avoir démoli le dernier morceau d'une potion aussi rare.

«Quand avez-vous été au Département des Mystères ?» Demanda Harry. Il ne pensait pas que n'importe qui pouvait entrer et sortir avec de la contrebande illégale.

Rogue froncça un sourcil en signe d'humour, affichant la première expression depuis un moment. «La même nuit que vous.»

Harry fronça les sourcils. «En cinquième année ? Je ne me souviens pas vous avoir vu là-bas.» Et il se souvenait de tout de cette nuit... ce n'était pas une de ses meilleures.

«Exactement.» Répondit simplement Rogue. «Vous ne m'avez pas vu parce que j'étais occupé ailleurs.»

Harry réfléchit un moment avant de dire. «Alors, elle est où ?»

Rogue resta silencieux un moment. «Je ne l'ai pas. Je n'en savais rien quand je l'ai trouvé parmi les deux autres, mais une fois que j'ai compris sa nature, j'ai su quelle était la meilleure chose à faire. Je l'ai laissé là. Je ne ferais aucune faveur à la mort du Seigneur des Ténèbres en lui facilitant l'obtention du stabilisateur, si jamais il en avait besoin. Je n'avais aucun scrupule à penser qu'il serait alors trop tard pour lui.»

Harry passa ses doigts dans ses cheveux. Bien sûr, ça ne pouvait pas être facile. «Dans quelle pièce l'avez-vous trouvé ?»

«La chambre temporelle.»

La bataille du Département des Mystères était au premier plan dans l'esprit de Harry, il se souvint soudainement d'un bref aperçu de la Chambre du Temps dont Rogue avait parlé. Il se souvient d'avoir vu un Mangemort se coincer la tête dans cette étrange cloche en verre, et de la façon dont elle s'était mise à tourner en boucle tout au long de son cycle de vie, la tête se transformant en celle d'un bébé, puis en celle d'un vieil homme et inversement. C'était horriblement grotesque à regarder. Maintenant qu'il y pensait, cela lui rappelait vaguement les potions sans nom qu'avait pris Voldemort, au moins dans la partie où elle ramenait la personne en arrière dans son cycle de vie.

«Bien, je vais devoir entrer là-dedans et...»

«Et être jeté à Azkaban.» L'interrompit Rogue. «Le ministère n'est plus le même qu'à l'époque de votre cinquième année. Il est peut-être vrai que vous y êtes entré auparavant,» Dit-il d'un ton réprobateur. «mais c'était dans des circonstances inhabituelles. D'une part, des Mangemorts ont travaillé depuis l'intérieur du ministère pour nettoyer les niveaux inférieurs cette nuit-là, et d'autre part, vous aviez un idiot ignorant comme ministre, qui a réduit les protections du ministère au minimum afin de prouver qu'il n'y avait pas de danger de guerre. À ce stade, cependant, la sécurité est élevée et vous aurez du mal à vous faufiler entre une horde de Langue-de-plomb et d'aurors. Le Département des Mystères a été déclaré étage de haute sécurité en raison de sa nature. Ils ne laisseront même pas l'Élu franchir ces portes, après les destructions que vous avez causées.» Conclut sèchement Rogue. Harry lutta pour ne pas lever les yeux au ciel.

«Alors, qui est autorisé à y entrer ?» D'après ce qu'il avait compris, Tom n'avait eu qu'un seul Langue-de-plomb dans ses rangs de Mangemorts, et cet homme avait été capturé après la disparition de Voldemort. Il n'était même pas sûr de l'utilité d'une personne de cette profession, compte tenu du vœu inviolable qu'ils devaient prononcer. Pourtant, même si l'homme ne pouvait dire directement ce qui se passait dans le Ministère, la position qu'il occupait devait certainement être utile en termes d'infiltration du Ministère.

«Les Langue-de-plomb,» Dit Rogue comme si c'était évident, et cette fois Harry ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel parce qu'il le savait. «et les employés de haut niveau du Ministère ayant une autorisation.»

«D'accord.» Dit lentement Harry, plongé dans ses pensées alors qu'une idée se formait dans sa tête. «Est-ce que Lucius Malefoy pourrait entrer ?»

Seul le tressaillement de son front trahissait le mécontentement de Rogue à l'égard de cette idée. «Et comment, exactement, pensez-vous le persuader de le faire ?»

Harry haussa les épaules. «Je ne sais pas.»

Rogue se frotta les tempes avec ses mains.

Rogue n'accordait pas assez de crédit à Harry. Au moins, il avait la moitié d'une idée en tête.

«Sprit.» Appela-t-il doucement, espérant que l'elfe de maison répondrait, même s'il n'était pas son maître. Avec un empressement enviable, le petit être apparut devant Harry.

«Oui, Maître Harry ?»

Harry aurait pu rire en voyant l'incrédulité sur le visage de Rogue, mais il ne le fit pas.

«Combien d'elfes de maison avez-vous, Potter ?»

«Oh, celui-là n'est pas à moi.» Expliqua-t-il. «C'est celui de Jedusor.» Harry ne se sentait pas à l'aise de l'appeler "Tom" devant Rogue.

«Sprit,» Dit Harry en s'adressant à l'Elfe. «Pourrais-tu amener Lucius Malefoy ici ?» Harry aurait bien demandé à ses propres Elfes, mais ils ne connaissaient pas Lucius et il soupçonnait fortement ceux de Tom de le connaître et de pouvoir le trouver avec plus d'efficacité.

«Il vient comme invité ou comme prisonnier ?»

Les sourcils de Harry disparaissèrent sous sa frange. Faites confiance à l'elfe de maison du Seigneur des Ténèbres pour demander ce genre de choses.

«Prisonnier ?» répondit-il d'un air interrogateur, ne sachant pas exactement ce que cela impliquait. Peut-être que ce serait bien de faire transpirer un peu Malefoy. Enfin, Harry n'avait pas vraiment envie de se faire maudire dès qu'il serait vu par le blond.

«Oh, pour l'amour de Merlin Potter, si c'est vraiment l'Elfe du Seigneur des Ténèbres, alors à moins que vous ne vouliez que Malefoy soit amené ici sans baguette, ligoté et bâillonné comme un porc et qu'il ait peur pour sa vie, vous allez le rappeler.»

Avec une expression anxieuse, Harry regarda de Rogue à Sprit. «A la réflexion, Sprit, attends.» Il se retourna vers l'autre homme. «Vous avez une suggestion ?» Demanda-t-il d'un ton acerbe.

Rogue poussa un soupir d'autodérision. «Je vais aller parler à Malefoy. Il vaut mieux qu'il pense que Lord Voldemort souhaite qu'il obtienne la potion. Je ne pense pas qu'il aura beaucoup d'intérêt à l'obtenir pour vous.»

Harry se sentait idiot de ne pas y avoir pensé avant, mais là encore, il ne s'attendait pas à ce que Rogue soit aussi serviable, si ce n'est qu'il lui dirait volontiers ce qu'il espérait entendre. Et encore, il n'était pas sûr des motivations de Rogue.

Harry réfléchissait à une autre idée. «Professeur, pensez-vous qu'un serpent comme Nagini puisse l'avoir ?» Demanda-t-il à Rogue.

Avec un regard incliné vers la vipère qui montait toujours la garde au-dessus de lui, Rogue répondit. «C'est une créature magique, mais pas d'un niveau élevé. Ça devrait aller.»

«Si Malefoy arrive à la faire entrer, Nagini pourra manger la potion pour la faire sortir en toute sécurité.»

Rogue fit un bruit curieux au fond de sa gorge. «Quoi ?»

Harry agita sa baguette en direction du serpent. «Elle va l'avaler et la recracher plus tard. Un sale tour, mais utile.»

Le coin de la bouche de Rogue se tordit en une minuscule grimace. Ce n'est pas comme si l'homme n'utilisait pas régulièrement des ingrédients en flacon pour ses potions, pensa Harry. L'expression passa et Rogue tendit sa large main.

«Puis-je avoir ma baguette ?» Demanda-t-il assez poliment, mais sur un ton qui montrait à quel point cela lui coûtait d'avoir à le demander. Harry, dans une démonstration de bonne foi tout aussi réticente, tendit l'objet mince à son propriétaire.

:Nagini, peux-tu aller avec Rogue aider Lucius à récupérer la potion dont Tom a besoin ?:

Nagini réfléchit. :Dis-lui de me rétrécir, et j'irai.:

La tâche fut expliquée plus en détail à Nagini.

Très vite, Rogue fut prêt à transplaner. Mais avant de le faire, Harry lui offrit une dernière chose intéressante.

«Merci professeur.»

Rogue, avec Nagini caché dans sa robe, disparut dans un craquement sonore.


Severus Tobias Rogue, maître de potions et professeur à l'école de sorcellerie de Poudlard, franchit sans encombre les portes du manoir Malefoy. Il était le bienvenu ici, et il n'était pas si étrange qu'il se présente à cette heure relativement tardive. Après tout, il était un Mangemort, tout comme Lucius Malefoy.

Un seul d'entre eux le pensait vraiment.

Rogue se déplaça avec raideur, mal à l'aise de sentir les écailles froides d'une Nagini rétréci contre la peau de son cou. Il se sentait étrangement vulnérable. Comment Potter avait-il supporté, toutes ces semaines, de savoir que le serpent autour de ses épaules était en fait le Seigneur des Ténèbres ?

Rogue avait su, dès qu'il avait vu le cobra blanc comme l'os enroulé autour du garçon qui vivait pour être stupide, que c'était en fait Lord Voldemort. Il ne savait pas quoi penser à ce moment-là, à part qu'il aurait peut-être dû le voir venir.

«Severus ?»

«Bonsoir, Lucius.» Le salua Rogue alors que le blond se tenait dans l'embrasure de l'entrée principale, sans doute en tant que Patriarche alerté de l'arrivée de quelqu'un au sein des protections.

Lucius fit un signe de tête à la salutation de Rogue. «A quoi dois-je ce plaisir ?»

'Tu pourrais regretter cette question plus tard,' se dit Rogue.

«Le Seigneur des Ténèbres a une tâche pour toi...»

Lucius ouvrit la voie vers le salon. C'était contraire au code des Sangs Purs de parler à un invité dans le hall d'entrée.

En chemin, Rogue se souvint de sa décision d'aller à l'encontre de la volonté de Dumbledore. Lorsqu'il était parti à la recherche des potions peu communes, voire quasi inexistantes, la nuit du cambriolage au Département des Mystères, il n'avait pas réalisé qu'il existait une autre option au plan très imparfait de Dumbledore. Il avait découvert dans les notes archivées le but de cette troisième potion, beaucoup plus récente, et prit une décision en une fraction de seconde. C'était de la pure logique : pourquoi risquer des conséquences potentiellement désastreuses quand on peut choisir une approche plus sûre et plus rationnelle ? Ils pouvaient presque littéralement éliminer le Seigneur des Ténèbres en levant à peine le petit doigt.

L'enfant de Lily serait en sécurité.

Dumbledore était puissant, Dumbledore était sage, mais il n'était pas infaillible. C'est ce que Rogue avait appris. Si Rogue avait été choqué d'apprendre que Harry Potter était un Horcruxe accidentel lorsque Dumbledore lui avait présenté son plan pour la première fois, le maître des potions avait été consterné d'apprendre que le proviseur voulait que Potter affronte le Seigneur des Ténèbres régénéré comme l'avait prédit la prophétie. Rogue détestait cette prophétie. Il soupçonnait Dumbledore de n'avoir aucune idée de la force de sa conviction lorsqu'il avait juré de protéger le fils de Lily contre Voldemort.

Il ferait tout pour elle, même si elle n'était plus là. Il élabora donc un nouveau plan pour réparer la négligence de Dumbledore.

S'il n'y avait pas eu cette histoire d'ingérence d'Harry Potter, son plan aurait fonctionné.

Est-ce que tout ça n'avait été qu'une perte de temps ? Potter était toujours un Horcruxe, et d'ailleurs, le Seigneur des Ténèbres était toujours immortel. Faites confiance à ce garçon pour ruiner la seule chose qui le débarrasserait de l'influence de Lord Voldemort, facilitant les choses pour tout le monde, et finalement lui sauverait la vie.

Le résultat de l'ingestion accidentelle de la potion par Harry, cependant, était très curieux.

«Quelle est cette tâche ?» Demanda Malefoy, s'immisçant dans les pensées de Rogue. Ils avaient atteint le salon et étaient maintenant installés sur deux chaises séparées. Se fondant dans le personnage destiné à tromper, Rogue s'assura que son masque vierge était bien en place, même s'il ressemblait de plus en plus à son vrai visage. Il avait peu de choses ces derniers temps pour lesquelles il pouvait exprimer une quelconque émotion, et encore moins la ressentir assez fortement.

«Tu te souviens quand le familier du Seigneur des Ténèbres a été envoyé au Département des Mystères, je suppose ? Le Seigneur des Ténèbres a décrété que tu devais l'aider à répéter cet exploit et t'assurer que le serpent atteigne la Chambre du Temps. Il y a une potion qui doit être récupérée. Le serpent est informé de son devoir, et tout ce qui est demandé est que tu fasses le tiens et garantisse qu'elle soit ramenée saine et sauve. Je n'ai pas besoin de te rappeler les conséquences si tu échoues.»

Rogue se raidit lorsqu'il sentit le serpent rétréci se déployer et glisser le long de son corps, ses muscles s'agrippant et se relâchant successivement le long de son bras. Lucius semblait plutôt mécontent de la nouvelle addition à sa garde-robe alors que Nagini s'installait autour de son cou, mais il restait néanmoins calme.

«Cela doit être fait pour quand ?»

«Dès que possible.» Un homme tel que le Seigneur des Ténèbres mettrait quelques jours à se faire drainer son Noyau Magique, mais il était préférable de ne pas attendre. «Contacte-moi quand tu auras terminé la mission.»

Debout, Rogue fit ses adieux et sortit du salon, sans attendre que Malefoy le raccompagne. Maintenant que c'était fait, il pouvait pleinement apprécier les implications de ses actions et la raison pour laquelle il les avait faites.

Tout se résumait à une chose... ou, plus précisément, à une personne : Lily.

Potter l'avait surpris. Non seulement il n'avait pas tué Lord Voldemort sur-le-champ, le voyant sous sa forme diminuée et vulnérable, mais il l'avait aussi amené au château de Poudlard, parmi les élèves que Potter avait juré de protéger. Le garçon avait certainement rendu la tâche du maître des potions plus difficile. Rogue ne savait pas qui il avait le plus envie d'étrangler : le Seigneur des Ténèbres pour avoir osé venir, Potter pour avoir été assez stupide pour l'aider, ou Dumbledore pour avoir été indulgent et avoir permis au serpent de rester.

Après le départ plutôt spectaculaire et abrupt de Potter, puis plus tard le rapport de Dumbledore sur la conversation qu'il avait eue avec le garçon, Rogue avait honnêtement cru que Potter était devenu fou. Quel que soit le "marché" qu'ils avaient passé, Rogue estimait que rien ne justifiait le refus du gamin de se débarrasser une bonne fois pour toutes de Lord Voldemort. Il était, selon Rogue, complètement fou. Peu importe, Rogue s'était assuré que d'une façon ou d'une autre, le monde serait débarrassé de Lord Voldemort.

Et puis il avait été kidnappé et avait découvert que Potter était toujours un Horcruxe. Rogue grimaça en se souvenant de tout cela alors qu'il sortait du manoir par la porte d'entrée et se dirigeait vers la zone de transplanage.

Il devait admettre, bien qu'à contrecœur, que Potter avait plutôt bien réussi à le neutraliser et à l'interroger. Qui se serait attendu à ce que des elfes de maison, habituellement inoffensifs à Poudlard, l'enlèvent sur l'ordre de Harry Potter ? C'était plutôt embarrassant et surréaliste, et avait un léger goût de vengeance.

Potter n'était plus la même personne qui s'était assit dans sa classe ces six dernières années. Alors même qu'il pensait cela, Rogue se demandait si le Potter qu'il connaissait n'était qu'une illusion ou ce qu'il voulait voir. Le jeune sorcier qui l'avait accosté était mûr, intelligent et avait une bonne dose d'amertume en accusant son professeur de choses proches de la vérité. Rogue pouvait le voir dans ses yeux blasés, un terme peut-être approprié vu la couleur qu'ils avaient. Le vieil homme avait du mal à détourner le regard lorsqu'il se concentrait sur eux, et c'était comme une punition... Une expiation pour son rôle dans la vie de Potter qui provoquait une telle amertume.

C'était comme si Lily le regardait depuis sa tombe. C'était comme s'il voyait Potter pour la première fois.

Il avait accepté, il avait accepté d'aider Potter. Rogue savait qu'il pouvait très bien échanger le bien-être du monde des sorciers contre le vœu qu'il avait fait de protéger le garçon, de protéger l'enfant de Lily. Cela en valait la peine. Il l'avait laissé tomber une fois, et il ne le referait pas en laissant tomber son fils.

Potter était toujours l'Horcruxe du Seigneur des Ténèbres, le seul qui restait. Rogue ne savait pas ce qu'il adviendrait d'un Horcruxe humain si le propriétaire du morceau d'âme en avait besoin. Et donc le Maître des potions se retrouvait dans la situation inverse de la précédente en essayant d'aider le Seigneur des Ténèbres à vivre.

Rogue commençait à réaliser une chose : il n'était plus le seul protecteur de Potter. Il ne doutait guère que tant que le Seigneur des Ténèbres serait en vie, il veillerait à ce que le porteur de son âme ne subisse aucun dommage. Était-ce une raison suffisante pour jouer ce jeu dangereux, ce pari sur le destin du monde des sorciers ?

Pour Lily... et le garçon, oui. Les choses changeaient, le monde était sens dessus dessous.

C'est pourquoi Rogue ressentait des émotions contradictoires entre le pressentiment et quelque chose comme l'optimisme ou l'excitation. Quoi qu'il arrive, il pensait qu'il valait la peine de voir ce qui en sortirait. En tant qu'homme des deux mondes, l'un sombre et l'autre lumineux, n'appartenant à aucun des deux, la perspective de quelque chose de différent ne l'effrayait pas.

Rogue transplana.


A SUIVRE