Note de l'auteur: Bonjour ! Voici une petite histoire que j'ai écrite, sans grande prétention, sur la jeunesse des chevaliers d'or. Par rapport à mes standards c'est un OS plutôt court ! Je n'ai pas beaucoup de warnings à faire pour cette fic, on n'est pas dans le fluff mais rien de très choquant ne se passe pour justifier un rating élevé. Voilà !
Evidemment, les personnages ne m'appartiennent pas, comme toujours !
N'hésitez pas à commenter ce texte s'il vous en prend l'envie, ça fait toujours plaisir !
Bonne lecture !
Histoires de fantômes
Quatre petites silhouettes se tenaient en rang d'oignon devant le temple des Gémeaux. Hésitantes, elles étaient en plein conciliabule sur un seul sujet : allaient-elles y entrer ?
On était un 8 mai. Le jour de l'anniversaire d'Aldébaran, plus précisément celui de ses 9 ans. Les chevaliers les plus jeunes de la garde dorée, c'est-à-dire Mû, Shaka, Aiolia, Milo et Camus, avaient prévu de venir le lui fêter au temple du Taureau. Pour Mû, le voyage n'était pas compliqué : qu'il se trouve à Jamir ou au premier temple du Sanctuaire, il était capable de se téléporter à sa guise. Pour les autres chevaliers, il fallait se remuer et descendre les nombreuses marches qui menaient au temple du Taureau.
Aphrodite, Deathmask et Shura n'avaient que faire de cet anniversaire. Plus âgés, ils restaient entre eux avec un air de défi envers les plus jeunes. Ils n'avaient pas le temps de gonfler des ballons pour une fête d'enfants. Alors ils ne s'étaient pas invités à un anniversaire ennuyeux sûrement constitué intégralement d'un cache-cache ou d'une chasse au trésor barbante.
Les quatre chevaliers d'or qui restaient se trouvaient donc devant le temple inhabité des Gémeaux, qui malgré son manque de gardien, dégageait quelque chose d'impressionnant, il fallait se l'avouer.
« Je n'aime pas ça, disait Camus, méfiant envers l'édifice. Je n'aime pas cet endroit. Passons par la colline.
- T'es juste pas cap, c'est tout », se moqua Aiolia.
Le jeune Lion, lui, avait envie d'affronter l'apparent danger. Les réticences de Camus, il n'en avait rien à faire. Le Verseau n'avait jamais su s'amuser.
« Hé ! se vexa le petit français. C'est même pas vrai !
- Oui, c'est même pas vrai, appuya Milo. Même que Camus, il est très courageux !
- Je suis prudent, voilà tout », se justifia le onzième gardien avec une moue renfrognée.
Shaka, qui était resté silencieux pendant une bonne partie de la conversation, donna lui aussi son point de vue.
« Je ne comprends pas pourquoi on s'arrête là-dessus, fit-il, visiblement perdu. Il n'y a personne dans ce temple. Je ne ressens pas de cosmos.
- Mais il y a un fantôme ! argua un Milo qui avait à moitié envie de tenter l'expérience et à moitié envie de suivre Camus et de passer par la colline.
- Les fantômes n'existent pas, leur dit posément Shaka. Passons par le temple, c'est le chemin le plus court, et il n'y a rien à craindre. »
Camus scruta les profondeurs obscures de l'édifice devant eux d'un air inquiet. Ce n'était pas parce qu'il n'y avait personne dans ce temple qu'il n'y avait rien du tout. La nuance était énorme.
« En plus, y'a rien, c'est juste des histoires que les gardes inventent pour nous faire peur, affirma un jeune Lion sûr de lui.
- Je ne vois pas pourquoi ils inventeraient une chose pareille, raisonna Camus. Ce n'est dans l'intérêt de personne. »
Un silence réflexif suivit cette affirmation.
« Ouais bah, en tout cas, c'est le chemin le plus court, grogna Aiolia, qui en avait marre de poireauter sans comprendre. Vous faites ce que vous voulez mais moi, j'y vais ! »
Sans que personne ne puisse le retenir, le jeune Lion fonça droit dans le temple au pas de course.
« Eh, attends, Aiolia ! cria Milo en se jetant à sa suite.
- Non, Milo ! » s'exclama le Verseau en voyant son ami céder à la tentation et y aller aussi.
Cela n'eut aucun effet. Milo s'était déjà engouffré dans le bâtiment à la suite du cinquième gardien.
« Viens, Camus, ne perdons pas de temps, lui intima Shaka d'une voix calme. Il n'y a rien dans ce temple. Je ne sens aucun cosmos. Fais-moi confiance. »
Camus scruta le visage de Shaka. Il n'était pas heureux de la situation dans laquelle il se trouvait, mais il savait qu'il pouvait se fier au jugement du jeune indien. Celui-ci connaissait bien le monde des esprits. Même si Camus n'était pas complètement rassuré, les deux enfants restants entrèrent dans le bâtiment à la suite de leurs comparses, dont les échos de voix enjoués se faisaient entendre.
« Attendez-nous, au moins ! leur demanda Shaka d'une voix irritée. C'est toujours pareil avec vous !
- C'est pas notre faute si vous êtes des limaces », se moqua Aiolia en s'arrêtant pour les attendre.
Milo, qui avait trouvé le qualificatif très drôle, ricana dans son coin. Camus lui lança un regard désapprobateur.
« On sera vite sortis, leur dit Shaka en ignorant la remarque. Allons par là. »
L'indien pointa du doigt une direction qui semblait mener de l'autre côté du temple. Les quatre enfants repartirent au petit trot.
Alors que la sortie leur sembla proche, les alentours s'assombrirent soudainement. Ce qui ressemblait jusqu'alors à une sortie vers la lumière prit l'aspect d'un trou noir menaçant.
Les trois enfants qui avaient les yeux ouverts s'arrêtèrent net. Aiolia attrapa Shaka par le bras pour l'immobiliser au vol. Ce dernier n'avait évidemment pas pu voir le changement, et le Lion ne voulait pas laisser un inconscient foncer dans un danger apparent.
Milo scruta l'encadrement des colonnes devant lui avec une attention plus sérieuse, d'un seul coup. Dans quoi étaient-ils tombés ?
« C'est quoi, ça ? réfléchit-il tout haut. Pourquoi il fait nuit, d'un coup ? »
Aiolia regarda autour de lui. Les colonnes autour d'eux avaient pris un aspect bizarre. Il avait la sensation d'être dans un rêve, hors de la réalité. Ou plutôt dans un cauchemar.
« Je vous l'avais dit qu'il ne fallait pas venir ici ! résonna la voix à la fois craintive et énervée de Camus.
- Mais de quoi vous parlez ? » fit un Shaka qui ne comprenait rien à rien à la situation.
Milo regarda autour de lui, observant les différentes colonnades à la recherche d'une explication.
« Il fait tout noir, résuma-t-il pour Shaka.
- Je ne ressens rien, se méfia la Vierge.
- Bah, ouvre les yeux », lui enjoignit le Lion sur le ton de l'évidence.
Shaka s'exécuta. Les paupières ouvertes, il examina le lieu avec attention, avant de les refermer.
« Visuellement, je ne peux pas dire qu'il n'y a pas de changement, mais je ne ressens rien », insista-t-il.
Il y eut un silence. Les chevaliers analysèrent la situation. Fallait-il qu'ils risquent l'avancée vers ce trou noir ?
« Milo, fit la voix d'Aiolia, soudain plus craintive. On peut savoir ce que c'était cette histoire de fantôme, au juste ? »
Le Scorpion le regarda l'air un peu étonné. On ne lui demandait que rarement d'étaler sa science. Le plus souvent, quand on lui demandait quelque chose, c'était d'arrêter de raconter des bêtises.
« T'as peur des fantômes, toi, maintenant ? fit-il, un rien moqueur. Je croyais que tu pensais que ça n'existait pas.
- Bah, je sais pas, j'essaie de comprendre », se vexa le Lion.
Milo s'avança vers une colonne et la toucha pensivement. Seulement la fraîcheur du marbre s'insinua dans sa main. Rien de surnaturel. Mais il comprenait fort bien qu'on lui pose cette question au vu de l'ambiance qu'il y avait autour d'eux.
« Bah, il paraît que le fantôme de Saga hante son temple », lui expliqua-t-il d'une voix hésitante.
Lui-même n'était pas vraiment sûr de ses dires, mais c'était le mieux qu'il avait à leur offrir.
« Je vous répète qu'il n'y a personne, s'agaça une Vierge qui ne se sentait pas écoutée.
- Ce n'est pas parce qu'il n'y a personne qu'il n'y a rien, finit par dire Camus. S'il y a un fantôme, ce n'est pas pareil que s'il y avait quelqu'un. »
Aiolia fit le tour d'une colonne pour vérifier s'il n'y avait pas un être humain en train de leur jouer un tour, mais il ne vit rien. Le temple était simplement plongé dans les ténèbres.
« Il y a quelqu'un ? » cria-t-il pour être sûr.
Personne ne répondit. Le silence se fit quelques secondes, pesant.
« Pff… C'est des bêtises », continua-t-il, un peu rassuré de ne rien entendre lui répondre.
Un cri familier qui brisa pourtant la quiétude environnante. Celui du onzième gardien. Très aigu, voire trop.
« Ça va pas de gueuler comme ça, Camus ? le gronda Milo, étonné de le voir se comporter ainsi.
- Il y a quelqu'un ! se défendit un Verseau qui n'était pas rassuré. Là-bas !
- Où ça ? s'enquit Aiolia en faisant volte-face.
- Là ! gigota Camus en pointant la direction du doigt. J'ai vu un chevalier en armure ! »
La Vierge fit quelques pas en direction de là où Camus avait vu la silhouette.
« Je ne ressens toujours rien, leur dit-il avec lassitude. Et en plus, vous êtes idiots. Saga n'est pas mort. Il a juste disparu.
- On n'en sait rien s'il n'est pas mort, argumenta Milo. Ça fait des lustres que plus personne ne l'a vu.
- Et de quoi il serait mort, d'abord ? voulut savoir un Aiolia qui se sentait de plus en plus petit dans ce bâtiment sombre.
- Bah… Les gardes racontent qu'il aurait pété les plombs et que ça l'aurait tué, leur expliqua Milo. Un jour, il serait devenu fou, et il aurait enfermé son propre frère au Cap Sounion. Depuis, le fantôme de Saga est revenu hanter son temple. Les gardes qui y passent ont capté des voix et vu des choses étranges. Et là-bas, au Cap Sounion, on entend des hurlements de terreur toutes les nuits…
- Arrête, Milo, ce n'est pas drôle, marmotta un Camus qui regardait dans toutes les directions pour comprendre ce qu'il avait aperçu.
- Je ne mens pas ! se vexa le Scorpion. Je les ai déjà entendus. »
Tout le monde se figea face à cette information inquiétante.
« Tu… quoi ? prononça un Verseau qui n'aimait pas le tournant que prenait son après-midi.
- Une nuit, je me baladais vers les falaises du Cap, leur révéla le huitième gardien. C'était faible, mais je crois bien qu'il y avait quelqu'un qui criait. Bon, il y avait trop d'eau, je n'ai rien vu… Mais je sais ce que j'ai entendu.
- Et qu'est-ce que tu faisais là-bas ? demanda non sans curiosité la Vierge.
- Bah, c'est les gardes qui m'ont raconté la rumeur. Alors je voulais savoir si c'était vrai », leur expliqua Milo en haussant les épaules.
Cette fois, ce fut Aiolia qui cria. Il venait lui aussi de voir une silhouette.
« Aaaah ! Qui es-tu ? Montre-toi ! s'exclama-t-il dans la direction supposée de l'apparition.
- Je ne pense pas que c'est réel, ce que vous voyez, leur dit Shaka. On a probablement affaire à une illusion.
- Il n'y a pas d'illusion sans source de cosmos, raisonna Camus.
- La source n'est pas ici, affirma un jeune indien qui s'efforçait d'être patient. Je ne comprends pas pourquoi on n'avance pas. La sortie est tout droit.
- Mais il y a un trou noir devant nous, patate ! lui cria le Lion, irrité.
- Il n'y a rien devant, le contredit Shaka.
- C'est sûr que si tu n'ouvres pas les yeux il n'y a rien ! rétorqua Aiolia. Tu peux pas faire comme tout le monde ?
- Je me sers intelligemment de mes sens, l'informa l'intéressé d'un air hautain. Et ce ne sont pas vos histoires de fantômes qui vont me faire peur ! »
Milo s'avança prudemment en direction du trou noir en question, voulant vérifier les dires de Shaka.
Derrière lui, alors qu'il était en train de marcher, il entendit deux cris à l'unisson, ceux d'Aiolia et de Camus. Une gerbe glacée frôla l'épaule du petit Scorpion pour se ficher devant lui avec un grand fracas.
« Milo ! Recule ! lui enjoignit la voix paniquée du jeune français.
- Tu ne nous auras pas, Gémeaux ! cria Aiolia derrière lui en prenant un air belliqueux. Sors de l'ombre si tu es encore un homme ! »
Un tintement métallique se fit entendre. On aurait dit le bruit d'une casserole qui tombait au sol.
« Qu'est-ce que… » fit Milo en comprenant ce sur quoi Camus avait tiré.
Devant lui, à quelques mètres, se tenait l'armure protectrice du temple, en mille morceaux, éparpillée par terre, des débris de glace jonchant les alentours.
« C'est l'armure des Gémeaux, leur annonça calmement Milo devant ce drôle de spectacle.
- C'est le fantôme ! s'exclama Aiolia. Le fantôme de Saga allait t'attaquer, Milo ! »
Le Scorpion avait une mine plus embêtée que soucieuse. Il n'aimait pas l'idée qu'il n'ait pas pu voir un adversaire potentiel, et qu'en plus celui-ci se soit évaporé dans la nature.
« Shaka a peut-être raison », finit-t-il par décréter d'un air circonspect.
Il s'agenouilla pour inspecter les morceaux d'armure d'or.
« Il n'y a rien, ici. C'est pas parce qu'on dit qu'il y a un fantôme que c'en est un. Peut-être que c'est quelqu'un qui se paye notre tête. »
Shaka eut l'air ravi d'avoir gain de cause.
« Et j'aimerais bien savoir qui c'est », appuya la Vierge d'un air entendu.
Camus avait l'air fâché, lui. Il s'avança auprès de Milo et lui adressa un regard plein de colère.
« Tu es inconscient ou quoi ? l'engueula-t-il. On n'avance pas à l'aveugle sans savoir ce qui peut nous tomber dessus ! »
Milo le regarda, les yeux ronds. Il avait rarement vu Camus énervé comme ça. Lui, il avait simplement été curieux. Il ne ressentait pas vraiment de danger, seulement l'impression bizarre que quelqu'un, quelque part, se fichait de lui, et c'était ça qu'il n'aimait pas.
« Bah pourquoi tu cries ? lui demanda-t-il, étonné. Tu as oublié que je sais me défendre, ou quoi ?
- Oui, mais, je… »
Le Verseau ne trouva pas d'argument à opposer au Scorpion, aussi, sa réponse mourut dans sa gorge.
Aiolia scrutait toujours les alentours, incertain de la démarche à suivre.
« Bon, qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? demanda-t-il à la ronde. Il y a un fantôme ou pas, Milo ?
- Bien sûr qu'il n'y a pas de fantôme ! s'agaça la Vierge, qui se tuait à le dire depuis cinq minutes.
- Je ne sais pas, admit un Scorpion qui n'aimait pas ne pas comprendre. Mais il y a un truc qui cloche, c'est sûr. »
Le silence se fit une nouvelle fois. Puis, manifestement, le jeune indien arriva à court de patience. Ce dernier s'élança sans prévenir vers l'avant au pas de course, en direction du trou noir, à l'horreur de ses trois comparses.
« Shaka ! cria Milo.
- Il n'y a rien ! » lui répondit la Vierge d'une voix forte en l'ignorant.
Aiolia s'élança à la suite de Shaka pour tenter de le retenir, mais ce fut trop tard. L'indien fonça la tête la première et se fit aspirer par l'obscurité… Avant que tout ne redevienne clair d'un seul coup.
La Vierge était sortie du temple, dévoilant le passage à ceux qui étaient restés sur place. L'extérieur du temple était en fait très proche, à moins d'une dizaine de mètres. Milo écarquilla les yeux en voyant le bâtiment s'illuminer de la lumière du jour. Aiolia, qui venait de passer la sortie dans sa course, poussa un cri de surprise en retrouvant le soleil grec à l'extérieur.
« Bah ça, prononça le Scorpion d'un air ébahi.
- Le soleil est revenu », compléta le Verseau d'une voix plus posée, même si elle laissait poindre son incrédulité.
Les deux enfants rejoignirent le Lion et la Vierge sur le parvis du temple, hébétés d'une expérience aussi bizarre.
« Je vous avais bien dit qu'il n'y avait rien », fit le jeune indien, un peu vexé que personne ne l'ait écouté.
Il y eut un silence. Milo et Aiolia se regardèrent, penauds. Ils n'aimaient pas que Shaka ait eu raison comme ça. Tout ce qu'ils avaient vécu leur avait semblé tangible.
« Il n'y avait pas rien, fit une voix ferme, rompant leur silence. Ce n'est pas la définition de ce que nous venons de vivre. »
Milo posa le regard sur le visage réflexif de Camus. Evidemment que c'était lui qui venait de dire ça. Toujours en train d'embrouiller tout le monde avec des termes compliqués.
« Il y avait quelque chose dans ce temple, dit-il d'un air sûr de lui. Peut-être que rien ne nous a attaqué, mais il y a forcément quelqu'un ou quelque chose qui est responsable de cette illusion. »
Le Scorpion le considéra avec attention.
« Pas un fantôme ?
- Probablement pas, s'avança la Vierge.
- Qui, alors ? » l'interrogea Aiolia en inspectant du regard la façade du temple des Gémeaux.
Les chevaliers s'entreregardèrent.
« Saga des Gémeaux, évidemment, prononça Camus. C'est une illusion puissante.
- Et il en faut beaucoup pour berner un chevalier d'or, se vanta le Lion d'un air fier.
- Exact, confirma le Verseau. Je dirais donc que Saga est toujours en train de protéger son temple d'une manière ou d'une autre. »
Milo fit une moue peu convaincue.
« Et le Cap Sounion alors ? leur rappela-t-il, boudeur. Vous allez me soutenir que Saga n'a pas viré fou et n'a pas enfermé son frère non plus ? J'ai vraiment entendu ces cris, quand même ! »
Le rappel de ce sordide récit fit frissonner Camus. Comment son ami pouvait-il être aussi flegmatique en racontant des choses pareilles ? Quoi que Milo ait pu entendre, il n'osait s'en imaginer la source.
« Il y a une marge entre devenir fou et devenir un fantôme, énonça la Vierge d'un air docte.
- Oui, mais comme par hasard, plus personne n'a jamais revu Saga depuis que la rumeur a commencé, l'informa Milo. C'est louche.
- Ça ne change rien à ce que je dis », rétorqua Shaka en restant sur ses positions.
Milo croisa les bras sur la poitrine. Il ne rajouta rien de plus. Camus posa une main discrète sur son épaule, pour l'apaiser silencieusement.
« Quoi qu'il en soit, au retour, je passe par la colline, décréta ce dernier. Je ne me ferai pas avoir deux fois.
- Moi non plus, confirma Aiolia d'un air dégoûté. En plus, ça ne sert à rien de se battre contre une armure vide. »
Ça, tout le monde était bien d'accord.
Les quatre chevaliers repartirent alors au pas de course vers la maison du Taureau. Ils allaient enfin pouvoir célébrer cet anniversaire. Et au moins ils allaient avoir un paquet de choses à raconter pour animer l'après-midi.
Quelques volées de marches plus bas, les quatre enfants victorieux de l'illusion du troisième temple du zodiaque arrivèrent dans un grand éclat de joie. Dans le temple du Taureau, il y avait des ballons de partout et de toutes les couleurs accrochés aux murs. Mû jouait avec Aldébaran à une partie de cartes au milieu de leur salon calmement quand le reste des invités arrivèrent.
« Mû ! » s'exclama un Aiolia qui était heureux de le voir. Comme le Bélier se retirait souvent à Jamir ces temps-ci, il ne croisait plus très souvent ses jeunes confrères.
Milo, lui, courut vers Aldébaran. « Joyeux anniversaire ! » s'écria-t-il une fois à sa hauteur, avant de sautiller partout, frétillant d'enthousiasme. Aldébaran l'accueillit avec un grand rire, visiblement ravi. Camus, lui, suivit Milo, et lui souhaita aussi, plus calmement.
Le Verseau alla poser sur la table à manger le gâteau d'anniversaire qu'il avait gentiment préparé dans son temple. Le jeune français avait pris à cœur la tâche de représenter correctement son pays en offrant à son frère d'armes un bon gâteau. Shaka, quant à lui, avait fait léviter les cadeaux des autres chevaliers d'or au-dessus de lui pendant tout le parcours jusqu'au temple du Taureau, et s'employait à les faire descendre sur une table non loin.
L'anniversaire d'Aldébaran allait être une réussite.
« Dis, Aldé, tu passes souvent par le temple des Gémeaux, toi ? »
Cette question venait d'être posée par Aiolia. Tous les chevaliers avaient achevé d'engloutir le délicieux fraisier préparé pour l'occasion. Repus, ils sirotaient la fin d'un sirop ou d'un jus de fruits.
Aldébaran fit une moue pensive.
« J'ai tendance à l'éviter quand je le peux, lui répondit-il. Pourquoi ?
- On est passé par là pour venir et on a vu plein de trucs bizarres, s'expliqua le Lion. Milo dit qu'il y a un fantôme.
- Arrête avec ça, Aiolia, le réprimanda un Shaka qui ne voulait pas se relancer là-dedans.
- Un fantôme ? » releva Mû avec grand intérêt.
Le Bélier n'étant pas souvent au Sanctuaire, il n'avait que rarement vent des dernières rumeurs.
« Un fantôme ? répéta Aldébaran, interloqué. Qu'est-ce que tu vas nous inventer là, Milo ?
- Eh ! Je n'invente rien ! J'ai des preuves ! s'offusqua l'intéressé.
- Tu n'en as pas concernant la hantise du temple des Gémeaux, le contredit la Vierge avec un air suffisant.
- Pourquoi tu évites le temple alors, si tu n'as pas peur des fantômes ? » demanda Aiolia à Aldébaran.
Tous les regards se tournèrent vers le Taureau en titre. La discussion devenait franchement intéressante.
« Je n'aime pas ce temple, répondit-il simplement. Il y a une atmosphère morbide là-dedans. Tant qu'à faire, je préfère faire mon chemin au soleil.
- De toute façon, ce n'est pas hanté, se répéta encore le chevalier d'or de la Vierge.
- Pourquoi vous me posez cette question ? s'enquit le Taureau, curieux. Vous avez vu quelque chose ? »
Aiolia acquiesça silencieusement, rendant un regard entendu à ses pairs.
« C'est devenu tout noir, expliqua Milo. Il y avait une illusion, ou quelque chose du genre. Aiolia et Camus ont eu peur.
- Pff ! Même pas vrai ! s'offusqua immédiatement Aiolia.
- Je n'avais pas peur ! se défendit Camus, piqué au vif, d'autant que cela venait de son ami. J'ai été prudent. »
Milo esquissa un sourire espiègle. Ses deux compagnons avaient crié à pleins poumons quand ils avaient cru voir Saga l'attaquer, mais ils se gardaient bien de le spécifier devant leurs deux autres collègues.
« Bref, il se passe quelque chose avec ce temple, c'est certain, conclut-il plus sérieusement. Mais Shaka ne veut pas me croire quand je dis que c'est le fantôme de Saga qui influence encore les lieux…
- Saga n'est pas mort ! se répéta pour la centième fois l'intéressé.
- Voilà. Donc, on ne sait pas ce qu'il se passe, c'est pour ça que toi, étant donné que tu es son voisin, on se demandait si tu avais vu quelque chose. »
Le Taureau sembla réfléchir.
« Je n'ai vu personne dans ce temple depuis un moment, leur annonça-t-il. Je ne sais pas ce qu'est devenu Saga. A part les rumeurs des gardes, qui disent qu'il est devenu fou et qu'il est mort, on n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent.
- On a la preuve qu'il est devenu fou, s'avança Milo. Moi, j'ai quand même entendu quelqu'un au Cap Sounion. »
Mû fronça les points de vie qu'il avait en guise de sourcils.
« Au Cap Sounion ? releva-t-il. De quoi tu parles, Milo ?
- Milo prétend que Saga y aurait enfermé son frère pour le noyer, lui raconta Camus d'une voix dont on pouvait sentir de la crainte.
- Le frère de Saga ? réfléchit le jeune Bélier. Personne ne l'a jamais vu. On n'est même pas sûr qu'il existe…
- Bien sûr qu'il existe, puisque je l'ai entendu ! se vexa Milo.
- Tu as peut-être entendu quelqu'un ou quelque chose d'autre, se hasarda le Taureau.
- A d'autres ! réfuta Milo. Bien sûr que Saga a un frère. C'est évident.
- Et en quoi c'est évident ? s'immisça un Lion qui était un peu perdu.
- Ils sont Gémeaux, alors c'est facile d'imaginer que Saga ait un frère jumeau, énonça calmement Camus.
- Personne n'a de preuves formelles, ce sont simplement des histoires qui occupent les gardes, décréta la Vierge.
- Je sais que c'est son frère, le contredit un Milo qui n'aimait pas être remis en cause si facilement.
- Ah oui ? Et comment ? l'interrogea Shaka.
- Son cosmos, évidemment, perdit patience Milo. Vous me prenez pour un abruti, ou quoi ? C'est pas parce que je suis le plus jeune que je ne sais pas ce que je ressens ! »
Milo croisa les bras sur son torse et bouda. Camus lança un regard désapprobateur à Shaka.
« Arrête de t'en prendre à Milo, lui demanda-t-il néanmoins calmement. Nous sommes des chevaliers d'or, et nos cosmos sont les plus affutés du Sanctuaire. Milo n'aurait pas d'intérêt à nous mentir.
- J'aurais clairement préféré ne rien entendre là-bas », confirma le Scorpion, intérieurement ravi que le jeune Verseau prenne sa défense.
Mû, quant à lui, avait un air soucieux au visage.
« Si ce que tu as ressenti est vrai, ne devrions-nous pas nous rendre au Cap pour porter assistance à cette personne ? »
Le visage de Milo s'assombrit.
« Ça ne sert à rien, fit-il en hochant négativement de la tête. C'est un endroit très dangereux, et Saga savait ce qu'il faisait en l'enfermant là. L'eau monte à toute vitesse, et il doit être mort depuis longtemps, maintenant. Même avec des pouvoirs. »
Il y eut un silence glacial dans l'assemblée. L'ambiance de fête en avait pris un sacré coup.
« En plus, essayer de le sauver voudrait dire risquer nos propres vies. Je pense que c'est un pari inutile étant donné que ses chances d'avoir survécu sont faibles. »
Mû acquiesça d'un air triste. Visiblement, il avait l'air peiné de ne rien pouvoir faire pour arranger la situation.
Aiolia, lui, avait l'air en pleine réflexion.
« En tout cas, c'est vraiment bizarre, tout ça, en conclut-il. Tu n'as vraiment pas vu Saga, Aldé ?
- Non, pas depuis un an et demi, au moins, leur certifia le gardien des lieux. Mais vous pouvez être sûrs que je garderai un œil sur son temple, maintenant.
- Préviens-nous si tu y vois la moindre chose suspecte, lui demanda Aiolia avec intérêt.
- Bien sûr. »
Cela, le Taureau n'y manquerait pas. Les histoires de ses collègues avaient ravivé sa curiosité sur le temple au-dessus du sien.
« Je vais peut-être poser une question bête, mais personne n'a demandé à Deathmask s'il savait quelque chose ? » s'avança la voix de Camus.
Tout le monde le regarda comme s'il venait de lui pousser trois têtes. Camus croisa les bras sur son torse, mécontent de la réaction de son auditoire.
« Quoi ? Je ne vois pas ce qu'il y a d'illogique !
- Deathmask ne nous dirait jamais rien même s'il savait quelque chose, lui répondit Mû sur un ton amusé. Tu devrais le savoir, Camus.
- Personne n'a tenté, rétorqua-t-il, sur la défensive.
- Si tu veux essayer, personne ne t'en empêche », l'invita le Lion, un rien moqueur.
Camus haussa les épaules. Les autres n'y mettaient aucune bonne volonté.
« Eh bien continuez à grimper le domaine par la colline comme des imbéciles, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise… »
Assertion plutôt ironique de la part d'un être qui avait voulu tout faire pour éviter le temple des Gémeaux plus tôt.
« Camus, ne te vexe pas, tenta Milo en levant les yeux au ciel. C'est pas de notre faute s'il est méchant avec nous.
- Bien dit, Milo », le soutint un Lion qui n'en pouvait déjà plus de son voisin de temple.
Mû pouffa dans son coin. Lui, Deathmask ne lui faisait ni chaud ni froid. Comme il passait le plus clair de son temps à Jamir, les querelles internes entre chevaliers lui étaient au mieux divertissantes.
Personne n'avait évidemment proposé l'idée de poser la question au Grand Pope lui-même. Cela faisait un petit moment que les chevaliers d'or avaient appris à éviter leur supérieur, sujet à d'étranges sautes d'humeurs depuis quelques temps. Comme ils ne savaient jamais sur quoi ils allaient tomber, ils ne venaient guère le solliciter à moins d'y être obligés.
« Tout ça pour dire que ce n'est pas hanté, en conclut un Shaka qui se répétait comme un perroquet. Mais nous devrions mener l'enquête, à l'avenir. Ce qu'il se passe dans ce temple est louche. »
Un hochement de tête collectif suivit les paroles de la Vierge.
Les jeunes chevaliers d'or, sur ces belles paroles, décidèrent de changer de sujet et de se lancer dans une partie de cache-cache dans le temple. Les racontars morbides du temple des Gémeaux les intriguaient, certes, mais ils avaient un anniversaire à fêter en bonne et due forme. Et cette conversation ne s'y prêtait guère.
Aiolia se porta volontaire. Il se posta contre une colonne, ferma les yeux, et commença à annoncer un compte à rebours. Avec des exclamations d'anticipation, les autres jeunes chevaliers coururent vers une cachette pour tenter leur chance de gagner la partie. Les petites silhouettes des chevaliers d'or disparurent une à une derrière les colonnades antiques du temple du Taureau.
Les histoires de fantômes attendraient.
