Je regardais ma montre et repoussais ma chaise en arrière aussi bruyamment que possible. Me redressant et m'étirant, je ramassais ma tasse et l'emportais jusqu'à l'évier.
Harry ne saisit pas l'allusion. Il était adossé sur sa chaise ses yeux étaient fermés et il avait ce stupide petit sourire aux lèvres.
"Il est temps de se préparer, mon vieux," dis-je.
Il ouvrit les yeux et m'offrit son air 'Ne sois pas stupide, Ron'. Il est facile à reconnaître, même si je ne le vois pas aussi souvent que l'expression équivalente d'Hermione.
"On a largement le temps," me dit-il. "Pourquoi est-ce que tu es si pressé ?"
"Pourquoi je suis pressé ? Pourquoi je suis pressé ! On y est, Harry," lui dis-je. "Finies les longues lettres, finies les visites à Pré-au-Lard ridiculement courtes. L'école est finie et il était carrément temps. Elles sont enfin libres !"
"Je le sais bien," dit-il dédaigneusement en jetant un coup d'œil à l'horloge sur le mur de la cuisine. "Mais pourquoi est-ce que tu es aussi pressé ?"
J'abandonnais.
"J'attendrais pas plus longtemps, Harry," dis-je. "Tu peux être en retard si ça te chante, mais moi je vais monter me changer."
"C'est vingt minutes de marche d'ici à King's Cross, Ron," protesta-t-il. "Et il reste encore une heure et quart avant l'arrivée du train."
"Très bien," dis-je. "Si c'est ce que tu penses ! C'est ton affaire. Je te verrai là-bas. Si tu es en retard, je dirai juste à Ginny que tu t'en moquais de la retrouver, d'accord ? Je te verrai plus tard." Je montais les escaliers hors de la cuisine et Harry se leva enfin pour me suivre.
"Ne sois pas bête, Ron, évidemment que je veux être là pour accueillir Ginny et Hermione," dit-il en me suivant à l'étage. "Mais on a largement le temps."
Je l'ignorais. Alors que j'allais dans ma chambre pour changer de tenue, je l'entendis monter la volée de marche suivante. Il ne fallut pas longtemps avant que je ne l'entende se déplacer dans sa chambre, qui était directement au-dessus de la mienne.
J'avais été formé et avais travaillé comme Auror depuis plus d'un an. À cause de mon travail, j'avais plus d'or que je n'en avais jamais eu au cours de ma vie, et je le dépensais. J'avais fait du shopping dans le Londres des Moldus. Les vêtements flambant neufs que j'avais acheté le week-end précédent étaient posés sur mon lit. Je les avais achetés spécialement pour l'occasion.
Le jean était gris anthracite j'avais voulu du vrai noir, mais le magasin n'en avait pas dans ma taille. Ils avaient plein de paires qui m'allaient à la taille, mais le seul avec des jambes suffisamment longues était gris, donc je l'avais acheté. Il avait l'air pas mal, je trouvais. Mon nouveau polo était vert et blanc et la vendeuse m'avait assuré qu'il s'accordait bien avec le jean.
J'avais acheté les deux dans la même boutique. Ça m'avait fait gagner tellement de temps. Hermione râlait tout le temps comme quoi je traînais et que j'étais inefficace, mais elle et Ginny pouvaient errer pendant des heures de boutique en boutique et Hermione pouvait quand même revenir à la maison sans avoir rien acheté. Ça m'avait toujours paru être une telle perte de temps. Tout le monde pouvait certainement trouver quelque chose dans la première boutique qu'il visitait, non ? J'avais passé près d'une heure dans ce magasin et c'était bien assez long.
J'ouvris la boîte contenant les baskets grises que j'avais acheté et essayais de les enfiler. Ce fut alors que je remarquais mon erreur. J'ai des grands pieds, taille quarante-sept. J'avais acheté du quarante-six parce que c'était la plus grande taille qu'ils avaient. Quand je les avais essayées dans la boutique, j'avais trouvé qu'elles m'allaient. Mes orteils comprimés protestaient et je compris que si je ne faisais pas quelque chose, je serai incapable de marcher. Malheureusement, ma tentative de les agrandir par magie les transforma en chaussures de clown, j'abandonnais donc et enfilais mes vieilles tennis confortables.
Je me regardais dans le miroir et me demandais ce qu'elle penserait de mon apparence. Est-ce qu'elle serait capable de trouver à y redire ? Elle n'allait quand même pas essayer, pas aujourd'hui quand même ? Tant que j'étais vaguement chic, je serai sauf, espérais-je.
Je contemplais mon reflet dans le miroir et me demandais si tout irait bien. Harry et moi avions organisé la journée, mais je n'étais pas certain que le plan allait fonctionner.
Il ne m'avait pas fallut longtemps pour comprendre que ce truc de petit-copain/petite-copine n'était pas facile. Essayer de découvrir ce qu'Hermione aimerait était un cauchemar. Malgré tout, notre amitié n'avait jamais été facile non plus. En continuant de me regarder dans la glace, je me concentrais sur le passé, pas mon reflet. Je me souvins sombrement de mes nombreuses disputes avec Hermione au fil des ans. Après quelques minutes, je réalisais que c'était futile, j'allais donc jusqu'à ma table de chevet et soulevais la photo. Elle me regarda et sourit.
"De nouveaux vêtements qu'est-ce que tu en penses ?" lui demandais-je. Elle ne répondit pas, évidemment. Mais elle ne sembla pas mécontente, je pris donc cela comme un bon signe. "Je te vois vite," lui dis-je, caressant la photo en la reposant sur mon lit.
"Tu es prêt Harry ?" criais-je dans l'escalier.
"On a encore une heure, Ron," hurla-t-il en retour.
"Cinq minutes," dis-je. "Je pars dans cinq minutes, Harry, que tu sois prêt ou non."
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Tandis que nous marchions du Square Grimmaurd à la gare de King's Cross, Harry lambinait. Quoi que j'essaie de faire, je n'arrivais pas à le faire accélérer. Il me dit que ses jambes étaient plus petites que les miennes et que je devais ralentir. J'eus l'impression que rejoindre la gare prenait une éternité, mais quand nous arrivâmes sur le Quai de la Voie Neuf Trois Quarts et que je regardais anxieusement la grande horloge accrochée à un pilier de briques, nous avions encore plus d'une demi-heure avant l'arrivée du train. Harry m'offrit un regard suffisant et regarda le long du quai presque désert. Un couple âgé était assis à l'autre extrémité mais, à part eux, l'endroit résonnait à cause du vide.
"On n'est pas les premiers arrivés," observa-t-il. "Mais je crois qu'on est les deuxièmes. On ferait mieux de s'asseoir."
Ses paroles firent remonter un souvenir. La dernière fois qu'Hermione était rentrée à la maison, pour Pâques, nous avions pris le train Moldu jusqu'à Winchester pour retrouver ses parents. Quand nous étions montés dans le train elle avait dit : "Trouve où nous asseoir, Ron." Donc je l'avais fait.
Le siège que je lui avais trouvé était mes mains. Je me souvins de la sensation de son derrière dans mes mains et je souris, lorsque je remarquais que Harry fixait mes mains. Ce ne fut que lorsque je baissais les yeux que je réalisais que mes mains pétrissaient le vide. Je me sentis rougir.
Harry secoua la tête, rit et marcha jusqu'au banc le plus proche. Je m'assis à côté de lui, mais ne parlais pas. Harry ne le fit pas non plus. Nous étions assis en silence depuis plusieurs minutes quand Harry attira mon attention en grognant d'agacement. Quand je le regardais, je le vis scruter fixement les rails, perdu dans ses pensées. Il y avait une trace d'agacement sur son visage et il ne semblait pas remarquer qu'il grommelait à voix basse.
Vous ne pouvez pas être ami avec Harry si vous ne savez pas décrypter son humeur, et je devinais ce qui l'ennuyait. Je n'allais rien dire à ce propos. C'était une des choses dont nous ne parlions jamais.
Une semaine plus tôt, le samedi précédent, Ginny avait quitté l'école en douce. Kreattur pouvait Transplaner dans et hors de Poudlard sans restrictions et il pouvait utiliser le Transplanage d'Escorte pour emmener quelqu'un avec lui. Donc, Ginny était arrivée, et elle et Harry étaient sortis dans le Londres des Moldus. Quand ils étaient rentrés, tard, Ginny m'avait dit qu'elle resterait pour la nuit.
J'essayais de ne pas y penser. Hermione avait reçu elle aussi cette opportunité de sortir, mais elle avait dit non. Je n'avais pas été surpris. Je savais exactement pourquoi, et ce n'était pas parce qu'elle ne voulait pas me voir. Elle était 'trop occupée à préparer son examen final des ASPIC en Métamorphose' et je n'allais certainement pas essayer de persuader la Préfète en Chef d'arrêter de réviser pour faire l'école buissonnière. Je ne suis pas aussi stupide. En plus, Hermione est totalement casse-pied quand elle bachote.
Comme la chambre de Harry est directement au-dessus de la mienne, je savais exactement ce que Harry et Ginny faisaient. Je n'avais rien entendu, évidemment. Ils avaient utilisé le sortilège Assurdiato. Mais le sort modifiait légèrement les sons ambiants et le week-end dernier cette distorsion mineure avait été irritante et insupportablement évidente.
Harry commençait à froncer les sourcils, je décidais donc de dire quelque chose. Je le devais. Il se montait la tête en direction d'une de ses sautes d'humeur et ça gâchait juste les choses pour tout le monde.
"Il n'y a rien à gagner à lutter contre Maman, mon vieux," lui rappelais-je. Je lui tapotais même le dos dans une tentative de le consoler. "Réjouis-toi, Harry. On va retrouver les filles on les emmène voir un film et dîner au restaurant. C'est un vrai rendez-vous, non ?"
Harry grogna.
"Au mois tu as vu Ginny le week-end dernier," lui rappelais-je. "Je n'ai pas vu Hermione du tout. Et tu seras avec Ginny pour le reste de la journée."
"Je suppose," dit-il. Je vis son expression changer. C'est sacrément gênant de regarder son meilleur ami sourire joyeusement en pensant à sa sœur, donc je ne le fis pas. Confiant que je l'avais distrait pour quelques minutes, je me détournais et pensais à Hermione.
Ce soir ce serait au tour de Harry de gérer le fait de savoir qu'Hermione passerait la nuit. Ma copine allait passer la nuit Square Grimmaurd et ses parents ne s'y étaient pas opposés. J'avais relu la lettre d'Hermione des dizaines de fois, incertain que je doive, ou puisse, y croire. Elle avait dit à ses parents qu'elle allait célébrer la fin de l'école en sortant pour la journée avec ses meilleurs amis et qu'elle passerait la nuit Square Grimmaurd avant de rentrer à la maison.
Ginny avait écrit à la maison et avait suggéré qu'elle aussi soit autorisée à rester pour la nuit. Quand nous avions rendu visite au Terrier dimanche dernier, Maman avait exprimé très clairement son avis sur le sujet et Harry n'avait pas discuté. Cela ne m'avait pas vraiment surpris, car Harry ne voulait jamais énerver Maman. Elle était heureuse de nous laisser retrouver Hermione et Ginny au pied du train et que Ginny passe la journée et la soirée dehors, mais Ginny devait être à la maison pour onze heures ou sinon… Si Maman avait su pour Hermione, elle aurait probablement aussi essayé de me forcer à ramener Ginny à la maison et à rester au Terrier, donc je ne lui avais pas dit.
J'avais consulté l'horloge toutes les cinq minutes, du moins le pensais-je. Je devenais convaincu que l'horloge s'était arrêtée, ou du moins qu'elle avançait à un rythme d'escargot. Parfois, quand je regardais de nouveau, la grande aiguille noire des minutes n'avait même pas bougé. J'étais certain que nous étions sur le quai depuis au moins une heure, même si l'horloge continuait de prétendre que ça ne faisait que quinze minutes.
Je regardais autour. Le quai se remplissait peu à peu. J'observais une femme apparemment éreintée apparaître à travers la barrière. Elle utilisait une main pour pousser une poussette contenant une petite de deux ans et elle tenait un enfant de quelques années de plus de l'autre. Au même moment, elle essayait de contrôler deux autres. Le plus âgé était un garçon qui semblait avoir huit ou neuf ans.
Je donnais un coup de coude à Harry et indiquais la femme du menton. Harry fut sur ses pieds en un instant.
"Vous voulez vous asseoir ici ?" lui demanda-t-il pendant que je me levais aussi.
La femme nous offrit un sourire plein de gratitude, marmonna un remerciement et guida ses enfants jusqu'au banc. Le plus grand garçon dit : "C'est Harry Potter, Maman," et la femme regarda rapidement. Elle fixa Harry et je devins invisible aux yeux de tout le monde hormis la petite fille dans la poussette. Je m'amusais à lui tirer la langue et à lui faire des grimaces. Elle répondit avec enthousiasme.
"Vous… vous l'êtes ?" demanda la femme à Harry. Elle s'arrêta avant d'avoir terminé sa question, mais c'était aussi loin que la plupart des gens allaient.
"Oui," dit-il brièvement. Il releva sa frange sur le côté, afin qu'elle puisse voir sa cicatrice.
"Qui tu es ?" me demanda le plus grand garçon.
Surpris qu'il m'ait remarqué, j'arrêtais de faire des grimaces à sa petite sœur et lui sourit.
"Je suis son garde du corps," dis-je. "Je m'occupe des choses qui sont trop difficiles et effrayantes pour que même Harry Potter s'en charge."
"C'est quoi ?" demanda curieusement le garçon.
"Ma copine," dis-je sans y penser. Harry commença à rire.
"C'est vrai," dit Harry en hochant la tête.
"Merci pour le siège, Mr Potter," dit la femme.
"Il n'y a pas de quoi," dit-il.
"Ouais, on est assis depuis longtemps," lui dis-je. "On est arrivé bien trop tôt, mais Harry voulait désespérément arriver ici. Je n'ai pas réussi à le retenir."
Harry se contenta de pouffer de rire.
Pendant que nous nous éloignions de la femme et des enfants qui nous regardaient en silence, je regardais autour du hall animé. Je pouvais sentir l'excitation monter chez tous les gens autour de moi.
Je me tins à côté de Harry et nous fixâmes les rails, espérant que le train arrive. Ce faisant, je repensais aux derniers mois.
Hermione et moi avions dormi ensemble plusieurs fois depuis cette journée incroyablement formidable, bien que froide et pluvieuse, des vacances de Pâques où nous 'l'avions fait' assez maladroitement pour la première fois. À partir d'aujourd'hui, cependant, les choses allaient changer pour toujours. Désormais Hermione serait libre. Elle avait dix-neuf ans, une adulte tant dans le monde des Moldus que dans celui des Sorciers. Et elle avait enfin terminé l'école. À partir de ce moment on pourrait être vraiment ensemble, exactement comme quand on était tous les deux à l'école. Mieux que ça, en fait, parce que non seulement on pourrait se voir tous les jours, mais on pourrait probablement aussi se voir toutes les nuits.
Elle avait postulé pour un poste au Ministère, dans le Département de Contrôle et de Régulation des Créatures Magiques et, si elle l'obtenait, il serait logique qu'elle habite à Londres, Square Grimmaurd. On pourrait vivre ensemble. En songeant aux possibilités et en me remémorant la sensation de sa peau douce et fraîche, mon esprit bondit d'une dizaine de pensées folles à l'autre. Je devais fantasmer depuis longtemps, car mon souvenir d'un couinement extatique d'Hermione fut remplacé par le son tout aussi bienvenu d'un sifflet de train.
Sa proximité me tira de mes fantasmes. J'observais la locomotive rouge vif faire son approche finale dans King's Cross. Comme un dragon ronflant doucement, elle expirait régulièrement des souffles de fumée en entrant doucement dans son terminus. Alors que le Poudlard Express s'arrêtait lourdement, ses freins couinèrent comme de furieuses spectres de la mort, étouffant les bavardages excités de toutes les personnes sur le quai.
Je décidais de me rappeler, et à Harry, ce qui se passait. "Les voilà, Harry," lui dis-je, levant la voix par-dessus le dernier petit couinement des freins.
Grinçant et couinant, le train s'arrêta enfin. De grands claquements se firent entendre sur toute sa longueur tandis que les portes des voitures étaient ouvertes. Les élèves s'en déversèrent en masse, inondant le quai comme un ras-de-marée. Je me tins sur la pointe des pieds. Ma tête tournait dans toutes les directions alors que je cherchais ma petite-amie. Mon cœur impatient commença à battre en anticipation de nos retrouvailles.
"Tu ressembles à un hibou nerveux, Ron," me dit Harry, imitant ma tête qui tournoyait. Je l'ignorais.
Pour une raison inconnue, Hermione semblait toujours me repérer avant que je la voie. Elle le fit à nouveau. Je vis un bras s'agiter furieusement au loin et, en dessous, une abondance de cheveux bruns épais et indomptés. Une fois de plus battu par ma petite-amie, je fis signe en retour et marchais vers elle.
"Tu as vu Hermione ? Est-ce que Ginny est avec elle ?" demanda anxieusement Harry en me suivant. Je remontais sur la pointe des pieds et repérais la tignasse rousse de ma sœur à côté et légèrement plus bas que les cheveux d'Hermione.
"Oui," dis-je à Harry. "Hermione me repère toujours avant que je la repère. Je me demande comment elle fait."
"Tu es l'une des personnes les plus grandes sur le quai, Ron," dit-il en riant. "Et on dirait que ta tête est en feu. Tout le monde peut te voir, même les gens qui ne te cherchent pas."
J'avançais sur le quai en direction d'Hermione, réduisant rapidement l'écart entre nous. L'anticipation était sur le point de devenir réalité et mon cœur essayait de sauter hors de ma cage thoracique. Le futur était sur le point de commencer, pour nous deux. Je répétais mes salutations dans ma tête. 'Salut Hermione, bienvenue à la maison, tu as l'air splendide.'
Alors que nous marchions, la foule s'écarta. Pas pour moi, évidemment, ils n'étaient absolument pas intéressés par moi. Ils se décalaient révérencieusement hors du chemin de 'l'Élu'. La raison n'importait pas tout ce qui comptait était que mon approche d'Hermione était facilitée par la présence de Harry. Tandis que la foule glissait et s'écoulait autour de nous, Harry et moi nous trouvâmes enfin face à nos copines.
Le sourire accueillant d'Hermione créait de petites rides aux coins de ses yeux et je ressentis l'effet physique de sa joie à la fois dans mon estomac et mon entrejambe. L'effet qu'elle avait sur moi était stupéfiant. J'avais essayé, mais je ne serais jamais capable de déterminer exactement quand les choses avaient changées.
Le temps s'arrêta.
Pendant des années elle avait simplement été là, se tenant à mes côtés pour le meilleur et pour le pire titillant, poussant, frappant, cajolant et disputant. Des années durant elle avait simplement été Hermione, mon amie énervante mais loyale. Cette année, nos longues périodes de séparation – moi à l'entraînement des Aurors, elle de retour à l'école – m'avait finalement prouvé combien elle était devenue une part de ma vie.
En la regardant, je découvris combien elle m'avait manqué. Son odeur m'avait manqué. Ces petits bruits d'agacement quand je faisais quelque chose qu'elle désapprouvait m'avaient manqué. La façon dont elle disait 'Oh, Ron,' quand elle était malheureuse et recherchait le réconfort et le soutien, et la façon totalement différente dont elle disait 'Oh, Ron' quand nous faisions l'amour m'avaient manqué.
Au cours des semaines tumultueuses et accablées de chagrin qui avaient suivi la bataille, j'avais découvert qu'il était possible que quelqu'un nous manque tellement qu'il y en avait des manifestations physiques. Les nombreux morts, mais Fred tout particulièrement, m'avaient inculqué cette rude leçon.
L'absence d'Hermione de ma vie était une sorte de vide entièrement différent. Mais les symptômes physiques de chagrin et d'amour étaient, je le découvris subitement, étonnamment similaires. Mon cœur tambourinant me rappelait son absence de ma vie. Qui aurait pensé qu'une peine de cœur puisse être une chose réelle ?
Elle se tenait juste devant moi, souriant toujours. Nos salutations autrefois amicales et familières étaient devenues timides alors que nous essayions de prendre en compte les changements dans notre relation. Je la regardais fixement. Elle était magnifique. Je l'avais regardé pendant des années, mais je pouvais à peine associer la fine vision aveuglante en face de moi avec la petite je-sais-tout autoritaire aux doigts tâchés d'encre que j'avais toujours connu. Elle portait une jupe courte en jean, et le chemisier semi-transparent noir et le gilet moulant brodé qu'elle avait portés, la première fois, avec une jupe noire pour l'enterrement de Colin Creevey. Ça avait été plus d'un an plus tôt, mais je n'avais pas oublié la tenue ça avait été bien longtemps avant que nous 'l'ayons fait' pour de vrai, et cette tenue avait alimenté mes fantasmes pendant des semaines.
Mes yeux la scrutèrent rapidement de la tête aux pieds, avant de remonter lentement. Ses chevilles étaient menues, bien formées, et pas du tout minces. Ses genoux étaient – je voulais embrasser ses genoux, réalisais-je – c'était normal, n'est-ce pas ? Je forçais mes yeux à remonter au-dessus de la ligne de ses hanches et de sa poitrine (plus de choses à embrasser) et enfin sur son visage. Mon cœur était devenu une massue j'étais certain qu'il allait réellement me casser les côtés.
"Salut Ron," dit-elle, un peu hésitante. C'était ridicule, depuis que nous étions devenus un couple, elle semblait toujours un peu nerveuse quand nous nous retrouvions. Peut-être que c'était la séparation forcée.
"Tu as l'air carrément canon," lui dis-je avec ferveur. Je me maudis. La salutation calme, polie et charmante que j'avais préparé fut bousculée hors du chemin par ma convoitise elle rougit et rit.
"Espèce de pervers obséquieux, Ron," dit dédaigneusement Ginny.
J'ignorais ma sœur, parce que je remarquais qu'Hermione appréciait en réalité assez mon commentaire.
Il semblait que Ginny n'allait pas laisser tomber, mais elle n'eut pas le choix. À l'instant où elle parlait, Harry avait dit "Salut Ginny" et s'était avancé. Ma sœur n'en dit pas plus. Elle ne pouvait pas, parce que Harry l'avait faite taire en couvrant sa bouche avec la sienne.
"Tu m'as manqué," dis-je à Hermione. Je me penchais et lançais mes bras autour de sa taille. La tirant dans une étreinte puissante, je me redressais, la soulevant dans les airs.
Puis je l'embrassais. C'était passionné à en avoir des bleus aux lèvres je ne pouvais m'en empêcher. Les souvenirs de la nuit solitaire de samedi dernier – quand Harry et Ginny avaient été au lit dans la chambre de Harry à l'étage au-dessus – revinrent pêle-mêle et je fis passer mes frustrations, mes désirs et mes fantasmes dans ce baiser. Sa réponse fut ardente et enthousiaste.
"Waouh," haleta Hermione quand nous nous séparâmes enfin. "Je pense que je t'ai vraiment manqué, je me trompe ?"
"Juste énormément," lui dis-je. "Bienvenue à la maison."
