Disclaimer : The Lodgers est l'oeuvre de Brian O'Malley.

Résumé : Elle ne devrait pas se tenir ici. Elle le sait. Il y a des endroits sur Terre qu'il faut laisser en paix. [The Lodgers]

Note de l'auteur : Cet écrit a été réalisé dans le cadre du concours d'écriture du Discord « Défis Galactiques » qui s'est tenu de la mi-septembre à la fin octobre 2023. Nous pouvions poster nos textes sur nos profils après le 30 octobre et les résultats seront donnés le 16 décembre. Les conditions étaient : Un minimum de 1.000 mots et un maximum de 10.000 mots (marge de 200 mots acceptée), un texte sur le thème de l'automne/d'Halloween/d'un légende (horrifique ou non).

Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : 100 façons d'incruster Marina dans une histoire (42/100) + 50 nuances de fandom méconnu (34/50) + Quatre aspects des… clips de L'Emprise (Mylène Farmer) : 1/4 : Rallumer les étoiles : Écrire un texte qui se passe dans une maison abandonnée ou écrire sur un souvenir d'enfance/d'adolescence + Titre du 17/09/2023 : Faire face au passé

Faire face au passé

Elle ne devrait pas se tenir ici. Elle le sait. Il y a des endroits sur Terre qu'il faut laisser en paix. Les âmes méritent le repos éternel. Pourtant, quelque chose l'attire sur ce domaine, l'appelle de ses voeux. Elle a juré à son arrière-grand-mère de ne jamais s'approcher de Loftus Hall. Rien de bon n'en sort et ceux qui y entrent ne reviennent jamais. La vieille dame est persuadée que son frère aîné y a été assassiné.

-Pardon, Granny.

Et malgré tout, aujourd'hui, elle se retrouve en Irlande, dans le comté de Wexford, dans cette nature luxuriante et assez oppressante, elle doit l'admettre. Le coeur battant, Marina Nally pousse la porte du portail entourant le large domaine et la referme précautionneusement derrière elle. Elle fait quelques pas, s'assure qu'on ne l'écoute pas et crie dans l'horizon:

-S'il y a des fantômes, je viens en paix, je ne veux pas vous embêter!

Sa voix, teintée d'un très léger accent français, résonne entre les chênes. Seul le croassement de quelques corbeaux rieurs lui répond. Elle a l'impression d'entendre pourtant des milliers de voix lui demander la raison de sa présence. C'est vrai, après tout, on ne pénètre pas dans un manoir abandonné de tous et même du temps lui-même pour simplement s'y promener. Les feuilles mordorées jonchant le sol craquent sous ses pas timides. La frondaison des arbres s'est amorcée, l'automne arrive. Suivant le chemin, elle aperçoit sur sa droite, après quelques minutes de marche, un immense lac à la surface lisse. Elle s'imagine aisément des amoureux discutant, assis sur la berge, ou échangeant des baisers discrets, loin des yeux inquisiteurs parentaux. Mais rapidement, un froid immense la glace, paralysant la moindre fibre de son corps.

Il s'est passé quelque chose ici.

Quelque chose de grave.

Quelque chose de lourd.

Selon Granny Kay, Loftus Hall n'a jamais tourné très rond. Il y vivait une famille qui écoulait ses jours loin de tous, ne sortant que pour les commissions, étant parfaitement recluse du reste du village. Et alors qu'ils ne rencontraient jamais personne et que personne ne rentrait dans cette immense maison, ils étaient toujours deux ou quatre, jamais un, jamais trois, jamais sans âme qui vive, et ils se ressemblaient tous tant que l'on imaginait des choses innommables. A l'époque, Grand Granny Maura, la mère de Granny Kay, était la tenancière du Nally's, la petite épicerie locale et elle servait de lavandière sur son temps libre pour arrondir ses fins de mois. Elle se rendait à la grande maison dans les bois pour prendre le linge sale, rendre le linge propre. La maîtresse de maison était toujours courtoise mais elle ne l'avait jamais faite rentrer. Le maximum avait été de la laisser s'asseoir sous le porche, un jour de pluie, épuisée par son labeur, le chemin et surtout par sa grossesse. Le lendemain, quand l'isolée était allée au magasin pour acheter des oeufs et du beurre, elle avait un oeil au beurre noir et des ecchymoses sur les poignets, sur les avant-bras.

Enfant, Marina n'avait pas compris.

Jeune adulte, désormais, elle réussit à percevoir les sous-entendus.

Ca ou elle a trop regardé Game of Thrones, au choix...

L'eau ondule, sûrement sous l'effet d'un poisson. Pourtant, la demoiselle a le sentiment de voir quelque chose flotter au-dessus de l'étendue aqueuse. Deux corps nus, un homme et une femme, sales de boue et de vase, dont les orteils touchent à peine ce qui doit être leurs cercueils. Des veines noires se dessinent sur leurs mollets, remontant vers leurs fesses, leurs dos. La forme féminine se retourne, l'observe, semble même sourire. La visiteuse bat rapidement des paupières.

Ils ne sont plus là.

-J'ai tellement la flippe que j'imagine des choses...

Poursuivant sa route, elle découvre des mûres sauvages au grain d'un magnifique violet profond.

-La mort se nourrit de la vie et inversement...

Elles poussent non loin d'un cimetière. La vue de ces tombes lui brise le coeur : oubliées de tous, elles penchent. Les mauvaises herbes les envahissent. Le lichen et la mousse s'incrustent dans le granit, menaçant de les ronger de l'intérieur. Comment peut-on laisser ainsi la dernière demeure d'êtres humains? Où est la dignité dans tout cela? Si elle avait moins peur et si elle était plus téméraire, elle serait repartie pour aller chercher de quoi les nettoyer: une bonne raclette en plastique, une brosse aux poils doux, ne serait-ce que pour retirer la crasse et la poussière. Elle n'a pas le produit nécessaire pour les traiter et éviter les tâches, pour les blanchir sans les endommager. La pierre tombale la plus récente date de 1921 et appartient à un certain Edward, mort l'année de ses dix-huit ans ou alors qu'il les vivait. Elle s'approche, s'agenouille et retire les feuilles qui s'amoncellent sur elle. Elle a toujours aimé ce prénom. A l'anglaise, pas cette version française à la fin qui sonne si sourd.

-Mon pauvre, si jeune...

A la base de la stèle, elle découvre, cachée dans la terre, une chaîne au bout de laquelle pend un médaillon. Il a l'air ancien même s'il est très sobre dans son style.

-On dirait de l'argent... C'est tellement rouillé...

Elle sort un mouchoir, frotte délicatement. Alors qu'elle nettoie la molette, il s'ouvre, révélant alors deux portraits dissimulés à l'intérieur, un garçon et une fille, jumeaux à en juger par leur ressemblance. Son émotion se change en inquiétude: elle devient folle, ce n'est pas possible autrement... L'adolescente qu'elle regarde est celle qu'elle a crue apercevoir au-dessus du lac...

-On se calme. Il n'y avait pas de dame. Tu as rêvé.

Elle le referme prestement, termine son ouvrage et trouve dans son sac à dos une vieille boîte. Elle ignore pourquoi elle l'a encore : sans doute a-t-elle voulu la jeter proprement mais l'a laissée traîner. Elle vérifie sa propreté à l'intérieur, utilise un autre mouchoir pour un peu plus de netteté et insère le bijou à l'intérieur. Elle place le coffret de fortune au pied de la tombe.

-Personne ne vient, dit-on. Mais on ne sait jamais : les voleurs, tout ça... et si jamais il n'y a personne, comme ça, il s'abîmera moins.

C'est ridicule de parler à voix haute à un mort. Cela la rassure peut-être face à ce silence lancinant. Pour autant, alors que le fond de l'air irlandais était frais, le vent se veut plus chaleureux et l'atmosphère moins lourde. Elle se relève. Elle est si proche du but, elle ne va pas reculer! Elle reprend son périple et sous peu, la bâtisse de Loftus Hall s'offre à elle. Les murs gris sont noircis par endroits. Les châssis sont dépourvus de fenêtres ou portent, pour certains, les stigmates d'un bris causé par une tempête. Quelques-uns ont un vieux voilage qui danse sur l'air de la nature. La mousse envahit certains recoins. Les branches et le lierre grimpent. Très géométrique, avec peu de fioritures l'exception de quelques gargouilles sur le toit, l'endroit lui rappelle, dans sa fausse simplicité, le Petit Trianon de Versailles. Il a l'air étendu. Elle devine les restes d'un parc.

La voix dans sa tête s'est tue.

Elle pense à son arrière grand-oncle Sean, lequel a mystérieusement disparu suite à une visite nocturne aux derniers habitants de ce manoir.

Qu'a-t-il ressenti face à cette maison?

Dans quel état était-elle quand il l'a aperçue? Ce n'était il n'y a pas si longtemps que cela, après tout. La jeune femme tend la main vers le bois vermoulu de la porte d'entrée. Mais ses doigts n'ont même pas le temps d'effleurer une rainure qu'elle s'ouvre devant elle, comme si la demeure l'accueillait les bras ouverts. Ses oreilles sifflent sous l'effet du stress. Ses phalanges tremblent.

-Je ne sais pas s'il y a quelqu'un… dit-elle d'une voix si claire qu'elle s'étonne elle-même. Mais s'il y a quelqu'un… Je viens en paix. Je ne veux pas déranger ou manquer de respect. Je viens juste chercher ma réponse et je m'en vais…

Elle finit par enfin passer le seuil. Le grand hall est décrépi mais sous les stigmates du temps, la visiteuse devine la magnificence du lieu d'autrefois. Un immense escalier blanc mène à l'étage. Les rampes ont des moulures travaillées, le plafond a des corniches assez baroques. Chose étonnante : s'il y a des traces de dégâts des eaux, elles paraissent inversées, comme s'il avait plu sur le plafond, qu'il avait été le sol jadis. Les murs ont souffert de l'humidité. Pour autant, par chance ou par miracle, les tableaux n'ont pas été touchés. Les yeux de Marina se posent sur celui à côté du guéridon et elle reconnaît les adolescents du médaillon. Montant quelques marches, elle en observe un qui semble dater du XVIIIème siècle. Habits différents, mêmes personnages. Les scènes changent, les visages demeurent. C'est en retournant sur ses pas qu'elle découvre une trappe devant la première marche. Une poussée de curiosité lui intime de l'ouvrir. Elle s'y refuse : qui sait ce qu'il y a dedans ! Puis, plus effrayant encore que le silence, un chant s'élève.

Girl, child, Boy, child, listen well

Be in bed 'fore midnight spell

Never let a stranger through your door

Never leave each other all alone

Good sister good brother be

Follow well

These cautions three

Long as your blood

Be ours alone

We'll see you ever

From below.

Elle doit être folle ou suicidaire. Les deux, peut-être. Elle remonte l'escalier, prenant garde de ne rien briser. Sur le sol en chêne plein de trous de mites, elle remarque un couteau fiché dans une latte. La voix la mène a une chambre délabrée. Le rideau du lit à baldaquin est jauni le soleil, poussiéreux. Les draps, rongés par les insectes, portent des traces brunes sèches. La porte de la pièce se ferme brusquement derrière elle, la faisant sursauter.

-N'aie pas peur.

Elle manque d'hurler. Elle ne sait pas ce qui la retient. Devant elle, le jeune homme du médaillon se tient. Il flotte dans l'air. On voit à travers lui en transparence.

-Je m'en vais… je ne voulais pas déranger la maison…

-La maison ne te fera rien, Marina Nally.

Face à son expression incrédule, il a un léger sourire.

-Tu crois que je ne saurais pas reconnaître le sang de Kay ?

Il s'assoit sur le matelas.

-Tu as hérité de son bon coeur. Kay a toujours été gentille avec nous. Surtout avec Rachel. Je l'ai très peu vue.

-Vous êtes… Edward ? Demande Marina

-C'est bien moi.

Il lui désigne une chaise, l'invite à s'asseoir.

-Tu as le bon coeur de Kay. C'est elle qui m'a enterré.

-Granny Kay est entrée ici ?! Elle m'a toujours dit de ne pas le faire !

-Elle n'a pas foncièrement tort. Mais elle a fait comme toi : elle est entrée en disant qu'elle venait juste voir comment j'allais. Ma sœur ne venait plus, on la disait partie. Kay a voulu s'assurer que j'allais bien ou que j'étais parti avec ma jumelle. Et quand elle m'a trouvé mort, elle m'a porté comme elle l'a pu, elle a creusé ma tombe elle-même et s'est arrangée pour que j'ai le médaillon de Rachel.

-Comment êtes-vous… mort ?

Elle ne réalise toujours pas qu'elle parle avec un fantôme.

-Je suis mort à cause de ma propre peur.

Elle ne comprend pas mais n'ose pas demander plus.

-Que sais-tu de cet endroit ?

-Que ceux qui y vivaient ne sortaient que peu. Et que ceux qui voulaient y rentrer ne le pouvaient pas. Ou alors, ils n'en ressortaient pas. Toujours deux voire quatre, jamais un, jamais trois. Et… s'ils ne sortaient jamais mais étaient toujours deux ou quatre, alors…

-Dis-le.

Elle regarde nerveusement la porte. Il a un léger sourire amical.

-La maison ne te fera rien, Marina Nally. N'as-tu pas senti le vent après avoir pris soin de ma tombe ? C'était elle qui t'accueillait. Elle a senti ta sincérité. Tu es là pour Sean, n'est-ce pas ?

Ses yeux s'illuminent.

-Vous l'avez connu ?

-Connu ? Mais c'est lui qui m'a tué.

Marina sent son coeur cesser de battre. Edward va-t-il se venger sur elle ? Va-t-elle mourir ici ?

-Ne le pense pas monstrueux. Poursuit-il. Ce n'était pas son genre. Ce n'était pas de sa faute non plus. Dis-moi, as-tu compris la comptine que tu as entendue ?

Elle acquiesce.

-Fils, fille, écoute bien. Sois au lit au son de la cloche de minuit. Ne laisse jamais un étranger entrer dans ta maison. Ne vous abandonnez jamais. Si vous suivez ces trois règles, alors nous veillerons toujours sur vous depuis le dessous. Explique-t-elle

-Cette maison était maudite. Révèle-t-il

Le regard d'Edward se perd dans la contemplation de l'extérieur.

-Il y a longtemps, très longtemps, un frère et une sœur de sang se sont aimés comme un mari aime sa femme. Cet amour illicite a porté un fruit. Ils ont été chassés de chez eux et ils se sont réfugiés ici. Quand le couple originel est mort, leur peur et leur colère envers les autres a crée la malédiction. Cette comptine est la malédiction elle-même.

-Ne pas laisser entrer d'étranger, ne jamais s'abandonner… Les enfants du couple premier ont répété le même schéma… et comme il y a toujours eu des jumeaux...

Il reporte son attention sur elle.

-Ma sœur, Rachel, voulait fuir tout ça. Briser le cercle vicieux. Moi, j'avais trop peur. Peur des représailles du dessous qui nous protégeaient tant qu'on obéissait. Peur parce que j'ai vu les esprits forcer mon père à noyer ma mère quand elle a voulu se rebeller. Le jour de nos dix-huit ans, Sean est revenu au village. Il a protégé ma sœur face à des idiots qui se montraient discourtois. Il y a eu entre eux une attraction, une étincelle. Il a vu en elle une fille rejetée comme lui et elle, elle a vu en lui l'espoir et le courage qui lui manquaient. C'était un homme bien, Sean. Malgré tout ce qu'on a pu lui dire, il est venu pour elle. Il a combattu la maison pour la sauver.

-Il a combattu la maison ?

L'air du revenant est grave.

-Il est entré dans la maison, passé minuit. Il a dit venir chercher Rachel, ne vouloir de mal à personne, juste l'emmener parce qu'elle voulait partir. Les autres ont commencé leur maléfice. Les portes de sortie se sont fermées. De l'eau est sortie de la trappe. Et ils m'ont possédé pour que je l'arrête. C'était un vétéran de guerre. Même avec une jambe en moins, à moi seul, je ne faisais pas le poids. J'ai réussi à lui planter la main sur le plancher jusqu'à ce que Rachel se libère et sorte.

Marina sent son corps devenir très froid. Le couteau sur le sol, fiché…

-Sean m'a blessé dans notre bagarre. Il ne l'a pas fait exprès, il s'est défendu, c'est tout. Il a continué à braver la maison. Mais les esprits ont attiré Rachel dans la trappe. Il a plongé pour la sauver.

-Et ?

Ca y est. Elle va savoir. Elle va enfin savoir ce qui est arrivé à son arrière grand-oncle, cet homme que Granny Kay aime tant mais dont elle prononce si peu le nom !

-Rachel a tenté de l'aider. Mais les autres l'ont emmené toujours un peu plus profondément dans leur monde.

Elle ferme les yeux, tentant de retenir la bile qui monte dans sa gorge.

Granny Kay avait raison.

Sean est mort assassiné à Loftus Hall le soir où il y est allé.

Il est mort en héros, il est mort par amour.

Cela ne change rien au fait qu'il a été tué, qu'il a eu le temps de se voir partir, d'avoir peur, d'avoir mal.

-Et Rachel ?

-Elle a survécu. Elle n'a pas écouté les supplications des autres lui intimant de revenir vers eux, qu'ils lui pardonneraient. Elle est remontée à la surface par le lac près de notre maison. Elle est revenue me voir ici-même et m'a assisté dans mes derniers instants. Puis elle a pris ses affaires et elle est partie, abandonnant son médaillon sur la tombe de notre mère. Le sort est brisé. Les esprits sont toujours là. Mais désormais, tout le monde peut venir et sortir.

-Il ne reste rien de Sean ici ?

-Les autres avaient rendu à Rachel sa prothèse de jambe. Elle l'a trouvée au pied de l'escalier. Elle l'a prise avec elle.

Un bruit sourd émane du rez-de-chaussée. La porte, elle, s'ouvre. Edward se lève, accompagne son invitée. A côté de la trappe, il y a désormais une montre à gousset. Marina se tourne vers l'ancien propriétaire des lieux.

-Prends-la.

Elle s'agenouille, la récupère, l'ouvre… et découvre avec émotion une vieille photo, en noir et blanc, de Granny Kay adolescente avec Grand Granny Maura et surtout, elle découvre le visage de Sean. Dans sa douleur, son arrière grand-mère n'avait jamais affiché de photos de lui. Du moins, c'était ce que son arrière petite-fille pensait.

En réalité, il suffit à son aïeule de la regarder pour voir son frère disparu.

-Merci… Je sais que Granny Kay aura mal. Mais elle saura enfin.

-Je suis désolé qu'il ait dû mourir. Il aurait rendu Rachel heureuse s'ils avaient pu vivre ensemble.

La porte principale s'ouvre.

-Tu prendras en repartant le médaillon sur ma tombe. Je t'en fais cadeau. Peut-être trouveras-tu ta Rachel. Le destin est parfois étrange.

Elle est ridicule, elle le sait, à éprouver une certaine tristesse à l'idée de l'abandonner. Cette maison a causé la perte de son arrière grand-oncle et pourtant, elle n'en veut pas aux ancêtres de cette demeure.

-J'aimerais revenir. Dit-elle

Le spectre bat des paupières, incrédule.

-Je voudrais nettoyer et réparer les tombes. Les entretenir. Personne ne mérite d'être oublié. Et puis… Je veux que les ancêtres soient en paix. Je ne suis pas ravie de la mort de Sean. J'aurais aimé qu'il vive et ait fait sa vie quelque part. Mais je ne leur en veux pas. Ils pensaient vous protéger. Ils se protégeaient. Si cela peut leur apporter un peu de paix, je leur pardonne pour Sean.

Le fantôme sourit.

-Je crois qu'ils seraient ravis. Au revoir, Marina Nally. La maison t'accueillera toujours en amie.

Le soleil l'éblouit alors qu'elle sort. Elle se retourne dans l'espoir de voir Edward une dernière fois mais le domaine est déjà fermé. Elle se sent si vide qu'elle se demande si elle n'a pas rêvé. Pour autant, elle obéit et récupère le bijou laissé auprès de la stèle. Elle le passe à son cou, la montre à gousset de Sean bien accrochée à sa ceinture, nichée dans sa poche. Elle referme la grille extérieure, remonte le sentier pour retourner au village. Perdue dans ses pensées, elle bouscule un jeune homme.

-Je suis navrée, je ne l'ai pas fait exprès ! Je ne vous ai pas fait mal ?

-Je n'ai rien. Vous revenez des bois ? Vous avez dû vouloir voir Loftus Hall. Tout le monde veut y aller mais personne n'ose y entrer.

Marina lève les yeux, sent l'étrange mélange entre le coup de foudre immédiat, la stupeur et un soupçon de crainte aussi.

-Je m'appelle Eugene et vous ?

-Marina… Marina Nally.

-Comme l'ancienne épicerie ?

-Mon arrière arrière grand-mère la tenait…

Eugene ressemble trait pour trait à la photo de Rachel qui gît sur son coeur.

FIN