Je ne sais pas ce que je suis en train d'écrire.
On va dire que c'est expérimental.
Chapitre 6 : Restriction II
« Tu n'as jamais vu son visage. Qui sait si tu n'auras pas une mauvaise surprise... »
« Je ne l'aime pas pour son visage », rétorqua le chevalier du Lion.
« C'est vrai qu'elle est bien roulée, du moins pour une étrangère... »
Le poing serré, Aiolia se leva d'un coup ; il n'aurait jamais dû s'arrêter dans le quatrième temple. Ce ne fut que l'approche d'une froide cosmo-énergie familière qui l'empêcha de déclencher un combat de mille jours et mille nuits.
« Camus... » murmura Deathmask en jetant au Français un regard ironique.
« Je vois que les discussions sont toujours aussi profondes, ici. »
« Epargne-nous ta condescendance, veux-tu. »
« Je cherche Milo. Il n'est pas dans sa maison. »
« Ton copain est au bordel. Il a bien dû s'amuser cette nuit. »
« Je croyais qu'il n'y allait plus. »
« Hé bien, il y retourne depuis qu'il doit gérer le dépucelage de Shaka. »
« Le QUOI ?! »
Camus avait perdu d'un coup toute sa belle prestance et son impassibilité. Aiolia aussi semblait incrédule.
« Qu'est-ce que tu dis... » balbutia le Grec.
« Ce que je raconte est la pure vérité. Padre Pio a demandé à Milo de lui faire rencontrer des gourgandines, et même des professionnelles. Il veut enfin essayer un archet trop longtemps resté dans son étui. »
« Ce n'est pas possible... »
« Vous l'aviez bien entendu dire qu'il voulait devenir un homme comme les autres. Apparemment, le bouddhiste a le caleçon qui lui démange… Reste à trouver la bonne corde à raboter. Ou le bon archet pour raboter ses cordes. Milo pense qu'il est homo. »
« Non ! » s'égosilla Aiolia à son tour.
Pas plus tard que tout à l'heure, quand il avait traversé sa maison, il l'avait vu l'Indien occupé à lire le Kamasutra… Mais il pensait que c'était dans un but purement scientifique.
« Alors si l'un de vous veut se dévouer pour lui faire son affaire... » conclut Deathmask.
« Je décline », répondit Camus.
« Moi aussi », ajouta Aiolia, les mains en avant.
« Attends, tu n'es pas encore fiancé », opposa Deathmask. « Et il y a une grosse récompense. »
« J'apprécie Shaka, mais je ne veux pas faire ce genre de choses avec lui. »
« Dommage… Milo avait demandé à Ikki aussi. Mais il s'est barré. On ne sait pas pourquoi. »
Lorsque Milo ouvrit les yeux, il crut d'abord se trouver dans la pièce de repos de son temple. Cependant, le confort du lit ne correspondait pas. Et il était nu… Sa tête lui faisait un mal terrible. Il discerna des meubles… réalisa qu'il se trouvait dans une chambre du Dionysos. Sur les draps blancs, un long cheveu roux...
« Zeus nous a offert une nouvelle vie, et voilà comment tu la gaspilles », déclara soudain une voix calme et froide.
« Camus ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Allez, lève-toi Milo. »
Mais la vue du cheveu roux avait réveillé chez le Grec des bribes de souvenirs. Hier soir, il était venu ici avec Pyra… Elle s'était serrée contre lui… Elle lui avait dit des choses… Elle lui avait fait des choses… Et ensuite…
Oh Milo, vas-y, continue, tu es si rapide !
« Milo, tu m'écoutes ? »
Oh Milo, je ne savais pas que tu pouvais toucher ce point avec ta Scarlett Needle !
« Je crois que tu as besoin de boire de l'eau. »
Ooooh Milo, oh, oh, aucun chevalier ne sait combler une femme comme toi !
« Tiens, bois ça. »
D'accord Milo, mon amour, j'accepte d'être ta concubine officielle…
« PFFFFFLLLLL »
Milo manqua de s'étouffer avec sa gorgée.
« Où est Pyra ? »
« Je l'ai envoyée dans la salle de bains pour qu'elle se rhabille. »
A ces mots, la jeune femme parut dans son chitôn jaune. Ses yeux papillonnèrent à la vue du Scorpion.
« Milo… Je n'ai rien pu faire... »
Camus, tout en armure, leva les yeux au ciel.
« Ce n'est pas grave, Pyra... »
Le Verseau ramassa les vêtements de son ami qui gisaient sur le sol. La courtisane en profita pour courir vers Milo, et se saisit de son bras musclé.
« C'était magique tu sais... » dit-elle. « Non, c'était épique. »
Milo la regarda avec un air doux.
« Vraiment ? » fit-il.
« Tu ne peux pas imaginer, je me suis demandée si tu n'étais pas Zeus, caché sous un déguisement. »
« Je ne suis pas Zeus, je suis juste moi... »
Camus poussa un soupir, puis jeta les vêtements du Scorpion sur le lit.
« Attends Pyra, il faut que je mette mon pantalon », s'excusa ce dernier.
« Juste un dernier baiser... »
« D'accord. »
Ils s'embrassèrent, tandis que le chevalier des glaces prenait son mal en patience.
Lorsque Milo fut enfin dehors, la rencontre avec le soleil fut difficile.
« Pourquoi tu es venu me chercher au juste… Une nouvelle guerre a tout de même fini par éclater ? Athéna est en péril ?! »
Il avait presque l'air enthousiaste.
« Pas du tout. Je croyais que tu avais décidé de ne plus fréquenter ce genre de tripots... »
« C'est à cause de Shaka... »
« C'est donc vrai cette histoire ? »
« Oui. Mais tu vois, si je n'y étais pas retourné, moi et Pyra nous ne nous serions pas... »
« Sérieusement, tu ne vois pas qu'elle te mène complètement en bateau ? »
« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
« Mais réfléchis un peu avec ta tête, au lieu d'utiliser un autre organe. »
« Elle m'a dit qu'elle m'aimait. »
« Et tu la crois ? »
Ils rallièrent rapidement les Douze Maisons. Dans le temple de la Vierge, ils croisèrent son gardien, occupé à lire une récente édition grecque du Kamasutra.
« Milo du Scorpion, je dois te parler », déclara l'ancien moine, en levant les yeux de son livre.
« Qu'y-a-t-il Shaka ? »
« Tu n'as pas eu de nouvelles d'Ikki depuis hier ? »
« Non... Il a ses humeurs, j'ai l'impression. »
« Tu aurais dû me le dire, que tu allais lui parler de ma recherche... Que c'était lui l'homme dont tu m'avais parlé. »
« Je ne pouvais pas deviner que ça te poserait problème. »
« De toute façon », intervint Camus, « presque tous les chevaliers d'or sont au courant. Masque de Mort n'a pas la langue dans sa poche. »
« Peu m'importe qu'ils le sachent. Seulement, il y a des personnes avec qui je préfère ne pas discuter de ce genre de choses. »
« Alors pourquoi me demandes-tu des nouvelles d'Ikki ? » s'étonna Milo.
« Il m'a dit... »
« Quoi ? »
« Que nous pourrions devenir amis. »
La courtisane rousse traversa la moitié des douze temples sans encombre, sa valise à la main, prête à s'installer dans la Maison du Scorpion. Il ne lui restait plus que la Maison de la Balance à traverser, qui était vide.
Du moins, elle aurait dû l'être…
« Mademoiselle », dit une voix en français.
C'était Camus du Verseau, droit, sa cape flottant au vent, ses sourcils fourchus toujours froncés en une attitude menaçante.
« Nous devons avoir une petite discussion au sujet de notre ami commun. »
Quelques minutes plus tard, elle se trouvait assise à une table, dans une petite pièce du temple rond.
« Pourquoi Milo ? » se contenta de demander le chevalier d'or, qui lui faisait face. « Parle librement. Je ne lui répéterai rien. Et de toute façon, j'apprendrai la vérité à un moment ou à un autre. »
Pyra baissa les yeux, sentant une nouvelle fois que ses charmes seraient sans effet sur lui. Par pragmatisme et aussi par peur, elle décida d'être honnête.
« En réalité… J'ai fait une enquête sur lui. J'ai interrogé les femmes avec qui il avait passé du temps, et j'en ai déduit qu'il ne me taperait pas dessus, et qu'il était gentil. »
« C'était cela, ton critère numéro 1 ? »
« Bien sûr, je ne suis pas masochiste ! Les soldats suivent des entraînement si durs que ça en rend certains complètement fous, après ils cognent sur tout ce qui bouge. Et en ce qui concerne Milo, je me méfiais, à cause de son petit sourire en coin. »
« Bon. Et après ? »
« J'ai appris d'autres choses qui m'ont décidée. Il ne demande pas de faire des chose glauques au lit, il est plutôt classique. Et il ne force pas. »
« Heureux de l'apprendre. »
« D'après mes sources également, il se lave souvent. Il va aux bains après son entraînement. »
« Donc il ne sent pas mauvais. »
Pyra hocha la tête.
« Pour couronner le tout, mais je n'en attendais pas tant, il est bien fait de sa personne, et on m'a raconté qu'il savait faire des choses à distance avec son ongle pour satisfaire les femmes, ce dont j'ai eu la preuve cette nuit. »
« Certaines auraient fait passer ce critère en premier, mais tu sembles être une femme réaliste, et très intelligente. »
« Merci. Je veux me mettre à l'abri et je pense que j'aurais du mal à trouver mieux. J'en ai assez de devoir supporter tous ces soudards pervers, et je ne veux pas finir comme mes parents. »
« Comme tes parents ? »
« Ils étaient si pauvres qu'ils m'ont vendue à des trafiquants quand j'étais plus jeune. »
« Seigneur... » murmura Camus.
« A un moment, un vieil hibou nommé Gigas m'a rachetée au réseau et m'a donnée au Grand Pope pour que je lui serve d'échanson. Vous connaissez la suite. »
« Ce sont des informations aisées à vérifier. »
« Je ne vous mens pas. Voilà, c'est pour cela que j'ai choisi Milo. Il est vrai que je lui mens quand je lui dis que je l'aime, et que j'ai tout fait pour devenir sa maîtresse, en lui disant ce qu'il voulait entendre. Mais je ne lui veux pas de mal. »
« Pourquoi ne pas quitter le Sanctuaire ? »
« J'ai peur que le réseau auquel j'appartenais me retrouve, et les hommes à l'extérieur ne sont pas très différents d'ici. Au moins ici, ils servent à quelque chose ! »
« Justement. Milo risque de mourir au combat. »
« Il m'a dit qu'il allait bientôt prendre sa retraite et être remplacé… Et s'il vient tout de même à mourir, j'aurai une pension. »
Camus réfléchit quelques instants.
« Bon », transigea-t-il. « D'accord. Tu peux traverser ce temple. »
« Vraiment ? »
Le visage de la jeune femme s'illumina de soulagement. Elle traversa la Maison de la Balance, puis clopina jusqu'à celle du Scorpion.
« Ça te dit un billard ? » tenta Hyôga, toisant le Phénix revenu de Grèce visiblement déprimé.
Ikki était étendu sur l'un des nombreux canapés du Manoir, ses chaussures posées à même le tissu coûteux.
« Si Tatsumi voit que tu n'as pas enlevé tes chaussures, il va faire une crise cardiaque », commenta le Russe.
« Je me contrefous de ce que Tatsumi peut bien penser », répondit laconiquement le Phénix. « De toute façon, il n'osera pas me dire quoique ce soit. »
« Et ce billard ? »
« Demande à Shun. »
« Il est parti voir un film. Il t'avait demandé si tu voulais l'accompagner. »
« Moi et Shun nous n'avons pas vraiment les mêmes goûts cinématographiques, au cas où tu ne t'en serais pas aperçu... »
« Bon. Alors il ne me reste plus qu'à faire un tour au zoo. »
« C'est ça. Va voir les pingouins et les ours polaires. »
« Ils me manquent tu sais. »
Ikki faillit rire, puis il regarda son camarade, qui avait l'air tout à fait sérieux. La lumière s'était éteinte, et ses cheveux donnèrent l'illusion d'être sombres. Ses yeux bleu clair semblèrent plus clairs encore, par contraste, d'un bleu glacé. Puis la lumière revint, et ses cheveux lui parurent alors trop blonds, mal coiffés, faisant un désordre de mèches autour de ses sourcils.
« Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? » s'étonna le Cygne.
« Pour rien. Dégage et fous-moi la paix maintenant. »
« Qu'est-ce que tu as en ce moment ? T'es flippant, tu le sais ? »
Le Russe quitta la pièce. Ikki resta de longues minutes à contempler le plafond à moulures. Il éleva sa main droite, puis en posa le bout des doigts sur sa joue.
« Pourquoi je pense encore à ça ? Je préférerais encore me battre... »
Il se leva, descendit aux cuisines. Merde... Hyôga était là aussi.
« Le zoo va fermer », annonça Ikki.
« Justement… Du coup j'ai changé de programme. »
Il sortit une bouteille de vodka d'un placard.
« Un verre Ikki ? Ça va te faire du bien... »
De désespoir, le Phénix hocha la tête. Hyôga leur servit deux verres, puis inspecta l'un des frigos.
« Comment vous faites pour manger du poisson cru, cela me dépasse... »
« Tu ne sais pas ce que tu rates », répliqua Ikki.
Il but sa vodka d'un coup.
« C'est pas du saké tu sais... » commença Hyôga. « Quoi ? Qu'est-ce que j'ai ? »
Il s'inspecta.
« Rien du tout », répondit Ikki, baissant les yeux.
Il resta silencieux, l'air pensif. Hyôga préféra ne pas le sortir de son silence.
« Dis-moi, tu sais écrire en anglais… Ou en grec ? » finit par dire Ikki.
« Les deux. »
« Est-ce que tu pourrais écrire quelque chose pour moi ? »
« Là, maintenant ? »
« Oui. »
Hyôga se saisit d'un bloc-notes et d'un stylo posés sur un comptoir.
« Vas-y, j'écoute. »
« Ecris… Viens au Japon. »
« Viens au Japon, ensuite ? »
« C'est tout. »
Le Russe lui tendit le papier. Ikki le recopia, en ajoutant un mot.
Viens au Japon.
Ikki
Il trouva Tatsumi occupé à superviser la réparation d'un piano.
« Tatsumi, peux-tu faire parvenir ça au Sanctuaire ? »
« Où, au Sanctuaire ? »
« La Maison de la Vierge. »
« Bien sûr Ikki, je vais faire partir un télégramme sur le champ. »
« Merci. »
Le lendemain, le majordome vint le trouver pour lui dire qu'un appel venait de Grèce, un homme demandant à lui parler.
Le ventre noué, Ikki alla décrocher le combiné.
« Allo ? »
« Ikki… J'ai reçu ton message. »
Il reconnut la voix immédiatement, plaquée contre son oreille, dans une intimité qui les coupait du reste du monde.
« Shaka... » murmura-t-il.
Il s'attendait à un refus. Pire, à des moqueries.
« Quand veux-tu que je vienne ? » dit alors la voix.
Il pouvait l'entendre respirer. Le nœud dans son ventre se dénoua, son cœur se souleva.
« Dès que tu le peux », s'entendit-il répondre.
à suivre
