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Chapitre 7 : A l'Est, du nouveau


Vêtu d'un survêtement orange, Shun d'Andromède venait d'entrer dans l'un des nombreux petits salons du Manoir. Là, devant une énorme télévision de cinquante centimètres de côté, et un ordinateur dernier cri, Seiya et Hyôga jouaient à Street fighter.

« Où est mon frère ? » demanda l'arrivant à ses camarades.

« Il est parti accueillir Shaka à l'aéroport », répondit Seiya, qui avait momentanément délaissé l'appartement qu'il partageait avec sa sœur pour rendre visite à ses amis.

« J'avais oublié… » dit Shun. « Pourtant cela fait plusieurs jours que je le vois en train de parcourir des guides touristiques… Il m'a dit qu'il ne connaissait pas son propre pays, mais qu'il devait le faire visiter à Shaka. »

« Qu'il 'devait' ? Est-ce que ce serait Saori qui lui aurait demandé ? » s'interrogea Seiya. « Je trouve ça un peu bizarre... »

« Inattendu », corrigea Hyôga. « Mais j'ai renoncé à essayer de le comprendre. En tout cas, ce que je sais, c'est que tout cela n'a rien à voir avec Saori. C'est Ikki lui-même qui a invité Shaka à venir au Japon. Il m'a même fait écrire son message. Hier, il m'a aussi parlé de lui. »

« De Shaka ? »

« Oui. »

« C'est plutôt une bonne nouvelle », dit Seiya en reposant sa manette. « Ikki reste toujours seul, ça lui fera du bien de fréquenter des gens et de sortir un peu de son volcan. Il pourrait enfin mener une vie normale. C'est pour cela que nous nous sommes tant battus après tout. Mener une vie normale, entouré de nos amis, dans un monde en paix. »

« Cela me fait penser à quelque chose », murmura Shun. « Un jour, Mû m'a dit que Shaka n'avait jamais vraiment fraternisé avec les autres chevaliers d'or. Ce sont eux qui ont commencé à lui parler après la Bataille du Sanctuaire. Mais lui restait toujours en retrait. »

« Alors nos deux ermites sont faits pour s'entendre », conclut Hyôga.

« Pourtant », opposa Seiya, « Ikki n'était pas aussi solitaire quand il était enfant, même s'il avait son petit caractère. C'est l'Ile de la Mort qui l'a rendu ainsi… Et malgré qu'il ait changé par la suite… Il n'est jamais redevenu tout à fait le même. »

Shun baissa les yeux, attristé.

« Allez, c'est reparti ! » s'exclama Hyôga en relançant le jeu.

Son personnage prit celui de Seiya par surprise et l'envoya au tapis, avec moult giclées de sang.

Andromède fit la grimace.


L'air plus taciturne et misanthrope que jamais, Ikki maudit une fois de plus la décision qu'il avait prise sur un coup de tête. Le souhait de Shaka de vivre comme tout le monde n'avait pas arrangé les choses : alors qu'il pouvait aisément replier l'espace et apparaître à Tokyo en quelques minutes, le chevalier d'or avait choisi de prendre l'avion comme le commun des mortels. Et voilà que lui se retrouvait à Narita à l'attendre, au milieu d'une foule de voyageurs qui lui faisait instinctivement hérisser le poil. Heureusement, l'atmosphère finit cependant par changer. Une brise rafraîchissante et dorée sembla envahir le hall... Ikki n'eut pas à vérifier le panneau des arrivées pour savoir que Shaka se trouvait ici ; le cosmos gigantesque qu'il ressentit, à la fois paisible et triste, le lui fit comprendre. Pourtant, l'ancien moine n'était visible nulle part.

« Où es-tu ? » murmura-t-il.

Et soudain, un homme vêtu étrangement se tenait devant lui. Une valise à la main, le visage caché par des lunettes noires et une casquette, portant une chemise à fleurs hawaïenne, un bermuda vert kaki, des chaussettes dans ses sandales, et un appareil photo conséquent autour du cou.

« SHAKA ?! » s'exclama Ikki.

« Bonjour, Ikki. »

« Mais… pourquoi cette tenue ? »

« Hé bien, comme tu m'as dit que nous allions faire du tourisme, j'ai pensé qu'il fallait que je m'habille en conséquence. On m'a alors indiqué qu'un touriste devait s'habiller ainsi. »

Ikki fronça ses épais sourcils.

« Qui ça, 'on' ? »

« Ben c'est moi ! » fit une voix aiguë que le Japonais reconnut avec terreur.

Une petite tête rousse sans sourcils jaillit de derrière la chemise hawaïenne. Oh non, pas lui ! pensa Ikki.

« Kiki ? Qu'est-ce que tu fiches ici ? » dit-il à voix haute.

« Ben Shaka n'a jamais pris l'avion, alors Maître Mû m'a envoyé l'accompagner pour l'aider, et comme ça j'vais pouvoir revoir tous mes copains ici au Japon ! Au manoir, à l'orphelinat... »

« Merveilleux... » ironisa Ikki.

« Tu sais, j'ai vu le passeport de Shaka, il ne s'appelle pas Shaka mais Shakunt Mishra ! »

« Merci de me transmettre cette information cruciale. »

Shaka ôta ses lunettes de soleil, découvrant ses grands yeux bleus maintenant ouverts en permanence.

« Bonjour Ikki, je suis heureux de te revoir. Mais j'ai l'impression de dépareiller au milieu de tous ces gens. »

« C'est normal, tu es en short et nous sommes en hiver », expliqua Ikki, essayant tant bien que mal de cacher son trouble.

« Moi j'trouve qu'il est très bien habillé ! » protesta Kiki.

« C'est vrai que tu es une référence en la matière. »

« Pourquoi tu n'as plus ton pantalon rouge ? » demanda l'enfant.

« Cela fait longtemps que je ne le mets plus, il était trop court. »

« Ouais ben moi j'trouve que ça t'allait mieux que le noir ! »

« Je devrais peut-être changer de tenue », déclara Shaka avec sagesse. « Je vois justement un magasin qui semble vendre des vêtements. »

Il désigna de son doigt bouddhique une boutique qui affichait les mots « Christian Dior » et « Hors taxes ».

« Non Shaka, attends une min... »

Mais il était trop tard. Shaka était entré dans la boutique Christian Dior. Devant les vendeurs médusés, il sortit une trousse de toilette à motifs Bouddhas, en extirpa d'énormes liasses de billets, et demanda, dans un anglais impeccable : « Je souhaiterais une nouvelle tenue pour l'hiver. Et pour cet enfant, là, aussi. »

Une demi-heure plus tard, il sortait totalement rhabillé et tout à fait élégant. Quant à Kiki, il paradait avec son nouveau pull en cachemire et ses baskets à strass, puis fit le pitre sur la rampe d'un escalator. Mais c'était Shaka qui semblait le plus attirer l'attention.

« Pourquoi tous ces gens me regardent-ils ? » s'étonna Shaka.

« Parce que tu es beau », répondit Ikki. « Et exotique, j'imagine. »

« C'est pour cela qu'ils te regardent aussi », crut comprendre l'Indien.

« Hein ? »

« Parce que tu es beau. »

« Non, ils me regardent parce qu'ils pensent que je fais partie de la pègre. »

Regarde… C'est sans doute un yakuza, murmura un voyageur à un autre.

« C'est vrai que t'as toujours l'air franchement patibulaire », dit Kiki avec un sourire taquin.

« Ikki », dit alors Shaka, « tu m'avais parlé d'un tournoi d'arts martiaux... »

« C'est ce soir. Cela t'intéresse toujours ? »

« Bien sûr », dit Shaka, qui regardait tout autour de lui avec ce qui semblait être une grande curiosité.

Ikki constata avec satisfaction que l'ancien moine n'avait plus l'air pincé qu'il avait au Sanctuaire.


« Ça alors, Kiki ! » s'exclama Seiya. « Si je m'attendais à ça ! Tu as bien grandi dis donc... »

« Mais sa voix et son cerveau n'ont toujours pas mué », déclara Ikki, en s'avançant dans le salon.

Derrière lui venait Shaka, noble et digne dans ses nouveaux vêtements.

« Je vous remercie de m'accueillir », déclara-t-il, avec un salut indien.

Seiya se frotta les cheveux.

« J'ai failli ne pas le reconnaître. »

« Pourtant il a toujours son bindi sur le front ! » signala Kiki.

« Sois le bienvenu », dit Hyôga au nouvel arrivant.

Puis il marcha jusqu'à lui, et posa une main sur son épaule, les yeux larmoyants.

« J'ai appris pour ta maman », dit le Russe. « Je suis désolé. »

Shaka haussa un sourcil.


Pyra venait de poser sa valise, et faisait le tour du Temple du Scorpion.

« C'est assez spartiate », constata-t-elle.

« Non, ici nous sommes à Athènes », expliqua Milo.

La jeune femme en resta interloquée un instant. Puis son regard se posa sur le seul détail apportant une touche de fantaisie dans la décoration : quelques photos punaisées sur une planche au-dessus du lit du chevalier d'or.

« C'est toi quand tu étais petit ? »

« Oui, Aiolos nous avait pris en photo. »

« Là je reconnais Shaka… Et là le petit garçon aux sourcils fourchus… c'est Camus ? »

« Oui… C'était mon meilleur ami déjà à l'époque. »

« Vous êtes très proches tous les deux. »

Milo hocha la tête.

« Lui, à part hier, on ne l'a jamais vu au Dionysos... »

« Ce n'est pas vraiment son genre. Les choses de l'amour ne l'ont jamais intéressé. En tout cas, pas à ma connaissance. »

« Hum, Milo chéri, est-ce que je peux ranger mes vêtements quelque part ? »

« Je vais te trouver un coffre... »

Il alla fouiller dans son cagibi. Quand il revint, un quart d'heure plus tard, il trouva sa concubine allongée sur son lit, l'air épuisée.

« Les marches ? »

« C'est horrible... Comment faites-vous ? »

Sur ces mots, à sa grande surprise, elle sortit de sa valise une paire de lunettes et un livre.

« Ça ne te dérange pas si je lis un peu ? »

« Euh… Non. »

Le Grec jeta un coup d'œil à la couverture. Il lut :

HISTOIRE DE LA GUERRE DU PELOPONNESE

Thucydide


« Milo devait venir me voir », gémit Aphrodite, adossé à une colonne de sa roseraie. « Je voulais connaître tous les derniers développements de l'affaire Shaka. »

« T'es vraiment une commère... » s'amusa Masque de Mort. « Ne t'étonne pas qu'il ne vienne pas. Il doit être occupé à tringler sa pute. »

« Sa quoi ? »

« Il s'est mis en couple avec une péripatéticienne du Dionysos, une belle rousse. On dirait que les rousses ont la cote en ce moment. Sauf que celle-ci, la moitié des gardes lui est déjà passé dessus. »

« Et Shaka alors ? »

« C'est ça le meilleur. Ikki l'a appelé pour lui demander de venir au Japon pour visiter le pays. Il a rappliqué illico presto. »

« Vraiment ? Quand moi je lui demande quelque chose, il m'envoie paître systématiquement. »

« Moi aussi... Il faut croire que nous ne sommes pas son type. En tout cas, quand Mû a appris ça, il lui a collé Kiki dans les pattes. On se demande bien pourquoi. »

« Je suis vraiment curieux de connaître la suite… Est-ce que Shaka va finalement perdre sa pureté légendaire ? »

« Tu sais, il s'est récemment fait tripoter le linga par deux femmes différentes, alors je crois que sa pureté est déjà nettement défraîchie. »


Dans le lit maintenant commun, Pyra écoutait (ou faisait semblant d'écouter) la litanie du Scorpion.

« Tu sais… Je m'ennuie tellement. Depuis que je suis revenu et qu'Athéna a gagné, c'est comme si ma vie n'avait plus aucun sens. »

« Vraiment ? » dit la courtisane, en lui caressant les cheveux.

« J'aurais dû faire comme Saga, et refuser ma résurrection. »

« Non, ça aurait été dommage... » murmura-t-elle, en passant sa main sur les muscles tannés de son torse sculptural. « Un héros puissant tel que toi ! »

« En fait, je crois que j'aimerais mourir pour de bon », conclut Milo, les yeux rivés au plafond.

« Et si on faisait l'amour plutôt ? » proposa Pyra pour le faire taire.

Sa main blanche descendit du torse musclé au ventre tout aussi musclé, puis sous le nombril et…

« Bonne idée », se ravisa le Grec.


à suivre