Harry.
TW : langage sexuel cru
Je marche sur un fil. Et si je tombe, je perds Drago.
J'en ai douloureusement conscience.
À chaque pas, je sens l'agacement et la déception grandir en lui.
Seulement, j'ignore comment le rassurer, le faire rester malgré les angoisses et les doutes qui me dévorent.
Parfois, je me dis que ça serait plus simple qu'il réalise que je ne suis qu'un imposteur et qu'il s'est planté sur toute la ligne en tombant amoureux de moi.
Revoir Patel lui a peut-être fait réaliser à quel point il pourrait avoir mieux que moi. Plus simple, plus stable, plus sain d'esprit.
J'avale une nouvelle gorgée de whiskey pur-feu en tournant une nouvelle page du dossier.
Les vapeurs de l'alcool n'aident pas à réfléchir correctement, mais je me plais à penser qu'elles endorment mes migraines. Et celle du jour pulse inlassablement au fond de mon crâne depuis ce matin.
J'essaie de reprendre l'étude du dossier de mon affaire en cours, sauf que mes pensées reviennent sans cesse vers Drago.
Drago que je passe mon temps à décevoir.
Drago que j'ai poussé dans ses retranchements en lui sortant des choses dégueulasses sur son passé.
Drago qui ne m'a pas largué sur le champ, mais qui doit se demander ce qu'il fiche encore avec moi.
Ce n'est qu'une question de temps pour qu'il me dise que ça suffit.
Une nouvelle gorgée d'alcool roule sur ma langue pour chasser mon amertume.
Alors que je quitte mon uniforme d'Auror pour me mettre plus à l'aise, je retrouve au fond de ma poche un bout de parchemin. Un prénom et une adresse. Au lieu de le froisser pour le jeter, je le pose sur la table basse, et me ressers un verre de whiskey.
Je quitte mon jean pour un pantalon plus ample et m'allonge de nouveau dans le lit de fortune, les mains posées sur le torse.
J'inspire, expire, essaie de me détendre, mais il suffit que je jette un oeil à l'heure terriblement tardive pour que l'angoisse de l'insomnie me reprenne.
C'est un cycle sans fin. Les insomnies provoquent les migraines, qui me déclenchent des angoisses, qui provoquent d'inévitables insomnies. Un cercle infernal dont je peine à sortir.
Je me relève, agacé par le mal de crâne qui me lance, je sens les angoisses tapies au fond de mon ventre remonter dans la gorge.
J'enfile un sweat et pars à la recherche des fioles de Drago dans l'armoire de la petite salle d'eau. Elles seules arrivent à calmer les migraines, mais impossible de remettre la main dessus. Elles doivent certainement être dans mon appartement principal, pas dans ce refuge à la con où je me terre dès que ça ne va pas.
Si je n'ai pas les fioles de Drago sous la main, je sais ce qui calme mes nerfs à coup sûr.
Je me saisis du bout de parchemin et envoie un mot griffonné à l'adresse indiquée.
À peine quelques minutes plus tard, on toque à ma porte.
À trois heures du mat', un beau garçon se tient, épaule posée contre l'encadrement, les cheveux un peu en bataille, un sourire mutin aux lèvres. Je le fais rentrer rapidement en jetant un oeil au couloir, même s'il y a peu de risques d'être pris à cette heure.
Alors que je referme la porte, il a déjà quitté sa veste et n'a visiblement pas pris la peine de se vêtir plus que ça.
Je me pose sur un tabouret pour prendre le temps de le détailler.
Son débardeur, une taille trop grande, révèle des muscles galbés qu'on ne devinait pas sous sa robe de sorcier. Son pantalon, un jogging gris moulant, laisse peu de place à l'imagination.
Très vite, il réduit la distance, se saisit de ma main et la faufile sous son débardeur lâche.
Sa peau est chaude et son ventre délicieusement ferme.
— J'étais sérieux quand je disais que j'étais disponible à toute heure pour le Sauveur...
Il avance une jambe entre mes cuisses et vient se frotter contre mon entrejambe. Je ne retiens pas un gémissement de plaisir, mais je calme ses ardeurs.
— Tu veux boire quelque chose ?
Il me fixe sous sa mèche brune qui lui tombe dans les yeux, hésite entre refuser pour passer de suite aux choses sérieuses ou temporiser.
— Une bière, choisit-il finalement.
Il me libère et va s'asseoir sur le fauteuil défoncé.
Je nous sors deux bières en bouteille, les décapsule, essaie de lister les raisons de passer à l'acte.
Deux voix luttent en moi. Sauf que celle qui a envie de baiser pour calmer les angoisses et apaiser la migraine est plus forte que celle qui murmure que je vais le regretter.
Quand je m'installe dans le canapé qui lui fait face, il écarte théâtralement les jambes comme pour mettre son attirail bien en évidence. Sa manoeuvre fonctionne, j'ai douloureusement envie de baisser ce jogging pour en voir davantage.
Tout en buvant sa bière au goulot, il accroche mon regard, provocateur.
Puis sans prévenir, il dépose la bouteille sur la table basse, et vient s'agenouiller devant moi. D'un geste, il écarte mes cuisses et pose sa main sur mon entrejambe à travers le tissu.
Ma queue ne tarde pas à pulser d'envie sous le geste.
Mon corps tout entier désire cette accalmie que procure une bonne baise.
Quand mon bassin tressaute contre sa main, il n'y voit qu'une invitation, alors il me caresse lentement à travers le vêtement.
J'ai envie qu'il m'arrache mon pantalon, qu'il prenne mon sexe à pleine main et qu'il amplifie ses mouvements.
J'ai envie qu'il pose ses lèvres charnues sur mon gland et qu'il l'avale lentement jusqu'à descendre le long de mon sexe.
J'ai envie de sentir sa langue chaude jouer autour de ma queue.
J'ai envie qu'il me fasse durcir, qu'il insiste, qu'il me pousse à bout pour ensuite le retourner et le prendre sans ménagement sur le canapé.
J'ai envie de m'abandonner à des coups de reins qui le feraient gémir encore et encore.
Mais pour l'instant, il n'a que sa main posée sur le tissu, et la petite voix me tanne que je suis sur le point de faire une belle connerie.
Je le repousse un peu et reprends une gorgée de whiskey, bien plus fort que la bière fade que j'ai ouverte.
Il semble avoir accepté la pause puisqu'il se redresse, fouille dans sa veste posée sur le fauteuil et en sort quelques sachets.
— J'ai amené de quoi nous amuser.
Il dépose sur la table basse un paquet d'herbe et des cachets colorés que je reconnais pour en perquisitionner souvent durant des interpellations.
Je mentirais si je prétendais n'avoir jamais testé ce genre de drogues après la Guerre, mais je ne supporte pas l'effet que le trip me procure.
Lui se met un cachet directement sous la langue avant de pousser le sachet vers moi. Je refuse d'un geste, il hausse les épaules et se met à se rouler un joint.
— Si tu préfères me sucer, ça me va aussi...
L'idée de baisser son froc moulant pour découvrir son sexe m'excite.
L'idée de m'agenouiller entre les cuisses d'un mec que je ne connais pas juste pour l'amener à l'extase est un challenge qui suffit à me faire bander.
Le type s'installe plus confortablement dans le fauteuil pour tirer lentement sur son joint.
— J'en ai envie, mais...
— J'ai l'habitude des hommes mariés, ça ne me dérange pas.
— Je suis divorcé, je le corrige.
— Alors, quoi ? T'as une copine ? Un mec ? Ça ne me dérange pas non plus.
Son ton désabusé me fait chier, et j'ai l'impression de devoir me justifier.
— C'est juste que... le sexe me fait du bien. Ça m'apaise, ça repousse les migraines...
Un sourire provocateur s'étire sur ses lèvres.
Il faufile sa main libre dans son jogging, le baisse juste assez pour en sortir son sexe.
— La baise comme remède thérapeutique, c'est bien vu comme argument. Je le ressortirai à l'occasion...
— Je ne dis pas que je ne peux pas m'en empêcher, juste que c'est...
— Tais-toi et laisse-moi te faire du bien, il me coupe.
J'ai du mal à détourner les yeux de sa grande main qui caresse lentement son sexe.
Je le regarde faire de longues secondes. Je suis si faible face aux beaux garçons qui sont prêts à tout pour me satisfaire.
L'envie monte rapidement, mais je réussis à détourner le regard.
— Il y a quelqu'un. Quelqu'un à qui je tiens. Beaucoup. C'est juste que... je sais pas... ce qu'il fiche avec moi. Je sais pas s'il a vraiment envie d'être avec moi, ou s'il veut juste que je lui pardonne certaines choses.
Le joli garçon a arrêté de se caresser, mais garde son sexe au creux de sa main.
— Je suis venu pour baiser. Si j'avais su que le Sauveur était si barbant, je serais resté dans mon pieu...
Il tire une autre taffe sur son joint, ses yeux se font vitreux.
— Le truc c'est que je n'ai rien à lui pardonner. Je ne lui en ai jamais voulu, pour aucun de ses actes. C'est l'homme le plus courageux que je connaisse, et lui me met sur un piédestal alors que je ne le mérite pas. Il est tellement meilleur que moi. J'arrête pas de me demander ce qu'il fiche avec moi...
Il rejette sa tête en arrière sur le dossier du fauteuil. Le cachet commence à faire effet. Je sais qu'il est parti pour quelques heures de trip, et je réalise que je ne peux pas le mettre à la porte, pas dans cet état.
Je le hisse alors jusqu'à mon lit où il s'affale lourdement, les bras en croix, ses paupières s'ouvrent sur des pupilles dilatées. Je reconnais les effets de la drogue de synthèse. Il va planer quelques heures, passer par quelques montagnes russes avant de redescendre tranquillement et se taper le contre coup. Autant qu'il reste en sécurité au lieu d'errer défoncé au milieu de la nuit.
Quand je m'affale sur le canapé d'appoint, les effets de whiskey pur-feu se mêlent aux pulsations de la migraine. Pas certain qu'elle passe toute seule, mais l'épuisement, lui, finit par me mener aux portes du sommeil.
.oOo.
Quand ça tape contre la porte, j'ai l'impression d'avoir à peine fermé les paupières.
Je repousse la couverture que j'ai remontée sur moi. J'ai un mal au crâne carabiné, aussi insupportable que la veille, mais la bouche pâteuse en prime et l'estomac en vrac.
Je me lève péniblement pour atteindre la porte qu'on tambourine bien trop fort.
De l'autre côté, la mine soucieuse de Drago.
Il me détaille, grand et beau dans sa robe de sorcier, sa natte savamment tressée dans le creux de son épaule, un paquet de scones dans une main et des gobelets de thé dans l'autre.
— Je n'aime pas qu'on se dispute. Pas comme ça. Alors j'ai amené le petit-déj...
J'ai mal partout d'avoir dormi n'importe comment dans le vieux canapé. Je me sens minable dans mes fringues de la veille, mais je suis sincèrement heureux de le voir sur le pas de ma porte.
Et puis soudain, je me souviens du jeune sorcier en train de comater dans mon lit et j'ai envie de vomir.
Quand ce con bâille sans discrétion depuis le fond des draps, Drago blêmit.
— C'est qui, lui ?
— Gary ? Garett ?
— Evan ! corrige-t-il depuis le lit.
J'ai envie de me fondre dans le plancher, ou de m'arracher la tête qui continue de me lancer douloureusement.
Sauf que Drago est toujours sur le pas de la porte, sa déception au bord des lèvres.
— Il s'est rien passé, Drago. Promis.
Je suis pathétique.
Le jeune sorcier peine à retrouver son débardeur trop grand et son jogging tentateur.
— Je confirme. Un parchemin prometteur, et puis rien que des jérémiades. Même pas une bonne pipe...
— Tire-toi de là ! je lui hurle avant qu'il ne file sans demander son reste.
— Tu ne l'oubliettes pas ?
— Pas la peine.
Drago me jauge, impassible.
Je préférerais qu'il explose. Qu'il chiale. Qu'il me hurle dessus. Qu'il me quitte sur le champ. Tout plutôt que de supporter ce regard.
