LET DOWN YOUR HAIR - Dana-Eliza

Traduction : Cactus


- Raiponce, Raiponce. Lance-moi ta chevelure.

Trop c'est trop.

Ces conneries duraient depuis des semaines et Deidara n'en pouvait plus. Exactement : Deidara. Son nom ne ressemblait même pas à celui de cette Raiponce qu'ils appelaient sans cesse et c'était quoi le problème avec ses cheveux ? Pourquoi voulaient-ils tant les voir si elle était en haut de cette foutue tour ? Ce n'était pas comme s'ils pouvaient la voir même si elle passait la tête par la toute petite fenêtre.

Pour la dixième fois aujourd'hui, Deidara se leva de sa chaise et se dirigea vers le trou dans le mur. Oui, un trou dans le mur. On le lui avait vendu en disant que c'était une magnifique fenêtre avec vue sur la vallée. Sauf que quand il pleuvait, il n'y avait rien de magnifique et il se retrouvait avec le parquet trempé. Il était sûr qu'il y avait de la moisissure sous le bois, mais il ne voulait pas tout casser pour vérifier. Toutes ses économies lui avaient servi à acheter cette foutue tour. Cette horrible chose. Cette sorcière l'avait vraiment entubé. Le seul avantage était qu'il était loin de toute civilisation – du moins c'était ce que Deidara avait cru.

Chaque jour, au moins un type venait jusqu'à sa tour pour le déranger. Ou plutôt, ils venaient pour cette foutue Raiponce. Peut-être que c'était une prostituée et que tous ces hommes venaient pour ses services. Personne ne la découvrirait ici. Tant qu'ils ne s'attendaient pas à ce qu'il reprenne son travail... Pas qu'il en ait laissé monter un seul. Comme s'il voulait la compagnie de ces types avec leur fétiche des cheveux.

Au début, il avait jeté un coup d'oeil discret en bas de la tour pour voir qui l'appelait, mais il avait été déçu à chaque fois. La plupart était des vieux hommes avec de longues barbes grisonnantes ou bien trop jeunes pour Deidara, à peine capables de tenir leur épée. Il y avait aussi eu des hommes petits et gros, dont les chevaux arrivaient à peine à les porter. C'était pathétique et Deidara n'était même pas intéressé par une discussion avec eux. De toute façon, la plupart d'entre eux étaient malpolis, ordonnant à ce qu'on les laisse entrer juste parce qu'ils avaient fait un long voyage pour voir Raiponce. Eh bien cette catin n'était pas là, alors de quel droit lui ordonnaient-ils de les laisser monter ?

Tirant l'épais rideau qu'il avait accroché devant la fenêtre, Deidara passa la tête dehors, prêt à hurler des insultes à l'homme en bas. Cependant, ce dernier était en train de se débattre avec son casque, essayant de le retirer, mais il était coincé sous le reste de son armure. Deidara soupira longuement, sachant très bien que c'était une perte de temps. Encore un type qu'il devrait envoyer balader car il n'était de toute évidence pas celle qu'il cherchait. Il avait peut-être de longs cheveux, mais il n'avait aucune intention de les lancer.

- Hé ! appela-t-il en prenant une voix plus grave que d'habitude.

Il y avait déjà eu un type qui ne l'avait pas cru et avait continué de penser qu'il était une femme. Cette histoire ne s'était pas bien terminée – pour le chevalier, évidemment.

- Laisse tomber, il n'y a pas de princesse du nom de Raiponce ici. Elle ne t'enverra pas ses cheveux et moi non plus.

L'homme laissa échapper une exclamation surprise en continuant d'enlever son casque. Pour Deidara, il était déjà surprenant que quelqu'un porte cette armure complète tout en chevauchant un cheval pour aller chercher une princesse qui vivait de l'autre côté du pays – voire du continent. N'était-il pas plus simple de voyager léger, sans tout ce poids inutile ? Ces imbéciles aimaient se compliquer la vie.

Puis il parvint enfin à enlever son casque pour laisser apparaître un visage trempé de sueur auquel ses cheveux étaient collés. Mais sous toute cette sueur, ces cheveux et les rougeurs dues à la chaleur se trouvait un visage absolument sublime. Du moins, c'était ce que Deidara imaginait, malgré la distance. Comment la princesse faisait-elle ? Ou alors elle se fichait de leur apparence et les laissait tous monter.

Le chevalier leva la tête et plissa les yeux pour regarder la tour, mais c'était difficile à cause du soleil et la faible protection de ses mains n'aidait pas.

- Pardon ? entendit-il le magnifique front crier (d'accord, sa remarque était un peu bizarre).

Réfléchissant à comment lui répondre, Deidara hésita à le laisser monter parce qu'il était beau ou le renvoyer chez lui car il cherchait la princesse.

- La princesse n'est pas là. Raiponce a déménagé. J'ai acheté cette tour pour être tranquille, mais il y a plein de types qui n'arrêtent pas de me déranger. Je ne peux vraiment pas t'aider, là. Fais demi-tour et repars chez toi. Je n'ai rien à t'offrir.

- Il n'y a pas de princesse ? répéta l'homme au lieu de s'en aller.

Pourquoi est-ce que tous ces princes et chevaliers pensaient que Deidara mentait ? Pourquoi mentirait-il ? Il n'était pas intéressé par cette princesse, par n'importe quelle princesse en fait, et il ne la cachait pas dans sa tour pour profiter d'elle.

- Je me suis trompé de route ? On m'a dit qu'au bout du chemin se trouvait une tour dans laquelle la princesse était censée habiter.

Il regarda autour de lui, essayant de trouver un autre chemin qu'il serait censé prendre. Deidara devait vraiment tout lui dire pour qu'il s'en aille. Il s'appuya sur la fenêtre, posa sa tête dans sa main en espérant que sa pose le mettait en valeur. Au moins, Deidara pouvait profiter un peu plus de la vue.

- Non, c'est le bon chemin, soupira-t-il. J'en sais rien, un type a dû la trouver avant toi. J'ai acheté cette tour à la sorcière qui l'enfermait ici et j'y vis maintenant. Vous devriez vraiment trouver un moyen de savoir quelle princesse est encore disponible ou pas. C'est vraiment bizarre de voir que vous étiez tous après elle.

Le cheval commença à se décaler, clairement fatigué de rester au même endroit. Il essaya de tirer sur les rênes pour aller manger de l'herbe, mais le chevalier ne le lâcha pas. Pauvre cheval. Il avait fait tout ce trajet pour rien et il ne le laissait même pas manger un peu. Les chevaux de Deidara étaient tous dans la prairie – il n'y en avait que deux, mais bon.

Soudainement, le chevalier décida de descendre de son cheval, faisant exactement le contraire ce que Deidara lui avait dit.

- D'accord, je suis donc arrivé trop tard pour la princesse, déclara l'homme en essuyant la sueur de son front et s'enlevant les cheveux du visage.

Il était vraiment trop beau pour n'importe quelle princesse du royaume.

- Oui, il n'y a rien à voir ici. Elle n'est plus là alors rentre chez toi et va trouver une autre princesse à harceler. Sérieusement, je vis là pour être tranquille et travailler sur mon art, mais tout ce que j'ai c'est des dizaines d'hommes qui me hurlent dessus. Tu veux que je mettre un panneau ? Où j'écrirai : Pas de princesse ici, allez vous acheter une vie.

L'homme continua d'enlever son armure, se débarrassant de ce qui couvrait son torse, puis ses jambes, jusqu'à ce qu'il soit habillé d'une simple tenue marron qui ne le mettait pas du tout en valeur. D'autres signes qui montraient qu'il n'avait pas l'intention de s'en aller. Qu'est-ce qui, dans ce que Deidara venait de dire, lui faisait croire que rester ici était une bonne idée ? Tous les autres chevaliers s'étaient empressé de faire demi-tour lorsqu'ils avaient découvert que Deidara était en fait un homme, sa voix grave suffisant généralement à leur faire comprendre. Si ce type ne faisait pas de même, il recevrait l'art de Deidara en pleine face.

Le chevalier s'étira et leva de nouveau la tête vers la tour, le soleil l'aveuglant encore.

- Quel genre d'art tu fais ?

Deidara fut pris de court. Il imita le froncement de sourcils perdu du chevalier et baissa la tête, essayant de trouver comment lui répondre. D'un côté, il voulait se lancer dans une longue tirade sur son art parce que pour une fois quelqu'un était intéressé, mais de l'autre il ne voulait pas vraiment discuter avec ce chevalier qui cherchait la princesse.

- Écoute, rentre chez toi. Mon art n'a rien à voir avec toi et je ne vais pas me transformer soudainement en une fille que tu pourras enlever.

Ça devrait suffir et maintenant il ne pouvait plus ignorer le fait que Deidara était vraiment un homme.

- Je ne te demande pas de devenir une femme, répondit l'homme.

Il se permit ensuite de faire quelques pas dans ce qui était en réalité le jardin de Deidara. Ses chevaux bouffaient déjà sa pelouse, il ne voulait pas que ce type empire les choses.

- J'ai voyagé des jours pour arriver ici sur ordre de mon père, je n'ai pas envie de rentrer de suite. Je veux trouver une solution.

Maintenant Deidara comprenait pourquoi il tournait en rond. En fait, ce type n'écoutait probablement même pas ce qu'il disait, trop absorbé par ses propres pensées. Il devait admettre qu'être envoyé épouser une princesse qu'il ne connaissait pas devait être horrible.

Mais Deidara avait une solution simple.

- Pourquoi rentrer ?

Ce n'était apparemment pas la réponse qu'il cherchait parce que même depuis le haut de sa tour, Deidara pouvait voir son regard noir. Deidara pensait pourtant que sa proposition était une bonne solution. C'était ce qu'il avait fait il y a des années, refusant de s'occuper de la foutue ferme de son père. Et maintenant il était un artiste avec sa propre tour – une tour pourrie, mais c'était la sienne.

- Tu n'es pas obligé de rentre chez toi. Qui te retrouvera ? Ce n'est pas comme s'ils avaient attaché à tes énormes mains quelque chose pour te retrouver. Tu vas bien trouver un endroit où te cacher. Ma famille ne m'a jamais trouvé et ça fait trois ans que je suis parti. Ce n''est pas si compliqué et personne ne peut te dire quoi faire.

- Pour me trouver dans une vieille tour qui risque de s'effondrer au premier orage ?

Sa remarque agaça Deidara. Qui pensait-il être pour critiquer le foyer de Deidara ? Au moins, il avait son chez-soi.

- Écoute, connard, au moins je ne vis plus chez mes parents et je peux épouser qui je veux. Alors, qui a la meilleure vie ?

Doucement, il chuchota un petit pétasse.

- Je ne suis pas complètement convaincu que tu aies une meilleure vie. Je suis sûr qu'il y a des fuites et je me demande s'il fait chaud à l'intérieur. Au moins, chez mes parents j'ai un toit sur la tête pour me protéger de la pluie.

Quel connard insolent !

- Alors t'as qu'à monter pour voir par toi-même ! Je vis ma meilleure vie, c'est bien mieux que chez tes parents.

Une chose changea sur le visage de l'homme en l'entendant. Mais Deidara était trop énervé pour le remarquer, se sentant insulté par tout ce que ce chevalier stupide avait dit. Qu'est-ce qu'il connaissait de la vie ?

- Très bien, laisse-moi monter. Lance-moi ta chevelure.

Vraiment ?! Encore ses cheveux ?! C'était quoi le problème avec cette Raiponce et ses cheveux ? La prochaine fois qu'il achèterait une maison, il devrait vraiment penser à demander des détails sur les anciens propriétaires. Plus jamais il ne se ferait avoir.

- Il y a une porte ! hurla-t-il en pointant le côté gauche de sa tour où se trouvait une porte avec une cloche que les gens pouvaient sonner s'ils voulaient monter.

Si seulement les gens étaient civilisés.

- Une porte.

Deidara n'apprécia pas le ton surpris du chevalier, mais au moins quelqu'un allait enfin utiliser sa porte et n'essaierait pas de grimper à la tour pour l'atteindre. Tous les princes et chevaliers précédents avaient été complètement aveugles.

Le chevalier disparut et Deidara s'éloigna de la fenêtre pour revenir à l'intérieur. Peut-être qu'il aurait dû un peu ranger avant d'inviter quelqu'un à monter, mais ça montrait seulement à quel point c'était génial chez lui. Qu'il était libre et tout. Deidara donnerait cette explication si nécessaire, pensa-t-il en entendant le chevalier monter les escaliers, ses pas résonnant dans la tour. S'il avait porté son armure, il aurait fait encore plus de bruit. La porte trembla un peu alors que le chevalier essayait de l'ouvrir – cet idiot ne savait même pas ouvrir une porte.

Deidara ouvrit brusquement la porte, le regarda brièvement et se tourna pour le laisser entrer.

- Tu vois ? C'est ça que tu rates.

Ses yeux sombres regardèrent chaque recoin de chez Deidara pendant que ce dernier en profitait pour le regarder lui. Il avait de beaux traits et des yeux sombres et mystérieux avec des cheveux fins qui encadraient délicatement son visage. Aucune princesse ne devrait l'épouser, on devrait plutôt l'exposer quelque part pour que tout le monde puisse profiter de sa beauté.

- Très bien. Je reste.

Encore une fois, il disait des choses qui laissaient Deidara complètement interloqué. Qu'est-ce qu'il avait dit ? Il restait ? Ici ? Pourquoi ? Quand est-ce que Deidara lui avait proposé cette option ?

- Euh. Je ne crois pas.

- Si, je vais rester. Cet endroit est agréable et caché du monde. Et tu pourras chasser les visiteurs sans qu'ils ne se rendent compte que je suis là moi aussi. Je n'aurai pas à épouser une princesse. A la place, je peux t'épouser toi et on peut passer notre vie ici.

Le regard rêveur de l'homme désespéra Deidara et il se frappa le front du plat de la main. Il comprit soudainement qui était l'homme en face de lui.

- Tu es un prince Uchiha, pas vrai ?

- Oui.

- Et tu obtiens toujours ce que tu veux.

- Oui.

- Ok... Génial.

Le prince sourit un peu et il se tourna vers Deidara, la tête légèrement penchée sur le côté pour mieux le regarder.

- Je suis Uchiha Itachi et tu seras mien.

Et pas une seule fois il ne mentit car quelques mois plus tard Deidara se retrouva marié à lui. Le seul avantage était que c'était plutôt amusant, mais il ne lui avouerait jamais.