Chers lecteurs,
Incroyable ! Je suis toujours en vie !
Merci à Katymyny pour son commentaire d'il y a looooooongtemps. Oui, j'ai du retard. Mais bon, vieux motard japonais, comme on dit.
Portez-vous bien,
Al
« Et surtout, vous engagez-vous à offrir votre fidélité, votre courage, votre coeur et votre âme et tout bonheur futur à Foxfire ?
- Oui, je le jure, que je meure si je faillis, je le jure avec l'aide de Dieu. Je le jure à jamais et à jamais, jusqu'à la fin des temps. Je le jure ! » Confessions d'un gang de filles, J. C. Oates
Quand il arriva au 93 Chemin de Traverse, Neville eut l'impression d'être de retour à la maison.
Merlin, comme tout ceci lui avait manqué ! Voir d'autres gens que Luna (qu'il adorait, ne nous y trompons pas) et Flitwick lui avait manqué, quand bien même ce n'étaient que des passants qui filaient au pas de course, blaguaient sur les terrasses des cafés, riaient aux éclats, montraient leurs épaules et leurs minois chevalins d'Anglais à la lumière du pâle soleil de mai. Caché sous la cape d'invisibilité, Neville avait dû attendre qu'un client du Chaudron Baveur passe sur le Chemin de traverse pour se glisser derrière lui. Personne ne l'avait remarqué. S'il n'y avait eu les avis de recherche placardés sur les murs, on n'aurait jamais pu croire que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom régnait en maître.
Neville avait presque oublié l'emprise du mage noir sur l'Angleterre. Malgré l'euphorie de ses retrouvailles avec le monde sorcier, il n'oubliait pas qui tenait les commandes.
Il avait avancé dans la foule, heureux de savoir qu'il n'y avait pas encore les écoliers de retour de Poudlard. L'année scolaire finissait une semaine après, il avait encore le temps d'organiser la récupération de Ginny et de Colin – si Rogue avait récupéré le frère Crivey manquant à l'appel.
Il y avait du monde sur le Chemin de traverse, certes, mais toujours moins qu'en juillet. Il passa devant la boutique d'Ollivander qui avait enfin été reprise par un autre fabricant de baguette, Rowle's factory. Les affiches proposaient des baguettes pour les Sangs-purs selon leur degré de pureté de sang et d'autres pour les Sangs-mêlés. On était loin de l'ouverture d'esprit d'Ollivander.
Il était parvenu jusqu'à la boutique Farces pour sorciers facétieux sans avoir rencontré d'obstacle majeur : il avait certes failli se faire renverser par une vieille dame, mais il avait réussi à la lancer sur un homme qui faisait du lèche-vitrine. Les deux s'étaient violemment disputés, ce qui avait créé la diversion parfaite pour Neville.
Quand il passa la porte de la boutique derrière un groupe d'enfants, le carillon lui fit monter les larmes aux yeux.
« Bienvenue Mesdames et Messieurs au palais des farces ! Entrez entrez ! »
Neville reconnut Fred derrière cette voix espiègle.
Il avança vers l'arrière boutique et vit la porte qui menait aux appartements des jumeaux apparaître devant lui. Un soulagement sans bornes l'étreignit : il était toujours dans le secret.
Il ôta la cape dès que la porte se fut refermée derrière lui.
« Petrificus totalus ! »
Eh bien, pour un accueil…
Il tomba par terre, coincé dans le maléfice du Saucisson. Il avait reconnu cette voix et n'osait pas encore y croire.
« Neville ? »
Lavande. Sa Lavande à lui. L'unique. Il essaya de relever la tête pour l'apercevoir mais le sort de pétrification l'en empêchait. Son cerveau tournait à toute allure : Lavande était ici, et Teddy devait être avec elle.
Bien sûr.
Lavande était cachée chez les Weasley. C'était pour cela que Parkinson l'avait envoyé chez eux.
Elle savait tout, cette fille.
Évidemment.
Lavande se laissa lourdement tomber à ses côtés.
« Neville c'est toi ? Tu es en vie ?
- Gnnnn… »
Elle annula l'enchantement et le laissa se relever en position assise en s'éloignant un peu. Elle le menaçait toujours de sa baguette, à un pas de lui, à genoux, circonspecte. Neville la détailla rapidement : elle avait bonne mine, peut-être plus qu'avant. Les deux jours de disparition ne l'avaient pas remplumée, mais elle paraissait tout de même en meilleure forme que quand elle travaillait chez les Malefoy.
Car, pas de doute, Lavande avait démissionné.
« Comment es-tu arrivé ici ?
- Cape d'invisibilité, transplanage dans le Londres moldu, répondit Neville en s'étirant. C'est moi, Lavande. Sinon la porte ne m'aurait jamais laissé entrer.
- Désolée, je dois vérifier. »
C'est pas lui qui allait lui en vouloir de rester prudente.
« Où s'est-on embrassés ? »
Neville rougit : seuls eux deux savaient qu'ils avaient échangé un unique baiser.
« Dans la tour d'astronomie, un soir où tu avais envie de voir les étoiles. »
Elle baissa sa baguette et se jeta dans ses bras.
« Neville ! Tu m'as tellement manqué ! Si tu savais… »
Bien entendu, car Lavande resterait toujours Lavande, elle fondit en larmes. Neville lui-même n'en menait pas large, serrant contre lui son amie qu'il n'avait pas vue depuis plus de trois mois.
Quand ils eurent repris leurs esprits et que Neville eut embrassé Teddy qui gazouillait dans son parc et qui le reconnut en piaillant « Vi ! » et en battant des mains, Lavande lui proposa un thé le temps que les jumeaux fermassent boutique.
« Eh bien ! Il me semblait bien avoir entendu ton nom ! »
Neville se releva et alla serrer Angelina dans ses bras. Son étreinte était rassurante : ferme, robuste, chaleureuse. Elle lui avait manqué, il s'en rendait compte. Il s'était habitué à la voir souvent dans les parages, dans les pattes de George, quand elle rentrait du boulot et squattait au 93 Chemin de Traverse au lieu de rentrer à l'appartement qu'elle partageait avec Alicia Spinnet. Et elle lui rappelait aussi la salle commune, son admiration sans borne pour l'équipe de Quidditch qui défendait toujours avec passion la maison qui l'avait accueilli en son sein, et bordel ! Angelina lui avait manqué presque autant que Lavande.
« Comment vas-tu ?, demanda-t-elle, maternelle, en observant rapidement son visage coincé entre ses mains. Et c'est quoi ces cicatrices ?
- Rien de grave, je t'expliquerai. »
Angelina haussa les sourcils mais ne dit rien. Elle alla prendre un mug dans le placard au-dessus de l'évier et serra l'épaule de Lavande en passant :
« Il est venu nous chercher ?
- J'en sais rien. Il m'a encore rien dit ce qu'il fait là. »
Neville plissa des yeux :
« Comment ça, vous chercher ? De quoi vous parlez ?
- J'en ai assez d'être enfermée ici, répliqua Angelina en s'installant en face de lui et en se servant une tasse de thé. Putain de théière.
- Putain de Percy, compléta Lavande en souriant – preuve qu'elle s'était adaptée à l'ambiance Weasley.
- J'ai besoin de sortir, reprit Angelina, même si George s'inquiète dès que je quitte son champ visuel. Ce con. Il est vraiment mignon quand il fait ça mais j'ai horreur qu'il me materne. On a enfin du Polynectar, je vais pas me priver. »
Du Polynectar ! Mais c'était formidable !
« Les jumeaux l'ont fait valider par Rogue himself, continuait Angelina, imperturbable. Apparemment, c'est de la bonne came. Rogue est content, ça lui évitera d'avoir à perdre du temps à en refaire. Les garçons ont bien pris soin de ne déclarer que la moitié du stock qu'ils ont produit, on a donc une sacrée réserve de potion. Le seul problème, c'est que je ne sais pas en qui me transformer. Tous nos amis sont susceptibles d'être surveillés : je peux pas prendre le risque de griller Alicia ou Katie. Et les jumeaux rechignent à aller dans le monde moldu : on ne sait pas dans quelle mesure les accès au Chaudron baveur sont surveillés. »
L'accès au Polynectar changeait la donne. Neville sourit jusqu'aux oreilles.
« Mais c'est trop bien ! Je peux essayer de te procurer des cheveux d'élèves de Poudlard ou de Moldus, et le tour est joué ! Lavande, on va pouvoir sortir sans être vus de Malefoy, et je sais où t'emmener : j'ai un nouveau repaire !
- Neville, ça fait une semaine qu'on sait que le Polynectar est bon. Si on n'est pas déjà parti, c'est qu'il y a une bonne raison : je ne peux pas prendre de Polynectar, le coupa-t-elle, ce qui doucha immédiatement son enthousiasme.
- Pourquoi ? T'es allergique ?
- C'est fortement déconseillé aux femmes enceintes. »
Neville ne comprit pas ce que Lavande lui disait. Il avait sûrement mal entendu.
« Et alors ?
- Je suis enceinte, Neville. Je vais avoir un bébé. »
Neville, sonné, balbutia :
« Mais mais mais…
- C'est… Mon maître est le père, le coupa-t-elle froidement. Son père ne me touche plus depuis longtemps. C'est pour ça que je suis partie. Et j'ai emmené Teddy avec moi : hors de question de le laisser entre leurs mains. »
Lavande continuait à taire le nom de ses anciens patrons. Toujours ce ton détaché qu'elle utilisait quand un sujet lui tenait trop à cœur. Toujours ce tabou sur le nom des Malefoy qui n'avait pas dû être levé. Heureusement pour elle, elle était dans une maison sous Fidélitas : elle ne craignait rien si le nom lui échappait, même si Neville doutait qu'elle fût un jour capable d'oublier la menace qui pesait sur ses mots.
« Malefoy le sait ? »
Lavande soupira :
« Je ne sais pas. Je suppose que oui. Il l'aura deviné… »
Neville était abasourdi.
« Mais… mais tu vas le garder ?
- Oui. Je… Je ne peux pas avorter. C'est trop dur. Je ne peux pas faire ça… C'est un bébé, il n'a rien fait, tu vois ? Il est innocent et… Je ne peux pas ! »
Non. Neville ne comprenait pas. Mais il n'avait rien le droit de dire, il le savait.
« Et puis, c'est ma meilleure garantie, tu comprends ? »
Non.
À l'idée de voir son amie avec le rejeton Malefoy dans le ventre, il avait juste envie de vomir. Ça concrétisait d'une manière indéniable le fait que son amie avait été violée, et à plusieurs reprises, par des hommes qui la haïssaient autant qu'elle les haïssait. Il ne pouvait plus ignorer que Lavande avait été mortellement blessée : c'était là.
Pas dans un récit, pas dans le sourire charmeur qu'elle gardait toujours aux lèvres pour lutter contre le désespoir qui la prenait parfois, pas dans les rires qu'elle gardait pour Seamus ou lui, ou pour Teddy.
Non.
Lavande Brown était enceinte de Drago Malefoy. Le sale bâtard. Il allait le tuer, c'était sûr. Et elle, elle qui voulait le garder, elle qui voulait mettre au monde le fruit d'un viol, la créature engendrée par Malefoy ! Elle était folle, pas vrai ?
Mais Lavande avait toujours été courageuse et avait toujours fait ce qu'elle pensait juste. Là, il fallait encaisser avant de repartir à l'assaut. Angelina réagit plus vite que Neville : elle se rapprocha de Lavande et lui passa le bras sur les épaules. Sa voix grave et douce ronronna :
« Chut, ma belle. On en a discuté, et on respecte ta décision. Respire. Il comprendra.
- Je ne pouvais pas rester, tu sais ?, reprit Lavande. Je suis partie parce que je me suis rendu compte que j'avais du retard. Trop de retard. Je suis partie avant qu'il s'en aperçoive. Quand bien même j'aurais avorté, il m'aurait tuée et personne n'aurait jamais su. Je porte son premier héritier ! Il l'aurait appris, il m'aurait tuée. Il aurait fait passer ça pour un accident, il en est tout à fait capable, ils ont fait passer la mort de McLaggen pour un accident ! Il était sang-pur et ils l'ont tué ! Il m'aurait fait disparaître pour ne pas ruiner ses chances de trouver une épouse. J'avais pas le choix. Alors que si je le garde, je peux… Je peux m'en sortir, tu comprends ? Et Teddy aussi. »
Les sanglots revenaient au grand galop, ce qui était compréhensible. Angelina prit Lavande dans ses bras et la serra contre elle en lui susurrant des gentillesses. Neville se sentait totalement dépassé par les événements : lui qui s'était réjoui de voir Lavande et Angelina en pleine santé déchantait.
Au bout de quelques instants, Teddy, sentant la détresse de celle qui lui tenait lieu de mère, geignit. Neville reprit ses esprits et alla le chercher. Prendre le petit garçon dans ses bras relança la machine et il réussit à dépasser la nouvelle.
« Eh ben ! T'as grandi, toi aussi.
- Vi !, répondit Teddy, radieux.
- Ouais. Et puis t'es plus gros ! »
Il revint vers les filles. Lavande séchait ses larmes, Angelina la resservait en thé.
« Ok, reprit Neville en installant Teddy sur ses genoux. On reprend calmement. Ça fait combien de temps que t'es ici ?
- Trois jours. »
Ça concordait avec ce que lui avait dit Parkinson. Elle était tout de même diablement efficace, celle-là.
« Je ne savais pas où aller, mais on ne va pas pouvoir rester ici. Déjà que c'était difficile de cacher qu'Angelina habite ici, cacher en plus deux autres personnes, c'est vraiment trop complexe. Surtout avec un demi-garou ! Teddy supporte assez mal d'être enfermé. Il a beaucoup joué dans ta serre parce que ça sent la terre et que ça le rassure, mais ce n'est pas de la vraie terre, de la vraie forêt ! Il a besoin d'espace.
- Il peut encore tenir un peu ou pas ?, demanda Neville en songeant à ce qu'il avait découvert sur les loups-garous – Teddy réagissait à la magie de la terre, pas étonnant que le contact avec la nature lui manquât.
- Je ne pense pas. C'est déjà impossible de cacher qu'on est trop nombreux chez les Weasley. Zabini est passé à la boutique, il n'a pas pu entrer dans la partie privée du bâtiment, heureusement ! Mais il a promis qu'il reviendrait, et je suis quasi certaine qu'ils vont bientôt mettre le magasin sous surveillance. Même si on est sous Fidélitas, on ne pourra plus avoir la même liberté de mouvement que maintenant. Faut partir le plus vite possible. »
Neville acquiesça : ils avaient peu de temps. Malefoy père était capable de débloquer l'Angleterre entière pour retrouver la favorite de son fils.
« Tu étais dans le Secret ?
- Non. Fred avait peur qu'un de mes maîtres puisse le lire dans ma tête. Je suis passée par ta grand-mère pour le contacter. »
Ainsi, Augusta Londubat avait encore fait des siennes. Neville se sentit fier de sa grand-mère.
« Fred est venu chez ta grand-mère et m'a incluse dans le Secret pour que Teddy et moi puissions le suivre ici. »
Les jumeaux avaient toujours eu plus d'un tour dans leur sac.
« Et… »
Neville hésitait à poser sa question. Angelina l'encouragea d'un signe de tête et il se lança :
« Tu es enceinte de combien de mois ?
- Je dirai cinq mois, cinq mois et demi, répondit Lavande. Je n'ai pas pu faire d'examen. Hannah n'est pas passée me voir, et de toute façon je ne sais pas si elle s'y connaît en grossesses sorcières. Elle est plutôt branchée premiers secours. »
Putain. Lavande était enceinte. Ça lui fichait un coup.
« Tes parents sont au courant ?
- Personne n'est au courant, Neville ! Je me vois mal annoncer à mes parents : "papa maman, je suis enceinte de mon patron suite à des viols réguliers !" Non, tu vois, c'est mort. »
Heureusement que Neville avait Teddy sur les genoux. Il avait envie de foutre de grands coups dans les murs pour faire passer la nouvelle : la présence de l'enfant l'apaisait.
« Bon, du coup, on fait quoi ? »
Angelina eut un sourire éclatant :
« T'inquiète. George trouvera une solution. »
Elle paraissait si sûre que George avait suffisamment de ressource pour tous les tirer de ce mauvais pas qu'elle en émut Neville. Lui-même ne savait qu'en penser.
Pourtant, quand, le soir, les jumeaux eurent fini leur journée, George, tout sourire, leur expliqua son plan :
« On va prendre la moto de Sirius pour vous faire sortir d'ici.
- Hein ? »
Les yeux de George étincelèrent comme à l'idée d'une nouvelle expérience :
« Quand on a libéré Harry du trou à rat dans lequel il passait la plupart de ses vacances, chez les Moldus, on a eu l'immense honneur de voir Hagrid sur une moto volante ! Ils se sont crashés dans le jardin des Tonks et la moto ne volait plus. Avec Fred, on est allés chercher la carcasse de la moto juste avant le mariage de Bill et Fleur.
- Et sur une idée excellente de ta part, on l'a remise sur pattes ! Enfin, sur roues ! »
Neville était abasourdi :
« Vous avez réparé un objet moldu ?
- Comme on a aidé papa à retaper la Ford Anglia, fanfaronna Fred, on est plutôt pas mauvais en mécanique !
- On s'est débrouillés comme on a pu, tempéra George. Et elle refonctionne.
- Vous avez pu la tester ?
- C'est le bon soir pour le faire. »
Ok. Donc pourquoi pas.
« George…
- Oui, Angie ?
- Tu comptes nous faire monter moi, une femme enceinte, un demi-garou et un grand dadais sur une moto dont tu n'as même pas pu vérifier l'état de marche ?
- Je ne te laisserai pas affronter cela toute seule, ma chérie. Il te manque un chauffeur. »
Le sourire tiré jusqu'à son unique oreille, George continua :
« On n'a pas trop de doute sur son fonctionnement. Et on n'a pas trop le choix non plus. On te met toi et Neville sous Polynectar. Lavande et Teddy dans le side-car censé contenir des marchandises de contrebande. Je conduis.
- Sous quelle forme ?
- Neville sera Fred. »
Neville jeta un coup d'œil vers Fred qui avait l'air ravi et lui adressa un clin d'œil.
« Tu vas voir quel effet ça fait d'être moi : tu vas voir, c'est formidable ! Et je vais enfin pouvoir admirer mon cul de dos. On m'a toujours dit qu'il valait le coup.
- Tu n'as pas répondu à ma question, Georgie, répliqua Angelina. Dis-moi ce que tu me caches.
- C'est toi qui seras cachée, ma belle.
- Dis-moi !
- Lavande nous a fourni un super ingrédient.
- Non…
- Un cheveu de Malefoy. »
Ah.
« C'est pas vrai. »
Neville sentit le fou rire poindre. En face de lui, Fred pouffait. Angelina arborait un air effaré.
« Dis-moi que c'est pas vrai !
- Tu vas enfin découvrir les joies de l'apparence masculine, rebondit Fred.
- Je refuse !
- T'as pas trop le choix, ma belle. C'est notre meilleure couverture.
- Malefoy ! »
Angelina paraissait plus qu'outrée. Lavande eut un sourire timide :
« Peut-être que tu réussiras à paraître aimable. Ce serait un exploit avec ce visage. »
Ce n'était pas une vanne hilarante, mais comme c'était Lavande qui l'avait dite, ils se mirent à rire timidement, puis plus franchement. L'hystérie, la tension et la peur s'évacuèrent dans ce rire libérateur et léger.
« Bon ben y a plus qu'à, hein, comme on dit, reprit Neville. Quand est-ce qu'on part ?
- Entre trois et quatre heures du matin. C'est l'heure habituelle à laquelle on fait nos petits trafics, répondit George.
- Y a pas mal de route, faudrait peut-être partir plus tôt pour être sûr d'être de retour à temps, corrigea Angelina.
- Pas faux. On se dit une heure du mat' ?
- Ça me va, répondit Neville.
- Le temps de customiser la moto, ajouta Fred.
- Et d'aller voir si vous traitez bien mes plantes. Parfait. »
Neville prit le parchemin qui se trouvait dans sa poche avec l'adresse du château écrite par la main de Flitwick.
« Le lieu où nous allons est aussi sous Fidélitas. Lisez ça. »
Neville ne précisa pas l'identité du gardien. Autant en dire le moins possible pour ceux qui restaient… Fred refusa d'ailleurs de lire l'adresse.
« Je veux rien savoir. J'y vais pas, j'ai pas besoin de connaître l'endroit. Ça m'évitera toujours une parole en l'air. »
Angelina, Lavande et George se passèrent le mot. Pour Teddy, ce fut plus compliqué :
« Il ne sait pas lire. Et le Gardien du Secret ne peut pas le lui dire.
- S'il voit l'adresse, ça suffit, non ? »
Neville réfléchit un court instant.
« On lui montre. Si ça fonctionne pas, on demandera au gardien de sortir pour le lui dire. »
Lavande approuva.
Il leur restait à régler les derniers détails. George et Angelina s'éclipsèrent sur le toit pour terminer la décoration de la moto de Sirius et profiter de derniers instants ensemble avant une séparation jusqu'à une date indéterminée. Fred proposa à Lavande de donner un bain à Teddy et de finir de ranger ses affaires. Au moment de quitter la cuisine, alors que Neville terminait la vaisselle, il ajouta :
« Ta grand-mère m'a proposé de passer dans les jours qui viennent pour réassortir son stock d'herbes. Si tu veux que je lui transmette un mot… »
Neville remercia Fred. Une fois la vaisselle rangée, il monta dans sa chambre. Il caressa Trevor et décida de l'emmener avec lui : le vieux crapaud finirait ses jours au château du Loch. Maintenant qu'il vivait à un endroit fixe, il pouvait se permettre d'emmener son animal de compagnie.
Il se mit à son bureau et prit un parchemin. Il ignorait quoi écrire à sa grand-mère, surtout de peur que la lettre tombe en de mauvaises mains. D'un autre côté, ça pouvait aussi être un moyen de remercier Parkinson pour ce qu'elle avait fait. Si Augusta Londubat n'avait toujours pas été inquiétée par le pouvoir en place, c'est parce que Parkinson donnait de sa personne.
Mais si Parkinson avait ses entrées chez Augusta, alors d'autres personnes pouvaient se pointer chez sa grand-mère, comme les vieilles rombières qui n'hésiteraient pas une seconde à fouiner partout.
Comment lui transmettre qu'il allait bien sans être explicite ?
Un tentacule de Pilosa herborica lui chatouilla le cou et lui fournit la réponse qu'il attendait.
Il passa l'heure suivante à préparer des sachets d'herbes et de tisanes pour sa grand-mère, en calant dans le coffret qu'il lui destinait des bourses contenant d'autres plantes que des herbes médicinales. Elle comprendrait qu'il allait bien en tombant sur des pétales de Mimbulus Mimbletonia, qu'elle avait raison de faire confiance à Parkinson en ajoutant des fragrances de rose et de primevère dans une fiole.
Il vérifia ensuite ses pots, ses plantes, l'hydratation de la terre. Il récupéra des graines, en remplit méticuleusement des sachets qu'il coinça dans son sac. Pendant qu'il triait ses semis, Fred passa lui déposer des vêtements lui appartenant. Ils n'avaient clairement pas la même taille : Neville lui fut reconnaissant d'avoir pensé à ce détail (« C'est pas moi, c'est Lavande ! »)
Puis, comme il restait du temps à tuer, il s'allongea sur son lit et observa son plafond, presque certain qu'il ne le reverrait jamais. C'était une impression bizarre, d'avoir encore du temps et d'attendre, alors qu'il s'apprêtait à faire quelque chose d'extrêmement dangereux. Il se sentait vide et serein. Il ramenait Lavande au bercail, et Angelina avec. Il n'était pas certain que la solitude lui manquerait de sitôt.
Il glissa peu à peu dans le sommeil.
