Chapitre 47 : Les mots que je n'ose pas dire

Note : Suite à un beug du site, je n'ai plus accès aux statistiques donc je ne peux plus voir si mes histoires sont lues. N'hésitez pas à me laisser un commentaire pour me dire si vous avez lu et si vous avez apprécié le chapitre. Bonne lecture !

Hôpital Mercy à Cleveland, l'Ohio

Le flashback transporta le caméléon quelques heures plus tôt. Il discutait sérieusement avec une jolie brune sur un sujet assez épineux : le bébé Parker. Interrompu par son téléphone qui vibrait dans la poche intérieure de sa veste. Sa petite sœur qui n'avait pas cessé de l'appeler pour le prévenir de ce qui était arrivé au sein de leur famille. Après quatre sonneries, Jarod répondit, sa voix était le signe d'une urgence et d'une préoccupation plus qu'évidentes.

« Jarod, enfin, tu réponds !

- Emily, que se passe-t-il ?

- C'est grave, Jarod. Maman a été admise à l'hôpital, le cœur de Jarod se serra.

- Quoi ? Est-ce qu'elle va bien ? Où est-elle maintenant ?

- Elle… Elle est à l'hôpital Mercy. Les médecins s'occupent d'elle. Mais ça a été soudain, Jarod. Tu dois te dépêcher de venir nous rejoindre.

- Je vais prendre le premier vol pour l'Ohio, Emily. Fais-moi savoir comment elle va dès que tu auras des nouvelles.

- D'accord, Jarod. Fais vite, s'il te plaît. Nous avons besoin de toi ici.

- Je fais au plus vite. Je vais m'occuper d'elle. Ne t'inquiète pas Emily, ça va aller. »

Lorsqu'il entra dans l'hôpital Mercy Health, il fut immédiatement frappé par la solennité de l'endroit. L'établissement était une imposante structure étalée sur plusieurs étages, avec une architecture moderne et surtout fonctionnelle. L'extérieur présentait une façade en verre, sa transparence reflétait à la lumière du soleil de manière éblouissante que ça étonnait le jeune homme. Les portes automatiques coulissantes s'ouvrirent pour le laisser entrer. Aussitôt qu'il franchit le seuil, il fut accueilli par un hall très spacieux et assez éclairé. Le sol recouvert de carrelage de couleur blanc avec des marques discrètes indiquaient les directions vers les différents départements et services. Les murs étaient ornés d'œuvres d'art et de panneaux informatifs. Des chaises confortables étaient disposées le long du hall, où des patients, des visiteurs ainsi que les membres du personnel pouvaient attendre respectueusement tout en discutant à voix basse ou en dégustant le café du distributeur. Tout était relativement calme malgré l'effervescence habituelle d'un hôpital. Les bruits de pas des malades qui marchaient en chaussons contribuaient à maintenir un niveau de tranquillité. Les équipes médicales vêtues de blouses blanches s'affairaient autour des postes de soins, tandis que les infirmières installées à leurs stations de travail vérifiaient les dossiers des patients. À mesure que Jarod avançait, il sentait l'odeur propre d'un environnement médical, un mélange de désinfectant et d'antiseptique. Des panneaux lui indiquèrent les différents départements le guidant vers le service approprié : Urgences, Maternité, Chirurgie, Radiologie... L'hôpital Mercy Health était un lieu où les vies étaient sauvées, les familles réconforter où encore les histoires médicales se déroulaient chaque jour. Pour Jarod, c'était un endroit où il devait faire face à un événement grave impliquant sa mère.

Une demi heure plus tard. Jarod s'était infiltré avec succès à l'intérieur de ces murs en tant que Neurologue. Il avait préalablement obtenu une fausse identité et avait falsifié des références pour gagner la confiance du directeur. Personne ne se doutait qu'il était le fils de la patiente. Un médecin sous couverture, voilà ce qu'il était, mais cette fois, c'était pour évaluer l'état de santé de sa mère, et ce, en toute discrétion. Il avait trouvé le service où Margaret était traitée. L'unité était un espace lumineux et paisible, avec des chambres individuelles. Les couloirs étaient immaculés d'un blanc et une musique jouait en fond. Margaret était allongée là, sur un lit, surveillée attentivement par divers appareils médicaux. Un moniteur de tension artérielle et cardiaque affichait ses constantes vitales, montrant des signes de stabilité. Elle semblait consciente, bien qu'affaiblie, et elle portait un masque à oxygène sur le visage pour faciliter sa respiration lors de ses crises. Le caméléon avait accédé à son dossier médical constatant qu'elle faisait de grave migraine accompagnée de plusieurs autres symptômes. Elle avait été prise de douleurs violentes à la tête ainsi que de nausées, de vomissements, de sensibilité à la lumière et une perte temporaire de la vision ce qui l'avait conduit directement aux urgences. Il avait également noté que les médecins avaient l'air optimistes quant à sa récupération. Ils avaient dès lors entrepris des traitements pour soulager ses migraines. Il était rassuré. Après avoir embrassé le front de Margaret, il se dirigea vers la cafétéria où il avait convenu de retrouver toute la famille. Ils étaient assis à une grande table, des gobelets en plastique remplis de café imbuvable, mais qui les maintenaient encore éveillés. Énervés et assez tendus, ils attendaient des nouvelles de la malade. Jarod s'approcha, la nervosité qui pesait sur lui diminua petit à petit. « Tout va bien. Les médecins qui se sont occupés d'elle ont fait un excellent travail. Il y a eu plus de peur que de mal. Elle est dans une chambre et elle se repose, mais elle est entre de bonnes mains. On va la garder ici, en observation pendant 48 heures. Ensuite, si son état ne s'est pas aggravé, elle pourra rentrer à la maison. » Un soupir collectif parcourut la table, et des sourires timides apparurent sur les visages inquiets. Tous étaient soulagés par les paroles du faux médecin. Bien qu'elle avait reçu sans tarder les soins nécessaires, Jarod se posa quelques questions. La famille, quant à elle, pouvait souffler un peu.

Suite 88, Le Mark Hôtel, NY

Au luxueux hôtel de New-York, Mlle Parker et Ethan étaient assis près du bar. Ce dernier prépara des boissons non alcoolisées pour lui et la belle demoiselle. Il valait mieux garder les idées claires ! Elle était vêtue d'une longue robe noire. Cette couleur était idéale selon la jeune femme. Et pour cause, elle se sentait en deuil du fait que le caméléon avait dû repartir chez sa famille. Une nouvelle perte. Bien que préoccupée, ses yeux bleus scrutaient Ethan, tapotant nerveusement le plan de travail. Quant à lui, il était habillé avec des vêtements assez sombres accentuant son air sérieux. Son regard brun était tourné vers Mlle Parker alors qu'il partageait avec elle des révélations qui lui semblaient quasi impossibles à croire. Au fur et à mesure que son frère parlait, elle essayait d'en assimiler les informations. Ethan expliquait que bien qu'ils aient la même mère, ils n'avaient pas le même père. Leurs chemins ne s'étaient croisés que très récemment, il y avait environ six mois. « Six mois, dis-tu Ethan ? » Ces révélations bouleversaient la perception de Mlle Parker et de sa propre histoire familiale, elle se demandait comment cela avait bien pu rester caché aussi longtemps. Les doigts de la Miss s'agitaient alors qu'elle portait son verre rempli d'un liquide verdâtre jusqu'à ses lèvres. Le cadet, quant à lui, utilisait ses mains pour renforcer ses paroles, soulignant l'importance de ce qu'il disait.

« Tu te souviens de la première fois qu'on s'est vus, c'était dans cette rame de métro ?

- Je suis désolée, Ethan, je ne m'en souviens pas. Pas encore, elle secoua la tête.

- Pas encore, Mlle Parker. Je suis ton frère, que tu le veuilles ou non. Nous avons vécu cet incident ensemble, et il a changé nos vies, il évoqua un autre aspect de leur héritage. Et nous avons un autre point commun. Ce don, ce sens intérieur que nous avons hérité de notre mère. C'est quelque chose de spécial, quelque chose qui nous connecte à elle d'une manière unique.

- Oui, je suis consciente de ce don qu'elle nous a transmis. Je l'ai toujours ressenti au plus profond de moi.

- C'est dommage que nous n'ayons pas grandi ensemble. Je n'ai pas de photos de moi enfant. J'aurais aimé partager tout ça avec toi, Ethan baissa le regard presque honteux.

- Je le regrette moi aussi, Ethan. C'est comme si une partie de moi avait été absente pendant toutes ces années. Il y a Lyle, mon jumeau, mon autre moitié, ton autre frère, mais avec lui, il n'y a rien. Pas la moindre connexion. Pas le moindre sentiment fraternel. Rien.

- Mais aujourd'hui, nous avons la chance de nous apprendre à nous connaître, de vivre de merveilleux moments tous les deux. Et je ne devrais pas dire ça, mais je me sens bien plus proche de toi que d'Emily.

- La sœur de Jarod ? Ton autre sœur, elle était émue et touchée.

- Je sais que tu passes par une phase difficile. N'oublie pas que je suis là.

- Eh bien, justement, j'ai besoin de toi, Ethan ! »

Hôpital Mercy à Cleveland, l'Ohio

Elle gisait inconsciente, et ce, depuis deux heures, maintenant. Autour de son lit, toute la famille était présente. Comme elle avait le teint pâle, son visage traînait sur lui les marques de fatigue. Les machines près d'elle devenaient silencieuses, signe que son état commençait à évoluer lentement. Ses doigts bougeaient brusquement tandis que ses paupières clignotaient. Le Major Charles se pencha au-dessus d'elle, et baisa sa joue.

« Hey, tu es sûr qu'elle n'a rien de plus sérieux, Jarod ? C'est peut-être beaucoup plus grave ? J'ai cru qu'elle faisait un… questionna le Major.

- Un AVC ? C'est ce qui a été vérifié en premier lieu.

- Et comment va-t-elle ?

- On va attendre les résultats de son IRM. Mais les médecins ne sont pas vraiment…

- Pourquoi elle ne se réveille pas ? Tu as dit, Jarod que ce n'était qu'une migraine ! Il faut faire des examens supplémentaires, Emily était à l'autre bout du lit, les larmes coulaient de ses iris. Fais-lui faire d'autres analyses !

- Elle va se réveiller, le clone de Jarod tenait la main de Margaret. J'en suis sûr !

- Rassurez-vous, tout va très bien, Jarod, en retrait, observait sa mère. Ce sont les effets des médicaments. Peut-être, même de la… Soudain, les yeux de Margaret s'ouvrirent. Vous voyez, qu'est-ce que je vous disais. Bonjour maman.

- Où… Où suis-je ? demanda-t-elle d'une voix faible. Son regard passa d'une personne à une autre.

- Tu es à l'hôpital. Tu nous as fait une sacrée frayeur, avait dit Charles.

- Oui, ma migraine, elle tenta de se lever.

- Ne bouge pas, maman. Tu dois te reposer.

- Jarod... Tu es là, elle ferma les paupières un instant, puis les rouvrit pour regarder Jarod, son fils aîné.

- Oui, maman, je suis là, il s'approcha d'elle. Comment tu te sens ?

- J'ai l'impression d'avoir été assommé. Mais toi, qu'est-ce que tu fais-là, Jarod ? »

Le long réveil de Margaret était un moment de joie pour tout le monde. Elle avait l'air toujours aussi abattue, mais cette dernière s'en remettait très vite. Enfin elle était de retour parmi les siens, et pour le caméléon, c'était tout ce qui comptait. Jarod quitta brièvement le chevet de sa mère pour appeler Mlle Parker, soucieux de ne pas avoir de ses nouvelles, il composa son numéro et attendit qu'elle lui réponde. Au bout de quelques sonneries, Ethan décrocha.

« Allô ?

- Ethan, c'est moi. Comment va Parker ?

- Elle n'est pas au mieux de sa forme.

- Explique-toi. Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Elle est souvent triste, il s'éloigna d'elle. Je l'ai surprise en train de pleurer devant une photo.

- Elle pleurait ? Pourquoi ?

- Je l'ignore. Je fais de mon mieux, tu sais.

- Passe-la-moi, j'ai des choses à lui dire.

- Elle ne veut pas te parler, Jarod.

- Mets le téléphone sur haut-parleur, Ethan. S'il te plaît. Et laisse-nous.

- Euh… Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.

- Je t'en prie. Fais ce que je te dis.

- Jarod, je… il hésita, puis finit par accepter la demande du caméléon. D'accord, c'est fait. Parle-lui. Je vous laisse, il tourna les talons.

- Parker, sa voix retentit dans la pièce. Je sais qu'en ce moment tout est confus pour toi, que tu es perdue et ça me brise le cœur parce que je ne peux pas t'aider et ça me tue. J'ai beaucoup réfléchi. J'ai réalisé à quel point tu comptes pour moi, à quel point notre histoire a marqué ma vie. Peu importe les obstacles, les secrets, les blessures du passé ou la distance qui nous sépare, je ne veux pas que ça se termine comme ça entre nous. Mlle Parker écoutait, on entendait à peine sa respiration. J'ai commis tellement d'erreurs avec toi. Nous avons tous les deux souffert. Et aujourd'hui, je suis prêt à tout pour être près de toi à nouveau, il s'arrêta un instant pour prendre une profonde inspiration. Si je pouvais te regarder, te prendre dans mes bras, t'embrasser, te sentir tout contre moi, je te ferais l'amour parce que j'ai besoin de toi comme tu as besoin de moi. Je ne vais pas te laisser me quitter, Parker, je t'aime. »

Le silence plana un court moment tandis que Jarod attendait anxieusement une réponse de Mlle Parker. Au bout du compte, elle se saisit de l'appareil et raccrocha sans une parole. Jarod, totalement désemparé, fixa son mobile, ses mots n'avaient eu aucun effet sur elle. C'était peut-être trop peu, trop tard. Malgré tout, il ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'elle ressentait encore ce petit quelque chose pour lui. Il n'allait pas renoncer aussi facilement !

Entrepôt de Blue Cove, Delaware

L'après-midi commença avec un ciel clair et ensoleillé. Les températures étaient chaudes. Et d'après Ethan, c'était le temps idéal pour profiter d'une belle balade à deux. Toutefois, elle avait prévu autre chose. De retour à Blue Cove, la jeune femme lui avait demandé de la conduire à l'entrepôt. Il s'était montré réticent à cette requête. Jarod lui avait fortement interdit de l'y emmener. Il craignait la réaction de ce dernier si celui-ci venait à l'apprendre. Mais face à l'insistance de sa grande sœur, il céda. Les voilà donc sur le lieu-dit. À l'intérieur, il faisait obscur, à l'exception de fines raies de lumière qui perçaient à travers les fissures des murs délabrés. Des toiles d'araignée ornaient les coins. Des étagères métalliques collées les unes aux autres étaient soit recouvertes de poussière soit nues, comme si le Centre avait effectué un tri sélectif de ses secrets. La Miss, son Smith Wesson en main, hésita à avancer. C'est alors que les bribes de souvenirs refoulés montèrent en elle à mesure qu'elle explorait de nouveau l'endroit. C'était ici, sa dispute acrimonieuse qui avait suivi leur séparation puis l'accident.

Ethan, un peu plus loin, regardait les objets dispersés un peu partout, ici et là, il essayait de déchiffrer tant bien que mal l'écriture d'une note posée près des tubes à essai. « Parker, si tu veux mon avis, quelqu'un est repassé par là et bon sang, c'est incroyable tout ce que l'on peut y trouver. Regarde ça ! Le Centre a laissé des traces de son passage, mais il est difficile de dire ce qui a été laissé intentionnellement et ce qui a été oublié par inadvertance. Je vais continuer à fouiller. » Tandis que le petit frère poursuivait ses recherches, Mlle Parker, elle, se rapprocha d'une poutre en bois tombée au sol. Soudain, un flash lui traversa l'esprit, le son d'une voix, des cris et un bruit fracassant. Elle porta sa main jusqu'à sa tête, ses doigts venaient toucher sa blessure, c'était comme si elle sentait encore la douleur. Elle se retourna vers Ethan, l'œil hagard, blême et essoufflé. C'était comme si une chose horrible lui était apparue devant elle. La jeune femme s'agenouilla parterre et posa sa main sur la trace de sang encore visible. « Mlle Parker, ça va ? » Elle secoua vivement la tête. « C'est ici que ça s'est produit, n'est-ce pas ? » Ethan jeta un regard sur la tache rouge puis acquiesça. La demoiselle essaya de comprendre les récents événements qui l'avaient frappé.

« Ethan, je dois savoir, que s'est-il passé entre Jarod et moi avant que la poutre ne me fasse oublier une partie de ma mémoire ? Pourquoi en sommes-nous arrivés à cette dispute ?

- Je ne suis pas sûr de tous les détails, mais d'après ce que j'ai entendu, il semble que la dispute ait été provoquée par ton incapacité à tourner la page de ton histoire avec Thomas. Je crois que tu as peur… Peur de t'engager avec Jarod.

- Thomas, murmura-t-elle à voix basse. C'est ce que Jarod t'a dit ?

- C'est ce qu'il croit en tout cas. A-t-il raison ?

- Non… Je ne sais pas…. Je ne sais plus.

- Parker, il est temps de regarder vers l'avenir. Jarod t'aime véritablement et il est prêt à tout pour toi. Ce serait dommage de passer à côté de quelque chose qui te rendrait heureuse. Je peux te poser une question, Parker ? Et ne me dis pas que c'est compliqué et que je ne pourrai pas comprendre. Es-tu amoureuse de lui ? Est-ce que tu l'aimes ?

- Avant l'accident, il y avait quelque chose. C'était profond et sincère. Oui, je me souviens maintenant. Mais il y a eu cette dispute. Ce qu'on vivait tous les deux était très spécial.

- C'est de l'amour, j'en suis sûr. N'en doute pas. Et qu'éprouves-tu aujourd'hui, là, au fond de ton cœur ?

- Peut-être qu'il est temps de le découvrir. » elle sortit son téléphone portable.

Maison de Mlle Parker 431 Mountain Spring Drive, Blue Cove, Delaware, 01991

Tous les deux avaient quitté l'entrepôt après avoir récupéré des boîtes de carton contenant divers dossiers, des enregistrements audio et vidéo et tout ce qui leur était digne d'intérêt. Puis Ethan parti faire quelques courses pour Mlle Parker la raccompagnant jusque devant sa maison. En rentrant chez elle, Mlle Parker croisa Sydney qui l'attendait sur le pas de sa porte. Il était curieux de son appel. Pourquoi lui avoir demandé de venir rapidement alors que leur séance de thérapie n'était prévue que pour le lendemain ? S'attendait-il à une discussion thérapeutique ordinaire ? La jeune femme l'invita à entrer et lui proposa un petit verre. Alcool ou café ? Il refusa poliment son offre. Elle boira seule. Elle se servit un verre de whisky et s'effondra sur le canapé. Sydney la rejoignit. Elle soupira aussi bruyamment que les battements de son propre cœur qui frappaient sa poitrine. Non, elle ne l'avait pas fait venir pour une autre séance de thérapie. Elle lui annonça qu'elle venait de retrouver la mémoire bien que tout soit encore embrouillé pour elle. Il en fut extrêmement ravi, c'était une bonne nouvelle. Cela n'expliquait pas pour autant son envie soudaine de le voir.

« Jarod ! elle déglutit. Je parle de ce que je ressens pour lui. J'ai besoin de comprendre.

- Parker, il est normal d'être confus après avoir retrouvé des souvenirs aussi intenses. Dites-moi, que vous évoque votre relation avec lui ?

- Avant l'accident ? Je crois bien que… J'étais amoureuse. Oui très amoureuse de lui. C'est indéniable. Entre nous, c'était fusionnelle, il y avait de la passion, du désir, de la rage, de la complicité, de l'émotion à l'état pur. Chaque instant partagé avec lui était une aventure enivrante, excitante, palpitante de deux âmes qui se cherchaient, se découvraient, s'apprivoisaient, elle posa son verre sur la table, ses yeux souriaient.

- Et maintenant ? Après avoir retrouvé ces souvenirs, que ressentez-vous ?

- Il y a toujours cette alchimie avec lui. Oui. C'est comme si notre lien ne s'était jamais vraiment rompu, elle ferma les paupières remettant ainsi de l'ordre dans ses pensées. J'ai passé tellement d'années à le traquer, à le considérer comme un ennemi que rien que de l'aimer m'effraie et ça me fait souffrir. C'était plus facile pour moi de nier l'évidence.À Genève, il m'a avoué qu'il m'aimait. Je n'ai pas su quoi lui répondre.

- Le déni est une réaction courante lorsqu'on doit faire face à des émotions. Qu'est-ce que ça vous a fait lorsque vous aviez entendu ces mots-là ?

- Je me suis si souvent protégé de la douleur, que quand il les a prononcé, tout est remonté à la surface. Malgré tout, il y avait cette immense envie de croire en lui, de croire en nous. C'était contradictoire, vous savez. Je ne voulais pas trop paraître faible devant lui.

- L'amour n'est pas une faiblesse, Parker. Il peut être une source de force et de motivation. C'est ce qui vous rend humaine. Et parfois, nos émotions les plus profondes sont celles que nous devons affronter pour trouver la paix intérieure.

- J'ai passé trop temps à me mentir à moi-même. Que faire maintenant ? une larme roula sur sa joue. Il y a quelque chose que j'aimerais lui dire et que je n'ai jamais encore osé lui dire. Et pourtant, je voudrais tellement qu'il l'entende. Je me retrouve à regretter de ne pas lui avoir dit que je l'aimais aussi cette nuit-là. Je crains que ce ne soit trop tard. Sydney, pourquoi est-ce si compliqué d'avouer à la personne que l'on aime ce qu'on ressent vraiment pour elle ?

- Je ne sais pas Mlle Parker, mais vous savez, ce n'est pas Thomas. Et vous ne devriez pas a avoir peur de le lui dire. Il ne va pas mourir. Ce n'est plus ce petit garçon apeuré qu'il était autrefois. Il n'a plus besoin d'être protégé. Il est beaucoup plus fort que ce que vous ne le pensez.

- Je n'y arrive pas, Sydney. À chaque fois que j'essaie de le lui dire. Tout ce bloque en moi. C'est comme si ces mots étaient emprisonnés dans ma gorge, comme si ils étaient trop lourds à prononcer. C'est comme si je lui dévoiler toute ma vulnérabilité. La vérité nue.

- Peut-être qu'il est temps d'essayer quelque chose de différent. Une approche qui vous permettra de vous exprimer sans avoir peur des conséquences immédiates.

- Quelle approche, Sydney ? elle releva les yeux, curieuse de savoir ce qu'il avait en tête.

- Écrivez-lui une lettre, Parker, il esquissa un demi-sourire. Une lettre où vous pourrez mettre votre cœur à nu, vos sentiments, vos attentes, vos résolutions, tout ce que vous n'avez jamais osé lui dire en personne. Vous pourrez y coucher sur papier les mots « je t'aime. » Et le jour où vous vous sentirez prête à le lui dire de vive voix, il entendra ces trois mots, mais en attendant ce jour, vous aurez déjà partagé vos sentiments avec lui d'une manière qui vous semble moins intimidante.

- Une lettre, hein ? Peut-être que c'est ce dont j'ai besoin pour enfin trouver le courage de le lui dire. »

Hôpital Mercy à Cleveland, l'Ohio

Les membres de la famille étaient réunis dans la chambre de Margaret. Elle avait passé une bonne partie de l'après-midi à dormir, cependant, elle avait réussi avec l'aide d'Emily a se lever et a faire quelque pas dans la pièce avant de se rallonger pour cause de malaise. Le Major était assis à côté d'elle sur un fauteuil. Emily, debout, près de la fenêtre, quant à J.C, il n'en pouvait plus d'attendre, il avait pris l'initiative de visiter les lieux. « Être médecin » était le métier le plus gratifiant pour lui. Sauver des vies. Voilà ce qu'il avait projeté de devenir dans un futur proche. Après tout, c'était un génie lui aussi, une réplique, certes, mais un caméléon, tout de même ! Jarod entra, un dossier à la main, il s'approcha de sa mère souriante, elle était prête à écouter.

« Maman a eu une journée bien chargée, c'est pourquoi elle a dormi aussi longtemps. Mais je tiens à vous assurer que les médecins ont dit que son état était stable. Elle devrait pouvoir sortir de l'hôpital très bientôt.

- Je veux vraiment sortir d'ici. Cet endroit me donne des frissons.

- Chérie, Jarod dit que tu devrais rester ici, en observation au moins pendant 48 heures. Alors tu ne quitteras pas cet hôpital tout de suite, Charles prit la main de sa femme et la serra fortement.

- Maman, il y a quelque chose que j'aimerais savoir. Ce qui s'est passé, ce qui a déclenché tes migraines. Peux-tu nous en parler ? »

Elle expliqua les circonstances qui l'avaient conduit jusqu'aux urgences. Elle raconta que ces temps-ci avaient été particulièrement épuisants pour elle. Le Centre. La famille. En apparence, tout paraissait normal, mais les problèmes, eux, étaient bien présents et réels. « On ne peut pas les ignorer ! » Elle avait alors gardé toutes ces inquiétudes pour elle, refusant de les soumettres à sa famille, craignant de les alarmer plus que de raison. Elle avait également omis de prendre soin de sa santé déjà fragile pour une personne de son âge. Et tout cela avait malheureusement contribué à une accumulation de stress et de tension, lui mettant une pression considérable sur elle. Jarod, en entendant ses propos, se sentit coupable de ne pas lui avoir accordé plus d'attention.

« Jarod, mon chéri, tu n'y es pour rien, ça a commencé il y a quelques années. J'ai d'abord ressenti ces maux de tête sans aucune gravité et petit à petit, ces maux sont devenus atroces. Au début, je les ai ignorés. Mais ils étaient de plus en plus fréquents et insupportables.

- C'est pour ça que sur cette île, tu faisais appel à Ocee ?

- Je croyais que le fait de te retrouver, Jarod, me suffirait à aller mieux. Je me suis trompée.

- Je vois… Voici quelques recommandations que je veux que tu suives. Premièrement, tu dois te concentrer sur ta récupération. Ne te précipite pas pour revenir à une routine normale. »

Jarod lui préconisa du repos, de prendre du temps pour elle et de ne pas se sentir pressée de revenir à ses activités habituelles. De faire sous la supervision d'un médecin de l'exercice modéré, comme de la marche, la méditation ou encore le yoga, car cela pourrait largement aider à réduire le stress et par conséquent ses migraines. Il lui suggéra d'essayer l'un ou l'autre. Quant aux médicaments, elle devait suivre les recommandations de son médecin. Non, Margaret préféra une manière beaucoup plus naturelle pour se soigner. Jarod lui lança un sourire avant de lui conseiller une dernière chose : « Et surtout, je veux que tu oublies les problèmes et le Centre. Pour l'instant, tout va très bien. Personne ne sait où vous êtes. Tout est sous contrôle. Alors maintenant, tu vas te détendre. »

Maison de Mlle Parker 431 Mountain Spring Drive, Blue Cove, Delaware, 01991

Mlle Parker enfermée dans l'étroitesse de son bureau, un stylo à plume fermement tenu entre ses doigts, s'apprêtait à écrire sa lettre. Elle avait passé tellement de temps à réfléchir à chaque mot, chaque phrase, chaque virgule afin de la rendre si parfaite. Elle avait tant de choses à lui dire. Peut-être que Sydney, son fidèle ami, avait raison, elle devait laisser parler son cœur. Pour elle, c'était le début d'un long voyage à travers ses souvenirs, ses émotions, et l'expression brute de ses sentiments pour cet homme qui avait toujours été au centre de son existence.

« Jarod,

À l'instant où je couche ces quelques mots sur cette feuille de papier, je ressens l'envie de t'écrire tout ce que j'ai sur le cœur. Il y a tellement à dire que je ne sais pas par où commencer. Alors je vais commencer par ce que j'éprouve, là en cet instant. Sans toi, je me sens vide, seule, triste et abandonnée. J'ai besoin de toi, de ton regard, de ton sourire, de ton odeur. Jarod, tu es la plus belle chose qui ne me soit jamais arrivé. Je ne savais pas à quoi m'attendre lorsque nos chemins se sont croisés pour la toute première fois. Et toi ? Non. Nous n'étions alors que des enfants. Des enfants si innocents et pourtant si conscients de ce qu'on désirait. Je me souviens encore de notre rencontre. Ce jour-là, j'ai su que tu étais mon destin. Notre rencontre n'était pas seulement due au hasard ou encore à la suite d'une simulation. Non, je sais que l'on était destiné l'un à l'autre. À la mort de Thomas, je croyais avoir tout perdu. Je me noyais dans le chagrin et la solitude. Je ne voulais pas voir que celui dont j'avais réellement besoin était juste là devant moi. Parce que j'avais peur, peur de me montrer vulnérable, de m'engager à nouveau. J'avais tellement souffert que l'idée de me laisser aller avec toi, me terrifiait. J'avais tort. Parce qu'à chaque fois que tu étais près de moi, que tu me regardais, que tu me souriais, que tu m'enlaçais, je m'épanouissais, j'étais heureuse. Aujourd'hui, je sais que je suis née pour t'aimer. Jarod, tu m'as apporté bien plus que je n'aurais osé espérer. Je suis consciente de ce que je suis, une âme à l'apparence rebelle et torturée, mais au fond de moi, je suis une éternelle romantique et c'est toi qui as su éveiller cette partie-là de moi. Cette partie de moi, la plus grande, la plus belle. Cette partie-là, elle est à toi. Tu es la meilleure version de moi-même. J'adore observer les étoiles, serré contre toi, les dîners aux chandelles, tes belles paroles qui prônent la sincérité. J'ai tout le temps envie de te voir, d'embrasser tes douces lèvres, de te toucher. Ta présence m'obsède. Ton absence me tue. Tu hantes mes pensées, mes jours comme mes nuits. Je ne veux plus, non, je ne peux plus me passer de toi. Comment le pourrais-je ? C'est effrayant pour moi, ces sentiments que j'ai pour toi, car je sais que cela signifie ouvrir mon cœur à la possibilité de souffrir à nouveau. Si tu savais à quel point te perdre.me serais insupportable. J'en mourrais. Tu es ma bouffée d'oxygène et l'air que je respire. Tu es le soleil qui illumine chaque recoin sombre de mon être, ma clarté dans mon obscurité. Et ce que je ressens pour toi est si déraisonnable et inconditionnel que je suis prête à tout affronter pour avoir une chance de te rendre heureux. Parce que Jarod, je n'ai jamais rien su du véritable grand amour avant toi. Et avant toi, je ne savais pas qu'il était possible d'aimer quelqu'un à ce point. Ces dernières semaines, tout a changé entre nous, j'ai changé pour toi, j'ai changé grâce à toi. j'étais en train de mourir à petit feu et toi, mon amour, tu m'as ramené à la vie. Comme j'aimerais pouvoir te dire que c'est vers toi, que c'est dans tes bras que je me réfugie. Je me demande Jarod, si tu ne sauras jamais qu'il n'y a pas un jour où je ne suis pas amoureuse de toi et où il n'y a pas une seule nuit où tu ne me manques pas. Je ne doute plus. Je n'ai plus peur et je me souviens de nous. Et désormais, je sais enfin ce que je veux. C'est toi que je veux. Je veux un avenir avec toi et Junior, ce petit garçon, ton fils, cette partie de toi et je veux être là pour lui. Je suis sûre que je serai capable d'être une bonne mère pour ton fils. J'ai tellement d'amour a lui donner. À te donner. Construire quoi que ce soit avec vous deux. Avoir la maison de nos rêves, un foyer, un chien... J'espère que lorsque tu liras cette lettre, tu me pardonneras pour tout le mal que je t'ai fait. Je peux vivre sans toi près de moi, mais je ne peux pas vivre sans l'affection que tu me portes. Pourrions-nous alors envisager un futur ensemble, toi, moi et Junior ? Je voudrais que tu m'aimes comme je t'aime. Je ne veux pas grand-chose juste ton amour, celui qui dure toute une vie. Parker, ton éternel amour. »

Après avoir écrit sa lettre et l'avoir rangé dans le compartiment de son mobilier, elle décida de la conserver pour l'instant. Elle verrouilla le tiroir à double tour, emportant avec elle toutes ses pensées et ses émotions. Elle n'avait plus la nécessité de réfléchir davantage à ce qu'elle désirait et à la direction qu'elle souhaitait faire prendre à sa vie. Bien que la lettre restait un moyen de s'exprimer, elle n'était pas encore prête à la remettre à Jarod. Le sourire aux lèvres, elle sortit du bureau, jetant un dernier regard derrière elle. Un jour peut-être…

Hôpital Mercy à Cleveland, l'Ohio

Vers 01h du matin. Toutes les visites étaient terminées depuis plusieurs heures maintenant et tout le monde était enfin rentré chez eux. Margaret en position assise lisait un magazine apporté par Jarod afin d'occuper sa soirée. Les grosses lumières étaient toutes éteintes et à part les gémissements des patients, il n'y avait aucun bruit. tout à coup, la porte de la chambre s'ouvrit doucement, une silhouette pénétra à pas feutré à l'intérieur, se dirigeant silencieusement jusqu'au lit. Bien que cette apparition inattendue n'enchantait guère la malade, elle n'en fut pas moins surprise pour autant. Elle posa le livre sur la table de nuit. Les ombres dans la pièce dissimulaient encore l'identité mystérieuse. Son regard se fixa sur l'intrus, laissant supposer qu'elle connaissait intimement cette personne. Cette dernière pris place près de Margaret. « Je suis de retour, Margaret, et il est temps que nous parlions. »