Close your eyes, make a wish. In every girls, there's an hidden witch.

Merci à : Tortue. Toujours là quand ça ne va pas.

Donne tes rêves au voisin : Et parfois les mots viennent sans qu'on s'y attende. On ouvre le fichier, laissant le flot se déverser sur la page. On reprends conscience, quarante minutes plus tard, réalisant qu'on a rempli trois pages sans s'arrêter et qu'on a plus rien à dire. Que tout l'a déjà été. Qu'on a tout oublié pendant ce temps là, l'heure, nos cœurs brisées, cette colère dont on n'a jamais su que faire, cette mélancolie qui nous colle à la peau, tout ce qui nous donne envie de fermer les yeux et d'oublier. Ce foutu diagnostique en tête de liste. Celui qui fait qu'on écris "on". Mais pendant quarante minutes, nous n'existions plus, nous étions ce personnage de papier et plus rien d'autre n'avait d'importance.

Bonne lecture.


Wizard's Hunt

Chapitre cinq

Interlude


Tu regardes par la fenêtre, regardant tes rêves passés. Y a-t-il un moment où tout devient plus facile ? Un basculement où soudain les règles ont été apprises, comprises et où on maîtrise enfin le flot incessant de nos vies.

Tu l'ignores. Tu n'as jamais su grand chose. Ton enfance a été un mensonge constant, à te sentir différent sans savoir en quoi. A être haïs sans savoir pourquoi. A parler dans le noir, sans savoir à qui.

La suite ne fût guère mieux. Propulsé dans un monde dont tu ignorais tout mais où tout le monde croyait déjà te connaître. Ballotté d'un bord à l'autre, sans jamais trouver d'entre deux. Tu n'as jamais connu des montagnes russes que leurs apogées et leurs périgées.

Difficile de se construire dans ces circonstances, difficiles de savoir qui on est quand deux images opposés se font faces. Quand les souvenirs te rattrapent la nuit et que tu dois cacher à tous que tu vis l'enfer dès que tu n'es plus là.

Et ils t'envient, tellement, te trouvent génial, s'imaginent une réalité merveilleuse à laquelle tu aimerais croire. Qui es-tu pour leur prendre leur rêve ? Alors tu te tais, refermant les yeux et te promettant que demain tu rêveras mieux. Plus grand, plus beau, plus parfait.

Les années passent et alors que tu penses avoir enfin trouvé ta place, savoir qui tu es, où tu vas, pourquoi tu vis, tout change. Tu accomplis ta destinée, héros tragique fauché pour que d'autres vivent. Tu pars en paix, sûr que tu as fait le bon choix.

Le réveil est brutal. Celui en qui tu croyais le plus, que tu as pleuré tant de mois après l'avoir vu mourir dans tes bras, t'as manipulé tout du long afin que tu prennes cette décision, en sachant très bien que tu mourrais.

Mais tu es en vie. Tu as vu tes proches mourir, des amis, des ennemis, de simples connaissances, tellement de morts. Un flot continu de visage connus que tu vois encore défiler parfois au plus noir de la nuit. Et ces mains -que tant serrent en reconnaissance- sont teintées d'écarlates.

Comment revient-on à la vie ? Comment oublier ses crimes ? La réponse t'apparaît clairement après un énième cocktail. Elle est là, la réponse que tu attendais tant. Un verre, deux verres et au troisième plus rien n'a d'importance, hein Harry ?

Plus de flash, plus de cauchemars quand tu te couches trop cuité pour te souvenir de ce que tu as fait la veille. Pour te souvenir de ton propre nom. Tu peux feindre de l'ignorer mais tu sais trop bien pourquoi tu y reviens toujours. Pourquoi tu n'arrêtes pas avant le point de non-retour.

Pourquoi tu ne peux t'empêcher de l'observer avec fascination. Parce que tes amis ne comprennent pas cette noirceur en toi mais que lui le pourrait peut être. Parce que tu as vu ses failles et que tu y repenses parfois quand tu es seul.

A ses larmes, à sa peur, à sa panique. A son regard de bête traqué alors qu'il menaçait ton mentor en haut de cette tour. La baguette était dans sa main mais il n'a pas su le faire, même en sachant les conséquences, il n'a pas pu tuer.

Alors peut être que lui pourrait comprendre le mal qui te ronge. Entendre ses remords qui t'obstruent la gorge. Serrer ces mains tâchées de sang. Sans te remonter le moral, sans te dire que tu as fait le bon choix, que tu as sauvé le monde, que tu es un foutu héros.

Simplement accepter que c'est plus compliqué que ça. Qu'il n'y a pas juste le bien et le mal, mais un milliards de nuances entre les deux. Que parfois on aurait juste voulu pouvoir faire un autre choix. Être un autre que soi. Qu'on a le droit de craquer et de se laisser aller à pleurer.

Même si ça n'a aucun sens, c'est juste ce qu'on ressent. Alors tu l'observes à la dérobée, ne sachant comment lui dire tout ce qui hurle en toi, ne sachant ce que tu attends de lui exactement. Une énième chose que tu ignores.

Comme ce désir brûlant au fond de tes entrailles quand tu vois la rage dans ses yeux. Tu veux qu'il te cogne, qu'il te crache au visage, tu veux sa haine, viscéralement. Comme quand vous n'étiez que deux enfants se battant pour une simple amitié rejetée.

C'était plus que ça, n'est ce pas ? Tu le sais bien au fond de toi, Harry. C'était cette colère qui te rongeait depuis tellement d'années, qu'enfin tu pouvais exprimer. Combien de visage as-tu entrevu alors que tu le cognais ? Combien de cris contenus libérais-tu en réponse aux siens ?

Malfoy était ton catalyseur, te permettant de faire descendre cette pression qui t'écrasait chaque jour un peu plus. C'était pur, c'était brut, c'était vrai. Et tu aimais ça. Ouais, ça te faisait bander comme jamais quand vous vous battiez comme des animaux enragés.

Sans barrière, sans limite, sans justification. Et ça te manque, l'alcool a ses limites, l'alcool n'empêche pas ton poing de se serrer parfois, tes yeux de revoir leurs visages, ton cœur de se remplir de cette rage froide et implacable que tu ne sais comment purger.

Mais Malfoy le pouvait. Malfoy effaçait tout le reste. Il n'y avait plus que sa peau contre la tienne, ses coups qui te soulageaient autant qu'ils t'enrageaient. L'acier de ses yeux, aussi froid et mortel que ta colère. L'écarlate de vos sangs mêlées prouvant que vous étiez bel et bien vivants.

Et Ginny, la flamboyante Ginny, est partie. Évidemment qu'elle est partie. Tu n'étais pas à la hauteur du héros dont elle rêvait. Non, ce n'est pas juste pour elle. Tu n'étais pas à la hauteur tout court. Tu ne savais juste pas comment la laisser entrer et elle a fini par se lasser d'essayer.

Tu te réfugiais dans le salon, buvant jusqu'à t'endormir sur le canapé, te réveillant le lendemain bien après son départ. Seul trace de son passage, le salon immaculé. Combien de fois a-t-elle couvert tes excès ? Tu ne saurais le dire mais elle n'a jamais rien dit à quiconque.

Elle a tenu sa langue, encaissé et fini par partir quand elle a compris qu'elle ne pouvait pas te sauver contre ton grès. Et tu l'as laissé partir en sachant trop bien que tu aurais dû lui rendre sa liberté bien plus tôt. Bien trop tard pour les regrets.

Elle était vive, audacieuse, pleine de rires et de charmes, parfaite. Et toi tu ne l'étais pas, Toi tu étais sombre et sinistre. Comment aurais-tu pu lui dire ça ? Comment aurais-tu pu lui gâcher sa joie après tout ce qu'elle avait déjà perdu ?

Vous n'étiez juste pas au même endroit et ce n'était de la faute de personne. Tu y as cru pourtant parce que ça faisait sens. Le héros épouse bien la princesse à la fin de l'histoire, hein ? Mais il ne va pas se bourrer la gueule au bar du coin tous les samedis et il ne pleure pas la nuit parce qu'il a dû tuer le méchant non plus.

Pas dans les contes en tout cas. Alors c'est mieux ainsi. Tu ne la regrettes pas, pas elle en tant que personne. Tu regrettes de ne plus avoir personne à tenir dans tes bras, plus personne dont t'inquiéter, plus personne à retrouver pour t'empêcher de retourner dans ce foutu bar.

Mais ça t'empêchait pas de boire alors tant pis. Il n'est que mercredi et tu aimerais déjà y être. Un verre, deux verre et au troisième plus rien n'a d'importance. Ni qui tu es, ni ce que tu as fait, ni ce que tu deviendras. Plus que l'ici et le maintenant.

Plus que son regard que tu cherches autant que tu fuis. Plus que ses poings pâles que tu imagines se serrer. Plus que ses lèvres dont tu ignores si tu aimerais les mordre ou les embrasser. Les deux peut être, sûrement.

Tu te l'avoues parce qu'il est tard et que tes pensées t'échappent en regardant les rues désertées. Parce que demain tu auras oublié. Parce qu'il n'y aura personne pour te le rappeler. Parce que ça t'obsède au fond, à t'en faire rôder dans ton salon comme un animal en cage.

Le goût de ses lèvres.

A suivre ...


Posté le 18 décembre 2021 à 01h15.

On continue les expérimentations. C'est quelque chose que j'ai toujours aimé dans la fanfiction, le fait de pouvoir me permettre de changer de point de vue, de façon de raconter l'histoire d'un chapitre à l'autre. De pouvoir m'accorder ces interludes introspectifs où on entre dans la tête du personnage. Je ne suis pas douée pour raconter de grandes histoires, des quêtes épiques avec un milliard de rebondissements. Je raconte des sentiments, des points de vues, ce que ça fait d'être un autre, de voir à travers ses yeux, de ressentir comme lui ... C'est ce qui m'a toujours fasciné, la pluralité des expériences et en même temps à quel point il peut être simple de trouver quelque de similaire en chacun. Je crois que je ne me lasserais jamais d'imaginer ces autres vies, ces autres points de vue, de regarder un instant le monde à travers le prisme d'un autre.

On se revoit au prochain chapitre.

Mary J. Anna